• Je veux dédier cet article à Henri, un ami qui vient de nous quitter... Il allait fêter dans quelques mois ses 88 ans. Il aimait profondément la vie, le partage. Il écrivait de gracieux alexandrins et il était très cher à nos cœurs.

    Je continuerai de penser à toi, Henri et je présente mes condoléances les plus vives à ta famille et à tes amis. Tu m'écrivais de si gentilles choses, tu étais là, prenant plaisir à « savourer » mes promenades parisiennes et tu seras toujours avec moi. Repose en paix là où les poèmes brillent de mille feux. Les tiens nous ont enchantés pendant de longues années d'amitié alors un grand merci et de beaux sourires malgré notre peine...

     

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    Pour Henri...

     

    Retour à Yerres, dans le bel écrin de la Propriété Caillebotte, où de séduisants petits édifices appelés « fabriques » se dressent parmi la végétation.

     

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    Dans l'art des jardins, les fabriques désignent des constructions pittoresques évoquant l'architecture en vogue dans plusieurs pays. Pagodes, kiosques, pyramides, temples, tourelles, colonnes, ponts miniatures, chaumières... se sont multipliés, aux XVIIe et XVIIIe siècle, un peu partout en Europe, dans de nombreux parcs et jardins. Les fabriques furent créées en Angleterre vers les années 1750, « adoptées » dans la foulée en Allemagne et en Suède et très appréciées en France surtout à partir des années 1770. Elles symbolisent les étapes d'un voyage à travers les beautés du monde mais aussi les différents aspects d'un voyage intérieur.

     

    Cheminer, de fabrique en fabrique, en contemplant les couleurs changeantes des saisons, était considéré comme un art de vivre, une manière à la fois spirituelle et philosophique de communier avec les beautés de la Nature. Nature célébrée pour son mystère et sa force d'expansion et recomposée, de manière poétique, dans un espace élégant.

     

    Répandues dans la peinture de paysage, (nous pensons aux tableaux de peintres comme Claude Gellée dit Le Lorrain (1600-1682) ou Nicolas Poussin (1594-1665) ), les fabriques ont été « heureusement » conservées dans plusieurs lieux emblématiques de la capitale (Parc Monceau, Bagatelle...) et de la grande Île de France (Rambouillet, Désert de Retz, Méréville, Ermenonville...)

     

    Joliment restaurées, celles de la Propriété Caillebotte se laissent admirer au rythme de la marche et par le charme qui en émane, elles font allusion à celles des jardins anglais où s'équilibrent constructions à taille humaine et « volumes plantés » à l'enveloppante beauté.

     

     

    Le Kiosque oriental et la Glacière : deux fabriques qui n'en forment qu'une

     

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    Le Kiosque

     

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    Ce belvédère de conception romantique offrait jadis au visiteur la possibilité de considérer le paysage à partir d'un « nouveau » point de vue. Il est agrémenté d'un décor de style oriental : les panneaux sont encadrés de faux bambous et décorés de fleurs de lotus qui symbolisent la sagesse. Les vitraux sont ornés de griffons, en référence au Mont Griffon, point culminant d'Yerres (115 mètres) qui se situe dans l'axe visuel de l'édifice. On n'y accède plus mais ses portes se rouvriront peut-être...

     

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    La Glacière

     

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    Couverte d'une butte de terre surmontée du kiosque et profonde de sept mètres, elle fut construite, vers 1830, à l'initiative de Pierre-Frédéric Borrel, le concepteur du parc à l'anglaise avant l'implantation de la famille Caillebotte. On y entreposait la glace naturelle, entre des couches de paille, afin de conserver les aliments.

     

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    Sa porte d'accès est encadrée par un « enrochement de meulière » en forme de grotte.

     

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    Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, on éloignait les glacières des bâtiments que l'on présentait comme « nobles ». On les dissimulait derrière des bosquets (château royal de Marly) ou des murs (Versailles, Grand Trianon...). Purement utilitaires, on les plaçait surtout près des cuisines mais cela évolua à partir de la deuxième moitié du XVIIIe siècle.

     

    La glacière devint l'un des éléments majeurs du jardin dit « pittoresque ». On la recouvrit d'une butte de terre afin d'y installer un kiosque destiné à servir de point de mire. C'est la composition que l'on trouve à Yerres.

     

    La glacière fut considérée comme indispensable à l'esthétique des lieux. En 1750, l'architecte et décorateur de théâtre Jean-Nicolas Servandoni (1695-1766) construisit dans le parc du château de Gennevilliers, dans les Hauts de Seine, un ensemble remarquable qui hélas n'existe plus. Parmi les trésors de cette propriété construite à l'initiative du maréchal duc de Richelieu, petit neveu du célèbre Cardinal, un temple circulaire était consacré à la déesse Aurore.

     

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    Ce bâtiment belvédère, détruit au début du XXe siècle, était érigé au-dessus de la glacière. On y admirait des peintures de François Boucher (1703-1770) et notamment une représentation de l'Aurore et un Mercure doré.

     

     

    Dans les allées du mystérieux Désert de Retz, vaste jardin anglo-chinois juché sur les hauteurs de la forêt de Marly, se dresse, parmi des fabriques aux noms évocateurs : le Temple du dieu Pan, la Colonne détruite, la Tente Tartare..., une glacière pyramide. Cette glacière fut conçue pour rendre hommage aux charmes de l'Égypte antique.

     

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    (Photo de Lionel Allorge)

     

    Sa construction s'est élaborée sur trois niveaux. Elle se compose d'une cuve profonde de six mètres, d'un soubassement carré et de la partie pyramidale proprement dite. Avec sa porte d'accès orientée au nord et son élégante mise en scène, elle fut considérée comme une « métaphore de la perfection maçonnique ».

     

    A Yerres comme ailleurs, la glace était récoltée pendant l'hiver dans ce qu'on appelait un « canal à glace » soit un étang ou une mare situé(e) à proximité de la propriété. Dans la cuve maçonnée de la glacière, en forme de cône inversé, on plaçait la précieuse eau solidifiée que le personnel dévolu à cette importante tâche venait récupérer à la nuit tombée. Au-dessus des blocs de glace, sur un plancher supérieur, calé par des pierres imposantes, reposaient fruits, légumes et pièces de viande.

     

    Le commerce de la glace fut prospère dès l'Antiquité, la glace étant tout aussi indispensable pour rafraîchir aliments et boissons que pour soigner les fièvres et les inflammations. Dans les temples de la Grèce antique, on faisait fondre de la glace dans des petits bassins, dans un but divinatoire et dans la Rome ancienne, la glace était utilisée dans les thermes pour « nourrir » les frigidaria.

     

    Dans les parcs des châteaux, les puits à glace étaient particulièrement surveillés et plus encore en période de forte chaleur tant le prix de la glace, déjà élevé, pouvait augmenter.

     

    Pour la petite histoire, les premiers sorbets apparurent environ quatre siècles avant J.-C. en Italie. On mélangeait des fruits et du miel et on plaçait l'ensemble dans un récipient mis en contact avec de la glace. Cette gourmandise fut introduite à la cour de France par Catherine de Médicis (1519-1589) sous le règne de Henri II (1519-1559). Les glacières furent donc plus que jamais indispensables !

     

     

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    A Yerres, à quelques pas de l'ensemble constitué par le kiosque et la glacière, se dresse la Chaumière Normande.

     

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    Cette jolie construction était la réserve à outils de la propriété. On y entreposait entre autres les objets nécessaires à la récupération de la glace. Ses portes à croisillons de bois sont caractéristiques de l'architecture dite de montagne. Ses murs sont appareillés en pierres de meulière et son toit aux pentes fortement marquées était autrefois couvert de chaume.

     

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    Je vous donne rendez-vous bientôt, chers aminautes, afin de poursuivre cette promenade sous le beau soleil d'Île de France et d'apprécier la contemplation d'autres fabriques. En attendant, je vous souhaite un agréable week-end de Pentecôte, gros bisous !

    Plume

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    Ce marbre gracieux appelé « La Bocca della Verita » : « La Bouche de la Vérité », signé Jules Blanchard (1832-1916), se love sous un bouquet d'arbres, près de l'entrée principale du Jardin du Luxembourg.

     

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    Une jeune femme nue glisse sa main dans une bouche étrange, celle du masque de la Vérité. Selon une légende en vogue dans la Rome antique, cette pratique permettait de savoir qui disait la vérité et qui dissimulait un mensonge. L'étreinte du masque était considérée comme une forme subtile d'initiation. On ne pouvait récupérer sa main intacte que si l'on faisait preuve d'une profonde honnêteté.

     

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    Des lignes charmantes, un léger flou sous la pluie...

     

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    Le masque repose sur une colonne décorée d'un miroir et d'une branche de laurier. Emblème solaire dans ce cas (emblème lunaire en fonction des objets qui l'accompagnent), le miroir évoque l'impossibilité de cacher ou de travestir la Vérité de quelque manière que ce soit. Les anciens livres d'iconologie nous apprennent que le laurier « est toujours vert, et que la foudre ne le peut endommager, nous en donnons pour cet effet une Couronne à la Vertu, pour ce qu'il n'est point d'ennemi qui la puisse vaincre, et qu'elle ne craint ni les embrasements, ni les disgrâces, non plus que les autres violences de la Fortune. »

     

    Iconologie ou explication nouvelle de plusieurs images, emblèmes et autres figures hiéroglyphiques des Vertus, des Vices, des Arts, des Sciences, des Causes naturelles, des Humeurs différentes et des Passions humaines. Tirées des recherches et des figures de César ou Cesare Ripa, moralisées par Jean Baudoin. A Paris, chez Mathieu Guillemot, 1644. P. 196.

     

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    La Vérité, gravure sur bois d’après Cesare d’Arpino (1568-1640), 1618, dans L’Iconologie de Cesare Ripa (1555 ou 1560-1622).

     

    La première édition illustrée de L’Iconologie date de 1603. La Vérité peut y être rapprochée de deux autres figures: la Beauté et la Clarté (Chiarezza), jeune femme nue entourée d’un grand éclat.

     

    Les antonymes de ces trois figures sont la Fraude, le Mensonge et la Tromperie, marqués par le sceau de l'opprobre et de la difformité. Monstrueuse créature à deux têtes, Fraude est affublée de pieds griffus et d’une queue de scorpion dépassant de sa robe. Elle tient deux cœurs dans une main et un masque dans l’autre. Le Mensonge (Bugia) est représenté avec une jambe de bois. Il porte un vêtement couvert de masques et tient une botte de paille, « image des faussetés qui se consument ». La Tromperie (Inganno) est un hybride mi-homme mi-serpent qui arbore un filet et un hameçon.

     

    Cesare Ripa décrit la Vérité comme « une très belle femme nue, qui d’une main tient en hauteur le soleil et de l’autre un livre ouvert et une palme et a sous le pied droit le globe du monde. La Vérité est une habitude de l’âme disposée à ne pas faire dévier sa langue de l’être droit et propre des choses dont elle parle et écrit, n’affirmant que ce qui est et niant ce qui n’est pas, sans changer d’idée. Elle est représentée nue pour signifier que la simplicité lui est naturelle. Elle tient le soleil pour indiquer que la Vérité est amie de la lumière. Le livre ouvert fait allusion au fait que c’est dans les livres que l’on trouve la vérité des choses. La palme ne peut signifier que sa force puisque, comme on sait, le palmier ne cède pas sous le poids, de même que la Vérité ne cède pas aux choses contraires, et même si beaucoup le dépouillent, néanmoins il s’élève et croît en hauteur […] Le monde sous ses pieds dénote le fait qu’elle est supérieure à toutes les choses du monde, et de plus qu’elle est précieuse ; de là vient que Ménandre la dit habitante du ciel, seule à jouir d’une place entre les dieux ». Ménandre (-342?-292) était un auteur dramatique athénien, une référence en matière de symboles.

     

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    Au Jardin du Luxembourg, la Vérité et la Vertu se confondent sous une séduisante apparence et une attitude sereine et sensuelle.

     

    La Bocca della Verita

     

    Il existe à Rome un vieux masque en marbre doté, d'après la croyance populaire, de mystérieux pouvoirs. Datant du 1er siècle après J.-C., il révèle un visage d'homme barbu. Ses yeux, son nez et sa bouche sont creux.

     

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    Il fut inséré en 1632 dans le mur du porche de l'église Santa Maria in Cosmedin. Cette belle église en briques rouges se situe non loin du Tibre, dans la partie Sud de Rome. Elle se dresse sur les vestiges d'un ancien marché: le Forum Boarium.

     

    La fonction initiale du masque n'est pas vraiment établie. Les chercheurs hésitent entre un élément de fontaine, une bouche d'impluvium ou un couvercle d'égout en raison de sa proximité avec le célèbre Cloaca Maxima. Il représentait probablement une divinité aquatique ou fluviale.

     

    Le masque était réputé capable de « détecter » les mensonges et la fourberie. D'après de très vieux récits, si un menteur y introduisait la main, il sentait une forte pression et se faisait croquer les doigts!

     

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    La Bocca della Verita apparaît dans le film américain Vacances Romaines, réalisé en 1953 par William Wyler et interprété par Gregory Peck et Audrey Hepburn. Cette comédie romantique décrit les amours, le temps d'une journée, d'une princesse fugueuse, Ann, et d'un journaliste, Joe, au cœur de la Ville éternelle.

     

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    Il s'agit du premier grand rôle au cinéma d'Audrey Hepburn. Pétillante et délicieuse, elle a obtenu, grâce à Vacances Romaines, l'Oscar de la meilleure actrice, le British Academy Awards, le New York Film Critics Circle Award et le Golden Globe Award.

     

    La scène de la Bouche de la Vérité est improvisée. Les acteurs s'amusaient avec le vieux masque et les réactions de l'actrice ont été gardées au montage. Le réalisateur a demandé aux scénaristes de « broder » autour.

     

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    Joe fait découvrir à Ann la Bouche de la Vérité. Il lui explique qu'en cas de mensonge, la main du menteur sera avalée. Ann est nerveuse car elle n'a pas révélé à Joe sa véritable identité mais Joe sait qu'elle est une princesse. Facétieux, il glisse sa main dans la cavité fatidique et fait croire à Ann que le masque lui a dévoré les doigts.

     

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    Lucas Cranach l'Ancien (1472-1553), maître allemand de la Renaissance, a transposé ce thème dans la peinture à travers un conte médiéval en vogue dans les pays du Nord de l'Europe. Un « automate merveilleux » en forme de lion devait punir les épouses infidèles mais une jeune femme rusée fit revêtir à son amant des habits de fou et lui demanda de la toucher devant une foule inquisitrice. Insérant les doigts dans la Bouche de la Vérité, elle jura en toute tranquillité que personne n'avait posé la main sur elle en dehors de son mari et... du fou!

     

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    La Bouche de la Vérité, vers 1525-1530.

     

    Ce conte qui fait l'éloge du pouvoir de ruse associé aux femmes avait été relaté dans plusieurs dessins et estampes en Europe du Nord, par des artistes comme Albrecht Altdorfer (1480-1538) et Lucas van Leyden (1494-1533) mais Lucas Cranach fut le premier à le transcrire dans la peinture.

     

     

    Il existait à Rome, à Venise et à Gênes des « bouches de vérité » ou « bouches de lion » désignées comme « bouches de dénonciation ». Destinées à déposer des « dénonciations secrètes en matière d’état », elles étaient encastrées dans les murs de bâtiments religieux et laïques et se répandirent entre le XIVe et le XVIIIe siècles. Les dénonciations devaient être impérativement signées et les fausses déclarations se voyaient sévèrement sanctionnées, la sentence encourue pouvant être la mort.

     

    D'après l'ouvrage de Giordani Paolo intitulé Venise, 30 itinéraires à la découverte de la ville et publié en 2002, à Venise, aux Éditions Cicero:

     

    «Les clefs des cassettes dans lesquelles les lettres tombaient étaient aux mains des magistrats dont chacun avait une compétence spécifique.

     

    Une loi du 30 octobre 1387 imposait que les dénonciations glissées dans les boîtes secrètes du Conseil des Dix, les maîtres de la ville et ne portant pas de signatures devaient être brûlées sans être lues.

     

    En 1542, une autre loi établit en 1542 que les dénonciations anonymes à propos des blasphèmes étaient recevables à condition d'être signées par trois témoins.

     

    Il fut décidé, en 1655, que les dénonciations anonymes seraient prises en compte si elles concernaient des affaires d'état et si les quatre cinquième du Conseil des Dix estimaient que le procès devait être instruit.»

     

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    L'une des plus célèbres bouches de dénonciation se situe à Venise, dans le Palais des Doges, au-dessus de la grande cour pavée. Elle était réservée à la dénonciation des fraudes fiscales.

     

    DENONTIE SECRETE

    CONTRO CHI OCCVLTERA

    GRATIE ET OFFICII

    O COLLVDERA PER

    NASCONDER LA VERA

    RENDITA D ESSI

     

    Dénonciations secrètes

    contre celui qui cachera

    faveurs et fonctions

    ou colludera (note) pour

    cacher les véritables

    revenus qu'elles lui rapportent.

     

    (Note) « Colluder » signifie « avoir collusion ». Ce terme de droit désigne « l'intelligence de deux parties qui plaident mais qui ne laissent pas de s'entendre pour tromper un tiers ». De manière plus générale, ce mot souligne l'existence d'une entente secrète entre deux ou plusieurs parties afin de susciter un préjudice ou de tromper un interlocuteur.

     

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    La poste italienne a représenté, en 1976, cette bouche de délation romaine.

     

    Émanation du rapport mystérieux unissant l'homme et sa conscience, par le biais d'une autorité invisible, ces « bouches parlantes » ou « bouches secrètes » figuraient aussi sur des fontaines et des bas-reliefs. Représentées en miniature, elles étaient utilisées comme amulettes.

     

    Pendant des siècles, une caution surnaturelle fut nécessaire à l'expression de la vérité. Il fallut s'en remettre à à des statues ou des masques réputés capables d'exhumer les secrets enfouis et de mettre les mensonges en lumière.

     

    Dans le monde antique, des masques et des statues étaient dotés du pouvoir de révéler les secrets et jusqu'au XVIIIe siècle, les fameuses « bouches de dénonciation » ont été perçues comme leurs héritières.

     

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    Qu'elle soit un vieux masque romain énigmatique ou un marbre sensuel qui s'épanouit sous les arbres de Luco*, la Vérité m'inspire ces quelques vers...

     

    La Vérité

     

    Je suis nue parmi les parures

    Je ne faiblis devant personne

    Je brise toutes les armures

    Je n'ai ni doute ni couronne

     

    Tombe le masque je te vois

    Dans le lac noir où tu te noies

    Les mots fardés sont sans pouvoir

    Quand je découvre mon miroir...

     

    Cendrine

     

    *Luco : nom « affectueux » donné par les Parisiens au jardin du Luxembourg.

     

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    Merci de vos vœux d'anniversaire et de vos charmants petits mots concernant ma santé. Je pense bien à vous, gros bisous !

    Plume

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    « Tout l'Univers obéit à l'Amour;

                                                        Aimez, aimez, tout le reste n'est rien! » (Jean de la Fontaine)


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    Chaque année, à la mi-février, des rites d'amour et de très anciennes croyances fleurissent pour annoncer le réveil de la Nature, après le règne des sombres nuits d'hiver. Dans ce contexte, la date du 14 février est célébrée sous le patronage de Valentin, le saint des « fiancés, des jeunes filles et des garçons à marier » mais en dépit de son importante popularité, le personnage se pare d'une aura de mystère.

     

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    La légende de Saint-Valentin

    Plusieurs « Valentin » sont fêtés le 14 février, en France et dans d'autres pays, ce qui n'a pas manqué d'attirer l'attention des mythologues et des historiens. Une telle mise en lumière ayant généralement pour effet de «camoufler» un substrat de divinités pré-chrétiennes.

    On honore ainsi un prêtre de Rome nommé Valentin, un évêque de Terni en Italie, un évêque de Toro en Espagne, un confesseur du Puy-en-Velay et un martyr africain.


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    La légende de Saint-Valentin naquit sous le règne de l'empereur Claude II, dit le Gothique (214-270). En proie à certaines difficultés pour constituer ses légions, Claude fit interdire, en l'an 268, les fiançailles et les mariages sur l'ensemble du territoire qu'il dominait mais un prêtre nommé Valentin choisit de braver ses ordres et d'unir secrètement les jeunes couples. L'empereur le fit arrêter et condamner à mort par décapitation.

    Dans sa prison, Valentin rencontra Augustine, la fille de son geôlier, une jeune aveugle à qui il rendit la vue, grâce à des prières. Elle prit soin de lui et il lui adressa, avant son exécution, une lettre qu'il aurait signée «Ton Valentin».

     

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    Dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine, Valentin fut emprisonné pour avoir refusé de se prosterner devant les divinités de Rome. Il s'éprit de la fille de l'empereur Claude, une jeune aveugle qu'il s'efforça de guérir. L'empereur promit de se convertir si l'issue était heureuse mais Valentin subit tout de même le martyre. Il laissa à la demoiselle de son coeur un billet doux qui devint une « valentine ».

     

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    Les Lupercales romaines

    Cette belle et tragique histoire a été façonnée dans un but politique et religieux, celui de « gommer » le souvenir érotique des Lupercales, fêtes de la fertilité célébrées jadis à Rome, le 15 février.

    Les prêtres de Lupercus, le dieu loup de la fécondité, couraient dans la ville, vêtus de peaux de chèvre. Ils fouettaient, avec des lanières en cuir de chèvre, les femmes qui croisaient leur chemin, afin de stimuler leur pouvoir de fertilité. La course sauvage des Luperques avait pour but de purifier la cité, d'éloigner les démons et les épidémies et de repousser les êtres atteints de lycanthropie.

     Lupercus était le protecteur des animaux à cornes, des troupeaux et des futures récoltes. On organisait en son nom une « loterie d'amour ». Les jeunes hommes tiraient au sort le nom de la jeune fille qui deviendrait leur « compagne des festivités » et sur laquelle ils veilleraient, l'espace d'une année.

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    En l'an 496, le pape Gélase Ier décida de contrer les survivances des Lupercales en instituant la Saint-Valentin. La fête romaine, tissée de coutumes païennes, disparut au profit de célébrations plus «convenables» mais il fallut attendre la fin du XVe siècle pour que, sur l'initiative du pape Alexandre VI, Valentin devienne le patron officiel des amoureux.

     

    Les amours des oiseaux


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    La Saint-Valentin est associée aux parades nuptiales des oiseaux qui commencent à s'accoupler et sont considérés comme les messagers du printemps. Au cours de leurs voltes amoureuses, ils se livrent à des jeux mêlés de chants qui stimulent l'éveil des puissances naturelles.

     

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    Ils accompagnaient dans l'Antiquité les Gamélies athéniennes, célébrations rituelles des noces de Zeus et d'Héra qui se déroulaient de la mi-janvier à la mi-février. On offrait à la déesse des oiseaux sacrés, d'un blanc immaculé, tandis que les fiancés échangeaient des voeux d'amour en buvant du vin dans des coupes en forme d'oiseaux.

     

    L'image des oiseaux a souvent été utilisée de manière symbolique pour représenter les élans de l'amour. Le verbe «oiseler», très employé au XVIIIe siècle, signifie d'ailleurs «faire l'amour».

     

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    Charles d'Orléans, le chantre de l'amour


    La tradition d'écrire des cartes de Saint-Valentin est étroitement liée à ce prince de France, neveu du roi Charles VI, qui naquit en 1394 et mourut en 1465. Charles Ier d'Orléans était le fils de Louis Ier, duc d'Orléans et de Valentine Visconti, fille du puissant duc de Milan, Jean Galéas Visconti.


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    Fait prisonnier à la bataille d'Azincourt, le 25 octobre 1415, il fut emmené en Angleterre et retenu captif à la Tour de Londres pendant vingt cinq années. Il sublima sa souffrance grâce à l'écriture de chansons, de ballades, de complaintes et de rondeaux. Il composa aussi des poésies en langue anglaise.


    Le thème de l'absence, la cruelle solitude alors que les oiseaux «apportent» le printemps, l'espoir qui veut survivre et l'amour ardent nous offrent un chant sublime, mêlé de fièvre et de noirceur. Le coeur à vif, le poète nous entraîne, avec les rougeoiements de sa plume, dans le cycle implacable et grandiose des saisons.

     

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    Le beau soleil, le jour Saint-Valentin


    Le beau soleil, le jour Saint-Valentin,

    Qui apportait sa chandelle allumée,

    N'a pas longtemps entra un bien matin

    Privéement en ma chambre fermée.

    Cette clarté qu'il avait apportée,

    Si m'éveilla du somme de Souci

    Ou j'avais toute la nuit dormi

    Sur le dur lit d'ennuyeuse pensée.


    Ce jour aussi, pour partir leur butin

    Les biens d'Amours, faisaient assemblée

    Tous les oiseaux qui, parlant leur latin,

    Criaient fort, demandant la livrée

    Que Nature leur avait ordonnée

    C'était d'un pair (1) comme chacun choisi

    Si ne me peux rendormir, pour leur cri,

    Sur le dur lit d'ennuyeuse pensée.

     

    Lors en mouillant de larmes mon coussin

    Je regrettai ma dure destinée,

    Disant: « Oiseaux, je vous vois en chemin

    De tout plaisir et joie désirée.

    Chacun de vous a pair qui lui agrée,

    Et point n'en ai, car Mort, qui m'a trahi,

    A pris mon pair dont en deuil je languis

    Sur le dur lit d'ennuyeuse pensée. »

     

    Envoi:

     

    Saint-Valentin choisissent cette année

    Ceux et celles de l'amoureux parti

    Seul me tiendrai de confort dégarni

    Sur le dur lit d'ennuyeuse pensée

     

    (1): « Pair » signifie compagne ou compagnon en français médiéval. Formé sur la même racine que le mot anglais « partner », il s'écrit aussi « per ».

     

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    Charles d'Orléans écrivit le rondel suivant pour sa jeune belle-soeur, Marguerite de Rohan.

     

    « A ce jour de Saint-Valentin

    Puis qu'êtes mon pair cette année,

    De bien heureuse destinée,

    Puissions-nous partir le butin!

     

    Menez à beau frère hutin

    Tant qu'ayez la pense levée

    A ce jour de Saint-Valentin. »

     

    Il rapporta la coutume de la Saint-Valentin en Touraine après sa libération d'Angleterre, en 1441, et la tradition des messages d'amour se répandit ensuite dans le reste du royaume et dans les cours européennes.

     

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    La vogue des « Valentines »


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    Au XIVe siècle, en Angleterre, il était courant d'écrire, le jour de la Saint-Valentin, des messages d'amour et d'amitié. Le poète et philosophe anglais Geoffrey Chaucer (1340-1400), auteur des Canterbury Tales (Les Contes de Cantorbéry) décrivit, en 1381, cette coutume dans le Parlement des Oiseaux (The Parliament of Fowles).

     

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    Chaucer relata, sous le patronage de Saint-Valentin, la cour empressée faite par le roi Richard II Plantagenêt à la princesse Anne de Bohême. Il initia par ses écrits la tradition des poèmes d'amour de la Saint-Valentin.

     

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    Le poète John Gower (1330-1408) réunit dans une de ses ballades les «trois monarques de l'amour»: Saint-Valentin, la Nature et l'Amour personnifié. Ces trois «Puissances» convoquent un «gouvernement d'oiseaux» qui choisissent leurs compagnes à l'occasion de la Saint-Valentin.

     

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    L'oeuvre de John Lydgate (1370?-1451?) s'inscrit dans la lignée de celles de Chaucer et de Gower. Dans Flower of Courtesy (lignes 10-14), le poète décrit l'origine des pratiques de la Saint-Valentin et invite les amoureux à célébrer avec fougue ce jour fatidique.

     

    « Awake, ye lovers, out of your slombringe,

    This glade morowe, in al the haste ye may;

    Some observaunce dothe unto this day,

    Your choyse ayen of herte to renewe,

    In confyrmyng for ever to be trewe. »

     

    Réveillez-vous, amants, de votre lourd sommeil,

    En ce joyeux matin, dépêchez, dépêchez ;

    Car la coutume veut qu’en ce jour,

    Le choix de votre cœur renouveliez,

    Et vous engagiez toujours fidèles à rester.

     

    Empreinte d'un charme raffiné, la poésie anglaise est à l'origine de nos cartes d'amour de la Saint-Valentin.

     

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    Dans la France du XVe siècle, les jeunes gens prirent l'habitude d'offrir à leur bien aimée des petits mots doux pour célébrer le retour du printemps mais il fallut attendre le XVIe siècle pour que les lettres d'amour soient joliment qualifiées de « valentines ».

     

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    Au XVIIIe et au XIXe siècles, de superbes valentines ornées de colombes, de coeurs, de roses et de Cupidons se répandirent dans l'Europe entière.

     

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    A l'époque victorienne (1840-1860), en Angleterre, elles furent imprégnées de parfums exquis et agrémentées de petits ornements de soie, de dentelle, de plumes, de rubans, de fleurs fraîches ou séchées.


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    Esther Allen Howland (1828-1904), la fille d'un célèbre papetier américain, lança, vers 1850, la production en série des cartes de Saint-Valentin.


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    Conçues comme de précieuses broderies, ces cartes suscitèrent l'engouement des collectionneurs.

     

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    La chromolithographie, procédé d'impression en couleurs mis au point par le lithographe Godefroy Engelmann (1788-1839) en 1837, contribua également, tout au long du XIXe siècle, à la diffusion des images de la Saint-Valentin.


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    Supertistions et coutumes de la Saint-Valentin


    Dans la France et l'Angleterre des XIVe et des XVe siècles, les jeunes filles choisissaient leur «Valentin», un cavalier courtois qui leur offrait des cadeaux et leur dispensait de galantes attentions.

     

    Le «Valentin» accompagnait sa «Valentine» à la fête des Brandons, le premier dimanche de Carême. Les futurs couples échangeaient des présents et des baisers autour d'un grand feu puis le «Valentin» allait «brandonner» à travers les champs et les vignes. Par ce geste à caractère magique, (il brandissait un bâton autour duquel crépitait un brin de paille enflammé), il stimulait la croissance des futures récoltes et attirait la prospérité sur les familles et les champs.

     

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    Afin de voir en rêve leur futur amoureux, les jeunes filles cueillaient, après les douze coups de Minuit, le 14 février, cinq feuilles de laurier. Elles en épinglaient une à chaque extrémité de leur oreiller et plaçaient la cinquième au milieu. Puis elles récitaient sept fois la prière suivante avant de s'endormir: « Ô grand Saint-Valentin, protecteur de ceux qui s' aiment, fais que je puisse voir en mon dormant celui qui sera un ami fidèle et un merveilleux amant ».

     

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    Une vieille coutume préconise de porter des crocus jaunes ou des jonquilles dans les cheveux au lever du soleil pour attirer l'époux de ses rêves.

     

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    Un autre rituel d'amour consistait à frotter doucement la surface d'un miroir avec un tissu rouge avant d'ouvrir la fenêtre et d'allumer deux chandelles rouges. On étudiait ensuite les formes qui se dessinaient à la surface du miroir, les taches de lumière, les cristallisations et les effets de givre, afin de connaître les secrets d'un futur époux.

     

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    Pendant des siècles, dans le Kent, en Angleterre, les jeunes filles fabriquaient un «homme de houx» et les jeunes hommes une «demoiselle de lierre». Ce couple végétal, mêlé de fleurs roses et bleues, était promené dans les rues et symboliquement marié avant d'être brûlé, avec les cadeaux de sa dot. Les cendres recueillies étaient répandues dans les champs pour stimuler la croissance des jeunes pousses.

     

    A Anvers, en Belgique, les jeunes filles recevaient de la part de leurs admirateurs des effigies du Greef, un personnage en speculoos ou en massepain. Le nombre de figurines à croquer qu'elles obtenaient était proportionnel à l'affection qu'on leur portait.

     

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    La divination par les oiseaux


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    Oracles de l'amour et du printemps, médiateurs entre les hommes et les esprits de la Nature, les oiseaux sont dotés de capacités surnaturelles au moment de la Saint-Valentin. Ils dévoilent dans les rêves des renseignements précieux sur la future épouse ou le futur mari. Ils font croître les bourgeons en battant des ailes. La tradition préconise de faire un voeu en tenant une plume ramassée quelques instants après le lever du soleil.

     

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    Le messager de l'amour, 1885, par Marie Spartali Stillman (1844-1927), artiste préraphaélite.

     

    Le rouge-gorge qui sautille dans la rosée ou qui agite un brin d'herbe évoque un mariage avec un voyageur ou un marin.

     

    La présence d'un moineau au petit jour près de la chambre augure d'un mariage d'amour.

     

    Le chardonneret signale à la jeune fille qui l'aperçoit qu'elle fera la connaissance d'un riche parti.

     

    Un vol de cygnes présage d'un mariage heureux mais un merle posé sur l'appui de la fenêtre annonce la venue d'un beau parleur.

     

    Deux colombes qui s'embrassent sous le gage d'une union prospère et sans nuages.

     

    La vue d'une mésange signifie que les époux auront de nombreux enfants.

     

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    Les symboles de la Saint-Valentin


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    (Carte de 1910)

     

    Le coeur, siège de l'amour, de la vie et de l'âme, organe des fluides et de la circulation sanguine, est le motif magique par excellence...

     

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    Le coeur percé d'une flèche évoque l'amour et la passion mais se présente aussi comme un symbole protecteur contre les dangers et les maléfices.

     

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    La rose rouge est un emblème de désir et de passion mais aussi un gage d'amour et de fidélité. La rose rose évoque la délicatesse des sentiments.

     

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    Chromolithographie ancienne de roses, 1894, par Francis Dubreuil et Madame Laurent Simons, trouvée sur le très joli site Roses anciennes en France.org.

     

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    Cupidon

     

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    (Fresque d'Annibal Carrache, au Palais Farnèse, 1595-1597).


    Incarnation antique de l'amour et du désir, Amour ou Cupidon, Eros en grec, est le fils d'Aphrodite, la déesse de l'amour et d'Arès, le dieu de la guerre. Cabotin, joueur, imprévisible et capricieux, il transperce les coeurs avec des flèches d'or ou d'argent. Son pouvoir est incommensurable. Il peut susciter l'amour aussi bien chez les hommes que chez les dieux.

     

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    Vénus et Cupidon, 1540-1545, par Agnolo di Cosimo dit Bronzino (1503-1572).

     

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    Redouté pour sa nature taquine et chaotique, il est souvent «puni» par sa mère mais il parvient toujours à s'échapper et à n'en faire qu'à sa tête...

     

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    Jeune fille se défendant contre l'amour, par William Bouguereau (1825-1905).

     

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    Cupidon à la rose

     

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    La Beauté couronnée par Cupidon

     

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    Cupidon adolescent

     

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    L'Amour mouillé, 1891, toujours par William Bouguereau, au musée des Beaux-Arts de La Rochelle.

     

    De l'union de Cupidon et de la ravissante Psyché est née une fille appelée Volupté.

     

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    Amour et Psyché, enfants, 1890, par William Bouguereau.

     

    Psyché aux ailes de papillon dont les larmes et le sourire font renaître la rosée.

     

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    Les mêmes, un peu plus âgés...

     

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    Psyché apparaît dans l'Âne d'Or ou Les Métamorphoses d'Apulée, célèbre philosophe antique né vers 123 ou 125 après J.-C. et mort aux environs de l'an 170.

     

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    Psyché,1904, par Guillaume Seignac

     

    Un roi grec de l'Antiquité avait trois filles dont Psyché, honorée pour sa resplendissante beauté. Les sujets du royaume se pressaient autour d'elle pour l'admirer et en oubliaient la dévotion qu'ils devaient à Vénus, la déesse de l'Amour.

     

    Ivre de jalousie, Vénus ordonna à Cupidon d'inspirer à Psyché de l'amour pour le plus laid et le plus méprisable des mortels.

     

    Cupidon s'envola pour exécuter les volontés de sa mère mais quand il aperçut Psyché, il fut tellement charmé par sa beauté qu'il se blessa avec l'une de ses flèches et tomba éperdument amoureux.

     

    Alors que ses sœurs épousaient de riches personnages, Psyché demeurait jeune fille. Le roi, fort contrarié, consulta un oracle qui lui ordonna de vêtir la princesse de noir et de l'abandonner au sommet d'une colline où une monstrueuse créature s'unirait à elle. Malgré son désespoir, le roi dut se résoudre à faire conduire sa fille adorée au lieu du sacrifice.

     

    Quand elle se retrouva seule, Psyché sentit qu'un souffle parfumé gonflait le tissu de sa funèbre robe. Zéphyr, le vent d'ouest, s'empara d'elle et la transporta jusqu'à une prairie verdoyante où elle s'endormit.

     

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    Psyché dans le jardin d'Eros,1904, par John William Waterhouse (1849-1917)

     

    Au matin, elle découvrit un palais somptueux, soutenu par des colonnes d'or et des voûtes d'ivoire et de bois de citronnier, décoré de bas-reliefs en argent et de mosaïques de perles et de diamants. Elle y pénétra, sous l'impulsion d'une voix mystérieuse qui l'invita à savourer des mets luxueux, à se glisser dans un bain délassant et à s'étendre, à la nuit tombée, sur un lit précieux où la rejoignit son époux...

     

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    Le bain de Psyché, 1879, par Frederick Leighton (1830-1896)

     

    Comblée après sa nuit de noces, Psyché connut des jours et des nuits de plaisirs intenses mais le souvenir de sa famille hantait son coeur et son esprit. Ému par son chagrin, son époux lui permit de rejoindre les siens quelques temps mais lui fit promettre de ne jamais chercher à contempler son visage.

     

    Elle retrouva ses parents et ses sœurs mais celles-ci, étonnées de son bonheur, s'efforcèrent d'insinuer le doute en elle, en affirmant que, dans l'obscurité, elle s'unissait très certainement à un monstre.

     

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    Psyché et ses deux soeurs par Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)

     

    La nuit qui suivit son retour au palais, Psyché s'approcha de son époux endormi pour l'éclairer de sa lampe. A son grand soulagement, elle distingua les traits du plus séduisant de tous les dieux mais alors qu'elle s'émerveillait de sa découverte, une goutte d'huile bouillante tomba sur l'épaule de Cupidon. Réveillé en sursaut, il reprocha à la jeune femme d'avoir trahi sa parole et disparut.

     

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    Psyché levant sa lampe pour contempler Cupidon endormi,1737-1739, peinture appartenant au Cycle de l'Histoire de Psyché, réalisée par Charles-Joseph Natoirepour l'Hôtel de Soubise à Paris.

     

    Désespérée, Psyché le chercha aux quatre coins de la terre et finit, de guerre lasse, par envoyer des prières à Vénus.

     

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    L'Amour quittant Psyché,par Carle Van Loo (1705-1765).

     

    Ravie de pouvoir se venger, Vénus fit de Psyché sa servante et lui imposa une série de travaux rudes et humiliants mais aucune tâche ne semblait impossible à la jeune femme tant son amour lui donnait du courage et de la persévérance.

     

    Un soir, Vénus mélangea du froment, de l'orge, du millet, des graines de pavot, des pois, des lentilles et des fèves et ordonna à Psyché de trier chaque sorte de graine. Psyché vit alors une myriade de fourmis venir à son aide. Ces «filles de la terre» plongèrent dans le monticule de graines et classèrent l'ensemble par petits tas. Quand Vénus découvrit le résultat, elle réagit avec fureur...

     

    Elle ordonna ensuite à Psyché de traverser un bois sacré, bordé par une rivière, à la recherche d'un troupeau de brebis à la toison dorée et de lui rapporter un flocon de leur précieuse laine. Mais alors que Psyché s'approchait du troupeau, un roseau lui chuchota que les brebis étaient enragées. Il lui conseilla d'attendre que le soleil soit moins haut dans le ciel et de rejoindre un bouquet d'arbres dominant la rivière. La laine d'or, portée par le vent, s'y attachait en grappes scintillantes.

     

    Psyché revint saine et sauve auprès de Vénus. Très mécontente, la déesse lui ordonna de se rendre au sommet d'une montagne où de remplir un petit flacon avec de l'eau venant d'une mystérieuse source.

     

    Psyché trouva la source mais quand elle voulut remplir le flacon, de grandes mâchoires de pierre la menacèrent. Apparut alors un aigle royal, oiseau tutélaire de Jupiter, le roi des dieux. Il prit le flacon entre ses serres et le remplit. Psyché réussit l'épreuve et, une fois encore, Vénus fut prise à son propre piège...

     

    La déesse ordonna ensuite à la jeune femme de descendre dans les Enfers et de collecter, auprès de Proserpine, un peu de beauté enchantée dans un coffret.

     

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    Psyché par Paul Alfred de Curzon(1820-1895)

     

    Convaincue de devoir mourir pour entreprendre ce voyage, Psyché monta tout en haut d'une tour mais alors qu'elle allait sauter dans le vide, une voix résonna à travers les pierres de la tour. Elle lui révéla l'existence d'un chemin permettant d'entrer et ressortir vivante des Enfers. Psyché traversa le Styx sur la barque du nocher Charon, envoûta le féroce chien Cerbère et reçut des mains de Proserpine la boîte qui contenait la beauté des déesses.

     

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    Psyché obtenant de Proserpine l'élixir de beauté,1735, par Charles-Joseph Natoire.


    Mais dès qu'elle fut sortie des Enfers, une irrépressible curiosité s'empara d'elle. Elle ouvrit la boîte et une vapeur sombre et bleutée s'en échappa. Elle sombra alors dans une léthargie proche de la mort.

     

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    Psyché ouvrant la boîte,1903, par John William Waterhouse.


    Cupidon, emprisonné par sa mère en raison de ses noces clandestines avec Psyché, ressentit le drame qui arrivait. Il parvint à se libérer de sa prison et se hâta de la rejoindre pour la ranimer sous ses baisers.

     

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    Psyché ranimée par le baiser de l'Amour, 1793, sculpture d'Antonio Canova (1757-1822) musée du Louvre.


    Psyché remit la boîte à Vénus pendant que Cupidon implorait Jupiter de lui accorder son soutien. Jupiter accepta et convoqua le Conseil des Dieux. Psyché y parut, dans l'éclat de sa beauté, et but, devant la divine assemblée, une coupe d'ambroisie qui lui offrit l'immortalité. Les noces de Psyché et de Cupidon furent officiellement célébrées et Vénus accepta sa belle-fille...

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    L'Amour et Psyché,par Louis Jean-François Lagrenée(1724-1805).

     

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    Psyché et l'Amour, 1798, par le Baron François Gérard (1770-1837), musée du Louvre.

     Psyché, incarnation des premières émotions de l'âme, l'âme-souffle qui s'éveille à l'amour...


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    Les pouvoirs de Valentin

    A l'instar de Cupidon, Valentin s'efforce de réunir les amoureux mais il veille aussi sur la bonne santé morale et physique des couples. Il fut jadis invoqué pour fortifier le coeur, apaiser de nombreux tourments, soigner les rhumatismes et les douleurs récurrentes, faire tomber la fièvre et purifier le sang. En Belgique, il est considéré comme un protecteur contre les blessures et les hernies.

    Dans la région d'Hurtigheim, en Alsace, on trouve dans certaines chapelles des statuettes de Saint-Valentin, réputées apaiser les rhumatismes. Les personnes souffrantes offrent au saint une poule noire.

    Depuis fort longtemps, Valentin est le protecteur des nourrissons contre la mort subite. Il repousse les maladies qui touchent les animaux, détruit la vermine et garde les cultures contre les caprices de la météorologie.

    Il repousse la sècheresse et règne sur le vent comme en témoigne un vieux dicton du Centre de la France:

    « Jour de Saint-Valentin

       Vent au moulin ».

     

    Dans le vieux Nice, on avait coutume de dire:

    « Danse à la Saint-Valentin

       Soleil sur le chemin ».

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    Comme le fait remarquer Philippe Walter dans son ouvrage intitulé Mythologie chrétienne, Fêtes, rites et mythes du Moyen Âge, Valentin est un saint très mystérieux, fêté à la période du Carnaval et entretenant avec celle-ci des rapports très étroits. Il se présente comme la forme christianisée d'une vieille divinité pré-chrétienne « possédant la syllabe val dans son nom ou son surnom ». P.88. Sa décapitation s'inscrit, à l'instar de celle des géants de Carnaval, dans un cycle solaire et cosmique de mort et de renaissance.

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    Un village nommé Saint-Valentin

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    Au coeur du Berry, les « traditions valentines » ont fait renaître de ses cendres un charmant village, considéré, depuis plusieurs décennies, comme le fief des amoureux. La fête de la Saint-Valentin étant très appréciées au Japon, un jumelage a eu lieu entre le village français et le temple bouddhiste de Sakuto-Cho, en octobre 1997.

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    De nombreux couples viennent s'y marier et poser devant « le kiosque des amoureux » , érigé, par les Compagnons du Tour de France, en guise d'hommage à l'illustrateur Raymond Peynet.

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    Près du saule aux voeux, les visiteurs suspendent des feuilles en forme de coeur gravées de leurs noms, dans de grandes structures arborescentes de métal.

    L'emblème de la commune est le « coeur saignant » ou Coeur de Marie, de ravissantes fleurs bicolores qui dessinent des coeurs roses ornés d'une sorte de plumet blanc.

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    Les « Amoureux » de Peynet

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    Raymond Peynet (1908-1999) apprit les techniques du dessin publicitaire à l'École des Arts Appliqués à l'Industrie. Son diplôme lui fut remis par un des frères Lumière.

    Avec humour et sensibilité, il réalisa des étiquettes de parfums, des affiches, des encarts publicitaires, des dessins de presse et des décors de théâtre (notamment ceux du théâtre de la Huchette, dans le quartier Saint-Michel) mais il connut une célébrité mondiale avec ses «Amoureux», dédiés à son épouse et muse au nom prédestiné, Denise Damour.

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     Ces personnages délicats, nés sous le kiosque à musique de Valence, dans la Drôme, ont séduit un public considérable, à travers une profusion de livres et d'objets (écharpes, porcelaines fines, médailles, poupées, statues...). En 1942, Raymond Peynet écrivit à leur sujet: « Assis sur un banc, j'ai dessiné le kiosque qui se trouvait devant moi, avec un petit violoniste qui jouait tout seul sous l'estrade et une petite femme qui l'écoutait et l'attendait. On voyait aussi les musiciens qui, ayant rangé leurs instruments dans leurs étuis, s'en allaient dans le parc de Valence ».

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    Les Amoureux ont traversé les époques sans prendre une ride. Depuis l'époque de leur publication par Max Favalelli, dans le périodique Ric et Rac, leurs vêtements se sont adaptés aux évolutions de la mode et à la ronde des saisons. Ils sont accompagnés de symboles d'amour incontournables: le coeur, les roses, les angelots et les oiseaux.

     

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    Ils ont inspiré des chansons comme «Les bancs publics», créée par Georges Brassens et «Les amoureux de papier», composée par Charles Aznavouret chantée par Marcel Amont.

     

    Une de leurs statues se dresse à Hiroshima, au Japon, face au Mémorial de la Bombe Atomique.

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    Peynet peignit aussi des tissus et décora des ouvrages de Jean Anouilh, d'Alfred de Musset et d'Eugène Labiche, comme Le voyage de Monsieur Perrichonen 1939. Les amoureux de ses oeuvres pourront visiter quatre musées dans le monde qui lui sont consacrés: deux en France (Antibes et Brassac-les-Mines) et deux au Japon (Karuisawa et Mimasaka).


    Une longue tradition de cadeaux

    Dans l'ancienne Europe, à la mi-février, les rituels d'amour étaient accompagnés par des cadeaux: petites sculptures réalisées dans du bois d'arbres fruitiers, couronnes et bracelets de fleurs, coeurs et figurines de cire, moules à gâteaux, chansons, poèmes... A partir de la Renaissance et surtout au XVIIIe siècle, les gants, les bas, les éventails et les rubans décorés de perles, de plumes et de petits bijoux firent fureur. Les bouquets de fleurs, les cartes et le chocolat furent très appréciés à partir du XIXe siècle.

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    Chacun est libre de croire que la Saint-Valentin n'est qu'une fête commerciale, peuplée d'ornements kitsch et de babioles sucrées or cette fête s'enracine profondément dans notre folklore et les plus jolies attentions n'ont pas besoin d'être assorties d'une valeur marchande.

    En Italie, on offre des chocolats recouverts de noisettes appelés Baci Perugina qui contiennent des billets doux.

    Aux États-Unis, au Canada et au Japon, la Saint-Valentin est l'occasion d'exprimer son amour mais aussi de présenter ses voeux d'amitié. Les écoliers américains fabriquent des cartes qu'ils distribuent à leurs camarades, à leur institutrice, aux membres de leur famille et aux personnes qu'ils apprécient. Ils s'offrent aussi des petits sachets de graines qu'ils sèmeront pour célébrer le retour du printemps.

     A la Saint-Valentin fleurissent d'exquises gourmandises qui enfièvreront les papilles, à l'instar de ces petits trésors...

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    (www.lecacaotier.com)

     

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    La Maison du Chocolat...

     

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    Bien loin des lieux communs et du dédain que certains manifestent à son égard, la Saint-Valentin est une broderie de traditions passionnantes et complexes qui ne demandent qu'à être explorées. Je vous souhaite d'agréables moments de partage et de découverte ainsi que les opportunités d'exprimer votre amour, votre fantaisie et votre créativité, pas seulement l'espace d'une journée mais tout au long de l'année...

     

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    Joyeuse Saint-Valentin!

     

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    Bibliographie

    Constant BEAUFILS: Étude sur la vie et les poésies de Charles d'Orléans.Paris: A. Durand, 1861.Henri DONTENVILLE: Mythologie française. Paris: Payot, 1973.

    Claude GAIGNEBET: Le Carnaval. Paris: Payot, 1974.

    Arnold VAN GENNEP: Manuel de folklore français contemporain. Paris: Picard, 1947.

    Philippe WALTER: Mythologie chrétienne. Paris: Imago, 2003.


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    « C'est le coeur qui donne naissance à toute connaissance ». (Proverbe de l'Égypte ancienne.)


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    Chers Aminautes, certains d'entre vous connaissent le problème : sur Eklablog, depuis quelques temps, les newsletters se perdent et, comme me l'ont fait remarquer plusieurs d'entre vous, des commentaires ne sont pas validés. Du coup, je me suis rendue compte que parmi les commentaires que j'avais déposés sur vos blogs certains ne sont plus en ligne...

    En espérant que la situation évolue positivement, je publie ces quelques photos en remerciant le petit oiseau trop mignon qui a gentiment posé pour moi dans le square Viviani.

    Je vous souhaite une belle semaine, amicalement !

    Cendrine

     

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    Plume

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    Molly Harrison, Le chemin de la sorcière.

     

    Nuit de liesse magique, nuit d'or et de ténèbres... revoici Halloween, ma fête préférée !

    L'automne est plus profond, la métamorphose des couleurs se poursuit alors je vous souhaite de profiter des jolies choses qui nous entourent. Gardons l'espoir en ce monde triste et troublé et savourons, chaque fois que nous le pouvons, les petits bonheurs du quotidien.

     Pour lire ou relire mes articles au sujet d'Halloween, notre très vieille Samain, il suffit de cliquer...

     

    Avec de tendres pensées, sans oublier nos chers disparus...

     

    Je vous laisse en compagnie des sorcières de Molly Harrison, artiste fantasy dont le site www.mollyharrisonart.com regorge de créatures fantasmagoriques. Gros bisous !

     

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    Octobre enchanté

     

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    Rêverie d'automne

     

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    Sorcière d'automne

     

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    Sortilège gothique

     

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    Balade d'automne

     

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    Les récoltes d'octobre

     

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    Flamme d'octobre

     

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    Les vents d'octobre

     

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    Attention à la chouette rouge tachetée

     

    Amicalement vôtre !

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