
Rivières et Fleuves aux Tuileries, Chapitre Deux sur Quatre
Merci pour vos très gentils messages et pensées d'amitié...
Je vous retrouve avec grand plaisir pour la suite de notre promenade aux Tuileries, au niveau de l'aménagement du Fer à Cheval créé par André Le Nôtre (1613-1700) dont je vous parlais il y a quelques semaines.
Après avoir contemplé « La Loire et le Loiret », moulage réalisé au début du XVIIIe siècle d'après l’œuvre originale de Corneille Van Clève, nous nous arrêtons devant « La Seine et la Marne », groupe sculpté issu de l'ambitieux programme politico-culturel orchestré par Jules-Hardouin Mansart (1646-1708), Surintendant des Bâtiments du Roi à partir de 1699.

« La Seine et la Marne » ornait le Bassin des Nappes du château de Marly, résidence bucolique de Louis XIV située dans les Yvelines. Le Roi Soleil appréciait tout particulièrement cet ensemble élégant qui illustrait l'un de ses projets somptuaires à caractère mythologique.
Depuis les années 1660, Louis XIV (1638-1715) œuvrait pour une politique de grands travaux artistiques qui furent menés avec autant d'attention à Versailles qu'à Marly. Il cherchait à créer une Nouvelle Rome fondée sur une puissante assise politique et une plénitude culturelle. Les jeux d'eau étant des éléments indispensables de la scénographie des jardins, des allégories de rivières et de fleuves furent créées pour animer des espaces destinés tout autant à paraître qu'à jouir de l'instant présent.

Marly fut construit, à 7 kilomètres au nord-ouest de Versailles, dans un vallon boisé qui dominait la Seine, château de plaisance réalisé à partir de 1679 par Jules-Hardouin Mansart (1646-1708) et Robert de Cotte (1656-1735) qui fut maître et mentor de nombreux architectes. Louis XIV visita les lieux pour la première fois le 23 juillet 1684. Il prenait plaisir à dire « J'ai fait Versailles pour ma Cour, Trianon pour ma famille, Marly pour mes amis. »

Le grand jet d'eau de Marly, par Auguste-Alexandre Guillaumot (1815-1892).

Pierre-Denis Martin (1663-1742), Marly, 1724.
Les séjours du Roi et de ses invités dans ce lieu de réjouissances étaient appelés « Les Marlys ». L'étiquette, tellement rigide et indispensable à Versailles, était abolie en grande partie à Marly, « château-jardin » dont l'esthétique était des plus remarquables. Au centre d'une composition très élaborée, sur un plan dit « éclaté », se dressait le Pavillon Royal et de part et d'autre d'une perspective animée de bosquets, de bassins, de petits bois, d'allées et de charmilles, se déployaient deux files de pavillons destinés aux nobles invités. La décoration des pavillons était associée aux signes du Zodiaque et une impressionnante machine hydraulique, chef-d’œuvre d'ingénierie, appelée « la Machine de Marly » permettait d'alimenter en eau jaillissante les bassins et les jardins du château.

Gravure, 1700
Marly fut hélas détruit sous le Premier Empire. Ses trésors furent en grande partie dispersés après la Révolution. On y installa une filature, on pilla les belles matières associées à la Monarchie. Des propriétaires criblés de dettes se succédèrent et l'ensemble sombra dans un marasme qui eut raison de la splendeur architecturale des lieux. Les façades des pavillons ornés de somptueux décors polychromes et le magnifique Bassin des Nappes que j'évoque n'existent donc plus... Il demeure « La Seine et la Marne » et quelques œuvres sculptées ainsi que des gravures à contempler dans les musées ou les jardins nationaux. Certaines statues de Marly ont « voyagé » de Paris à Brest où elles sont restées quelques temps avant d'être définitivement transportées au Musée du Louvre. Une histoire à conter dans un autre billet...

Château de Marly par Gabriel Pérelle (1603-1677).
Quand Louis XIV mourut, le jeune roi Louis XV (1710-1774) s'établit aux Tuileries, protégé par le Régent Philippe d'Orléans (1674-1723) qui fit décorer le palais parisien avec des sculptures venant de Marly. Ces sculptures originales furent remplacées par des copies en 1993. Les marbres « d'époque » se situent dans la Cour Marly au Musée du Louvre.

Photo RMN/©René Ojéda

Le groupe sculpté de « La Seine et la Marne » fut conçu dès l'origine pour être regardé de tous les côtés et multiplier les reflets dans le Bassin des Nappes attenant à la Rivière de Marly. Cette Rivière, hélas disparue, était une cascade réalisée vers 1704 qui constituait une perspective complexe et magnifique au cœur des jardins.

Avec « La Seine et la Marne », le sculpteur Nicolas Coustou a représenté la rencontre des principaux fleuves d'Île-de-France. La Seine est ici masculine. Un dieu barbu tient une rame et s'appuie sur une corne d'abondance d'où jaillissent des fruits, les dons précieux de la Nature irriguée par la force des eaux. Emblème de luxuriance et de puissance, la corne d'abondance est en résonance avec la rame, instrument qui évoque la possibilité de naviguer sur l'élément aquatique pour découvrir des terres fécondes et des espaces favorables à l'expansion humaine.

La corne d'abondance, « mère des fruits », en référence à la chèvre Amalthée qui fut la nourrice de Zeus, le seigneur des dieux de l'Olympe.

La rame




La Marne est présentée à la manière d'une nymphe, séduisante et gracieuse.


Élégante à travers la rotation et la position penchée de son corps, elle est accompagnée de deux enfants, génies aquatiques altérés par le temps...

Ce petit génie aquatique joue avec un cygne, hélas abîmé. Le cygne, oiseau qui appartenait au cortège d'Apollon, le dieu des Arts et du Soleil, représentait pour Louis XIV une image d'abondance et de force. Le cygne était aussi associé au dieu nordique Balder, divinité de la jeunesse, de la force et du soleil et à bien d'autres puissances mythologiques mais ceci est une autre histoire... Dans un autre article...
Quant au second génie, il tenait une écrevisse, symbole de la Lune, de la fertilité et de l'ambivalence des eaux. Cette partie de l’œuvre n'existe plus.

Cette photo réalisée par Eugène Atget (1857-1927) et conservée au Musée Carnavalet montre l’œuvre dans un bien meilleur état. On aperçoit le majestueux dieu Seine, maître de la rame, emblème de navigation et de la corne d'abondance qui déploie ses trésors ; la Marne, joliment penchée et les deux petits génies. On voit aussi le cygne... Une restauration ne serait vraiment pas de trop !
En attendre de poursuivre nos promenades sculptées, je veux vous dire merci, chers Aminautes, pour votre fidélité et vous adresser de belles pensées... Avec mon Amitié !
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