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Ma Plume Fée dans Paris

Ma Plume Fée dans Paris

Une passionnée d'écriture qui explore les chemins de Paris et d'ailleurs...

Publié le par maplumefee
Publié dans : #architecte, #art, #arum, #forme, #nature

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Une grille qui jaillit comme un bouquet printanier... Une écriture végétale aux fascinantes sinuosités... Je vous invite à découvrir, au numéro 33 de la rue du Champ de Mars, dans le 7e arrondissement de Paris, un bijou d'architecture Art Nouveau.

 

Dans cette rue discrète, surgit une façade au décor luxuriant qui dessine une forêt de fleurs pétrifiées.

 

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Construit en 1904 par l'architecte Octave Raquin pour un certain Monsieur Bouvet, le bâtiment accueillit un collège privé, le Cours des demoiselles Longuet.

 

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Portrait d'Octave Raquin, peint par Toulouse-Lautrec en 1901.

 

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Octave Raquin fut l'un des collaborateurs de la Revue Blanche, une revue littéraire et artistique fondée en 1890 à Liège par les frères Natanson. Cette revue s'installa en 1891 à Paris où elle rivalisa avec le Mercure de France, d'où le nom de Revue Blanche (la couverture du Mercure était mauve...)

 

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Après les étudiantes des demoiselles Longuet, les élèves du Cours Alfred de Musset s' établirent dans l'immeuble de la rue du Champ de Mars qui abrite aujourd'hui une clinique de chirurgie esthétique et des appartements.

 

La mise en scène est particulièrement réussie. La belle façade de pierre est aérée par de nombreuses ouvertures et rythmée par de gracieuses ferronneries.

 

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Des travées en saillie, des linteaux stylisés, des courbes oniriques... Un épiderme de pierre sur lequel serpente la lumière... l'Art Nouveau s'exprime ici avec grâce, puissance et fluidité.

 

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L'un des magnifiques bow-windows ou oriels en français, qui animent la façade.

 

Ces avancées en encorbellement ou « fenêtres en arc » sont fréquentes dans l'architecture victorienne, le style Second Empire et l'Art Nouveau. Dans l'art anglais, trois termes désignent ces constructions et leurs variantes.

  • Le bow-window ou « fenêtre en arc ».
  • Le bay-window ou « baie vitrée avancée ».
  • L'oriel-window ou « fenêtre en rideau ».

 

 

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Cette peau végétale établit une communication intime entre le regard et les courbes de l'architecture. La lumière naturelle est tissée comme une matière vivante et répartie, avec féerie et fonctionnalité, dans les différentes pièces de l'habitation.

 

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L'élégante marquise en fer forgé et en verre, qui accueille le visiteur, est décorée de feuilles d'arums, de même que les grilles de la porte d'entrée et les vantaux des portes latérales.

 

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Dans sa robe de verre tendue de fer ou d'acier, la marquise dévoile ses volutes ouvragées. Elle désignait originellement une pièce de toile tendue au-dessus d'une porte pour se protéger des intempéries et du soleil. Elle était fréquemment utilisée sur les bateaux. En architecture, cet auvent vitré représente un abri et un élément décoratif.

 

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La marquise de la Villa Majorelle, construite à Nancy entre 1901 et 1902 par Henri Sauvage et Lucien Weissenburger.

 

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La marquise du métro Abbesses, signée Hector Guimard.

 

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Celle de la maison aux arums présente une bordure ondulée qui accroît la plasticité de l'ensemble.

 

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Par ses ondes raffinées et son riche décor floral, cette porte latérale reflète les liens qui unissent la Nature et l'Art Nouveau.

 

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Cela s'applique aussi à ce petit soupirail.

 

Dans les dernières décennies du XIXe siècle, l'admiration pour la Nature imprégna les travaux de nombreux artistes. Ils redécouvrirent la flore gothique dessinée par l'architecte Viollet-le-Duc et s'émerveillèrent devant les estampes japonaises, diffusées par des marchands férus d'art asiatique.

 

L'un d'eux, Siegfried Bing, ouvrit à Paris en 1895 un magasin qu'il baptisa « Maison de l'Art Nouveau ». Au numéro 19 de la rue Chauchat, dans le 9e arrondissement de Paris, ce lieu atypique devint un formidable espace de rencontre et de création artistiques.

 

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L'affiche de l'exposition qui lui a été consacrée.

 

Dans l'Art Nouveau, la Nature est une source d'inspiration permanente. Ciselée et magnifiée à travers les bijoux de René Lalique, les vases d'Émille Gallé et des frères Daum, les boiseries de Louis Majorelle...

 

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Pavot de René Lalique, 1897. (La photo vient du site du Musée d'Orsay.)

 

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Avec cet ornement de corsage, appelé « Oiseaux chanteurs » et réalisé en 1889 pour la maison Vever, René Lalique enchante l'or, l'argent, les diamants et les rubis.

 

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La Nigelle, vase d'Émile Gallé, vers 1900. L'artiste, passionné de botanique, retranscrit, de manière onirique, les formes offertes par la Nature.

 

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Le vase aux primevères, en marqueterie de verres, réalisé par Émile Gallé vers 1900. Ce vert profond, né d'une superposition de couches de verre saturé, rappelle les jardins gorgés d'eau et les effets de lumière au début du Printemps.

 

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A travers une galerie de lampes féeriques et de vases mystérieux, les frères Daum déclinent leurs affinités pour les formes sinueuses, le rêve et la translucidité.

 

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Un bureau « végétal », signé Louis Majorelle.

 

En étudiant les merveilles de la Nature, les artistes « Art Nouveau » inventèrent un vocabulaire esthétique fondé sur la sinuosité des lignes, la luxuriance du décor, la recréation de l'élément végétal avec des matériaux métalliques et la prédominance de l'ornement floral. Parées de feuilles et de fleurs, les façades des immeubles et des maisons nous invitent à explorer un univers sylvestre et fantastique.

 

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La maison aux arums s'inscrit dans cette veine « symboliste », nourrie par la poésie et la littérature.

 

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L'arum possède une double nature. Cette fleur, dotée d'une étrange inflorescence, est à la fois féminine et phallique. Au fil des siècles, elle fut perçue comme un symbole de pureté ou un emblème diabolique.

 

Dans les années 1900, elle était très prisée dans les bouquets de mariées. On l'appréciait aussi pendant les fiançailles et les communions. Dans le cas présent, il est vraisemblable qu'elle ait été associée aux jeunes filles du cours privé des demoiselles Longuet.

 

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Il existe de nombreuses variétés d'arums. L'arum des fleuristes ou calla est une cousine de l'arum maculatum ou pied de veau.

 

Cette fleur jouait un rôle important dans la pharmacopée ancienne mais il fallait redoubler de vigilance en raison de sa toxicité. L'eau distillée de racines tubéreuses était utilisée comme lotion de beauté. Les racines longuement bouillies, torréfiées, râpées et passées au tamis donnaient une sorte de fécule, consommée sous forme de pain dans l'Antiquité.

 

La teinture de racines est encore prescrite en homéopathie. Elle est réputée décongestionner les voies respiratoires, calmer les saignements et les irritations de la peau.

 

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Ce vase en majolique, en forme d'arum, fut créé vers 1900 par la manufacture autrichienne Gerbing et Stephan. Il évoque la nature complexe de la fleur et de la femme, sources d'inspiration majeures, créatures mystérieuses, troubles et sensuelles, hybrides et magiciennes...

 

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La Nature enveloppe l'Architecture. Les matériaux dits « structurels » sont utilisés pour façonner des arbres de métal aux branches organiques, des fleurs de pierre et de verre, aiguiser l'imagination et faire croître un monde enchanté dans l'espace urbain.

 

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Qu'il soit aimé ou décrié, l'Art Nouveau est un fabuleux creuset d'inspiration naturaliste. Il crée des correspondances subtiles entre les matériaux, entre l'utile et l'esthétique, entre le réel et l'onirique.

 

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Pour ressembler aux éléments naturels, les ornements métalliques sont traités avec harmonie, gracilité et sens du mouvement. Une forêt magique semble avoir poussé autour de l'habitation.

 

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Dans le hall d'entrée, de fines mosaïques rappellent les broderies florales qui couvrent la façade. Elles font écho aux lianes de métal qui se contorsionnent le long de la pierre.

 

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L'artiste « Art Nouveau » est un alchimiste qui crée et recrée à l'infini les formes dessinées par la Nature. Il joue à recomposer la lumière et dévoile ses variations à travers les matières qu'il travaille.

Il élabore un art total qui se mêle à l'Artisanat et à l'Industrie. Il exploite de nouvelles gammes colorées et se rapproche des effets de matière qui règnent dans la Nature: prairies aquatiques, jardins détrempés, miroirs d'eau, reflets de tempêtes, cieux étranges...

 

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Il intercale ce qu'il peut toucher et ce qui suscite les songes, comme dans l'élégante poésie de la « maison aux arums »...

 

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A
J'aime, ... vous aimez ? <br /> Alors partageons sur cette communauté , la beauté de l'Art Nouveau et de l'Art Modern. Donnons enfin à ces Arts, dans une communauté la place qu'ils méritent. <br /> Bienvenue si vous décidez de nous rejoindre.
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C
<br /> Bonsoir Jacqueline,<br /> <br /> <br /> Tu en as bien profité et tu as eu raison! il a fallu tout ranger ensuite... Nous nous sommes aussi couchés très tard ou plutôt très tôt!!! Cinq heures du matin! Du coup, j'ai "comaté" toute la<br /> journée et je n'allume mon ordinateur que maintenant, à 23h30!!! Je ne vais pas refaire une nuit blanche mais je tenais à te faire de gros bisous et à remercier pour tes mots d'amitié qui<br /> comptent beaucoup pour moi.<br /> <br /> <br /> Vivement le temps printanier! Je prépare un article sur la mythologie du Printemps et j'écris des poèmes, en respirant le parfum des fleurs.<br /> <br /> <br /> Je t'embrasse bien fort et te souhaite un excellent début de semaine.<br /> <br /> <br /> Cendrine<br />
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K
<br /> Bonjour Cendrine,<br /> <br /> <br /> Voilà, la fête est finie, mais elle s'est terminée tard... ou plutôt, très tôt ce matin, j'ai fait la grasse matinée... lol (revoilà mes "lol" préférés...), je suis arrivée à tout ranger,<br /> nettoyer... enfin bref, tout ce que je n'aime pas après la fête... allez, encore un..lol...<br /> <br /> <br /> Le soleil s'en est allé, la pluie, le vent et le froid l'ont remplacé, 5° pour aujourd'hui et mardi nous serons au printemps, du grand n'importe quoi !! cela dit, j'ai terminé aussi d'attacher<br /> mes hortensias avec des tuteurs improvisée (baguettes chinoises...) qui penchaient dangeureusement de la tête.... voilà pour cette journée de dimanche, je n'en ferai pas plus... na !!<br /> <br /> <br /> J'espère que tout va pour toi mon amie, et que cette journée présente une mine plus ensoleillée qu'ici... je te souhaite un excellent après-midi, je t'embrasse bien affectueusement,<br /> <br /> <br /> Jacqueline<br />
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C
<br /> Je viens te remercier, Bruno, pour ce commentaire qui me va droit au coeur. Je suis ravie de rencontrer un passionné d'art nouveau. Je tenais à montrer, à travers la fameuse maison aux arums<br /> parisienne que l'art nouveau avait connu un foyer de créativité exceptionnel à Nancy. J'aurai l'occasion d'en reparler dans d'autres articles.<br /> <br /> <br /> J'espère que mon petit mot aura fait du bien à Lagardère. Je suis très touchée de ta gentillesse et de ton soutien.<br /> <br /> <br /> Merci beaucoup. Excellent début de semaine. Amitiés.<br /> <br /> <br /> Cendrine<br />
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B
<br /> merci pour ce reportage , etant lorrain, je suis fan de l'école Boule de l'art 1900 et de l'ecole de Nancy, je suisallé voir la maison 3majorelle" à Nancy, ma cousine vient de demenager juste à<br /> coté! j'adore les arabesques et mon gout pour les enluminures doit venir de là ? je te souhaite d'être encore aussi disponible encore longtemps pour nous permettre de nous instruire à travers tes<br /> reportages toujours aussi beaux!(je viens de chez Lagardère, mon Ami)j'ai lu ton commentaire , nos galères sont des bateaux qui nous enmènent  au-delà des limites!!! tu as toute mon<br /> admiration, passe un doux dimanche, Bruno.<br />
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