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    Pour le plaisir des yeux et le temps de reposer ma plume, je veux vous offrir des douceurs de Printemps, du rose ensorcelant avec de magnifiques cerisiers du Japon et des messagers ailés de la belle saison.

     

    Avec mon Amitié...

     

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    Belles pensées...

     

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    Plume

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    Mouvement frénétique dans le ciel de Paris... Un monstre mécanique soulève, à travers la ouate des nuages, des hommes-insectes suspendus à de longs fils d'argent. Les cris des intrépides résonnent au-delà des immeubles de la rue de Rivoli pendant qu'aux pieds du monstre, les gourmands s'activent autour des baraques à frites et des vendeurs de pommes d'amour, de pains d'épices et de barbe à papa !

     

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     D'accord, là on se demande où sont passés les gourmands !

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    C'est la fête foraine des Tuileries dans sa version estivale. Elle refermera ses portes dans la soirée du 27 août 2017.

     

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    Fête foraine

     

    « Tout n’était que lumière, poussière, cris, joies, tumulte ; les uns dépensaient, les autres gagnaient, les uns et les autres également joyeux.

    Les enfants se suspendaient aux jupons de leurs mères pour obtenir quelque bâton de sucre,ou montaient sur les épaules de leurs pères pour mieux voir un escamoteur éblouissant comme un dieu.

    Et partout, circulait, dominant tous les parfums, une odeur de friture, qui était comme l’encens de cette fête. »

    Charles Baudelaire

     

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    La fête foraine, dont le souvenir est lié aux joies de l'enfance, est traditionnellement considérée comme une image du monde en réduction. Gravée dans les mémoires, elle attise les sens et fait sourire les cœurs mais le plaisir ressenti est indissociable d'une face plus sombre et d'activités « initiatiques ». On vient s'y distraire et affronter, consciemment ou inconsciemment, des peurs fondamentales qui font progresser sur le chemin de la connaissance de soi.

     

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    La peur des monstres et de l'enfermement, le vertige, la vitesse, les images déformées des palais des glaces, les doubles grimaçants, le mystère et l'étrangeté qui font vaciller les murs de la réalité... Quand j'étais fillette, j'imaginais que les marchands de confiseries nourrissaient les visiteurs pour mieux les sacrifier, dans l'antre du train fantôme, à une divinité de carnaval dont la voracité n'était jamais rassasiée. Je cherchais où pouvait bien se cacher l'Ogre, avide de chairs sucrées et de fritures sur pattes !!! J'ai toujours aimé les films d'horreur se déroulant dans les fêtes foraines et lorsque je m'y promène je songe à des choses qui font dresser les cheveux sur la tête... Le grand barnum qui règne dans mon esprit nourrit mon goût pour les monstres et les histoires terrifiantes et la fête foraine est un écrin idéal pour ce genre d'inspiration. Écrivains et cinéastes ne s'y sont pas trompés !

     

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    La fête foraine maudite de Silent Hill 2 Révélation, film sorti en 2012.

     

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    Images actucine.com

     

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    Aux amateurs de fantastique et de science-fiction, je conseille la lecture ou la relecture de La Foire des Ténèbres (1962) de Ray Bradbury (1920-2012), le génial auteur de Fahrenheit 451 (1953), de Chroniques Martiennes (1950) ou encore de l'Homme illustré, sans oublier les terrifiques nouvelles intitulées Dark Carnival (1947) qui m'ont accompagnée au fil de l'adolescence et bien après. Son inquiétude face au matérialisme outrancier de la société et à la colonisation compulsive des espaces résonne tout particulièrement dans notre monde contemporain.

     

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    La fête foraine de La Foire des Ténèbres est un lieu fascinant, un cauchemar éveillé tout aussi remarquable sur un plan littéraire qu'au niveau cinématographique. Je ne peux me promener dans une fête foraine sans y penser.

     

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    Le livre de Bradbury raconte les péripéties de deux enfants, Jim et Will, qui visitent une fête foraine quelques jours avant Halloween. Les attractions sont toutes plus étranges les unes que les autres: un carrousel qui permet d'inverser le cours du temps, une femme endormie dans un bloc de glace... Le mystérieux Mr. Dark tire les ficelles de toutes ces bizarreries...

     

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    American Horror Story : Freak Show

    Attention, si vous n'aimez pas les flots de sang passez votre chemin mais si vous avez le cœur bien accroché, c'est une histoire intelligente et profondément jouissive qui se déroule dans une fête foraine très très étrange...

     

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    Tuileries, 2017...

     

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    Même les « monstres », les arbres monstres en l'occurrence, peuvent avoir de jolies devises... Amour toujours...

     

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    Luigi Loir (1845-1916), Fête foraine, vers 1880.

     

    Les historiens de la Belle Époque nous apprennent que la fête foraine fut indissociable de l'art de vivre entre 1850 et 1910. Dans un contexte d'effervescence industrielle et de recomposition des équilibres sociaux, elle apparut comme un puissant « phénomène » et l'expression baroque d'une certaine idée du bonheur, à la fois simple et familial, mais aussi comme le miroir ambivalent d'une époque tissée de contrastes. Elle fut -et demeure- une rêverie enfantine au cœur d'un monde en mouvement organisé autour d'une vision mécanique des êtres et des choses. La Belle Époque, qui cherchait à préserver le temps tout en affolant les cadences autant que son appétit de richesses le lui permettait, fut donc un écrin idéal pour cette fête aux mille visages, héritière des grandes foires commerciales du Moyen Âge.

     

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     Henry Jones Thaddeus (1859-1929), Le champ de foire, vers 1905.

     

    Quant à l'art forain, ses richesses sont infinies comme en témoignent les collections du Musée des Arts Forains que l'on découvre dans les Pavillons de Bercy.

     

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    Il s'agit d'un musée spectacle où les places se réservent afin d'apprécier l'esprit festif de la Belle-Époque à travers des cabinets de curiosité, des scènes de Carnaval, des attractions mystérieuses...

     

    Les attractions sont aussi très nombreuses au Jardin des Tuileries...

     

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    Mais loin des histoires de monstres, du fantastique et de la dark fantasy que j'aime tant, n'oublions pas le plaisir que procurent les joies de la fête foraine. Des joies simples, du partage avec ceux qu'on aime et de l'excitation quand on s'envole...

     

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    Merci de vos gentils petits mots et de votre fidélité, gros bisous ensoleillés d'amitié !

    Plume

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    J'aime les roses sous la pluie, j'aime sentir leurs fragrances mouillées, m'enivrer de leurs ondes sensuelles et que crépitent, dans le gris de l'atmosphère, leurs soies froissées d'eau.

     

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    Au Palais-Royal, la canicule s'est diluée dans un temps de tempête. Les promeneurs ont disparu sous les hautes arcades et le jardin, de tout son être, palpite...

     

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    Personne ou presque dans le jardin... mais une Cendrine trempée !!!

     

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    Le vent se lève et la pluie coule de plus belle sur mes lunettes et mon appareil photo. Je pourrais m'en aller mais l'occasion est trop belle de céder à ma fièvre poétique et de vous offrir ces beautés...

     

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    Bonnes vacances aux aminautes qui sont en pause et à celles et ceux qui continuent de bloguer. Merci pour vos gentils petits mots déposés ici, au fil des jours, en toute amitié. Profitez bien des charmes de l'été. Gros bisous!

    Plume

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  • Je veux dédier cet article à Henri, un ami qui vient de nous quitter... Il allait fêter dans quelques mois ses 88 ans. Il aimait profondément la vie, le partage. Il écrivait de gracieux alexandrins et il était très cher à nos cœurs.

    Je continuerai de penser à toi, Henri et je présente mes condoléances les plus vives à ta famille et à tes amis. Tu m'écrivais de si gentilles choses, tu étais là, prenant plaisir à « savourer » mes promenades parisiennes et tu seras toujours avec moi. Repose en paix là où les poèmes brillent de mille feux. Les tiens nous ont enchantés pendant de longues années d'amitié alors un grand merci et de beaux sourires malgré notre peine...

     

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    Pour Henri...

     

    Retour à Yerres, dans le bel écrin de la Propriété Caillebotte, où de séduisants petits édifices appelés « fabriques » se dressent parmi la végétation.

     

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    Dans l'art des jardins, les fabriques désignent des constructions pittoresques évoquant l'architecture en vogue dans plusieurs pays. Pagodes, kiosques, pyramides, temples, tourelles, colonnes, ponts miniatures, chaumières... se sont multipliés, aux XVIIe et XVIIIe siècle, un peu partout en Europe, dans de nombreux parcs et jardins. Les fabriques furent créées en Angleterre vers les années 1750, « adoptées » dans la foulée en Allemagne et en Suède et très appréciées en France surtout à partir des années 1770. Elles symbolisent les étapes d'un voyage à travers les beautés du monde mais aussi les différents aspects d'un voyage intérieur.

     

    Cheminer, de fabrique en fabrique, en contemplant les couleurs changeantes des saisons, était considéré comme un art de vivre, une manière à la fois spirituelle et philosophique de communier avec les beautés de la Nature. Nature célébrée pour son mystère et sa force d'expansion et recomposée, de manière poétique, dans un espace élégant.

     

    Répandues dans la peinture de paysage, (nous pensons aux tableaux de peintres comme Claude Gellée dit Le Lorrain (1600-1682) ou Nicolas Poussin (1594-1665) ), les fabriques ont été « heureusement » conservées dans plusieurs lieux emblématiques de la capitale (Parc Monceau, Bagatelle...) et de la grande Île de France (Rambouillet, Désert de Retz, Méréville, Ermenonville...)

     

    Joliment restaurées, celles de la Propriété Caillebotte se laissent admirer au rythme de la marche et par le charme qui en émane, elles font allusion à celles des jardins anglais où s'équilibrent constructions à taille humaine et « volumes plantés » à l'enveloppante beauté.

     

     

    Le Kiosque oriental et la Glacière : deux fabriques qui n'en forment qu'une

     

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    Le Kiosque

     

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    Ce belvédère de conception romantique offrait jadis au visiteur la possibilité de considérer le paysage à partir d'un « nouveau » point de vue. Il est agrémenté d'un décor de style oriental : les panneaux sont encadrés de faux bambous et décorés de fleurs de lotus qui symbolisent la sagesse. Les vitraux sont ornés de griffons, en référence au Mont Griffon, point culminant d'Yerres (115 mètres) qui se situe dans l'axe visuel de l'édifice. On n'y accède plus mais ses portes se rouvriront peut-être...

     

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    La Glacière

     

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    Couverte d'une butte de terre surmontée du kiosque et profonde de sept mètres, elle fut construite, vers 1830, à l'initiative de Pierre-Frédéric Borrel, le concepteur du parc à l'anglaise avant l'implantation de la famille Caillebotte. On y entreposait la glace naturelle, entre des couches de paille, afin de conserver les aliments.

     

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    Sa porte d'accès est encadrée par un « enrochement de meulière » en forme de grotte.

     

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    Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, on éloignait les glacières des bâtiments que l'on présentait comme « nobles ». On les dissimulait derrière des bosquets (château royal de Marly) ou des murs (Versailles, Grand Trianon...). Purement utilitaires, on les plaçait surtout près des cuisines mais cela évolua à partir de la deuxième moitié du XVIIIe siècle.

     

    La glacière devint l'un des éléments majeurs du jardin dit « pittoresque ». On la recouvrit d'une butte de terre afin d'y installer un kiosque destiné à servir de point de mire. C'est la composition que l'on trouve à Yerres.

     

    La glacière fut considérée comme indispensable à l'esthétique des lieux. En 1750, l'architecte et décorateur de théâtre Jean-Nicolas Servandoni (1695-1766) construisit dans le parc du château de Gennevilliers, dans les Hauts de Seine, un ensemble remarquable qui hélas n'existe plus. Parmi les trésors de cette propriété construite à l'initiative du maréchal duc de Richelieu, petit neveu du célèbre Cardinal, un temple circulaire était consacré à la déesse Aurore.

     

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    Ce bâtiment belvédère, détruit au début du XXe siècle, était érigé au-dessus de la glacière. On y admirait des peintures de François Boucher (1703-1770) et notamment une représentation de l'Aurore et un Mercure doré.

     

     

    Dans les allées du mystérieux Désert de Retz, vaste jardin anglo-chinois juché sur les hauteurs de la forêt de Marly, se dresse, parmi des fabriques aux noms évocateurs : le Temple du dieu Pan, la Colonne détruite, la Tente Tartare..., une glacière pyramide. Cette glacière fut conçue pour rendre hommage aux charmes de l'Égypte antique.

     

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    (Photo de Lionel Allorge)

     

    Sa construction s'est élaborée sur trois niveaux. Elle se compose d'une cuve profonde de six mètres, d'un soubassement carré et de la partie pyramidale proprement dite. Avec sa porte d'accès orientée au nord et son élégante mise en scène, elle fut considérée comme une « métaphore de la perfection maçonnique ».

     

    A Yerres comme ailleurs, la glace était récoltée pendant l'hiver dans ce qu'on appelait un « canal à glace » soit un étang ou une mare situé(e) à proximité de la propriété. Dans la cuve maçonnée de la glacière, en forme de cône inversé, on plaçait la précieuse eau solidifiée que le personnel dévolu à cette importante tâche venait récupérer à la nuit tombée. Au-dessus des blocs de glace, sur un plancher supérieur, calé par des pierres imposantes, reposaient fruits, légumes et pièces de viande.

     

    Le commerce de la glace fut prospère dès l'Antiquité, la glace étant tout aussi indispensable pour rafraîchir aliments et boissons que pour soigner les fièvres et les inflammations. Dans les temples de la Grèce antique, on faisait fondre de la glace dans des petits bassins, dans un but divinatoire et dans la Rome ancienne, la glace était utilisée dans les thermes pour « nourrir » les frigidaria.

     

    Dans les parcs des châteaux, les puits à glace étaient particulièrement surveillés et plus encore en période de forte chaleur tant le prix de la glace, déjà élevé, pouvait augmenter.

     

    Pour la petite histoire, les premiers sorbets apparurent environ quatre siècles avant J.-C. en Italie. On mélangeait des fruits et du miel et on plaçait l'ensemble dans un récipient mis en contact avec de la glace. Cette gourmandise fut introduite à la cour de France par Catherine de Médicis (1519-1589) sous le règne de Henri II (1519-1559). Les glacières furent donc plus que jamais indispensables !

     

     

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    A Yerres, à quelques pas de l'ensemble constitué par le kiosque et la glacière, se dresse la Chaumière Normande.

     

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    Cette jolie construction était la réserve à outils de la propriété. On y entreposait entre autres les objets nécessaires à la récupération de la glace. Ses portes à croisillons de bois sont caractéristiques de l'architecture dite de montagne. Ses murs sont appareillés en pierres de meulière et son toit aux pentes fortement marquées était autrefois couvert de chaume.

     

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    Je vous donne rendez-vous bientôt, chers aminautes, afin de poursuivre cette promenade sous le beau soleil d'Île de France et d'apprécier la contemplation d'autres fabriques. En attendant, je vous souhaite un agréable week-end de Pentecôte, gros bisous !

    Plume

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    Ce marbre gracieux appelé « La Bocca della Verita » : « La Bouche de la Vérité », signé Jules Blanchard (1832-1916), se love sous un bouquet d'arbres, près de l'entrée principale du Jardin du Luxembourg.

     

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    Une jeune femme nue glisse sa main dans une bouche étrange, celle du masque de la Vérité. Selon une légende en vogue dans la Rome antique, cette pratique permettait de savoir qui disait la vérité et qui dissimulait un mensonge. L'étreinte du masque était considérée comme une forme subtile d'initiation. On ne pouvait récupérer sa main intacte que si l'on faisait preuve d'une profonde honnêteté.

     

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    Des lignes charmantes, un léger flou sous la pluie...

     

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    Le masque repose sur une colonne décorée d'un miroir et d'une branche de laurier. Emblème solaire dans ce cas (emblème lunaire en fonction des objets qui l'accompagnent), le miroir évoque l'impossibilité de cacher ou de travestir la Vérité de quelque manière que ce soit. Les anciens livres d'iconologie nous apprennent que le laurier « est toujours vert, et que la foudre ne le peut endommager, nous en donnons pour cet effet une Couronne à la Vertu, pour ce qu'il n'est point d'ennemi qui la puisse vaincre, et qu'elle ne craint ni les embrasements, ni les disgrâces, non plus que les autres violences de la Fortune. »

     

    Iconologie ou explication nouvelle de plusieurs images, emblèmes et autres figures hiéroglyphiques des Vertus, des Vices, des Arts, des Sciences, des Causes naturelles, des Humeurs différentes et des Passions humaines. Tirées des recherches et des figures de César ou Cesare Ripa, moralisées par Jean Baudoin. A Paris, chez Mathieu Guillemot, 1644. P. 196.

     

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    La Vérité, gravure sur bois d’après Cesare d’Arpino (1568-1640), 1618, dans L’Iconologie de Cesare Ripa (1555 ou 1560-1622).

     

    La première édition illustrée de L’Iconologie date de 1603. La Vérité peut y être rapprochée de deux autres figures: la Beauté et la Clarté (Chiarezza), jeune femme nue entourée d’un grand éclat.

     

    Les antonymes de ces trois figures sont la Fraude, le Mensonge et la Tromperie, marqués par le sceau de l'opprobre et de la difformité. Monstrueuse créature à deux têtes, Fraude est affublée de pieds griffus et d’une queue de scorpion dépassant de sa robe. Elle tient deux cœurs dans une main et un masque dans l’autre. Le Mensonge (Bugia) est représenté avec une jambe de bois. Il porte un vêtement couvert de masques et tient une botte de paille, « image des faussetés qui se consument ». La Tromperie (Inganno) est un hybride mi-homme mi-serpent qui arbore un filet et un hameçon.

     

    Cesare Ripa décrit la Vérité comme « une très belle femme nue, qui d’une main tient en hauteur le soleil et de l’autre un livre ouvert et une palme et a sous le pied droit le globe du monde. La Vérité est une habitude de l’âme disposée à ne pas faire dévier sa langue de l’être droit et propre des choses dont elle parle et écrit, n’affirmant que ce qui est et niant ce qui n’est pas, sans changer d’idée. Elle est représentée nue pour signifier que la simplicité lui est naturelle. Elle tient le soleil pour indiquer que la Vérité est amie de la lumière. Le livre ouvert fait allusion au fait que c’est dans les livres que l’on trouve la vérité des choses. La palme ne peut signifier que sa force puisque, comme on sait, le palmier ne cède pas sous le poids, de même que la Vérité ne cède pas aux choses contraires, et même si beaucoup le dépouillent, néanmoins il s’élève et croît en hauteur […] Le monde sous ses pieds dénote le fait qu’elle est supérieure à toutes les choses du monde, et de plus qu’elle est précieuse ; de là vient que Ménandre la dit habitante du ciel, seule à jouir d’une place entre les dieux ». Ménandre (-342?-292) était un auteur dramatique athénien, une référence en matière de symboles.

     

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    Au Jardin du Luxembourg, la Vérité et la Vertu se confondent sous une séduisante apparence et une attitude sereine et sensuelle.

     

    La Bocca della Verita

     

    Il existe à Rome un vieux masque en marbre doté, d'après la croyance populaire, de mystérieux pouvoirs. Datant du 1er siècle après J.-C., il révèle un visage d'homme barbu. Ses yeux, son nez et sa bouche sont creux.

     

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    Il fut inséré en 1632 dans le mur du porche de l'église Santa Maria in Cosmedin. Cette belle église en briques rouges se situe non loin du Tibre, dans la partie Sud de Rome. Elle se dresse sur les vestiges d'un ancien marché: le Forum Boarium.

     

    La fonction initiale du masque n'est pas vraiment établie. Les chercheurs hésitent entre un élément de fontaine, une bouche d'impluvium ou un couvercle d'égout en raison de sa proximité avec le célèbre Cloaca Maxima. Il représentait probablement une divinité aquatique ou fluviale.

     

    Le masque était réputé capable de « détecter » les mensonges et la fourberie. D'après de très vieux récits, si un menteur y introduisait la main, il sentait une forte pression et se faisait croquer les doigts!

     

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    La Bocca della Verita apparaît dans le film américain Vacances Romaines, réalisé en 1953 par William Wyler et interprété par Gregory Peck et Audrey Hepburn. Cette comédie romantique décrit les amours, le temps d'une journée, d'une princesse fugueuse, Ann, et d'un journaliste, Joe, au cœur de la Ville éternelle.

     

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    Il s'agit du premier grand rôle au cinéma d'Audrey Hepburn. Pétillante et délicieuse, elle a obtenu, grâce à Vacances Romaines, l'Oscar de la meilleure actrice, le British Academy Awards, le New York Film Critics Circle Award et le Golden Globe Award.

     

    La scène de la Bouche de la Vérité est improvisée. Les acteurs s'amusaient avec le vieux masque et les réactions de l'actrice ont été gardées au montage. Le réalisateur a demandé aux scénaristes de « broder » autour.

     

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    Joe fait découvrir à Ann la Bouche de la Vérité. Il lui explique qu'en cas de mensonge, la main du menteur sera avalée. Ann est nerveuse car elle n'a pas révélé à Joe sa véritable identité mais Joe sait qu'elle est une princesse. Facétieux, il glisse sa main dans la cavité fatidique et fait croire à Ann que le masque lui a dévoré les doigts.

     

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    Lucas Cranach l'Ancien (1472-1553), maître allemand de la Renaissance, a transposé ce thème dans la peinture à travers un conte médiéval en vogue dans les pays du Nord de l'Europe. Un « automate merveilleux » en forme de lion devait punir les épouses infidèles mais une jeune femme rusée fit revêtir à son amant des habits de fou et lui demanda de la toucher devant une foule inquisitrice. Insérant les doigts dans la Bouche de la Vérité, elle jura en toute tranquillité que personne n'avait posé la main sur elle en dehors de son mari et... du fou!

     

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    La Bouche de la Vérité, vers 1525-1530.

     

    Ce conte qui fait l'éloge du pouvoir de ruse associé aux femmes avait été relaté dans plusieurs dessins et estampes en Europe du Nord, par des artistes comme Albrecht Altdorfer (1480-1538) et Lucas van Leyden (1494-1533) mais Lucas Cranach fut le premier à le transcrire dans la peinture.

     

     

    Il existait à Rome, à Venise et à Gênes des « bouches de vérité » ou « bouches de lion » désignées comme « bouches de dénonciation ». Destinées à déposer des « dénonciations secrètes en matière d’état », elles étaient encastrées dans les murs de bâtiments religieux et laïques et se répandirent entre le XIVe et le XVIIIe siècles. Les dénonciations devaient être impérativement signées et les fausses déclarations se voyaient sévèrement sanctionnées, la sentence encourue pouvant être la mort.

     

    D'après l'ouvrage de Giordani Paolo intitulé Venise, 30 itinéraires à la découverte de la ville et publié en 2002, à Venise, aux Éditions Cicero:

     

    «Les clefs des cassettes dans lesquelles les lettres tombaient étaient aux mains des magistrats dont chacun avait une compétence spécifique.

     

    Une loi du 30 octobre 1387 imposait que les dénonciations glissées dans les boîtes secrètes du Conseil des Dix, les maîtres de la ville et ne portant pas de signatures devaient être brûlées sans être lues.

     

    En 1542, une autre loi établit en 1542 que les dénonciations anonymes à propos des blasphèmes étaient recevables à condition d'être signées par trois témoins.

     

    Il fut décidé, en 1655, que les dénonciations anonymes seraient prises en compte si elles concernaient des affaires d'état et si les quatre cinquième du Conseil des Dix estimaient que le procès devait être instruit.»

     

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    L'une des plus célèbres bouches de dénonciation se situe à Venise, dans le Palais des Doges, au-dessus de la grande cour pavée. Elle était réservée à la dénonciation des fraudes fiscales.

     

    DENONTIE SECRETE

    CONTRO CHI OCCVLTERA

    GRATIE ET OFFICII

    O COLLVDERA PER

    NASCONDER LA VERA

    RENDITA D ESSI

     

    Dénonciations secrètes

    contre celui qui cachera

    faveurs et fonctions

    ou colludera (note) pour

    cacher les véritables

    revenus qu'elles lui rapportent.

     

    (Note) « Colluder » signifie « avoir collusion ». Ce terme de droit désigne « l'intelligence de deux parties qui plaident mais qui ne laissent pas de s'entendre pour tromper un tiers ». De manière plus générale, ce mot souligne l'existence d'une entente secrète entre deux ou plusieurs parties afin de susciter un préjudice ou de tromper un interlocuteur.

     

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    La poste italienne a représenté, en 1976, cette bouche de délation romaine.

     

    Émanation du rapport mystérieux unissant l'homme et sa conscience, par le biais d'une autorité invisible, ces « bouches parlantes » ou « bouches secrètes » figuraient aussi sur des fontaines et des bas-reliefs. Représentées en miniature, elles étaient utilisées comme amulettes.

     

    Pendant des siècles, une caution surnaturelle fut nécessaire à l'expression de la vérité. Il fallut s'en remettre à à des statues ou des masques réputés capables d'exhumer les secrets enfouis et de mettre les mensonges en lumière.

     

    Dans le monde antique, des masques et des statues étaient dotés du pouvoir de révéler les secrets et jusqu'au XVIIIe siècle, les fameuses « bouches de dénonciation » ont été perçues comme leurs héritières.

     

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    Qu'elle soit un vieux masque romain énigmatique ou un marbre sensuel qui s'épanouit sous les arbres de Luco*, la Vérité m'inspire ces quelques vers...

     

    La Vérité

     

    Je suis nue parmi les parures

    Je ne faiblis devant personne

    Je brise toutes les armures

    Je n'ai ni doute ni couronne

     

    Tombe le masque je te vois

    Dans le lac noir où tu te noies

    Les mots fardés sont sans pouvoir

    Quand je découvre mon miroir...

     

    Cendrine

     

    *Luco : nom « affectueux » donné par les Parisiens au jardin du Luxembourg.

     

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    Merci de vos vœux d'anniversaire et de vos charmants petits mots concernant ma santé. Je pense bien à vous, gros bisous !

    Plume

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