
Rendez-vous sur la jetée promenade du Lac d'Enghien, dans le Val d'Oise, le 95, mon département, à environ onze kilomètres au nord de Paris.

La promenade, aménagée en 1910 par l'architecte Louis Olivier, a des similitudes esthétiques avec la jetée de la ville d'Arcachon, inaugurée en 1903.

Les promeneurs apprécient l'esplanade Henri Patenôtre-Desnoyers, la vue sur le lac et le casino dont je parlerai tout à l'heure.


A Enghien, ville propice à la villégiature, la marche est rythmée par l'élégante présence du mobilier urbain. Les hautes silhouettes des lampadaires se découpent sur le bleu de l'eau et du ciel et la scénographie de l'espace est particulièrement réussie.



J'aime tout particulièrement ces têtes de béliers !
Si la symbolique du Bélier dans les Arts vous intéresse, vous pouvez cliquer sur le lien ci-dessous :
Le Bélier dans les Arts et le Folklore
http://chimereecarlate.over-blog.com/2018/04/le-belier-dans-les-arts-et-le-folklore.html





L'eau est indissociable du développement et de la renommée d'Enghien mais avant de se nommer « Enghien-les-Bains », la ville fut l'un des territoires affiliés à la puissante seigneurie de Montmorency qui connut, au XVIIe siècle, ses lettres de noblesse.

En 1633, les Princes de Condé firent l'acquisition de ce vaste domaine qui devint « Duché d'Enghien », en raison du titre de ducs d'Enghien détenu par les Condé dès le XVIe siècle.

Au creux de la vallée de Montmorency, Louis Cotte (1740-1815), jeune prêtre de l'oratoire de Montmorency et scientifique aguerri, découvrit, en longeant une étendue d'eau appelée « Étang d'Enghien » des eaux sulfureuses qui favorisèrent la création d'établissements de nature thermale.

En 1820, grâce à une analyse gouvernementale des vertus des eaux du royaume, Enghien acquit une renommée qui allait se développer tout au long des 19e et 20e siècle. La devise de la ville est : « Dant robur virtutemque fontes » soit : « Ces sources qui donnent force et courage ».

Le roi Louis XVIII (1755-1824) bénéficia des vertus de ces eaux qui lui permirent de soigner un ulcère à la jambe et le médecin en chef de l'Hôpital Saint-Louis en fit l'apologie.

A l'époque des Lumières, les lacs s'imposèrent comme des éléments incontournables de la mise en scène du paysage, ce qui annonçait une vision romantique de la Nature et une série d'aménagements financiers et hydrauliques.
Madame de Sévigné (1626-1696), Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) ou encore Alphonse de Lamartine (1790-1869)... (ils ne furent pas les seuls...) chantèrent les vertus des lacs de France et de Suisse et le thermalisme devint l'un des fleurons des théories hygiénistes de l'époque. Dans ce contexte, la station thermale d'Enghien se développa grâce à Jean-Baptiste Péligot 1777-1837), ancien administrateur en chef des hôpitaux et hospices de Paris.

Les abords du lac furent défrichés, aménagés. On se mit à forer des puits artésiens, on lotit de manière effrénée. Une symphonie architecturale vit le jour, composée de belvédères, de chaumières, d'ermitages, de chalets, de demeures néo-gothiques, néo-normandes ou Renaissance et Enghien se métamorphosa en « Nouveau Village d'Enghien ».

Le 7 août 1850, l’Assemblée Nationale opta pour la création d’une commune nouvelle appelée « Enghien-les-Bains » et en 1863, les thermes furent remplacés par un complexe de soins qui est devenu l’un des plus modernes et des plus prisés sur la scène européenne et de manière internationale.

Dans les années 1830, on pouvait admirer, dans ce décor de carte postale, l'Hôtel des Quatre Pavillons qui a disparu. Gravure BNF Estampes.

Affiche Enghien, Compagnie de Chemin de Fer du Nord, Musée de l'Île de France.

Le lac d'Enghien a attiré de nombreux artistes, venus chercher l'inspiration dans un paysage peuplé de demeures pittoresques, de hameaux de style versaillais, de chalets suisses et de pavillons exotiques. Enghien avait ses habitués comme le maître sculpteur James Pradier (1790-1852), les peintres Horace Vernet (1789-1863), Eugène Isabey (1803-1886), Paul Delaroche (1797-1856) et bien d'autres, ainsi que des personnalités politiques comme Napoléon III (1808-1873), Charles Giraud (1802-1881) etc... et de célèbres actrices comme Mademoiselle Mars (1779-1847).
Enghien est aussi la ville de Mistinguett (1875-1966), pétillante artiste née Jeanne Florentine Bourgeois au numéro 5 de la rue du Chemin-de-Fer (actuelle rue Gaston Israël).

Vous trouverez, en cliquant sur le lien ci-dessous, une biographie très complète, agrémentée de nombreuses photos.
http://www.dutempsdescerisesauxfeuillesmortes.net/fiches_bio//mistinguett/mistinguett.htm

Mistinguett en revue

Sur les bords du lac, on aperçoit le célèbre Casino d'Enghien.
En 1870, lors de l'occupation prussienne, le casino était une sorte de chalet où les habitants d'Enghien venaient se livrer à des activités ludiques : jeux de société, jeux de boules... mais les Prussiens, saisis par le froid intense de l'hiver, démontèrent le bâtiment pour en faire du petit bois qu'ils brûlèrent pour réchauffer.
Le casino fut reconstruit, en forme de navire, entre 1901 et 1902 par l'architecte Edmond Autant. Il attira de nombreux visiteurs, il abrita même un hôpital militaire mais des problèmes de sécurité furent signalés au fil du temps. Le bâtiment fut reconstruit en 1908 et associé à un théâtre à l'italienne, pouvant accueillir jusqu'à 700 spectateurs.


Le navire casino : Reproduction Vialles, J-B, 2009. Service Patrimoine et Inventaire du Conseil régional d'Île de France (base Mémoire 20099500213).
Un théâtre à l'italienne est un théâtre dont la salle est en forme de demi-cercle et où les spectateurs sont placés à plusieurs niveaux( l'orchestre, les corbeilles, les balcons, la galerie).





Le casino actuel appartient au groupe Lucien Barrière dirigé par Dominique Desseigne. Lucien Barrière est le neveu de François André, homme d'affaires inventeur du concept de « resort à la française », soit la réunion dans un même lieu d'un casino, d'hôtels, d'un hippodrome et de terrains de golf.
François André et son associé, Eugène Cornuché, s'illustrèrent en faisant construire des établissements de luxe, à partir de 1912, sur les côtes de Normandie. Personnages incontournables des Années Folles, ils se lièrent d'amitié avec les rois, les princes, les hommes politiques et les artistes. François André fut le premier à ouvrir les portes des casinos à une clientèle féminine.

Des célébrités comme Coco Chanel (1883-1971), André Citroën (1878-1935), le peintre Maurice Utrillo (1883-1955) ou encore les membres de la famille Rothschild avaient l'habitude de fréquenter les lieux et à la fin du mois de mai 1906, le célèbre ingénieur Louis Blériot (1872-1936) a entamé sur le lac « les essais d’un intéressant aéroplane de son invention. »

Photo trouvée sur Le Figaro.fr
Voici ce que nous dit la revue L’Aérophile de la même année.
« Cet appareil a une surface portante de 60 m² répartis sur deux cellules elliptiques. Ces surfaces sont en soie Française vernie, tendue sur une armature en bois de frêne creux. À l’avant, se trouvent deux hélices de 2 mètres de diamètre, tournant à 600 tours et placées côte à côte. Elles sont actionnées, au moyen de deux arbres flexibles, qui constituent une transmission d’une régularité et d’une souplesse remarquables, par un moteur de la célèbre marque « Antoinette », de 24 chevaux, 8 cylindres, pesant 40 kilogrammes. Les hélices ainsi actionnées ont fourni un effort de traction de 80 kilogrammes. L’ensemble de l’aéroplane est monté sur un hydroplane extrêmement léger, en bois perforé, garni de flotteurs en toile caoutchoutée. Des gouvernails horizontaux et verticaux assurent la stabilité dans tous les sens. L’appareil peut être monté par une ou deux personnes. Il a été établi sur les données de M. Blériot, le constructeur de phares bien connu dans les grands ateliers d’aviation Blériot et Voisin, à Billancourt. »

Le casino d'Enghien-les-Bains est semble-t-il le seul casino de France à avoir un droit d'accès payant et qui varie en fonction de chaque jour.
Je ne suis pas entrée à l'intérieur. J'ai préféré me promener sur les bords du lac en songeant à la vie qui bruissait là autrefois et en me rappelant de certaines lectures comme Le Bouchon de Cristal, roman policier de Maurice Leblanc (1864-1941) qui met en scène les aventures du gentleman-cambrioleur Arsène Lupin.

Le roman parut en feuilleton dans Le Journal, de septembre à novembre 1912 puis il sortit, peu de temps après, en librairie. Maurice Leblanc rend hommage à La Lettre Volée d'Edgar Allan Poe (1809-1849), une nouvelle pleine de rebondissements dans laquelle un objet que l'on cherche à dissimuler est placé en évidence. L'action du Chapitre Un du Bouchon de Cristal se déroule au Lac d'Enghien.
Synopsis : « Arsène Lupin cambriole la villa du député Daubrecq. Mais les choses tournent mal : Lupin réussit à s’enfuir avec un bouchon de cristal, qui disparaît presque aussitôt. Lupin espionne Daubrecq et découvre que c’est un maître chanteur qui possède une liste de vingt-sept noms impliqués dans l’affaire du Canal de Panama. Un scandale qui s'est déroulé entre 1892 et 1893.
Un document explosif serait caché dans le fameux bouchon de cristal ! »

Époque fascinante du Pavillon Chinois, une construction issue de l'Exposition Universelle qui se déroula à Paris en 1867. A la fin de la manifestation, il fut démonté à l'initiative d'Albert De Montry, le directeur du premier établissement thermal et installé à Enghien où les visiteurs et la haute bourgeoisie de la ville l'apprécièrent pour son dôme exotique et ses formes polygonales incurvées et mouvantes, entre ombre et lumière. Il s'altéra hélas au fil du temps et dut être remplacé par un bâtiment inauguré le 14 juillet 1911.

Il abrite aujourd'hui le restaurant panoramique du Pavillon du Lac.

De l'ancien vers le nouveau...

Enghien est une ville magnifique qui a été tout autant convoitée que menacée, dans sa beauté éclectique, au fil du temps.
Pendant la seconde guerre mondiale, elle a abrité, de manière régulière, les régiments allemands de passage ainsi qu’une Kommandantur d'importance régionale. A la Libération, des affrontements d'une grande violence se sont déroulés dans ses rues « entre les forces allemandes et des éléments de la seconde division blindée du général Leclerc, appuyés par la Résistance locale. »



J'ai encore plein de choses à vous dire au sujet d'Enghien et une myriade de photos à vous montrer alors je vous donne rendez-vous dans quelques jours, après ma publication du Premier Mai, pour la suite de cette promenade.
Merci de tout cœur pour votre gentillesse, chers aminautes qui vous reconnaîtrez. Belles et douces pensées pour vous et gros bisous !

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