J'ai cru ne jamais pouvoir émerger de l'hiver et cependant, juste avant les premières palpitations du Printemps, j'ai retrouvé l'atmosphère si particulière qui règne au Jardin du Luxembourg, entre lumière et ombre... Les fleurs, doucement, se préparaient à un ballet soyeux et velouté près de cette fontaine qui s'inspire des fontaines et des nymphées en vogue dans les jardins italiens aux XVIe et XVIIe siècles.
Dans l'écrin de verdure du Palais du Luxembourg, la reine Marie de Médicis (1575-1642) voulut en effet recréer une scénographie proche de celle des jardins de son enfance. Elle en confia l'élaboration à l'ingénieur florentin Thomas Francine qui dessina les plans de la « Grotte Médicis », prélude à la fontaine, aux alentours de 1630.
Dans la Grèce antique, le nymphée était un sanctuaire consacré aux nymphes, les gardiennes des bois, des montagnes et des sources. A proximité d'une source, le nymphée était une grotte naturelle ou une fausse grotte constituée de rochers et d'un décor de rocaille.
Dans la Rome ancienne, le nymphée devint une fontaine monumentale décorée de sculptures et sublimée par des jeux d'eau. Il « regardait » un grand bassin ou un ensemble de bassins.
Au XVIIe siècle, Thomas Francini devenu Thomas Francine (1571-1651), Intendant Général des Eaux et Fontaines Royales, fut à l'origine d'un ingénieux système destiné à acheminer les eaux de Rungis vers Paris. Il conçut les plans de la « Grotte Médicis », nymphée qui inspira celui du château de Wideville, en 1636, dans les Yvelines.
La façade de la « Grotte Médicis » était composée de trois niches en cul de four que séparaient quatre colonnes toscanes « au fût bagué orné de bossages et de congélations ».
Un grand fronton portant les armes d'Henri IV et des Médicis la couronnait. Il était surmonté par des pots à feu et encadré par deux figures allongées représentant le Rhône et la Seine, réalisées par le sculpteur Pierre Biard (1592-1661). De chaque côté, s'étendait un mur décoré d'arcades.
Après la Révolution, la grotte fut restaurée par Jean-François-Thérèse Chalgrin (1739-1811). Architecte du palais depuis 1780, il réaménagea le jardin et sollicita, pour restituer les allégories fluviales, les sculpteurs Ramey, Duret et Talamona. Une petite statue de la déesse Vénus fut placée dans la niche centrale. Les armes de France et des Médicis disparurent au profit d'un rectangle à congélations et la grotte évolua en fontaine.
Quand la rue Médicis fut ouverte, en 1862, sur l'initiative du Préfet Haussmann, la fontaine dut être déplacée et rapprochée du palais, « d'environ trente mètres ».
Une scénographie nouvelle fut orchestrée par l'architecte Alphonse de Gisors (1796-1866). Il fit réaliser devant la fontaine un bassin d'une cinquantaine de mètres et commanda plusieurs sculptures à Auguste Ottin (1811-1890).
Les sculptures décrivent la tragique histoire des amants Acis et Galatée, relatée par Ovide dans Les Métamorphoses.
Fille de Nérée, le dieu de la mer primitive, et de Doris, une océanide, Galatée est une néréide. Le cyclope Polyphème tomba passionnément amoureux de cette nymphe marine, « à la peau blanche comme le lait », mais Galatée lui préféra le charmant berger Acis. Fou de douleur et de jalousie, Polyphème écrasa son rival sous un rocher. Il est représenté entre un faune (le dieu Pan) et une chasseresse (la déesse Diane).
Les amants se lovent dans une position très sensuelle. Ils ont l'air seuls au monde mais le danger les domine sous les traits de Polyphème.
Les corps entrelacés forment des arabesques voluptueuses et les reflets aquatiques soulignent la pureté des lignes et la beauté des visages.
Le cyclope Polyphème représente les forces brutes de la Nature. Fils de Gaïa, la Terre, il prend appui sur le rocher et s'apprête à « punir » les amoureux. Sa rude silhouette de bronze s'oppose aux corps de marbre blanc, caressés par la lumière.
Dans le chuchotement de l'eau, leur séduisante union semble à jamais préservée de la cruauté désespérée de Polyphème.
La légende de ces amants infortunés connut une grande célébrité au XVIIe siècle. En 1686, Jean-Baptiste Lully composa l'opéra Acis et Galatée. Cette « pastorale » grandiose fut jouée pour la première fois devant le Grand Dauphin, fils de Louis XIV.
La Fontaine Médicis est un lieu de repos et de flânerie romantique apprécié par de nombreux lecteurs et visiteurs. Tout y semble magique: les platanes aux frondaisons d'or vert qui se reflètent dans l'eau, les poissons colorés, les miroitements et les ombres, les gestes voluptueux des amants dont la peau de marbre est parfois si vivante...
Le vent nous chuchote ici de nous méfier des envieux, de cultiver le Bonheur, de profiter de la Vie mais de rester vigilants car certains ont soif de briser ce qu'ils ne possèdent pas.
Tout autour de la fontaine s'offre un musée à ciel ouvert mais ceci est une autre histoire...
Merci à vous qui ne m'avez pas oubliée...
Je ne vous ai pas oubliés non plus, gros bisous!
Prenez bien soin de vous...
Cendrine
/image%2F0651418%2F20250102%2Fob_62dc81_image007.jpg)
/image%2F0651418%2F20260408%2Fob_574b23_20260212-153714.jpg)
/image%2F0651418%2F20260408%2Fob_737f83_20260212-154007.jpg)
/image%2F0651418%2F20260408%2Fob_e826f7_20260212-154202.jpg)
/image%2F0651418%2F20260408%2Fob_77994c_20260212-154113.jpg)
/image%2F0651418%2F20260408%2Fob_98cdd6_20260212-154016.jpg)
/image%2F0651418%2F20260408%2Fob_760a45_20260212-154028.jpg)
/image%2F0651418%2F20260408%2Fob_f7fd3f_20260212-153915.jpg)
/image%2F0651418%2F20260408%2Fob_cd5024_20260212-154040.jpg)
/image%2F0651418%2F20260408%2Fob_776ee8_20260212-154128.jpg)
/image%2F0651418%2F20260408%2Fob_51e263_20260212-153924.jpg)
/image%2F0651418%2F20260408%2Fob_58fcf7_20260305-165026.jpg)