• Nouvelle édition

     

    Je prends plaisir à rééditer cet article, augmenté d'autres cartes anciennes. Il était déjà long, je le sais, mais je n'ai pas voulu le découper. De cette manière, il a sa cohérence et il peut être lu en plusieurs fois, à votre convenance... J'en profite pour remercier les personnes qui prennent très gentiment de mes nouvelles et me déposent toujours un petit mot concernant mes crises d'épilepsie et les douleurs et saignements associés. L'année a été rude et les crises de la semaine dernière m'ont encore bien malmenée alors merci d'être là...

    Merci également à ceux qui passent par ici, silencieusement, et qui, de temps à autre, s'expriment avec sollicitude. Je pense également à mes ami(e)s qui souffrent et je leur souhaite un bon rétablissement...

     

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    Quinze jours avant le Solstice d'Hiver, un personnage débonnaire et complexe, émanation des plus anciennes légendes et de rituels mystérieux, accomplit, dans certaines régions de France et dans plusieurs pays d'Europe et du monde, une distribution de friandises et de cadeaux. Très attendu par les enfants, il apporte la lumière de l'espérance et protège les innocents contre les forces de l'obscurité hivernale.

     

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    Saint-Nicolas naquit vers 270 après J.-C. dans la ville de Patare, en Asie Mineure. Sa mère s'appelait Anne, elle était la sœur de Nicolas l'ancien, archevêque de Myre, et son père, Euphémius, était un homme riche et très pieux. Il aurait accompli son premier miracle en se tenant debout dès sa naissance. Il fut évêque de Myre, ville située dans l'actuelle Turquie, et mourut le 6 décembre de l'année 310.

     

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    Une huile odorante et miraculeuse s'échappa de son sépulcre, déposé dans la cathédrale de Myre dont les Sarrasins s'emparèrent en 1087 mais des marchands italiens parvinrent à subtiliser ses reliques et à les emmener à Bari, dans les Pouilles où fut érigée une magnifique cathédrale en son honneur. Les rituels qui lui furent associés se propagèrent le long des voies fluviales et maritimes et furent principalement diffusés en France au retour des Croisades.

     

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    Le culte de Saint-Nicolas s'implanta en Lorraine aux alentours de l'an mil et devint « officiel » en 1477, après la victoire de René II sur Charles le Téméraire, à la bataille de Nancy. Il se mêla peu à peu, dans les contrées celtiques et germaniques, à des personnages locaux.

     

    Son patronage concerne une foule de métiers et d'activités: écoliers, enseignants, voyageurs et pèlerins, jeunes gens désireux de se marier, forgerons, cordonniers, brasseurs, tonneliers, marins, bateliers, pêcheurs, bouchers, apothicaires, ciriers, vitriers, prisonniers, notaires dans certaines régions, avocats à Paris. Il est aussi le saint patron de la Russie, de la Grèce, des villes d'Amsterdam, de Fribourg, de New York...

     

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    Au XVIe siècle, la Réforme de Luther s'efforça de remplacer Saint-Nicolas par l'enfant Jésus ou Christkindel mais Nicolas « survécut » et se confondit, au fil du temps, « avec des personnages locaux pour engendrer un personnage synthétique qui, sous l'influence américaine, deviendra plus tard le Père Noël », comme nous l'explique Bernard Coussée dans son passionnant ouvrage intitulé Saint-Nicolas: Histoire, mythe et légende.

     

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    En 1871, suite au Traité de Francfort, 20000 lorrains et alsaciens quittèrent leur terre natale et se répartirent à travers les différentes régions de France. Ils propagèrent la coutume du sapin de Noël, initiée en 1837 par la duchesse d'Orléans. La duchesse avait fait dresser un sapin aux Tuileries mais l'arbre vert était resté marginal hormis dans la noblesse et la bourgeoisie aisée.

     

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    Les migrants répandirent aussi le culte du vieillard débonnaire à barbe blanche, portant la crosse, la mitre et arborant un manteau rouge. Dans l'imagerie populaire, il est accompagné d'un âne soutenant un sac rempli de cadeaux et d'un alter ego réputé maléfique, le Père Fouettard, émanation de Krampus, un démon des anciens mondes.

     

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    Les miracles de Saint-Nicolas

     

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     Le Miracle de Saint-Nicolas, 1696, œuvre du peintre Louis Herluison, actif dans la deuxième moitié du XVIIe siècle.

     

    La légende de Saint-Nicolas relate une succession de miracles associés à des cycles d'abondance et de fécondité, comme en témoigne la Complainte des enfants au saloir.

     

    « Il était trois petits enfants,

    Qui s’en allaient glaner aux champs.

    Ils sont tant allés et venus

    Que le soir ils se sont perdus.

     

    Ils sont allés chez le boucher :

    « Boucher, voudrais-tu nous loger ? »

    « Entrez, entrez, petits enfants,

    Il y a d'la place assurément.

    Nous vous ferons fort bien souper.

     

    Ils n’étaient pas sitôt entrés

    que le boucher les a tués.

    Les a coupés en p'tits morceaux

    Mis au saloir comme pourceaux.

     

    Saint Nicolas au bout d'sept ans

    vint à passer dedans ce champ,

    alla frapper chez le boucher :

    « Boucher, voudrais-tu me loger ?»

     

    « Entrez, entrez Saint Nicolas.

    De la place, il n’en manque pas. »

    Il n’était pas sitôt entré,

    Qu’il a demandé à souper.

     

    « Voulez-vous un morceau d'jambon ? »

    « Je n’en veux pas, il n’est pas bon. »

    « Voulez-vous un morceau de veau ? »

    « Je n’en veux pas, il n’est pas beau.

     

    « Du p'tit salé je veux avoir

    qu’il y a sept ans est au saloir.»

    Quand le boucher entendit ça,

    bien vivement il se sauva.

     

    « Boucher, boucher, ne t’enfuis pas !

    Repens-toi, Dieu te pardonn’ra. »

    « Petits enfants qui dormez là,

    je suis le grand Saint-Nicolas.»

     

    Le grand Saint étendit trois doigts,

    et les enfants ressuscita.

    Le premier dit : « J’ai bien dormi.»

    Le second dit : « Et moi aussi.»

    « Je me croyais au paradis.»

    A ajouté le plus petit.

     

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    Vitrail de l'histoire de Saint-Nicolas, visible dans l'église de Joinville en Haute-Marne. Photo Vassil.

     

    Le plus fameux miracle de Saint-Nicolas fut donc de ressusciter les trois garçonnets que le boucher avait découpés et mis au saloir. Personnage vorace qui représente les forces obscures de la terre, le boucher est souvent évoqué dans les contes et les récits de veillée. Il se rapproche des esprits du sel qui accompagnent le saint dans les histoires populaires.

     

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    Saint-Nicolas entendit aussi les prières d'une femme qui s'était rendue à la messe en oubliant son enfant dans le bain. Quand elle regagna sa maison, l'enfant l'attendait, sain et sauf, dans une cuve d'eau placée sur le feu.

     

    Saint-Nicolas et les mystérieuses puissances de l'eau

     

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    Le long des voies navigables, Nicolas s'est substitué à Hnikar Odin, l'ancien dieu germanique des eaux. Je cite à nouveau Bernard Coussée : « Derrière la légende médiévale de Saint-Nicolas, on décèle des traditions pré-chrétiennes relatives à un démon des eaux. »

     

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     Georg Von Rosen (1843-1923), Odin the wanderer (Odin le vagabond), 1886.

     

    L'étymologie du nom « Nicolas » est particulièrement riche de sens. Nickes et nix signifient « génie des eaux » en allemand, ce qui fait de Nicolas, par différents aspects de sa légende, l'enfant de la Nisse, une créature mystérieuse et complexe, à la fois mère des eaux et croquemitaine aquatique.

     

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    La Nisse ou Nixe évolue dans les eaux profondes, troubles ou marécageuses et règne sur les tourbières enchantées. Cette ogresse protéiforme apprécie la chair des enfants qu'elle attire par le biais de métamorphoses humaines et animales. Elle engendre les Nisses ou Nixes, puissances liquides qui incarnent la férocité des eaux en période de crue ou de changement de saison.

     

    Mais dans le folklore du nord de l'Europe, le Nisse désigne un facétieux et bienveillant petit lutin qui distribue les cadeaux aux enfants, la nuit du solstice d'hiver.

     

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     Jenny Nyström (1854-1946), peintre et illustratrice suédoise de livres pour enfants, le Nisse ou Tomte.

     

    Fils de la Nisse et saint thaumaturge, Nicolas est un médecin (du corps et de l'âme), c'est à dire un « mire » en ancien français. A la fois mage et guérisseur, il exerce un pouvoir sur l'élément liquide, matière ambivalente dans laquelle on se « mire », miroir des autres réalités lovées dans le monde humain.

     

    Il est honoré dans de nombreuses chapelles situées près de l'eau et dans les lieux où se concentrent les forces telluriques. Ses reliques y ont attiré pendant des siècles les pèlerins venus de toute l'Europe.

     

    C'est le cas de sa « phalange dextre bénissante » rapportée, à la fin du XIe siècle, après la Croisade, par le chevalier Albert de Varangéville (certains auteurs le nomment « Aubert ») à Saint-Nicolas-de-Port, en Meurthe-et-Moselle.

     

    En Vendée, où de nombreuses églises ont été construites sous son patronage, des processions se déroulent dans les petits villages et ont toujours « un rapport avec l'eau ».

     

    En Grèce, où il est le saint patron des bateliers, on trouve dans plusieurs chapelles des petits bateaux votifs qui lui sont dédiés. En France également, le long des côtes vendéennes et bretonnes (...) ou à l'intérieur des terres. Le musée de la marine possède certains de ces ex-voto(s).

    (Le nom masculin ex-voto était invariable en orthographe traditionnelle jusqu'en 1990, date à laquelle l'Académie Française a autorisé le « s » au pluriel. Ex-voto peut aussi s'écrire sans le trait d'union soit un exvoto, des exvotos. Source : La nouvelle orthographe en pratique de Dominique Dupriez.)

     

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     Bateau ex-voto fabriqué au 18e siècle à Saint-Leu d'Esserent, dans l'Oise. Il fut appelé « le bon Saint-Nicolas » par un marin anonyme. Copyright musée de la Marine.

     

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    Saint-Nicolas et la magie des éléments

     

    A l'instar des gnomes, des nains et des lutins, Nicolas est associé aux trésors souterrains. Il est invoqué près des mines, des puits et des rivières où l'on découvre des paillettes aurifères. Les concrétions minérales étranges, souvent considérées dans le folklore comme l'oeuvre du Diable (Old Nick), sont liées à sa mythologie; de même pour le sel (que l'on retrouve dans l'histoire du boucher), le cuivre et le nickel.

     

    Le nickel fut découvert en 1751 et placé sous l'obédience de Nicolas, maître des passages et des richesses enfouies. Nicolaus désigne aussi un lutin facétieux, gardien des mondes chthoniens et des chemins qui s'enfoncent vers les profondeurs de la terre où se forment les métaux.

     

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    Nicolas est un personnage magique, une sorte de Merlin voyageur dont les exploits s'enracinent dans les récits de veillée. Il peut « lever » le vent grâce à certaines incantations, changer les créatures animées en pierre, faire danser le feu sur l'eau, ouvrir les tumuli et briser les pierres scellées. Il est invoqué contre les tempêtes et les caprices de la météorologie. Son image et son nom ornent des bateaux miniatures qui font office de talismans. Il possède une clochette d'argent, instrument féerique, qui influe sur les cycles de la lune.

     

    Patron des apothicaires, il dénoue la fièvre et les maladies humides autant que la peur. Des médailles à l'effigie du saint étaient placées sur le front des enfants pour faire tomber la fièvre et apaiser les cauchemars et les terreurs nocturnes.

     

    Il est accompagné d'un Valet Noir et du Hans Trapp, à la fois lutin, ogre, elfe sombre et cyclope lié au monde de la houille, des carrières, des mines, des étangs et des tourbières.

     

    Avec le Père Fouettard, il se transforme en un mystérieux Janus qui règne sur les éléments et peut consoler, sauver, guérir, protéger mais aussi affoler et « tuer » de manière initiatique.

     

    Le Père Fouettard: double obscur de Saint-Nicolas

     

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    Ce personnage rude, au visage souvent noirci, qui porte une baguette ou des verges trempées dans le vinaigre est connu dans l'est de la France sous le nom de « Père Fouettard ». Vêtu d'un grand manteau et coiffé d’un capuchon ou d’une cagoule, il a de grosses bottes et réprimande les enfants qui n'ont pas été sages pendant l'année. On commença à parler de lui au XVIe siècle.

     

    D'après certaines légendes, il naquit à Metz en 1552, pendant le siège de la ville par les troupes de Charles Quint. Les messins auraient promené l'effigie de l'Empereur à travers les rues avant de la brûler et la dépouille noircie serait devenue, au fil du temps, cette inquiétante figure aux pouvoirs initiatiques, associée à la tournée de Saint-Nicolas.

     

    D'après d'autres récits, le Père Fouettard serait un Maure venu d'Espagne ou le boucher qui avait mis les trois petits enfants au saloir.

     

    Contraint d'expier sa faute en accompagnant Saint-Nicolas, il porte différents noms en fonction des pays qu'il visite.

     

    En Alsace, on l'appelle communément Hans Trapp.

     

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     Hans Trapp, 1953, photographie issue de l'almanach de Wintzenheim.

     

    En Belgique et aux Pays-Bas, on le nomme Zwarte Piet (Pierre le Noir) ; en Wallonie, Hanscroufe ou Jean le Bossu ; en Allemagne, Ruprecht ou Knecht Ruprecht mais aussi Pelznickel, Pelzruppert, Rasselbock, Pelzbock ou encore Bartel...

     

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    Knecht Ruprecht

     

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    Sur cette illustration du 19e siècle, Knecht Ruprecht suit le Christkindel (enfant de Noël) qui fut substitué par les théoriciens de la Réforme à Saint-Nicolas.

     

    En Suisse, il est appelé Schmutzli ou Hansmuff (Jean qui fait la moue) ; au Luxembourg, Housecker ; en Autriche, Krampus...

     

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     Krampus

     

    Le mot vient du haut-allemand « Krampen » qui signifie « griffes » ou « crochet ».

     

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    Dans les régions alpines, Krampus est une sorte de diable indissociable de Saint-Nicolas. Traditionnellement, les jeunes hommes se déguisent en Krampus pendant les deux premières semaines du mois de décembre et plus particulièrement dans la soirée du 5 décembre. Ils parcourent les rues en compagnie d'enfants qui agitent des chaînes et des cloches.

     

    Leurs costumes se composent de masques en bois, de peau de mouton et de cornes. Ces « démons » anciens et modernes ont pour fonction d'effrayer les passants et notamment les jeunes femmes, ce qui correspond à d'anciens rites de sexualité et de fécondité, à l'instar des Lupercales romaines.

     

    Ainsi, des processions d'hommes masqués et portant des bâtons, guidés par le « vieux Saint Nicolas » et son diable de valet entraient dans les maisons pour forcer les femmes et les jeunes filles à danser voire à se frotter contre eux.

     

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    Les cadeaux de Saint-Nicolas

     

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    Dans les régions les plus froides, alors que les nuits dévorent de plus en plus la lumière du jour, ce personnage incontournable du folklore de l'hiver est attendu par les enfants. Sa venue coïncide avec le tintement d'une clochette d'argent et trois coups frappés à la porte. Il apporte des fruits, des jouets, une myriade de gourmandises (dragées, bonbons, personnages en chocolat, en massepain, en pain d'épices, männeles, petites brioches en forme d'animaux, pièces en chocolat recouvertes de métal doré...) et bénit les enfants sages avec sa crosse. Comme il sait lire au plus profond des coeurs, on ne peut rien lui dissimuler.

     

    En France

     

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    Saint-Nicolas est très fêté dans l'Est et le Nord de la France où il est encore plus attendu que le Père Noël. Le Père Fouettard qui l'accompagne est vêtu de noir. Il a le visage maculé de suie et porte un fagot. Il menace les enfants les plus turbulents de recevoir des coups de verges trempées dans du vinaigre, de dormir sur des bouts de bois, de grelotter toute la nuit, d'avoir le visage et les mains couverts de suie ou d'être enfermés au fond de la hotte du saint pendant toute une année... Il leur distribue surtout une trique (une branche de son fagot) en guise d'avertissement.

     

    Les gestes d'aujourd'hui s'apparentent à ceux des enfants d'autrefois qui plaçaient des victuailles devant l'âtre sans oublier de laisser leurs chaussettes ou leurs souliers en évidence.

     

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    Pour l'âne ou la mule que chevauche Saint-Nicolas, les enfants préparent de la nourriture (foin, paille, grain, carottes, sucre) qu'ils déposent, le soir du 5 décembre, devant les portes ou dans les jardins. Le 6 décembre au matin, ils trouvent les friandises (bonbons, pain d'épices en forme de bonhomme, orange...) déposées par Nicolas lors de sa tournée ou la fameuse trique du Père Fouettard.

     

    En Alsace et en Lorraine, il frappe à la porte ou se glisse par la cheminée avec le Père Fouettard. Ils sont tous les deux de véritables « stars » dans les écoles mais ils visitent aussi les mairies, les hôpitaux, les maisons de retraite, les lieux associatifs...

     

    Les enfants se réjouissent de découvrir les jouets apportés par le saint mais ils n'oublient pas que le Père Fouettard est « armé » d'un martinet. Les plus sages savourent une myriade de gourmandises dont le traditionnel gâteau en pain d'épices à l'effigie du saint. Les turbulents se régalent aussi mais Saint-Nicolas leur remet une lettre qui énumère leurs polissonneries de l'année et le Père Fouettard fait mine de les emporter dans sa hotte.

     

    Parmi les friandises en vigueur, on trouve aussi des marrons glacés et des crottes de bique, bonbons de réglisse symbolisant les crottes de l'âne, initialement destinées aux enfants les plus agités.

     

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    « Saint-Nicolas, mon bon patron

    Apportez-moi des macarons

    Des coups de bâton

    Pour les garçons

    Des mirabelles

    Pour les demoiselles. » (Vieille chanson de Lorraine.)

     

    Tous les ans, à Nancy, le défilé de la Saint-Nicolas est une manifestation des plus joyeuses qui s'accompagne de parades et d'un feu d’artifice.

     

    A Saint-Nicolas-de-Port, où repose dans la basilique l'une des plus fameuses reliques du saint, (voir plus haut la référence au chevalier de Varangéville), est organisée une procession aux flambeaux.

     

    Saint-Nicolas défile aussi à Metz où sa parade carnavalesque est illustrée par un feu d'artifice et différents concerts de musique traditionnelle. Et n'oublions pas tous les petits villages (qu'on ne peut évidemment pas citer tant ils sont nombreux) qui préparent des processions en son honneur.

     

    Dans le Nord de la France, les Géants Traditionnels, émanations des forces ancestrales, dansent avec Saint-Nicolas et son cortège mystérieux.

     

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    En Belgique francophone, Saint-Nicolas se déplace sur un âne ou une mule en compagnie du Père Fouettard, appelé aussi Hanscroufe (avec ou sans le « e »), alors qu'en Belgique néerlandophone, Sinterklaas chevauche un cheval blanc. Il arrive d'Espagne, dans la nuit du 5 au 6 décembre, pour déposer, dans les chaussettes ou les souliers des enfants sages, des friandises (figurines en chocolat, en massepain, agrumes, fruits confits, spéculoos à son effigie...) et des petits cadeaux. Selon la tradition, les enfants laissent leurs souliers devant la cheminée ou la porte d'entrée avec du sucre, du lait et une carotte pour la fidèle monture ; un verre de lait, de vin, de bière ou de peket (eau-de-vie traditionnelle obtenue à partir de farine de céréales telles que l´orge maltée, le seigle, le maïs et l´avoine et aromatisée aux baies de genévrier) pour le saint.

     

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    Dans bien des pays, Saint-Nicolas est encore plus important que le Père Noël. Il vient vérifier, dans les écoles, si les enfants ont été sages et s'ils méritent de recevoir des cadeaux. Les enfants font des photos de classe en sa compagnie ou lui écrivent. Un service de la Poste reçoit les lettres et y répond.

     

    Une coutume proche de celle du calendrier de l'Avent invite les enfants à placer, chaque soir, pendant plusieurs semaines, une paire de chaussons ou de souliers devant la porte d'entrée ou la porte de leur chambre. Chaque matin, les « petits anges » y découvrent un cadeau ou une friandise : personnage en chocolat, figurine en massepain, guimauves, fruits confits, clémentine ou orange...

     

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    La Saint-Nicolas est aussi très fêtée dans les Universités de Belgique, de Suisse, du Luxembourg... où les friandises sont une institution. Les étudiants vont chahuter les lycéens et les collégiens à la sortie des cours et brandir des chopines aux feux rouges pour récupérer de l'argent dans le but de festoyer. Les beuveries sont légion, une amie belge rencontrée à la fac m'a raconté nombre de choses truculentes à ce sujet, sans omettre les débordements !

     

    Saint-Nicolas emprunte différents moyens de locomotion. Il voyage à dos de mule, d'âne, sur un cheval normal ou féerique (que l'on peut rapprocher de Sleipnir, la monture du dieu nordique Odin), sur un bateau, dans un carrosse et même en hélicoptère.

     

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    Odin et Sleipnir, 1901, par John Bauer (1882-1918), peintre et illustrateur suédois.

     

    Aux Pays-Bas

     

    Dans le folklore néerlandais, Saint-Nicolas alias Sinterklaas ou Sinterclaas chevauche un cheval blanc et distribue les cadeaux dans la nuit du 5 au 6 décembre.

     

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    Une quinzaine de jours avant sa fête, il traverse la mer sur un bateau à vapeur appelé « pakjesboot » (le bateau des petits paquets). Zwarte Piet (Pierre le Noir), serviteur à la peau noire arborant des vêtements colorés, l'accompagne dans sa tournée de quête. Ils sont parfois rejoints par des assistants lutins qui multiplient les facéties. Ils apportent dans les foyers des betteraves à sucre et du charbon pour propager la chaleur et la prospérité et cachent les cadeaux dans les maisons ou dans les jardins. Des poèmes aux allures de boutades y sont souvent accrochés. La soirée du 5 décembre est d'ailleurs appelée « Pakjesavond » ou soirée des paquets-surprises.

     

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    Zwarte Piet fut introduit en 1845 dans un récit intitulé Saint-Nicolas et son serviteur, écrit par un maître d’école néerlandais nommé Jan Schenkman. Illustration du XIXe siècle.

     

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    En Allemagne, Niklaus descend des étendues célestes dans une luge remplie de friandises et de cadeaux. Accompagné de Knecht Ruprecht, la version germanique du Père Fouettard, il dépose, dans la nuit du 5 au 6 décembre, du chocolat, des fruits (mandarines, pommes, oranges, noix, noisettes) et des petits objets en bois dans les chaussures des enfants. Dans certaines régions (Hanovre, Westphalie), il ressemble à un lutin. On le nomme Klas ou Bullerklas.

     

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    En Autriche, Saint-Nicolas (Nikolo ou Niglo dans les régions de l’Est et Santaklos ou Klos dans le reste du pays) mène des défilés, le soir du 5 décembre, accompagné de créatures issues des enfers et du mystérieux diable noir nommé Krampus que j'ai présenté plus haut.

     

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    Carte postale, 1901.

     

    Il demande aux enfants de réciter des comptines et/ou des prières et leur offre des cadeaux, des friandises et des fruits : clémentines, pommes, oranges, noix. Si les enfants ne savent pas quoi dire, Krampus et ses serviteurs démoniaques font mine de les conduire aux enfers en les plaçant dans une hotte maléfique, le Buckelkraxen.

     

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    Pendant la parade, les serviteurs de Krampus, figures carnavalesques reconnaissables à leurs vêtements de fourrure décorés de grelots, leurs fagots, leurs cornes et leurs masques d'effroi, poursuivent rituellement la foule en agitant des bâtons et des chaînes.

     

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    Cette image appartient à la collection de Charles Fréger, photographe français auteur d'un magnifique ouvrage qui s'intitule Wilder Mann ou la figure du Sauvage. Krampus et ses avatars mystérieux l'ont particulièrement inspiré. Voici l'adresse de son site : http://www.charlesfreger.com

     

    Dans certaines régions d'Autriche, de mystérieux personnages appelés Schabs, vêtus de costumes de paille décorés de grelots et portant de longues antennes sur la tête se livrent, armés de fouets, à des jeux rituels. Les claquements du fouet ont pour fonction de repousser les démons de l'hiver.

     

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    Le Saint-Nicolas luxembourgeois, alias Kleeschen, arrive en bateau ou dans un carrosse tiré par des chevaux blancs. Il est accompagné du Housecker (Père Fouettard), un petit homme qui ne montre pas son visage. Il porte un vêtement gris ou noir à capuche d'où émergent parfois des cornes. Il transporte une hotte ou un sac rempli de brindilles crépitantes, les « ruten » dont il « honore » les enfants turbulents. Deux semaines avant le 6 décembre, les enfants déposent, avant d'aller se coucher, un de leurs chaussons devant la porte d'entrée. S’ils ont été sages, une gourmandise les récompensera au matin et s’ils se sont mal comportés, ils ne pourront échapper à la brindille.

     

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    En Suisse

     

    Saint-Nicolas est très aimé en Suisse et célébré, dans plusieurs cantons, par des défilés nocturnes. Les Iffeltrager portent de grosses lampes en forme de mitres, ils mènent les défilés et guident les participants qui agitent des grelots et des cloches. Ils se réunissent autour d'un « souffleur de cor » et de personnages qui arborent des masques lumineux.

     

    Les Klaüse portent des aubes blanches et soutiennent des mitres de taille impressionnante, ornées de figures découpées d'où émane un éclairage traditionnel.

     

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    Image trouvée sur le site MySwitzerland.com

     

    Dans ces processions joyeuses, on rencontre parfois des Silvesterklaüse ou « Nicolas de la Saint-Sylvestre », incarnations d'anciens esprits feuillus qui sont des messagers entre les mondes et composent la cour du Green Man, seigneur de la végétation.

     

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    Wilder Mann par Charles Fréger

     

    Leurs costumes sont agrémentés de matières végétales : brindilles, mousses, pommes de pin, glands, feuilles et baies de houx, champignons, aiguilles de pin, arabesques de lierre...

     

    A travers ces personnages énigmatiques et ces rituels variés, nous ressentons la complexité d'une fête qui s'enracine au plus profond des âges et que Saint-Nicolas, l'initiateur, a fait parvenir jusqu'à nous. Il « accepte » donc volontiers que les parents l'utilisent comme une autorité sacrée.

     

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    Les parents dressent, pendant l'année, une liste comprenant les bonnes et les mauvaises actions de leurs enfants et font venir, en décembre, Nicolas et son alter ego sombre chez eux. Nicolas distribue les cadeaux, les fruits et les friandises que les parents ont préparé. Il fait promettre aux garnements de bien travailler à l'école et de s'améliorer dans tous les domaines.

     

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    La Saint Nicolas fut abolie dans plusieurs pays d'Europe après la Réforme (XVIe siècle) mais elle survécut aux Pays-Bas pendant des décennies. Au XVIIe siècle, les traditions néerlandaises s'implantèrent aux États-Unis lors des arrivées massives d'immigrants. Les Hollandais fondèrent la colonie de Nieuw Amsterdam qui devint New York en 1664 et le traditionnel Sinter Klaas néerlandais devint Santa Claus, le Père Noël, qui accomplit sa tournée dans la nuit du 24 décembre.

     

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    La marque Coca Cola modela son apparence et le fit connaître d'un large public mais elle n'a en aucun cas créé le débonnaire personnage à barbe blanche. Il faut se méfier de ce qu'on peut lire sur de nombreux sites qui interprètent très mal les récits de folklore et l'histoire des traditions populaires.

     

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    Saint-Nicolas est un être mystérieux qui chevauche, dans de nombreux récits, un cheval blanc féerique et apporte, de maison en maison, des cadeaux, des fruits, des petits cochons en massepain, des figurines en chocolat, en spéculoos et en pain d'épices. Son bestiaire magique est constitué de porcs, de cerfs, de coqs, de lièvres, de chevaux et de poules, animaux pâtissiers substitués aux animaux autrefois sacrifiés pour apaiser la faim des créatures hivernales.

     

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    Image Saveurs croisées.com

     

    Les gourmandises à son effigie sont associés à des sapins, des étoiles, des cœurs, des lunes et des soleils et témoignent de l'importance de son culte populaire.

     

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    Ces « douceurs » s'accompagnent irrémédiablement de cadeaux à rebours, délivrés, comme nous l'avons vu précédemment, par un alter ego « démoniaque », héritier de l'Orgos celtique, sorte d'Ogre primordial et gardien de la porte des Enfers qui est un écho du roi de Samain/Halloween (comme je l'ai déjà évoqué, le folklore de Samain/Halloween est intimement lié à celui de la Saint-Nicolas, de Noël et de la Saint-Sylvestre. Les portes s'ouvrent entre les mondes et des êtres mystérieux, ambivalents, initiatiques font irruption dans l'espace-temps humain...)

     

    Cet Orgos aux cornes de bouc-démon est celui qui réprimande, de manière initiatique, et la face plutonienne du Nicolas qui distribue les cadeaux. On oscille donc constamment entre deux êtres, l'un débonnaire, rassurant et protecteur et l'autre au visage couleur de suie qui émane des mondes chthoniens, des profondeurs de l'inconscient, des peurs inhérentes au monde de la nuit.

     

    Nicolas et son valet noir

     

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    Il existe autour du Valet Noir de Saint-Nicolas une polémique qui reflète une problématique de notre époque, celle qui consiste à dévoyer le sens des symboles et à vouloir les inscrire à tout prix dans la modernité, avec ce que cela comporte d'inapproprié. Certains voudraient faire interdire la Saint-Nicolas sous prétexte que le voyageur à barbe blanche serait raciste. C'est un débat dans lequel je n'ai pas envie de m'attarder tant je le trouve absurde. Autant je m'insurge contre l'ignominie de certains propos et attitudes racistes et délétères dans un monde qui aurait bien besoin d'apaisement, autant je ne comprends pas cette lecture restrictive et cette condamnation à tout crin des symboles anciens. Les personnages « noirs » sont des initiateurs. Ils sont associés aux secrets des mondes légendaires et gardent les portes qui mènent à de mystérieuses réalités. Qui plus est, les assistants de Saint-Nicolas passent souvent par la cheminée et sont couverts de suie. Les caricatures sont ce qu'elles sont, pas toujours très « heureuses », mais vouloir changer le sens des symboles est pure ineptie... Certains ont essayé mais ces modifications n'ont pas été bien perçues par les enfants et leurs parents, comme en ont témoigné différents journaux et sites de presse locale.

     

     

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    Saint-Nicolas, la fête des jeunes hommes célibataires

     

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    Autrefois, à la Saint-Nicolas, les jeunes filles qui avaient coiffé Sainte-Catherine offraient aux garçons célibataires des bonnets décorés, des bouquets de fleurs naturelles ou artificielles, des souhaits brodés sur des petits morceaux de tissu, une écharpe, une cravate ou une pipe. Le dimanche suivant la Saint-Nicolas, des bals pour célibataires étaient organisés.

     

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    Comme la Sainte-Catherine, la Saint-Nicolas est propice à la réalisation des vœux d'amour. Les saints et les saintes du cycle de l'Avent sont associés à la magie populaire amoureuse et reçoivent, à l'instar des divinités du paganisme, les prières et les vœux destinés à rencontrer l'âme sœur... ou pas !

     

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    (Elle m'a fait bien rire cette carte qui détourne le thème des trois petits garçons enlevés par le boucher...)

     

    D'après une ancienne légende, un homme avait trois filles en âge de se marier mais en raison de son extrême pauvreté il ne pouvait assumer le paiement de leur dot. Les jeunes filles furent alors contraintes de se prostituer. Le matin de leur départ vers leur sombre destinée, le père découvrit une bourse remplie d'or, de provenance mystérieuse, qui lui permit de nourrir sa famille et de payer la dot de la fille aînée. Le lendemain, l'apparition d'une seconde bourse lui permit d'honorer la dot de sa deuxième fille. Le troisième jour, il surprit Saint-Nicolas qui déposait l'argent près de la cheminée. Le saint lui demanda de ne rien dévoiler mais le père ne put garder le secret. Les prières à Nicolas se multiplièrent, les jeunes filles se marièrent et la famille fut heureuse.

     

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    Saint-Nicolas unit les coeurs et les corps. Il est considéré comme un saint phallique dans de nombreuses régions de France. Plusieurs « rochers Saint-Nicolas » répartis le long des vieilles voies telluriques étaient réputés favoriser la fécondité. Les femmes y accomplissaient des rituels de frottement et de glissade. Les couples s'y rendaient (et s'y rendent encore) pour y faire l'amour en fonction des phases de la lune.

     

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    Dictons et proverbes de la Saint-Nicolas

     

    Ils sont la plupart du temps associés au mariage et à la météorologie.

     

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    Saint Nicolas marie les filles avec les gars.

     

    Patron des filles, saint Nicolas,

    Mariez-nous, ne tardez pas.

     

    Saint Nicolas fait les bons mariages,

    Guérit de la fièvre et de la rage.

     

    A la Saint-Nicolas, les jours sont les plus bas.

     

    L'hiver est souvent là, à la Saint-Nicolas.

     

    Neige à la Saint Nicolas donne froid pour trois mois.

     

    Nouvelle lune à la Saint Nicolas, dans les champs c'est du verglas.

     

    Le jour de Saint-Nicolas

    De décembre est le moins froid

    Mais si Nicolas plume ses oies (neige)

    L'hiver est bien là.

     

    Si le ciel rougeoie au coucher du soleil, saint Nicolas cuit ses gâteaux.

     

    S'il neige à la Saint-Nicolas, beaucoup de neige en hiver tombera.

     

    Pluie à la Saint-Nicolas, le vignoble gèlera.

     

    De la sève après la Saint-Nicolas, un hiver sans force viendra.

     

    De la pluie à la Saint-Nicolas, un hiver sévère et cruel viendra.

     

    L'hiver serait-il outremer, Vient à Saint-Nicolas parler.

     

    On invoque Saint-Nicolas pour attirer l'amour, la chance, la prospérité, pour repousser les forces de la nuit mais aussi pour conjurer le désespoir, comme en témoigne la Légende du Sire de Réchicourt

     

    Emprisonné par les Sarrasins en Turquie alors qu'il se rendait en Palestine pour prendre part aux Croisades, le seigneur de Réchicourt se morfondait dans sa prison, persuadé que ses proches l'avaient oublié. Chaque soir, pendant des années, il pria Saint-Nicolas et un cinq décembre, au milieu de la nuit, il fut brusquement réveillé. Il grelottait dans ses haillons et s'aperçut qu'il ne se trouvait plus dans son sinistre cachot mais devant l’entrée de l’église de Saint-Nicolas-de-Port, en Lorraine. Saint-Nicolas fut ensuite considéré comme le patron des prisonniers.

     

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    Les friandises de la Saint Nicolas

     

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    Image du net

     

    Les facétieux männeles, incarnations gourmandes des esprits du froid... Ces petits hommes de pâte fine épicée ou briochés aux yeux de sucre, de raisin ou de chocolat sont aussi des objets rituels, réputés chasser les démons, faire tourner la chance favorablement, éparpiller les ombres et les peines de l'hiver...

     

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     Image trouvée sur bloc.com (si elle « appartient » à une personne qui désire que je la retire, je le ferais).

     

    Spéculoos moulés

     

    La tradition qui consiste à les offrir est indissociable des festivités de la Saint-Nicolas. Des moules sont d'ailleurs fabriqués pour la circonstance.

     

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    Pour contempler et commander de jolis moules, vous pouvez vous rendre sur le site Arts et Sculpture, je le précise car plusieurs amies m'ont demandé si je connaissais un endroit. Je ne suis pas « intéressée », j'ai trouvé ce lieu en passant...

     

    L’étymologie du nom « spéculoos » est discutée par les spécialistes. Certains pensent qu'il est issu du latin « species » signifiant « épices » ou de «spéculum » qui désigne le miroir. Le spéculoos pourrait alors représenter le reflet d’un personnage dans un miroir. Pour d’autres, spéculoos dérive de « speculator » : l'évêque. Il existe aussi un gâteau hollandais, le « spéculaas », datant du 17ème siècle et contenant beaucoup d'épices.

     

    Les spéculoos sont une alchimie de farine, d'eau ou de lait, de cassonade (on utilise aussi de la vergeoise, de la mélasse voire du miel), de beurre doux, de levure chimique et d'épices (cannelle, gingembre, quatre épices, cardamome et anis). A chacun d'exprimer sa gourmandise et sa créativité.

     

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     Banketletter, photographie trouvée sur le site de la pâtisserie Kwekkeboom (Amsterdam).

     

    Les Banketletters sont des rouleaux de pâte feuilletée, fourrés avec de la crème d'amandes et façonnés en forme de lettres. Ils constituent un incontournable alphabet gourmand comme en témoigne le tableau ci-dessous.

     

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     Nature morte aux lettres feuilletées, 1615, par Peter Binoit (1589-1632). Museum Amstelkring. Photo C. Myers.

     

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    Les petites poupées ou figurines en pain d'épices appelées « taai-taai pop » sont très prisées aux Pays-Bas. Image Bankeletters.nl.

     

    Les gourmandises de la Saint-Nicolas sont nombreuses et variées : on savoure des pepernoten ou « noix de poivre » (petits biscuits ronds constitués d'une pâte à base d'épices, de la taille d'une noix), des strooiged ou « bonbons pour jeter » (on les lance sur les gens pour leur porter chance), des figurines à l'effigie du saint en chocolat, spéculoos, sucre, pain d'épices, massepain..., des animaux en sucre ou en pâte d'amandes (les plus répandus sont les petits cochons roses, réputés apporter la chance et la prospérité), des lettres et des mots en chocolat héritiers des « banketletters », des pièces en chocolat recouvertes de métal doré, du chocolat chaud aux épices et/ou à la Chantilly...

     

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    Sources et Bibliographie

     

    COUSSÉE, Bernard : Histoire, mythe et légende. CEM éditions, 1999.

     

    LECOUTEUX, Claude : Introduction à l'étude du merveilleux médiéval. Études germaniques, 1981.

    -Nicchus-Nix. Euphorion, 1984, pp. 280-288.

     

    LEMPEREUR, Françoise : « À la rencontre des Sylvesterklaüse » dans Tradition wallonne, revue annuelle de la Commission royale belge de Folklore, t. 3, 1986, pp. 113-124.

     

    LEVI-STRAUSS, Claude : « Le Père Noël supplicié » dans Les Temps modernes, 7e année, n° 77, mars 1952.

     

    MATZEN, Raymond : Proverbes et dictons d'Alsace. Rivages, 1987.

     

    MÉCHIN, Colette : Saint Nicolas. Fêtes et traditions populaires d'hier et d'aujourd'hui. Paris : Berger-Levrault, 1978.

     

    REY-FLAUD, Henri : Le Charivari. Les rituels fondamentaux de la sexualité. Paris : Payot, 1985.

     

    REVELARD, Michel : Fêtes et traditions masquées d'Autriche. Binche, Musée international du Carnaval et du Masque, 1987.

     

    TROXLER, H.J. : Proverbes d'Alsace. Éditions du Bastberg, 1977.

     

    VAN GENNEP, Arnold : Manuel de folklore français contemporain. Paris : Picard, 1947. 4 volumes.

     

    WALTER, Philippe : Mythologie chrétienne, fêtes, rites et mythes du Moyen Âge. Éditions Imago, 2003/2005.

    -La Mémoire du temps : fêtes et calendriers de Chrétien de Troyes à La Mort Artu. Paris, 1989.

     

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    Amusons-nous, pour finir, avec cette chanson de Jacques Dutronc que j'adore...

     

    La Fille Du Père Noël (ou quand le Père Noël et Saint-Nicolas se confondent...)

     

    « Je l'ai trouvée au

    petit matin

    Toute nue dans mes grands souliers

    Placés devant la cheminée

    Pas besoin de vous faire un dessin

     

    De battr' mon cœur s'est arrêté

    Sur le lit j'ai jeté mon fouet

    Tout contre elle je me suis penché

    Et sa beauté m'a rendu muet

     

    Fatigué j'ai la gueule de bois

    Toute la nuit j'avais aidé mon père

    Dans le feu j'ai remis du bois

    Dans la ch'minée y avait pas son père

     

    C'était la fille du Père Noël

    J'étais le fils du Père Fouettard

    Elle s'appelait Marie Noël

    Je m'appelais Jean Balthazar

     

    Je prends la fille dans mes bras

    Elle me dit mais non Balthazar

    Ne fais donc pas le fier à bras

    Je suis tombée là par hasard

     

    Toute la nuit j'avais fouetté

    A tour de bras les gens méchants

    Toute la nuit elle avait donné

    Des cadeaux à tous les enfants

     

    C'était la fille du Père Noël

    J'étais le fils du Père Fouettard

    Elle s'appelait Marie Noël

    Je m'appelais Jean Balthazar

     

    Descendue chez moi par erreur

    Elle était là dans mes souliers

    Et comm' je ne pouvais prendre son coeur

    Je l'ai remise sur le palier

     

    C'était la fille du Père Noël

    J'étais le fils du Père Fouettard

    Et elle m'a dit d'une voix d'crécelle

    Bye bye au hasard Balthazar

     

    C'était la fille du Père Noël

    J'étais le fils du Père Fouettard

    Elle s'appelait Marie Noël

    Je m'appelais Jean Balthazar... »

     

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    Je vous souhaite de belles fêtes, merci de votre fidélité, amicalement vôtre !

    Plume

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    28 commentaires
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    Au 48 bis de la célèbre rue de Rivoli, dans le 4e arrondissement de la capitale, se dresse un immeuble dont la façade, plutôt discrète, est ornée de deux puissants atlantes. En 1905, ce lieu qui suscite hélas peu l'intérêt des passants remporta le Concours Annuel des Façades de la Ville de Paris.

     

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    Ce concours se déroula de 1898 jusqu'à la fin des années 1930, avec une interruption pendant la Première Guerre Mondiale. La Ville l'institua après le percement en 1897 de la rue Réaumur, axe important qui traverse les 2e et 3e arrondissements, en s'inspirant de concours mis en place à Bruxelles dans le dernier quart du XIXe siècle.

     

    De 1872 à 1876 et de 1876 à 1878, ces concours eurent pour finalité de « stimuler la reconstruction aux abords des boulevards du centre de Bruxelles en se débarrassant du cloaque issu des industries de la rivière Senne... » Si mes aminautes belges désirent déposer sous mon article des photos illustrant ce thème, j'en serais ravie...

     

    Les architectes bruxellois eurent la liberté de mettre en œuvre des compositions ornementales marquées par l'éclectisme et la fantaisie. Quant au concours parisien, il devait inciter les architectes à rompre avec ce qui était appelé « la monotonie de la façade haussmannienne ». Il a disparu pendant de longues décennies mais la Mairie de Paris a décidé de le rétablir, à l'initiative du groupe UDI-MoDem du Conseil de Paris et grâce au soutien de l'exécutif Socialiste.

     

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    En 1905, le 48 bis de la rue de Rivoli, conçu par l'architecte Auguste Joseph Laurent Garriguenc, s'est distingué grâce à l'élégante sobriété de sa façade, au langage harmonieux de ses lignes et par la présence des deux atlantes, imaginés par le sculpteur, graveur et médailleur parisien Sylvain Kinsburger (1855-1935).

     

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    Plutôt méconnu, Sylvain Kinsburger nous a laissé des œuvres de belle facture...

     

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     Le Faucheur, exécuté vers 1900 par la fonderie du Rongeant de Joinville et visible en Haute-Marne dans le parc des Grandes Promenades de Wassy. Photo © Ji-Elle.

     

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     Le Gouffre, œuvre de pierre, réalisée en 1933, qui se love dans le parc parisien des Buttes Chaumont. Photo © BikerNormand.

     

    De séduisants détails de cette composition sont visibles sur le blog de mon amie Véronique : La Parisienne et ses photos...

     

    http://laparisienneetsesphotos.eklablog.com/parc-des-buttes-chaumont-statue-gouffre-de-sylvain-kinsburger-a105893708

     

    Sylvain Kinsburger a également conçu des médaillons, des bustes et des bronzes, une figure monumentale appelée Le Courtisan (1911), un plâtre nommé Rêverie dont on a perdu la trace et dont il demeure un dessin, conservé au département des Arts Graphiques du musée du Louvre... Plusieurs de ses œuvres ne sont plus « localisées ».

     

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    Pour réaliser le décor du 48 bis de la rue de Rivoli, il s'est inspiré de sculptures de grands maîtres, en l'occurrence de Michel-Ange (1475-1564) et de Pierre Puget (1620-1694), appelé le Michel-Ange français.

     

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    Avec ses deux atlantes, l'un jeune et l'autre âgé, il a voulu rendre hommage à la puissance narrative des Esclaves de Michel-Ange, figures destinées à orner le tombeau du Pape Jules II (Jules Della Rovere, 1443-1513).

     

    Le projet somptuaire -et inabouti- de Michelangelo di Lodovico Buenarroti Simoni devait être placé au cœur de la basilique Saint-Pierre de Rome mais le cénotaphe construit a été installé dans l'église Saint-Pierre-aux-Liens. Parmi une quarantaine de statues, douze ou seize Esclaves étaient censés figurer à la base de l’œuvre et incarner les « mouvements » de l'âme humaine, prisonnière de la gangue du corps et soumise à de nombreuses turpitudes. Six effigies, empreintes de puissance tragique, furent commencées et non terminées. Quatre sont visibles à l'Académie de Florence et deux au musée du Louvre : le célèbre « Esclave mourant » et son pendant, « l'Esclave révolté ».

     

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    Esclave mourant, vers 1513, marbre, 229 cm. Louvre, au rez-de-chaussée de l'aile Denon (salle 4). Incarnation des « sensations » de l'âme et tension musculaire tellement audacieuse... Avec l'Esclave révolté, il suscita l'admiration de nombreux collectionneurs et attise, encore aujourd'hui, l'imagination des visiteurs...

     

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     Esclave mourant photographié en 1854 par Édouard Baldus (1813-1889). Épreuve sur papier salé à partir d'un négatif papier, ©photo musée d'Orsay / rmn

     

    La statue, pleine de sensualité, nous séduit par le déhanchement si particulier du corps et le jeu d'équilibre instable qui en émane. Les lignes de force sont tellement complexes qu'on ne sait ce qu'il advient du personnage : Évolue-t-il au creux d'un songe ? (On l'a longtemps appelé le Dormeur...) Réagit-t-il, entre deux rives, à quelque sollicitation mystérieuse ou s'endort-il à jamais ? Les « énergies » de son cœur et de son âme sont serrées par une bande d'étoffe mais il ne montre pas de souffrance. Il nous offre sa lascivité.

     

    Il est difficile de la voir mais à ses pieds, dans le bloc de pierre qui l'ancre à la terre des Hommes, Michel-Ange a ébauché la figure d’un singe brandissant un objet impossible à identifier. La dernière interprétation à ce sujet fait état d'une représentation des arts très en vogue à la Renaissance. Le singe incarnerait « l'Art Simia Naturae » soit l'art, imitation/singe de la nature...

     

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    La conception du tombeau du pape Jules II (dont voici l'une des nombreuses versions) s'étala sur une durée de quarante ans, à travers une profusion d'esquisses et de présentations de projets. Commandée à Michel-Ange en 1505 et élaborée jusqu'en 1545, l’œuvre, abandonnée plusieurs fois au profit des fulgurances visibles à la Chapelle Sixtine, traduit la complexité de l'esprit du maître, l'intensité hallucinée de ses recherches dans une infinité de domaines, ses rages d'ombre et de lumière...

     

    La statue la plus connue est sans conteste le Moïse, figure centrale du tombeau, mais les Esclaves, bien qu'écartés de la version définitive du monument, sont amplement passés à la postérité.

     

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     Moïse en marbre, sculpté en 1515 pour le second projet du tombeau de Jules II qui prévoyait deux étages sur les trois souhaités à l'origine. Le colosse devait figurer au sommet de l'édifice alors qu'il est exposé aujourd'hui, à hauteur de regard. Photo © Jörg Bitter Unna.

     

    Selon une conception philosophique d'origine médiévale, il est une émanation de « l'homme microcosme de l'univers ». Les cornes qu'il arbore semblent exprimer sa nature rayonnante de prophète (il y a confusion ou lien volontaire entre deux mots, karan : rayonnant et karen : cornu, dans la Vulgate, version latine de la Bible, écrite entre 390 et 405 par Saint Jérôme.) Le puissant drapé qu'il porte le relie à la terre, ses cheveux ondulent comme des flammes et les ondes fleuries de sa barbe évoquent les mouvements de l'eau.

     

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    Destinés à la seconde version du tombeau de Jules II (1513), les Esclaves dits « du Louvre » furent remplacés par les statues de Rachel et de Léa représentant « la vie contemplative » et « la vie active ». Michel-Ange offrit les deux effigies masculines, en 1546, à son ami florentin Roberto Strozzi (1520-1566) pour le remercier de l'avoir accueilli, malade, dans sa demeure romaine. Exilé quelques temps plus tard, Strozzi emporta les sculptures en France et il en fit présent, vers 1550, au roi François Ier (1494-1547).

     

    Ceux que l'on appelait autrefois « Les Prisonniers » (Prigioni) devinrent la propriété du Connétable Anne de Montmorency (1493-1567) et furent exposés dans deux niches de l'aile sud de la façade du Château d’Écouen, actuel Musée National de la Renaissance.

     

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    Portique des Esclaves, Écouen, estampe de Jacques Androuet du Cerceau (1510-1584).

     

    Pour la petite histoire, je prépare une série d'articles sur ce lieu que j'aime énormément. Habitant Sarcelles, le château et la forêt d'Écouen font partie intégrante de notre paysage. Nous y allons le plus souvent possible. Je prendrai donc grand plaisir à vous faire visiter, en 2018, le bois, la ville et le musée...

     

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    Un avant-goût de nos futures balades à Écouen...

     

    En 1632, les Esclaves entrèrent dans la collection du cardinal de Richelieu (1585-1642). Ils devinrent propriété de l’État en 1792 et furent transférés dans l’un des premiers musées de France : le Dépôt des Petits Augustins d’Alexandre Lenoir (1761-1839). On les installa au Louvre en 1794.

     

    Beaucoup d'encre a coulé quant à leur symbolique...

     

    Pour des esprits brillants de la Renaissance comme Giorgio Vasari (1511-1574) et Ascanio Condivi (1525-1574), tous les deux auteurs d'une Vie de Michel-Ange, ils ne signifiaient pas la même chose.

     

    Pour Vasari, ils étaient l'incarnation des provinces païennes conquises par la Papauté alors que Condivi (1525-1574), élève de Michel-Ange, voyait en eux une personnification des Arts Plastiques et des Arts Libéraux. Pour d'autres philosophes, ils évoquaient l'asservissement des arts après la mort de Jules II, puissant mécène et pour d'autres encore, ils illustraient une théorie platonicienne : celle du combat de l'âme entravée par les chaînes du corps et cherchant l'espoir d'une libération.

     

    Les Arts Libéraux ou base de l'enseignement antique sont formés de deux cycles : Le Trivium, qui comprend la Grammaire, la Rhétorique et la Dialectique, et le Quadrivium, qui constitue l'étude des Mathématiques à la fois terrestres et célestes, incluant l'Arithmétique, la Géométrie, l'Astronomie et la Musique.

     

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    Hommage de Sylvain Kinsburger à Michel-Ange...

     

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    Esclave rebelle, une expression du combat entre la fièvre du corps et les ardeurs de l'âme... Photo © Jörge Bitter Unna.

     

    Les Esclaves conservés à Florence, plus massifs et trapus que ceux du Louvre, sont contemporains de la fresque du Jugement Dernier (entre 1536 et 1541) à la Chapelle Sixtine. Avec la force des Titans de l'Antiquité, ils évoquent la révolte du corps contre la matière et le besoin viscéral de s'extraire de la gangue primitive.

     

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    Esclave s'éveillant, photo anonyme, domaine public.

     

    Émanation du talent du maître, expert en taille directe, démiurge qui modela le marbre et la pierre en partant du centre pour rejoindre, avec une fougue bien particulière, les extrémités du bloc choisi.

     

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    Esclave barbu, image Pinterest

     

    Peu représentés dans la gravure et le dessin, les Esclaves du Louvre ont su inspirer les artistes, sous d'autres formes, au fil des siècles...

     

    Admirons l'un des rares dessins, celui de Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), auteur du groupe sculpté de l'Opéra Garnier intitulé La Danse et qui ne nous concerne évidemment pas ici...

     

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    Esclave rebelle, vu par Carpeaux, issu des collections graphiques du Louvre... Un autre dessin existe au musée Fabre à Montpellier mais il n'est pas accessible.

     

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    Interprétation de l'Esclave mourant par Manolo Nuñez Yanowsky (artiste espagnol né en 1942), dans les années 1990, au couronnement de la façade du commissariat de l'avenue Daumesnil, dans le 12e arrondissement de Paris.

     

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    L'Esclave mourant, réinterprété et « mixé » avec le célèbre David de Michel-Ange en 1883, dans le tableau du peintre préraphaélite Edward Burne-Jones (1833-1898) intitulé La Roue de la Fortune et conservé au Musée d'Orsay.

     

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     Fantaisie en bleue, 1962, signée Yves Klein (1928-1962). J'aime beaucoup le « point de vue » de Philippe Geluck, auteur du désopilant Chat, sur le bleu Klein (International blue Klein). Il serait obtenu en écrasant des Schtroumpfs et son secret de fabrication final serait conservé par Gargamel !

     

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    Sylvain Kinsburger admirait Michel-Ange mais il a également rendu hommage à Pierre Puget, dessinateur, architecte, peintre et sculpteur baroque qui s'est illustré dans les Jardins de Versailles.

     

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    Ornemaniste des Arsenaux Royaux et créateur d’œuvres comme Milon de Crotone ou Persée et Andromède, Puget a offert à la postérité les impressionnants atlantes de l'Hôtel de Ville de Toulon, la Force et la Fatigue, en 1656. La photo est dans le domaine public.

     

    Fils du géant Atlas, atlantes imprégnés d'un sens remarquable du tragique et du grandiose... Réalisés en pierre de Calissanne (pierre de Provence aussi prisée que le marbre de Carrare), ils sont accompagnés de symboles marins : conques, coquillages, flore océane... et leur gestes symbolisent ceux des portefaix, les porteurs de fardeaux, hommes qui débarquaient, sous le règne de Louis XIV, les sacs de céréales des bateaux.

     

    Ils décoraient l’ancien hôtel de ville qui fut rasé lors des bombardements en 1944.

     

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    J'ai beaucoup parlé de Sculpture et l'Architecture, me direz-vous ? Comme je l'écrivais au début de l'article, la façade est élégante et sobre, rehaussée d'ornements qui passeront à la postérité comme les petits disques situés sous les atlantes de la rue de Rivoli et qui seront appréciés, pour leur bel effet géométrique, deux décennies plus tard, dans le style Art Déco.

     

    L'architecte Auguste Garriguenc est peu connu mais son nom demeure associé au Concours des Façades de la Ville de Paris et l'on sait qu'il possédait une étude dans le IXe arrondissement de Paris, (au numéro 41 de la rue Taitbout).

     

    Voilà, j'ai vraiment « beaucoup parlé » dans cet article mais j'ai surtout pris plaisir à vous montrer ces statues et à vous conter l'histoire des Esclaves de Michel-Ange. Il est temps de poser plume et papier... Je m'éclipse en vous remerciant de votre fidélité... Gros bisous et pensées d'amitié !

     

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    La muse Calliope

     

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    Retour devant le Sénat pour la suite de Lumières d'Octobre au Jardin du Luxembourg...

     

    Avant tout, je veux vous dire « MERCI », en lettres majuscules, car votre enthousiasme concernant plusieurs de mes articles et mes poésies (Entre citrouille et sorcière...) m'a beaucoup touchée. Je souhaite également la bienvenue à mes nouveaux abonnés.

     

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    Après avoir traversé les allées du Verger, je reviens devant le Sénat et je déambule, dans la lumière dorée, autour du Grand Bassin.

     

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    Cet été, vous aviez apprécié mon article consacré aux petits voiliers de « Luco »et à la famille Paudeau. Vous pouvez le lire ou le relire en cliquant ICI...

     

     

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    Le Grand Bassin se love à la croisée de deux axes autour desquels s'articule la puissante scénographie des lieux. Axes qui nous guident vers les méandres du Quartier Latin mais ne nous éloignons pas de notre sujet !

     

    La majestueuse pièce d'eau, de forme octogonale, fut installée sous le Premier Empire par Jean-François-Thérèse Chalgrin (1739-1811), Architecte de Louis XVI, ordonnateur des fêtes publiques sous le Consulat et concepteur -entre autres « merveilles »- de l'Arc de Triomphe de la Place de l'Étoile.

     

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    Elle accueille en son centre une fontaine composée de trois chérubins, à demi-nus, à demi-drapés, qui émergent d'un petit paysage de roseaux stylisés et soutiennent une vasque.

     

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    De la vasque « s'envole un jet central de taille moyenne et l'eau s'épanche par deux rebords d'écoulement, crachée par des têtes chimériques ».

     

    L'oeuvre, anonyme, est simple et gracieuse. On ne sait pas grand chose à son sujet hormis sa provenance : le Hameau de Chantilly.

     

    Le Sénat en aurait fait l'acquisition en 1801 ou en 1802, auprès d'un certain « citoyen Ovin », pour une somme de 2420 francs.

     

    Tout autour, sur l'eau miroitante, s'ébattent les fameux petits voiliers, rêveries d'enfance et pas seulement...

     

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     En hiver, les chérubins s'habillent de glace et les oiseaux font du patinage...

     

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    J'aime cette vue gelée...

     

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    et souvent je rêve devant la fontaine et la maisonnette des oiseaux...

     

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    Territoire d'aventures pour les petits voiliers, le Grand Bassin est aussi un lieu d'exposition pour de majestueux Phoenix canariensis ou dattiers des Canaries et une galerie de sculptures à ciel ouvert...

     

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    Ces palmiers dattiers appartiennent depuis longtemps au patrimoine botanique du Luxembourg. Pendant l'hiver, ils sont conservés dans l'Orangerie, bâtiment orné de bustes de grands artistes du XIXe siècle que je vous montrerai prochainement.

     

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    Le genre Phoenix comprend dix sept espèces qui jouent un rôle ornemental et utilitaire dans différentes régions du monde : fruits comestibles, feuilles permettant de nourrir les animaux et d'isoler les maisons, bois de construction. Quant à l'huile de palme, il est hautement compréhensible que son extraction intensive et le phénomène de déforestation associé suscitent la colère des associations de défense de l'environnement. Élément essentiel de l'équation, le consommateur n'est pas obligé d'acheter des produits dangereux pour son équilibre et mortifères pour Dame Nature...

     

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    Les sculptures qui ornent les alentours du Grand Bassin ne sont pas les plus connues de « Luco ». On trouve peu, voire très peu de renseignements les concernant et les visiteurs préfèrent s'intéresser à des œuvres plus célèbres. Ce n'est pas une critique, c'est une constatation...

     

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    Au rythme des saisons, je prends plaisir à les contempler et j'apprécie tout particulièrement Calliope, muse de la poésie épique et de l'éloquence.

     

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    Calliope, mère du poète Orphée dont elle arbore la lyre, épouse d’Apollon, dieu du soleil et de la lumière... Les poètes de l'Antiquité aimaient particulièrement l'évoquer.

     

    L'année de création de ce beau marbre est inconnue.

     

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    Attribuée au sculpteur, professeur et directeur de l'Académie Royale des Beaux-Arts de Carrare Ferdinando Pellicia (1808-1890 ou 1892), Calliope aurait été rapportée en France après le siège de Sébastopol, en 1855 ou 1856, par le Maréchal Aimable Pélissier (1794-1864). Le Maréchal fut fait duc de Malakoff par l'empereur Napoléon III, en remerciement de sa victoire sur l'armée russe.

     

    Calliope aurait été conservée à l'Orangerie des Tuileries, parmi un dépôt de marbres réalisés d'après l'antique, jusqu'en 1890.

     

    Sur le site du Sénat, il est fait état de sa « présence » au jardin du Luxembourg en 1902.

     

    A proximité de la jolie muse, on rencontre une « Vénus au dauphin » dont l'auteur n'est pas identifié.

     

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    La date de création est également inconnue. Ce marbre réalisé d'après l'antique fut installé au Luxembourg sous le Premier Empire.

     

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    Représenté de manière fantastique, le dauphin, fidèle compagnon de la déesse de l'amour et de la beauté, est associé aux fluides de vie, à la luxuriance mais aussi à la mort et à l'ambivalence de l'eau... Vénus incarne la vie mais elle est également, ne l'oublions pas, une déesse psychopompe.

     

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    Quelques pas me conduisent à une « Flore tenant une couronne ».

     

    Déesse des fleurs sauvages et des fleurs cultivées, protectrice de la jeunesse et suzeraine du Printemps, Flore brandit la couronne d'inspiration poétique, emblème de joie et de fertilité associé aux Floralies, fêtes du renouveau de la Nature qui se déroulaient aux alentours du 15 avril.

     

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    Comme pour la « Vénus au dauphin », l'auteur de l’œuvre n'est pas identifié. La date de création est inconnue. Ce marbre réalisé d'après l'antique était visible au Luxembourg sous le Premier Empire.

     

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    Il existe deux marbres de Flore au Luxembourg, un situé à l'ouest et l'autre installé à l'est du bassin. J'ai photographié, à l'ouest, celui qui a le moins subi les affres du temps.

     

    Autour du Grand Bassin, les statues masculines n'ont pas été oubliées. En longeant l'eau, on aperçoit « Marius debout sur les ruines de Carthage ».

     

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    Ce marbre -pudique wink2- fut commandé, par le Ministère de l'Intérieur, au sculpteur Nicolas-Victor Alain (1818-1899). Figurant au Salon de 1861, il fut également présenté à l'Exposition Universelle de 1867.

     

    L’œuvre, empreinte d'élégance et de belle simplicité dans les détails (draperie, casque...), rend hommage au général et homme d’État romain Caius Marius (157-86 avant J.-C.), élu sept fois consul, qui passa à la postérité en réformant l'armée romaine (il restructura les légions en différentes cohortes) et en remportant un nombre conséquent de victoires militaires.

     

    Marius favorisa aussi, dans les institutions, le recrutement des proletarii, citoyens qui n'étaient pas propriétaires terriens et fut l'époux de Julia Cæsaris, la tante de Jules César.

     

    Un peu plus loin, c'est « le dieu Vulcain qui présente les armes issues de sa forge ».

     

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    Ce marbre, réalisé en 1780, fut commandé à Charles Antoine Bridan (1730-1805), artiste qui avait remporté le Premier Prix de Sculpture, en 1754, avec un sujet consacré au Massacre des Innocents.

     

    La statue est présente au Luxembourg, près du bassin, depuis 1781, comme en attestent plusieurs inventaires. Son modèle en plâtre a figuré au Salon de 1777.

     

    Vulcain est le dieu latin du feu et du fer, émanation du dieu grec Héphaïstos, seigneur des volcans. Il règne, sous l'Etna, sur la forge mythique des Olympiens où naissent les traits de foudre de Zeus/Jupiter. Son pouvoir se nourrit du feu bienfaisant des activités humaines. Il favorise le Commerce et l'Industrie mais peut aussi répandre sur la terre le feu destructeur des profondeurs. Aimé et craint, on l'invoquait pour repousser les incendies et se protéger des maladies fébriles.

     

    A plusieurs égards, il diffère d'Héphaïstos mais je vous en reparlerai car ce thème est trop inspirant et complexe pour être traité dans un article qui évoque bien d'autres choses.

     

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    De part et d'autre du Grand Bassin, sur la verte pelouse, se dressent deux colonnes surmontées chacune d'une statue. Vigies qui apportent une touche supplémentaire de charme à la mise en scène des lieux.

     

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    Dans mon précédent article, vous avez vu de loin une « Vénus sortant du bain ». Chaque fois que j'ai tenté de zoomer sur elle, avec l'orientation de la lumière, que ce soit en début ou en fin de journée, ça n'a jamais fonctionné... J'ai pu mieux photographier la deuxième colonne et son « passager ».

     

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    Au sommet de celle-ci veille une statue de « David vainqueur de Goliath, qui est considérée comme la plus ancienne statue du jardin.

     

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    En 1993, la statue originale, dont l'auteur est inconnu, a été remplacée par un moulage et placée, après restauration, dans une galerie du Sénat.

     

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    La photo est un peu floue mais je l'apprécie...

     

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    Cette promenade se termine avec des vues du Grand Bassin, au crépuscule d'une belle et chaude journée d'automne...

     

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    Poésie des formes, ivresse des reflets... Un des palmiers dattiers fait concurrence à la tour Montparnasse qui ressemble à un Lego géant.

     

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    « Luco »... Je sais que vous l'aimez, ce merveilleux jardin qui est l'un de mes sujets de prédilection ! Mêlés à un patrimoine végétal superbe, cent six statues et groupes sculptés décorent ses allées et l'on y ressent, avec intensité, le cycle des saisons...

     

    Plusieurs d'entre vous le connaissent depuis leur enfance. Quant à moi, je l'arpente depuis plus de quinze ans -peut-être même plus- et je ne me lasse jamais de retrouver les fontaines, les grands arbres, le jardin à la française, le jardin à l'anglaise, les kiosques de verdure, les vases et les statues d'un lieu tellement emblématique de l'histoire de Paris... Rendez-vous donc bientôt sous ses ombrages et à l'intérieur du Sénat, dans quelques temps... (J'ai un tri monumental de photos à faire...) En attendant, je vous souhaite de belles journées de Novembre.

     

    Prenez bien soin de vous, gros bisous !

     

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    Encore une fois, voici la vue du Sénat et du Grand Bassin pour le plaisir... Avec des salutations pour madame la mouette et son ami, le dragon de nuages...yes Le voyez-vous ?

     

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     Albert-Joseph Pénot (1862-1930), Départ pour le sabbat, 1910.

     

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    (Image trouvée sur Pinterest)

     

    Lune de chair, liane vivante

    Citrouille d'or à sacrifier

    Sculpter sa peau, ouvrir son ventre

    Rôtir ses entrailles musquées

     

    Bouche remplie de ses viscères

    Dans l'ombre caramélisée

    Sentir la horde des sorcières

    Chevaucher toits et cheminées

     

    Brûler de fièvre et s'élancer

    Cheveux au vent, les doigts humides

    Croupe tendue, sous l’œil avide

    Des dieux qui viennent festoyer...

     

    Cendrine

     

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    Avec mon Amitié, je vous souhaite de belles nuits fantasmagoriques...

     

    Bien à vous, gros bisous et merci de vos adorables petits mots...

    Plume

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    Les sens aux aguets, mon carnet à la main, je m'imprègne en souriant des énergies de l'automne. Les teintes sont chaudes. L'agitation de la rentrée s'est dissipée. Dans la rouille dorée de l'atmosphère, palpitent les forces décroissantes...

     

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    « Luco », bulle verte du Quartier Latin, mélange harmonieux d'allées sinueuses et rectilignes, est un nuancier de pourpre, de brun, de jaune, d'orange, de violet... Cela donne un éclat particulier aux cent six statues qui peuplent ce lieu remarquable...

     

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    Je salue le Faune dansant de monsieur Lequesne... Vous vous en rappelez sûrement car sa plastique et sa propension à la joie et au plaisir, mesdames, ne vous avaient pas laissées indifférentes !

     

     

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    Puis je contemple les arbres qui bordent le chemin : marronniers, châtaigniers, platanes, chênes, savonniers... et je progresse, rêveuse, sur un tapis de feuilles rousses (beaucoup ont déjà été ramassées), en direction du Sénat.

     

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    Dans la lumière automnale, le bâtiment resplendit et la majesté de ses lignes s'accorde à la fine scénographie végétale.

     

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    Le palais fut construit par Salomon de Brosse (1571-1626), petit-fils du célèbre graveur et architecte Jacques Ier Androuet Du Cerceau (vers 1515-1584), pour la reine Marie de Médicis (1575-1642). Veuve d'Henri IV et mère de Louis XIII, nostalgique des charmes florentins du Palais Pitti de son enfance, Marie délaissa le Louvre après l’assassinat du roi. Elle fit l'acquisition d'un vaste domaine qui appartenait la communauté monastique des Chartreux et devint propriétaire de la résidence du Prince de Piney-Luxembourg qui bordait, à quelques encablures, le chemin de Vaugirard.

     

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    Statues qui baignent leurs élégantes formes de marbre blanc dans la lumière d'or... Déesses, dieux, poètes, héros, esprits de la nature et dames illustres de l'Histoire de France nous attendent, au gré d'une série d'articles consacrés à ce merveilleux jardin...

     

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    A partir de 1615, Marie de Médicis fit édifier le palais de style florentin où siège le Sénat. Elle y vécut de 1625 à 1631 et commanda au maître flamand Pierre Paul Rubens (1577-1640) vingt-quatre toiles destinées à illustrer les moments importants de sa vie.

     

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    Une exposition intitulée « Rubens, portraits princiers » est visible au musée du Luxembourg jusqu'au 14 janvier 2018 mais, pour le moment, ce n'est pas notre propos. Revenons devant le Sénat.

     

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    L'édification du palais permit de rattacher le domaine du Luxembourg à la ville de Paris car les terres des Chartreux se trouvaient jusque là excentrées par rapport au reste de la capitale.

     

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    On aperçoit la coupole du Panthéon récemment rénovée, la balustrade de marbre qui borde la terrasse supérieure du jardin, des statues, des vases et de magnifiques Dattiers des Canaries (Phoenix canariensis).

     

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    Au sommet de la colonne, se dresse, depuis 1840, une Vénus sortant du bain, réalisée d'après l'antique et dont l'auteur n'est pas connu. Mon appareil a zoomé autant que possible...

     

     

    Dans quelques jours, nous reviendrons devant le Sénat pour contempler, autour du Grand Bassin, un bel ensemble de statues antiques mais en attendant, je poursuis mon chemin dans la symphonie des couleurs automnales.

     

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    Au rythme de mes pas, les feuilles crissent, craquent, crépitent...

     

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    Arbres et arbustes sont chargés de fruits...

     

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    Je prends la direction du Verger et j'aborde le Pavillon Davioud.

     

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    Ce petit bâtiment qui abritait autrefois un café restaurant appelé « Buffet de la Pépinière »fut construit, en 1867, dans l'enceinte du Jardin du Luxembourg, par Gabriel Davioud (1823-1881), l'un des architectes les plus en vogue à l'époque de Napoléon III.

     

    Le lieu accueille des expositions de peinture et de sculpture, des conférences culturelles, les cours publics et gratuits de l’École d’Horticulture du Luxembourg et les cours payants de la Société Centrale d’Apiculture.

     

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    Je bifurque sur la gauche en direction du Rucher, un endroit que j'apprécie tout particulièrement.

     

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    Créé en 1991 par la Société Centrale d'Apiculture, il perpétue la tradition du rucher-école, fondé en 1856, par Henri Hamet (1815-1889), le père de l'apiculture française.

     

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    Les pensionnaires des lieux sont en pleine effervescence. Elles s'affairent, attirées par les fleurs des grands parterres, les tilleuls et les orangers et n'oublions pas à quel point elles sont précieuses ! Près de 30% des colonies d'abeilles disparaissent chaque année alors souhaitons que l'Union Européenne interdise enfin, de manière définitive, ces ignominies que sont les néo-nicotinoides...

     

    Elles voltigent autour de la petite fontaine destinée à les rafraîchir puis elles vont butiner, si rapides qu'il n'est pas aisé de les photographier. Au Luxembourg, on prend grand soin de ces petites guérisseuses et nourricières, menacées par les pesticides, les O.G.M, les changements climatiques et tellement indispensables à la survie de l'Humanité.

     

    Le miel collecté est vendu, chaque année, en automne, à l'Orangerie.

     

     

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    Environnée de bourdonnements dorés, je continue ma route vers le Verger et je longe une pelouse où se dresse un émouvant groupe sculpté appelé « Joies de la Famille ». Je vous l'avais montré, il y a quelques années...

     

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    Cette description d'un couple amoureux et de leur enfant penché vers un petit chien, emblème de fidélité conjugale (entre autres vertus attribuées à nos amis canins) est très avenante mais il serait appréciable de restaurer le bras du pauvre bébé...

     

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    Son auteur, Horace Daillion (1854-1946) présenta au Salon de 1885 un modèle en plâtre appelé « Bonheur » et l'ensemble définitif en marbre, doté d'un nouveau nom, fut apprécié à l'Exposition Universelle de 1889.

     

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    Le ciel est changeant... Le bleu, tantôt se dissipe, tantôt réapparaît... Plus intense ou plus clair... Magie d'automne et couleurs enivrantes... La brume qui m'a accompagnée pendant un certain temps cède la place à une agréable éclaircie.

     

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    Me voici arrivée au Verger ou Pépinière de Paris où pommiers et poiriers en espalier donnent de luxuriantes récoltes. Les jardiniers du Luxembourg y travaillent assidûment et leurs cours d’horticulture, dispensés au Pavillon Davioud, sont très réputés.

     

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    Le Verger se déploie sur une partie de l'ancienne pépinière des Chartreux, riche d'une exceptionnelle collection d'arbres fruitiers. La « pépinière impériale du Luxembourg » fut instituée à l'emplacement de l'ancienne pépinière de la Chartreuse par Jean-Antoine Chaptal (1756-1832), comte de Chanteloup et ministre de l'Intérieur de Napoléon Ier et un cours « public et gratuit pour la culture des arbres fruitiers » fut créé, en 1809, par son successeur : Emmanuel Cretet, comte de Champmol.

     

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    La pépinière fut déplacée, quelques années plus tard, lors du percement de la rue Auguste Comte, une rue importante du Quartier Latin, dans le cadre des grands travaux haussmanniens, mais en 1866, sur un subtil tracé du célèbre paysagiste Jean-Pierre Barillet-Deschamps (1824-1873), elle fut replantée à l'endroit où je me promène actuellement.

     

     

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    « Un verger conservatoire de variétés et de formes fruitières comprenant plus de six cents variétés de pommes et de poires. On y trouve près d'un millier de plantes, arbres et arbustes. »

     

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    Et voilà, chers amis, notre promenade touche à sa fin... Après quelques facéties d'Halloween, je vous donne rendez-vous en novembre devant le Grand Bassin... Passez d'agréables moments en compagnie de vos proches. Merci de votre fidélité, grosses bises et à très bientôt !

     

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    Encore de gros bisous...

    Plume

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