
En cette journée d'été, les visiteurs se prélassent à l'ombre des palmiers, autour du bassin octogonal du Jardin du Luxembourg. La scénographie est dominée par le palais (actuel Sénat), rêve florentin de la reine Marie de Médicis (1575-1642) construit, à partir de 1615, par l'architecte Salomon de Brosse (1571-1626)).


Ravis de faire voguer sur l'eau claire ces modèles réduits de bateaux, les enfants participent avec une énergie communicative à des régates pleines de poésie.

Depuis presque deux cents ans, ces voiliers miniatures font la joie des promeneurs et des collectionneurs. Leur renommée ne saurait faiblir.

Photo de 1946.


Photo Gallica.bnf.fr

L'aventure des petits voiliers débuta en 1830.


Vieille dame louant des voiliers miniatures en 1900.
Elle se poursuivit dans les années 1920 lorsque Clément Paudeau, serrurier-forgeron et passionné de modélisme, originaire de Saint-Gilles-Croix-de-Vie en Vendée, décida de louer, pour quelques sous, des bateaux créés par ses soins.

Les époux Paudeau posent devant le bassin du Luxembourg.
Bricoleur dans l'âme, Clément Paudeau travaillait dans l'industrie ferroviaire à Paris et connaissait très bien les bateaux. Il avait navigué sur des « canots sardiniers vendéens » et sur un « contre-torpilleur pendant la guerre d'Indochine ».
D'après Jean-Rémy Couradette, auteur avec Daniel Gilles de l'ouvrage intitulé Les petits bateaux du Luxembourg, « Clément Paudeau privilégiait le cotre aurique. Un bateau muni d'un foc, et d'une grand-voile trapézoïdale surmontée d'une voile de flèche. Un gréement très répandu sur les canots vendéens du XXe siècle... » Non symétrique, une voile aurique présente toujours le même bord d'attaque au vent.
Avec des matériaux de récupération et une passion qui faisait écho à celle de son mari, Madame Paudeau cousait les petites voiles à la main.


Source Gallica.bnf.fr

Paul Michel Dupuy (1869-1949), Enfants faisant naviguer des petits voiliers sur le grand bassin du Luxembourg.

Chromolithographie réalisée pour les chocolats Perron. Image Delcampe.

Bonheur d'enfance au Luxembourg. Photographie de R Schall, agence Roger Viollet, (musée Carnavalet).


La flottille constituée par Clément Paudeau était destinée à fendre sans encombre les eaux claires du bassin.

Les coques sont évidées et la quille très lestée afin d'obtenir une stabilisation optimale.

Pierre, le fils de Clément Paudeau, grand-oncle de Jean-Rémy Couradette, co-auteur du livre que j'ai cité plus haut, reprit l'affaire familiale en 1929. Il avait l'habitude de traverser le jardin, à toutes saisons, en poussant sa charrette remplie de petits bateaux.

L'affaire est toujours florissante et gérée par un amoureux du savoir-faire de la famille Paudeau.

Eugène Atget (1857-1927), La location des petits bateaux en 1898.
Depuis 1946, l'entreprise vendéenne Tirot, spécialisée dans la fabrication de sabots en bois, crée des répliques de voiliers. Dotées de coques évidées en bois de hêtre, de « quilles lestées de plomb et de voiles tout coton », elles font la joie des collectionneurs. Ces répliques ont été inscrites au patrimoine immatériel de l'Unesco.



Photographie de Jules Séeberger (1872-1932)


Merci pour vos gentils petits mots, bonnes vacances et gros bisous !
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