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    Gaston Bussière (1862-1928), peintre symboliste. Nymphe avec iris.

     

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    Laissons-nous happer par cette superbe fleur bleue, au port gracieux et brodée de lumière...

     

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    Présent sur tous les continents, l'Iris nous offre, depuis des millénaires, ses secrets de beauté et son impressionnante palette colorée.

     

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    Il existe environ 210 espèces d'iris, plantes vivaces herbacées à bulbes ou à rhizomes qui appartiennent à la famille des Iridacées. Elles poussent dans les régions tempérées de l'hémisphère Nord, en Europe, en Asie, en Afrique du nord et en Amérique. Elles apprécient les terrains secs et les lieux humides. La forme et la couleur de leurs fleurs hermaphrodites sont très variées. Elles évoluent du blanc pur au pourpre chatoyant, du jaune d'or au bleu violacé et se dressent au sommet d'une hampe robuste encadrée de feuilles qui ressemblent à des pointes de glaive.

     

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    Les herbiers anciens relatent que dans l'Égypte des pharaons, l'iris était associé à la puissance magique des dieux, qu'on le ciselait sur le front des sphinx et les sceptres royaux. Symbole de pouvoir et d'éloquence, l'iris violet est réputé figurer, depuis 3500 ans, sur les fresques du temple de Karnak.

     

    Les Grecs consacrèrent cette fleur à Iris, messagère des dieux de l'Olympe, qui déroulait entre ciel et terre le pont de l'arc-en-ciel. Dans l'Athènes antique, des jardins d'iris odorants honoraient la déesse psychopompe, conductrice des âmes féminines vers le Paradis grâce à une ceinture ou à une écharpe magique aux couleurs irisées. Les âmes masculines étaient guidées, quant à elles, par le dieu Hermès.

     

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    Iris, gardienne de l'arc-en-ciel, par l'illustratrice Joséphine Wall.

     

    D'après une légende, les dieux invitèrent les fleurs à les rejoindre sur l'Olympe. Elles se présentèrent, sauf une, dans leurs plus beaux atours. Héra, la reine des dieux, prit en pitié la petite créature terne et chiffonnée qui tremblait à ses pieds. Elle fit tisser pour elle une robe merveilleuse aux couleurs de l'arc-en-ciel. Dès lors, elle fut Iris...

     

    Iris vient du latin « iridis » qui dérive du grec « iridos ». La beauté de la fleur est également iridescente, à l'image des longs voiles d'Iris, à la fois messagère et élue, semant les bonnes nouvelles et stimulant la chance.

     

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    Pierre-Narcisse Guérin (1774-1833), peintre néoclassique, Iris et Morphée, 1811. L’œuvre est conservée au musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg.

     

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    Iris, accompagnée de Cupidon, surprend Morphée, le dieu du sommeil et des rêves, alangui...

     

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    Iris peint en 1503 par Albrecht Dürer (1471-1528).

     

    L'iris commun se nomme « lys en épée » dans la langue germanique, en raison de la forme pointue de ses longues feuilles. Il fut confondu avec le « lys de France » qui était à l'origine une fleur d'iris.

     

    Le roi Louis VII sortit, d'après la légende, sain et sauf d'une bataille qui se déroula dans un marécage constellé d'iris. Il choisit alors cette fleur fatidique pour emblème. Mais la « fleur de Louis » finit par se confondre phonétiquement avec la « fleur de lys ». Une autre légende prétendit que le roi franc Clovis choisit l'iris pour emblème après avoir échappé aux Goths grâce aux iris des marais qui le dissimulèrent.

     

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    Guy Head (1762-1800), Iris transporte l'eau du fleuve Styx jusqu'à l'Olympe.

     

    Cultivé par les égyptiens, les babyloniens, les grecs, les hébreux..., l'iris trouva, au fil des siècles, des applications médicales et cosmétiques variées.

     

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    William-Adolphe Bouguereau (1825-1905), maître de l'Académisme, Iris.

     

    Certaines espèces d'iris sont très recherchées pour leur rhizome, gorgé d'une substance odorante appelée l'irone. Les plus parfumés sont l'Iris germanica et l'Iris pallida ou or bleu de Florence, cultivé depuis fort longtemps en Italie et au Maroc.

     

    La reine Catherine de Médicis (1519-1589) lança la mode de l'eau d'iris et la poudre d'iris fit fureur au 17e siècle. Obtenue à partir du rhizome pilé et tamisé, cette poudre imprimait sur les cheveux, la peau et les vêtements une délicieuse odeur de violette, due à sa forte concentration en irone. On l'emploie toujours comme fixateur de parfum.

     

    La poudre d'iris parfumait le linge de maison mais aussi les gants de cuir, les ceintures, les aumônières, les bijoux et les habits précieux. René le florentin, maître parfumeur de Catherine de Médicis, ouvrit une boutique sur le Pont-au-Change à Paris et la vogue de l'iris s'empara de la capitale. Elle s'amplifia encore avec la poudre à la Maréchale, mélange odorant et purifiant très prisé à la cour du Roi Soleil.

     

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    Élisabeth Sonrel (1874-1953), portraitiste, paysagiste, illustratrice de style Art Nouveau et influencée par le Symbolisme, Iris.

     

    Sous forme de pâte, l'iris servait également à purifier l'haleine et la chevelure. On l'utilisa au fil des siècles et sa formule engendra Iris de François Coty, premier soliflore en parfumerie moderne, en 1913.

     

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    Pour obtenir de l'essence d'iris, on emploie l’iris pallida à fleurs bleues dont l’odeur très subtile rappelle celle de la violette, et l’iris germanica, moins racée mais utile pour élaborer des mélanges fleuris. « L’absolue d’iris est aujourd’hui l’un des produits les plus onéreux de la palette du parfumeur. »

     

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    Rare et par conséquent onéreuse, la matière odorante constitue ce qu'on appelle le beurre d'iris. Elle s'associe particulièrement bien avec la fève tonka, la vanille, la rose, la bergamote et le jasmin.

     

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    Image « The perfume girl.com »

     

    Ce parfum, élixir de la maison Hermès, conçu par le nez Jean-Claude Ellena, se veut une quintessence olfactive de l'art japonais de l'ukiyo-e, terme qui désigne les estampes en vogue à l'époque Edo (1603-1868). Le parfum s'accorde à loisir avec les visions éphémères ou « images du monde flottant », émotions suspendues dans une bulle fugace où s'opère la précieuse alchimie. Senteurs poudrées d'un monde frêle qui happe les sens et oscille entre douceur acidulée, réalisme et magie.

     

    Un véritable plaisir que cette Hermessence numéro 9, très bel objet volatile qui coûte aux alentours de 400 euros. La qualité des matières premières n'est pas à discuter mais tout le monde ne peut évidemment pas se l'offrir. Cela n'empêche pas d'apprécier...

     

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    L'iris nous enchante par sa beauté et nous réconforte par ses vertus.

     

    Le philosophe et botaniste grec Théophraste (371-288 avant J.-C.) recommandait l'iris pour calmer la colère et les humeurs violentes et Pline l’Ancien (23-79) préconisait l’usage de la poudre d’iris pour parfumer le vin, une tradition qui s'est maintenue dans la fabrication du Chianti.

     

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    Les enlumineurs fabriquaient avec le suc des corolles de l’iris mélangé à de l’alun une sorte d'encre verte.

     

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    Dans la pharmacopée populaire, la décoction légère de racine d'iris était réputée apaiser la toux et les poussées dentaires douloureuses des enfants. L'eau d'iris a de puissantes vertus astringentes, préconisées, depuis le Moyen-âge, par la célèbre abbesse Hildegarde de Bingen (1098-1179).

     

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    Les Indiens d'Amérique du Nord l'utilisaient pour ses propriétés antalgiques, purgatives et diurétiques mais, à doses trop fortes, l'iris peut provoquer des vomissements et n'est pas du tout conseillé aux femmes enceintes.

     

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    Hans Memling (1430 ou 1435-1494), Le vase aux iris.

     

    Dans la France médiévale, l'iris symbolisait la fécondité et le renouveau. Traditionnellement associé à la Vierge Marie, à l'instar du lys, il apparaît dans de nombreuses Annonciations mais il évoque aussi la douleur éprouvée par Marie face à la mort du Christ.

     

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    Dans le Berry, l'expression « flambe de four » désigne l'iris à fleurs bleues, fréquemment planté sur le toit des anciens fours dans un but protecteur.

     

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    Gaston Bussière (1862-1928), peintre symboliste, Juventa.

     

    D'après les anciennes légendes britanniques, des trésors se lovent sous les rhizomes des iris des marais, les lieux marécageux étant associés aux mondes magiques et aux initiations druidiques.

     

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    Gaston Bussière, Esprits de l'eau. L'iris est l'une de leurs fleurs préférées.

     

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    Au Japon, l'iris est particulièrement prisé. Emblème de protection et de purification, il est « fixé » sur les toits de chaume et ses feuilles, infusées dans l'eau des bains, sont réputées repousser les maléfices et les maladies. Le bain traditionnel d'iris a généralement lieu le 5 mai.

     

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    Ogata Korin (1659-1716), peintre et décorateur japonais de la période Edo. Grand paravent doré: Iris, 1701. Musée d'Art Nezu à Tokyo. Les silhouettes des iris se découpent sur un fond décoré de feuilles d'or.

     

    « Pareil à de l’eau

    Le jour à travers les nuages

    Iris en fleurs. »

    Haïku de Moppo Tomita (1897-1923).

     

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    Ohara Koson (1877-1945), Iris, 1926.

     

    « Un iris

    près de mon ermitage

    m'a enivré. »

    Ryôkan (1758-1831), moine errant, poète et l'une des figures majeures du Zen.

     

    La floraison des iris annonçait, dans l'ancien calendrier lunaire, la proche arrivée de l'été et l'époque attendue pour repiquer le riz. Lors de la fête des garçons, le cinquième jour du cinquième mois, on suspendait des iris aux toits des habitations pour éloigner les esprits malveillants et on offrait des « iris à longue racine », symboles de chance, de fécondité et de longévité. Les jeunes garçons portaient des coiffes ornées de feuilles d'iris tressées.

     

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    Iris et sauterelle, Hokusai (1760-1849), Série des grandes fleurs, estampe, 1833-1834.

     

    L'iris est libre et mystérieux, il pousse dans les lieux intermédiaires, les marais, les étangs où se dissimulent les créatures de « l'entre-deux ». Il accompagne ceux qui aiment prendre les chemins de traverse et jouer avec le vent, l'ombre et la lumière, les couleurs de la nature. Le poète Bashô nous le dévoile dans ses carnets atmosphériques, au printemps de l'année 1689.

     

    « Feuilles d'iris

    à mes pieds les nouerai

    brides de sandales. »

     

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    L'iris figure dans les armoiries de plusieurs villes: Florence, Bruxelles (iris jaune des marais), Québec (iris versicolore)... et dans les plus beaux jardins de nombreux pays du monde... C'est une fleur universelle !

     

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    L'iris pallida s'épanouit, entre Sienne et Florence, dans les merveilleux paysages de Toscane, gorgés d'or solaire et de parfums capiteux.

     

    Florence, la cité de Flore, célébrait autrefois la fleur de lis, figure emblématique de la puissance de la ville et de sa dévotion à la déesse du Printemps. Suite au conflit qui opposa les Guelfes aux Gibelins, les Guelfes victorieux choisirent d'adopter les armes de leurs ennemis mais en invertissant les couleurs initiales. Le lis, autrefois blanc sur champ rouge, devint rouge sur champ blanc. Cf le chant XVI de la Divine Comédie de Dante (1265-1321).

     

    La fleur d'iris envahit les jardins de la Renaissance et s'imposa comme symbole protecteur. D'un bleu intense ou d'un blanc nacré, l'iris représente la force du Printemps et la magie féconde de Flore et de Vénus.

     

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    Alfons Maria Mucha (1860-1939), Fée de l'Iris.

     

    En avril et en mai, on peut admirer les paysages de Toscane métamorphosés par le bleu des iris (giaggiolo) et l'envoûtant jardin de l'Iris, créé à Florence en 1954.

     

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    Jacopo Ligozzi (1547–1626), Iris de Florence.

     

    Depuis des siècles, on fabrique à la pharmacie de Santa Maria Novella une Eau d'Iris, (Aqua Flor), merveille olfactive connue sous le nom de Borgo Santa Croce, 6, ode à la luxuriance parfumée de la Ville.

     

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    Vase signé Émile Gallé (1846-1904), réalisé vers 1900.

     

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    Auguste François Marie Gorguet (1862-1927), La jeune femme à l'iris et aux ombelles.

     

    Déesse et messagère, romantique et tentatrice, puissamment aromatique et gorgée d'une poésie à nulle autre pareille, ainsi resplendit l'iris, fleur tutélaire du Printemps !

     

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    Iris, Vincent van Gogh (1853-1890), mai 1889, J. Paul Getty Museum, Los Angeles, Californie.

     

    L'iris est une muse, comme en témoigne cette célébrissime peinture, l'une des premières que Van Gogh exécuta à l'asile du monastère Saint-Paul-de-Mausole à Saint-Rémy-de-Provence, l'année précédant sa mort.

     

    Œuvre influencée par l'art et la manière délicieusement mouvante de l'ukiyo-e dont je vous parlais plus haut...

     

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    Iris Fairy par Cicely Mary Barker (1895-1973)

     

    Merci de votre fidélité, j'ai été très touchée par les nombreux petits mots reçus à l'occasion de Pâques. Je vous souhaite un joli mois d'avril sous l'obédience des esprits de la Nature... Gros bisous !

     

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    Plume

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    Chers Aminautes, Amies et Amis qui m'accompagnez... Il y a six ans, j'ai semé des graines d'inspiration sur un petit bout de la toile et ces graines lancées au vent ont dessiné un jardin, territoire sensible et baroque...

     

    Pour différentes raisons et notamment celles liées à ma santé et que vous connaissez, je ne pensais pas être encore « là » alors en ce mois de septembre 2017, je veux vous dire « merci », du fond du cœur, pour la fidélité qui nous unit.

    Merci pour votre soutien et vos présences dont je ressens l'intensité... Je vous souhaite de très belles choses et je vous offre une farandole de fleurs, à commencer par le cosmos qui illustre le début de ce billet.

     

    Je pense bien à vous...

     

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    Dahlia Aurore

     

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    Rose trémière

     

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    Hibiscus Rose de Chine (Rosa Chinensis L.)

     

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    Anémone du Japon (Anemone hupehensis var. Japonica)

     

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     Magnifique rose de Bercy

     

     

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    Rudbeckias, des soleils sur tige !

     

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     Et de ravissants dahlias à nouveau...

     

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    Merci pour nos instants précieux et pour les joies à venir... Je vous embrasse bien fort !

    Plume

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    En attendant de vous retrouver dans les allées verdoyantes de la Propriété Caillebotte, je veux vous offrir ces beautés corsetées de velours et de soie, photographiées dans la lumière d'or à côté de chez moi.

     

    Je retourne à l'hôpital pour ajuster le nouveau traitement contre l'épilepsie que j'ai commencé il y a quelques jours et qui me « tourmente »... Mon cerveau s'est emballé, réaction première, je suis en suractivité mentale, je ne dors que deux heures par nuit et physiquement, les douleurs neurologiques sont optimales alors il faut que les choses s'apaisent, se calent et j'espère que cela m'apportera quelque chose de positif sur le long terme.

     

    Je dois prendre ce traitement à base de ciguë pendant une première phase de quatre mois. J'ai commencé mercredi et je me sens vraiment... très bizarre.

     

    Chaleur et lumière nous enveloppent, le solstice d'été approche à grands pas alors profitez bien, chers aminautes, des belles journées qui s'ouvrent devant vous. Je vous souhaite plein de belles choses et vous remercie de votre gentillesse et de votre fidélité, à bientôt !

     

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    Plume

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     Georges Lawrence Bulleid (1858-1933), peintre victorien. Jeune fille en robe classique tenant des tulipes.

     

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    D'après une légende persane, la tulipe naquit des larmes et du sang versés par une jeune fille à la recherche de son bien-aimé dans le désert. Elle est appelée «celle qui brûle mon cœur»...

     

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    Originaire d'Asie Centrale, la tulipe est une plante vivace bulbeuse de la famille des Liliacées. Sa tige solitaire, quelquefois ramifiée vers le haut et garnie de feuilles charnues mais peu nombreuses, atteint environ 80 cm de hauteur. Au début du XVIIe siècle, on cultivait déjà cent quarante espèces de tulipes et plusieurs milliers de variétés.

     

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    La tulipe apprécie les lieux ensoleillés mais de préférence protégés du vent. Les bulbes plantés entre l'automne et l'hiver fleurissent au printemps. Les fleurs délicates révèlent alors leurs coloris variés, unis, bicolores ou striés, du blanc pur au bleu presque noir, du rose au rouge, du violet au jaune...

     

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    Le mot tulipe dérive du turc tülbend et du persan tulipan qui signifient « turban ». Dans certaines chroniques persanes datant du XIVe siècle, les turbans jaunes et rouges des soldats sur les champs de bataille étaient comparés à d'immenses champs de tulipes.

     

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    La tulipe est un symbole d'amour. Quand elle frissonne doucement, elle embrase le cour des amants. Incarnation de l'amour divin, elle est réputée flétrir si elle est éloignée des rayons du soleil.

     

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    Dans l'ancienne Perse et en Turquie, ses bulbes jouaient un rôle crucial dans les échanges commerciaux. Elle fut introduite en Occident au XVIe siècle.

     

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     Les tulipes rouges, les tulipes panachées et les tulipes « célestes » furent, au fil des siècles, particulièrement appréciées.

     

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    Les pétales marbrés, véritables « friandises visuelles », sont nés d'un virus, le potyvirus, appelé aussi « virus de la mosaïque de la tulipe ».

     

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     Le naturaliste et apothicaire Pierre Belon (1517-1564) voyagea dans les Pays du Levant vers le milieu du XVIe siècle.

     

    Il publia en 1553 un ouvrage dans lequel il décrivit la tulipe, appelée lil rouge, avec une grande précision. Il ramena des bulbes en Europe, de même qu'Ogier Ghiselin de Busbecq, ambassadeur de l'empereur Ferdinand Ier à la cour du sultan de Constantinople Soliman le Magnifique.

     

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     Ogier Ghiselin de Busbecq (1522-1592), bibliophile et fervent admirateur de la tulipe. Il enrichit avec passion les collections florales des châteaux de son époque.

     

    Mais la notoriété accordée à la tulipe dans les villes et les cours d'Occident est indissociable des travaux de Charles de l'Écluse (1525-1609).

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     Ce médecin et botaniste flamand fut l'initiateur d'un des premiers jardins botaniques d'Europe. La culture de la tulipe devint aux Pays-Bas une véritable institution et cette vogue se transforma en tulipomanie au XVIIe siècle.

     

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     En 1559, le médecin, naturaliste et encyclopédiste Conrad Gesner (1516-1565) décrivit, dans le jardin d'un magistrat à Augsburg, en Allemagne, une somptueuse tulipe rouge, qui lui fit penser à un lys écarlate. La tulipe prit le nom de tulipa gesneriana.

     

    En 1561, il publia la première illustration de sa fameuse tulipe dans le De Hortis Germaniae Liber Recens.

     

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    L'engouement pour la tulipe fut tel qu'on institua à Amsterdam une bourse spécialisée dans la vente de bulbes. Les passionnés, toujours plus nombreux, parièrent sans relâche sur les nouvelles couleurs obtenues au fil du temps.

     

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     Le bulbe de cette tulipe, appelée « vice-roi », se négociait à prix d'or soit de 3000 à 4200 florins.

     

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    La tulipomanie atteignit son apogée en 1636. En 1610, un brasseur échangea son établissement contre un bulbe de tulipe et un meunier céda son moulin dans les mêmes conditions. La folie s'empara des spéculateurs et les cours de la précieuse fleur s'effondrèrent brutalement en 1637 !

     

    Au XVIIe siècle, la tulipe apparut dans de nombreuses natures mortes flamandes et dans des tableaux qui dénoncèrent, par le biais d'éléments symboliques, cette débâcle économique et les conséquences dramatiques qui en résultèrent.

     

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     Le Triomphe de Flore dans le Char de la Fortune, par Hendrick Pot (1580-1657), en 1637.

     

    Flore, la déesse des fleurs et du Printemps, a les bras chargés de tulipes. Elle trône sur un char emporté par le vent, emblème d'inconstance. Les personnages qui l'accompagnent arborent le capuchon des fous, décoré de tulipes. Ils désignent l'Alcoolisme, l'Escroquerie et l'Avarice. Des tisserands, abusés par la folie spéculative autour de la tulipe, suivent le char, sans se soucier des conséquences. Une femme aux deux visages, allégorie de la vérité et du mensonge mais aussi de la « fortune aux deux visages », mène l'étrange procession.

     

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     Vanitas de Philippe de Champaigne (1602-1674), 1646.

     

    La tulipe occupe une place privilégiée dans les natures mortes et les Vanités du XVIIe siècle. Elle est associée aux richesses ostentatoires qui peuvent disparaître à tout moment, telles une bulle de savon qui éclate.

     

    Dans cette œuvre allégorique majeure, l'artiste met en scène, sur un fond noir, des objets caractéristiques de la fragilité de l'existence humaine: le crâne évoque l'inéluctabilité de la mort; le sablier, le temps qui s'écoule irrémédiablement et le vase brillant d'où émerge une tulipe, le monde des illusions. La fleur coupée symbolise la brièveté de la vie et la beauté éphémère dont il faut jouir avec sagesse.

     

    Il s'agit d'un « memento mori », une œuvre fondée sur l'adage « souviens-toi que tu vas mourir », destiné à faire prendre conscience à l'homme qu'il est inutile de vouloir accumuler les richesses et vain de s'attacher aux plaisirs de son époque.

     

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     Vanitas de Jacob de Gheyn le Jeune (1565-1629), 1603.

     

    Dans ce tableau, nous trouvons des éléments caractéristiques de la Vanité: le crâne, la tulipe coupée qui émerge du vase mais aussi des pièces de monnaie venant corroborer ce que j'ai présenté plus haut. Deux personnages sculptés, des philosophes, désignent une grande bulle translucide, royaume d'illusion, de tromperie et de vacuité...

     

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     Vanité, par Jacob Marrell (environ 1613-1681), Kunsthalle, Karlsruhe.

     

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    En Orient, la tulipe était considérée comme un porte-bonheur et un symbole d'amour et de prospérité. Certains bulbes valaient le prix de plusieurs joyaux.

     

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    Les poètes persans ont célébré la tulipe dès le XIIIe siècle. Ils ont décrit des jardins imaginaires peuplés de tulipes multicolores et de roses merveilleusement parfumées.

     

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    La tulipe ornait les robes de brocart de Soliman le Magnifique (1494-1566), les plis de ses turbans, les tapis de ses palais, les vases précieux, les chanfreins de ses chevaux. Sous son règne, les jardins de l'empire ottoman, de l'Égypte à la Crimée, de l'Inde aux Balkans, se couvrirent de tulipes.

     

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    Des tulipes, accompagnées d'une mouche ichneumon, illustrées par Joris Hoefnagel (1542-1601), enlumineur flamand, dans l'ouvrage Mira Calligraphiae Monumenta, paru en 1590.

     

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     Tulipe et poire de Joris Hoefnagel, 1590.

     

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    Dans le folklore européen, la tulipe flamboyante évoque le renouveau. Elle est considérée comme un talisman végétal.

     

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    On fabriquait autrefois, en Europe de l'ouest, des berceaux pour les bébés des fées avec des tulipes roses ou rutilantes.

     

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     Cicely Mary Barker (1895-1973), Flower Fairy.

     

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    La ville de Leyde, aux Pays-Bas, abrite le célèbre jardin du Keukenhof où s'épanouissent de luxuriantes plantes à bulbes. Des « forêts » de tulipes y sont exposées chaque année.

     

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    Au Keukenhof, on admire de merveilleux spécimens et notamment la mythique tulipe noire, devenue une héroïne littéraire grâce aux talents conjugués d'Alexandre Dumas et d'Auguste Maquet.

     

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     Image issue du catalogue horticole Meilland

     

    L'action du roman La Tulipe Noire, écrit en 1850, se déroule dans la ville de Haarlem, aux Pays-Bas, trente-cinq ans après la crise de la tulipe. Le héros de l'histoire, Cornélius Van Baerle, s'engage dans une quête quasi mystique: créer une tulipe noire, émanation des rêves et de l'alchimie du désir...

     

    La tulipe est également associée à un personnage facétieux, Fanfan la Tulipe, incarné au cinéma par Gérard Philipe, en 1952, dans le film de Christian-Jaque, et par Vincent Perez, en 2003, dans un film réalisé par Gérard Krawczyk. Le jeune Fanfan s'engage dans l'armée pour échapper à un mariage forcé. Après de picaresques aventures, il sauve des griffes de bandits de grand chemin la marquise de Pompadour et reçoit pour récompense une broche en forme de tulipe...

     

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    Image trouvée sur le site MoviePosters.2038.net

     

    Fanfan la Tulipe est un personnage populaire, immortalisé par le chansonnier Émile Debraux, en 1819, sur un air anonyme du XVIIIe siècle. (En cliquant sur le lien ci-dessous, vous trouverez les paroles de la chanson mais aussi sa musique pour ceux qui seraient intéressés.)

     http://musique-militaire.fr/tradition/ancien-regime/fanfan-la-tulipe

     

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    Vénérée telle une déesse, aimée et désirée jusqu'à la folie, gardée et contemplée comme un féerique trésor, la tulipe attisa bien malgré elle les instincts les plus vils. Sa beauté nourrit les plus étranges convoitises et fut parfois considérée comme mortifère mais elle incarne surtout l'amour, la fécondité, la poésie du temps qui s'écoule et le retour du printemps.

     

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    Réjouissons-nous devant cette palette de couleurs précieuses !

     

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    Chers aminautes, vos fidèles présences sont très importantes pour moi. Merci et gros bisous !

     

    Plume

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    51 commentaires
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    Princesse estivale aux atours soyeux, l'anémone du Japon (anemone hupehensis) aime l'or du soleil et s'accommode avec élégance des premières fraîcheurs de l'automne.

     

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    Voluptueuse et gracile, corsetée de rose et de blanc, la belle s'épanouit de l'été aux premières gelées. On dit qu'elle suscite l'inspiration et fait voyager les pensées à travers le vent...

     

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    Entre légèreté et robustesse, ses longues tiges hissent ses fleurs vers la lumière.

     

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    Entre blancheur d'opale et feu d'aurore, sa robe nacrée accueille une couronne d'étamines jaune d'or.

     

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    Bourdons et abeilles la butinent avec gourmandise mais elle est pour l'Homme d'une grande toxicité, ce qui préserve sa beauté.

     

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    Elle appartient à la famille des Renonculacées et sa palette est différente de celle des autres anémones.

     

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    Elle s'épanouit partout dans Paris mais elle aime particulièrement l'écrin du Jardin des Plantes. Je vous l'offre en photo pour vous dire merci et vous souhaiter d'agréables vacances. Avec mon amitié !

     

    Pour vous donner quelques nouvelles, je suis toujours épuisée et je vais devoir changer d'hôpital car, une nouvelle fois, les traitements ne fonctionnent pas... Je tâche de garder le moral, je vous embrasse.

    Plume

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