

Mouvement frénétique dans le ciel de Paris... Un monstre mécanique soulève, à travers la ouate des nuages, des hommes-insectes suspendus à de longs fils d'argent. Les cris des intrépides résonnent au-delà des immeubles de la rue de Rivoli pendant qu'aux pieds du monstre, les gourmands s'activent autour des baraques à frites et des vendeurs de pommes d'amour, de pains d'épices et de barbe à papa !

D'accord, là on se demande où sont passés les gourmands !


C'est la fête foraine des Tuileries dans sa version estivale. Elle refermera ses portes dans la soirée du 27 août 2017.

Fête foraine
« Tout n’était que lumière, poussière, cris, joies, tumulte ; les uns dépensaient, les autres gagnaient, les uns et les autres également joyeux.
Les enfants se suspendaient aux jupons de leurs mères pour obtenir quelque bâton de sucre,ou montaient sur les épaules de leurs pères pour mieux voir un escamoteur éblouissant comme un dieu.
Et partout, circulait, dominant tous les parfums, une odeur de friture, qui était comme l’encens de cette fête. »
Charles Baudelaire



La fête foraine, dont le souvenir est lié aux joies de l'enfance, est traditionnellement considérée comme une image du monde en réduction. Gravée dans les mémoires, elle attise les sens et fait sourire les cœurs mais le plaisir ressenti est indissociable d'une face plus sombre et d'activités « initiatiques ». On vient s'y distraire et affronter, consciemment ou inconsciemment, des peurs fondamentales qui font progresser sur le chemin de la connaissance de soi.


La peur des monstres et de l'enfermement, le vertige, la vitesse, les images déformées des palais des glaces, les doubles grimaçants, le mystère et l'étrangeté qui font vaciller les murs de la réalité... Quand j'étais fillette, j'imaginais que les marchands de confiseries nourrissaient les visiteurs pour mieux les sacrifier, dans l'antre du train fantôme, à une divinité de carnaval dont la voracité n'était jamais rassasiée. Je cherchais où pouvait bien se cacher l'Ogre, avide de chairs sucrées et de fritures sur pattes !!! J'ai toujours aimé les films d'horreur se déroulant dans les fêtes foraines et lorsque je m'y promène je songe à des choses qui font dresser les cheveux sur la tête... Le grand barnum qui règne dans mon esprit nourrit mon goût pour les monstres et les histoires terrifiantes et la fête foraine est un écrin idéal pour ce genre d'inspiration. Écrivains et cinéastes ne s'y sont pas trompés !

La fête foraine maudite de Silent Hill 2 Révélation, film sorti en 2012.

Images actucine.com

Aux amateurs de fantastique et de science-fiction, je conseille la lecture ou la relecture de La Foire des Ténèbres (1962) de Ray Bradbury (1920-2012), le génial auteur de Fahrenheit 451 (1953), de Chroniques Martiennes (1950) ou encore de l'Homme illustré, sans oublier les terrifiques nouvelles intitulées Dark Carnival (1947) qui m'ont accompagnée au fil de l'adolescence et bien après. Son inquiétude face au matérialisme outrancier de la société et à la colonisation compulsive des espaces résonne tout particulièrement dans notre monde contemporain.

La fête foraine de La Foire des Ténèbres est un lieu fascinant, un cauchemar éveillé tout aussi remarquable sur un plan littéraire qu'au niveau cinématographique. Je ne peux me promener dans une fête foraine sans y penser.

Le livre de Bradbury raconte les péripéties de deux enfants, Jim et Will, qui visitent une fête foraine quelques jours avant Halloween. Les attractions sont toutes plus étranges les unes que les autres: un carrousel qui permet d'inverser le cours du temps, une femme endormie dans un bloc de glace... Le mystérieux Mr. Dark tire les ficelles de toutes ces bizarreries...

American Horror Story : Freak Show
Attention, si vous n'aimez pas les flots de sang passez votre chemin mais si vous avez le cœur bien accroché, c'est une histoire intelligente et profondément jouissive qui se déroule dans une fête foraine très très étrange...

Tuileries, 2017...

Même les « monstres », les arbres monstres en l'occurrence, peuvent avoir de jolies devises... Amour toujours...

Luigi Loir (1845-1916), Fête foraine, vers 1880.
Les historiens de la Belle Époque nous apprennent que la fête foraine fut indissociable de l'art de vivre entre 1850 et 1910. Dans un contexte d'effervescence industrielle et de recomposition des équilibres sociaux, elle apparut comme un puissant « phénomène » et l'expression baroque d'une certaine idée du bonheur, à la fois simple et familial, mais aussi comme le miroir ambivalent d'une époque tissée de contrastes. Elle fut -et demeure- une rêverie enfantine au cœur d'un monde en mouvement organisé autour d'une vision mécanique des êtres et des choses. La Belle Époque, qui cherchait à préserver le temps tout en affolant les cadences autant que son appétit de richesses le lui permettait, fut donc un écrin idéal pour cette fête aux mille visages, héritière des grandes foires commerciales du Moyen Âge.

Henry Jones Thaddeus (1859-1929), Le champ de foire, vers 1905.
Quant à l'art forain, ses richesses sont infinies comme en témoignent les collections du Musée des Arts Forains que l'on découvre dans les Pavillons de Bercy.

Il s'agit d'un musée spectacle où les places se réservent afin d'apprécier l'esprit festif de la Belle-Époque à travers des cabinets de curiosité, des scènes de Carnaval, des attractions mystérieuses...
Les attractions sont aussi très nombreuses au Jardin des Tuileries...







Mais loin des histoires de monstres, du fantastique et de la dark fantasy que j'aime tant, n'oublions pas le plaisir que procurent les joies de la fête foraine. Des joies simples, du partage avec ceux qu'on aime et de l'excitation quand on s'envole...



Merci de vos gentils petits mots et de votre fidélité, gros bisous ensoleillés d'amitié !
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