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    Ce lieu emblématique de l'histoire de Paris révèle, entre le jardin des Tuileries, les Champs-Élysées,le pont de la Concorde et la rue Royale, sa grandiose scénographie.

     

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    Au fil des saisons, cette place octogonale qui abrite le célèbre obélisque de Louqsor se pare de sublimes couleurs. A des moments privilégiés, on savoure à loisir les jeux d'eau des fontaines et les variations de la lumière sur le métal et la pierre.

     

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    La place de la Concorde a changé de nom plusieurs fois. Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, l'« esplanade du Pont-Tournant » était une fondrière, peuplée de malandrins et de filles de joie.

     

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    La place peinte par Alexandre-Jean Noël (1752-1834).

     

    Entre 1754 et 1772, la place Louis XV fut édifiée sur les plans de l'architecte Ange-Jacques Gabriel (1698-1782). Elle devait accueillir la statue équestre du roi qui avait recouvré la santé, après une grave maladie.

     

    Là où se dresse aujourd'hui l'obélisque, trônait l'effigie royale, réalisée par Edme Bouchardon (1698-1762). Elle reposait sur un piédestal aux angles duquel s'élevaient quatre allégories (la Paix, la Prudence, la Force et la Justice) sculptées par Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785).

     

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    La statue fut renversée en 1792 et la place Louis XV, devenue place de la Révolution, accueillit, jusqu'en 1800, la Liberté de François Lemot (1772-1827), une représentation en plâtre colossale, recouverte d'un enduit couleur bronze.

     

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    La déesse Liberté, vêtue d'un drapé à la romaine et coiffée d'un bonnet phrygien, était assise, la lance à la main, sur le piédestal de la statue de Louis XV. Le globe qu'elle soutenait de la main droite abritait un nid de tourterelles.

     

    La place devint place de la Concorde en 1795, par décret de la Convention. Elle redevint place Louis XV en 1814, fut rebaptisée place Louis XVI en 1826 et place Louis XV en 1828. Elle reprit en 1830 son nom de place de la Concorde!

     

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    Quand on contemple ce remarquable décor, on imagine avec difficultés les évènements macabres qui ont émaillé l'histoire des lieux.

     

    Le 30 mai 1770, à l'occasion du feu d'artifice tiré en l'honneur du mariage du Dauphin (Louis XVI), il se produisit dans la foule un mouvement de panique qui coûta la vie à 133 personnes et plus de trois cents blessés périrent dans les jours qui suivirent. Le sentiment d'effroi qui s'empara des parisiens engendra des histoires de spectres et de malédictions.

     

    La sinistre guillotine fut transportée de la place du Carrousel à la place de la Révolution pour l'exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793. Dressée entre la statue de la Liberté et l'entrée des Champs-Élysées, elle ôta la vie à 1119 personnes. L'odeur de sang était paraît-il si forte que les animaux se cabraient à son approche...

     

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    L'exécution du roi.

     

    Au nord, la place est bordée par deux majestueux hôtels-jumeaux, dotés de colonnades corinthiennes, qui dessinent un décor de théâtre. Érigés de 1763 à 1772 sur des dessins de Gabriel, ils s'inspiraient de la colonnade du Louvre de Claude Perrault et devaient accueillir des logements pour les ambassadeurs.

     

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    En 1788, le comte François Félix de Crillon fit l'acquisition de l'Hôtel d'Aumont, situé à gauche sur l'image. Le bâtiment, construit par l'architecte Louis-François Trouard(1729-1794), fut transformé en hôtel de luxe au début du XXe siècle.

     

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    La façade fut classée monument historique en 1900.

     

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    Chaque fronton est orné de trophées et d'allégories d'une grande finesse. La Ville personnifiée est entourée par les génies de l'abondance.

     

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    L'actuel Hôtel de la Marine fut primitivement affecté au Garde-Meuble de la Couronne. Entre Pâques et la Toussaint, ses galeries, aménagées par le savant Pierre-Élisabeth de Fontanieu étaient ouvertes au public tous les premiers mardis du mois.

     

    Le premier Valet de Chambre de Louis XVI, Thierry de Ville-d'Avray, y fit aménager un appartement pour Marie-Antoinette lors de ses séjours à Paris. En 1789, il accueillit le Secrétaire d'État à la Marine.

     

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    En septembre 1792, des voleurs y dérobèrent les diamants de la Couronne, dont le célèbre « Régent » qui fut retrouvé, avenue Montaigne, sous un tas de gravats...

     

    Sous l'Empire, un télégraphe Chappe fut établi sur le toit de l'hôtel, pour remplacer celui qui se dressait sur la tour de l'Horloge du Vieux-Louvre.

     

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    Ce télégraphe optique par sémaphore, placé sur une tour, fut élaboré par Claude Chappe en 1794.

     

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    L'architecte Jacques-Ignace Hittorff (1792-1867) élabora le décor actuel de la place qui, ne l'oublions pas, dessine un octogone.

     

    Entre 1836 et 1840, sous le règne de Louis-Philippe, furent aménagés huit petits pavillons d'angle surmontés de statues monumentales assises.

     

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    Huit statues symbolisent les principales villes de France.

     

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    En 1772, la place était bordée par de larges fossés, entourés par une balustrade et chevauchés par six ponts de pierre. Aux huit angles se dressait un petit pavillon abritant l'escalier qui conduisait aux parterres de verdure et de fleurs, aménagés dans les fossés. Chaque pavillon devait accueillir un groupe allégorique, symbolisant les vertus de Louis XV: Jupiter et la Clémence, Apollon et la Poésie, Minerve et l'Étude, Mercure et la Richesse, Cérès et le Travail, Hercule et la Modération, Mars et la Justice, Neptune et la Fortune.

     

    A leur emplacement trônent de puissantes dames de pierre.

     

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    Brest, par Jean-Pierre Cortot, la tête ceinte d'une couronne de laurier, assise sur un canon.

     

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    Rouen, par Jean-Pierre Cortot, assise sur des ballots de marchandises, la tête couronnée de feuilles de pommier.

     

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    Sa main droite repose sur un écusson aux armes de la ville.

     

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    Elle tient le caducée du commerce, emblème du dieu Mercure.

     

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    Nantes, par Louis-Denis Caillouette. Assise sur un navire, elle tient un caducée dans la main droite et présente un écusson de la main gauche.

     

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    Bordeaux, par Louis-Denis Caillouette. La tête ceinte de feuilles de vigne et de grappes de raisin, elle tient une corne d'abondance.

     

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    Marseille, par Louis Petitot. Assise sur un navire, la tête couronnée d'olives et d'épis de blé, elle tient une branche d'olivier dans la main droite et un aviron dans la main gauche.

     

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    Lyon, par Louis Petitot. Assise sur un rocher entouré de roseaux, elle appuie son bras droit sur une corbeille remplie d'écheveaux de soie et tient un caducée dans la main gauche. De part et d'autre, les eaux fécondes du Rhône et de la Saône s'échappent de deux urnes renversées.

     

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    Strasbourg, par James Pradier. Assise sur un rocher où grimpe un pied de vigne, elle tient une épée dans la main gauche et des clefs dans la main droite. Elle a le pied posé sur un canon.

     

    En 1871, suite à la défaite de la France contre l'Allemagne, elle fut drapée de noir.

     

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    Lille, par James Pradier. Appuyée sur un canon et assise sur un rocher, elle brandit l'épée protectrice de la ville.

     

    Vingt colonnes rostrales, des lampadaires et des candélabres forment une « ceinture de lumière » autour de la place.

     

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    De part et d'autre de l'obélisque, deux somptueuses fontaines imitent celles qui se dressent sur la place Saint-Pierre de Rome.

     

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    Au nord, la fontaine des fleuves célèbre la navigation sur le Rhône et le Rhin.

     

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    Des génies anguipèdes (aux queues serpentines) tiennent des poissons qui crachent avec force des jets d'eau vers le ciel.

     

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    Les allégories fluviales, appuyées sur des rostres de navires, brandissent des symboles de fécondité: épis de blé, grappes de raisin, fleurs...

     

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    Alchimie des corps et des couleurs qui s'entremêlent dans les gouttes d'or aquatiques...

     

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    Au sud, la fontaine des mers célèbre la Méditerranée, les puissances de l'océan et la pêche.

     

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    Cette mythologie aquatique évoque la prospérité, la force et la félicité retrouvées après la terreur et le chaos.

     

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    Qui a oublié ses bottes de sept lieues?

     

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    L'obélisque fut offert en 1831 par Méhémet-Ali, vice-roi d'Égypte, à Louis-Philippe qui le fit ériger, le 25 octobre 1836, là où nous le contemplons désormais. Le souverain assista au spectacle, depuis les fenêtres de l'Hôtel de la Marine.

     

     

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    Sur ses différentes faces, des hiéroglyphes relatent les évènements des règnes de Ramsès II et de Ramsès III. A sa base, se dressaient autrefois des singes cynocéphales en érection, qui furent relégués dans une salle des antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, pour ne pas effaroucher la société prude de l'époque!

     

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    Ce monument sacré de l'Égypte ancienne évoque un rayon de soleil figé et serait une manifestation du grand dieu solaire Atoum-Rê. Il provient de la résidence des rois de Thèbes à Louqsor.

    Il encadrait jadis, avec son jumeau, l'entrée somptuaire du palais de Ramsès II. Les deux obélisques furent offerts à la France mais un seul, désigné, par l'égyptologue Jean-François Champollion, fut transporté vers Paris.

     

    Un bateau, le Louqsor, construit pour la circonstance, accueillit le monolithe, sous la surveillance de l'ingénieur Jean-Baptiste Apollinaire Lebas (1797-1873).

     

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    Une gravure, sur le haut piédestal, relate cette épopée.

     

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    De puissantes machines élévatrices et de grands cabestans furent nécessaires pour dresser le monolithe en granit rose, haut d'une trentaine de mètres, vers le ciel. Pour l'anecdote, il pèse environ 222 tonnes et s'appuie sur un piédestal de 240 tonnes.

     

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    L'obélisque vibre, au centre d'un réseau subtil dont il est le fer de lance. Le granit rose s'imprègne des variations atmosphériques et s'élève jusqu'au pyramidion d'or et de bronze, placé en 1998 au sommet de l'édifice.

     

    Cette aiguille monolithique, appelée « la Pierre Haute », se dresse au coeur d'un cadran solaire, constitué par la place elle-même. Au-delà du ciel, l'obélisque jaillit vers les mystères de l'Univers où se lovent les dieux.

     

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    La place de la Concorde dessine un vaste espace orienté vers les points cardinaux de la ville. Des lignes réelles et imaginaires la relient à des monuments qui symbolisent le pouvoir (Assemblée Nationale), la spiritualité (Église de la Madeleine), le triomphe (Champs-Élysées) et l'héritage culturel de la France (Louvre).

     

    Les « Chevaux de Marly », réalisés par Guillaume Coustou et mis en place, en 1794, à l'entrée des Champs-Élysées, s'apprêtent à galoper vers les mondes antiques, peuplés de chimères et de héros.

     

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    De part et d'autre de la voie triomphale, un homme cherche à maîtriser un cheval cabré dont la crinière ruisselante semble s'animer dans la lumière.

     

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    Aujourd'hui, ces groupes magnifiques sont des copies mais à l'instar des colonnes rostrales, des lampadaires et des statues, ils rythment, par leur fougueuse verticalité, l'étendue horizontale de la place.

     

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    Dans le cadre de sa politique de grands travaux, le Baron Haussmann voulut faire retirer l'obélisque et les fontaines mais il n'obtint heureusement pas gain de cause.  Comme dans une Rome intemporelle, les figures archétypales de la Concorde, étroitement liées à la puissance maritime de Paris et de la France, rayonnent entre l'eau vive et le ciel...

     

    Bibliographie

     

    Amaury DUVAL: Les Fontaines de Paris, anciennes et nouvelles. Nouvelle édition, Paris: Bance aîné, 1828.

     

    Pierre-Thomas-Nicolas HURTAUT: Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs.

     

    Adolphe JOANNE: Paris illustré. Paris: Hachette, 1863.

     

    Pierre KJELLBERG: Le nouveau guide des statues de Paris. Paris: la Bibliothèque des Arts, 1988.

     

    Marquis DE ROCHEGUDE: Promenades dans toutes les rues de Paris. Paris: Hachette, 1910

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