La glace et la neige enveloppent la ville. Jardins et fontaines, vasques et bassins, arbres verts ou défeuillés se lovent dans un suaire soyeux.

Symphonie fantomatique

En ce palais dormant, les couleurs fusionnent avec les sortilèges du froid.

Bulles de rêves, entre deux rives, et florilège de cristaux mystérieux.


Miroir étrange où les ombres respirent...

La lumière se dilue dans les moires de l'eau, ténébreuse cryosphère où s'enfonce le regard ...
Le paysage se pare d'une beauté plus secrète, tissée d'étoiles matricielles et de diamants oniriques.
Magie du flocon dont la croissance hexagonale cisèle, dans les mouvements de l'air, des formes complexes et poétiques.
Paris frissonne sous la glace, scintillante étendue qui étreint le Jardin du Luxembourg.
Sur cette photographie, datant de 1895, les jardiniers cassent, devant le palais, l'épaisse couverture gelée qui recouvrait le grand bassin.
La froide lumière exalte la puissance de cet édifice érigé, à partir de 1615, par l'architecte huguenot Salomon de Brosse (1571-1626), sur l'ordre de Marie de Médicis (1575-1642). Lassée du Louvre qu'elle trouvait très inconfortable, nostalgique du Palais Pitti et des jardins luxuriants de sa chère Florence, la Régente fit construire ce monument, célèbre par ses façades aux volumes saillants et sa Grande Galerie enluminée par Rubens. Le Palais du Luxembourg abrite le Sénat depuis la fin de l'année 1799.
La fontaine du grand bassin, élaboré sous le Premier Empire par l'architecte Jean-François-Thérèse Chalgrin (1739-1811), a revêtu de singuliers atours.
Des doigts de glace ont remodelé ces chérubins et la vasque qu'ils soutiennent.
Ils sont issus du Hameau de Chantilly, construit par l'architecte Jean-François Leroy pour le prince Louis-Joseph de Bourbon-Condé et qui inspira celui de la reine Marie-Antoinette à Versailles.
Les oiseaux engourdis patinent doucement et se rapprochent pour tenter de se réchauffer.
A défaut de marcher sur la glace, j'ai photographié ma fontaine préférée, à mi parcours de l'avenue de l'Observatoire.
L'hiver a saisi dans sa gangue la fontaine des Quatre Parties du Monde et tissé une peau de glace autour des statues et des ornements.
Je consacrerai bientôt un article à ce monument conçu par l'architecte Gabriel Davioud (1823-1881), inspecteur général des travaux d'architecture de la ville de Paris sous le règne de Napoléon III.
Des chevaux marins, des dauphins et des tortues, sculptés par Emmanuel Fremiet (1824-1910), dominent un majestueux bassin.
Les cristaux de glace dévoilent leur miroitante poésie.
Au sommet de l'édifice, quatre figures féminines réalisées par Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) soutiennent un globe terrestre entouré par les signes du Zodiaque.
L'Europe, l'Asie, l'Afrique et l'Amérique subissent l'étreinte du froid.
Les chevaux qui se dressent dans la lumière hivernale sont des merveilles néo-baroques.
Magnifiques chevaux dont le corps se termine par une queue de serpent. Anguipèdes médiateurs entre le monde humain et celui des divinités, ces puissants hybrides personnifient les courants telluriques et aquatiques.
Brisant leur armure de glace, ils jaillissent en direction des points cardinaux.
L'axe de l'Observatoire de Paris est une promenade historique et architecturale d'une immense richesse, un domaine de connaissance tourné vers les mystères du ciel étoilé.
Les crinières diamantées de ces fiers chevaux ruissellent dans la clarté évanescente.
Seconde peau sur âme de bronze...
Merci à Christophe qui est entré dans le bassin pour les photographier.
Ses photos et les miennes alternent tout au long de cet article.
Nous commencions à geler sur place alors nous avons pris congé de ces destriers fantastiques.
Nous sommes rentrés chez nous avant que la neige recouvre le paysage.
Le collège Évariste Galois, vu depuis la fenêtre de notre cuisine, tout de blanc vêtu...
Dans les vapeurs exquises de vanille et de chocolat chaud, je vous souhaite de savourer pleinement les fantasmagories hivernales et les joies de votre foyer!
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