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    © Briar, La Reine de l'Aurore Hivernale

     

    Ami(e)s lectrices, lecteurs,

     

    Je vous remercie pour vos petits mots si gentiment déposés en mon espace et je vous souhaite le plus de bonheur possible en ce temps festif. Un temps qui n'est pas évident à vivre pour les personnes seules et/ou malades et démunies. Je souffle des pensées vers ceux qui souffrent et se sentent abandonnés...

     

    Que la magie de Noël rayonne dans vos foyers, sereine et généreuse aux portes de l'année nouvelle! Je vous embrasse bien affectueusement...

     

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    Jenny Nyström (1854-1946), L'Étoile de Noël.



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    © Joséphine Wall



    J'ai ajouté des illustrations à cet article que j'avais publié il y a plusieurs années. Je vous souhaite bonne lecture et n'oubliez pas que vous pouvez faire une moisson d'images, si vous le désirez...



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    Scène issue du film « A la croisée des mondes : La Boussole d'Or », 2007.

     

    La nuit du Solstice d'Hiver est une nuit magique, un passage entre les mondes célébré depuis des temps immémoriaux. Elle a métamorphosé les couleurs de l'automne pour créer sa propre féerie.

     

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    La Conteuse, 1906, par Édouard Jérôme Paupion (1854-1912). Photo RMN-Grand Palais, F. Vizzavona / D. Arnaudet.

     

    Jadis, on se réunissait devant l'âtre près de la tisseuse d'histoires, celle dont la pupille gauche révélait un croissant de lune énigmatique et dont le chant propageait le « vieux savoir » pour que la connaissance des récits fondateurs ne soit pas oubliée. Les émotions les plus vives naissaient dans la coupe de ses mots. Elle symbolisait l'âme de tout ce qui avait été et concentrait dans son regard le fascinant pouvoir des Parques. Elle contait les forêts légendaires, les fontaines, les mares et les sources enchantées, la force protectrice de la bûche de chêne, les arbres verts et le soleil en fusion dans le ciel glacé. Elle invoquait, dans les cendres du foyer, la Cailleach ou la « Vieille Épouse de Noël », mystérieuse déesse celtique associée à la chouette, emblème de sagesse et de clairvoyance...

     

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    Quand le vent glacé grondait à la cime des arbres, frappait aux fenêtres et s'engouffrait sous les toits, on savait, par les hypnotiques mouvements de ses lèvres, que les Grises chevauchaient, que Lucie la Blanche parcourait les chemins, sa couronne de lumière ouvrant l'obscurité, et que le Chasseur Sauvage menait son armée fantôme sous les nuages d'argent.

     

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    La Chasse Volante d'Odin, peinte en 1872 par le peintre norvégien Peter Nicolai Arbo (1831-1892).

     

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    La marche des lutins, par John Bauer (1882-1918), illustrateur suédois.

     

    Elle est devenue spectrale mais les braises de l'imagination rougeoient encore dans la mémoire de l'âtre. Sa magie chemine avec le Père Noël et les Dames de la Nuit (Holle, Holda, Berchta, Perchta, Aradia...), Grand-Père et Grand-Mère Hiver, les Rois Mages, la Sorcière Befana et toute une cour de personnages facétieux et fascinants.

     

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    Gustav ou Gustaf Fjaestad (1868-1948), peintre suédois de sensibilité associée au Symbolisme, Paysage hivernal.

     

    Pour célébrer les charmes de la période, je vous invite au cœur des contrées glacées, dans le monde merveilleux de l'illustratrice suédoise Jenny Eugenia Nyström (1854-1946), sur les traces de la Chèvre de Yule, du Julenisse et du Tomte...

     

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    Dans les pays du Nord de l'Europe et les régions situées près du Cercle Polaire, de sympathiques petits lutins apportent traditionnellement les cadeaux.

     

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    Pendant la nuit du Solstice d'Hiver, la plus longue de l'année, on entend tinter des grelots enchantés dans l'air soyeux. Les lutins prennent place dans un traîneau conduit par des rennes ou des boucs ou chevauchent à travers la neige une chèvre sacrée, aux cornes recourbées, émanation des forces de fécondité.

     

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    Julbocken, (1912), par John Bauer (1882-1918).

     

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    Ils sont les avatars de l'Esprit du Foyer, le Lutin qui veille sur chaque habitation en échange de lait, de bière, de liqueur de myrtille ou d'airelle et de plaisirs sucrés.

     

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    Les illustrations de Jenny Nyström mettent en scène le Julenisse, personnage légendaire de la tradition suédoise,« héritier » du Nisse protecteur des fermes.

     

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    Le Julenisse est un pourvoyeur en cadeaux, à l'instar de la Chèvre de Noël (Julbock) à laquelle il s'est peu à peu substitué. Dans l'imagerie traditionnelle, il apporte les cadeaux et présente des traits caractéristiques d'un autre personnage incontournable : le Père Noël. Il peut prendre place dans un traîneau conduit par des rennes mais la chèvre l'accompagne le plus souvent dans sa tournée.

     

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    Dans les pays scandinaves, le Julbock est considéré comme l’un des plus anciens symboles de Noël. Ses origines sont pré-chrétiennes et marquent, dans le Zodiaque, la venue de la Lune du Capricorne.

     

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    John Bauer, Chèvre de Jul et Nisse.

     

    Jul, terme issu du monde nordique, se dit Yule dans le monde anglo-saxon.

     

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    Deux boucs conduisaient le char du dieu Thor, divinité nordique du tonnerre qui créait la foudre avec son marteau Mjöllnir pour combattre les géants, forces du chaos. Pour nos ancêtres, la pluie tombait en raison de violentes querelles entre les dieux. Les dieux de la guerre jetaient leurs chars contre les nuages ou s'affrontaient en se lançant des myriades d'éclairs.

     

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    Le dieu Thor, peint en 1872 par l'artiste suédois Marten Eskil Winge (1825-1896). On aperçoit ses deux puissantes montures : Tanngnjost « Dents Grinçantes » et Tanngnsnir « Dents étincelantes » qui seraient, d'après les légendes nordiques, les ancêtres des rennes du Père Noël.

     

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    Attributs de Thor/Donar, le maître de la météorologie, les boucs et les chèvres furent hélas associés au Diable et aux sorcières à l'époque chrétienne mais pour les populations rurales, les petites chèvres en paille, confectionnées au moment du solstice d'hiver, étaient dotées de vertus apotropaïques.

     

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    Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les croyances populaires faisaient état de boucs-croquemitaines qui se glissaient dans les maisons pour effrayer et punir les enfants turbulents, à l'instar du Père Fouettard ou de Krampus (voir mon article sur la Saint-Nicolas).

     

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    Julbock, par Connie Lindqvist (1950-2002).

     

    Au cours du XIXe siècle, le Julbock devint la créature chargée de distribuer les cadeaux (tout comme le lièvre d'Ostara distribue les œufs de Pâques). Chaque enfant tressait son Julbock avec du blé séché car d'après la légende, pendant la nuit de Noël, la chèvre blanche et dorée voyageait dans les airs jusqu'au pays des cadeaux afin d'y quérir ce que l'enfant désirait.

     

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    Chèvre de Yule/Jul (Image Norgska.fr)

     

    Le Julbock fut ensuite « remplacé » par le Julenisse mais il demeure un personnage incontournable des festivités de Noël et il accompagne le petit lutin à bonnet rouge dans ses tournées.

     

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    Dans la Suède ancienne, les jeunes gens se rendaient de ferme en ferme pour chanter des chansons de quête sur le thème de la chèvre de Noël. L'un d'eux, considéré comme le porteur de l'Esprit de Noël, arborait un masque blanc et de grandes cornes. On offrait volontiers de la nourriture et des boissons traditionnelles à ces visiteurs facétieux.

     

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    Illustration de John Bauer, 1910.

     

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    Dans la ville de Gävle, en Suède, on peut admirer chaque année, depuis 1966, une chèvre de paille géante (13 mètres) qui reproduit, de manière contemporaine, la tradition du Julbock. Érigée à l'initiative de Stig Gavlén, un consultant en publicité, dans l'espoir d'attirer les visiteurs vers les commerces du quartier de Slottstorget, elle est devenue une véritable institution.

     

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    Chèvre de Gävle, photographiée le 21 décembre 2009 par Tony Nordin/Apeshaft.

     

    Chaque année, certains essayent de brûler cette version inattendue du Julbock traditionnel. Des paris sont lancés pour tenter de savoir si elle sera consumée avant Noël ou la Nouvelle Année. En 2006, les autorités locales ont décidé de la faire revêtir de matériaux ignifugés et de placer des caméras tout autour. Il est de plus en plus difficile de brûler la chèvre ou le bouc de Gävle mais des esprits zélés, périodiquement, y arrivent.

     

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    Le Tomte, variante du Julenisse, apparut, en 1881, sous une forme illustrée dans le magazine suédois Ny Illustrerad Tidning.

     

    «Le froid de la nuit de la mi-hiver est intense,

    les étoiles scintillent et frissonnent.

    Ils dorment tous dans la ferme isolée,

    profondément à l'heure de minuit.

    La lune glisse sur sa trajectoire silencieuse,

    la neige poudre de blanc brillant pins et sapins,

    la neige poudre de blanc brillant les toits des maisons.

    Seul le tomte, dans l'obscure nuit, est éveillé. »

     

    « Midvinternattens köld är hård,

    stjärnorna gnistrar och glimmar.

    Alla sover i enslig gård

    djupt under midnattstimma.

    Månen vandrar sin tysta ban,

    snön lyser vit på fur och gran,

    snön lyser vit på taken.

    Endast tomten är vaken. »

    (...)

    Viktor Rydberg (1828-1895), Tomten

     

     

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    Protecteur du foyer et pourvoyeur en nourriture et en cadeaux, le Tomte voyage à pied ou à dos, le plus souvent, de chèvre ou de cheval. Il aime tantôt la solitude, tantôt la compagnie de ses congénères et de certains animaux comme les animaux à cornes et aussi les chats.

     

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    © Jan Bergerlind

     

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    Les lutins s'affairent dans le paysage avec une vigueur facétieuse et la magie du Père Noël fait crépiter la nuit.

     

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    « Joulupukki », le nom finnois du Père Noël, vient de « Joulu » : « Noël » et de « Pukki », mot qui désigne le bouc et fait référence au « Nuuttipukki », un personnage mystérieux de l’ancienne Finlande qui se rendait de maison en maison, vêtu d'un costume de bouc. Il arborait de grandes cornes et un masque composé d'écorce de bouleau, l'arbre traditionnel des chamanes polaires et de la Déesse Blanche. On lui donnait de l'alcool et de la nourriture. Il distribuait des friandises aux enfants sages et des fagots tressés aux turbulents.

     

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    Le Père Noël vit en compagnie de son épouse, la Mère Noël (Joulumuori), des lutins (Joulutonttu) et des rennes, en Laponie finlandaise, à Korvatunturi, un mont de forme arrondie et doté, d'après la légende, de grandes oreilles qui lui permettent d'entendre ce que disent les enfants... Tout au long de l'année, avec la précieuse aide des lutins, il fabrique les cadeaux dans son atelier. A la date fatidique, il prend place dans un traîneau tiré par des rennes mais, à la différence du Santa Claus américain qui glisse dans les airs, il voyage par voie terrestre.

     

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    Arthur Rackham (1867-1939), Père Noël.

     

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    Profondément ancré dans le cœur et l'esprit des enfants et de ceux qui ont su préserver leur âme d'enfant, le Père Noël est l'émanation de traditions très anciennes dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Figure païenne assumée que l'Église tenta vainement d'annihiler -allant même jusqu'à brûler son effigie devant la cathédrale de Dijon en 1951- il est le chantre des mystères du Solstice d'Hiver et prolonge les célébrations de la Saint-Nicolas...

     

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    « ...Saint Nicolas qui fut abolie dans plusieurs pays d'Europe après la Réforme (XVIe siècle) mais qui survécut, pendant des décennies, aux Pays-Bas. Au XVIIe siècle, les traditions néerlandaises s'implantèrent aux États-Unis lors des arrivées massives d'immigrants. Les Hollandais fondèrent la colonie de Nieuw Amsterdam qui devint New York en 1664 et le traditionnel Sinter Klaas néerlandais devint Santa Claus, le Père Noël, qui accomplit sa tournée dans la nuit du 24 décembre.

     

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    La marque Coca Cola modela son apparence et le fit connaître d'un large public mais elle n'a en aucun cas créé le débonnaire personnage à barbe blanche. Il faut se méfier de ce qu'on peut lire sur de nombreux sites qui interprètent très mal les récits de folklore et l'histoire des traditions populaires. » Extrait de mon article intitulé Saint-Nicolas, le messager de l'hiver.

     

    Au fil du temps, je vous ferai découvrir les mythes qui ont présidé à la création du Père Noël et les procédés inventés par les Puritains pour tenter de le faire disparaître, sans oublier les auteurs (Washington Irving, William Gilley, Charles Dickens...) et les illustrateurs (Clément Moore, Thomas Nast, Haddon Sundbloom...) qui ont modelé l'iconographie de ce personnage indissociable de la magie hivernale.

     

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    En attendant, je vous souhaite de très belles fêtes. Amicalement vôtre et gros bisous !

     

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    Plume

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    33 commentaires
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    © Molly Harrison, La Sorcière d'Automne

     

    ...Femme de chair ou créature du folklore cristallisant les peurs et la fascination du danger. Peurs de l'enfance rassemblées dans la nuit avec les êtres de cauchemar qui veulent nous dévorer.

     

    Protéiforme à travers les siècles, la Sorcière est bien vivante dans notre monde où la lumière semble dominer l'obscurité.

    Clarté émanant des réverbères, enseignes brillantes des magasins, lampes et bougies à profusion... Nous ne traversons plus, le cœur battant, ces forêts géantes à l'atmosphère fantastique où la peur des créatures magiques s'est forgée. Mais la Sorcière est toujours là, indissociable des circonvolutions de notre psyché.

     

    A califourchon sur le balai magique,

    Chevelure au vent de minuit ou

    son chapeau pointu se découpant sur le disque lunaire

    La Sorcière vole,

    se hâte vers un lieu tenu secret,

    libérée des contraintes de son corps physique...

     

    Elle va festoyer au sommet des collines,

    à la croisée des vieux chemins,

    sur les montagnes d'Ambre

    en compagnie d'étranges créatures

    que certains appelleront démons.

     

    La Sorcière qui chevauche

    sa monture enchantée

    pendant que les humains respirent

    dans les mailles du sommeil

    est libre et donc considérée comme forcément dangereuse,

    maléfique, adversaire de la société.

     

    Son image à facettes multiples

    s'est construite au fil du temps

    « déguisée » par les fantasmes des inquisiteurs

    et la frayeur populaire...

     

    Ses familiers l'assistent

     

    Le chat qui veille près de l'âtre,

    le regard veiné d'or,

    tissant les ombres sur son corps

    La chauve-souris gardienne de son grimoire

    Le serpent qui fascine les miroirs

    Le crapaud qui féconde la terre

    La jument de ténèbres,

    monture des esprits qui la renseignent...

     

    Initiatrice et Séductrice, elle est Fille de la Nature et des Éléments...

     

    Bouc-émissaire...

     

    Toujours puissante...

     

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    ©Molly Harrison, Lune du Temps d'Halloween

     

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    (Je ne connais pas l'auteur...)

     

    Pénétrer dans son univers, c'est découvrir une réalité protéiforme, nourrie de peurs enracinées dans l'inconscient collectif, de fantasmes sexuels et sanguinaires exacerbés par les frustrations inhérentes aux contraintes de la Religion. C'est se confronter au pouvoir des femmes et à travers elles à la voix de nos instincts.

     

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    ©Victoria Frances, Black Witch

     

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    © The Green Fairy Art

     

    Théologiens et magistrats ont discouru sur les actions jugées malveillantes des Sorcières, vouant aux tortures et aux humiliations multiples ces "filles d'Eve" prétendument disposées de par leur nature à tendre l'oreille aux paroles séductrices du Démon. La femme est, dans leurs esprits dérangés, née pour commettre crimes et méfaits. Elle s'évertue à corrompre et à nuire, telle Eve, la pécheresse initiale, sensible au chuchotement du Serpent de l'arbre, qui tendit la pomme de connaissance interdite à Adam, le premier homme modelé par Dieu.

     

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    Carte Vintage

     

    Pendant des siècles de maladies, de guerres et de famine, la femme a incarné l'agent privilégié de Satan sur la Terre. Pour ceux qui détestent sa nature, si elle ne naît pas sorcière, elle le devient forcément, initiée par une "maîtresse en l'art de sorcellerie" ou par le Diable lui-même. Happée dans ses rêves ou sur le chemin de sa maison, elle révèle au sabbat sa constitution perverse (d'après les démonologues compulsifs!), à travers danses obscènes et festins sauvages.

     

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    © Rik Garreth, Le culte des sorcières

     

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    Sabbat de sorcières à Paris, photo 1910

     

    Les récits populaires et les textes érudits dépeignent une « effroyable » créature qui s'accouple avec le Diable, se donne lubriquement aux démons et aux hommes qui la convoitent, assassine des êtres innocents qu'elle fait cuire pour honorer son maître et se repaît des restes que celui-ci lui concède.

     

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    La Sorcière, dans l'imaginaire des prêtres et des magistrats... Représentation issue d'un Grimoire de Démonologie, BNF.

     

    Elle est accusée d'enchanter des objets inanimés, de dompter d'étranges bêtes et de chevaucher l'échine du vent personnifié. Puis d'enfanter la mort, le chaos, la famine, la destruction. On la tient pour responsable de tous les maux qui bouleversent le quotidien.

     

    Quand "on" réfute qu'elle soit sorcière, la femme est "forcément" frappée d'un mal hallucinogène distillé par les contractions de son utérus!!! La prétendue « faiblesse » de ses organes, par rapport aux organes masculins, est censée affoler son esprit. Ainsi, elle croit réellement voler dans les airs, seule ou en compagnie d'autres femmes dévoyées, de diables et de bêtes et elle s'affirme sorcière pour mieux expier l'imperfection de sa nature!

     

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    Cette folie a conditionné hélas la vie des femmes pendant des siècles et elle continue, dans certaines régions du monde... Chaque femme devrait être libre de faire ce qu'elle veut, comme elle le veut et de croire en ce qu'elle veut, sans être sous le joug de pensées patriarcales et de vieilles rengaines religieuses...

     

    Vive la liberté des femmes, à pied ou à califourchon sur un balai! C'est aussi ce que nous dit le personnage de la Sorcière en « habitant » l'imaginaire de nombreuses civilisations.

     

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    ©Molly Harrison, Green Witch

     

    Charismatique et complexe, la Sorcière évolue avec brio dans les romans et les contes et représente souvent de nos jours, à la télévision et au cinéma, une héroïne appréciée.

     

    Prêtresse des forces de la Nature, elle considère la forêt, espace sauvage et mystérieux, comme son territoire magique. Elle y célèbre le dieu Pan, maître des puissances de fécondité.

     

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    Image Pinterest

     

     

    Dans les cercles de pierre, elle évoque les charges magiques, tisse les lignes d'énergie et fait pulser les points sacrés.

     

    Elle "récolte" les cailloux dotés de formes particulières et les cristaux précieux qu'elle utilise pour accomplir des rituels de guérison, pour la divination et marquer des chemins de pouvoir.

     

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    A travers l'élément liquide, la sorcière accroît ses dons de divination. Elle accomplit des rituels de guérison et façonne des charmes en puisant dans la force des eaux vives. Elle love ses secrets dans les eaux calmes aux couleurs changeantes. Elle verse ses énergies "noires" dans les eaux croupissantes et bannit, grâce à elles, ses ennemis.

     

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    Les sources sont aussi très prisées par la sorcière. Elle "capte" leur chant cristallin et leur énergie vive pour canaliser certains pouvoirs comme la clairvoyance et la communication avec les esprits de la Nature.

     

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    © Janna Prosvirina

     

    Dans les miroirs d'eau, la sorcière lit le passé et l'avenir. Elle contemple les mondes anciens ainsi que des visions de sa propre psyché.

     

    Elle recueille la pluie, eau du ciel considérée comme un fluide divin et elle célèbre, de différentes manières, les puissances océanes. Elle conjure les Grands Anciens qui habitent dans les abysses liquides. Elle "cueille" dans l'eau des coquillages et des cristaux bleus qui serviront à protéger les habitations et l'accompagneront au cours de ses rituels.

     

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    La Sorcière s'imprègne des énergies de la Terre pour nourrir ses charmes et ses rituels. Elle vit ou s'aventure dans les grottes les plus profondes. Elle contemple et célèbre les ondulations de la Terre Mère, les chaos de grès et de granit, la sensualité ou la rudesse des formes en présence.

     

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    Le Feu lui est indispensable. Elle honore son énergie rouge, née dans les fumerolles et la lave des volcans. Dans l'antre de sorcellerie, le feu brûle sous et dans le chaudron, éclaire les rituels... Son souffle d'or chuchote à travers les charmes séculaires et la Cheminée, qualifiée de Bouche du Dragon, devient un lieu magique par où cheminent les esprits.

     

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    Outre le Feu, depuis les premiers temps de l'Humanité, le Vent compose l'une des entités favorites de la Sorcière qui agit en étroite relation avec les éléments.

     

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    Sorcière en chevauchée, issue de The Blue Fairy Book. The Fairy Book est un travail monumental, effectué, entre 1889 et 1910, sous la houlette de l'érudit écossais Andrew Lang (1844-1912), qui présente différents contes de fées...

     

    D'après la croyance populaire, les sorcières "chevaucheuses de nuées" ou Tempestaires, conduisent, à califourchon sur leurs balais, des armées démoniaques qui apportent grêle, neige, foudre et pluies torrentielles. Métamorphosées en corbeaux, elles règnent sur la météorologie. Elles dirigent les éclairs et la foudre. Pour les conjurer, il faut faire "résonner les faux", frapper sur des ustensiles métalliques (chaudrons et pots) et tirer des balles bénites là où le ciel s'obscurcit. Ce vacarme est réputé rompre les maléfices.

     

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    Albert-Joseph Pénot (1862-1930), Départ pour le sabbat, 1910.

     

     

    LES USTENSILES DE LA SORCIÈRE

     

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    Les Sorcières exercent leurs pouvoirs par l'intermédiaire de certains objets, indissociables des activités domestiques et qui revêtent, dans la conscience collective, une connotation maléfique ou ambigüe. Catalyseurs des énergies complexes que les sorcières manipulent, ils sont associés, en fonction de leur nature et de leur utilisation, à l'eau (balai), à l'air (baguette), à la terre (bâton) ou au feu (chaudron).

     

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    © Victoria Frances Art

     

    Ustensile de ménage, le BALAI est réputé depuis le XVe siècle accompagner les sorcières dans leurs déplacements nocturnes et transmettre maladies et maléfices. Brocardé par les inquisiteurs et les magistrats pontificaux, il devient la monture infernale par excellence voire le signe d'appartenance de la femme à une communauté de sorcières.

     

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    © Akerdantzaria.com

     

    Accusée de le graisser d'un onguent magique confectionné par ses soins ou octroyé par le Diable au premier sabbat en guise de "cadeau de bienvenue", la sorcière dénudée ou parée d'un habit de circonstance, fixe sur le manche luisant de son balai une chandelle allumée, prononce un mot de passe magique ou une formule enchantée et s'échappe dans les airs par le conduit de la cheminée. Seule ou en horde, elle vole dans le ciel nocturne, traversant le temps et l'espace pour se rendre en un lieu isolé où doit se dérouler le sabbat.

     

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    Les populations se méfient des balais qui changent mystérieusement de place. Elles les croient habités par des démons ou par le Diable lui-même et redoutent ceux que les sorcières placent auprès de leurs conjoints la nuit pour leur dissimuler leur absence.

     

    Le balai de sorcière est généralement constitué d'un manche en frêne, de ramilles de bouleau et de liens de saule ou d'osier.

     

    Plusieurs dates dans l'année sont propices à la création de balais magiques et cérémoniels. Vers le 15 avril, les sorcières attachent les ramures d'un jeune saule à une branche de prunellier...

     

    Le balai est un accessoire purificateur, utilisé pour nettoyer l'espace avant d'y établir un cercle sacré. Il est réputé attirer la chance, lever le vent bienfaiteur, dissiper les tempêtes et refouler les esprits malfaisants. Il permet de contrer la malchance. Il est associé à la venue du printemps et à la protection du foyer. Les jeunes mariés, dans le folklore de plusieurs pays, sautent par-dessus un balai avant de rejoindre leur habitation.

     

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    © Lisa Parker

     

     

    LE CHAUDRON

     

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    C'est un ustensile culinaire qui devient le lieu d'une transformation alchimique. Il est l'Athanor des Sorcières.

     

    Les chaudrons celtiques ont un rapport symbolique avec le chaudron de Dagda, le dieu père, l'Omniscient... Ce sont des récipients magiques, sacrificiels où plongent les initiés, où se régénèrent les corps et les âmes. Mais ce sont aussi des vortex ouverts sur une connaissance magique et mythologique. Les chaudrons permettent la communication entre le monde humain et celui du Sidhe ou Autre Monde Celtique.

     

    Le chaudron divinatoire est un chaudron tripode rempli d'eau claire. Pendant la nuit de Samain/Halloween, on fait couler du blanc d'oeuf à la surface. Les gouttelettes qui se forment ont une fonction divinatoire. Ce procédé est appelé Ciromancie.

     

    Pendant la nuit d'Halloween, on lit des présages dans le sang d'un animal versé dans un chaudron de terre ou de métal noir, posé à un carrefour ou à une croisée de chemins et encadré par quatre chandelles rouges ou noires. Il s'agit le plus souvent de sang de porc, animal de l'Autre Monde, sacré pour les Celtes, messager sacrificiel entre le monde humain et celui des dieux. On fait couler des gouttes de cire noire à la surface du sang versé.

     

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    Dans le chaudron, la sorcière fait cuire ses potions et ses mixtures. Elle prépare ses philtres et ses élixirs, des "mélanges d'abondance" qu'elle remue grâce à une cuiller en bois de charme.

     

    Les fonctions symboliques du Chaudron

     

    Régénération saisonnière des forces de vie

    Miroir de divination

    Connaissance et clairvoyance

    Inspiration

    Création de potions et de philtres

    Création de la nourriture des dieux

    Mort et Résurrection

    Porte entre les mondes

     

     

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    Daniel Gardner (1750-1805), Les Trois Sorcières de Macbeth (Elizabeth Lamb, Vicomtesse Melbourne; Georgiana, Duchesse de Devonshire et Anne Seymour Damer), 1775.

     

     

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    © Shannon Stamey

     

     

    LE BÂTON

     

    Le bâton permet à la sorcière de commander aux esprits et aux éléments, de chevaucher dans les airs jusqu'aux lieux de sabbat, de battre l'eau des chaudrons magiques, des sources, des mares, des fontaines pour faire venir orages, grêle, démons de l'air...

     

    Le bâton protège les voyageurs, repousse les revenants (en bois de sureau), empêche les élémentaux de voler le lait et le beurre (en bois de sorbier), favorise la connaissance des choses secrètes (en bois de hêtre), attire la chance (en bois de pêcher), suscite la guérison et la prospérité (en bois de pommier), exerce une action bénéfique sur les cultures et le bétail (en bois de poirier)...

     

     

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    LA BAGUETTE

     

    Associée à l'élément Air, elle est depuis l'Antiquité la plus ancienne, un objet de pouvoir et l'instrument d'invocation par excellence dans les rites magico-religieux.

     

    Baguettes de prêtres, de magiciens, de sorcières ou de fées qui servent à dessiner sur la terre des cercles et des symboles magiques, à délimiter dans le ciel un espace sacré, à "attirer" l'énergie émanant d'un lieu ou d'un monument particulier: cromlech, bétyle, obélisque, allée couverte, dolmens, menhirs...

     

    Dans l'Antiquité égyptienne et gréco-romaine, on trouvait des baguettes en forme de serpent.

     

    Instrument fétiche des sorcières, la baguette est utilisée pour mélanger les potions à l'intérieur du chaudron.

     

    Dans la culture populaire, des baguettes protectrices du bétail étaient utilisées par les bergers et les bergères. Elles étaient associées à des incantations proférées contre les loups, incantations appelées "gardes".

     

    Dans le Berry, haute terre de sorcellerie, on trouvait des baguettes en coudrier que l'on cueillait le Vendredi Blanc, soit neuf jours avant Pâques. On enlevait leur écorce, on les associait en nombre impair et on les attachait en de petits faisceaux. Puis elles étaient apportées par les bergères à l'église pour être guisées, c'est à dire sculptées par leurs prétendants.

     

    Les baguettes étaient coupées à certaines périodes de l'année et lors de certaines phases lunaires... En Nouvelle Lune, à la Pleine Lune, "au croissant de la Lune de Mars", en période de Lune Rousse, le dimanche des Rameaux, le dimanche de Pâques, le Vendredi-Saint, le 5 Février, jour de la Sainte-Agathe, le matin de la Saint-Jean... On récoltait les branches avec un couteau neuf, une lame d'or ou de cuivre, d'un coup vif après s'être "adressé" généralement à l'arbre concerné par le biais d'une incantation.

     

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    Image Le Grimoire de Sorcellerie.fr

     

    Les branches collectées devenaient des baguettes investies de pouvoirs que les prêtresses et les prêtres de l'Antiquité, les sorcières et les magiciens réveillaient, grâce à des rituels et des charmes dont le souvenir demeure ancré dans les vieux grimoires...

     

     

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    Image Pinterest

     

    LA JARRETIERE ET LES NOEUDS

     

    Les Sorcières utilisaient des Jarretières et des Cordes à Noeuds pour créer des charmes d'amour. Les Cordes à Nœuds, associées aux voies secrètes du Destin, permettaient aussi de contrôler les éléments, de susciter les tempêtes ou de repousser les vents violents, de guérir des maladies fébriles, de faciliter l'accouchement, sous l'obédience de déesses anciennes, comme la déesse romaine Junon Licinia...

     

    Le motif des nœuds est récurrent dans les grottes ornées, sur les reliefs rupestres de la Préhistoire, dans l'art Celte...

     

    Le nœud d'Isis, déesse magicienne de l'Égypte ancienne est parvenu jusqu'à nous, symbole gravé, incrusté ou peint sur des sarcophages, des statues, de nombreux monuments... Précieuse amulette, souvent sculptée dans la cornaline ou le jaspe rouge, pierres liées au sang, qui forme une sorte de croix Ankh ou croix de vie.

     

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    Nœud d'Isis en jaspe datant du Nouvel Empire (1562-1069 avant J.C.) Photo © The British Museum, Distr. RMN-Grand Palais.

     

    « Que ce Nœud me relie à toi, Déesse

    Par la vie qui est dans mon corps,

    Par la profondeur de mon âme,

    Par l’étendue de ma conscience

    Par le feu de mon esprit

    Qu’il m’unisse à toi avec amour »

     

    Texte issu du livre Offering to Isis de M. Isidora Forrest.

     

    La Sorcière emploie des petites CLOCHES et des CLOCHETTES en cuivre, en laiton, en cristal, en verre, en bois... pour appeler les esprits au cours des rituels et des cérémonies et les renvoyer quand la magie est accomplie.

    La clochette agit comme le carillon Feng-Shui dont la musique cristalline dissipe les ondes néfastes qui s'accumulent dans une pièce ou au-dessus de la porte d'entrée.

     

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    © Artisanne, Scottish sea glass mobile sur Flickr.com

     

    https://www.flickr.com/photos/artisanne/6070725216/in/photostream

     

    Elle coupe les herbes et les plantes qui serviront aux rituels avec des SERPES et des FAUCILLES de petite taille, des couteaux à manche blanc dotés d'une lame droite ou recourbée. La lame courbe représente le croissant de lune qui scintille dans le ciel nocturne. Le manche est généralement en os, ciselé de runes ou de glyphes de connaissance et de protection. Le fourreau est noir comme les ténèbres du secret, territoire magique des sorcières.

     

    Les principales lames rituelles se nomment BOLLINE (manche blanc) et ATHAMÉ.

     

    L'athamé sert à diriger vers un but donné l'énergie mobilisée pendant les rites et les incantations.

     

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    Je ne connais pas l'auteur...

     

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    Image Pinterest

     

    La Sorcière pratique également le SCRYING, l'art de la divination à travers un CRISTAL ou une surface réfléchissante. La forme ronde est emblématique du pouvoir de la LUNE qui régit les visions intérieures.

     

    Le terme CRISTALLOMANCIE vient du grec CRYSTALLYUS qui signifie « glace » et de MANTEIA qui signifie « divination ». On regarde à travers une matière mystérieuse qui absorbe les différentes sortes de lumières. Ainsi, les couleurs, les formes et les mouvements dévoilent un langage subtil que la Sorcière interprète...

     

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    © Molly Harrison

     

    Je continuerai sur ce thème au fil du temps... Je vous parlerai du CHAPEAU POINTU, du PENTACLE, du BESTIAIRE de la Sorcière, des lieux associés à sa nature profonde...

     

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    © Lynn Bonnette, Can we go ?

     

    Le monde des Sorcières a une infinité de choses à nous apprendre... Une encyclopédie n'y suffirait pas ! Je veux ajouter que le Savoir rencontré se ressent, dans tout le corps, tout autant qu'il se perçoit avec l'esprit. Aussi, lorsqu'on s'intéresse aux mondes anciens ne peut-on pas s'appuyer que sur la seule théorie. Faire ses expériences est nécessaire pour avancer à travers la Connaissance. Découvrir avec tous ses sens est une bénédiction !

     

    Merci à vous qui me lisez, je souffle vers vous mille et une pensées d'amitié et je souhaite que l'énergie automnale vous soit favorable.

     

    Joyeux temps de Samain...

     

    Progressons toujours avec humilité, honnêteté et respect...

     

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    « Blessed be » signifie : « Soyez bénis, protégés... » C'est un porte chance !

    Plume

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    Déesse des moissons d'or, des fleurs sauvages, des fruits mûrs et des contrées verdoyantes, Cérès règne sur l'été et préserve l'abondance des trésors de la terre. Elle apparaît gracieuse dans ce tableau de Louis-Jacques Dubois (1768-1843), conservé au château de Compiègne où elle arbore ses attributs, en l'occurrence la corne d'abondance et la faucille dont j'ai développé la symbolique dans mon article précédent : Tuileries, le personnage à la faucille.

     

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    Cérès, par Jules Romain (Giulio Pippi dit Giulio Romano, 1492 ou 1499-1546). Peinture à l'huile sur bois de peuplier (vers 1520-1523). Louvre, © Archives Larbor.

     

    Fille des Titans Chronos (Saturne) et Rhéa (Cybèle), elle est l'émanation latine de la grande déesse mère Déméter, honorée dans l'ancienne Grèce.

     

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    Cérès, allégorie de l'Été, par Paul Philippoteaux (1846-1923).

     

    Dans le monde romain, Cérès, avenante déesse, est associée à la croissance des végétaux et couronnée de blé mûr. Son nom dérive du mot latin « crescere » qui signifie « grandir, pousser ». Assimilée, donc, à la déesse grecque Déméter, elle apprit aux hommes à cultiver les céréales et fut pendant très longtemps invoquée pour protéger les récoltes, faire croître la végétation et attirer la fécondité sur les foyers. Sa fleur symbolique est le pavot.

     

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    Elle fut honorée sur l'Aventin, la plus méridionale des sept collines de Rome et sa légende fut calquée sur le mythe de Déméter. Un mythe qui demeure, à travers les siècles, riche de mystères et de rebondissements.

     

    Le Mythe de Déméter

     

    Déméter fut convoitée par son frère Poséidon mais, refusant de céder aux désirs du dieu des océans, elle se transforma en jument et se mêla à un troupeau magnifique de « cavales » qui appartenaient au roi Oncos d'Arcadie. Elle crut que Poséidon la laisserait tranquille mais le dieu se changea en un fougueux étalon. Rattrapant Déméter, il abusa d'elle et la rendit mère d'un cheval immortel et doué de parole, le cheval Arion qui possédait une superbe crinière verte. D'après des textes anciens, une fille naquit aussi de ce viol et elle fut nommée Despina ou Despoina, « la Maîtresse ». Il s'agissait d'une déesse mystérieuse dont le nom véritable n'était révélé qu'à certains initiés.

     

    Choquée, Déméter se réfugia dans une grotte, sur la Terre où Zeus, son autre frère, le maître des Olympiens vint la chercher. Il la conduisit jusqu'au fleuve Ladon, un lieu hautement purificateur où elle se baigna avant de retourner sur l'Olympe.

     

    Quelques temps plus tard, charmé par la beauté de Déméter, Zeus entreprit de la séduire. En fonction des auteurs et des périodes, elle accepta de faire l'amour avec lui ou bien elle fut poursuivie et abusée par Zeus qui prit la forme d'un puissant taureau.

     

    De l'union de Zeus et de Déméter, naquit Perséphone (Proserpine pour les Romains), « la jeune fille », Coré ou Koré, déesse tout aussi séduisante que sa mère et perçue dans le monde antique comme une incarnation du Printemps.

     

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    Perséphone, par © Lauri Blank, artiste américaine.

     

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    Perséphone par © Bigbad Red sur DeviantArt

     

    Perséphone grandit, aimée, choyée, entourée. Déméter, qui préservait sa virginité comme le plus précieux des trésors, l'avait placée sous la garde des nymphes Océanides. Mais un jour, alors qu'elle se promenait dans un champ, Perséphone fut attirée par une odeur entêtante, celle d'un narcisse ensorcelé. Oubliant toute prudence, elle échappa à la surveillance des Océanides et s'enfonça toujours plus dans le paysage où elle fut remarquée par Hadès, le seigneur du monde souterrain, frère de Zeus et de Poséidon.

     

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    Hadès et Perséphone par © Dromsfallenruins sur DeviantArt

     

    Subjugué par les charmes de Perséphone, Hadès fendit la terre et s'empara de la jeune déesse qui cria pour appeler sa mère mais le sol se referma sur elle. Hadès l'emmena dans les Enfers pour la posséder.

     

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    Image The Old Valyria

     

    Affolée par les hurlements de sa fille bien-aimée, Déméter arriva sur place au plus vite mais elle ne trouva aucune trace de « l'enlèvement ».

     

    Perséphone erra dans les Enfers, refusant de manger mais au bout de plusieurs jours, tenaillée par la faim, elle avala sept pépins d'une grenade.

     

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    Perséphone, 1874, par Dante Gabriel Rossetti (1828-1882).

     

    Inconsolable, Déméter erra sur terre pendant neuf jours et neuf nuits. Ses larmes engendrèrent torrents et ruisseaux puis elle déclencha une terrible famine qui attira l'attention de Zeus.

     

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    Evelyn de Morgan (1855-1919), Déméter cherchant Perséphone, 1906.

     

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    Craignant que l'Humanité ne périsse, Zeus se rendit aux Enfers pour s'entretenir avec Hadès au sujet de Perséphone et Hadès accepta que la jeune déesse retrouve sa mère. Mais comme Perséphone avait consommé la nourriture des Enfers, elle ne pouvait plus revenir « pleinement » dans le monde des vivants.

     

    Zeus trouva alors un compromis que les deux parties acceptèrent. Perséphone vivrait sur Terre, auprès de sa mère, au Printemps et en Été et elle retournerait auprès d'Hadès en Automne et en Hiver.

     

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    Hadès et Perséphone par © Atheryal sur DeviantArt

     

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    Hadès, seigneur de la mort et des contrées obscures, attiré par les charmes printaniers de Perséphone... © Tapety sur Deviantart

     

    Au fil du temps, Perséphone apprécia Hadès. Elle fut conquise par les aspects sombres de sa nature et elle accepta de partager son lit. Il devint son époux et elle fut la suzeraine des Enfers...

     

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    Perséphone et Hadès par © JanainaArt sur DeviantArt

     

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    Perséphone et Hadès par © Sayaia/Artworks sur DeviantArt

     

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    Hadès et Perséphone, © MathiaArkoniel.com

     

    Quant à Déméter/Cérès, elle eut d'autres enfants, deux fils : Ploutos, dieu aveugle de la richesse et de l'abondance et Philomélos qui inventa la charrue. Le père de Ploutos et de Philomélos était Iasion, « le laboureur », fils de Zeus et d'Électre, l'une des étoiles de la constellation des Pléiades.

     

    Philomélos est à l'origine, dans le ciel nocturne, de la Constellation du Bouvier.

     

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    Le Bouvier, dans la mythologie gréco-romaine, veillait sur sept bœufs qui représentaient la Grande Ourse. Il est devenu plus tard le gardien de la Petite et de la Grande Ourse qu'il protège, autour du Pôle Nord, en compagnie de deux Chiens qui forment la constellation des Chiens de Chasse.

     

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    Le Bouvier dans l'Uranographia de Johannes Hevelius (1611-1687), découvreur de comètes et auteur d'une Topographie de la Lune...

     

    A proximité de la Couronne Boréale, le Bouvier garde un trésor : une étoile nommée Arcturus, la plus brillante de l'hémisphère Nord, « une étoile rouge en fin de vie dont le diamètre équivaut à environ vingt fois celui du Soleil. » Située à environ trente sept années lumière du Soleil, Arcturus rayonne dans la queue de la Grande Ourse.

     

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    Louis de Boullogne le Jeune (1654-1733), Cérès, allégorie de l'Été, vers 1699, pour le Château de Marly. La déesse arbore une magnifique draperie bleu saphir et elle est accompagnée de ses deux nourrissons et de putti qui effectuent des travaux des champs.

     

    Cérès tomba également amoureuse d'une nymphe nommée Macris, une nymphe du miel, qui vivait sur Drépané, l'île de la faux, sur laquelle était dissimulée la faucille utilisée par Chronos/Saturne pour émasculer Ouranos, le dieu du Ciel. Voir mon article Tuileries, le personnage à la faucille. Drépané était peuplée de Titans auxquels Cérès apprit l'art de l'agriculture.

     

    Souvent représentée dans les parcs et les jardins des châteaux, Cérès apparaît comme une figure protectrice et une gardienne de la fertilité.

     

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    Cérès ou l’Été, statue réalisée par Guillaume Coustou (1677-1746) en 1726 et installée aux Tuileries en 1735.

     

    Dans l'Antiquité, elle était vénérée à travers des Cultes à Mystères dont les plus célèbres se situaient à Eleusis, en Attique où l'on buvait du Kykéon, une boisson hallucinogène. On aimait particulièrement Cérès à Athènes où les femmes lui rendaient hommage pendant les Thesmophories (les fêtes de La Législatrice). On la célébrait en Sicile, en Crête, en Thrace et dans le Péloponnèse. On la vénérait dans les champs et dans les forêts, à travers des rituels plus « sombres », ponctués de flagellations avec des fouets en écorce d'arbres sacrés, au cœur de temples sylvestres appelés « Megara ». Elle y était représentée avec une tête et une crinière de jument, accompagnée de dragons et de serpents terrestres et ailés. On lui consacrait des animaux chthoniens et aussi le bélier, le porcelet, la truie, la jument noire, la vache, la colombe (à l'instar d'Aphrodite/Vénus), l'abeille, la grue, le dauphin, le rouget, certains fossiles et coquillages... ainsi que des pierres comme le grenat, la citrine, la topaze dorée...

     

    Outre la faucille et la corne d'abondance, ses symboles majeurs, Déméter « règne » sur différents objets : le Kalathos, le Cista Mystica, un panier sacré contenant un serpent, des seins d'argile et différents fruits dont une grenade. Déesse de lumière, associée à la connaissance spirituelle, elle se déplace dans un char tiré par des lions, des serpents ou des dragons et elle possède une torche, à l'instar de la mystérieuse Hécate des Trois Lunes, maîtresse des croisées de chemin, un flambeau et un tambour.

     

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    Femme assise à la faucille ou Cérès, vers 1870, par Eugène Laurent (1832-1898). Images © Galerie Atena.

     

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    © Galerie Atena

     

    Les plantes placées sous son obédience sont : le pavot, le coquelicot, la grenade, l'origan dictame et l'origan de Crête, le thym et la sauge de Crête (salvia pomifera), la menthe pouliot, le myrte, le tournesol, la chicorée, le millepertuis, le lierre, le crocus, le narcisse, la bryone, la sarriette, le pourpier sauvage, le lys de mer, le gattilier, l'olivier, le figuier, l'orge, le blé mais aussi toutes les graines et les céréales génératrices de vie.

     

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    Déesse de l'Été, par © Lauri Blank.

     

    Cérès est particulièrement intéressante en raison des différents aspects de sa personnalité. Déesse Bisexuelle, à la fois Amante ne repoussant pas ses désirs et pourtant victime de violents appétits masculins... Mais même abusée, elle renaît aux plaisirs de la vie, de l'amour et de l'été... Elle insuffle aux femmes l'énergie nécessaire pour protéger et régénérer leur féminité. Gardienne des secrets, de la cyclicité du Temps et de la force d'évolution contenue en Dame Nature.

     

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    Cérès, par © Émily Balivet, 2013.

     

    Elle enseigne les connaissances dont elle est la dépositaire, connaissances agraires mais aussi secrets médicinaux et magiques. Des textes anciens font état de sa relation nourricière avec le jeune Triptolème, qui devint un « héros civilisateur », conçut les Mystères d'Eleusis et répandit parmi l'Humanité le savoir nécessaire à la culture du blé et des plantes potagères.

     

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    Charles-Joseph Natoire (1700-1777), Cérès nourrissant Triptolème.

     

    Un tableau peint par Antoine Watteau (1684-1721), le maître de la Fête Galante, entre 1717 et 1718, montre Cérès en majesté sur un nuage. L’œuvre est conservée à la National Gallery of Art de Washington.

     

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    La déesse est couronnée de coquelicots, de bleuets, d'épis de blé. Elle est entourée d'épis dorés et elle brandit sa faucille.

     

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    Incarnation de la Terra Mater, elle est accompagnée des trois signes du Zodiaque de la saison d'été, en l'occurrence les Gémeaux, le Cancer et le Lion. Cette peinture aux couleurs fines fut réalisée par Watteau, le maître de la Fête Galante, pour décorer la salle à manger d'un hôtel particulier parisien, rue Richelieu, à Paris. Il s'agit d'une toile voyageuse puisqu'elle est visible aujourd'hui à Washington.

     

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    Le Lion de la toile, mystérieux et chimérique, est là en tant que signe astrologique et symbole de vaillance, de puissance et de royauté. Il désigne le Soleil flamboyant de l'été et aussi le Lion de Némée, bête mythique liée au Premier des Douze Travaux d'Hercule.

     

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    Pierre Paul Rubens (1577-1640), Hercule combattant le lion de Némée.

     

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    Ce lion d'une férocité inouïe était doté d'une peau qui avait la texture d'une cuirasse impénétrable. Pour en venir à bout, il fallait utiliser les griffes de l'animal lui-même. C'est ainsi qu'Hercule parvint à prendre le dessus.

     

    Quand il fut victorieux, son père Zeus, seigneur de l'Olympe plaça la dépouille de la bête dans le ciel et la transforma en une myriade d'étoiles qui forment la Constellation du Lion.

     

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    Image Futura Sciences.com

     

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    Le Lion (Leo) dans l'Uranographia de Johannes Hevelius (1611-1687), cité plus haut.

     

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    © Émily Balivet, La Force, XIe Arcane du Tarot.

     

    Sur ces notes oniriques, je vous souhaite un très joli mois d'août... Profitez bien des beautés de la saison estivale. Gros bisous les Ami(e)s !

     

     

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    Plume

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    Que l'Été soit ! Vert chlorophylle, ciselé de douceur sous un ciel bleu intense, créatif et gorgé de délicieuses saveurs... Un été que je nous souhaite très favorable, chers aminautes ! Et à cette occasion, je ne résiste pas au plaisir de d'exposer ici un tableau que j'aime infiniment : Midsummer Eve, composé par le peintre anglais Edward Robert Hughes (1851-1914).

     

    J'avais présenté ce tableau l'année dernière, sur mon autre blog : La Chimère écarlate et je me réjouis de laisser à nouveau caracoler mon esprit en des terres de fantaisie, invitée par les facétieux esprits de Midsummer.

     

    Nuit magique du Solstice d'Été qui, à l'instar de la nuit de Beltane (30 avril) et de celle de Samain/Halloween (31 octobre), fait tomber le voile qui sépare le monde des humains et le territoire ambivalent du Sidh (Sidhe) où évolue le Petit Peuple...

     

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    L’œuvre, datée de 1908, décrit ces instants mystérieux ("Eve" dérive de evening, le soir).

     

    Edward Robert Hughes (1851-1914) est un artiste à la touche élégante, très influencé par l'Esthétisme et le Préraphaélisme. Ses œuvres ont un charme infini (je les trouve superbes : Cœur des Neiges, la Nuit et son chariot d'étoiles etc...) mais là n'est pas mon propos en cet instant... Continuons d'évoquer Midsummer, nuit de fièvre magique où tout devient possible !

     

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    L'esprit féminin de Midsummer (Litha, pour le Druidisme) a appelé les créatures de la forêt qui s'assemblent autour d'elle pour former un fairy ring ou cercle de fées. Dotés d'ailes de papillons, ils portent des lampions et des lanternes en forme de boule ou de fleurs. Ces délicats éclairages évoquent la puissance créatrice des lucioles et des lampyres, coléoptères qui produisent de la lumière et font crépiter les velours d'onyx et les soies d'obsidienne de la nuit.

     

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    Pour les faire venir, la fée a utilisé une sorte de flûte dont l'extrémité est évasée. Elle est rousse, à l'instar des sirènes et des lamies, déités voluptueuses qui peuplent les toiles des peintres victoriens et sont la manifestation de leurs hantises (j'y reviendrai bien sûr, tant le thème me plaît et tant j'ai écrit de choses sur le sujet au fil de mes études). Rousseur et charme de feu... Elle porte une couronne de campanules stylisées, fleurs fétiches du Petit Peuple qui s'est regroupé pour festoyer.

     

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    Des fleurs roses ornent sa taille et sa robe dorée, superbement chatoyante, semble s'animer, dans le frisson des lueurs qui l'encerclent.

     

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    L'atmosphère est celle d'un monde fantastique et merveilleux... celui de Litha, festival de la lumière, fête du soleil triomphant qui nourrit les sillons fertiles de la terre.

     

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    À Midsummer, la chaleur palpite, les céréales grandissent. On célèbre avec des danses et des chants le jour le plus long de l'année et la force créatrice des éléments. On honore le feu, entité rouge et or qui dévore les monstres de l'obscurité. On va sur les chemins cueillir les « simples » guérisseurs et magiques avec une prédilection pour les herbes suivantes : armoise, achillée millefeuille, pissenlit, millepertuis, calendula, sauge, angélique, fenouil, reine des près, romarin, serpolet, thym, verveine, mélisse, menthe, plantain, pimprenelle, myrte, aubépine, capucine, bourrache, chélidoine, gentiane, hysope, lavande, marjolaine, joubarbe, lierre terrestre, marguerite, mauve, brunelle...

     

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    Midsummer Eve Party, image (c)Tricia Fountaine.

     

    Je vais donc savourer ma tisane d'armoise en vous souhaitant un très bel été et une délicieuse fête de la musique ! Laissez filer votre imagination dans les sous-bois, autour des vieilles pierres et sur le bord des étangs... Vous verrez peut-être caracoler de minuscules lanternes au gré de l'instant !

     

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    Fairy Lights

     

    Je pense bien à vous et je viens vous voir au rythme de mes possibilités. Mon épilepsie dont je ne parle que très peu depuis quelques temps est pourtant bien présente, avec son cortège de désagréments... Entre autres joyeusetés, j'ai très mal aux yeux et je dois prendre soin de ma rétine gauche déchirée, je fais donc comme je peux avec l'écran et un réseau Internet aussi brinquebalant que moi (sourires...) mais je ne vous oublie pas... Gros bisous !

     

    J'ai grand besoin de me reposer...

     

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    David Delamare, Midsummer Dream...

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    Albert Durer Lucas (1828-1918), Lilies of the valley

     

    Célébrons le renouveau de la Nature avec ces clochettes délicates, calices miniatures où le petit Peuple vient savourer l'ambroisie des Elfes et la manne des Fées... La Rosée de Lumière y tremble goutte à goutte !

     

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    Recevez mes vœux d'Amour, d'Amitié, de Chance et de Prospérité !

     

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    Le muguet: description et propriétés

     

    Plante vivace aux noms poétiques (Lis de Mai, Lis des vallées, Clochette des bois, Grelots, Grillets, Amourette, Gazon du Parnasse, Larmes de Notre-Dame...), le muguet se développe dans les bois clairs, sur les chemins dégagés et les pentes rocailleuses. Il se multiplie grâce à son rhizome traçant appelé « griffe ». Il est également cultivé pour ses ravissantes clochettes blanches au parfum enivrant dont le nom dérive de musc et de muscade. Ses fruits, très toxiques et de la grosseur d'un pois, deviennent rouges à maturité, en septembre ou en octobre.

     

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    Shodo Kawarasaki (1889-1973), Muguet, 1954.

     

    La pharmacopée populaire connaît, depuis des siècles, les propriétés médicinales du muguet et sa richesse en convallatoxine, une substance apparentée à la digitaline qui possède une action sédative sur le cœur. L'infusion de fleurs, sucrée au miel, est toujours utilisée mais, en raison de sa toxicité, les conseils d'un thérapeute sont absolument nécessaires.

     

    Prisée comme du tabac, la poudre de fleurs, préalablement séchées dans un lieu ombragé, est réputée calmer les migraines d'origine nerveuse, dissiper les vertiges et libérer les sécrétions des voies nasales. Mais souvenez-vous que les propriétés cardiotoniques du muguet ne sont pas à prendre à la légère et que ses jolies baies rouges ne doivent pas être consommées. Il faut également veiller à ce que les enfants n'absorbent pas l'eau dans laquelle le muguet a trempé.

     

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    Au-delà de ses vertus « guérisseuses », cette petite plante aux clochettes lactescentes, aimée des fées et destinée à « chasser l'hiver », nous fait revivre des moments importants de l'histoire de France...

     

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    Petite boîte en porcelaine de Limoges

     

    La tradition consistant à offrir du muguet, le premier mai, semble remonter à l'époque de Charles IX (1550-1574). En 1560, alors qu'il visitait la Drôme, le roi reçut un brin de muguet. Séduit par ce présent, il fit distribuer, à partir de 1561, des bouquets odorants aux dames de la Cour. Les seigneurs s'empressèrent de l'imiter en « muguetant », c'est à dire en « faisant les galants »...

     

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    Les bals du muguet fleurirent, à partir de la Renaissance. Les messieurs arboraient à la boutonnière de jolis brins parfumés.

     

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    Le premier mai 1895, le muguet fut associé à une romance parisienne. Le chansonnier Félix Mayol (1872-1941), auteur de la chanson « Viens poupoule », offrit, sur le quai de la gare Saint-Lazare, un bouquet de muguet à son amie Jenny Cook.

     

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    Quand il monta sur les planches du « Concert Parisien », sa jaquette était ornée de clochettes immaculées. Il connut un tel succès que le muguet devint son porte-bonheur attitré.

     

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    Le premier mai 1900, lors de festivités organisées par des couturiers parisiens, les clientes et les ouvrières reçurent des brins de muguet. Les couturières prirent ensuite l'habitude d'offrir, chaque premier mai, du muguet à leurs clientes.

     

    Dans le Paris de la Belle Époque, les « fêtes du muguet » se multiplièrent et connurent un succès retentissant, lié à l'élection des « reines de Mai »: de jolies jeunes femmes vêtues de blanc, perçues comme les incarnations de Flore, la déesse du Printemps.

     

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    Reines du muguet (Photo Delcampe)

     

    Muguet en vogue dans les cours européennes et dans celle de la reine Victoria (1819-1901).

     

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     Ce tableau du peintre lithographe allemand Franz Xaver Winterhalter (1805-1873) décrit l'offrande par le duc de Wellington d'un cadeau à la reine Victoria, au prince Albert et au prince Arthur, dans une scène prévue pour ressembler à une Adoration des Mages. Le tableau fut commandé par la reine pour commémorer le 1er mai 1851, un jour doté d'une triple signification car il évoquait le premier anniversaire du prince Arthur, le quatre-vingt deuxième anniversaire du duc de Wellington, parrain du prince et la date d'ouverture de l'Exposition Universelle.

    Le petit prince tient des brins de muguet et le Crystal Palace, fleuron de l'exposition, est visible en arrière-plan.

     

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    Emblème de reverdie et de féminité, le muguet est aussi, depuis 1921, l'emblème du Rugby Club de Toulon!

     

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    La journée de huit heures et la Fête du Travail

     

    Les clochettes de muguet sont associées, en dépit de leur douceur et de leur fragilité, à des luttes sociales majeures.

     

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    Clochettes de muguet par Catharina Klein (1861-1929)

     

    Le 1er mai 1884, au IVe congrès de l'American Federation of Labor, les principaux syndicats ouvriers des États-Unis se donnèrent deux ans pour imposer à leurs employeurs la journée de travail de huit heures.

     

    Cette idée naquit en Australie où les travailleurs avaient organisé, le 21 avril 1856, une manifestation en faveur de la journée de huit heures. Le succès fut si retentissant qu'il fut décidé de renouveler cette journée d'action tous les ans.

     

    Le 1er mai 1886, alors qu'une partie des travailleurs venait d'obtenir satisfaction, de nombreux ouvriers, lésés, firent grève pour forcer les patrons à accepter leurs revendications.

     

    Le 3 mai, à Chicago, trois grévistes de la société McCormick Harvester perdirent la vie au cours d'une manifestation et le lendemain soir, alors qu'une marche de protestation se dispersait à Haymarket Square, une bombe explosa, tuant quinze policiers.

     

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    La révolte de Haymarket Square (Chicago, 4 mai 1886).

     

    Trois syndicalistes furent condamnés à la prison à perpétuité et cinq autres trouvèrent la mort par pendaison, le 11 novembre 1886, en dépit du manque de solidité des preuves dont la justice disposait. Ils finirent par être réhabilités.

     

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    Les derniers mots du condamné August Spies sont lisibles sur une stèle du cimetière de Waldheim, à Chicago: «Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd'hui.»

     

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    Trois ans après le drame de Haymarket, le deuxième congrès de la IIe Internationale socialiste se réunit à Paris, au 42, rue Rochechouart, salle des Fantaisies Parisiennes, dans le contexte de l'Exposition Universelle et de la commémoration du centenaire de la Révolution française.

     

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    Les ouvriers défilèrent à partir du premier mai 1890, un triangle rouge à la boutonnière pour symboliser le partage de la journée en trois temps (temps de travail, temps de loisir et temps de sommeil).

     

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    Le 1er mai, lithographie de Jules Grandjouan (1875-1968) réalisée pour l'Assiette au beurre (1906), une revue illustrée, satirique et libertaire de la Belle Époque.

     

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    En 1891, à Fourmies, commune du nord de la France, la manifestation du premier mai s'acheva dans le sang, marquant un tournant essentiel dans l’histoire du mouvement ouvrier. Les forces de l'ordre, équipées des nouveaux fusils Lebel, tirèrent sur la foule. Elles tuèrent dix personnes et firent trente-cinq blessés. Une ouvrière de 18 ans nommée Maria Blondeau reçut une balle dans la tête à bout portant et devint le symbole de cette tragique journée.

     

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    La manifestation à Fourmies. (Image Fourmies info/archives.)

     

    Les autres victimes étaient Louise Hublet (vingt ans), Ernestine Diot (17 ans), Félicie Tonnelier (16 ans), Kléber Giloteaux (19 ans), Charles Leroy (20 ans), Emile Ségaux (30 ans), Gustave Pestiaux (14 ans), Emile Cornaille (11 ans) et Camille Latour (46 ans). Je conseille aux personnes intéressées par cette histoire de lire l'excellent ouvrage d'André Pierrard et Jean-Louis Chappat intitulé La fusillade de Fourmies, aux éditions Maxima.

     

    Dans le journal « l’Illustration » du 9 mai 1891, il est écrit: «C'est le fusil Lebel qui vient d'entrer en scène pour la première fois. Il ressort de ce nouveau fait à l'actif de la balle Lebel qu'elle peut très certainement traverser trois ou quatre personnes à la suite les uns des autres et les tuer.» Ce fusil équipera l’armée française jusqu’à la fin de la première guerre mondiale.

     

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    A la fin de l’année 1891, l'Internationale Socialiste renouvela le « caractère revendicatif et international du 1er mai », en hommage aux « martyrs de Fourmies ». Le 23 avril 1919, le Sénat Français ratifia la journée de 8 heures et le 7 juin 1936, la signature des accords de Matignon par Léon Blum permit d'obtenir « une augmentation des salaires de 7 à 15 %, la reconnaissance du droit syndical dans l’entreprise, l’élection des délégués ouvriers, la création de conventions collectives, la semaine de 40 heures et quinze jours de congés payés ».

     

     

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    Dans la Russie de 1920, le 1er mai fut chômé grâce à Lénine et en 1933, Hitler alla plus loin en rendant ce jour emblématique chômé et payé.

     

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    Le 24 avril 1941, sur les recommandations de René Belin, un ancien dirigeant de l'aile socialiste de la CGT, le Maréchal Pétain qualifia le premier mai de « Fête du Travail et de la Concorde Sociale ».

     

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    En avril 1947, à l'initiative du député socialiste Daniel Mayer et du ministre communiste du Travail, Ambroise Croizat, le 1er Mai devint, dans les entreprises publiques et privées, un jour chômé et payé mais il n'était toujours pas assimilé à une fête légale.

     

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    Les Symboles du Premier Mai

     

    En France, les manifestants du 1er mai défilèrent, à partir de 1890, avec le fameux triangle rouge « des trois temps » bien visible à la boutonnière. Ce triangle fut remplacé, en 1892, par une fleur d'aubépine suspendue à un ruban rouge, en l'honneur de Maria Blondeau, la jeune ouvrière de Fourmies, qui avait trouvé la mort en brandissant un bouquet d’aubépine. En 1895, le socialiste Paul Brousse invita, par le biais d'un concours, les travailleuses à choisir une fleur qui représenterait le « Mai » et c'est l’églantine qui fut choisie.

     

    Cette fleur traditionnelle du nord de la France, liée au souvenir de la Révolution française, fut remplacée par le muguet, en 1907 à Paris. Emblème du printemps francilien, le muguet était accroché à la boutonnière avec un ruban rouge, symbole du sang versé.

     

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    Après la Première Guerre mondiale, la presse encensa le muguet, aux dépens de la rouge églantine, et en 1941, sous le régime de Vichy, le muguet s'imposa.

     

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    La vente du muguet

     

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    Elena Salnikova, la jeune vendeuse de muguet

     

    Depuis les années 1930, une tolérance administrative autorise les particuliers à vendre, chaque 1er mai, des brins de muguet sans formalités, ni taxes mais cette tradition populaire se répandit surtout à partir de 1936. Elle semble trouver ses origines à Nantes où monsieur Aimé Delrue (1902-1961), droguiste et président du comité des fêtes de la ville, avait organisé « la Fête du Lait de Mai ».

     

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    Symbole de renouveau et de fécondité, le lait fraîchement tiré était associé à la blancheur immaculée des clochettes de muguet.

     

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    Zubkov Fedor, Les Anges de Mai

     

    Depuis 1936, chacun peut vendre du muguet, sans patente, mais il s'agit d'une tolérance que certains arrêtés, en fonction des communes, n'hésitent pas à réglementer.

     

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    Robert Doisneau (1912-1994), Le 1er mai 1950 à Paris, Place Victor Basch.

     

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    Robert Doisneau, 1er mai 1969, La vendeuse de muguet.

     

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    Robert Doisneau, Le Muguet du Métro, 1953, MOMA © 2018 Robert Doisneau, courtesy Bruce Silverstein.

     

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    Des larmes de Marie au sang de Saint-Léonard

     

    On appelle le muguet « larmes de Notre-Dame » car il aurait jailli des pleurs de la Vierge, versés au pied de la croix.

     

    D'autres légendes l'associent à Saint-Léonard, guerrier et ami du roi Clovis, qui choisit de vivre en ermite au fond des bois. Un jour, sous un bouquet d'arbres sacrés, Léonard se heurta à un dragon contre lequel il reprit les armes. Le combat fut très violent. De chaque goutte de sang perdue par le saint fleurirent des brins de muguet. D'après certaines croyances, on entend parfois, quand le vent souffle, le bruit de cette lutte fantastique...

     

     

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    Émile Gallé (1846-1904), vase aux muguet, marqueterie sur verre, vers 1898-1900.

     

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    Pablo Picasso (1881-1973), Brin de muguet (pousse verte)

     

     

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    Folklore et traditions

     

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    Comme toutes les fleurs à clochettes, le muguet est lié au Petit Peuple et aux déesses de l'amour et de la fécondité.

     

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    Cicely Mary Barker (1895-1973), Flower Fairies

     

    Avec la campanule, la digitale et le thym sauvage, le muguet est l'une des fleurs préférées des lutins et des fées qui viennent danser, en cercles opalescents, là où s'épanouissent les clochettes parfumées.

     

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    Titania, la reine des fées, couronnée de muguet, sous le pinceau aux accents préraphaélites de Sir Frank Bernard Dicksee (1853-1928).

     

    D'après une légende allemande, le muguet serait sous la protection d'une Dame Blanche.

     

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    Idylle de printemps par George Henry Boughton (1834-1905).

     

    Fleur d'inspiration, le muguet est consacré à Apollon Belenos, dieu des Arts et du Soleil, qui couvrit en l'honneur des Muses, le Mont Parnasse de clochettes nacrées, d'où l'appellation « Gazon de Parnasse ».

     

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    Jugend, 1897, illustration d'Adolf Höfer (1869-1927) pour un journal munichois.

     

    Dans le folklore européen, l'éclosion des fleurs de muguet constitue un signe bénéfique, annonciateur du retour des déesses du printemps. En fonction des croyances, on pourra préférer les brins à douze ou à treize clochettes...

     

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    Anne Cotterill (1933-2010), Lily of the Valley.

     

    Dans le Vaudou et la magie des Caraïbes, le muguet est associé à l'invocation des esprits et aux trois planètes de puissance, de protection et de réalisation que sont le Soleil, Vénus et Mercure. Réduit en poudre et brûlé sur des charbons ardents, il est réputé favoriser la concrétisation des affaires matérielles.

     

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    Les druidesses faisaient brûler de l'encens de muguet pour accroître leurs capacités de clairvoyance.

     

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    Dans la tradition populaire, le muguet est considéré comme un porte-bonheur puissant que l'on adresse aux personnes aimées et qu'on laisse sécher pour obtenir la réalisation de ses vœux. Il s'offre après la nuit de Beltane, nuit sacrée pour les Celtes ouvrant les portes de « l'année claire » jusqu'au retour de « l'année sombre » à la période de Samain/Halloween.

     

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    Dans des temps très anciens, c'était l'aubépine que l'on offrait pour célébrer le retour de Maïa, la déesse mère du printemps.

     

    Si vous souhaitez vous plonger dans les coutumes entourant l'Arbre de Mai et caracoler en compagnie des fées de Beltane, je vous invite à lire mon article intitulé la Magie de Mai...

     

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    Généreuses clochettes signifiant l'amour, la passion, la fidélité et le bonheur partagé...

     

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    ...ainsi que le souvenir et la pureté des sentiments...

     

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    Joyeux Premier Mai!

     

     

    Bibliographie

     

    DUBOIS, Pierre: La Grande Encyclopédie des Fées. Hoebeke, 2008.

     

    DUBOIS-AUBIN, Hélène: L'esprit des fleurs: mythes, légendes et croyances. Le Coudray-Macouard: Cheminements, 2002.

     

    SEBILLOT, Paul-Yves: Le Folklore de France.

     

    SIKE, Yvonne de: Fêtes et croyances populaires en Europe. Bordas, 1994.

     

    VESCOLI, Michaël: Calendrier celtique. Actes Sud, 1996.

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