•  

    Image001.jpg

     

    Déesse des moissons d'or, des fleurs sauvages, des fruits mûrs et des contrées verdoyantes, Cérès règne sur l'été et préserve l'abondance des trésors de la terre. Elle apparaît gracieuse dans ce tableau de Louis-Jacques Dubois (1768-1843), conservé au château de Compiègne où elle arbore ses attributs, en l'occurrence la corne d'abondance et la faucille dont j'ai développé la symbolique dans mon article précédent : Tuileries, le personnage à la faucille.

     

    Image002.jpg

    Cérès, par Jules Romain (Giulio Pippi dit Giulio Romano, 1492 ou 1499-1546). Peinture à l'huile sur bois de peuplier (vers 1520-1523). Louvre, © Archives Larbor.

     

    Fille des Titans Chronos (Saturne) et Rhéa (Cybèle), elle est l'émanation latine de la grande déesse mère Déméter, honorée dans l'ancienne Grèce.

     

    Image003.jpg

    Cérès, allégorie de l'Été, par Paul Philippoteaux (1846-1923).

     

    Dans le monde romain, Cérès, avenante déesse, est associée à la croissance des végétaux et couronnée de blé mûr. Son nom dérive du mot latin « crescere » qui signifie « grandir, pousser ». Assimilée, donc, à la déesse grecque Déméter, elle apprit aux hommes à cultiver les céréales et fut pendant très longtemps invoquée pour protéger les récoltes, faire croître la végétation et attirer la fécondité sur les foyers. Sa fleur symbolique est le pavot.

     

    Image004.jpg

     

    Elle fut honorée sur l'Aventin, la plus méridionale des sept collines de Rome et sa légende fut calquée sur le mythe de Déméter. Un mythe qui demeure, à travers les siècles, riche de mystères et de rebondissements.

     

    Le Mythe de Déméter

     

    Déméter fut convoitée par son frère Poséidon mais, refusant de céder aux désirs du dieu des océans, elle se transforma en jument et se mêla à un troupeau magnifique de « cavales » qui appartenaient au roi Oncos d'Arcadie. Elle crut que Poséidon la laisserait tranquille mais le dieu se changea en un fougueux étalon. Rattrapant Déméter, il abusa d'elle et la rendit mère d'un cheval immortel et doué de parole, le cheval Arion qui possédait une superbe crinière verte. D'après des textes anciens, une fille naquit aussi de ce viol et elle fut nommée Despina ou Despoina, « la Maîtresse ». Il s'agissait d'une déesse mystérieuse dont le nom véritable n'était révélé qu'à certains initiés.

     

    Choquée, Déméter se réfugia dans une grotte, sur la Terre où Zeus, son autre frère, le maître des Olympiens vint la chercher. Il la conduisit jusqu'au fleuve Ladon, un lieu hautement purificateur où elle se baigna avant de retourner sur l'Olympe.

     

    Quelques temps plus tard, charmé par la beauté de Déméter, Zeus entreprit de la séduire. En fonction des auteurs et des périodes, elle accepta de faire l'amour avec lui ou bien elle fut poursuivie et abusée par Zeus qui prit la forme d'un puissant taureau.

     

    De l'union de Zeus et de Déméter, naquit Perséphone (Proserpine pour les Romains), « la jeune fille », Coré ou Koré, déesse tout aussi séduisante que sa mère et perçue dans le monde antique comme une incarnation du Printemps.

     

    Image005.jpg

    Perséphone, par © Lauri Blank, artiste américaine.

     

    Image006.jpg

    Perséphone par © Bigbad Red sur DeviantArt

     

    Perséphone grandit, aimée, choyée, entourée. Déméter, qui préservait sa virginité comme le plus précieux des trésors, l'avait placée sous la garde des nymphes Océanides. Mais un jour, alors qu'elle se promenait dans un champ, Perséphone fut attirée par une odeur entêtante, celle d'un narcisse ensorcelé. Oubliant toute prudence, elle échappa à la surveillance des Océanides et s'enfonça toujours plus dans le paysage où elle fut remarquée par Hadès, le seigneur du monde souterrain, frère de Zeus et de Poséidon.

     

    Image007.jpg

    Hadès et Perséphone par © Dromsfallenruins sur DeviantArt

     

    Subjugué par les charmes de Perséphone, Hadès fendit la terre et s'empara de la jeune déesse qui cria pour appeler sa mère mais le sol se referma sur elle. Hadès l'emmena dans les Enfers pour la posséder.

     

    Image008.jpg

    Image The Old Valyria

     

    Affolée par les hurlements de sa fille bien-aimée, Déméter arriva sur place au plus vite mais elle ne trouva aucune trace de « l'enlèvement ».

     

    Perséphone erra dans les Enfers, refusant de manger mais au bout de plusieurs jours, tenaillée par la faim, elle avala sept pépins d'une grenade.

     

    Image009.jpg

    Perséphone, 1874, par Dante Gabriel Rossetti (1828-1882).

     

    Inconsolable, Déméter erra sur terre pendant neuf jours et neuf nuits. Ses larmes engendrèrent torrents et ruisseaux puis elle déclencha une terrible famine qui attira l'attention de Zeus.

     

    Image010.jpg

    Evelyn de Morgan (1855-1919), Déméter cherchant Perséphone, 1906.

     

    Image011.jpg

     

    Craignant que l'Humanité ne périsse, Zeus se rendit aux Enfers pour s'entretenir avec Hadès au sujet de Perséphone et Hadès accepta que la jeune déesse retrouve sa mère. Mais comme Perséphone avait consommé la nourriture des Enfers, elle ne pouvait plus revenir « pleinement » dans le monde des vivants.

     

    Zeus trouva alors un compromis que les deux parties acceptèrent. Perséphone vivrait sur Terre, auprès de sa mère, au Printemps et en Été et elle retournerait auprès d'Hadès en Automne et en Hiver.

     

    Image012.jpg

    Hadès et Perséphone par © Atheryal sur DeviantArt

     

    Image013.jpg

    Hadès, seigneur de la mort et des contrées obscures, attiré par les charmes printaniers de Perséphone... © Tapety sur Deviantart

     

    Au fil du temps, Perséphone apprécia Hadès. Elle fut conquise par les aspects sombres de sa nature et elle accepta de partager son lit. Il devint son époux et elle fut la suzeraine des Enfers...

     

    Image014.jpg

     

    Image015.jpg

    Perséphone et Hadès par © JanainaArt sur DeviantArt

     

    Image016.jpg

    Perséphone et Hadès par © Sayaia/Artworks sur DeviantArt

     

    Image017.jpg

    Hadès et Perséphone, © MathiaArkoniel.com

     

    Quant à Déméter/Cérès, elle eut d'autres enfants, deux fils : Ploutos, dieu aveugle de la richesse et de l'abondance et Philomélos qui inventa la charrue. Le père de Ploutos et de Philomélos était Iasion, « le laboureur », fils de Zeus et d'Électre, l'une des étoiles de la constellation des Pléiades.

     

    Philomélos est à l'origine, dans le ciel nocturne, de la Constellation du Bouvier.

     

    Image018.jpg

     

    Le Bouvier, dans la mythologie gréco-romaine, veillait sur sept bœufs qui représentaient la Grande Ourse. Il est devenu plus tard le gardien de la Petite et de la Grande Ourse qu'il protège, autour du Pôle Nord, en compagnie de deux Chiens qui forment la constellation des Chiens de Chasse.

     

    Image019.jpg

    Le Bouvier dans l'Uranographia de Johannes Hevelius (1611-1687), découvreur de comètes et auteur d'une Topographie de la Lune...

     

    A proximité de la Couronne Boréale, le Bouvier garde un trésor : une étoile nommée Arcturus, la plus brillante de l'hémisphère Nord, « une étoile rouge en fin de vie dont le diamètre équivaut à environ vingt fois celui du Soleil. » Située à environ trente sept années lumière du Soleil, Arcturus rayonne dans la queue de la Grande Ourse.

     

    Image020.jpg

    Louis de Boullogne le Jeune (1654-1733), Cérès, allégorie de l'Été, vers 1699, pour le Château de Marly. La déesse arbore une magnifique draperie bleu saphir et elle est accompagnée de ses deux nourrissons et de putti qui effectuent des travaux des champs.

     

    Cérès tomba également amoureuse d'une nymphe nommée Macris, une nymphe du miel, qui vivait sur Drépané, l'île de la faux, sur laquelle était dissimulée la faucille utilisée par Chronos/Saturne pour émasculer Ouranos, le dieu du Ciel. Voir mon article Tuileries, le personnage à la faucille. Drépané était peuplée de Titans auxquels Cérès apprit l'art de l'agriculture.

     

    Souvent représentée dans les parcs et les jardins des châteaux, Cérès apparaît comme une figure protectrice et une gardienne de la fertilité.

     

    Image021.jpg

    Cérès ou l’Été, statue réalisée par Guillaume Coustou (1677-1746) en 1726 et installée aux Tuileries en 1735.

     

    Dans l'Antiquité, elle était vénérée à travers des Cultes à Mystères dont les plus célèbres se situaient à Eleusis, en Attique où l'on buvait du Kykéon, une boisson hallucinogène. On aimait particulièrement Cérès à Athènes où les femmes lui rendaient hommage pendant les Thesmophories (les fêtes de La Législatrice). On la célébrait en Sicile, en Crête, en Thrace et dans le Péloponnèse. On la vénérait dans les champs et dans les forêts, à travers des rituels plus « sombres », ponctués de flagellations avec des fouets en écorce d'arbres sacrés, au cœur de temples sylvestres appelés « Megara ». Elle y était représentée avec une tête et une crinière de jument, accompagnée de dragons et de serpents terrestres et ailés. On lui consacrait des animaux chthoniens et aussi le bélier, le porcelet, la truie, la jument noire, la vache, la colombe (à l'instar d'Aphrodite/Vénus), l'abeille, la grue, le dauphin, le rouget, certains fossiles et coquillages... ainsi que des pierres comme le grenat, la citrine, la topaze dorée...

     

    Outre la faucille et la corne d'abondance, ses symboles majeurs, Déméter « règne » sur différents objets : le Kalathos, le Cista Mystica, un panier sacré contenant un serpent, des seins d'argile et différents fruits dont une grenade. Déesse de lumière, associée à la connaissance spirituelle, elle se déplace dans un char tiré par des lions, des serpents ou des dragons et elle possède une torche, à l'instar de la mystérieuse Hécate des Trois Lunes, maîtresse des croisées de chemin, un flambeau et un tambour.

     

    Image022.jpg

    Femme assise à la faucille ou Cérès, vers 1870, par Eugène Laurent (1832-1898). Images © Galerie Atena.

     

    Image023.jpg

    © Galerie Atena

     

    Les plantes placées sous son obédience sont : le pavot, le coquelicot, la grenade, l'origan dictame et l'origan de Crête, le thym et la sauge de Crête (salvia pomifera), la menthe pouliot, le myrte, le tournesol, la chicorée, le millepertuis, le lierre, le crocus, le narcisse, la bryone, la sarriette, le pourpier sauvage, le lys de mer, le gattilier, l'olivier, le figuier, l'orge, le blé mais aussi toutes les graines et les céréales génératrices de vie.

     

    Image024.jpg

    Déesse de l'Été, par © Lauri Blank.

     

    Cérès est particulièrement intéressante en raison des différents aspects de sa personnalité. Déesse Bisexuelle, à la fois Amante ne repoussant pas ses désirs et pourtant victime de violents appétits masculins... Mais même abusée, elle renaît aux plaisirs de la vie, de l'amour et de l'été... Elle insuffle aux femmes l'énergie nécessaire pour protéger et régénérer leur féminité. Gardienne des secrets, de la cyclicité du Temps et de la force d'évolution contenue en Dame Nature.

     

    Image025.jpg

    Cérès, par © Émily Balivet, 2013.

     

    Elle enseigne les connaissances dont elle est la dépositaire, connaissances agraires mais aussi secrets médicinaux et magiques. Des textes anciens font état de sa relation nourricière avec le jeune Triptolème, qui devint un « héros civilisateur », conçut les Mystères d'Eleusis et répandit parmi l'Humanité le savoir nécessaire à la culture du blé et des plantes potagères.

     

    Image026.jpg

    Charles-Joseph Natoire (1700-1777), Cérès nourrissant Triptolème.

     

    Un tableau peint par Antoine Watteau (1684-1721), le maître de la Fête Galante, entre 1717 et 1718, montre Cérès en majesté sur un nuage. L’œuvre est conservée à la National Gallery of Art de Washington.

     

    Image027.jpg

    La déesse est couronnée de coquelicots, de bleuets, d'épis de blé. Elle est entourée d'épis dorés et elle brandit sa faucille.

     

    Image028.png

     

    Incarnation de la Terra Mater, elle est accompagnée des trois signes du Zodiaque de la saison d'été, en l'occurrence les Gémeaux, le Cancer et le Lion. Cette peinture aux couleurs fines fut réalisée par Watteau, le maître de la Fête Galante, pour décorer la salle à manger d'un hôtel particulier parisien, rue Richelieu, à Paris. Il s'agit d'une toile voyageuse puisqu'elle est visible aujourd'hui à Washington.

     

    Image029.png

     

    Le Lion de la toile, mystérieux et chimérique, est là en tant que signe astrologique et symbole de vaillance, de puissance et de royauté. Il désigne le Soleil flamboyant de l'été et aussi le Lion de Némée, bête mythique liée au Premier des Douze Travaux d'Hercule.

     

    Image030.jpg

    Pierre Paul Rubens (1577-1640), Hercule combattant le lion de Némée.

     

    Image031.jpg

     

    Ce lion d'une férocité inouïe était doté d'une peau qui avait la texture d'une cuirasse impénétrable. Pour en venir à bout, il fallait utiliser les griffes de l'animal lui-même. C'est ainsi qu'Hercule parvint à prendre le dessus.

     

    Quand il fut victorieux, son père Zeus, seigneur de l'Olympe plaça la dépouille de la bête dans le ciel et la transforma en une myriade d'étoiles qui forment la Constellation du Lion.

     

    Image032.jpg

    Image Futura Sciences.com

     

    Image033.jpg

    Le Lion (Leo) dans l'Uranographia de Johannes Hevelius (1611-1687), cité plus haut.

     

    Image034.jpg

    © Émily Balivet, La Force, XIe Arcane du Tarot.

     

    Sur ces notes oniriques, je vous souhaite un très joli mois d'août... Profitez bien des beautés de la saison estivale. Gros bisous les Ami(e)s !

     

     

    Image035.jpg

    Plume

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    73 commentaires
  •  

    Image001.jpg

     

    Que l'Été soit ! Vert chlorophylle, ciselé de douceur sous un ciel bleu intense, créatif et gorgé de délicieuses saveurs... Un été que je nous souhaite très favorable, chers aminautes ! Et à cette occasion, je ne résiste pas au plaisir de d'exposer ici un tableau que j'aime infiniment : Midsummer Eve, composé par le peintre anglais Edward Robert Hughes (1851-1914).

     

    J'avais présenté ce tableau l'année dernière, sur mon autre blog : La Chimère écarlate et je me réjouis de laisser à nouveau caracoler mon esprit en des terres de fantaisie, invitée par les facétieux esprits de Midsummer.

     

    Nuit magique du Solstice d'Été qui, à l'instar de la nuit de Beltane (30 avril) et de celle de Samain/Halloween (31 octobre), fait tomber le voile qui sépare le monde des humains et le territoire ambivalent du Sidh (Sidhe) où évolue le Petit Peuple...

     

    Image002.jpg

     

    L’œuvre, datée de 1908, décrit ces instants mystérieux ("Eve" dérive de evening, le soir).

     

    Edward Robert Hughes (1851-1914) est un artiste à la touche élégante, très influencé par l'Esthétisme et le Préraphaélisme. Ses œuvres ont un charme infini (je les trouve superbes : Cœur des Neiges, la Nuit et son chariot d'étoiles etc...) mais là n'est pas mon propos en cet instant... Continuons d'évoquer Midsummer, nuit de fièvre magique où tout devient possible !

     

    Image003.jpg

     

    L'esprit féminin de Midsummer (Litha, pour le Druidisme) a appelé les créatures de la forêt qui s'assemblent autour d'elle pour former un fairy ring ou cercle de fées. Dotés d'ailes de papillons, ils portent des lampions et des lanternes en forme de boule ou de fleurs. Ces délicats éclairages évoquent la puissance créatrice des lucioles et des lampyres, coléoptères qui produisent de la lumière et font crépiter les velours d'onyx et les soies d'obsidienne de la nuit.

     

    Image004.jpg

     

    Pour les faire venir, la fée a utilisé une sorte de flûte dont l'extrémité est évasée. Elle est rousse, à l'instar des sirènes et des lamies, déités voluptueuses qui peuplent les toiles des peintres victoriens et sont la manifestation de leurs hantises (j'y reviendrai bien sûr, tant le thème me plaît et tant j'ai écrit de choses sur le sujet au fil de mes études). Rousseur et charme de feu... Elle porte une couronne de campanules stylisées, fleurs fétiches du Petit Peuple qui s'est regroupé pour festoyer.

     

    Image005.jpg

     

    Des fleurs roses ornent sa taille et sa robe dorée, superbement chatoyante, semble s'animer, dans le frisson des lueurs qui l'encerclent.

     

    Image006.jpg

     

    L'atmosphère est celle d'un monde fantastique et merveilleux... celui de Litha, festival de la lumière, fête du soleil triomphant qui nourrit les sillons fertiles de la terre.

     

    Image007.jpg

     

    À Midsummer, la chaleur palpite, les céréales grandissent. On célèbre avec des danses et des chants le jour le plus long de l'année et la force créatrice des éléments. On honore le feu, entité rouge et or qui dévore les monstres de l'obscurité. On va sur les chemins cueillir les « simples » guérisseurs et magiques avec une prédilection pour les herbes suivantes : armoise, achillée millefeuille, pissenlit, millepertuis, calendula, sauge, angélique, fenouil, reine des près, romarin, serpolet, thym, verveine, mélisse, menthe, plantain, pimprenelle, myrte, aubépine, capucine, bourrache, chélidoine, gentiane, hysope, lavande, marjolaine, joubarbe, lierre terrestre, marguerite, mauve, brunelle...

     

    Image008.jpg

    Midsummer Eve Party, image (c)Tricia Fountaine.

     

    Je vais donc savourer ma tisane d'armoise en vous souhaitant un très bel été et une délicieuse fête de la musique ! Laissez filer votre imagination dans les sous-bois, autour des vieilles pierres et sur le bord des étangs... Vous verrez peut-être caracoler de minuscules lanternes au gré de l'instant !

     

    Image009.jpg

    Fairy Lights

     

    Je pense bien à vous et je viens vous voir au rythme de mes possibilités. Mon épilepsie dont je ne parle que très peu depuis quelques temps est pourtant bien présente, avec son cortège de désagréments... Entre autres joyeusetés, j'ai très mal aux yeux et je dois prendre soin de ma rétine gauche déchirée, je fais donc comme je peux avec l'écran et un réseau Internet aussi brinquebalant que moi (sourires...) mais je ne vous oublie pas... Gros bisous !

     

    J'ai grand besoin de me reposer...

     

    Image010.jpg

    David Delamare, Midsummer Dream...

    Plume

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    37 commentaires
  •  

    Image001.jpg

    Albert Durer Lucas (1828-1918), Lilies of the valley

     

    Célébrons le renouveau de la Nature avec ces clochettes délicates, calices miniatures où le petit Peuple vient savourer l'ambroisie des Elfes et la manne des Fées... La Rosée de Lumière y tremble goutte à goutte !

     

    Image002.jpg

     

    Recevez mes vœux d'Amour, d'Amitié, de Chance et de Prospérité !

     

    Image003.jpg

     

     

    Le muguet: description et propriétés

     

    Plante vivace aux noms poétiques (Lis de Mai, Lis des vallées, Clochette des bois, Grelots, Grillets, Amourette, Gazon du Parnasse, Larmes de Notre-Dame...), le muguet se développe dans les bois clairs, sur les chemins dégagés et les pentes rocailleuses. Il se multiplie grâce à son rhizome traçant appelé « griffe ». Il est également cultivé pour ses ravissantes clochettes blanches au parfum enivrant dont le nom dérive de musc et de muscade. Ses fruits, très toxiques et de la grosseur d'un pois, deviennent rouges à maturité, en septembre ou en octobre.

     

    Image004.jpg

    Shodo Kawarasaki (1889-1973), Muguet, 1954.

     

    La pharmacopée populaire connaît, depuis des siècles, les propriétés médicinales du muguet et sa richesse en convallatoxine, une substance apparentée à la digitaline qui possède une action sédative sur le cœur. L'infusion de fleurs, sucrée au miel, est toujours utilisée mais, en raison de sa toxicité, les conseils d'un thérapeute sont absolument nécessaires.

     

    Prisée comme du tabac, la poudre de fleurs, préalablement séchées dans un lieu ombragé, est réputée calmer les migraines d'origine nerveuse, dissiper les vertiges et libérer les sécrétions des voies nasales. Mais souvenez-vous que les propriétés cardiotoniques du muguet ne sont pas à prendre à la légère et que ses jolies baies rouges ne doivent pas être consommées. Il faut également veiller à ce que les enfants n'absorbent pas l'eau dans laquelle le muguet a trempé.

     

    Image005.jpg

     

    Au-delà de ses vertus « guérisseuses », cette petite plante aux clochettes lactescentes, aimée des fées et destinée à « chasser l'hiver », nous fait revivre des moments importants de l'histoire de France...

     

    Image006.jpg

    Petite boîte en porcelaine de Limoges

     

    La tradition consistant à offrir du muguet, le premier mai, semble remonter à l'époque de Charles IX (1550-1574). En 1560, alors qu'il visitait la Drôme, le roi reçut un brin de muguet. Séduit par ce présent, il fit distribuer, à partir de 1561, des bouquets odorants aux dames de la Cour. Les seigneurs s'empressèrent de l'imiter en « muguetant », c'est à dire en « faisant les galants »...

     

    Image007.jpg

     

    Les bals du muguet fleurirent, à partir de la Renaissance. Les messieurs arboraient à la boutonnière de jolis brins parfumés.

     

    Image008.jpg

     

    Le premier mai 1895, le muguet fut associé à une romance parisienne. Le chansonnier Félix Mayol (1872-1941), auteur de la chanson « Viens poupoule », offrit, sur le quai de la gare Saint-Lazare, un bouquet de muguet à son amie Jenny Cook.

     

    Image009.jpg

     

    Quand il monta sur les planches du « Concert Parisien », sa jaquette était ornée de clochettes immaculées. Il connut un tel succès que le muguet devint son porte-bonheur attitré.

     

    Image010.jpg

     

    Image011.jpg

     

    Le premier mai 1900, lors de festivités organisées par des couturiers parisiens, les clientes et les ouvrières reçurent des brins de muguet. Les couturières prirent ensuite l'habitude d'offrir, chaque premier mai, du muguet à leurs clientes.

     

    Dans le Paris de la Belle Époque, les « fêtes du muguet » se multiplièrent et connurent un succès retentissant, lié à l'élection des « reines de Mai »: de jolies jeunes femmes vêtues de blanc, perçues comme les incarnations de Flore, la déesse du Printemps.

     

    Image012.jpg

    Reines du muguet (Photo Delcampe)

     

    Muguet en vogue dans les cours européennes et dans celle de la reine Victoria (1819-1901).

     

    Image013.jpg

     Ce tableau du peintre lithographe allemand Franz Xaver Winterhalter (1805-1873) décrit l'offrande par le duc de Wellington d'un cadeau à la reine Victoria, au prince Albert et au prince Arthur, dans une scène prévue pour ressembler à une Adoration des Mages. Le tableau fut commandé par la reine pour commémorer le 1er mai 1851, un jour doté d'une triple signification car il évoquait le premier anniversaire du prince Arthur, le quatre-vingt deuxième anniversaire du duc de Wellington, parrain du prince et la date d'ouverture de l'Exposition Universelle.

    Le petit prince tient des brins de muguet et le Crystal Palace, fleuron de l'exposition, est visible en arrière-plan.

     

    Image014.jpg

    Emblème de reverdie et de féminité, le muguet est aussi, depuis 1921, l'emblème du Rugby Club de Toulon!

     

    Image015.jpg

     

     

    La journée de huit heures et la Fête du Travail

     

    Les clochettes de muguet sont associées, en dépit de leur douceur et de leur fragilité, à des luttes sociales majeures.

     

    Image016.jpg

    Clochettes de muguet par Catharina Klein (1861-1929)

     

    Le 1er mai 1884, au IVe congrès de l'American Federation of Labor, les principaux syndicats ouvriers des États-Unis se donnèrent deux ans pour imposer à leurs employeurs la journée de travail de huit heures.

     

    Cette idée naquit en Australie où les travailleurs avaient organisé, le 21 avril 1856, une manifestation en faveur de la journée de huit heures. Le succès fut si retentissant qu'il fut décidé de renouveler cette journée d'action tous les ans.

     

    Le 1er mai 1886, alors qu'une partie des travailleurs venait d'obtenir satisfaction, de nombreux ouvriers, lésés, firent grève pour forcer les patrons à accepter leurs revendications.

     

    Le 3 mai, à Chicago, trois grévistes de la société McCormick Harvester perdirent la vie au cours d'une manifestation et le lendemain soir, alors qu'une marche de protestation se dispersait à Haymarket Square, une bombe explosa, tuant quinze policiers.

     

    Image017.jpg

    La révolte de Haymarket Square (Chicago, 4 mai 1886).

     

    Trois syndicalistes furent condamnés à la prison à perpétuité et cinq autres trouvèrent la mort par pendaison, le 11 novembre 1886, en dépit du manque de solidité des preuves dont la justice disposait. Ils finirent par être réhabilités.

     

    Image018.jpg

     

    Les derniers mots du condamné August Spies sont lisibles sur une stèle du cimetière de Waldheim, à Chicago: «Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd'hui.»

     

    Image019.jpg

     

    Trois ans après le drame de Haymarket, le deuxième congrès de la IIe Internationale socialiste se réunit à Paris, au 42, rue Rochechouart, salle des Fantaisies Parisiennes, dans le contexte de l'Exposition Universelle et de la commémoration du centenaire de la Révolution française.

     

    Image020.jpg

     

    Image021.jpg

     

    Les ouvriers défilèrent à partir du premier mai 1890, un triangle rouge à la boutonnière pour symboliser le partage de la journée en trois temps (temps de travail, temps de loisir et temps de sommeil).

     

    Image022.jpg

     

    Le 1er mai, lithographie de Jules Grandjouan (1875-1968) réalisée pour l'Assiette au beurre (1906), une revue illustrée, satirique et libertaire de la Belle Époque.

     

    Image023.jpg

     

    Image024.jpg

     

    Image025.jpg

     

    En 1891, à Fourmies, commune du nord de la France, la manifestation du premier mai s'acheva dans le sang, marquant un tournant essentiel dans l’histoire du mouvement ouvrier. Les forces de l'ordre, équipées des nouveaux fusils Lebel, tirèrent sur la foule. Elles tuèrent dix personnes et firent trente-cinq blessés. Une ouvrière de 18 ans nommée Maria Blondeau reçut une balle dans la tête à bout portant et devint le symbole de cette tragique journée.

     

    Image026.jpg

    La manifestation à Fourmies. (Image Fourmies info/archives.)

     

    Les autres victimes étaient Louise Hublet (vingt ans), Ernestine Diot (17 ans), Félicie Tonnelier (16 ans), Kléber Giloteaux (19 ans), Charles Leroy (20 ans), Emile Ségaux (30 ans), Gustave Pestiaux (14 ans), Emile Cornaille (11 ans) et Camille Latour (46 ans). Je conseille aux personnes intéressées par cette histoire de lire l'excellent ouvrage d'André Pierrard et Jean-Louis Chappat intitulé La fusillade de Fourmies, aux éditions Maxima.

     

    Dans le journal « l’Illustration » du 9 mai 1891, il est écrit: «C'est le fusil Lebel qui vient d'entrer en scène pour la première fois. Il ressort de ce nouveau fait à l'actif de la balle Lebel qu'elle peut très certainement traverser trois ou quatre personnes à la suite les uns des autres et les tuer.» Ce fusil équipera l’armée française jusqu’à la fin de la première guerre mondiale.

     

    Image027.png

     

    A la fin de l’année 1891, l'Internationale Socialiste renouvela le « caractère revendicatif et international du 1er mai », en hommage aux « martyrs de Fourmies ». Le 23 avril 1919, le Sénat Français ratifia la journée de 8 heures et le 7 juin 1936, la signature des accords de Matignon par Léon Blum permit d'obtenir « une augmentation des salaires de 7 à 15 %, la reconnaissance du droit syndical dans l’entreprise, l’élection des délégués ouvriers, la création de conventions collectives, la semaine de 40 heures et quinze jours de congés payés ».

     

     

    Image028.jpg

     

    Dans la Russie de 1920, le 1er mai fut chômé grâce à Lénine et en 1933, Hitler alla plus loin en rendant ce jour emblématique chômé et payé.

     

    Image029.jpg

     

    Le 24 avril 1941, sur les recommandations de René Belin, un ancien dirigeant de l'aile socialiste de la CGT, le Maréchal Pétain qualifia le premier mai de « Fête du Travail et de la Concorde Sociale ».

     

    Image030.jpg

     

    En avril 1947, à l'initiative du député socialiste Daniel Mayer et du ministre communiste du Travail, Ambroise Croizat, le 1er Mai devint, dans les entreprises publiques et privées, un jour chômé et payé mais il n'était toujours pas assimilé à une fête légale.

     

    Image031.jpg

     

    Les Symboles du Premier Mai

     

    En France, les manifestants du 1er mai défilèrent, à partir de 1890, avec le fameux triangle rouge « des trois temps » bien visible à la boutonnière. Ce triangle fut remplacé, en 1892, par une fleur d'aubépine suspendue à un ruban rouge, en l'honneur de Maria Blondeau, la jeune ouvrière de Fourmies, qui avait trouvé la mort en brandissant un bouquet d’aubépine. En 1895, le socialiste Paul Brousse invita, par le biais d'un concours, les travailleuses à choisir une fleur qui représenterait le « Mai » et c'est l’églantine qui fut choisie.

     

    Cette fleur traditionnelle du nord de la France, liée au souvenir de la Révolution française, fut remplacée par le muguet, en 1907 à Paris. Emblème du printemps francilien, le muguet était accroché à la boutonnière avec un ruban rouge, symbole du sang versé.

     

    Image032.jpg

     

    Après la Première Guerre mondiale, la presse encensa le muguet, aux dépens de la rouge églantine, et en 1941, sous le régime de Vichy, le muguet s'imposa.

     

    Image033.jpg

     

     

    La vente du muguet

     

    Image034.jpg

    Elena Salnikova, la jeune vendeuse de muguet

     

    Depuis les années 1930, une tolérance administrative autorise les particuliers à vendre, chaque 1er mai, des brins de muguet sans formalités, ni taxes mais cette tradition populaire se répandit surtout à partir de 1936. Elle semble trouver ses origines à Nantes où monsieur Aimé Delrue (1902-1961), droguiste et président du comité des fêtes de la ville, avait organisé « la Fête du Lait de Mai ».

     

    Image035.jpg

     

    Symbole de renouveau et de fécondité, le lait fraîchement tiré était associé à la blancheur immaculée des clochettes de muguet.

     

    Image036.jpg

    Zubkov Fedor, Les Anges de Mai

     

    Depuis 1936, chacun peut vendre du muguet, sans patente, mais il s'agit d'une tolérance que certains arrêtés, en fonction des communes, n'hésitent pas à réglementer.

     

    Image037.jpg

    Robert Doisneau (1912-1994), Le 1er mai 1950 à Paris, Place Victor Basch.

     

    Image038.jpg

    Robert Doisneau, 1er mai 1969, La vendeuse de muguet.

     

    Image039.jpg

    Robert Doisneau, Le Muguet du Métro, 1953, MOMA © 2018 Robert Doisneau, courtesy Bruce Silverstein.

     

    Image040.jpg

     

     

    Des larmes de Marie au sang de Saint-Léonard

     

    On appelle le muguet « larmes de Notre-Dame » car il aurait jailli des pleurs de la Vierge, versés au pied de la croix.

     

    D'autres légendes l'associent à Saint-Léonard, guerrier et ami du roi Clovis, qui choisit de vivre en ermite au fond des bois. Un jour, sous un bouquet d'arbres sacrés, Léonard se heurta à un dragon contre lequel il reprit les armes. Le combat fut très violent. De chaque goutte de sang perdue par le saint fleurirent des brins de muguet. D'après certaines croyances, on entend parfois, quand le vent souffle, le bruit de cette lutte fantastique...

     

     

    Image041.jpg

    Émile Gallé (1846-1904), vase aux muguet, marqueterie sur verre, vers 1898-1900.

     

    Image042.png

    Pablo Picasso (1881-1973), Brin de muguet (pousse verte)

     

     

    Image043.jpg

     

     

    Folklore et traditions

     

    Image044.jpg

     

    Comme toutes les fleurs à clochettes, le muguet est lié au Petit Peuple et aux déesses de l'amour et de la fécondité.

     

    Image045.png

    Cicely Mary Barker (1895-1973), Flower Fairies

     

    Avec la campanule, la digitale et le thym sauvage, le muguet est l'une des fleurs préférées des lutins et des fées qui viennent danser, en cercles opalescents, là où s'épanouissent les clochettes parfumées.

     

    Image046.jpg

    Titania, la reine des fées, couronnée de muguet, sous le pinceau aux accents préraphaélites de Sir Frank Bernard Dicksee (1853-1928).

     

    D'après une légende allemande, le muguet serait sous la protection d'une Dame Blanche.

     

    Image047.jpg

    Idylle de printemps par George Henry Boughton (1834-1905).

     

    Fleur d'inspiration, le muguet est consacré à Apollon Belenos, dieu des Arts et du Soleil, qui couvrit en l'honneur des Muses, le Mont Parnasse de clochettes nacrées, d'où l'appellation « Gazon de Parnasse ».

     

    Image048.jpg

    Jugend, 1897, illustration d'Adolf Höfer (1869-1927) pour un journal munichois.

     

    Dans le folklore européen, l'éclosion des fleurs de muguet constitue un signe bénéfique, annonciateur du retour des déesses du printemps. En fonction des croyances, on pourra préférer les brins à douze ou à treize clochettes...

     

    Image049.jpg

    Anne Cotterill (1933-2010), Lily of the Valley.

     

    Dans le Vaudou et la magie des Caraïbes, le muguet est associé à l'invocation des esprits et aux trois planètes de puissance, de protection et de réalisation que sont le Soleil, Vénus et Mercure. Réduit en poudre et brûlé sur des charbons ardents, il est réputé favoriser la concrétisation des affaires matérielles.

     

    Image050.jpg

     

    Les druidesses faisaient brûler de l'encens de muguet pour accroître leurs capacités de clairvoyance.

     

    Image051.jpg

     

    Dans la tradition populaire, le muguet est considéré comme un porte-bonheur puissant que l'on adresse aux personnes aimées et qu'on laisse sécher pour obtenir la réalisation de ses vœux. Il s'offre après la nuit de Beltane, nuit sacrée pour les Celtes ouvrant les portes de « l'année claire » jusqu'au retour de « l'année sombre » à la période de Samain/Halloween.

     

    Image052.jpg

     

    Dans des temps très anciens, c'était l'aubépine que l'on offrait pour célébrer le retour de Maïa, la déesse mère du printemps.

     

    Si vous souhaitez vous plonger dans les coutumes entourant l'Arbre de Mai et caracoler en compagnie des fées de Beltane, je vous invite à lire mon article intitulé la Magie de Mai...

     

    Image053.jpg

     

    Généreuses clochettes signifiant l'amour, la passion, la fidélité et le bonheur partagé...

     

    Image054.jpg

     

    Image055.jpg

    ...ainsi que le souvenir et la pureté des sentiments...

     

    Image056.jpg

     

    Joyeux Premier Mai!

     

     

    Bibliographie

     

    DUBOIS, Pierre: La Grande Encyclopédie des Fées. Hoebeke, 2008.

     

    DUBOIS-AUBIN, Hélène: L'esprit des fleurs: mythes, légendes et croyances. Le Coudray-Macouard: Cheminements, 2002.

     

    SEBILLOT, Paul-Yves: Le Folklore de France.

     

    SIKE, Yvonne de: Fêtes et croyances populaires en Europe. Bordas, 1994.

     

    VESCOLI, Michaël: Calendrier celtique. Actes Sud, 1996.

    Image057.jpg

     

     

    Plume

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    33 commentaires
  •  

    Image001.jpg

     

    Avec des illustrations en supplément, pour vous souhaiter de Joyeuses Fêtes de Pâques 2018 !

     

    Image002.jpg

     

    Promenade gourmande, artistique et philosophique sur le thème de l’œuf... Quant aux poissons d'Avril, les coquins se cachent un peu, « supplantés » par cocottes et lapins mais je ne les oublie pas, sourires !

     

    Image003.jpg

    Œuf du Premier Avril de la Maison Réauté, crédit photo Réauté.

     

    Image004.jpg

    Floris Hendrik Verster (1861-1927), Bol aux œufs, 1915.

     

    « Ab Ovo... » Au commencement était l’œuf, promesse de résurrection, que l'on plaçait dans les tombes pour accompagner l'âme des défunts vers un nouveau séjour.

     

    Image005.jpg

     

    De l’œuf naît et renaît la vie, quête incessante... Pondu par un initiateur sage et facétieux, le lièvre d'Ostara, la déesse germanique du Printemps, équivalent de la déesse anglo-saxonne Eostre (voir mon article intitulé Mystères et Traditions de Pâques), il signifie que des êtres nouveaux vont briser leur coquille.

     

    Image006.jpg

     

    Image007.jpg

    Illustration de Marjolein Bastin

     

    L’œuf cosmos

     

    Même si l'on écrivait une encyclopédie sur ce thème, on trouverait encore des traditions orales et des récits non étudiés mettant l’œuf en scène comme point de départ du monde et de ses habitants !

     

    Image008.jpg

    L’œuf cosmique de William Blake (1757-1827)

     

    Il existe une infinité de mythes fondés sur la puissance créatrice et poétique de l’œuf. Dans l'Égypte ancienne (mythe du dieu Thot et de l'Ogdoade Hermopolitaine), dans la mythologie hindoue (mythe de l’œuf de Brahma qui se divise en une moitié d’or et une moitié d’argent), chez les Incas où le dieu Viracocha crée le soleil derrière une immense roche noire, avec la coquille d'un œuf d'où jaillit l'humanité, dans le Japon Shintoïste où le ciel (léger et fluctuant) et la terre (dense) émanent d'un œuf parfumé, dans la Grèce antique où certaines statues du dieu Dionysos étaient représentées avec un œuf dans la main et dans plusieurs sépultures de l'ancienne Russie où l'on plaçait des œufs d'argile pour que les âmes puissent de nouveau s'incarner...

     

    Image009.jpg

    Kolobova Margarita, Ilmatar Birth of Nature.

     

    Dans le Kalevala (le livre sacré des Finlandais), une déesse nommée Ilmatar sommeillait au fond de la mer. Brusquement, sous l'effet d'un rêve, la déesse bougea et ses genoux émergèrent de l'eau. Intrigué et séduit, le seigneur de l'air, incarné en canard, y déposa un œuf couleur de lune ou d'or. La déesse frissonna, la coquille se brisa et la vie apparut sur toute la terre.

     

    Image010.jpg

    Ilmatar, 1860, par Robert Wilhelm Ekman (1808-1873), illustrateur de poèmes populaires et représentant du romantisme finlandais.

     

    « Tous les morceaux se transformèrent

    en choses bonnes et utiles:

    le bas de la coque de l’œuf forma le firmament sublime,

    le dessus de la partie jaune

    devint le soleil rayonnant

    le dessus de la partie blanche

    fut au ciel la lune luisante,

    tout débris taché de la coque

    fut une étoile au firmament,

    tout morceau foncé de la coque

    devint un nuage de l'air.

    Le temps avança désormais... »

     

    Image011.jpg

    Œuf de Dragon par Bente Schlick, illustrateur allemand né en 1986.

     

    Pour les alchimistes, l’œuf philosophique, l’œuf né d'un dragon ou d'un serpent, est un reflet de l’image du monde. Dans cet athanor, se produit l'émulsion qui permet d'aboutir à la pierre philosophale.

     

    Image012.png

    L’œuf Orphique de Jacob Bryant (1715-1804), savant, écrivain et mythographe britannique, 1744.

     

    Le Mythe Orphique (environ 600 av JC) rapporte qu'au commencement était Chronos (seigneur du Temps), qui engendra Chaos (l'Infini) et Éther (l'aboutissement). Enveloppant le Chaos, la Nuit, « déesse aux ailes noires » stimula l'action créatrice contenue dans l'Éther. De cette « rencontre » naquit l’Œuf d'Argent, réceptacle de l'essence de Vie, qui engendra Phanès, la Lumière.

    La Lumière s'unit à la Nuit et le Ciel, la Terre et l'Olympe où règne Zeus, seigneur de l'Éclair et de la Foudre, firent leur apparition.

     

    Image013.jpg

    Salvador Dali (1904-1989), Jaune d’œuf Soleil, 1955.

     

    L’œuf est un être à la fois organique et associé à une étrange forme de « minéralité » qui a profondément inspiré Dali. Le maître voyait à travers lui la possibilité de relier toutes nos vies : vies antérieures, expériences intra-utérines et renaissances au fil de l'existence.

     

    Image014.jpg

    Cette puissante magie d'inspiration et de fécondité imprègne les œufs du folklore pascal.

     

    Les œufs rouges de Pâques

     

    Dans de nombreux pays, la coutume veut que l'on teigne les œufs en rouge pour célébrer Pâques. Rouge de la vie, couleur du sang, de la passion amoureuse, de la purification des maléfices et de la rédemption des pêchés.

     

    Image015.jpg

     

    La matrice de l’œuf est le réceptacle du mystère de la vie. Dans la Perse antique, il existait une fête du printemps, appelée « fête des œufs rouges ».

     

    Dans le folklore celtique, le serpent de mer, à la fois géniteur de vie et destructeur de mondes, pondait, la nuit de l'équinoxe, un œuf rouge au creux d'un rocher. L’œuf magique rayonnait comme un soleil incandescent.

     

    Dans la symbolique chrétienne, les œufs du Jeudi-Saint, décorés en rouge et « chassés » le dimanche après la messe pascale, évoquent le sang du Christ versé pour la rémission des pêchés.

     

    L’œuf rouge de Marie-Madeleine

     

    Dans une église orthodoxe, située sur le Mont des Oliviers à Jérusalem, un tableau relate l'offrande d'un œuf rouge à l'empereur Tibère, par Marie-Madeleine.

     

    Image016.jpg

     

    Marie-Madeleine demanda à Tibère de réhabiliter la mémoire du Christ. En signe de déférence, elle lui donna le seul œuf qu'elle possédait. L'empereur la mit alors au défi. Il ne trancherait en sa faveur que si l’œuf se teintait de rouge. Elle pria et le miracle se produisit!

     

    Image017.jpg

     

    Pour la petite histoire, on disait aux enfants de Vendée que les œufs étaient rouges parce qu'ils avaient « vu » à Rome les cardinaux paraître dans leurs grandes robes écarlates.

     

    Image018.jpg

     

    Le Vendredi Saint était autrefois traditionnellement consacré à la décoration des œufs. Les jeunes filles confectionnaient des « œufs d'amour ».

     

    Image019.jpg

     

    Pieds nus dans la rosée du matin, elles récoltaient les œufs et les teignaient de rose marbré de rouge puis elles les couvraient de vœux et d'inscriptions comme celles-ci « Par amour et par fidélité. », « Que la force de mon amour te lie à moi. » « Deviens, de mon vivant, celui dont j'ai rêvé en mon dormant. » Elles les cachaient ensuite dans des coffrets jusqu'au lundi de Pâques et elles les offraient à leurs amoureux.

     

    Image020.jpg

     

    Image021.jpg

    Les œufs blancs et décorés de fleurs sauvages évoquent les cycles de la lune.

     

    Image022.jpg

     

    Image023.jpg

     

    Réputés imputrescibles, les œufs du Vendredi-Saint étaient conservés sur les manteaux de cheminée. Ils offraient une protection contre la foudre, les morsures de serpents, les accidents, les chutes et diverses maladies. On les pensait également capables de « détecter les sorcières » si on leur chuchotait certaines paroles avant la messe de Pâques ou si on les faisait tourner sur eux-mêmes durant l'office.

     

    Image024.jpg

    Image Folkstar.pl

     

    Leur pouvoir protecteur et magique était amplifié par les couleurs et les motifs dont ils se paraient. Teints en rouge, en violet ou en bleu, ornés d'arabesques, de triskèles, d'arbres stylisés, de soleils, de petits hommes dansants ou de fleurs printanières, ils éloignaient les maléfices, les fantômes et les tempêtes; ils attiraient la chance et la prospérité.

     

    Image025.jpg

    A Luzy, dans la Nièvre, la coutume prétendait que si l'on conservait pendant cent ans un œuf pondu le Vendredi-Saint et peint en rouge, son jaune deviendrait un fabuleux diamant.

     

    Image026.jpg

     

    Le dimanche de Pâques, les marraines et les parrains offraient à leurs filleuls les œufs du Vendredi-Saint, symboles de joie, de richesse et de sécurité familiale, sur un lit de paille tressé ou dans un panier d'osier.

     

    Image027.jpg

    Après le repas dominical, les facétieux de tous âges se livraient à des jeux folkloriques comme la toquette et la roulée.

     

    Image028.jpg

    Nikolaï Kochélev (1840-1918) : Enfants jouant à faire rouler des œufs de Pâques, 1855. Musée Russe, Saint-Pétersbourg.

     

    La roulée était une sorte de jeu de boules, consistant à lancer, sur un plan incliné ou en s'aidant d'une longue tuile qui formait un petit toboggan, des œufs durs, de préférence colorés en rouge ou en bleu. Le possesseur du coquart, (l’œuf resté intact), dégustait les œufs cassés.

     

    Image029.jpg

    « Osterspiele » (Jeux de Pâques), gravure sur bois réalisée en 1880 d’après un dessin original de Carl Röhling (1849–1922).

     

    Pour jouer à la toquette, comme vous l'apercevez au second plan de l'image, on tenait fermement un œuf dur, ne laissant dépasser qu'une partie de la coquille, afin de le faire « toquer » contre un autre. Le perdant payait sa tournée de friandises (enfants) et de boissons (adultes)!

     

    Image030.jpg

     

    Ces jeux étaient (et sont encore) très répandus en Russie mais aussi dans plusieurs régions de France (Lorraine, Alsace, Franche-Comté etc...). La tradition des Rolling Eggs existe dans de nombreux pays, avec certaines variantes.

     

    Image031.jpg

    « Easter Monday Egg Roll » en Angleterre où les participants font rouler des œufs depuis le sommet d'une colline pour « réveiller » les forces du printemps. (Photo geograph.org.UK).

     

    Image032.jpg

    Easter Roll en 1911, à Washington, dans les jardins de la Maison-Blanche (1600, Pennsylvania Avenue).

     

    D'après certains historiens, cette tradition aurait été initiée par Dolley Madison, l'épouse du Président James Madison, en fonction de 1809 à 1817 mais d'autres chercheurs avancent que ces courses d’œufs auraient vu le jour entre 1860 et 1865, sous la présidence d'Abraham Lincoln (1809-1865). En 1872, des articles de journaux rapportent que les enfants s'amusaient à faire rouler des œufs de Pâques sur les pelouses du Capitole et que cela inspira, en 1876, à des esprits chagrins le vote d'une loi par le Congrès pour interdire ces jeux de plein air.

    Ensuite, il semblerait que le président Rutherford B. Hayes, en fonction de 1877 à 1881, ait invité les enfants à venir à la Maison-Blanche pour faire rouler les œufs.

     

    Image033.jpg

    Course aux œufs, dans les jardins de la Maison-Blanche, le lundi de Pâques (photo de Chuck Kennedy). Les enfants sont pressés de pousser les œufs sur le gazon verdoyant avec une cuillère dotée d'un long manche.

     

    Image034.jpg

     

    Les gourmands collectent chaque année, avec un bonheur indicible, les œufs déposés sur l'herbe tendre ou cachés dans les habitations par le lièvre du printemps mais aussi par les cloches revenues de Rome qui rythmaient jadis, de leur timbre mélodieux, la vie des villages et des villes.

     

    Image035.jpg

     

    Image036.jpg

     

    Image037.jpg

    La découverte des œufs, gravure de 1889.

     

    Les couleurs des œufs de Pâques

     

    Image038.jpg

     

    La couleur la plus répandue est le rouge dont je vous parlais plus haut, couleur du sang et de la vie, qui appelle la protection magique et repousse les forces malveillantes. On obtient un magnifique rouge cardinal en faisant cuire à feu doux des œufs dans du vinaigre avec des rouelles d'oignon.

     

    Image039.jpg

     

    Avec le marc de café ou l'écorce de chêne, on obtiendra des œufs bruns que l'on pourra glacer avec un peu de sucre. Les épluchures de radis donneront de jolis œufs rose pâle et le suc de betterave rouge des œufs d'un rose soutenu presque violacé. Les anémones pulsatilles, le jus de myrtilles et les baies de sureau teinteront les œufs en mauve, la racine d'ortie en vert jaunâtre, les feuilles d'artichaut, de lierre ou d'épinard seront à l'origine d'un vert franc...

     

    Image040.jpg

     

     

    Les œufs magiques d'Ukraine

     

    Image041.jpg

     

    Un rituel très ancien appelé Pyssanki, Pysanky ou Pyssanka, d'après le verbe pysaty qui signifie «écrire», était effectué, en Ukraine, vers l'équinoxe de printemps. Avec une pointe fine, une femme dessinait sur un œuf des formes dentelées à la cire d'abeille puis elle trempait l’œuf dans un récipient rempli de colorant dilué. La cire fondait et la femme reprenait l’œuf pour en redessiner les motifs avant de le plonger dans un bain plus foncé. Pendant qu'elle accomplissait le rituel, d'autres femmes récitaient des prières mêlées d'incantations. Les œufs étaient conservés jusqu'à l'année suivante.

    Sur cette photographie issue des collections du Musée Canadien de l'Histoire, on voit une maman ukrainienne et ses enfants accomplir des gestes ancestraux.

     

    Image042.jpg

    L'entrée du musée des œufs de Pâques à Kolomiya en Transcarpatie (ua-travelling.com). On y apprend tout sur les œufs depuis les premiers temps du Paganisme.

     

     

    Des œufs chargés d'histoire...

     

    Image043.jpg

     

    Autrefois, quand l'année commençait, aux alentours de Pâques, les œufs « pâquerets » symbolisaient « officiellement » le réveil des forces calendaires. Avec l'édit de Roussillon promulgué, le 9 août 1564, sous le règne du roi Charles IX (1550-1574), l'année débuta le premier janvier mais l’œuf, aux vertus aussi gourmandes que mystiques, continua d'être échangé comme cadeau majeur.

     

    Image044.jpg

    Associé aux différentes théogonies, l’œuf connut, dans toutes les couches sociales et à toutes les époques, une importance historique.

     

    Au Moyen-âge, à Paris, les clercs et les étudiants chantaient l'office des Laudes sur le parvis de Notre-Dame. Ils formaient ensuite un joyeux cortège et parcouraient les rues afin de « quêter les œufs » pour le festin pascal.

     

    Dans les campagnes de France, les enfants et les jeunes gens accomplissaient leur tournée, de maison en maison, en égrenant des comptines à caractère magique ou des chants licencieux.

     

    Jusqu'à la Révolution Française, pendant la semaine de Pâques, les officiers de bouche parcouraient l'Île de France pour y collecter les plus gros œufs. Une fois dorés et bénis, le roi les offrait, en personne, aux gens de sa maison.

     

    Image045.jpg

     

     

    Les œufs précieux

     

    Les œufs-bijoux naquirent en Russie à la fin du XVIIIe siècle mais en Angleterre, on trouvait des œufs couverts d'or et incrustés de pierres précieuses dès le XIIIe siècle et traditionnellement, le roi de France faisait distribuer des œufs d'apparat à la Cour, entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Le roi Louis XV (1710-1774) offrit à sa maîtresse, Madame Du Barry (1743-1793), un œuf abritant une figurine de Cupidon qui connut un grand succès.

     

    Image046.jpg

    Cette œuvre est signée par le joaillier Pierre-Karl Fabergé (1846-1920), artiste concepteur de la série des œufs de Pâques impériaux, sous les règnes des tsars Alexandre III (1845-1894) et Nicolas II (1868-1918).

     

    Image047.jpg

    L’œuf de Pierre le Grand, 1903.

     

    Image048.jpg

    L’Œuf aux douze monogrammes, en émail bleu, or rouge et diamants, 1896, cadeau de Nicolas II à Maria Feodorovna. (Hillwood Museum Washington DC).

     

    A partir de 1884, Pierre-Karl Fabergé devint le fournisseur officiel de la Cour Impériale. Sollicité par toutes les Cours d'Europe, il « régnait » sur de prestigieux ateliers qui accueillaient plusieurs centaines d'artisans.

     

    Image049.jpg

    Ouvriers Fabergé dans un atelier en Russie, vers 1900. Photo Fabergé SA.

     

    Commercialisées de manière internationale, ses créations figurent dans les plus prestigieuses boutiques de Moscou, de Londres et de Paris.

     

    Image050.png

    L’Œuf à la Poule, en or et en émail blanc, cadeau d'Alexandre III à la tsarine Maria Feodorovna, née princesse de Danemark.

     

    Image051.jpg

     

    Il s'agit du premier œuf confectionné par Fabergé, en 1885. La poule en or chatoyant abritait une couronne ornée de petits œufs en rubis. L'impératrice apprécia tant son cadeau que le tsar commanda tous les ans un nouvel œuf au joaillier. Après la mort d'Alexandre III, son fils Nicolas II poursuivit cette tradition jusqu'en 1917, année de la faillite de son pouvoir.

     

    Image052.jpg

    L’œuf au cygne, en émail mauve, cristal, or, argent et aigue-marine, cadeau de Nicolas II à Maria Feodorovna en 1906.

     

    Image053.jpg

    L’œuf au treillis de roses, 1907, en or, diamants rose-thé et feuilles d'émeraude.

     

    Les œufs gourmands

     

    Image054.jpg

     

    Image055.jpg

     

    Dans les années 1780, l'apothicaire Joseph Storrs Fry (1769-1835) ouvrit une petite manufacture de pâte de chocolat à Bristol, en Angleterre, sous le nom de « J.S. Fry et Sons ». Il conçut la première broyeuse hydraulique pour fèves de cacao et, convaincu que le chocolat était doté de vertus médicinales, il fournit en « matière première » des salons de thé et de nombreuses officines pharmaceutiques. Après sa mort, ses fils Joseph, Francis et Richard eurent l'idée de mélanger du beurre de cacao, du chocolat en poudre et du sucre, obtenant ainsi une pâte molle facile à verser dans des moules. Le chocolat à croquer était né.

     

    Vers 1847, le chocolat essentiellement connu sous forme de boisson put être savouré autrement. Dans les années 1890, apparurent les œufs en sucre coloré et aux alentours de 1900, les œufs en chocolat, en porcelaine et en carton doré, garnis d'une surprise en pâte d'amandes ou en sucre candi.

     

    De nos jours, les douceurs pascales continuent d'enchanter les gourmands de tous âges...

     

    Image056.jpg

    Lapin et Œufs de la pâtisserie Stohrer dont je vous ai conté l'histoire dans l'article intitulé Gourmandises de Saint-Valentin...

     

    Image057.jpg

     

    Je vous souhaite d'excellentes fêtes de Pâques. Gros bisous !

     

    Cendrine

    Plume

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    43 commentaires
  • Image001.jpg

     

    Le Printemps palpite. Le vieil hiver s'affaiblit et la magie lumineuse de la verte Erin ne demande qu'à être célébrée. A cette occasion, je veux partager avec vous ma petite collection de cartes de la Saint-Patrick.

     

    Image002.jpg

     

    La Saint-Patrick est une grande fête populaire et folklorique qui célèbre la vie, chaque 17 mars ou à partir du 17 mars et durant plusieurs jours. L'histoire et le folklore se confondent à travers bien des aspects de cette fête qui commémore la christianisation de l'Irlande au Ve siècle par un écossais nommé Maewyn Succat (385-461).

     

    Image003.jpg

     

    Fils d’un centurion romain originaire de Grande Bretagne, Maewyn fut enlevé à l’âge de 16 ans par des pirates qui le vendirent à un chef de clan irlandais. Il découvrit la religion chrétienne et en 409, après avoir rêvé que Dieu lui demandait de prendre la mer, il parvint à s'échapper.

     

    Devenu prêtre, il voyagea et se rendit aux îles de Lérins, près de Cannes, puis il s’établit, pendant deux années, au monastère de Saint-Honorat où il fit des études de Théologie.

     

    Un jour, le pape Célestin Ier lui ordonna de partir évangéliser l’Irlande Il entama donc, à partir de 411, une tournée de conversion sur les terres druidiques.

     

    Image004.jpg

     

    Il rencontra le roi Aengus et la légende dit qu'il expliqua à ce dernier le concept de Trinité (le Père, le Fils, et le Saint Esprit) en lui montrant un trèfle fraîchement cueilli. Aengus fut conquis...

     

    Image005.jpg

     

    L'évangélisation du pays se poursuivit et Maewynn, qui fut ordonné évêque, prit le nom de Patricius/Patrick. On lui attribue d'avoir chassé de la terre d'Irlande tous les serpents (à la fois les Druides et les symboles de la Déesse des temps anciens) en frappant un « vipérin » avec un bâton tréflé.

     

    Il mourut le 17 mars 461 dans la ville de Downpatrick et chaque année, les Irlandais lui rendent hommage en chantant, dansant, festoyant...

     

    Image006.jpg

     

    Il est amusant de constater que, une fois encore, l'église a tenté d'annihiler, sans y parvenir, une fête païenne et matriarcale, en l'occurrence la fête de la Déesse Ostara, jeune fille aux couleurs d'aurore que l'on célèbre au moment de l'équinoxe de Printemps (généralement, le 21 mars)...

     

    Image007.jpg

     

    Image008.jpg

     

     

    Les Symboles de la Saint-Patrick

     

    Image009.jpg

     

    Le Leprechaun

     

    Le Leprechaun est un personnage incontournable des légendes irlandaises et une véritable « icône » au moment de la Saint-Patrick.

     

    Créature magique, le Leprechaun est doté d'un caractère à la fois facétieux et ombrageux. De petite taille (il mesure environ 90 centimètres), il est vêtu de vert et arbore un joli pourpoint ou un tablier de cordonnier que l'on nomme « leigh bhrogan » en gaélique irlandais. Il fume des herbes de la lande avec sa pipe et boit une liqueur chimérique appelée « Dudeens » ainsi que du whisky fait maison.

     

    Image010.jpg

     

    Il serait, d'après le savoir oral, un être hybride, fruit de la rencontre amoureuse entre un humain et un esprit des anciens mondes.

     

    Image011.jpg

     

    Doué pour la cordonnerie, il est aussi le banquier de la communauté du Petit Peuple. Redoutable gardien de trésors, gardien de l'or, métal aussi magique que précieux, il possède un chaudron d'abondance, rempli de pièces qu'il dissimule au pied d'un arc-en-ciel ou sous une petite colline qui change de place régulièrement. Il se méfie des humains car beaucoup cherchent à le piéger pour s'emparer de ses biens mais il aime malgré tout « jouer » avec les « grandes gens ». Il s'amuse à leurs dépens et file, rapide comme l'éclair, à travers des paysages mystérieux.

     

    Image012.jpg

     

    Si l'on voit un Leprechaun, les anciens grimoires préconisent de ne pas cligner des yeux car un simple mouvement de paupières peut le faire disparaître...

     

    Il existe à Dublin un musée entièrement consacré aux traditions et aux mythes entourant le Leprechaun : le National Leprechaun Museum. Tout ce que l'on voit dans ce musée est gigantesque afin que le visiteur se sente « miniaturisé » et puisse « entrer dans la peau » d'un farfadet.

     

    Image013.jpg

     

     

    Le Trèfle (Shamrock)

     

    Image014.jpg

     

    L'emblème officiel de l'Irlande est une harpe, la harpe celtique associé au dieu Dagda, l'Omniscient. Mais le trèfle est l'emblème populaire le plus connu.

     

    Image015.jpg

     

    Plante pérenne qui abonde dans les prairies d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Nord, le trèfle se décline en plusieurs variétés... Trèfle blanc, trèfle violet, trèfle étoilé, trèfle patte-de-lièvre...

     

    Image016.jpg

     

    Le trèfle de Saint-Patrick, évoqué comme emblème chrétien, est beaucoup plus ancien puisqu'il entrait dans la pharmacopée et l'eschatologie druidiques. On le nommait « Seamrag Chapaill » et il était également sacré pour les bardes, maîtres du langage poétique et magique.

     

    Image017.jpg

     

    Le trèfle est associé à la Déesse Mère Brigid ou Brigit qui règne sur l'inspiration créatrice, aux trois divinités du Destin, à la déesse Tailtiu, mère adoptive du dieu solaire Lugh... ainsi qu'au Green Man, l'Homme Vert, le maître feuillu, seigneur secret de la sylve...

     

    Image018.jpg

    Green Man par Brian Froud

     

     

    Image019.jpg

    Le Tarot de la Sorcière Verte

     

    Image020.jpg

     

    Image021.jpg

     

    Imprégné du pouvoir de certaines constellations, le trèfle est réputé posséder de grandes vertus guérisseuses et protectrices. Selon le médecin et naturaliste grec Dioscoride (20/40-90 après J.-C), il soignait, sous forme de cataplasmes et d'infusions, les fièvres et les inflammations les plus tenaces. Au Moyen Âge, on l'a longtemps utilisé pour apaiser les quintes de toux et les douleurs articulaires. Sa feuille est devenue un emblème dans l'architecture avec l'arche gothique trilobée et elle possède un rôle de première importance dans le jeu de cartes auprès du cœur, du pique et du carreau.

     

    Dans le Jeu de Tarot divinatoire, le trèfle correspond à la suite des bâtons.

     

    Image022.jpg

     

    Image023.jpg

     

    Historiquement, le trèfle est lié à l'idée de rébellion. Sous le règne de Victoria (1819-1901), il était le signe de ralliement des opposants à la Couronne et les personnes qui portaient un trèfle risquaient de connaître la peine capitale.

     

    Image024.jpg

     

    Le trèfle à trois feuilles (trifolium) est une représentation stylisée du triskèle, motif populaire de l'art celte et de l'awen, énergie de vie et feu d'inspiration. Au moment de l'équinoxe de Printemps, Ostara ou Alban Eilir pour les Druides, il concentre la puissance des trois rayons sacrés de lumière qui palpitent sur les chemins de Dame Ceridwen, maîtresse du chaudron de connaissance et de régénération. Il est à la fois le symbole des Bardes, des Ovates et des Druides.

     

    Image025.jpg

     

    Il « incarne » aussi les trois Vertus Théologales soit la Foi, l'Espérance et la Charité. Le trèfle à trois feuilles est le plus répandu mais il existe des trèfles à quatre feuilles (symboles de richesse, d'amour, de santé et de chance ou de célébrité, de richesse, de santé et d'amour loyal).

     

    Image026.jpg

     

     

    Les trèfles à quatre feuilles sont d'une rareté extrême. On dit qu'il en existe un seul pour dix mille trèfles à trois feuilles et d'après les livres de folklore, ce serait Ève qui aurait ramené du Paradis un trèfle quadrifolié.

     

    Image027.jpg

     

    Le trèfle quadrifolié est réputé combattre les effets du venin de serpent et pour les Druides, posséder un trèfle à quatre feuilles cueilli lors de certaines phases de lune permettait de voir les démons et les créatures enchantées.

     

    Image028.jpg

     

    Image029.jpg

     

    Symbole de chance dans nos sociétés, le trèfle à quatre feuilles est aussi l'emblème de la marque Alfa Roméo (Quadrifoglio Verde)...

     

    Image030.jpg

     

    Image031.jpg

     

    Pour l'anecdote, en 2009, au Japon, un fermier nommé Shigeo Obara a cueilli un trèfle à 56 feuilles qui figure dans le Livre des Records...

     

    Image032.jpg

     

    Il existe un trèfle à cinq feuilles, encore plus rare que le trèfle à quatre feuilles et son message est ambivalent. Soit, il porte chance, soit il la prend... Méfiance ! Et savez-vous ce qu'est un Ultratrifoliophile ? Il s'agit d'une personne qui collectionne les trèfles à quatre feuilles ou plus. Un collectionneur américain est réputé en posséder plus de 160 000 !

     

    Image033.jpg

     

    Allons rêver sur des chemins de féerie et butiner gaiement les charmes du Printemps ! Je vous souhaite plein de jolies choses et vous adresse mes pensées d'amitié...

     

    Image034.jpg

    Plume

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    32 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique