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    Sous les grands arbres du Parc Monceau, parmi les fabriques romantiques de Carmontelle, un monument sculpté rend hommage à deux esprits brillants : la comédienne prodige Jeanne Samary que je présenterai tout à l'heure et l'auteur dramatique Édouard Pailleron (1834-1899).

     

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    Édouard Pailleron fut également poète, avocat, journaliste, dragon pendant deux ans, directeur de la Comédie-Française et Académicien. Il avait coutume de dire : « Le seul bonheur qu'on a vient du bonheur qu'on donne. »

     

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    Une rue ouverte en 1903 dans le 19e arrondissement de Paris porte son nom.

     

    Docteur en droit et passionné de littérature, Édouard Pailleron fut le gendre de François Buloz, le fondateur de « La revue des Deux-Mondes » dont il devint le codirecteur. En 1882, il fut élu à l'Académie Française.

     

    A travers ses œuvres, il déploya une formidable énergie créatrice et certaines de ses pièces, comme « Le monde où l'on s'ennuie » furent jouées plus de mille fois ! Un succès prodigieux. Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise et le Parc Monceau accueille un ensemble sculpté qui célèbre son talent.

     

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    « Quand le désir la touche,

    Notre âme n'attend pas les mots de notre bouche. » Édouard Pailleron, Le Parasite.

     

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    Le monument commémoratif, couronné par une statue en buste du prolifique homme de lettres fut créé en 1906 par le sculpteur Léopold Bernard Bernstamm (1859-1939).

     

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    Léopold Bernstamm était un sculpteur allemand, né dans l'actuelle Lettonie. Il fit ses classes, à partir de 1872, dans l'atelier du sculpteur danois David Jensen, élève du maître danois Bertel Thorvaldsen (1770-1844) puis il entra, en 1874, à l'Académie Impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg.

     

    Artiste voyageur, il découvrit en Italie les splendeurs de Florence et de Rome et en 1885, il se rendit à Paris où il décida de s'installer.

     

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    Périodiquement, il revint à Saint-Pétersbourg et réalisa de nombreux portraits sculptés de grands personnages russes et français, près de trois cents semble-t-il, parmi lesquels on trouve l'empereur Nicolas II (1868-1918), le tsar Alexandre III (1845-1894), des membres de la famille impériale russe, des artistes et des personnalités comme Anton Rubinstein (1829-1894), Fiodor Dostoïevski (1821-1881), Alexandre Pouchkine (1799-1837)... ou du côté français, Émile Zola (1840-1902), Gustave Flaubert (1821-1880), Victorien Sardou (1831-1908), Ernest Renan (1823-1892), Alexandre Falguière (1831-1900)...

     

    A Paris, très apprécié, il fut l'élève d'Antonin Mercié (1845-1916) et fut sollicité par le musée Grévin pour créer un nombre conséquent de personnages de cire.

     

    Au fil de sa carrière, il fut récompensé au Salon des Artistes Français et aux Expositions Universelles (il reçut la médaille d'argent en 1889 et la médaille d'or en 1900). En 1891, il fut nommé Chevalier de la Légion d'Honneur puis Officier et Commandeur.

     

     

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    En 1906, outre le monument dédié à Édouard Pailleron, il a réalisé une grande sculpture en plâtre intitulée « Deux jeunes filles en mouvement ». (Image Antiquités Lassaussois.com)

     

    Les deux jeunes filles sont saisies par l'artiste dans un élan facétieux. L'une d'elle tente, auprès de son amie couronnée de feuilles de vigne, de s'emparer d'un masque qui représente l'allégorie du théâtre.

     

     

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    Une élégante et séduisante jeune femme est représentée au pied du monument. Il s'agit de la comédienne (Léonie Pauline) Jeanne Samary (1857-1890), égérie du Tout-Paris en son temps et figure de proue de la Comédie-Française, qui fut peinte, dans l'éclat de sa jeunesse, par Auguste Renoir (1841-1919).

     

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    Issue de la lignée des Brohan, (Suzanne, Augustine et Madeleine, des comédiennes prestigieuses), Jeanne reçut le Premier Prix au Conservatoire en 1875 après avoir été l'élève de Jean-Baptiste Prosper Bressant (1815-1886). A l'âge de dix-sept ans, elle se fit remarquer en interprétant Dorine dans Tartuffe et devint très rapidement l'une des interprètes les plus recherchées pour les soubrettes du théâtre de Molière. Jeune femme pleine de charme, d'élégance et de joie de vivre, industrieuse et facétieuse, elle excella dans les pièces de Molière mais aussi dans les œuvres de Marivaux, Regnard, Victor Hugo, Victorien Sardou, Octave Mirbeau, Jean Richepin et n'oublions pas les œuvres d'Édouard Pailleron (Le Monde où l'on s'ennuie, Petite Pluie, L'Étincelle, La Souris...).

     

    Elle entra à la Comédie-Française en 1875 et devint Sociétaire en 1879. Coqueluche du Paris des Arts, elle épousa en 1882 Paul Lagarde, le frère du peintre Pierre Lagarde et le couple eut trois enfants.

     

    Jeanne apparaît dans la Balançoire (1876) d'Auguste Renoir (1841-1919) et le Déjeuner des Canotiers (1880/1881). Clin d’œil à mon aminaute Alain Yvars, du blog Si l'art était conté...

     

    http://www.httpsilartetaitconte.com/apps/search?s=le+d%C3%A9jeuner+des+canotiers&search-submit-box-search-364419=OK

     

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    Portrait de Jeanne Samary ou La Rêverie par Renoir, 1877.

     

    Dans ce tableau, le visage de Jeanne Samary resplendit sur un fond rose impressionniste où se dessine la signature de Renoir. Ses yeux brillent comme des saphirs et son charme est intense (peau nacrée, lèvres rubis, chevelure de feu...), dans un monde investi par des couleurs précieuses (le bleu vert de la robe est magnifique).

     

    Jeanne venait poser chez Renoir à cette époque et Renoir prenait grand plaisir à aller admirer Jeanne sur scène.

     

    L’œuvre qui se trouve exposée aujourd'hui au Musée Pouchkine à Moscou fut présentée en 1877 à la troisième exposition des Impressionnistes et le ressenti des critiques et des visiteurs ne fut pas élogieux... Jeanne s'en trouva contrariée.

     

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    Jeanne en robe de bal et peinte en pied, en 1878, toujours par Auguste Renoir. L’œuvre est conservée au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.

     

    Entre 1877 et 1880, Renoir a peint la jeune femme plus d'une douzaine de fois mais au fil du temps, les relations se compliquèrent entre les deux artistes, Jeanne reprochant à Renoir de ne pas la mettre suffisamment en valeur à travers son style très personnel et préférant se rapprocher des peintres du mouvement Académique.

     

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    Jeanne Samary dans le Déjeuner des Canotiers. Les couleurs de ce détail ne sont pas identiques au tableau dans son ensemble mais, pour mes amis « puristes », j'ai fait comme j'ai pu avec ce que j'ai trouvé. wink2

     

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    Jeanne Samary a aussi été peinte en 1880 par Louise Abbéma (1853-1927), une artiste prolifique et très célèbre à son époque, portraitiste attitrée et amante de Sarah Bernhardt (1844-1923).

     

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    Jeanne inspirant le peintre naturaliste Jules Bastien-Lepage (1848-1884).

     

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    Jeanne en déesse de la Lune, maîtresse femme photographiée par l'atelier Nadar

     

    Particulièrement douée pour le théâtre, Jeanne était très aimée et sollicitée par une myriade d'auteurs hélas la fièvre typhoïde l'emporta à l'âge de 33 ans alors qu'elle allait jouer La Parisienne d'Henry Becque (1837-1899). Le peintre académique Ferdinand Humbert (1842-1934) a réalisé un portrait d'elle juste avant sa mort.

     

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    Si vous vous promenez dans le Parc Monceau, vous prendrez sûrement plaisir à saluer la délicieuse Jeanne et le pétillant Édouard Pailleron, présentés selon la vision Belle-Époque de Léopold Bernstamm. Jeanne rend hommage à son ami écrivain et dramaturge en parant son monument avec une guirlande de roses après lui avoir offert deux masques qui représentent la Comédie et la Tragédie.

     

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    Masques

     

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    Jeanne Samary est l'auteur d'un livre pour enfants intitulé Les Gourmandises de Charlotte, illustré par le talentueux Jacques Onfroy de Breville (1858-1931) dit JOB et dont la préface fut rédigée par Édouard Pailleron.

     

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    Cette fable moralisatrice, parue en 1890 chez Hachette & Cie et rééditée en 1902 et en 1914, relate l'histoire d'une fillette capricieuse qui ne mange que des sucreries. Ce mode de vie la fait rapetisser, vivre dans une boîte d'allumettes et devenir la servante d'un rat. Au fil de l'histoire, Charlotte décide de manger autre chose que des gourmandises mais elle se met à grossir plus que de raison.

     

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    A la fin du livre, elle retrouve une corpulence normale en consommant une alimentation équilibrée et se métamorphose en « la plus jolie petite fille de Paris. »

     

    L'ouvrage est en résonance avec les préoccupations hygiénistes de l'époque à laquelle vivait Jeanne Samary.

    A la fin du XIXe siècle, toutes les audaces gastronomiques étaient encouragées et de nombreuses personnes s'empiffraient littéralement (ce qui nous rappelle que des gens agissent hélas ainsi de nos jours...). Face à cette hécatombe de trop copieuse chère et dans un contexte favorable aux cures thermales et à l'expression positive du corps etc, des médecins entreprirent d'expliquer aux parents la nécessité de surveiller l'alimentation de leurs enfants. Le livre de Jeanne Samary est donc emblématique d'une vogue qui fournira les principes de la diététique moderne.

     

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    Illustration de JOB

     

    Sur ces considérations qui demeurent très actuelles, je vous souhaite de belles journées de janvier et vous adresse une myriade de cœurs d'amitié...

     

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    Plume

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    TRÈS BELLE ANNÉE 2019 ET MERCI POUR VOS VŒUX !

     

    La ville a enfilé ses habits de lumière. Prenons plaisir à découvrir, au cœur de ses rues, des clartés mouvantes et des petites touches d'enchantement qui se lovent dans la nuit...

    Nous sommes sur le parvis de l'Hôtel de Ville. Un monde fantasmagorique se déploie devant ce superbe édifice.

     

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    Un château urbain auquel j'ai prévu de consacrer une série d'articles en 2019. Hôtel de Ville « moderne » qui se dresse dans l'obscurité scintillante tel un palais mystérieux.

     

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    Là où se déployaient autrefois les tourelles et les arcades de la Maison aux Piliers, « Domaine de Ville » acquis par le Prévôt des Marchands Étienne Marcel (1315-1358) auprès de la famille royale, les promeneurs découvrent un joli monde où se lovent des lumières opalines et des sculptures de cervidés en bois.

     

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    La vaste façade dévoile son esthétique néo-renaissance qui rend hommage au palais d'autrefois... Une composition dessinée par l'architecte italien Dominique de Cortone (1470-1549) dit Le Boccador et érigée, entre 1533 et 1628, sur les vestiges de la Maison aux Piliers, au couronnement de la Place de Grève. L'Hôtel de Ville du Boccador disparut dans les flammes, le soir du 24 mai 1871, pendant les événements de La Commune.

     

    La façade actuelle, qui se déploie sur 143 mètres, est rythmée par une myriade de statues qui représentent de grands personnages issus du monde des arts et de la politique. Cent six statues en pied sont accompagnées de sculptures décoratives et de figures chimériques.

     

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     Ombres des dix chevaliers en cuivre qui veillent sur le campanile, les toitures et les pavillons de l'édifice.

     

    Je publierai dans le courant de l'année les détails de mes photos de jour et la documentation (gravures anciennes, peintures, plans...) que j'ai constituée au fil du temps. Un travail plus que conséquent !

     

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    Entre Hôtel de Ville et tours dorées de la Cathédrale Notre-Dame, les décors de fête ont fait le bonheur des petits et des grands. Je veux partager avec vous cette poésie de l'instant.

     

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    Des animaux de bois, incarnations de l'Esprit des Forêts se laissent admirer... J'ai beaucoup aimé ce côté Nature...

     

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    A proximité, palpitent les lumières du Carrousel Belle-Époque du parvis de l'Hôtel de Ville. Un écrin de rêves qui s'animent dans les velours de la nuit.

     

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    Lumières aux tons précieux du BHV, célèbre Bazar de l'Hôtel de Ville qui ouvrit ses portes en 1856, à l'initiative d'un commerçant ardéchois, un bimbelotier philanthrope nommé François Xavier Ruel.

     

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    Lumières sur lesquelles je referme ce billet en vous présentant à nouveau mes meilleurs vœux pour 2019 et en vous disant « merci » pour vos présences amicales.

     

    Douces et belles pensées pour vous !

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    Plume

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