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    Sur la rive droite de la Seine, les Guichets du Louvre dessinent un passage à travers un bâtiment majestueux, vitrine des arts qui se niche entre deux pavillons néo-renaissance. Au débouché du Pont du Carrousel, ces trois grandes ouvertures voûtées nous invitent à découvrir les visages d'un palais devenu musée.

     

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    Émanation de la toute puissance des Arts sous le règne de Napoléon III (1852-1870), cette entrée monumentale se pare d'un riche programme iconographique et rythme avec élégance la scénographie du Bord de l'Eau.

     

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    Le Triomphe d'Amphitrite, 1868, par Jean-Baptiste Cabet (1815-1876). Une belle que l'on contemple en cheminant le long du fleuve.

     

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    La Grande Galerie longeant la Seine fut construite, entre 1595 et 1610, sous le règne d'Henri IV, par Louis Métezeau (du côté est) et Jacques II Androuet du Cerceau (du côté ouest). Coupant l'enceinte de Charles V, elle permettait au roi d'accéder aux Tuileries depuis ses appartements du Louvre et se terminait par le Pavillon de Flore.

     

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    La perspective de la Grande Galerie, le Louvre d'Henri IV et les Tuileries sont mis à l'honneur sur cette carte murale, signée Louis Poisson (peintre du XVIIe siècle) et conservée dans la Galerie des Cerfs, au Château de Fontainebleau.

     

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    Après différentes évolutions, la partie occidentale de la galerie fut démolie puis reconstruite et élargie par l'architecte Hector-Martin Lefuel (1810-1880), dans un style imitant celui de Louis Métezeau (1560-1615). Les travées furent ornées de sculptures, de pilastres cannelés, de colonnes ciselées, de frises ornementales et de frontons.

     

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    Entre 1861 et 1870, Hector Lefuel aménagea la nouvelle façade du Louvre, côté Seine. De 1865 à 1868, il l'agrémenta de Guichets monumentaux ouverts sur la Place du Carrousel, entre le Pavillon Lesdiguières et le Pavillon de la Trémoille.

     

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    Le Pavillon Lesdiguières avant le début des travaux. (Photo Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.).

     

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    Les vestiges du même pavillon à l'époque de la reconstruction .

     

    Cette photo d'Édouard Baldus (1813-1889), datant de décembre 1865, décrit le futur emplacement des Guichets. Nous apercevons une partie de l'ancien Pont du Carrousel et, en direction des tours de Notre-Dame, le Pont des Arts et le Pont-Neuf. (Le musée d'Orsay acquit en 1988 cette épreuve sur papier albuminé, conservée sous la cote cliché 02-001217, numéro d'inventaire PHO1988-113.)

     

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    On admirait autrefois, au-dessus de l'arche centrale, une figure équestre en bronze de l'Empereur Napoléon III, réalisée par Antoine Barye (1796-1895).

     

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    Il n'existe que peu d'archives à propos de ce bas-relief et la photo a été très difficile à trouver, comme une grande partie de la documentation de cet article...

     

    En décembre 1866, Barye reçut la commande du Napoléon III à cheval, destiné à compléter la décoration centrale des Guichets, côté Seine. Son installation en 1868 engendra de virulentes critiques, la figuration du souverain en empereur romain étant jugée trop massive et inappropriée.

     

    Le 5 septembre 1870, l'oeuvre fut arrachée sur l'ordre du Maire de Paris, désireux de faire disparaître les emblèmes impériaux et les morceaux furent relégués dans un dépôt. Recueillis en 1922 par le Département des sculptures du Louvre, ils ne furent restaurés qu'après leur transfert à Compiègne, en 1973. Hélas les jambes du cheval, fracassées en 1870, n'ont jamais été retrouvées.

     

    Hector Lefuel, insatisfait du travail de Barye, commanda au sculpteur Alfred Jacquemart (1824-1896) une maquette, en vue de remplacer la première statue de l'empereur.

     

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      Le musée du Louvre conserve l'esquisse en cire du projet, sur architecture de bois, signée A.J. et présentant Napoléon III à cheval en costume romain mais l'oeuvre définitive ne vit jamais le jour.

     

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    La statue impériale fut remplacée, en 1877, par le Génie des Arts d'Antonin Mercié mais les allégories aquatiques qui encadraient la figure équestre de Napoléon III ont été conservées.

     

    Sculptées par Antoine Barye, elles représentent la Rivière, du côté gauche, et le Fleuve, du côté droit.

     

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    La Rivière

     

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    Le Fleuve

     

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    La couronne napoléonienne et l'aigle impérial aux ailes déployées sont toujours en place au sommet du fronton, sculpté par Théodore-Charles Gruyère (1813-1885).

     

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    Le Génie des Arts rayonne tel Apollon, le dieu du soleil. Il chevauche Pégase, le cheval ailé, qui se cabre vers le ciel dans un mouvement de conquête. A côté d'eux, voltige la Renommée, muse drapée tenant à la main un rameau de laurier.

     

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    Des lignes souples animent la composition, rythmée par le jaillissement des draperies, le galbe élégant des figures et la puissance du relief qui aimante la lumière.

     

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    Le Génie des Arts, photographié après 1870 par Charles Marville(1813-1879). (Photo musée d'Orsay.)

     

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    Le Génie des Arts à l'affiche!

     

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    Les imposantes toitures des pavillons sont couronnées par des clochetons ouvragés qui affichent un curieux monogramme.

     

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    Des N renversés! Une subtile manière de renverser l'empereur Napoléon III, au règne de plus en plus controversé à l'époque de la construction des Guichets? Ou (les spéculations vont bon train et sont sujettes à caution...) un cryptage amoureux: l'inverse de la « haine » signifiant l'amour?

     

     

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    De part et d'autre de l'arche centrale, le sculpteur François Jouffroy (1806-1882) a réalisé deux groupes allégoriques: la Marine Guerrière et la Marine Marchande.

     

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    De luxuriantes sculptures orientées vers le Pont du Carrousel et le Quai Voltaire, sur la rive gauche et adossées à des bossages architecturaux décorés de multiples « vermiculures » ou « glyphes vermiculés », rappelant les décors de la Renaissance.

     

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    La Marine Guerrière, 1866.

     

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    La Marine Marchande, 1866.

     

    La marine connut, sous le règne de Napoléon III, des progrès conséquents. Utilisant la vapeur comme moyen de propulsion, la flotte de l'empereur sillonna les mers du globe et s'implanta dans plusieurs territoires d'intérêt stratégique (Congo, Guinée, Amazonie, Guyane...). Cette expansion favorisa l'essor du commerce maritime et fluvial et le développement de nombreuses missions scientifiques.

     

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    Conçues comme des piliers de la puissance nationale, ces allégories aquatiques se parent de chérubins gracieux, de fruits, de rostres de navires et de têtes de bélier, emblèmes solaires de force et de courage.

     

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    Pour rejoindre la Place du Carrousel, nous traversons ces arcades voûtées où la sobriété est de mise mais l'ensemble abrite une forêt de réverbères et de belles portes ornées d'emblèmes impériaux, à l'instar de celle-ci:

     

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    J'apprécie le décor raffiné de ce soupirail qui titille mon imagination...

     

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    La Place du Carrousel offre un agréable panorama sur les ailes du Louvre et l'Arc de Triomphe du Carrousel, construit, de 1807 à 1809, par les célèbres architectes Percier et Fontaine.

     

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    Cet arbre-lampadaire déroule avec grâce les courbes de ses branches...

     

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    Les trois arches carrossables des Guichets s'insèrent entre deux pavillons dont le décor s'inspire des ornements de la Renaissance.

     

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    Chiffres, emblèmes, rinceaux, masques, fruits, cartouches, oculus et réseaux vermiculés...

     

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    Le Pavillon Lesdiguières fut érigé en l'honneur de François de Bonne (1543-1626), baron de Champsaur, dernier Connétable de France et premier duc de Lesdiguières, entre 1622 et 1626.

     

     

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    Médaille en fonte à l'effigie du duc de Lesdiguières, 1600, par le graveur Guillaume Dupré. (Merci au site de numismatique Inumis.)

     

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    Les gracieuses Renommées sont l'oeuvre d'Auguste Poitevin (1819-1873).

     

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    (Photo d'Édouard Baldus, musée d'Orsay.)

     

    En 1855, le Pavillon Lesdiguières accueillit une statuaire monumentale qui resta en place pendant seulement dix ans.

     

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    La Gloire et l'Immortalité d'Auguste Dumont (1801-1884), projet de fronton en plâtre conservé au Musée du Louvre.

     

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    Le fronton photographié par Édouard Baldus, 1855-1857. (Photo musée d'Orsay).

     

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    Le Génie de la Guerre, d'Auguste Dumont.(Photo Édouard Baldus, musée d'Orsay.)

     

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    (Le Pavillon Lesdiguières, Édouard Baldus, 1857, photo musée d'Orsay.)

     

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    Le Pavillon de la Trémoille rend hommage à Henri de la Trémoille (1598-1674), Maître de camp de la cavalerie légère de France, sous le règne de Louis XIII.

     

     

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    Les statues couronnant les toitures de ces pavillons sont caractéristiques du style Beaux-Arts, un savant mélange d'éclectisme architectural et de classicisme triomphant, en vigueur de 1860 jusqu'à la Première Guerre Mondiale et contemporain du style victorien en Angleterre.

     

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    Il se caractérise par une profusion de détails architectoniques: statues, colonnes, balustrades, arches, guirlandes et pilastres décorés, escaliers monumentaux et se réfère à un éventail de styles issus de l'Antiquité, du Baroque et du Classicisme.

     

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    Il naquit lors des grands travaux d'extension réalisés au Louvre par Louis Visconti et Hector Lefuel et célèbre les institutions majeures que sont l'École des Beaux-Arts et l'Académie des Beaux-Arts.

     

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    La prestigieuse École des Beaux-Arts se dresse Quai Malaquais, sur la rive gauche de la Seine, de l'autre côté du Pont du Carrousel. Ainsi s'établit un lien subtil entre les temples du dessin, de la peinture, de la sculpture et de l'architecture.

     

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    La traversée des Guichets du Louvre nous fait redécouvrir la sculpture française de la seconde moitié du XIXe siècle et les artistes les plus en vogue de l'époque.

     

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    Augustin Dumont (1801-1884) réalisa, au sommet du Pavillon Lesdiguières, les allégories de l'Architecture et de la Sculpture, sciences maîtresses sur lesquelles s'appuyait la propagande héroïque de Napoléon III.

     

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    L'Architecture, 1868.

     

    Ces oeuvres traduisent la volonté de l'empereur d' « incarner » le XIXe siècle et d'inscrire son empreinte magistrale dans le domaine des arts.

     

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    La Sculpture, 1868.

     

    Nous devons à cet artiste prestigieux le Génie de la Bastille (1835) et le Napoléon Ier en César (1863) de la Colonne Vendôme.

     

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    De part et d'autre de la majestueuse toiture, deux guerriers assis, sculptés par Jean Joseph Perraud (1819-1876), incarnent les vertus héroïques antiques.

     

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    Deux lions majestueux, signés Emmanuel Fremiet (1824-1910).

     

    Ce sculpteur néoclassique, apprécié pour ses sculptures animalières aux expressions naturalistes, connut la célébrité grâce à la statue équestre de Jeanne d'Arc en bronze doré, située Place des Pyramides et à l'impétueux Saint-Michel terrassant le dragon, installé au sommet de la flèche du Mont Saint-Michel (1897) et couronnant, en plus petit, le campanile de l'église Saint-Michel des Batignolles.

     

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    Gardiens des temples et des palais, symboles de protection et de pouvoir, les lions sont les figures tutélaires d'une France qui rayonne sur l'Europe et les arts.

     

    Des sculptures de chérubins et de génies exaltent la mémoire des anciens Empires et la puissance navale et militaire de la France.

     

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    La Guerre de Democrito Gandolfi(1797-1874).

     

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    (Photo d'Édouard Baldus, musée d'Orsay.)

     

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    La Navigation de Pierre Travaux(1822-1869).

     

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    (Photo Édouard Baldus, musée d'Orsay).

     

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    L'Asie de Jean-Jacques Elshoecht(1797-1856).

     

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    (Photo Édouard Baldus, musée d'Orsay).

     

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    Les Combats de Edme Jean Louis Sornet(1802-1876). L'oeuvre a malheureusement subi les outrages du temps...

     

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    (Photo Édouard Baldus, musée d'Orsay).

     

    Sur les couronnements du Pavillon de Trémoille, trois groupes de Génies répondent à la même esthétique.

     

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    La Vengeance de Louis-Léopold Chambard(1811-1895).

     

    Le glaive et les rameaux de laurier symbolisent les succès militaires de l'Antiquité. La tête de Méduse (Gorgonéion) fut tranchée par le héros Persée qui l'offrit à Athéna, la déesse des arts et de la guerre.

     

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    La Navigation de Louis Meunier,1868.

     

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    La Chasse par Aimé-Napoléon Perrey (1813-1883).

     

    Ce sculpteur, très prolifique en son temps, réalisa de nombreuses sculptures pour les églises et les monuments de Paris. Il fut aussi l'auteur, en 1881, de trois Chevaliers sur les huit qui couronnent la toiture de l'Hôtel de Ville de Paris. Ces chevaliers décorent la bannière de mon blog!

     

    La chasse fut une activité très prisée sous le règne de Napoléon III qui rétablit, en 1852, la vénerie impériale et initia la construction de plusieurs pavillons de chasse.

     

    De nombreuses voix décrièrent à l'époque ce florilège de statues, le qualifiant de « pompeux pastiche de l'antique » et jugeant « indigestes » les ornements représentés. Hector Lefuel dut alors défendre, sur la scène publique, son « projet de restauration ». Il fallut attendre les travaux de construction de la Pyramide dans la cour Napoléon pour que ces oeuvres typiques du style Beaux-Arts soient redécouvertes et appréhendées sous un jour nouveau.

     

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    J'aime tout particulièrement ce tableau de Georges Stein (1870-1955), intitulé Paris, Pont du Carrousel. L'artiste, qui excellait à croquer sur le vif les parisiens de la Belle-Époque, nous livre une scène au naturel des plus gracieux, dans une subtile alchimie de tons roses et gris. Vous reconnaîtrez, dans le fond, le Pavillon Lesdiguières et son beau clocheton, les Guichets et le Génie des Arts...

     

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    Le Louvre est un aimant à désirs... On s'y précipite par une myriade de portes. On y entre avec une fièvre d'explorateur, espérant y dénicher la « merveille » qui embrasera notre imagination. Ce palais quasi millénaire, temple des rois et mémorial des différentes époques de l'Histoire, est aussi envoûtant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Il nous offre, à toutes saisons, une parure de symboles, d'ornements et de statues et nous invite à caresser, avec une authentique ferveur, les courbes de son architecture.

     

    Bibliographie

     

    Dictionnaire général des artistes de l'École Française depuis l'origine des arts du dessin jusqu'à nos jours: architectes, peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes.Paris: Renouard, 1882-1885.

     

    Gustave PESSARD: Nouveau dictionnaire historique de Paris.Paris: Lejay, 1904.

     

    Félix DE ROCHEGUDE: Promenades dans toutes les rues de Paris. Paris: Hachette, 1910.

     

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    Les Guichets du Louvre dans le Paris illustré, 1869.

     

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    Le Pont du Carrousel et les Guichets du Louvre (merci au site timbresponts.fr).

     

     

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    172 commentaires
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    Ce vaste ouvrage, dont l'architecture unit classicisme et modernité, chevauche les eaux changeantes de la Seine, entre le Quai Voltaire et les Guichets du Louvre. Appelé autrefois Pont des Saints Pères, il fut initialement construit dans le prolongement de la rue des Saints Pères, ancienne rue Saint-Pierre, située à la frontière des 6e et 7e arrondissements de Paris.

     

     

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    Vue sur le Quai Voltaire avec la coupole de l'Institut de France, à l'arrière-plan.

     

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    La même vue sur ce cliché de 1946, trouvé sur le site de la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

     

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    Vue sur les majestueux Guichets du Louvre qui feront l'objet de mon prochain article.

     

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    Avant la création du Pont du Carrousel, les marchandises et les matériaux ne pouvaient pas franchir la Seine dans « l'espace » contenu entre le Pont-Neuf et le Pont Royal. Quant au Pont des Arts, édifié en 1804 sur l'initiative de Napoléon Ier, il était réservé aux seuls piétons.

     

    Le roi Louis Philippe fut le commanditaire d'un premier pont, voie neuve commerciale élaborée par Antoine-Rémy Polonceau (1778-1847), un ingénieur épris de modernité qui travaillait comme inspecteur divisionnaire aux Ponts et Chaussées. L'ouvrage, baptisé Pont du Carrousel, fut inauguré le 30 octobre 1834.

     

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    La tendance de l'époque était aux ponts suspendus mais, entre 1831 et 1834, Polonceau conçut un pont en arc doté d'une audacieuse structure en fonte et en bois. Plusieurs de ses contemporains se déchaînèrent aussitôt contre « l'ingénieuse merveille », critiquant son étrange esthétique et lui reprochant d'être incompatible avec le passage des péniches.

     

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    Le Pont du Carrousel, en 1839, dans le Guide pittoresque du Voyageur en France.

     

    Les cercles de fer qui décoraient les rambardes et les arcatures du pont reçurent le sobriquet de « ronds de serviette » et l'ouvrage fut ironiquement appelé « hôtel des courants d'air ».

     

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    Le Pont du Carrousel dans le Paris Illustré.

     

    Il fut ouvert à la circulation en 1835 et en 1847, des statues monumentales signées Louis-Messidor Petitot furent installées à chacune de ses extrémités. Ces allégories de la Ville de Paris, de la Seine, de l'Abondance et de l'Industrie constituent le décor de l'ouvrage actuel.

     

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    Les quatre anciens piédestaux étaient en fonte, peints à l'imitation de la pierre. Ils accueillaient les bureaux des percepteurs du droit de péage.

     

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    Le Pont du Carrousel vu du Pont Royal, vers 1859, sublime épreuve sur papier albuminé de Gustave Le Gray(1820-1884).

     

    La circulation augmentant sous le Second Empire, le Baron Haussmann envisagea de faire élargir l'ouvrage mais le projet fut abandonné à cause du conflit franco-prussien de 1870. En 1883, on remplaça une partie des poutres et des traverses du tablier et en 1906, les éléments en bois disparurent au profit du fer martelé.

     

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    En 1896, l'architecte Édouard Bérard (1843-1912) conçut un projet de pont triomphal sur la Seine, face aux Guichets du Carrousel, dans la perspective de l'Exposition Universelle de 1900. Il proposa d'utiliser du ciment armé pour la structure et du plomb et du cuivre pour le décor. Il imagina deux statues monumentales et une proue de navire géante pour symboliser la ville de Paris.

     

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    L'esquisse du projet, trouvée sur le site du Musée d'Orsay.

     

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    Entre 1935 et 1939, le pont fut entièrement reconstruit, quelques dizaines de mètres en aval, d'après les plans des ingénieurs Henri Lang, Jacques Morane et Henri Malet.

     

     

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    Cette merveille de technicité, constituée de trois arches en béton armé, fut insérée dans un revêtement en pierre de taille pour se fondre dans le décor majestueux du Louvre et des quais de la Seine. Sa longueur est de 168 mètres pour une largeur de 33 mètres.

     

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    Pénétrer dans ses profondeurs est un mystérieux voyage, rythmé par les chuchotements de l'eau.

     

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    La reconstruction du Pont du Carrousel, 1936, par Jean Texcier(1888-1957).

     

    Ce tableau, conservé au musée Carnavalet, décrit l'importance des travaux effectués et la puissance des infrastructures déployées pour la circonstance. Les berges de la Seine furent réaménagées et les ports du Louvre et des Saints-Pères disparurent au profit d'un mode de vie plus industrialisé.

     

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    Quand les Ponts et Chaussées sollicitèrent le sculpteur ferronnier Raymond Subes (1893-1970) pour l'éclairage des lieux, celui-ci se heurta à plusieurs contraintes. A cause de la proximité du Louvre, les lampadaires ne devaient pas paraître trop « modernes » ni s'élever à plus de 13 mètres (la hauteur des toitures du palais). Il fallait aussi que la portée des lumières soit de 20 mètres.

     

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    Il conçut alors un ingénieux dispositif composé d'obélisques télescopiques atteignant 12 mètres de hauteur le jour et 22 mètres la nuit. Ils ont été hors service pendant de longues années mais la Ville les a fait restaurer dans le cadre des illuminations liées au passage à l’an 2000.

     

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    L'ossature d’acier fut recouverte d’une tôle de cuivre repoussé et le mécanisme originel remplacé par un système de treuil automatisé, permettant à ces insolites pylônes-candélabres de retrouver leur fonction initiale, pour un coût de 6,8 millions de francs...

     

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    En 1940, comme tous les stocks de cuivre devaient être répertoriés par l'administration d'Occupation, Raymond Subes dissimula les lampadaires dans les souterrains du pont et poursuivit son travail en secret. Il les restaura après la Libération et les fit installer, en 1946, aux extrémités du monument, sur les plans de l'architecte Gustave Umdenstock.

     

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    Depuis plusieurs décennies, la silhouette Art Déco de ces étonnantes vigies crée une animation singulière et colorée dans le paysage.

     

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    Les statues qui décoraient l'ancien pont du Carrousel ont été installées aux angles de l'ouvrage moderne. Elles sont l'oeuvre du sculpteur Louis-Messidor Petitot (1794-1862) qui fut l'élève et le collaborateur du maître Pierre Cartellier (1757-1831).

     

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    La Ville de Paris, sur la rive gauche, en amont du fleuve.

     

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    Gardienne intemporelle des secrets de l'eau, elle arbore, majestueuse, un sceptre et une couronne à créneaux.

     

    Il existe une parenté stylistique entre les allégories du Pont du Carrousel et les statues monumentales des grandes villes de France, sculptées vers 1838, pour la Place de la Concorde. Deux d'entre elles, Lyon et Marseille, sont nées sous le ciseau de Louis Petitot.

     

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    La ville de Marseille

     

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    La ville de Lyon

     

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    La Seine, sur la rive gauche, en aval du fleuve.

     

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    Couronnée de palmes et parée de bijoux, elle tient une amphore d'où s'échappe l'eau nourricière, substance vitale de Paris.

     

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    L'Abondance, sur la rive droite, en aval de la Seine.

     

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    Ses attributs évoquent la prospérité (corne d'abondance, coffret à bijoux) et la prédominance des arts dans la capitale (lyre, couronne...).

     

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    Dans la mythologie grecque, la corne d'abondance (cornucopia) ornait le front de la chèvre Amalthée, la nourrice du roi des dieux. Mais d'après certaines légendes, le puissant Hercule ôta une corne au dieu fleuve Achéloos, métamorphosé en taureau et les Nymphes transformèrent cette corne mâle de fécondité en corne d'abondance.

     

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    Merci au site de numismatique en ligne sacra-moneta.com pour ces photos de monnaies anciennes.

     

    Conque magique, elle est une source inépuisable de richesse, de nourriture et de bienfaits, attribut de Ploutos, le dieu grec de l'abondance et de la Terre Mère sous ses multiples appellations: Gaïa, Tellus, Épona, Fortuna...

     

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    L'Abondance, en contrejour, dans ses atours de nuages...

     

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    Et sur cette photo de 1940, signée Noël Le Boyer. (Médiathèque de l'architecture et du patrimoine).

     

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    L'Industrie, sur la rive droite, en amont de la Seine. La statue revêt les attributs du dieu Mercure: le caducée dans la main droite et le chapeau ailé ou pétase.

     

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    Le caducée n'est pas seulement l'emblème de la médecine, il est aussi celui du commerce et il symbolise la force, l'abondance et la prospérité.

     

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    La statue tient dans la main gauche un marteau, symbole de l'Industrie et attribut d'Héphaïstos, le dieu grec du feu et de la forge.

     

    Appelé Vulcain par les Romains, Héphaïstos était le maître du feu souterrain, des volcans et de la métallurgie. Il forgea les armes des dieux de l'Olympe et leur érigea des palais somptueux. Il fabriqua des armures pour les humains et leur enseigna l'art de travailler le métal. Dieu artisan, démiurge et initiateur, il régnait, d'après certaines traditions, sur les Mystères des Cabires, divinités intermédiaires entre les esprits de la terre et du feu.

     

     

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    L'Industrie, photographiée par Charles Marville(1813-1879) en 1852. (The Metropolitan Museum of Art). On aperçoit le petit bureau où l'on devait s'acquitter du droit de péage.

     

     

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    Le programme iconographique du Pont du Carrousel exalte la puissance économique de la ville (Abondance et Industrie) et le caractère public de la réalisation (allégories de la Seine et de Paris) mais le monument se réfère aussi à la grandeur passée.

     

    Les carrousels étaient des spectacles militaires équestres, originaires d'Italie, qui remplacèrent les tournois interdits en France après la disparition tragique d’Henri II.

     

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    Le roi, époux de Catherine de Médicis, fut mortellement blessé le 10 juillet 1559, lors d'une joute l'opposant au comte Gabriel de Montgomery.

     

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    La Place du Carrousel s'étend à l'ouest du Palais du Louvre. Elle préserve le souvenir du carrousel donné par Louis XIV, les 5, 6 et 7 juin 1662, pour célébrer la naissance du Dauphin.

     

    Le mot «carrousel» fut apporté d’Italie par les armées de Charles VIII. Il dérive du latin carrus sol et de l'italien carozela qui signifie «char du soleil».

     

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    Cette huile sur toile, réalisée vers 1670 d'après une gravure d'Israël Silvestre (1621-1691) entra, en 1836, dans les collections du château de Versailles.

     

    Un luxueux ouvrage consacré à cet opéra équestre parut en 1670. Trente sept gravures d’Israël Silvestre et de François Chauveau illustrent les textes de Charles Perrault.

     

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    (BNF, Estampes et Photographie, RES PD-10B, Folio 25V-Folio 26.)

     

    Le carrousel des 5, 6 et 7 juin 1662 se déroula dans ce qu'on appelait à l'époque les jardins de la Grande Mademoiselle, devant 15000 personnes installées dans un amphithéâtre en bois. Une tribune monumentale fut dressée devant le pavillon central du palais des Tuileries, destinée à la reine mère Anne d’Autriche, à la reine Marie-Thérèse et aux dames de la cour. Les participants (au nombre de 1299) se divisèrent en cinq quadrilles portant les noms de puissantes nations. Le décorateur Henri de Gissey (1621-1673) réalisa pour l'occasion de nombreux costumes d'apparat.

     

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    Louis XIV, vêtu en empereur de Rome et paré d'attributs solaires, menant les cavaliers Romains.

     

    Son écu arborait un soleil resplendissant dont l'éclat somptuaire dissipait les ténèbres.

     

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    Les Perses furent guidés par Monsieur, frère du Roi.

     

    Monsieur exhibait un bouclier décoré d'une lune et de la devise « Uno sole minor », ce qui signifie «Seul le soleil est plus grand que moi».

     

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    Les Turcs, conduits par le prince de Condé.

     

    Le prince arborait un croissant orné de la devise « Crescit ut ascipitur », soit «Il augmente selon qu’il est regardé».

     

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    Le duc d’Enghien dirigeant les Indiens.

     

    Le duc portait pour emblème une planète frappée des mots « Magno de lumine lumen », soit: «Lumière qui vient d’une plus grande»…

     

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    Le duc de Guise, costumé en Roi d'Amérique.

     

    Les cavaliers s’affrontèrent dans des courses de bagues et de têtes, mêlant jeux de précision et simulacres de combat.

     

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    Il s'agissait de saisir une bague, en plein galop, avec la pointe d'une lance et d'atteindre, avec une épée ou une lance, des têtes en papier mâché ou figurées sur une plaque de bois. Ces têtes de turc, de maure ou de Méduse cédaient parfois la place à un faquin, mannequin en paille anthropomorphe. La course de têtes fut remportée par le marquis de Bellefonds, futur Maréchal de France et la course de bagues, par le comte de Sault, héritier de la puissante lignée des Lesdiguières, Pairs de France. Le mot « pair » désignait les vassaux les plus importants du roi de France. Étymologiquement, le mot signifie « égal » du roi.

     

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    En cheminant sur les berges du fleuve, je songe à ce ballet équestre, joute de fantaisie d'une ampleur exceptionnelle, qui détermina le choix du nom de l'ouvrage et vit s'affirmer le mythe solaire de Louis XIV.

     

    Autrefois, le Pont du Carrousel était désigné de trois façons par les Parisiens. Ils l'appelaient indifféremment Pont du Louvre, Pont des Saints-Pères et Pont du Carrousel mais en 1905, alors que s'affrontaient les partisans de la laïcité et les inconditionnels de l'église catholique, certains se mobilisèrent contre le nom "Saints-Pères". Le Conseil Municipal prit alors la décision, en 1906, de lui attribuer le patronyme de Pont du Carrousel.

     

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    Vue sur le Pont Royal et la Gare d'Orsay, à quelques encablures réelles et imaginaires...

     

    Aimé des promeneurs et des artistes mais moins fréquenté que le Pont des Arts, le Pont du Carrousel offre une gracieuse perspective sur les bords de Seine.

     

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    L'eau y affleure avec sérénité mais ses pierres gardent en mémoire le souvenir d'un sinistre évènement. Le 1er mai 1995, trois manifestants issus du cortège du Front National, ont poussé dans la Seine Brahim Bouarram qui s'est noyé à la verticale du pont.

     

    Le principal accusé a été condamné, le 15 mai 1998, à huit ans de prison ferme, par la Cour d'assises de Paris et le 1er mai 2003, le maire de Paris a célébré la mémoire du disparu par la pose d'une plaque commémorative.

     

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    Une cérémonie est organisée depuis, chaque année, là où le drame s'est déroulé.

     

    Le Pont du Carrousel dans les Arts

     

    Les ponts de Paris, les quais et les berges de la Seine ont profondément stimulé l'inspiration des artistes. A travers un florilège d'oeuvres et de sensibilités, le Pont du Carrousel dévoile sa silhouette évolutive, ses beautés classiques et contemporaines, et nous invite à voyager au fil du temps.

     

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    Chaland chargé de barils devant le Pont du Carrousel, 1841, par François-Marius Granet(1775-1849).

     

    Dans ce paysage hivernal, surgit la silhouette fantomatique du pont qui domine la Seine gelée et se fait absorber par un épais brouillard. L'oeuvre suscite une mystérieuse impression, comme si les structures de la modernité se délitaient irrémédiablement face aux puissances de la Nature.

     

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    Le Pont du Carrousel, 1879, par Edmond Yarz (1846-1920).

     

    Plusieurs oeuvres de cet artiste décorent la Salle des Illustres du Capitole de Toulouse, sa ville natale.

     

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    Le Pont du Carrousel, 1886, par Vincent Van Gogh(1853-1890).

     

    Le pont fut l'un des thèmes privilégiés de l'artiste, émanation de ses recherches sur les vibrations de l'atmosphère et la poétique des éléments. Force réelle autant que mystique unissant les éléments du paysage, le pont symbolise la communication mais aussi le passage entre les âges de la vie. Cette toile est caractéristique de l'époque où Vincent rejoignit son frère Théo, galeriste à Montmartre et où il enrichit sa vision de l'art par l'exploration des techniques impressionnistes et néo-impressionnistes.

     

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    Le Louvre et le Pont du Carrousel, Effet de Nuit, 1890, par Maximilien Luce(1858-1941), peintre néo-impressionniste.

     

    Sa touche est représentative de la technique du pointillisme, développée par Georges Seuratet Paul Signac.Elle consiste à juxtaposer des petites touches de couleurs primaires (rouge, bleu, jaune) et complémentaires (orange, violet, vert). Le regard recrée alors une alchimie subtile entre les couleurs secondaires, les ombres miroitantes et la lumière. L'artiste nous offre ici un spectacle nocturne de pure beauté, à fleur de Seine et de ciel.

     

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    Vers 1903, Pierre Bonnard (1867-1947) nous livre sa vision des lieux dans cette toile intitulée Sur le Pont du Carrousel et conservée au Los Angeles County Museum of Art.

     

    L'artiste adorait saisir le spectacle des espaces urbains et décrire, avec une palette toute en légèreté, la vie de leurs habitants, absorbés dans leurs rêveries ou leurs activités quotidiennes, délicatement sublimées. Son oeuvre, empreinte de recueillement et de spiritualité, est représentative de l'art des Nabis, mouvement anti-académique né vers 1888 et préfigurant les recherches et les codes picturaux de l'Art Nouveau.

     

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    En 1907, Edward Hopper (1882-1967) peignit le Pont du Carrousel dans le brouillard. Le « peintre de l'Amérique profonde » fut séduit par ce pont qui exprimait la puissance industrielle de son époque et les angoisses d'un monde en pleine mutation.

     

    De par sa position géographique privilégiée, le pont du Carrousel a « envoûté » de nombreux artistes. Le romancier Henry Miller (1891-1980) adorait y flâner, à l'orée de ses pages d'écriture. Anatole France (1844-1924) appréciait tout particulièrement les statues de Louis Petitot. Le pont apparaît dans une poésie de Rainer Maria Rilke (1875-1926) et dans les Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont (1846-1870)...

     

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    En 1890, dans cet autoportrait-paysage intitulé Moi-même,le Douanier Rousseau (1844-1910) se représenta, avec son habituelle originalité, devant le pont du Carrousel. Les éléments de la composition (bateau au mât décoré de petits drapeaux, montgolfière, cheminées des bâtiments en arrière-plan, Tour Eiffel que l'on devine en filigrane, couple miniature au bord de l'eau) façonnent un univers empreint de féerie et d'élégante modernité.

     

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    La Senna, al mattino, da Pont du Carrousel, une oeuvre de l'artiste contemporain Paolo Frongia.

     

    Le 24 janvier 2012, Juliette Gréco a offert à son public un album intitulé Ça se traverse et c'est beau. Elle y évoque, avec éclectisme et limpidité, les ponts de Paris, le temps qui s'écoule et la Seine au gré de ses métamorphoses. Elle s'est entourée pour l'occasion de nombreux artistes: Marc Lavoine, Mélody Gardot, Abd al Malik, Amélie Nothomb, Philippe Sollers... Cette ode aux cycles de la vie, aux émotions et aux Belles-Lettres sonne comme une croisière musicale, prélude à de fascinantes traversées...

     

    « Rue des Saints-Pères jusqu'à la Seine

    Le Pont du Carrousel serait un détour

    Rendez-vous Cour Carrée avec mon amour

    Dans deux minutes. Il faudrait que j'y coure

    Le long du quai Malaquais jusqu'au Pont des Arts

    En deux minutes, c'est impossible. Je serai en retard

    Juliette est une diva, Juliette n'attendra pas

    il manque un pont à Paris. Le Pont Oblique,

    Qui relie la Cour Carrée à la rue des Saints-Pères.

    Pourquoi Diable aurait-on inventé la Seine,

    Si ce n'est pour qu'elle coule sous des ponts ? » (Amélie Nothomb).

     

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    Sources et Bibliographie

     

    Corinne DOUCET: Les académies d'art équestre dans la France d'Ancien Régime. 2007.

     

    Henry-Louis DUBLY: Les ponts de Paris. Paris: Veyrier, 1973.

     

    Charles DUPLOMB: Histoire générale des ponts de Paris. Paris, 1911.

     

    R. FILIPPI: Le nouveau pont du Carrousel, à Paris, dans "La Technique des Travaux", mai 1937.

     

    Marc GAILLARD: Quais et Ponts de Paris. Amiens: Martelle Editions, 1996; p. 205.

     

    Jacques LE LONG et Charles M. FEVRET DE FONTETTE: Bibliothèque Historique de la France. 1775.

     

    Bernard MARREY: Les ponts modernes, vingtième siècle. Paris: Picard, 1995; p. 279.

     

    Serge MONTENS: Les plus beaux ponts de France. Paris, Bonneton, 2001; p. 199.

     

    Pylônes d'éclairage du pont du Carrousel à Paris, dans "Ossature métallique", décembre 1949, v. 14.

     

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    Un franc soleil règne sur la capitale. Les mascarons du Pont-Neuf contemplent la Seine miroitante et je musarde, en délicieuse compagnie, sous les palmiers de Paris Plages...

     

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    Du 20 juillet au 19 août 2012, de 8h00 à Minuit, les quais de Paris se transforment en lieux de villégiature estivale et de nombreuses activités gratuites sont au programme.

     

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    La 11ème édition de Paris Plages est un peu particulière en raison du chantier qui occupe une partie de la voie Georges-Pompidou. La manifestation se concentre entre le quai des Tuileries et le Pont d'Arcole et plusieurs attractions se déroulent au Bassin de la Villette.

     

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    Dans un décor ourlé de grandes vagues de bois, jaillit une forêt de parasols et d'oriflammes.

     

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    Il est encore tôt mais dans une heure tout au plus les transats, les chaises et les confortables poufs et coussins aux couleurs anisées seront pris d'assaut.

     

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    En attendant, l'occasion est bien trop belle de profiter des berges de la Seine vierges de tout véhicule à moteur et de contempler, d'une autre manière, l'architecture des ponts de Paris.

     

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    Quand le soleil sera à son zénith, le jardin des brumes deviendra le refuge d'une foule ravie de se réapproprier l'espace urbain, de si agréable façon.

     

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    Paris Plages, c'est aussi Paris verdure et Paris culture. Nous nous installons près de ce pot géant, à côté de la Bibliothèque éphémère Flammarion qui propose, chaque jour, un choix de trois cents ouvrages. De 11 heures à 19 heures, quai de la Mégisserie, il suffit de laisser sa pièce d'identité pour emprunter les livres désirés.

     

    Les promeneurs sont séduits par un généreux florilège d'activités: cours de Taï Chi, de danse de salon, chasse aux trésors, Ludo Plage pour les enfants de 3 à 6 ans, boulodrome, espace baby foot, ateliers éducatifs, lecture...

     

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    Le service public « Eau de Paris » met à la disposition des visiteurs deux machines à gazéifier et un stand d’eau fraîche avec distribution gratuite de sirop, tous les jours de 16h à 19h. Malgré l'affluence, chacun est servi dans une ambiance sympathique. Des fontaines réparties sur la longueur du parcours permettent également de s'hydrater.

     

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    En cas de fortes chaleurs, cette douche insolite permet de se rafraîchir de pied en cap!

     

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    Les établissements Lafarge sont l'un des sponsors de la manifestation. Ils sont responsables de l'extraction et de l'acheminement du sable de Paris Plages.

     

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    Ce sable alluvionnaire, doux et particulièrement fin, vient de la carrière de Bernières-sur-Seine, dans l'Eure. Son gisement date du Quaternaire (entre 100000 et 800000 ans avant J.-C.) et se situe dans le lit d’un ancien méandre de la Seine.

     

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    Roulé par les courants du fleuve, le sable s’est déposé, au fil du temps, sur les terres normandes, près des Andelys. Il est exploité à partir du sous-sol des anciennes boucles de la Seine.

     

    Quelques jours avant que ce château soit érigé, j'ai photographié l'installation de la « plage » parisienne.

     

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    De grandes barges, actionnées pas un pousseur, remontent la Seine jusqu'à Paris sur près de 180 kilomètres.

     

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    Le fleuve est un moyen de transport écologique. Six barges fluviales sont capables d'acheminer le contenu de 250 camions!

     

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    Pendant toute la saison de Paris Plages, le sable subit des analyses régulières, un entretien et un nettoyage rigoureux. A la fin de l’évènement, il est récupéré, traité, désinfecté et recyclé dans les jardins, les bacs à sable, les hippodromes, les manèges à chevaux et les équipements sportifs de la ville.

     

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    Au cours de l'édition 2011, ce sable aux grains si fins a servi à réaliser le château de la Belle au bois dormant et les adorables Minnie et Mickey.

     

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    D'un château à un autre...

     

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    Un an plus tard, devant la bibliothèque éphémère, je profite d'une vue imprenable sur la Conciergerie tout juste restaurée. Ce vestige de l'ancien Palais de la Cité a des allures de château féerique mais l'Histoire y a semé son lot de tragédies...

     

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    Les tours en poivrière qui rythment la majestueuse façade ont retrouvé depuis peu leur éclat. Les tours jumelles datent du règne de Philippe le Bel (1268-1314) qui fit remodeler et agrandir le palais. La Tour de César, à gauche, fait référence à la présence romaine dans l'Île de la Cité et la Tour d'Argent, à droite, garde le souvenir du trésor royal.

     

    La tour isolée ou Tour Bonbec est la plus ancienne de l'édifice. Ses soubassements datent du règne de Saint-Louis (1214-1270) mais elle fut surhaussée au XVIe siècle et coiffée de sa tourelle conique. Elle abritait la sinistre salle où était pratiquée la question.

     

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    A l'angle nord-est du palais, se dresse la Tour de l'Horloge, tour de guet rectangulaire au clocheton fin et scintillant. Je vous conterai bientôt son histoire et celle de la magnifique horloge qu'elle abrite...

     

    Grâce à l'ouverture des voies sur berge, nous bénéficions d'un panorama exceptionnel sur l'Île de la Cité. Appuyée contre la balustrade, je savoure la subtile palette des couleurs et la beauté porcelainée du ciel.

     

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    Les arches gracieuses du Pont au Change chevauchent la Seine, au pied de la Conciergerie, entre la rive droite et l'Île de la Cité.

     

    Initialement, un pont fut construit, au IXe siècle, sur le grand bras du fleuve. Ce Grand Pont devint Pont au Change en raison des boutiques de courtiers de change, d'orfèvres et de joailliers qui y étaient installées. Détruit par un incendie en 1621, l'ouvrage fut reconstruit entre 1639 et 1647. Le nouveau pont en maçonnerie, qui comportait sept arches, était alors le plus large de Paris. Il subit des réparations en 1740 mais les maisons qu'il supportait étaient si imposantes et serrées les unes contre les autres qu'elles furent rasées en 1786. On imagine à loisir combien le paysage était différent...

     

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    Le pont actuel fut construit, entre 1858 et 1860, sous le règne de Napoléon III et décoré de l'insigne impérial. Le Pont Saint-Michel fut reconstruit à la même époque et sur un modèle identique. Il se situe, dans l'alignement du Pont au Change, entre l'Île de la Cité et la rive gauche de la Seine.

     

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    A l'occasion de Paris Plages, les abords du pont se transforment en île aux trésors.

     

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    L'imagination s'anime auprès du bateau pirate et de la jolie sirène qui garde ses secrets. Cette plage artificielle dans un lieu insolite rencontre un vif succès, je peux vous l'assurer!

     

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    J'aime cheminer sous les arches des ponts. Entre les piles profondes, les remous de l'eau sont électriques et l'écume danse sous les étraves des bateaux. Gorgées de lumière, les algues lèchent les vieux quais.

     

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    Alors que j'approche du Pont Notre-Dame, une étrange voix frissonne dans la pierre. A travers le joyeux brouhaha environnant, elle chuchote les splendeurs et les outrages du temps.

     

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    Cet ouvrage composite traverse le grand bras de la Seine, entre le quai de Gesvres et le quai de la Corse, sur l'Île de la Cité. Il se dresse, depuis 1853, à l'emplacement d'un des premiers ponts antiques de Paris. Entre 1910 et 1914, ses cinq arches furent réduites à trois et depuis, son arche centrale métallique dessine un bel arc étiré.

     

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    Ce mascaron, sculpté sous le Second Empire, décore l'une des arches primitives. Dieu du fleuve nourricier, il sourit aux promeneurs qui découvrent ou redécouvrent ce patrimoine luxuriant.

     

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    Bleu des oriflammes qui dansent dans l'air facétieux, bleu du ciel peuplé de nuages moutonnants, encre féerique de l'eau... les couleurs s'entrelacent et composent un magnifique tableau. On aperçoit le dôme du Tribunal de Commerce qui domine l'une des arches de pierre du Pont Notre-Dame, la pointe de la flèche de la Sainte-Chapelle, les tours de la Conciergerie et l'élégante silhouette du Pont au Change.

     

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    Les nuages déferlent, le vent souffle des rumeurs de tempête mais le soleil va vite reprendre l'ascendant. Les ponts qui s'enchaînent dessinent un subtil réseau de veines irriguant le coeur flamboyant de la Cité.

     

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    Je m'arrête un instant pour contempler le feuillage jade sombre de ce palmier, amusante incongruité dans l'architecture parisienne...

     

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    … et me voici revenue vers le Pont-Neuf qui m'a déjà inspiré un article que vous pouvez retrouver en passant par le lien suivant: Les secrets du Pont-Neuf.

     

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    Depuis la création de Paris Plages, j'y suis allée chaque année et j'ai vu croître l'engouement pour cette manifestation bon enfant, originellement destinée à accueillir ceux qui ne partaient pas en vacances.

     

    Je déplore que des langues de vipère traitent les promeneurs de Paris Plages de « parasites » et les accusent, depuis une décennie, de « vampiriser les impôts des honnêtes gens ». Certains ont prétendu que des virus et des « maladies honteuses » sévissaient dans ce qu'ils qualifient de « sanicrotte géant ». J'ai donc résisté à onze étés de flâneries gourmandes et culturelles dans un pareil endroit!!!

     

    Même s'il ne s'agit pas d'une vraie plage, l'opportunité de se détendre, de pique-niquer et de jouir du spectacle des ponts de Paris sous un angle différent séduit un public varié. Quant à la joie des enfants, elle est communicative!

     

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    Notre promenade s'achève face au Pont des Arts et à l'Institut de France mais avant de clore cet article, je voudrais vous montrer un de mes lieux préférés. On n'y accède pas cette année à cause des travaux en cours sur la voie Georges-Pompidou.

     

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    A l'ombre des piles du Pont Marie, j'ai tissé de bien agréables souvenirs. La vue est peut-être moins spectaculaire qu'ailleurs mais le calme ambiant formait un contraste bienvenu avec la joyeuse agitation ambiante. Lors des précédentes éditions de Paris Plages, la Bibliothèque éphémère Flammarion se situait à côté.

     

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    Les solitaires, les rêveurs et les gourmands de lecture aiment cet endroit... J'y ai laissé naviguer mes pensées à fleur d'eau...

     

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    J'ai cependant bien apprécié mes visites à Paris Plages en cet été 2012 et j'ai l'intention d'y retourner avant la fin de l’évènement.

     

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    Je suis ravie de vous retrouver et je vous remercie pour les gentils messages que vous avez déposés sur mon blog pendant cette pause estivale!

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