•  

    Image001.jpg

     

    Au carrefour de la rue Saint-Dominique (numéro 123) et de l'avenue Bosquet, dans le VIIe arrondissement de Paris, je vous invite à découvrir l'une des plus prestigieuses demeures « Belle-Époque » de la capitale.

     

     L'histoire des lieux commence à partir de 1866 lorsque la comtesse Amédée de Béhague (1807-1885), fit construire un « Grand Hôtel » de style classique, par l'architecte Gabriel-Hippolyte Destailleur (1822-1893).

     

     En 1868, le fils d'Amédée, le comte Octave de Béhague (1827-1879) fit bâtir à proximité de ce « Grand Hôtel » un « Petit Hôtel » et, quelques années plus tard, de la réunion de ces deux édifices naquit un lieu d'une impressionnante beauté, appelé « la Byzance du VIIe arrondissement ».

     

     

    Image002.jpg

     

    Ce palais parisien fut aménagé, entre 1893 et 1904, par Walter-André Destailleur (1867-1940), fils de Gabriel-Hippolyte Destailleur, à l'initiative de Martine Marie Pol de Béhague (1869-1939), comtesse de Béarn et fille du comte Octave.

     

     

    Image003.jpg

    Portrait de Martine de Béhague, l'auteur est inconnu.

     

    La Comtesse était un sacré personnage ! Collectionneuse, mécène, voyageuse accomplie, douée pour l'écriture et le théâtre, elle accueillit dans sa demeure des invités prestigieux à l'instar de Verlaine, Gabriele D'Annunzio, Isadora Duncan, Marcel Proust, Auguste Rodin ou encore Paul Valéry qui devint son bibliothécaire !

     

     

    Image004.jpg

     

    Après sa mort en 1939, l'État Roumain fit l'acquisition de l'hôtel pour y transférer son ambassade qui était jusque là située avenue de Wagram. La « Byzance » fut alors transformée en forteresse et rebaptisée « Ambassade de la Honte » pendant plusieurs décennies. On y séquestra, on y tortura, on y assassina... le sujet n'est pas le bienvenu dans le pays dit des Droits de l'Homme. Il est très difficile voire impossible de trouver des documents associés à ce qui s'est passé.

     

    En décembre 1989, la Révolution Roumaine conduisit à la chute du Communisme et à l'exécution des époux Ceausescu. L'hôtel fut « nettoyé de ses pièces sinistres » et quelques temps plus tard, il rouvrit ses portes au public, presque comme si de rien n'était. Il est toujours considéré comme l'un des plus remarquables hôtels particuliers de Paris.

     

     

    Au fil de la demeure...

     

    Image005.jpg

     

    On y pénètre par une double porte cochère et une imposante façade en belle pierre de taille, ornée de sculptures à l'aspect fantastique, se dresse devant nous.

     

    Image006.jpg

     

    Image007.jpg

     Visages de femmes ornés de grandes ailes, démons séducteurs qui protègent les secrets du lieu... Ne sommes-nous pas à l'ambassade de Roumanie ?

     

     

    Image008.jpg

     Nous sommes accueillis -très gentiment- par les agents dans le vestibule où les célébrités mondaines se donnaient rendez-vous pour festoyer sur les « terres urbaines » de la Comtesse.

     

     

    Image009.jpg

     

    Baignant dans une lumière douce, le décor nous dévoile son élégante qualité : un portrait féminin dont l'auteur n'est pas mentionné et une toile anonyme du XVIIe siècle : la Mise au Tombeau du Christ.

     

     

    Image010.jpg

     La Mise au Tombeau. (Il n'était pas facile de prendre des photos en raison de l'éclairage et l'usage du flash était, cela va de soit, interdit.)

     

     

    Image011.jpg

     Le vestibule conduit au hall d'honneur qui s'ouvre sur le jardin, lieu romantique, agrémenté d'une colonnade ionique qui hélas ne se visite pas.

     

     

    Image012.jpg

     Un grand miroir devant lequel se dresse le Rapt de Ganymède, œuvre en marbre anonyme du XVIIIe siècle, donne à la pièce un majestueux effet de profondeur.

     

    Image013.jpg

     Les dieux choisirent Ganymède, le plus bel adolescent vivant sur terre, pour être l'échanson de Zeus. Le maître de l'Olympe, qui en tomba éperdument amoureux, lui offrit la jeunesse éternelle et se transforma en aigle pour l'enlever dans les airs.

     

    Ganymède est associé à la constellation du Verseau.

     

    Image014.jpg

     

     

    Le hall mène à l'Escalier d'Honneur, merveille de marbre polychrome, de dorures et de fer forgé qui s'inspire de l'Escalier de la Reine à Versailles, bijou datant de 1680.

     

    Image015.jpg

     

    J'ai fait de mon mieux pour photographier cet espace mais sans le flash, j'ai surtout obtenu des photos floues. Elles vous donneront quand même une idée de la magnificence des lieux.

     

    Image016.jpg

     

    Image017.jpg

     

    J'en ai réussi quelques unes et j'ai collecté les autres sur le net. Si quelqu'un souhaite que je retire sa photo, il suffit de me le demander.

     

    Image018.jpg

    Image trouvée sur Pinterest, je n'en connais pas l'auteur.

     

     

    Image019.jpg

    Photo www.parisdeuxième.com

     

     

    Image020.jpg

     

     

    Au sommet de l'escalier, se dévoile une imposante sculpture : le Temps emportant l'Amour, haut-relief de quatre mètres de hauteur, réalisé en 1898, par le sculpteur Jean Dampt (1854-1945).

     

    Image021.jpg

     

    Image022.jpg

     

    Image023.jpg

     

     

    A proximité de l'impressionnante sculpture, le sol et le mobilier sont, comme dans tout le reste de la demeure, magnifiques...

     

    Image024.jpg

     

     

    Image025.jpg

     

    Nous évoluons sur ce gracieux damier et, quelques mètres plus loin, la Salle de Bal, aménagée en 1897, nous accueille dans son écrin de lambris vert et or datant du XVIIIe siècle.

     

    Image026.jpg

     

    Ces panneaux de style néo-rocaille ont été achetés dans différentes ventes aux enchères et soigneusement assemblés pour offrir aux visiteurs une cohérence esthétique. Les grandes portes viennent de résidences royales mais on ignore d'où précisément.

     

    Image027.jpg

     

    Les dessus de porte sont peints dans le style de Jan Brueghel l'Ancien, dit Brueghel de Velours (1568-1625), peintre baroque flamand et l'ensemble fait référence à l'une des merveilles du Marais : l'Hôtel de Soubise où se situent les Archives Nationales.

     

    Image028.jpg

     

    Boiseries d'apparat ornées de motifs d'inspiration rocaille : coquilles, entrelacs, oves, masques, palmettes, rinceaux, grappes de raisin, trophées de musique et d'art...

     

    Image029.jpg

     

    Image030.jpg

     

    Image031.jpg

     

    Image032.jpg

     

    Image033.jpg

     

    En quittant la Salle de Bal, nous traversons un petit salon octogone aux boiseries trop fragiles pour être photographiées et nous entrons dans la Salle à manger, parée de marbres polychromes et de savants trompe-l’œil.

     

    Image034.jpg

     

    On y découvre une niche dans laquelle se love une fontaine.

     

    Image035.jpg

    Fontaine dont la double vasque est dominée par un masque baroque, celui du dieu Neptune.

     

    Image036.jpg

     

    Image037.jpg

    Au-dessus de la fontaine, on admire un relief inspiré de la sculpture versaillaise du Grand Siècle.

     

    Image038.jpg

    Décor bucolique agrémenté de nymphes, un travail remarquable de finesse.

     

    Image039.jpg

     

    Face à la fontaine, les visiteurs restent bouche-bée devant l'apparition d'un chef d’œuvre inestimable : La Naissance de Vénus de François Boucher (1703-1770), peintre emblématique des élégances et de la sensualité de l'art au XVIII siècle.

     

    Image040.jpg

     

    L’œuvre datée de 1731 nous ravit par l'expression d'une féminité voluptueuse. Dans cet univers rocaille où la nacre des chairs palpite sous des glacis délicats, la femme est sublimée par la touche amoureuse de l'artiste, « pourvoyeur en plaisir » au cours des fêtes privées du roi Louis XV.

     

    Pour la petite histoire, trois peintres m'ont « incitée » à entreprendre des études de l'art : Antoine Watteau, François Boucher et Jean-Honoré Fragonard. J'ai étudié leurs œuvres pendant deux décennies et je m'émerveille dès que mon regard se pose sur elles, comme si c'était la première fois...

     

    Image041.jpg

     

    La suite de la visite nous conduit vers le théâtre byzantin, haut lieu de culture musicale. Le lieu est extrêmement sombre et très difficile à photographier. J'ai donc collecté une photo sur le site de l'Institut Roumain.

     

    Image042.jpg

    Institut Roumain.fr

     

    Conçu par Gustave Gerhardt, Grand Prix de Rome d'Architecture, pour ressembler à une basilique byzantine, ce théâtre a accueilli des invités prestigieux à l'instar de la danseuse Isadora Duncan ou de Gabriel Fauré qui y dirigea son Requiem. Malheureusement modifié en 1954, il est aujourd'hui très abîmé et dans l'attente d'une restauration. Quarante millions d'euros sont vraisemblablement nécessaires pour lui redonner son lustre d'antan.

     

    Image043.jpg

     

    Image044.jpg

     

    Après le théâtre, nous devons nous extraire de notre rêverie. Nous n'accédons pas au deuxième étage où se situent les bureaux de l'ambassadeur. Nous n'apercevons que de loin un somptueux escalier (somptueux... je pèse mes mots !) habillé de boiseries de chêne datant du XVIIIe siècle. Les photos sont interdites.

     

    Un petit ascenseur a été aménagé au pied de l'escalier. Il conduit à la bibliothèque de la Comtesse (impossible à visiter), ovale et précieuse à l'instar d'un boudoir. La Comtesse y conservait des trésors : manuscrits médiévaux, brouillons d'ouvrages prestigieux, premières éditions dédicacées et son bibliothécaire, comme je l'ai écrit plus haut, n'était autre que « l'immense » écrivain Paul Valéry (1871-1945).

     

    J'ai zoomé discrètement sur l'une des boiseries, le résultat est un peu flou mais on se fait une idée...

     

    Image045.jpg

     

    L'heure est venue de traverser un long couloir car un escalier nous attend pour nous conduire, de manière feutrée, vers la sortie.

     

    Image046.jpg

     

    Image047.jpg

     

    Image048.jpg

     

    Image049.jpg

     

    En espérant vous avoir fait plaisir avec cette exploration de l'une des plus prestigieuses demeures de Paris, je vous souhaite de très belles journées de printemps. Merci de votre fidélité et une nouvelle fois, merci de votre soutien lorsque mon blog n'était plus accessible. A bientôt, gros bisous !

    Plume

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    44 commentaires
  • Image001.jpg

    Au numéro 14 de la rue Saint-Julien le Pauvre, face à la petite église orthodoxe dont je vous ai parlé ICI, se dressent les élégants vestiges de l'Hôtel de Laffemas. Cette demeure du XVIIe siècle fut édifiée pour Isaac de Laffemas (1583-1657), lieutenant civil de la Prévôté de Paris, avocat, maître des requêtes et conseiller au Parlement de Bordeaux, à l'emplacement d'un bâtiment du XIVe siècle : la Maison de Carneaulx dont il subsiste quelques pierres incluses dans un morceau de façade.

     

    Image002.jpg

     

    Image003.jpg

     

    L'hôtel ne se visite pas mais le fronton de sa porte monumentale est classé. Il abrite des sculptures de belle facture.

     

    Image004.jpg

     Thémis, la déesse de la Justice, de l'Ordre et de la Loi, est étendue entre des branches d'olivier. Accompagnée d'un angelot qui brandit une rose, elle tient la balance de l'Équité.

     

    Image005.jpg

     Sa présence se réfère aux hautes fonctions juridiques exercées par le maître des lieux.

     

    Image006.jpg

     Fille de Gaïa, la déesse de la Terre, Thémis eut avec Zeus, le seigneur des Olympiens, trois filles nommées Équité, Loi et Paix Universelle. Considérée comme une entité clairvoyante et une gardienne des secrets, elle est également décrite dans certains textes comme la mère du titan Prométhée. La fleur qu'elle serre dans sa main droite évoque l'irrémédiable fuite du temps alors qu'au fil des époques, la justice perdure.

     

    Image007.jpg

     

    Image008.jpg

    Une belle agrafe sculptée domine la porte.

     

    Image009.jpg

     Le visage que nous observons est celui du héros Hercule paré de la dépouille du Lion de Némée. Ce motif est récurrent au-dessus des entrées de manoirs et d'hôtels particuliers.

     

    Image010.jpg

     Surtout connu pour ses activités de lieutenant civil et criminel de la Prévôté de Paris, à partir du 10 mars 1637, Isaac de Laffemas était un singulier personnage qui s'illustra dans sa jeunesse en tant que poète, acteur, dramaturge et auteur de Mazarinades.

     La mazarinade est un pamphlet satirique, un libelle en prose burlesque publié à l'époque de la Fronde et visant le cardinal Mazarin (1602-1661). Il y eut des mazarinades particulièrement assassines et d'autres écrites en faveur du ministre afin de contrer les accusations des frondeurs.

     Avocat au Parlement de Paris, Isaac de Laffemas devint conseiller du roi en 1613 et procureur en la chambre de justice en 1620. Dès qu'il entra au service du cardinal de Richelieu (1585-1642), il fut violemment décrié et quand il devint, après 1625, maître de requêtes au conseil privé du roi, ses détracteurs le firent convoquer devant ses pairs.

     Malgré les oppositions farouches qu'il rencontra, il prouva que son passé artistique était compatible avec de hautes fonctions politiques et il occupa, soutenu par Richelieu, d'autres postes élevés : conseiller au parlement de Bordeaux, intendant en Champagne, dans le Pays Messin, dans la généralité d'Amiens...

     L'Histoire a essentiellement retenu son comportement implacable envers les ennemis du Cardinal. À l'origine de la torture et de l'assassinat d'un grand nombre de personnes, il reçut les surnoms de « maître étrangleur » et de « bourreau de son Éminence ».

     Victor Hugo (1802-1885) écrivit à son sujet dans la pièce Marion Delorme, créée le 11 août 1831 au théâtre de la Porte Saint-Martin : « Démon, j'ai dans les yeux la sinistre flamme de ce rayon d'Enfer qui t'illuminait l'âme. »

     

    Image011.jpg

     Marion Delorme relate l'histoire d'une courtisane qui vécut sous le règne de Louis XIII (1601-1643). L'affiche est signée Léon Choubrac (1847-1885).

     

     Qui sait si le fantôme d'Isaac de Laffemas ne continue pas de hanter les couloirs de l'hôtel où il vécut ?

     

    Image012.jpg

     Le portail et les vestiges de sa demeure, photographiés en août 1899 par Eugène Atget (1857-1927). Paris, Musée Carnavalet. Les vieilles friches des dépendances de l'Hôtel-Dieu sont visibles au premier plan.

     

    Image013.jpg

     Le portail apparaît sur cette autre photographie d'Atget, prise avant la démolition du mur de l'annexe de l'Hôtel-Dieu. A cet emplacement, s'étend désormais le Square Viviani.

     

    Image014.jpg

     La rue Galande et la rue Saint-Julien le Pauvre en 1895, photographiées par Charles Marville (1813-1879). On aperçoit le portail de l'Hôtel de Laffemas.

     

    Image015.jpg

     Et sur ma photo, émanation d'un passé complexe et tourmenté, il se dresse encore.

     

    Image016.jpg

     La rue Saint-Julien le Pauvre, riche de monuments ancrés dans la mémoire du vieux Paris, est agréable et pittoresque, comme un petit coin de village niché dans la ville.

     

    Image017.jpg

     Juste à côté de l'Hôtel de Laffemas, on aperçoit cette devanture.

     

    Ribouldingue est un mot populaire qui signifie faire la bringue, la java, la noce, la nouba, la foire... Quand on fait la ribouldingue, -on -riboule et on dingue, d'après de vieux langages régionaux-, on fait bombance sans modération !

     

    Image018.jpg

     Ribouldingue, Croquignol et Filochard sont les trois Pieds Nickelés, héros d'une BD caustique et pleine d'aventures comico-féroces qui fit voyager les lecteurs pendant la Première Guerre Mondiale, l'Exposition Coloniale de Paris en 1931 ou encore la Prohibition aux États-Unis.

     

    Sur le web, le restaurant Ribouldingue est présenté comme fermé depuis quelques temps.

     

    En vous remerciant de votre fidélité, je vous souhaite de belles journées de décembre et une joyeuse Saint-Nicolas. Gros bisous !

     

    Image019.gif

    Plume

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    46 commentaires
  •  

    Image001.jpg

     

    A Vincennes, sur le chemin que l'on emprunte pour se rendre au château, se dévoilent de remarquables éléments d'architecture. Marquons une pause là où la rue de Montreuil rencontre la rue de Villebois-Mareuil et prenons le temps de contempler ce bâtiment Art Nouveau. A quelques encablures de la forteresse des rois de France et de l'élégant Parc Floral, il s'élève comme une sorte de vigie et nous séduit par sa polychromie, la richesse de son décor, la puissance et la fluidité de ses lignes.

     

    Image002.jpg

     

    Vous apprécierez le traitement de l'angle en pan coupé et les deux colonnes d'inspiration corinthienne appuyées sur un balcon ouvragé.

     

    Image003.jpg

     

    Il fut construit, en 1899, par Georges Malo, personnalité de l'histoire de Vincennes, à la fois architecte, promoteur et propriétaire du terrain mais je précise qu'il n'existe pas de véritable documentation à son sujet, en dépit du rôle important qu'il joua dans la ville. Il n'existe pas non plus de documentation fournie accessible à propos de cet immeuble. Je me suis donc lancée avec mes connaissances d'historienne de l'art en faisant ma propre étude.

     

    Image004.jpg

     

    L'immeuble est une harmonie de tons chauds, mêlés de notes précieuses et froides. La couleur turquoise, lumineuse et océane, domine les fenêtres et s'accorde à loisir avec les enroulements des magnifiques fers forgés.

     

    Image005.jpg

     

    Les façades se caractérisent par de multiples jeux d'animation dont la présence d'élégants bow-windows, la variété des matériaux utilisés (pierre de taille, brique vernissée, métal, céramique glaçurée, grès flammé) et le côté précieux des ornements que l'on aperçoit.

     

    Image006.jpg

     

    Lanternons et cabochons aux nuances bleutées, sont d'une superbe qualité.

     

    Image007.jpg

     

    Vous observerez la marque de l'ancienne fonderie de bronze et de fer Muller Roger et Cie, qui fabriquait, entre autres à Noyon (Picardie), des baignoires émaillées et qui devint Société générale de Fonderie puis société Jacob Delafon.

     

    Image008.jpg

     

    L'architecte a particulièrement soigné les détails de sa résidence personnelle...

     

    Image009.jpg

     

    ...comme en témoignent les agrafes sculptées soutenant ce petit balcon, les volutes et les effets de liane, les savants jeux de courbes et de contre-courbes.

     

    Image010.jpg

     

    Image011.jpg

     

    Un jeu subtil s'élabore entre l'architecture et le décor. En caressant la façade du regard, on découvre des tournesols, des feuilles de chardon et des arbres de vie.

     

    Image012.jpg

     

    L'architecture des immeubles Art Nouveau est toujours dotée d'une peau aux reliefs subtils, à la fois protectrice et ornementale. Le mouvement y est essentiel.

     

    Image013.jpg

     

    Ainsi, les ondulations de ces tiges de fleurs de tournesol sont caractéristiques de ce qu'on appelle la « ligne coup de fouet ». Une forme d'art que ses détracteurs qualifièrent de « style nouille » ou « style spaghetti » alors qu'il s'agit d'une véritable écriture ornementale.

     

    Image014.jpg

     

    L'Art Nouveau porte des noms différents selon les pays (Modern Style en Angleterre, Jugendstil en Allemagne, Sezessionstil en Autriche, Modernismo en Espagne, Style Floréal ou Liberty en Angleterre...) mais les thèmes floraux sont toujours à l'honneur.

     

    Image015.jpg

     

    Les fleurs ont une importance esthétique majeure, comme dans le mouvement Arts and Crafts en Angleterre, mouvement réformateur utopiste fondé par William Morris (1834-1896), en 1861, qui engendra, aux alentours de 1880, une vision de l'art fondée sur l'importance de l'artisanat et la glorification de l'ouvrier. Elles serpentent, avec luxuriance et subtilité, à des endroits bien précis de la façade, soulignant les lignes de force de l'architecture et, dans le cas de cet immeuble, elles semblent aussi rappeler la proximité de la forêt, la puissance et la vitalité des arbres entourant le château.

     

    Image016.jpg

     

    La rue de Montreuil et ses alentours étant particulièrement riches de belles choses à contempler, je vous propose de continuer cette promenade, dans les prochains jours. J'ai repéré d'autres immeubles de Georges Malo, notamment au 36, avenue des Minimes, à proximité de la forteresse des rois de France mais ceci est une autre histoire...

     

    Merci de votre fidélité, je pense bien à vous !

    Plume

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    59 commentaires
  •  

    Image1

     

     

    Ce bel édifice néogothique se dresse dans la forêt domaniale de Chantilly, face à l'étang de la Loge, près de la commune de Coye-la-Forêt. Au XIIIe siècle, les moines convers de l'abbaye de Châalis ont aménagé quatre étangs dans la vallée de la Thève, les étangs de Commelles.

     

    Image2

     

    Image3

     

     

    On chemine vers ces vastes plans d'eau depuis la gare d'Orry la Ville/Coye-la-Forêt, située dans le département de l'Oise, à environ 35 km au nord de Paris. Accessible par la ligne D du RER et par le réseau TER Picardie, elle est appréciée par de nombreux randonneurs.

     

    Image4

     

    De belles portes et des fenêtres en ogive, des tourelles crénelées, une atmosphère de conte de fées... le château témoigne d'une inspiration romantique et de la vogue de l'époque pour le néogothique d'origine anglaise.

     

     

    Histoire du Château

     

    En 1293, Pierre de Chambly, le seigneur de Viarmes, acheta à l'abbaye de la Victoire les bois et les étangs de Chantilly et fit construire un logis, flanqué de quatre tourelles, au bord de l'eau.

    En 1406, ses héritiers cédèrent au duc Louis d'Orléans, le frère du roi Charles VI, le bâtiment, les viviers à poissons créés par les moines et le bois environnant. Le duc transmit l'ensemble aux Célestins de Paris. En 1412, l'abbaye de Royaumont fit l'acquisition du domaine et la « Loge » fut agrémentée d'un moulin.

     

    En 1658, Toussaint Roze, marquis de Coye et secrétaire du cabinet de Louis XIV, devint le propriétaire des lieux. Quand il mourut, en 1701, sa fille vendit l'ensemble au Prince Henri-Jules de Bourbon-Condé.

     

    En 1788, Mandrou de Villeneuve, « manufacturier établi à Coye » acheta la « Loge de Viarmes » pour y installer un moulin à papier.

     

    Après une période chaotique, le domaine fut racheté en 1823 par le duc Louis VI Henri de Bourbon-Condé, dernier prince de Condé. Il sollicita l'architecte Victor Dubois pour transformer l'ancien moulin en un petit château d'inspiration médiévale, destiné à devenir une halte de chasse.

     

    N'ayant pas d'héritiers, il transmit ses biens, en 1830, à son filleul, le duc d'Aumale, fils du roi Louis-Philippe. En 1897, le domaine fut légué à l'Institut de France.

     

    Au fil des siècles, le bâtiment et ses dépendances changèrent plusieurs fois de fonction et d'aspect: moulin de tanneur en 1426, (on y lavait les peaux et on y travaillait les cuirs) moulin à fouler le drap, à foulon ou à maillets en 1533, moulin à blé en 1765, manufacture de papier en 1787.

     

    A partir de 1825, Victor Dubois détruisit les constructions annexes pour créer une fantaisie néogothique inspirée par le séjour du duc de Bourbon en Angleterre pendant la Révolution. L'élégant rendez-vous de chasse devint incontournable pour la bonne société.

     

    Image5

     

     

    Le nom attribué à ce « castel de fantaisie » se réfère à la mère du roi Saint-Louis, la reine Blanche de Castille, mais il semble qu'elle n'y ait jamais séjourné.

     

    Le balcon sculpté est soutenu par des consoles en forme d'animaux fantastiques.

     

    Image6

     

     

    Trois statues de chevaliers ont été sculptées par Messieurs Boichard et Thierry et placées sur la façade en 1828.

     

    Plus1.jpg

     

    Les aménagements intérieurs:

     

    Le château, qui ne se visite pas, se compose de deux pièces voûtées sur croisées d'ogives: un salon au rez-de-chaussée et une salle à manger au premier étage. En 1826, les murs ont été recouverts de tissus irlandais de couleur verte.

     

    Une cheminée sculptée accueille les privilégiés dont nous aimerions beaucoup faire partie... Le décor est riche, de style gothique flamboyant, et le mobilier raffiné. Les fauteuils et les chaises ont de magnifiques dossiers sculptés qui ressemblent à « des stalles de cathédrale ». Une grande table de chêne, aux pieds voûtés en ogives, trône au milieu de la pièce.

     

    Image7

     

     

    Le lieu est magnifique. Nous l'avons découvert par une belle journée ensoleillée mais je suis impatiente d'y revenir un jour de brume et de ressentir son atmosphère ensorcelante et mélancolique.

     

    Alors que nous savourions des sucreries face à l'étang, j'ai entendu le vent, l'espace d'un moment, chuchoter au creux de mon oreille. Il y versait un langage doux et sibyllin, mêlé des murmures de l'eau. Je me suis interrogée... l'esprit plus ouvert encore, entendrais-je la voix d'un être féerique?

     

    Le royaume aquatique de la Reine Blanche

     

    Image8

     

     

    Même s'il apparaît vraisemblable que Blanche de Castille n'ait pas vécu dans le château, son empreinte « matriarcale » se dessine, de manière poétique, dans le paysage et le nom de cette reine drapée dans l'Histoire éveille un désir de mystère.

     

    Dans ce monde de lumière, de chatoiements et de plantes aquatiques, on peut s'attendre à voir surgir la Nisse, croquemitaine des eaux, prête à happer l'imprudent et à l'entraîner sous les herbes profondes et les tourbillons mystérieux.

     

    On rêve aussi de chasses sauvages dans un ciel de tempête, d'antiques voies sacrées, d'un réseau étoilé de routes légendaires qui s'enfoncent dans la vieille forêt de Chantilly, de biches et de cerfs blancs traversant les anciens mondes celtiques...

     

    Image9

      Racines mystérieuses...

     

    Au XVe siècle, d'après un plan issu des archives du château de Chantilly, l'étang de la Loge se nichait entre deux larges chaussées où se dressaient des moulins: « la Loge Chapron en amont » et « la Loge de Viarmes en aval ». Au-delà de la Loge de Viarmes se situe l'étang de la Troublerie, lieu propice aux superstitions. Il abordait jadis le « chemin ferré de Saint-Martin » (actuelle Chaussée Brunehaut) qui « desservait Coye ».

     

    Saint-Martin était le patron du royaume mérovingien et le protecteur du peuple franc. Il est particulièrement fêté, le 11 Novembre, dans le Nord de la France où son culte populaire révèle une longue tradition de partage de vêtements et de nourriture. Des rituels magiques, des coutumes pittoresques et des processions nocturnes aux flambeaux lui sont associés. A cette occasion, les enfants et les adultes fabriquent des lanternes fantastiques avec des courges, des betteraves, des potirons ou des pommes de terre qu'ils creusent et éclairent grâce à des petites bougies. A l'équinoxe d'automne, à la période de Samain/Halloween, au début du cycle hivernal, les célébrations de la Saint-Martin marquent leur empreinte dans le paysage. Des silhouettes fantastiques empruntent les fameux « chemins ferrés », à la frontière de la réalité et du conte...

     

    Brunehilde ou Brunehaut (547-613) était une princesse wisigothe qui épousa Sigebert 1er, le roi des Francs en Austrasie. Elle apparut comme l'instigatrice d'une sorte de « vendetta » ou faide opposant Sigebert à son frère Chilpéric.

     

    La faide (fehde en allemand), en vigueur dans les anciennes sociétés germaniques, consistait à exercer une vengeance de nature « privée » sur un individu reconnu coupable par un tribunal public.

     

    Les livres d'histoire ont immortalisé les luttes fratricides et les intrigues de Brunehaut et de Frédégonde, l'épouse de Chilpéric.

     

    Assassinée dans de terribles conditions, Brunehaut est considérée comme une reine damnée. Ses soldats la livrèrent à Clotaire II, l'unificateur du royaume Franc, fils de Frédégonde et de Chilpéric. Pendant trois jours, Brunehaut fut soumise aux brimades des hommes de troupe et finalement attachée par les cheveux à la queue d'un cheval.

     

    D'après la légende, une pierre géante en grès fut édifiée, en guise de tombeau, pour son corps déchiqueté, là où s'arrêta la course endiablée du cheval. Cette Pierre Brunehaut se dresse en Belgique, près de Hollain, à la croisée de « six chemins ».

     

    L'expression « Chaussée Brunehaut » évoque, depuis l'époque médiévale, un ensemble de routes mystérieuses qui auraient relié, suivant un tracé rectiligne, certaines cités de la Gaule. Ces routes énigmatiques ont suscité de nombreuses spéculations et controverses.

     

    Les Chaussées Brunehaut sont-elles d'anciennes pistes néolithiques, des voies gauloises empruntées et restaurées par les Romains, des réseaux d'énergie tellurique révélés par un puissant archidruide, des routes tracées par le corps supplicié de Brunehaut ou d'autres légendaires chemins?

     

    D'après d'anciennes inscriptions retrouvées sur des stèles ou des colonnes commémoratives, elles seraient des voies construites par les Romains et restaurées par l'infortunée Brunehaut.

     

    Le château de la reine Blanche se love en terre de légendes, à l'instar du moulin qui contemplait autrefois l'étang de la Loge.

     

    Au fil des époques, l'énergie générée par les moulins a permis aux hommes de moudre le grain, d'obtenir de l'huile, de broyer l'écorce des arbres riches en tanin (châtaignier, chêne) afin d'assurer la conservation des cuirs, de fouler les draps, de travailler le lin, la pâte à papier, de râper le tabac, de scier les troncs d'arbres, de forger le métal, de produire de l'électricité... Indispensables pendant des siècles, les moulins sont associés à une riche symbolique, celle des eaux fécondantes, de la roue et des forces matricielles. Au carrefour de l'eau et du vent, il évoque la régénération du temps, le cycle des saisons, la mort et la renaissance...

     

    Image10

     

     

     

    Sources et bibliographie

     

    Ma thèse d'Histoire de l'Art à l'Université Michel de Montaigne (Bordeaux III).

     

    Le Château de la Reine Blanche, une étude de Raoul de Broglie, conservateur-adjoint du Musée de Chantilly. APSOM/HR Mars 2009.

     

    Nicolas BERGIER: Histoire des grands chemins de l'Empire Romain. 1736.

     

    Louis GRAVES: Notice archéologique sur le département de l'Oise. 1839.

     

    Image11

     

    Plume4

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    94 commentaires
  • Image1

    Ce castel de fantaisie surgit dans Paris, à quelques encablures du Parc Monceau. A l'instar de la légendaire forteresse de Richard Coeur de Lion, il aiguise l'imagination, ce qui m'a inspiré ce petit jeu de mots.

     

    Image2

     

    L'Hôtel Gaillard est le fruit d'une rencontre entre deux esprits brillants: Émile Gaillard, régent de la Banque de France, mécène et collectionneur, et l'architecte Victor-Jules Février.

     

    Passionné par le Moyen-Âge et la Renaissance, Émile Gaillard fit ériger une demeure « seigneuriale » destinée à accueillir ses « trésors » dans un écrin digne de leur beauté.

     

    Entre 1879 et 1884, Victor-Jules Février conçut, au croisement de la rue Georges Berger et de la Place du Général Catroux, un superbe bâtiment en brique rose qui s'inspirait de l'architecture des châteaux de la Loire, et plus particulièrement des châteaux de Gien et de Blois.

     

    Image3

     

    On y pénétrait par une entrée somptuaire qui donnait sur la place du Général Catroux. Les visiteurs empruntaient un escalier monumental afin d'accéder aux salons d'apparat et aux espaces privés.

     

    L'hôtel-musée abritait une profusion de tapisseries, de boiseries, de peintures, de cheminées, de faïences et d'étains. Un somptueux bal masqué s'y déroula, le 11 avril 1885. Deux mille invités se pressèrent, en déguisement Renaissance, autour du maître des lieux, costumé en Henri II.

     

    Image4

     

    Après la mort d'Émile Gaillard, ses héritiers cédèrent les collections et, en 1919, la Banque de France fit l'acquisition du monument, pour cinq millions de francs, une somme bien inférieure à ce qu'il avait coûté au départ, soit 11 millions.

     

    L'architecte Alphonse Defrasse (1860-1939) et le décorateur Jean-Henri Jansen furent sollicités pour réaménager les lieux. Après une importante phase de travaux, la nouvelle succursale de l'institution financière ouvrit en 1923.

     

    Image5

     

    L'escalier monumental fut conservé mais un système de protection bien singulier fut mis en place dans la salle des coffres: des douves remplies d'eau, dominées par un pont roulant.

     

    L'hôtel Gaillard est classé monument historique depuis avril 1999. Emblématique de l'art néo-gothique et néo-Renaissance, il révèle une écriture architecturale harmonieuse et complexe.

     

    Image6

    Ses hautes façades, ornées de briques polychromes, sont décorées de motifs géométriques, caractéristiques de la Première Renaissance (1480-1520).

     

    Image7

     

    Image8

     

    On retrouve cet appareil coloré au château de Chamerolles, édifié au début du XVIe siècle, en lisière de la forêt d'Orléans.

    Image9

    Chamerolles

     

    Dans la rue Legendre, prolongement de la rue Georges Berger, les façades de l'Hôtel Guerlain révèlent un décor approchant.

     

    Image10

     

     

    L'aile Louis XII du château de Blois, réalisée entre 1498 et 1503, conjugue des éléments empruntés au style gothique flamboyant de la fin du XVe siècle et des motifs typiques de la Première Renaissance. Ses hautes toitures d'ardoise sont percées de lucarnes élancées et son décor de briques rouges sublime la blancheur de la pierre.

     

    Image11

    On remarque aisément la parenté stylistique entre l'architecture de ce magnifique bâtiment et celle de l'Hôtel Gaillard.

     

    Image12

    Les toitures du château parisien nous offrent un séduisant répertoire de formes plastiques et les cheminées de brique sont joliment décorées.

     

    Image13

    Les lucarnes flamboyantes et l'abondance des ornements évoquent une transition féconde entre le Moyen-Âge et la Renaissance. Le « G », monogramme du maître des lieux, se dessine au sommet de l'édifice, tel un emblème féodal.

     

    Image14

    Richement sculptées, les lucarnes font entrer l'air et la lumière dans l'habitation, tout en créant de magnifiques effets visuels. Le mot « lucarne », attesté depuis le XIVe siècle, vient de « lukinna » qui signifie « ouverture » en bas francique. Au fil des époques, « lukinna » a évolué en « lucarne », par croisement avec « lucerna » (lampe, en latin) et « luiserne » (lumière, flambeau en ancien français).

     

    Les toits d'ardoise sont couronnés par de fines excroissances métalliques.

     

    Image15

     

    Des petits personnages appelés « marmousets » décorent les fenêtres compartimentées. La pierre de taille et la brique polychrome composent une élégante broderie.

     

    Image16

     

    Les balustrades gothiques, les toitures sombres et brillantes, les lucarnes ouvragées et les culots sculptés forment une majestueuse scénographie.

     

    Le commanditaire

     

    Image17a.jpg

     

    Émile Gaillard naquit à Grenoble dans une famille bourgeoise. Son grand-père, Théodore François Gaillard, avait fondé une « maison de banque » dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle et son père, Théodore Eugène Gaillard, fut maire de Grenoble, de 1858 à 1865.

     

    Cet éminent financier participa au développement des chemins de fer et fut le gestionnaire des biens du Comte de Chambord, ultime descendant français de la branche aînée des Bourbon. Il fréquenta Victor Hugo et fut l'élève et l'ami de Frédéric Chopin qui lui dédia une Mazurka. Curieux de tout et doué pour les arts, il composa certaines pièces musicales.

     

    Ne pouvant exposer à son goût, dans son habitation de la rue Daru, les objets qu'il avait ramenés de ses voyages, il fit l'acquisition, en 1878, d'un terrain dans la Plaine Monceau. Face à l'hôtel du peintre Ernest Meissonier, il fit construire la demeure idéale pour mettre en lumière ses collections.

     

    Image18

    Le bal costumé Renaissance

     

     

    Victor-Jules Février (1842-1937)

     

    En 1889, il reçut, pour la construction de l'Hôtel Gaillard, deux prestigieuses distinctions: la « Grande Médaille », lors du Congrès de la Société Nationale des architectes français, et la Médaille d'or de l'architecture privée au cours de l'Exposition Universelle.

     

    S'inspirant de l'architecture des châteaux de la Loire de la Première Renaissance (1480-1520), il réalisa un ensemble pittoresque de toitures et de clochetons ouvragés, de fenêtres à meneaux, de lucarnes et de briques polychromes.

     

    Il construisit aussi l'Hôtel de Sarah Bernhardt, à l'angle de la rue Fortuny et de la rue de Prony.

     

    Le décor luxuriant de l'Hôtel Gaillard

     

    Image19

    De facétieuses gouttières, en habit noir et or, animent les façades.

     

    Image20

    Le travail de la pierre allie finesse et virtuosité, comme le révèle cet arc de style gothique flamboyant. Les jeux de courbes et de contre-courbes, d'entrelacs et d'enroulements, créent une étourdissante danse visuelle.

     

    Image21

     

    La qualité des ornements en bois et en pierre dessine un répertoire de formes souples et ondulantes, caractérisées par une prédominance de l'élément végétal. Dans ce monde sylvestre, évoluent des petits personnages, des animaux réels et mystérieux et des symboles géométriques.

     

    Image22

     

    Image23

     

    Image24

     

    Image25

     

    Image26

    Dans cet univers d'abondance, où s'entremêlent feuilles et fleurs, caracolent des animaux typiques du bestiaire médiéval et Renaissance (lapins, oiseaux, chiens, escargots...) et des créatures fantastiques (petits dragons, chimères, gargouilles...).

     

    Image27

    Image28

    Image29

     

    Cette galerie d'êtres fantasques rappelle les « drôleries marginales » des manuscrits médiévaux.

     

    Image30

     

    Image31a.jpg

    Ce « marmouset » serait une représentation de l'architecte Victor-Jules Février, traçant les plans de l'édifice avec un compas.

     

    Image32a.jpg

    Le personnage qui lui fait face rendrait hommage à Émile Gaillard.

     

    L'Homme Vert

     

    Image33

     

    Cette figure hybride est représentée, depuis l'Antiquité, sur une myriade de monuments. L'Homme Vert, le Feuillu ou le Green Man est formé d'un visage humain, encerclé ou tissé de feuillages. Parfois, il expire les branches feuillues et porte des cornes de fécondité.

     

    Réminiscence d'une très ancienne divinité de la forêt, il est le maître des cycles de la Nature et le gardien des mythes et des légendes. Il règne sur la tradition initiatique perpétuée par les architectes et les tailleurs de pierre.

     

    Image34

    Lové dans ce magnifique arc flamboyant, il constitue un ornement récurrent dans l'architecture religieuse et civile du Moyen-Âge et de la Renaissance.

     

    Dans le monde anglo-saxon, il est souvent représenté sur les enseignes des pubs, des hôtels et des tavernes. Il évoque les pouvoirs de la Nature, la connaissance cachée et les cultes dionysiaques. Il est utilisé sous forme de masque dans les parades folkloriques anglaises, écossaises et irlandaises.

     

    Il est sculpté dans le bois et la pierre et peint sur les vitraux. Il règne sur les enluminures des manuscrits, les portails des églises et des cathédrales, les sièges ecclésiastiques appelés « miséricordes ». Il apparaît sur les façades de nombreuses maisons et palais, sur les bijoux et les armes (épées, dagues, poignards...).

     

    L'Escargot

     

    Image35

     

    Ce petit animal qui se rétracte, roule et déroule son corps en fonction du climat, des cycles de la lune et des marées, est un puissant symbole de fertilité. Avec ses cornes dotées d'yeux et sa coquille spiralée, il évoque les forces lunaires et matricielles, la mort et la renaissance.

     

    Il annonce la reverdie et représente l'Esprit des Champs, célébré par des parades costumées. En Provence, il est appelé « masca », ce qui signifie « sorcière nocturne » ou « esprit ». Dans l'ancienne Europe, des danses-labyrinthes étaient effectuées en suivant un parcours tracé par des coquilles d'escargot embrasées. Les participants portaient des masques décorés de coquilles luisantes.

     

    Dans l'art gothique flamboyant, l'escargot est un motif décoratif et symbolique récurrent. Il guide parfois un cortège d'animaux musiciens.

     

    Image36

     

     

    La future Cité de l'Économie et de la Monnaie

     

    En raison de travaux de réaménagement de l'espace intérieur, l'Hôtel Gaillard ne se visite pas mais il accueillera, au quatrième trimestre de l'année 2014, la Cité de l'Économie et de la Monnaie.

     

    Image37

    Les futurs visiteurs pourront y découvrir un amphithéâtre, une bibliothèque et divers ateliers, y étudier l'histoire des monnaies et se familiariser avec les objets associés à leur fabrication.

     

    Image38

    Projet pour le futur Musée. L'équipe qui a été désignée par concours sera dirigée par Mr Yves Lion.

     

    En attendant d'explorer cet espace culturel novateur, je vous invite à contempler les façades et les ornements d'un « château » insolite, emblématique d'une architecture de style éclectique et historiciste.

     

    Image39

     

    Une petite part de Val de Loire se dresse, dans un lieu de Paris plutôt préservé de l'agitation urbaine. On découvrira tout autour de superbes hôtels particuliers et, à proximité, les vestiges de la folie du Duc de Chartres, gracieusement lovés dans l'écrin verdoyant du Parc Monceau.

     

    Image40

     

    Plume4

    Partager via Gmail Delicious Technorati Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    74 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique