•  

    Image001.jpg

     

    Sous les grands platanes du Jardin du Luxembourg, entre les bosquets de l'Orangerie et les jardins privés du Sénat, on découvre une fontaine lovée dans les couleurs changeantes du ciel et des saisons. Elle est dédiée à Eugène Delacroix (1798-1863), maître du Romantisme en peinture.

     

    Image002.jpg

     

    Image003.jpg

     

    Image004.jpg

     

    Le monument domine un bassin rectangulaire posé sur un soubassement de marbre blanc et décoré de six ornements végétaux qui crachent des jets d'eau. Réalisé par Jules Dalou (1838-1902) entre 1886 et 1890, il se compose d'un buste de Delacroix et de trois allégories de bronze.

     

    Image005.jpg

     

    L’œuvre fut commandée par un comité privé, à l'initiative d'Auguste Vacquerie (1819-1895), poète romantique, journaliste, dramaturge et photographe. Ami intime de Victor Hugo (son frère Charles Vacquerie épousa Léopoldine Hugo en 1843 et mourut avec elle la même année), il fut un auteur couronné de succès et dirigea le journal « Le Rappel ».

     

    Le comité était constitué de Léon Bonnat, William Bouguereau, Jules Breton, Alexandre Cabanel, Jules Dalou, Paul Dubois, Paul Durand-Ruel, Alexandre Falguière, Ignace Henri Jean Fantin-Latour, Charles Garnier, Jean-Léon Gérôme, Ernest Meissonnier, Pierre Puvis de Chavannes, Henri Rochefort, Alfred Stevens et Richard Wallace.

     

    L’œuvre en bronze fut fondue par Pierre Bingen (1842-1908), suivant la technique de la cire perdue (je n'insiste pas sur cette technique, j'ai un article en préparation...). Quand elle fut achevée, Jules Dalou ne voulut pas la faire recouvrir d'une patine industrielle, préférant qu'une oxydation naturelle veine la peau des statues. Le monument fut inauguré le 5 octobre 1890, sous la présidence de Léon Bourgeois, ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts.

     

    Image006.jpg

     

    Le buste de Delacroix est appuyé sur une stèle au milieu du bassin. Artiste emblématique du courant Romantique, Delacroix insuffla dans le monde des arts un renouveau sans précédent. Il s'illustra notamment à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1855 où sa force créatrice fut confrontée au néoclassicisme et au réalisme précurseur d'un autre « maître » : Jean-Auguste Dominique Ingres (1780-1867).

     

    Image007.jpg

     

    Au pied de la stèle, trois allégories évoquent le Temps (Saturne aux ailes puissantes), la Gloire (nue et sensuelle) et le Génie des Arts (Apollon couronné de laurier). La ronde des corps enchevêtrés est caractéristique du Romantisme, cette forme d'art qui traduit l'énergie du mouvement et exalte l'intensité des émotions.

     

    Image008.jpg

     

    Le dieu du Temps, vieillard ailé à longue barbe, soulève, dans le frisson vert doré du feuillage, la ravissante Gloire ou Renommée, quintessence de féminité, qui dépose les palmes de la célébrité devant le buste de l'artiste.

     

    Image009.jpg

     

    Image010.jpg

     

    La scène devient virtuose, sous le regard du Génie des Arts, avatar d'Apollon, le dieu du soleil, qui applaudit de manière appuyée.

     

    Image011.jpg

     

    Entièrement fondée sur le mouvement, la vivacité, le dynamisme, la composition est l'émanation d'un puissant esprit baroque. Nous assistons à une scène d'enlèvement, celui de la Gloire par le Temps Saturnien, motif très apprécié dans l'art de la Renaissance, au XVIIe siècle et de nouveau en vogue dans le dernier tiers du XIXe siècle.

     

    L'inspiration de Jules Dalou s'enracine dans l'art de Versailles et plus particulièrement dans le groupe de François Girardon (1628-1715) et Thomas Regnaudin (1622-1706), intitulé Apollon servi par les nymphes. Réalisé en 1666 pour décorer la Grotte de Téthys (détruite en 1684) le groupe comprenait aussi les chevaux du soleil pansés par les tritons de Gilles Guérin (1611-1678) et les frères Marsy (Gaspard : 1624-1681 et Balthazar : 1628-1674).

     

    Image012.jpg

    Apollon servi par les nymphes, photo de User Plyd

     

    Jules Dalou s'inspira aussi du Saturne du bassin de l'Hiver et de l'Enlèvement de Proserpine par Pluton, un autre groupe de Girardon dont on admire la copie à Versailles, dans le Bosquet de la Colonnade.

    Image013.jpg

    Proserpine enlevée par Pluton. Photo de Coyau.

     

    Sa volonté fut de traduire le mouvement voluptueux qui anime les œuvres de Delacroix. Sculpteur émérite, il est connu pour diverses réalisations monumentales dans les jardins et sur les places de Paris. Je ne développerai pas ici son parcours artistique car ce n'est pas le propos de cet article mais en continuant de flâner dans le Jardin du Luxembourg on peut admirer d'autres œuvres de son cru comme : le Triomphe de Silène, une composition que j'adore... J'y reviendrai ultérieurement.

     

    Image014.jpg

     

    Biographie d'Eugène Delacroix

     

    Ferdinand Victor Eugène Delacroix naquit le 26 avril 1798. Il était le fils de Victoire Œben, fille du célèbre ébéniste de Louis XV et de Charles Delacroix (1741-1805), ministre plénipotentiaire aux Pays-Bas et préfet des Bouches-du-Rhône et de Gironde mais certains esprits bien renseignés lui attribuèrent un autre père, en l'occurrence l'illustre Talleyrand (1754-1838).

     

    Delacroix fit ses études au Lycée Louis-le-Grand (ancien Lycée Impérial). Il faillit s'orienter vers l'apprentissage de la musique mais il décida d'entrer, en octobre 1815, dans l'atelier de Pierre Guérin (1775-1843) et de suivre, en 1816, le cursus de l'École des Beaux-Arts.

     

    En août 1819, il posa pour le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault (1791-1824), jouant pour l'occasion le rôle d'un naufragé au premier plan, tête penchée et bras étendu. Il s'enthousiasma pour la « manière » novatrice de son ami, considéré comme l'incarnation de l'artiste romantique.

     

    Il produisit quelques œuvres « alimentaires » entre 1815 et 1820 mais en 1822, il exposa au Salon la Barque de Dante ou Dante et Virgile aux Enfers qui révéla sa force créatrice et le fit connaître du public, en attisant le feu des critiques.

     

    Tout aussi admiré que violemment critiqué, il sut résister aux réactions impulsives, passionnées et ambivalentes qu'il suscitait et affirmer sa volonté d'éviter « l'académique ». En 1824, il exposa au Salon une œuvre intitulée Scène des Massacres de Scio.

     

    Image015.jpg

     

    Le tableau décrit les massacres perpétrés à Chios par les Ottomans, en avril 1822, lors de la guerre d'indépendance grecque et préfigure son œuvre la plus envoûtante : La Mort de Sardanapale (1828). Celle-ci fut considérée comme l'apogée, pleine de fureur et de sang, du romantisme pictural. Les critiques se déchaînèrent...

     

    Image016.jpg

     La mort de Sardanapale, esquisse

     

    « Eugène Delacroix est devenu la pierre de scandale des expositions. » (M. Vitet)

    « Que M. Delacroix se rappelle que le goût français est noble et pur et qu'il cultive Racine plutôt que Shakespeare. »

    « La majeure partie du public trouve ce tableau ridicule. » (Le Moniteur universel) « L'œil ne peut y débrouiller la confusion des lignes et des couleurs... Le Sardanapale est une erreur de peintre. »

    « Ses œuvres ne sont que des tartouillades. » (Delécluze).

     

    Victor Hugo répondit à ses détracteurs : « Ne croyez pas que Delacroix ait failli. Son Sardanapale est une chose magnifique et si gigantesque qu'elle échappe aux petites vues. Du reste, ce bel ouvrage, comme beaucoup d'autres ouvrages grands et forts, n'a point eu de succès près des bourgeois de Paris. Sifflets de sots sont fanfares de gloire. » (Lettre à Victor Pavie du 3 avril 1829)

     

    Tout au long de sa carrière, malgré l'hostilité d'une partie des membres de l'intelligentsia des arts, Delacroix reçut d'importantes commande : lithographies, portraits, scènes de batailles gorgées du souffle épique qui l'animait.

     

    En 1826, il présenta La Grèce sur les ruines de Missolonghi et en 1831, La Liberté guidant le Peuple dont je vous ai proposé une approche dans un article consacré aux Journées du Patrimoine et qui témoigne de son impressionnante « fécondité » artistique. La même année, il fut décoré de la Légion d'Honneur.

     

    Image017.jpg

    La Grèce sur les ruines de Missolonghi

     

    Image018.jpg

    La Liberté guidant le Peuple

     http://maplumefeedansparis.eklablog.com/journees-du-patrimoine-2013-a99061737

     

    Image019.jpg

    Jeune orpheline au cimetière, tableau réalisé en 1824 lors des scènes préparatoires pour les Massacres de Scio.

     

    Les voyages nourrirent son inspiration. Il découvrit l'Angleterre en 1825, le Maroc, l'Algérie et l'Espagne en 1832, la Belgique et la Hollande en 1839, l'Allemagne en 1850...

     

    Image020.jpg

     

    Il décrivit, dans ses carnets de croquis, un Orient gorgé de fièvre et de parfums et donna un aspect concret à des scènes qui avaient été jusque là fantasmées. Les commandes continuèrent d'affluer et le 5 juillet 1846, il fut promu Officier de la Légion d'Honneur. (Il devint Commandeur en septembre 1855.)

    Il réalisa des décors pour les principaux monuments de Paris : bibliothèque de la Chambre des Députés (1838), bibliothèque du Sénat (1840-1846), bibliothèque du Palais-Bourbon (terminée en 1847), décoration de la chapelle des Saints-Anges à l'église Saint-Sulpice (1849-1861), partie centrale du plafond de la Galerie d'Apollon au Louvre (1850-1851), décoration des salons de l'Hôtel de Ville (1851-1854)...

     

    Artiste érudit, peintre d'histoire, portraitiste et décorateur émérite, Delacroix a produit une œuvre étonnante où s'imposent les tourments de l'âme et les passions humaines.

     

    Image021.jpg

    La bataille de Nancy, 1834, au sujet de la mort de Charles le Téméraire (1433-1477).

     

    Image022.jpg

    Femmes d'Alger dans leur appartement, 1834.

     

    Image023.png

    La Bataille de Taillebourg (21 juillet 1242), 1837.

     

    Image024.jpg

    Combat de chevaliers dans la campagne, vers 1825.

     

    Image025.jpg

    Médée furieuse, 1838.

     

    Image026.jpg

     

    La profondeur psychologique des personnages, les lignes fougueuses, la puissance narrative du décor et l'utilisation exacerbée des effets de lumière ont décontenancé nombre de ses contemporains et suscité les jalousies mais aussi recréé les codes de la peinture et repoussé les limites de la couleur et du dessin. Toute sa vie, Delacroix a poursuivi ses expériences et même à la fin, malgré les cellules cancéreuses qui lui rongeaient la gorge. Ce maître de la peinture méritait donc amplement l'hommage offert par Jules Dalou et ses contemporains.

     

    Image027.jpg

     

    Homme d'État, avocat, historien, journaliste et critique d'art, Adolphe Thiers (1797-1877) écrivit à son sujet dans le Constitutionnel : « L'auteur a, outre cette imagination poétique, qui est commune au peintre comme à l'écrivain, cette imagination de l'art, qu'on pourrait en quelque sorte appeler imagination du dessin, et qui est tout autre que la précédente. Il jette ses figures, les groupes, les plie avec la hardiesse de Michel-Ange et la fécondité de Rubens. Je ne sais quel souvenir des grands artistes me saisit à l'aspect de ce tableau; j'y retrouve cette puissance sauvage, ardente mais naturelle, qui cède à son propre entraînement. (...) Je ne crois pas m'y tromper, Monsieur Delacroix a reçu le génie. »

     

     

    Image028.jpg

     

    Focus sur deux œuvres d'Eugène Delacroix

     

    Il s'agit d'extraits de dissertations réalisées pendant mes études d'Histoire de l'Art et d'Archéologie à l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux III.

     

    La Barque de Dante ou Dante et Virgile aux Enfers, Salon de 1822

     

    Image029.jpg

     

    « Aucun tableau ne révèle mieux l'avenir d'un grand peintre », écrivit Thiers pour saluer la première œuvre présentée au Salon par le tout jeune artiste Delacroix.

     

    A l'époque de Delacroix, la France oscillait -déjà- violemment entre « l'ancien et le moderne », entre le repli sur soi et l'ouverture aux influences européennes, entre l'ultraroyalisme et le libéralisme bourgeois. En écho à ces contradictions, Delacroix exposa, au Salon de 1822, une œuvre monumentale se référant au chant VIII de l’Enfer tel qu'il apparaît dans La Divine Comédie de Dante. L’œuvre témoigne des nombreuses influences du maître soit le théâtre de Shakespeare, les poèmes d'Ossian, les écrits de Goethe, les romans de Sir Walter Scott, la poésie lyrique de Lord Byron...

     

    Virgile (couronné de laurier) et Dante (qui a la tête couverte de rouge) ont pris place dans une barque guidée par Phlégias ou Phlégyas, roi de Béotie condamné au Tartare par le dieu Apollon pour avoir mis le feu au temple de Delphes. Leur entreprise est ardue car les damnés du fleuve Styx s'agrippent à l'embarcation. La torsion des corps, la férocité qui émane des chairs blafardes et la puissance narrative des visages aux traits déformés (observez l'homme qui retient la barque avec ses dents, au premier plan à gauche) ont allumé la flamme de la révolution romantique et choqué nombre de contemporains de Delacroix.

     

    Image030.jpg

     

    La palette est sombre, l'atmosphère lourde et électrique, le fond de la scène se noie dans la brume et le ciel, comme l'eau, semble crépiter.

     

    Dante reconnaît, parmi les damnés, un de ses ennemis et rivaux nommé Filippo Argenti qui serait l'incarnation du pêché de la haine.

     

    Image031.jpg

     

    Les deux poètes représentent les artistes confrontés aux épreuves de la vie qui s'impose comme une impitoyable traversée. Les âmes errantes se pressent contre la barque, incarnation de l'espérance à l'image de l'art, la seule voie capable de réveiller les consciences.

     

    L’œuvre reflète les douleurs de la Révolution, les ambivalences de la Restauration et les spectres de l'Empire. Isolés, incompris, malmenés, les poètes résistent aux forces infernales grâce au pouvoir de l'imagination salvatrice.

     

    Le tableau traduit aussi le désespoir amoureux de Delacroix et sa détresse face aux difficultés financières qui ont suivi la mort de ses parents mais la littérature, la musique et la peinture ont pu lui offrir une forme de consolation.

     

    Dante et Virgile aux Enfers a allumé le signal de la révolution romantique et les imposantes dimension du tableau ont « anobli le thème littéraire tenu jusque-là pour secondaire dans l’art académique. Delacroix l’élève haut dans la hiérarchie des genres. »

     

    Image032.jpg

     

    Nouveau langage artistique, à contre-courant de l'Académisme, le Romantisme traduit, avec une fougue irrépressible, les sentiments de celui qui peint. L'imagination et le désir de s'exprimer guident l'artiste et son vocabulaire pictural se laisse hanter par les brumes du rêve. Il explore la folie, la peur, le doute, la fièvre et l'angoisse d'aimer. Il affronte, à travers la torsion du dessin et la ronde envoûtée des couleurs, la puissance sauvage de la Nature. Le Fantastique devient l'un des thèmes majeurs de la période romantique (J'aurais l'occasion de vous en reparler en abordant le thème du Romantisme Noir mais j'ai beaucoup d'autres articles en préparation que je publierai avant...).

     

     

    La Mort de Sardanapale

     

    Image033.jpg

     

    Ode à la fusion de la couleur et de l'arabesque, l’œuvre traduit avec fougue le sens de la liberté et l'audace artistique qui animèrent continuellement Delacroix.

     

    Fasciné par le Sardanapale de Lord Byron, drame publié en 1821 en Angleterre et traduit en France en 1822, il mit sa palette au diapason avec l'énergie fluctuante des courbes et des lignes.

     

    Assiégé par ses ennemis, Sardanapale décide de se donner la mort, au cœur de son palais, de manière grandiloquente et voluptueuse. L’œuvre est un déferlement de feu, de corps nus enchevêtrés, de luxe et de sauvagerie. Tout se mêle en ce lieu : les épouses et les esclaves, les soldats, les pages, les chevaux et les chiens, les tissus, l'or et les joyaux qui éclatent en gouttes de sang dans une impitoyable lumière. Delacroix l'alchimiste unit, dans l'athanor de tous les possibles, ce qui a nourri sa technique et stimulé le flux de ses émotions les plus vives : les tableaux des maîtres flamands, italiens, français et anglais, les miniatures en vogue dans l'ancienne Perse, les fulgurances de l'art étrusque, les coutumes réelles et fantasmées de l'Inde des Maharadjahs...

     

    Image034.jpg

     

    Immobile et drapé de blanc, Sardanapale domine la scène. Bourreau surhumain, meurtrier de ce qui lui a donné tant de plaisir, il est à la fois sultan et statue antique, point d'ancrage dans un geyser de théâtralité. Pendant qu'il trône sur un lit à têtes d’éléphant dorées, incrusté de joyaux et couvert d’une somptueuse étoffe écarlate, les flammes dévorent ce qu'il a chéri. L'audace est partout. La sensualité et la sexualité triomphent dans les spasmes de lumière, la torsion des corps, les coulées d'ombre et les formes accidentées, les plans tronqués, les diagonales vertigineuses qui scarifient le tableau pour le faire saigner.

     

    Image035.jpg

     

    Certains gardes égorgent des femmes à la peau nacrée et aux chevelures opulentes pendant que d'autres beautés se donnent elles-mêmes la mort. Profondément riche et hallucinée, la palette de l'artiste attise l'effroi du spectateur entre veloutés rose pâle, frissons laiteux et rouges chatoyants qui éclatent à la surface de l’œuvre.

     

    Image036.jpg

     

    Pendant de longs mois et à travers de nombreuses études préparatoires, Delacroix a analysé avec frénésie les possibilités de chaque corps, les torturant et les érotisant jusqu'à la rupture. Il nous offre ici sa vision complexe et subversive de l'Orientalisme et de l'Antiquité, sujet à la mode suite aux fascinants voyages de Champollion et de Vivant Denon. L'Égypte et la Perse ainsi que les grandes cités de l'Orient hellénisé (Palmyre, Petra, Baalbek...) offrirent aux artistes un profond creuset d'inspiration que Delacroix sut brillamment réinterpréter.

     

     

    Bibliographie

     

    ALLARD Sébastien, Dante et Virgile aux Enfers, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Les dossiers du Musée du Louvre, Paris, 2004.

     

    BAUDELAIRE Charles, L’Art Romantique, Paris, Garnier-Flammarion, réédition 2001.

     

    BERREBI Eric-Henry, "Sardanapale ou l’impossible étreinte. L’écrit – voir. Figures de la mort", in Revue d’Histoire des Arts, 1986, n°8.

     

    JOBERT Barthélemy, Delacroix, Paris, Gallimard, 1997.

     

    JOHNSON Lee, The Paintings of Eugène Delacroix, Oxford, 1981.

     

    JULLIAN Philippe, "Delacroix et le thème de Sardanapale", in Connaissance des Arts, Avril 1963.

     

    MARTIN-FUGIER Anne, Les Romantiques, Paris, Hachette coll. « La vie quotidienne », 1998.

     

    POMAREDE Vincent, Eugène Delacroix, La Mort de Sardanapale, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Service culturel Musée du Louvre, Collection Solo, Paris, 1998.

     

    RIOUX Jean-Pierre et SIRINELLI Jean-François (dir.), Histoire culturelle de la France, tome III, « Lumières et Liberté », par Antoine de BAECQUE et Françoise MELONIO, Paris, Seuil, 1998.

     

    SERULLAZ Maurice, Delacroix, Paris, Nathan, 1981.

     

    WAHL Marcelle, Le mouvement dans la peinture, 1955.

     

    Collectif, Les années romantiques. La peinture française de 1815 à 1830, catalogue de l’exposition du Grand Palais, Paris, RMN, 1996.

     

     

    Image037.jpg

    Autoportrait au gilet vert, 1837.

     

    On peut admirer la maison-musée de Delacroix rue de Furstemberg (au numéro 6), dans le 6e arrondissement de Paris, près de l’église Saint-Germain-des-Prés.

     

    Image038.jpg

     

    Une Exposition Delacroix se tient au musée du Louvre, du 29 Mars 2018 au 23 Juillet 2018.

     

    « Le musée du Louvre et le Metropolitan Museum of Art s’associent pour organiser une exposition dédiée à Eugène Delacroix. Réunissant 180 œuvres, cette rétrospective relève un défi resté inédit depuis l’exposition parisienne qui commémorait en 1963 le centenaire de la mort de l’artiste. »

     

    Image039.jpg

     

    Je vous invite aussi à lire l'article de choix concocté par Alain Yvars sur son blog Si l'art était conté. Une approche passionnante de l'homme et de l'artiste qu'était Delacroix. Merci Alain !

     

    http://www.httpsilartetaitconte.com/archive/2018/05/13/eugene-delacroix-ecrivain-6051158.html

     

    Image040.gif

     

    Recevez mes plus douces pensées d'amitié en ce mois de moi, gros bisous et merci de vos belles présences...

     

    Plume

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    23 commentaires
  •  

    Image001.jpg

     

    A l'angle de la place Gaillon et de la rue de la Michodière, dans le IIe arrondissement de Paris, une élégante fontaine (ancienne fontaine Louis le Grand puis fontaine d'Antin) est adossée à la façade d'un hôtel particulier du 17e siècle. L'hôtel, qui abrite aujourd'hui un restaurant, fut construit par Jules Hardouin-Mansart (1646-1708) en 1672 pour le sieur Nicolas de Frémont (1622-1696), gardien du trésor royal. J'en avais montré différents aspects il y a quelques années...

     

    Image002.jpg

    Dessin de Frederick Nash (1782-1856), peintre, aquarelliste et lithographe anglais. Source gallica.bnf.fr.

     

    Le duc de Lorge, gendre de Nicolas de Frémont, fit agrandir l'hôtel et démolir à cet effet la porte Gaillon qui marquait la limite de l'enceinte construite à partir de 1638, sous le règne de Louis XIII.

     

    Image003.jpg

    Gravure de Charles Heath (1785-1848) d'après un dessin de Auguste Charles Pugin (1769-1832).

     

    L'hôtel de Lorge connut plusieurs propriétaires. Il fut appelé hôtel de Travers puis hôtel de Chamillard, hôtel d'Antin et hôtel de Richelieu. Il accueillit le duc de Richelieu, l'ambassadeur d'Espagne et la princesse de Bourbon-Conti, fille de Louis XIV.

     

    Image004.jpg

     

    La fontaine fut érigée en 1707 au carrefour de Gaillon, entre les rues du Port-Mahon et de la Michodière, par Jean Beausire (1651-1743), architecte, contrôleur et inspecteur des bâtiments de la Ville de Paris.

     

    Image005.jpg

     

    Située entre les égouts de la rue Neuve Saint-Augustin et de la rue Gaillon, elle fut remplacée en 1828 par un édifice conçu par Louis Visconti (1791-1853), architecte émérite, maître du projet de restauration du Louvre et de réunion du Louvre et des Tuileries. Les sculptures, façonnées par Georges Jacquot (1794-1874), ont été restaurées en 1971 par Emmanuel Oberdoerffer, architecte voyer de la ville de Paris.

     

    Image006.jpg

     

    Dans une grande niche hémisphérique, flanquée de deux colonnes composites finement ciselées et décorées de poissons fantastiques, un jeune triton chevauche un dauphin. Il portait auparavant un trident dont il ne reste que le manche.

     

    Image007.jpg

    Photographie trouvée sur le net, je n'en connais pas l'auteur.

     

    Image008.jpg

     

    L'enfant au dauphin appartient au cortège de la belle Amphitrite, néréide, déesse marine, et parfois gardienne des fontaines et des sources. Messager de Poséidon, le dieu des océans qui s'éprit d'Amphitrite, le dauphin devint une constellation, en remerciement de ses bons et loyaux services.

     

    Image009.jpg

     

    Autrefois, l'eau s'écoulait dans une vasque ornée de gargouilles léonines qui crachaient l'eau recueillie dans une large vasque appuyée sur un socle décoré de poissons et de plantes aquatiques.

     

    Image010.jpg

     

    Image011.jpg

     

    Image012.jpg

     

    Symboles d'opulence et de fécondité, les ornements de la fontaine (oves, rinceaux, algues, coraux, épis de blé, ajoncs, roseaux, fleurs, cornes d'abondance, poissons, coquillages, chimères aquatiques...) témoignent d'une grande finesse d'exécution.

     

    Image013.jpg

     

    Image014.jpg

    Aux extrémités de la fontaine, des dragons marins veillent à la bonne circulation des eaux de la ville.

     

    Image015.jpg

     

    Ces créatures symbolisent l'énergie qui serpente, sous forme liquide, dans les entrailles de la terre. Elles évoquent les forces primitives de la Nature et les esprits familiers de l'eau, gardiens de l'élément source de la vie.

     

    Image016.jpg

     

    Symboles de luxuriance et de fécondité, les coquillages sont les « enfants des dieux ». Jaillis du souffle de l'Océan primordial, ils sont bercés par les déesses de l'amour et de la fertilité. On peut entendre, en les frôlant, l'enivrante gamme des sons originels. Un peu comme si l'on frappait, avec un objet sacré, sur le perron d'une ancienne fontaine pour susciter la pluie.

     

    Image017.jpg

     

    Image018.jpg

     

    Des vases à anses fantastiques, de style Renaissance, reposent au sommet des colonnes qui encadrent la niche principale.

     

    Image019.jpg

     

    La fontaine Gaillon décore aujourd'hui la terrasse d'un restaurant qui appartient à Gérard Depardieu. L'adresse est très connue. Au fil de mes lectures, j'ai constaté que les avis concernant la qualité de la cuisine étaient plutôt partagés. Certains la trouvent excellente, d'autres considèrent que c'est surfait et affichent leur déception. N'y ayant pas mangé, je ne me prononcerai pas.

     

    Image020.jpg

    Photographie répertoriée sous le nom d'Armand Guérinet (libraire-éditeur actif de la fin du XIXe siècle aux années 1920).

     

    La petite grille située au pied de la fontaine et les deux lampadaires ont disparu.

     

    Image021.jpg

    Photographie d'Eugène Atget (1857-1927). Source gallica.bnf.fr, cote Est Eo 109b bte3.

     

    Image022.jpg

     

    Merci de votre fidélité, gros bisous et belles pensées...

    Plume

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    37 commentaires
  •  

    Image001.jpg

     

    Sur la place centrale de la porte d'Auteuil, à proximité du célèbre hippodrome et parmi les complexités de la circulation locale, se dresse une fontaine au nom délicieusement poétique : « L'Amour, l'Éveil à la Vie ».

     

    Création du sculpteur et médailleur Raoul Lamourdedieu (1877-1953), elle se compose d'un bassin octogonal au-dessus duquel quatre jeunes femmes soutiennent une vasque d'où l'eau jaillit.

     

    Image002.jpg

     

    Ces beautés sont des ondines, esprits des eaux vives qui « désaltèrent » en pensée les passants et les invitent à jouir du bonheur de l'instant.

     

    La fontaine est en pierre jaune d'Euville, un site emblématique de Lorraine où l'on extrait un matériau calcaire dense et noble, résistant au gel, que l'on appelle aussi « entroquite ». Cette pierre d'Euville était très appréciée, dans la deuxième partie du dix-neuvième siècle et la première moitié du vingtième siècle, dans la construction et la statuaire.

     

    Image003.jpg

     

    Il s'agit d'un calcaire à « entroques » du Jurassique supérieur, étage Oxfordien (soit âgé d'environ 160 millions d'années), résultant d'une accumulation de débris de crinoïdes, des animaux proches des oursins qui peuplaient les fonds marins (petit clin d’œil ému à l'un des sujets de dissertation qui me fit obtenir ma Maîtrise d'Histoire de l'Art. Il concernait le calcaire à entroques et donc la pierre d'Euville... Souvenirs, souvenirs... )

     

    Image004.jpg

     

    Exploitée à ciel ouvert depuis le Moyen-âge, la pierre d'Euville a été utilisée pour édifier de nombreux immeubles du Paris Haussmannienn mais aussi la Place Stanislas à Nancy, le Château de Commercy en Lorraine, le Canal de la Marne au Rhin, la ligne de chemin de fer Paris-Strasbourg. On l'a employée dans les soubassements du Pont-Neuf et de l'Hôtel de Ville de Paris ainsi qu'à l'Opéra Garnier, au Grand et au Petit Palais, dans les fondations et l'ossature du Pont Alexandre III, pour construire la Gare de l'Est... La société Rocamat en extrait encore de nos jours.

     

    Certains ont prétendu que le socle de la Statue de la Liberté avait été réalisé en pierre d'Euville mais la célébrissime statue s'appuie sur un bloc de béton couvert de plaques de granit issu d'une carrière du Connecticut.

     

    Image005.jpg

     

    D'impressionnantes galeries ont été ouvertes en 1907 pour extraire la fameuse pierre et le déplacement, jusqu'à la capitale, entre 1853 et 1890, d'importantes quantités de cette matière première très recherchée fut un signe d'expansion économique majeur.

     

    Image006.jpg

     

    Le sculpteur Raoul Eugène Lamourdedieu a choisi la pierre d'Euville dans sa version jaune cuivré (il existe différentes nuances : blanc lumineux, blanc rosé, grisé, beige etc...) pour donner vie aux ondines de la porte d'Auteuil.

     

    Image007.jpg

     

    Ronde sensuelle élémentale, charmes ondoyants de l'eau vive, puissance évocatrice des corps et du message véhiculé... Laisser jaillir de soi un torrent d'amour et de créativité !

     

    Raoul Eugène Lamourdedieu est né à Fauguerolles, dans le Lot-et-Garonne, le 2 février 1877 et il est mort à Pierrefonds, dans l'Oise, le 8 mai 1953.

     

    Il a fait ses classes au Lycée de Bayonne puis, à partir de 1894, à l’École des Beaux-Arts de Bordeaux. En 1897, après avoir obtenu le prix de la Ville, il a poursuivi ses études, à Paris, dans les ateliers des maîtres Alexandre Falguière (1831-1900) et Alexandre Charpentier (1856-1909).

     

    Image008.jpg

    Femme drapée, année incertaine...

     

    En 1900, sous la direction de l'artiste éclectique Louis-Ernest Barrias (1841-1905), il a participé à la décoration sculptée du Grand-Palais. Quelques années plus tard, il a installé son atelier dans le 15e arrondissement de Paris.

     

    Amoureux des possibilités infinies de la « matière », il a sculpté la pierre avec passion, sensualité, attirance pour le mouvement et il a également travaillé le bois, avec une prédilection pour l'acajou, le poirier, le cerisier, le chêne et le noyer. Il était fasciné par les mouvements de la lumière à la surface des pierres et des bois qu'il choisissait. Plusieurs de ses œuvres ont été reproduites en bronze.

     

    Image009.jpg

    Horloge Art Déco

     

    Image010.jpg

    Médaille de la France Victorieuse, 1919.

     

    En 1930, il est devenu professeur à l'École des Beaux-Arts où il a rencontré Jacques Gestalder (1918-2006) dit « sculpteur du corps dansant » auquel j'ai prévu de consacrer un article.

     

    D’abord influencée par celle d'Auguste Rodin, son œuvre s'est rapprochée, au fil du temps, de celles d'Antoine Bourdelle et d'Aristide Maillol, « dans la lignée de la tradition figurative ». Ainsi, il a réalisé différents groupes sculptés d'après des thèmes littéraires et/ou mythologiques, des nus, des bustes, des vases historiés, des objets de décoration, de nombreuses médailles commémoratives, des fontaines et des monuments aux morts.

     

    Image011.jpg

    Médaille célébrant l'élection du Président Raymond Poincaré, le 17 Janvier 1913.

     

    Parmi ses créations les plus célèbres, on trouve La Force ou l’affrontement d'un homme et d'un taureau, dont une version monumentale se situe sur la place Stanislas Baron à Mont-de-Marsan, dans les Landes et un autre exemplaire à Fresnes, dans le Val-de-Marne.

     

    Image012a.jpg

    La Force, à Fresnes (Image www.culture.gouv.fr)

     

    Image013.jpg

    Cette médaille de la Force s'est vendue en de nombreux exemplaires.

     

    Il a participé à la décoration du palais de Tokyo (Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris) et en 1925, il a réalisé, avec un collectif d'artistes, un monument néoceltique appelé La Pergola de la Douce France, pour l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs. L'ensemble, visible dans la ville d'Étampes où j'ai bien l'intention de retourner (j'y suis allée il y a quelques années mais je n'ai pas pu voir l’œuvre en question), s'inspire des alignements mégalithiques de l'ancienne Europe et nous fait voyager à travers la magie des légendes arthuriennes mais ceci est une autre histoire...

     

    Image014.jpg

     

    Merci aux personnes qui m'ont contactée pour s'inscrire à ma newsletter. Le lien qui n'était pas évident à trouver est désormais plus visible. Merci de votre fidélité et de l'intérêt que vous portez à mes articles, je vous souhaite une agréable semaine, gros bisous...

     

    Image015.jpg

    Raoul Lamourdedieu, médaille de la Joie de Vivre, 1906.

    Plume

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    53 commentaires
  • Image001.jpg

     

    Image002.jpg

     

    Rue de Seine, dans le 6e arrondissement de Paris, un petit square élégant, créé en 1938, rend hommage au compositeur, organiste, pianiste et chef d'orchestre Gabriel Pierné (1863-1937). Le lieu, dominé par la coupole de l'Institut de France, s'organise autour d'une fontaine « singulière ».

     

    Image003.jpg

     

    Image004.jpg

     

    Conçue d'après des dessins d'Alexandre-Évariste Fragonard (1780-1850), le fils du célèbre peintre Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), cette fontaine alimentait autrefois le marché des Carmes qui se situait place Maubert.

     

    Image005.jpg

     

    Le marché de la place Maubert était l'un des plus anciens marchés de Paris. Créé au milieu du XVIe siècle là où des cours de philosophie et de théologie étaient dispensés depuis le Moyen-Âge.

     

    Image006.jpg

     

    La fontaine fut réalisée, en 1830, lors de travaux d'embellissement et déplacée, un siècle plus tard, à la destruction du vieux marché. En 1938, elle trouva sa place en bordure de l'Institut de France.

     

    Depuis le 29 octobre 1952, elle est inscrite au titre des Monuments Historiques.

     

    Image007.jpg

     

    Émanation des bornes antiques ou des Hermès des carrefours, elle se compose d'un petit bassin où s'écoulent deux filets d'eau issus d'une colonne surmontée d'une tête de femme à deux visages.

     

    Image008.jpg

     

    Image009.jpg

     

    Couronnée du polos, coiffe caractéristique des statues de l'Antiquité gréco-orientale et qui ressemble ici à un vase chargé de fruits, cette version féminine du dieu Janus symbolise le Commerce et l'Abondance.

     

    Image010.jpg

     

    Sous chaque tête, on contemple un lourd collier orné de fruits, de cornes d'abondance et d'un caducée, emblème du dieu Mercure, gardien des richesses de la ville. Le caducée n'est pas toujours associé au dieu de la médecine, il est l'un des attributs d'Hermès/Mercure, dieu des commerçants, des négociants, des voyageurs et aussi des voleurs...

     

    Image011.jpg

    Les rameaux d'olivier sont associés à la même symbolique : luxuriance, opulence, prospérité...

     

    La fontaine des Carmes n'est pas la seule « curiosité » que l'on peut découvrir dans le square Gabriel Pierné. Les visiteurs apprécient les bancs en forme de livres qui célèbrent la vocation littéraire et culturelle du quartier peuplé de boutiques d'antiquités, de galeries d'art et de librairies spécialisées. Nous sommes à Saint-Germain-des-Prés !

     

    Image012.jpg

    Des bancs pour les rêveurs...

     

    Image013.jpg

     

    En 1968, une statue nommée « Carolina » a été installée près de l'entrée du square. Il s'agit d'un bronze contemporain, œuvre du sculpteur italien Marcello Tommasi (1928-2008).

     

    Image014.jpg

     

    Elle est considérée comme un portrait de la fille de l'artiste et le réalisme est saisissant...

     

    Image015.jpg

     

    Image016.jpg

     

    L'agréable réputation du square est aussi liée à la beauté de sa végétation : magnolias, rhododendrons, cerisiers et les visiteurs sont accueillis par un arbre classé « Remarquable », un catalpa de la famille des Bignoniaceae.

     

    Image017.jpg

     

    Originaire du sud-ouest des États-Unis, ce catalpa commun (Catalpa Bignonioides, Walter) se caractérise par des fruits très particuliers, en forme de gousse, drus et allongés. Il mesurait en 2011 quinze mètres de hauteur pour une circonférence de deux mètres soixante.

     

    Image018.jpg

     

    Je ne développe pas davantage car mon prochain article sera pleinement consacré aux Catalpas de Paris. Ils sont très appréciés des jardiniers et des promeneurs, entre autres pour leur ombrage généreux.

     

    Image019.jpg

    La coupole de l'Institut et les fruits « haricots ».

     

    L'Institut de France, institution vénérable, se refait actuellement une beauté. D'impressionnants échafaudages couvrent la façade courbe de ce bâtiment, ancien Collège Mazarin ou Collège des Quatre-Nations dont la fondation fut réclamée par Mazarin, en 1661. J'attends de pouvoir faire une série de photos montrant l'architecture des lieux, après restauration.

     

    Image020.jpg

     

    Aux amoureux des squares de Paris, je ne saurais trop conseiller la visite de cet endroit plein de charme où je m'installe souvent, carnet à la main, sur les bancs-livres, pour observer les saisons qui papillonnent autour de la fontaine et du catalpa.

     

    Que cette fin septembre vous soit agréable, je vous remercie de votre fidélité et vous adresse, une nouvelle fois, de gros bisous... Merci pour vos charmants petits mots écrits à l'occasion des six années d'existence de mon blog...

    Plume

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    46 commentaires
  •  

    Image001.jpg

     

    Entre lumière et ombre, Acis et Galatée « incarnent » l'esprit luxuriant et sensuel de cette fontaine qui s'inspire des nymphées en vogue dans les jardins italiens aux XVIe et XVIIe siècles.

     

    Image002.jpg

     

    Dans l'écrin de verdure du Palais du Luxembourg, la reine Marie de Médicis (1575-1642) voulut recréer une scénographie proche de celle des jardins florentins de son enfance. Elle en confia l'élaboration à l'architecte Salomon de Brosse (1571-1626) et à l'ingénieur Thomas Francine (Tommaso Francini, 1571-1651) qui dessina les plans de la « Grotte Médicis » aux alentours de 1630.

     

    Image003.jpg

     

    Dans la Grèce antique, le nymphée était un sanctuaire consacré aux nymphes, les gardiennes des bois, des montagnes et des sources. A proximité d'une source, le nymphée était une grotte naturelle ou une fausse grotte constituée de rochers et d'un décor de rocaille.

     

    Dans la Rome ancienne, le nymphée devint une fontaine monumentale décorée de sculptures et sublimée par des jeux d'eau. Il contemplait un grand bassin ou un ensemble de bassins.

     

    Au XVIIe siècle, pour alimenter le nymphée du Luxembourg ou « Grotte Médicis », Thomas Francine, Intendant Général des Eaux et Fontaines Royales, fut à l'origine d'un ingénieux système destiné à acheminer les eaux de Rungis, via l'aqueduc d'Arcueil, vers les faubourgs de Paris. Son travail inspira la construction du nymphée du château de Wideville, en 1636, dans les Yvelines.

     

    Image004.jpg

    (Le nymphée de Wideville. Cette gravure provient du site du Sénat).

     

    La façade de la « Grotte Médicis » était composée de trois niches en cul de four que séparaient quatre colonnes toscanes au fût bagué orné de bossages et de congélations.

     

    Image005.jpg

     

    Un grand fronton portant les armes d'Henri IV et des Médicis la couronnait. Il était surmonté par des pots à feu et encadré par deux figures allongées représentant le Rhône et la Seine, réalisées par le sculpteur Pierre Biard (1592-1661). De chaque côté, s'étendait un mur décoré d'arcades. (Gravure datant de 1752, parue dans l'ouvrage de Jean-François Blondel, Architecture française, t. II, planche 189.)

     

    Image006.jpg

     

    Image007.jpg

     

    Le Rhône

     

    Image008.jpg

     

    Image009.jpg

    La Seine

     

    Après la Révolution, la grotte fut restaurée par Jean-François-Thérèse Chalgrin (1739-1811). Architecte du palais depuis 1780, il réaménagea le jardin et sollicita, pour restituer les allégories fluviales, les sculpteurs Ramey, Duret et Talamona. Une petite statue de la déesse Vénus (visible sur la gravure ci-dessous) fut placée dans la niche centrale. Les armes de France et des Médicis disparurent au profit d'un rectangle à congélations et la grotte évolua davantage en fontaine.

     

    Image010.jpg

     

    Image011.jpg

    Dessin de la grotte par Jean-Baptiste Maréchal, en 1786. De grands arbres entouraient le monument pour lui donner un aspect plus pittoresque encore.

     

    Image012.jpg

    Cette photographie de la grotte, trouvée sur le site du Sénat, fut réalisée vers 1860.

     

    En 1862, la rue Médicis fut ouverte à l'initiative du Préfet Haussmann (1809-1891) et la fontaine dut être déplacée et rapprochée du palais, « d'environ trente mètres ». Une scénographie nouvelle fut alors orchestrée par l'architecte Alphonse de Gisors (1796-1866) qui commanda des statues au sculpteur Auguste Ottin (1811-1890) et fit réaliser devant la fontaine un bassin d'une cinquantaine de mètres.

     

    Image013.jpg

    Le bassin, en direction du palais.

     

    Image014.jpg

    Magnifique voie d'eau menant à la fontaine...

     

    Les sculptures décrivent la tragique histoire des amants Acis et Galatée, relatée par le poète latin Ovide (43 avant J.C-17 après J.C) dans Les Métamorphoses.

     

    Fille de Nérée, le dieu de la mer primitive, et de Doris, une océanide, Galatée est une néréide. Le cyclope Polyphème tomba passionnément amoureux de cette nymphe marine, « à la peau blanche comme le lait », mais Galatée lui préféra le charmant berger Acis. Fou de douleur et de jalousie, Polyphème écrasa son rival sous un rocher.

     

    Image015.jpg

     

    Image016.jpg

     

    Image017.jpg

     

    Les amants ont l'air seuls au monde mais le danger les domine sous les traits de Polyphème.

     

    Image018.jpg

     

    Image019.jpg

     

    Image020.jpg

     

    Polyphème le cyclope est l'incarnation des forces brutes de la Nature. Fils de Gaïa, la Terre, il prend appui sur le rocher et s'apprête à « punir » les amoureux. Sa rude silhouette de bronze et son visage empreint d'une cruauté désespérée s'opposent aux lignes voluptueuses et pures des corps de marbre blanc.

     

    Image021.jpg

     

    Image022.jpg

     

    La légende de ces amants infortunés connut son œuvre de gloire au XVIIe siècle. En 1686, Jean-Baptiste Lully (1632-1687) composa l'opéra « Acis et Galatée ». Cette « pastorale » grandiose fut jouée pour la première fois devant le Grand Dauphin, fils de Louis XIV et, pendant de nombreuses années, elle fut donnée régulièrement et toujours très appréciée du public.

     

     

    De part et d'autre du cyclope, se dressent deux statues de pierre, réalisées par Auguste Ottin et situées chacune dans une niche surmontée d'un masque de satyre. Il s'agit d'un faune et d'une chasseresse.

     

    Image023.jpg

     

    Un faune (une interprétation du dieu Pan)

     

    Image024.jpg

     

    Image025.jpg

     

    Image026.jpg

     

    Une chasseresse (la déesse Diane)

     

    Image027.jpg

     

    Image028.jpg

     

    Trogne grimaçante et pittoresque évoquant celles des mascarons du Pont-Neuf.

     

    Image029.jpg

     

    Image030.jpg

     

    Devant le rectangle à congélations, Alphonse de Gisors fit restituer les armes de France et des Médicis et en 1862, lors du déplacement de la fontaine Médicis, il fit adosser à celle-ci un monument que l'on appelait fontaine du Regard.

     

    Image031.jpg

     

    Construite en 1807 pour distribuer les eaux de Rungis, cette fontaine devait son nom à un ancien regard, édifice qui permettait d'accéder aux structures profondes de l'aqueduc d'Arcueil.

     

    La fontaine de Léda, ancienne fontaine du Regard

     

    Autrefois située au carrefour de la rue de Vaugirard et de la rue du Regard, elle fut démontée en 1856, dans le cadre des grands travaux d'Haussmann, lors du percement de la rue de Rennes.

     

    Image032.jpg

     

    Édifiée sur les plans de François-Jean Bralle (1750-1831), ingénieur en chef des Ponts et Chaussées et maître d’œuvre des travaux hydrauliques de la Ville de Paris, elle appartenait à un ensemble de quinze fontaines commandées par Napoléon Ier (1769-1821) dans le but d'assainir et de moderniser la capitale.

     

    Image033.jpg

     

    Alphonse de Gisors la fit agrémenter d'un nouveau soubassement (quatre pilastres encadrent trois mascarons de bronze) et d'un nouveau fronton flanqué de deux nymphes ou naïades allongées.

     

    Image034.jpg

     

    Il fit restaurer les élégants pots à feu.

     

    Image035.jpg

     

    Image036.jpg

     

    Les deux jolies naïades qui s'ébattent sur les rampants du fronton couronnant le bas-relief sont l’œuvre du sculpteur Jean-Baptiste-Jules Klagmann (1810-1867).

     

    Image037.jpg

     

    Image038.jpg

     

    Image039.jpg

     

    La gracieuse demi-coupole permet de raccorder la fontaine de Léda, de la manière la plus esthétique possible, à la fontaine Médicis.

     

    Image040.jpg

     

    Image041.jpg

     

    Sur l'inscription, la mention à l'architecte Jacques de Brosse est une erreur. Il s'agit de l'architecte Salomon de Brosse qui construisit pour la reine Marie de Médicis le magnifique palais où siège le Sénat. J'ai eu l'occasion d'en visiter l'intérieur et je vous en montrerai les beautés. Patience, patience... wink2

     

    Image042.jpg

     

    Image043.jpg

     

    Encadré par des dauphins fantastiques dont les queues enlacent les instruments du dieu Neptune (gouvernail, trident...), le bas-relief qui donne son nom à la fontaine est, comme je l'écrivais plus haut, une réalisation du sculpteur Achille Valois (1785-1862). En remplacement d'un aigle impérial, il représente Léda en compagnie de Jupiter métamorphosé en cygne, sous le regard de Cupidon.

     

    La belle caresse le cou de son amant cygne dont le bec de bronze crachait autrefois l'eau dans un bassin elliptique.

     

    Image044.jpg

     

    Je ne peux que vous souhaiter de belles promenades et rêveries autour de ces deux fontaines qui, par l'entremise d'une subtile scénographie, n'en forment désormais qu'une. Merci à ceux qui prennent si gentiment de mes nouvelles. Merci de votre fidélité. Gros bisous et à très bientôt !

     

    Image045.jpg

     

    Image046.jpg

     

    Sources et Bibliographie

     

    Gallica.bnf.fr/ Bibliothèque Nationale de France. (Le dessin de la Grotte Médicis par Jean-Baptiste Maréchal: gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b77).

     

    Charles BAUCHAL: Nouveau dictionnaire des architectes français. Paris: André, Daly fils et Cie, 1887, 842 p.

     

    Spire BLONDEL: L'Art intime et le Goût en France. Grammaire de la curiosité. Paris: E. Rouyere et G. Blond.

     

    L'Art pendant la Révolution: beaux-arts, arts décoratifs. Paris: H. Laurens, 1888.

     

    Amaury DUVAL: Les Fontaines de Paris, anciennes et nouvelles. Nouvelle édition, Paris: Bance aîné, 1828.

     

    Pierre KJELLBERG: Le nouveau guide des statues de Paris. Paris: la Bibliothèque des Arts, 1988.

     

    Jean-Charles KRAFFT et Nicolas RANSONNETTE: Plan, coupe, élévation des plus belles maisons et des hôtels construits à Paris et dans les environs. 1801 et années suivantes. Paris: Ch. Pougens et Levrault, in-fol.

     

    Théophile LAVALLÉE: Histoire de Paris depuis le temps des Gaulois jusqu'en 1850. Paris: Hetzel, 1852.

    Plume

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    64 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique