Édition inspirée de Parures d'Automne et Atmosphères d'Automne, revue et augmentée...

Soufflée par la tempête, dans les feuilles crépitantes, je déambule à travers Paris. La lumière est un carrousel qui redessine à l'infini le ciel, la végétation et la pierre...
Sous les platanes féeriques
Drapé dans sa robe de sang
Flamboyant et fantomatique
L'automne danse avec le vent
Feuilles d'or mat qui caracolent
Entre les ombres mélangées
Passe une rouge farandole
Au sillage étrange et sucré...
Cendrine
Tapis et ronds de feuilles au pied des arbres composent des paysages oniriques.
Brindilles d'or parfumé...
Clarté du soir, source rêvée d'écriture pour les poètes qui papillonnent dans le Jardin du Luxembourg.
Bel automne secret, plénitude des sens...
La ravissante Bouche de la Vérité, de Jules Blanchard (1832-1916), sous les feuilles d'ambre pâle...
Un ciel de notes sucrées, dernières parures verdoyantes...
Alchimie de l'Automne
Le flamboiement des couleurs d'automne survient quand la chlorophylle disparaît. La production de ce pigment vert, dominant au printemps et en été, ralentit avec les changements de température et les modifications de la lumière. Entre l'arbre et les feuilles, la communication s'estompe. Un autre langage se développe, bien plus sauvage et intuitif...
Lignes de vie...
Une sorte de liège se forme à la base du pétiole (pédoncule) de chaque feuille. L'arbre plonge dans une douce léthargie, émulsion de vie et de mort entrelacées. La couleur verte s'efface, au profit de pigments plus résistants, les carotènes et les xanthophyllesqui engendrent des couleurs rutilantes, flamboyantes et dorées, jaunes et orangées.
Quand les feuilles sont gorgées de sucres, les somptueuses anthocyanines font leur apparition. Elles embrasent le feuillage des érables et la peau des pommes, créent le rouge sombre et bleuté des mûres et des myrtilles, la couleur pourpre du raisin...
Des sucres enchantés, des encres chatoyantes, les pigments d'automne dans leur splendeur renouvelée...
Précieuse
Mystique
Jungle métamorphosée...
Luges à lutins...
En robe de framboise, de mûre ou de cassis...
Petites flammes enfiévrées
Qui forment rondes sur les prés
Cercles filants sur le bitume
Mues de serpent et noeuds de brume...
Gourmandises suspendues...
Comme de célèbres petites fraises qui titillent nos souvenirs d'enfance...
La forêt en automne est un monde secret qui se révèle dans le chant des odeurs, le souffle des fougères, le crissement des feuilles et l'exaltation des sens...
Géants de grès dans la forêt de Fontainebleau.
Rochers moussus en automne, par John Atkinson Grimshaw(1836-1893), peintre victorien, admirateur du préraphaélisme.
Les champignons se dévoilent le long des chemins forestiers, sur les sentiers de féerie qui souvent se confondent avec les sillons de la réalité... Ainsi mon regard caresse, sous la verdeur de ce jeune houx, une éclosion mystérieuse et dorée.
Peut-être ont-ils poussé sous les souliers des lutins du bois?
A moins qu'une fée les ait tissés avec des larmes de miel et des fils de soie...
Créature des contes, la superbe amanite muscarine est indissociable des rituels chamaniques de l'automne. Mais mieux vaut ne pas tenter l'expérience sans en connaître les secrets et les dangers... Son chapeau rouge vif, parsemé de petites verrues blanches, est appelé chapeau de sorcière, trône ou tabouret de crapaud, champignon de fou, calice de lutin... On l'appelle aussi fausse oronge mais il porte bien d'autres noms...
Gorgé d'alcaloïdes aux propriétés hallucinatoires, il est utilisé pour ouvrir les portes du monde des esprits, communiquer avec les ancêtres, guérir certaines maladies et susciter des rêves prémonitoires. Les chamanes de Sibérie et d'Europe du Nord lui vouent, depuis des millénaires, un véritable culte.
D'après le folklore indo-européen, il aurait jailli au passage de Sleipnir, le cheval à huit pattes du dieu nordique Odin, poursuivi par les démons de l'orage. Quelques gouttes d'écume ensanglantée, tombant de la gueule du cheval fabuleux, auraient engendré ce champignon aux vertus magiques et divinatoires.
Odin chevauchant Sleipnir,1924, par Arthur Rackham (1867-1939), illustrateur britannique fasciné par le merveilleux.
Terre, écorces, branches, feuilles, textures qui s'animent entre lumière et ombre nous émerveillent avec leurs variations colorées.
L'automne se révèle aussi au numéro 140 de l'avenue de Suffren,dans le 15e arrondissement de Paris. On y découvre une belle porte, à la fois sobre et délicatement ouvragée.
Pampres de vigne, feuilles et grappes qui ruissellent sont autant de symboles d'abondance avant la venue de l'hiver.
Peut-être avons-nous trouvé la demeure du dieu de l'automne mais chut, ce personnage mystérieux préfère sûrement garder l'anonymat!
La transformation du raisin en vin relève, à bien des égards, d'une opération « magique ». De « l'œuvre au rouge » à « l'élixir de longue vie des alchimistes », le jus extrait du raisin représente le sang de la terre, « sève » rouge indissociable du pouvoir poétique et mystique de l'automne.
Luxuriante allégorie de l'automne signée Alfons Mucha (1860-1939).
Vecteur d'ébriété, le vin fut surtout considéré, dans les civilisations anciennes, comme une boisson spirituelle, un breuvage intermédiaire entre le monde humain et celui des divinités.
L'Automne, par Jean-Bernard Restout(1732-1797).
Cadeau du Seigneur de l'Extase, Hermès le Vendangeur, il favorisait le passage à un état d'ivresse sacrée. Le vieil adage « In vino veritas » signifiait que le vin était utilisé pour démasquer les mensonges et briser les enchantements. Boisson initiatique, il permettait la révélation des choses cachées.
Le Roi boit, par Jacob Jordaens(1593-1678), vers 1640-1645, (Kunsthistorisches Museum, Vienne). Cette truculente épiphanie est l'un des thèmes favoris de l'artiste. Elle décrit une assemblée de personnages sémillants, une agape profane et sacrée dont les détails vulgaires (homme qui vomit sur le côté gauche de l'image) sont transcendés par la touche magistrale du peintre anversois.
Fruits d'automne (Réputée atténuer les effets de l'ivresse, la pêcheest, dans les natures mortes, très souvent associée au raisin. Elle est aussi un emblème de Vérité.)
Panier empli de pêches et de grappes de raisin, 1631, par Louise Moillon (1610-1696).
Consacré à Osiris dans l'ancienne Égypte et à Dionysos, le « deux fois né », dans la Grèce antique, le vin était voué par les Celtes au dieu de la mer, Manannan Mac Lir Morfessa, à Morgane la Fée et à la Morrigan, appelée la Grande Reine ou Reine des Fantômes.
Osiris le civilisateur, le seigneur de la vigne qui préside à la pesée de l'âme...
« Qu'Osiris ne fasse qu’un avec Dionysos, qui pourrait le savoir mieux que toi Cléa, toi la supérieure des Thyades de Delphes (prêtresses de Dionysos), qui fut consacrée par tes père et mère aux rites Osiriens? ». Plutarque(50-125 après J.C.): Traité sur Isis et Osiris.
La somptueuse Tombe de Sennefer ou « Tombe aux Vignes », à Thèbes (rive ouest). Sennefer était le Maire de la Cité du Sud, Intendant des jardins du temple d’Amon, sous le règne d’Aménophis II(1425-1401 av JC). (Image trouvée sur le site Passion égyptienne.)
En Égypte, la culture de la vigne est attestée depuis environ 3000 avant J.-C., sous le nom d'erpi.On appelait « yeux d'Horus »les raisins noirs aux grains brillants.
Célébration dionysiaque
Offert en libation sur les tombes, utilisé par les chamanes pour l'invocation des esprits, lié à la richesse matérielle et à la fertilité, le vin symbolise aussi le sang du Christ versé pour racheter les pêchés de l'humanité.
Sève de la terre et nectar universel, il apparaît comme la quintessence des pouvoirs de l'automne qui confronte, à travers ses métamorphoses, les énergies de mort et les forces de fécondité.
Morgane et la magie de l'automne (Je ne connais pas l'auteur...)
J'ai suivi le rire du vent
Mêlé de lumière et d'arômes
Au coeur d'un étrange royaume
Où pulsent les enchantements...
De lumière et de sang...
Une feuille rousse pour toi
Une feuille rouge pour moi
Une feuille orange et dorée
Pour y écrire nos secrets...
J'aime profondément l'automne. Contempler la métamorphose des paysages, les arbres nimbés de brume et le ciel tourmenté, sentir le froid qui monte, une tasse de chocolat chaud à la main... je prends cela comme un luxe, dans une époque où tout va tellement vite...
Allégorie de l'automne par Auguste Maillard (1864-1944).
Dans ce royaume de poésie, de réflexion et de mélancolie, la Nature est généreuse. Elle offre les pommes et les poires aux joues rebondies, le raisin voluptueux, les champignons, les noix, les châtaignes aux saveurs puissantes...
Vous prendrez bien un de mes petits muffins au sirop d'agave, au chocolat noir et aux myrtilles, pour célébrer les charmes de la saison...![]()
/image%2F0651418%2F20250102%2Fob_62dc81_image007.jpg)
