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    Octave, dont le nom a fait couler beaucoup d'encre, est incontestablement l'une des « personnalités » mythiques de l'histoire de Paris. Situé sur la rive droite amont du fleuve, (il se trouvait autrefois sur la rive gauche, environ 70 centimètres plus bas qu'aujourd'hui), il apparaît comme une sentinelle des humeurs de l'eau et permet de mesurer, de manière officieuse mais incontournable, les crues de la Seine.

    Quand celle-ci affleure à la pointe de ses bottes, on se pose la question de la fermeture des voies sur berge et la question ne se pose plus dès que ses mollets « disparaissent ». Lors de la crue de 1910 qui culmina à 8,62 mètres, il eut de l'eau jusqu'aux épaules alors souhaitons que cela ne se reproduise pas !

     

    Je joins à cet article mes pensées pour les personnes rudement éprouvées par ces inondations de Juin 2016.

     

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    A l'instar du pont des Invalides qui le précède, le pont de l'Alma fut érigé à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1855, dans le cadre des grands travaux d'embellissement menés par le Préfet Haussmann (1809-1891), mais en raison d'un hiver 1854-1855 particulièrement rigoureux et d'une succession de retards « techniques » il ne fut inauguré qu'en 1856. L'empereur Napoléon III (1808-1873) le traversa, le 2 avril 1856, pour présider la cérémonie de remise des drapeaux aux régiments illustres de la campagne de Crimée (1853-1856).

     

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    Le pont de l’Alma. Vue prise vers le nord en janvier 1910 © Albert Chevojon/BHVP/Roger-Viollet.

     

    La construction de ce premier ouvrage, doté de trois arches elliptiques et long de 151 mètres, fut confiée à l'architecte Gariel et aux ingénieurs Lagalisserie, Darcel et Vaudrey. Il résista à la crue de 1910 mais en 1970, suite au tassement de l'une de ses arches et à une augmentation conséquente du trafic automobile, on décida de le détruire. Entre 1970 et 1974, les ingénieurs Blanc et Cosne et les architectes Dougnac et Arsac ont érigé un pont métallique à deux arches qui se compose en réalité de deux ponts indépendants reposant chacun sur une arche formée de deux poutres-caissons métalliques.

     

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    Prouesse technique, le pont mesure 142 mètres pour une largeur de 42 mètres. Inauguré en 1974 et particulièrement fréquenté, il permet de réunir d'importantes avenues haussmanniennes (Bosquet, Rapp...) et des lieux comme les Champs-Élysées et la Place du Trocadéro.

     

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    Il fait référence à la bataille de l'Alma, remportée le 20 septembre 1854 par l'alliance franco-britanno-turque sur l’armée russe menée par le prince-général Menchikov.

     

    Octave

     

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    Il fut réalisé en pierre de Chérence, réputée pour sa solidité, par Georges Dieboldt (1816-1861), un sculpteur du Second Empire qui s'illustra notamment par la décoration de certaines parties du Louvre, de l'Hôtel de Ville de Paris et de la Tour Saint-Jacques.

     

    Il mesure 5,20 mètres et pèse environ 8 tonnes. Les jambes croisées, il est appuyé sur son fusil et tourne son regard vers la gauche. Vous noterez la présence de la Croix de Guerre sur sa poitrine.

     

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    Les opinions divergent en ce qui concerne son « identité ». Pour certains, il représenterait Louis-André Gody, né en 1828 à Gravelines, dans le Nord de la France, qui combattait dans le troisième régiment de zouaves de la garde impériale de Napoléon III. Pour d'autres, il serait un certain Bérizot ou Nérigot, soldat breton, mais il n'existe pas de certitude à ce sujet.

     

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    A l'origine, Octave avait trois compagnons : un chasseur et un artilleur, créations d'Auguste Arnaud (1825-1883) et un grenadier, sculpté par Dieboldt.

     

    Le grenadier se trouve aujourd'hui à Dijon, ville natale de son créateur.

     

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    Le grenadier (Photo Erkethan, travail personnel).

     

    L'artilleur a été transporté à la Fère, dans l'Aisne, où Louis XIV fonda, en 1720, la première école d'artillerie.

     

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    L'artilleur (Photo CodeLyoko95120 CCBY-SA3)

     

    Le chasseur est installé contre le mur sud de la redoute de Gravelle, à la pointe sud-est du bois de Vincennes et visible depuis l'autoroute A4.

     

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    Le chasseur à pied, 1856 (Photo Gérard Delafond, travail personnel). Vous noterez sur l'image la présence du petit « Invader », mosaïque inspirée du jeu vidéo Space Invader, sorti en 1973 au Japon sur console Atari 2600.

     

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    Ces quatre statues qui représentaient les principaux corps armés de la guerre de Crimée décoraient les avant-becs semi-circulaires de l'ancien pont.

     

    Les Zouaves

     

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    Aleksander Raczynski (1822-1889) : Zouaves durant la guerre de Crimée.

     

    Un zouave est un soldat d’infanterie légère, associé à l'incorporation de soldats kabyles lors de la conquête de l'Algérie.

    Le corps des zouaves exista de 1830 à 1962. Leur devise était « Être zouave est un honneur. Le rester est un devoir. »

     

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    Image trouvée sur Pinterest

     

    Leur uniforme, qui s'inspire de la tenue traditionnelle masculine algérienne, fut dessiné par le commandant Duvivier, à l'initiative du général Lamoricière. Il se compose d'un ample « sarouel » doté d'un trou au fond, le « trou Lamoricière », destiné à laisser l'eau couler après que le soldat ait franchi une rivière. Une veste-boléro appelée « bedaïa » « en drap bleu foncé avec passepoils et tresses garance » était portée sur un gilet sans manches : le « sédria ». Le zouave arborait aussi une large ceinture de laine bleu indigo, bien serrée pour tenir le ventre au chaud afin de lutter contre la dysenterie et une sorte de pèlerine courte de couleur bleu intense ou « gris de fer bleuté ». Cet uniforme pittoresque mais peu pratique dans un cadre militaire devint purement cérémoniel à partir de 1915.

     

    Vigie légendaire des crues de la Seine, Octave -qui possède son compte Twitter- a été immortalisé par le chanteur Serge Reggiani (1922-2004), sur des paroles de Claude Lemesle.

     

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    « Je m'appelle Octave

    Et je fais le zouave

    Sur le pont de l'Alma

    Où quelquefois

    Comme autrefois

    J'en bave

    Mais plus qu'en Afrique

    Aux temps héroïques

    Quand sous la chéchia

    Garance. J'a-

    Vais mission historique

    D'éduquer les peuples

    Sauvages et aveugles

    De guider sur des

    Torrents d'idées

    Le grand troupeau qui beugle

    Que j'ai de la peine

    Toute la semaine

    Moi qui aimait tant

    Voir couler le sang

    De voir couler la Seine!

     

    On nous redoutait comme le feu, comme la peste

    De Sébastopol à Magenta à Palestro

    Comme Mac-Mahon je suis parti:

    "J'y suis, j'y reste!"

    Pour en arriver finalement à:

    "Que d'eau, que d'eau!"

     

    Au printemps le fleuve

    Me met à l'épreuve

    Comme si les frimas

    Ne suffisaient pas

    Il faut encore qu'il pleuve

    Et il monte monte

    Ce lent mastodonte

    J'affrontais le front

    C'est un affront

    A présent que j'affronte

    Car j'ai de la flotte

    Jusqu'à la culotte

    Jusqu'au gros colon

    Jusqu'aux galons

    Parfois jusqu'à la glotte

    Moi qu'on put connaître

    Zouave et fier de l'être

    Il y a des moments

    Maintenant où j'en

    Ai par-dessus la tête

     

    On nous redoutais comme le feu, comme la peste

    De Sébastopol à Magenta à Palestro

    Comme Mac-Mahon je suis parti:

    "J'y suis, j'y reste!"

    Pour en arriver finalement à:

    "Que d'eau, que d'eau!"

     

    Je m'appelle Octave

    Et je fais le zouave

    Sur ce pont damné

    Où chaque année

    Je sens que mon cas s'aggrave

    Dans mes jambes ça bouge

    J'ai des fourmis rouges

    Un jour je vais me tirer

    Faire une virée

    Je vais prendre un bateau mouche

    Direction le septième

    Régiment que j'aime

    Encore des beaux jours

    Pour les Tambours

    Et pour les chrysanthèmes

    Paraît qu'y'a une chouette

    Guéguerre qui vous guette

    Ça sent le crime

    Et les vieux de Crimée

    Ne seraient pas de la fête

     

    Bataillon! à mon commandement

    Ligne de section par trois!

    En avant, marche...

    Une, deux, une, deux...»

    Interprétation Louis BAUDEL

     

     

    Jacqueline Maillan (1923-1992) lui rendit également hommage dans sa chanson intitulée : Le zouave du pont de l'Alma ou Sous le pont de l'Alma, écrite par Michel Emer, son mari et faisant référence à l’expression « la main de ma sœur dans la culotte d’un zouave ». Coquine l'expression ? Sûrement, mais elle est surtout énigmatique. Nombreux sont ceux qui se demandent ce qu'elle signifie mais les recherches sont apparemment infructueuses.

     

    (https://www.youtube.com/watch?v=lQBl60H3Jjw)

     

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    Crédit photo Bertrand Guay/AFP

     

    Notre légendaire Octave a désormais de l'eau à mi-cuisses. J'aurais aimé pouvoir le photographier mais je ne peux me rendre à Paris pour le moment alors voici quelques liens intéressants. Les liens en question peuvent être réactualisés en fonction de l'évolution de la crue.

     

    http://www.liberation.fr/france/2016/06/03/paris-2016-crue-classee_1457241

     

    http://www.linternaute.com/actualite/societe/1309676-crue-de-la-seine-a-paris-pourquoi-les-previsions-se-sont-trompees-d-un-metre-3-juin-2016/

     

    Compte Twitter d'Octave: https://twitter.com/zouavealma

     

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    Bibliographie

     

    Emmanuel BÉNÉZIT: Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs. Édition de 1999. 14 volumes.

     

    Charles DUPLOMB: Histoire générale des ponts de Paris. 1911.

     

    Marc GAILLARD: Quais et Ponts de Paris. Amiens: Martelle, 1996.

     

    Félix LAZARE: Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments. Paris: Vindun, 1844-1849.

     

    Gustave PASSARD: Nouveau Dictionnaire Historique de Paris. 1904.

     

     

    J'adresse à nouveau des pensées de réconfort aux sinistrés et je vous remercie, chers aminautes, de votre fidélité. Je ne peux pas passer vous voir comme je l'aimerais. J'ai passé une semaine très éprouvante sur le plan médical, la nuit de jeudi à vendredi aux Urgences et j'enchaîne sur un scanner cérébral mercredi, avant toute une batterie d'examens. Prenez soin de vous, je vous donnerai des nouvelles au fil du temps...

    Plume

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    47 commentaires
  • Pour la Carte de France des Paysages de CANELLE...

     

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     Je reviens avec plaisir en ces lieux où les images d'aujourd'hui se superposent avec celles d'autrefois.

     

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    Ce remarquable ouvrage, tout en courbes et en légèreté, enjambe la Seine entre le Louvre et l'Institut de France, temple de la connaissance dont la coupole dorée s'élance vers les nuages.

     

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    La Passerelle des Arts

     

    Le 15 mars 1801, la construction de cette audacieuse passerelle, premier pont métallique national, fut décidée par un décret de Bonaparte.

     

    Le 28 avril 1801, le projet fut présenté, au Conseil des Ponts et Chaussées, par l'ingénieur Louis-Alexandre de Cessart (1717-1806).

     

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    Le 25 juillet 1802, par un arrêté consulaire, la Compagnie des Trois-Ponts, gestionnaire du chantier, reçut l'ordre d'utiliser la fonte. Grâce à ce nouveau matériau plébiscité par l'industrie anglaise, l'ingénieur Jacques Vincent Lacroix de Dillon (1760-1807) réalisa une oeuvre résolument moderne entre le Pont-Neuf et le Pont-Royal.

     

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    Neuf arches en fonte soutenaient une plate-forme horizontale réservée aux piétons. Dès son inauguration, le 23 septembre 1803, la Passerelle des Arts devint une promenade à la mode. Le visiteur s'acquittait d'un droit de péage et découvrait le pont, conçu comme un jardin suspendu au-dessus des flots. Des bouquets parfumés, des arbustes verts, des plantes exotiques et des orangers en pots étaient répartis de part et d'autre des balustrades.

     

    Les amoureux et les passants pouvaient jouir de la plaisante atmosphère des lieux, grâce aux bancs, aux échoppes et aux bateleurs qui s'y trouvaient. Un glacier y avait établi ses quartiers. Au fil de la nuit, les rencontres et les discussions s'étiraient, dans un ballet de lanternes...

     

    Il faut toutefois préciser qu'on pouvait éviter de payer « un sou » et passer par le Pont-Neuf.

     

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    Le Premier Consul Bonaparte, par Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1803.

     

    Malgré les inquiétudes énoncées par les célèbres architectes Percier et Fontaine, Bonaparte imposa le choix d'un pont métallique mais il regretta ensuite l'absence de monumentalité de l'ouvrage et craignit pour sa solidité.

     

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    De la Passerelle au Pont des Arts

     

    Après les ponts de Coalbrookdale et de Sunderdale en Angleterre, la Passerelle des Arts apparut comme un symbole de progrès industriel et de modernité. Elle unissait avec élégance les deux rives du fleuve et desservait le Port Saint-Nicolas.

     

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    Vue du Quai du Louvre et Port Saint-Nicolas au XVIIIe siècle, par Jean-Baptiste Lallemand (1716-1803). (Gallica)

     

    Le Port Saint-Nicolas se situait en aval de l'île de la Cité, alors que la plupart des ports de Paris se trouvaient en amont. La raison en était simple, les piles des ponts constituaient des obstacles dangereux pour le passage des bateaux. Le port recevait des denrées alimentaires et le foin destiné aux chevaux de la cavalerie royale. Il reliait la capitale à la ville de Rouen et fut en activité jusqu'en 1905.

     

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    Vue du quai Saint-Nicolas au pied de la Grande Galerie du Louvre, vers 1750, par Jean-Baptiste-Nicolas Raguenet (1715-1793).

     

    A partir de 1942, les vestiges du port furent aménagés en une agréable promenade qui offrait une vue imprenable sur la Passerelle des Arts. Mais la « dame de fonte » subit des bombardements qui la fragilisèrent et trois accidents fluviaux majeurs, en 1961, en 1973 et en 1979.

     

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    (Cette photographie appartient à la collection de Léonard Pitt, auteur de Promenades dans le Paris disparu.)

     

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    Les passes navigables se situent dans l'alignement de celles du Pont-Neuf.

     

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    (Le soleil estival s'amuse à faire danser les ombres sur la peau des façades.)

     

    Alors que le plancher du pont en azobé ou bois de fer, un bois d'Afrique imputrescible, résonne sous les pas, la Galerie du bord de l'eau révèle sa sublime scénographie.

     

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    Cette Grande Galerie fut construite, entre 1595 et 1610, sous le règne d'Henri IV, par Louis Métezeau (1560-1615) du côté est, et Jacques II Androuet du Cerceau (1550-1614) du côté ouest. Coupant l'enceinte de Charles V, elle permettait au roi d'accéder aux Tuileries depuis ses appartements du Louvre et se terminait par le Pavillon de Flore.

     

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    Le Cardinal de Richelieu y fit installer l'Imprimerie et la Monnaie Royale des Médailles, en 1640, mais elle accueillit surtout, jusqu'en 1806, des boutiques, des logements et des ateliers d'artistes.

     

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    De 1697 à 1777, les plans-reliefs ou maquettes des villes fortifiées du royaume y furent exposés.

     

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    La Grande Galerie par Hubert Robert, vers 1789.

     

    Le 10 août 1793, le Louvre devint le Muséum central des Arts. Il fut appelé Musée Napoléon en 1803 et plus communément « Palais des Arts » sous le Premier Empire.

     

    Entre 1861 et 1870, la partie occidentale de la galerie fut démolie puis reconstruite par Hector Lefuel (1810-1880) dans un style imitant celui de Louis Métezeau mais le bâtiment fut élargi pour accueillir la collection de carrosses et de voitures de Napoléon III, créer des appartements d'honneur et une salle pour la réunion des États.

     

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    Les pilastres, les guirlandes, les frontons et les fenêtres qui rythment la façade ont été recréés, dans un style composite, 250 ans après la mise en oeuvre du « Grand Dessein » d'Henri IV.

     

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    En tournant le dos à ce décor triomphal, il suffit d'emprunter le Pont des Arts pour rejoindre Quai de Conti, sur la rive gauche, l'Institut de France.

     

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    La fondation de ce monument appelé Collège Mazarin ou Collège des Quatre-Nations fut réclamée par Mazarin (1602-1661) dans son testament, en 1661, et financée par un legs de quatre millions de livres.

     

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    A partir de 1663, l'architecte Louis le Vau (1612-1670) déploya, en bordure de Seine, une somptueuse façade courbe flanquée de deux pavillons décorés de pots-à-feu.

     

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    Le bâtiment était destiné à accueillir soixante gentilshommes originaires des quatre provinces récemment annexées à la France, soit l'Alsace, l'Artois, le Roussillon et le Comté de Pignerol en Italie.

     

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    La Galerie du bord de l'eau, le Pont-Neuf et le Collège Mazarin en 1689, par Sébastien Leclerc (1637-1714). (Gallica)

     

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    En 1670, François d'Orbay (1634-1697) succéda à Le Vau. Il conçut le célèbre dôme circulaire couronné par une élégante lanterne.

     

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    En 1805, Napoléon y transféra l'Institut de France et ses cinq académies, dont la plus célèbre demeure l'Académie Française. La coupole, intérieurement de forme elliptique, abrite la salle où se réunissent les Sages.

     

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    Les académies sont l'Académie Française, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, l'Académie des Sciences, l'Académie des Beaux-Arts et l'Académie des Sciences Morales et Politiques.

     

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    L'Institut abrite l'extraordinaire Bibliothèque Mazarine, la plus ancienne bibliothèque publique de France et, sous le dôme, la chapelle où trône le Tombeau de Mazarin, sculpté par Antoine Coysevox (1640-1720), Étienne le Hongre (1628-1690) et Jean-Baptiste Tuby (1635-1700).

     

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    Le charmant angelot tient les armes du Cardinal: le faisceau de licteur d'or lié d'argent et la hache, sans oublier les trois étoiles d'or qui ornent les reliures des ouvrages de la bibliothèque.

     

    Avant la construction du Collège Mazarin, la tour de Nesle s'élevait à l'emplacement de l'actuelle aile est.

     

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    Cette célèbre tour formait l'extrémité de l'enceinte de Philippe-Auguste et marquait l'entrée de Paris pour les bateliers qui remontaient la Seine. Dans l'obscurité, une lanterne, la première de « Lutèce », se balançait au bout d'une potence suspendue tout au sommet.

     

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    Sur cette gravure d'Israël Silvestre, on aperçoit la porte et la tour de Nesle au XVIIe siècle. A gauche, se dresse l'Hôtel de Nevers sur lequel fut édifié l'Hôtel des Monnaies. (La gravure vient du site du Musée Carnavalet.)

     

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    Sur celle-ci, la tour fait face à la Galerie du bord de l'eau.

     

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    La Tour de Nesle, par Pieter Bout (1658-1719).

     

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    En 1832, dans la pièce intitulée La Tour de Nesle, Alexandre Dumas Père ressuscita le personnage de Marguerite de Bourgogne, la « reine sanglante », emprisonnée pour avoir tué ses amants après des nuits passionnées. Le spectre de cette princesse capétienne, belle-fille de Philippe le Bel, fait revivre les « légendes noires » de Paris.

     

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    Mais il est temps de revenir vers le pont des Arts car je voudrais évoquer ce qui est devenu un véritable « phénomène » urbain:

     

    Les cadenas d'amour

     

    Je vous en avais déjà parlé mais depuis mon précédent article leur nombre a explosé...

     

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    Une année s'est écoulée entre ces deux photos.

     

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    Que font là tous ces cadenas? Y aurait-il une porte secrète, invisible et truffée de serrures à l'arrière de la balustrade? Le regard aimanté par ces morceaux de métal, je m'approche...

     

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    Il semblerait que, depuis l'année 2008, les amoureux de passage aient commencé à accrocher des « cadenas d'amour » ou « lovelocks » aux rambardes du pont. Ils gravent ou marquent au feutre leurs initiales et jettent les clefs dans la Seine ou les dissimulent dans Paris. Cette tradition pourrait être une émanation moderne de rites d'amour médiévaux qui utilisaient des serrures et des clefs.

     

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    Certains cadenas sont accrochés en haut des lampadaires.

     

    De mystérieuses disparitions

     

    La majorité des cadenas a été retirée, dans la nuit du 11 au 12 mai 2010, mais les services municipaux de Paris ont toujours démenti en être responsables et le mystère n'a pas encore été résolu.

     

    En juillet 2011, ce sont des pans entiers du grillage qui ont disparu sans attirer l'attention. La municipalité a dû installer de grandes planches de contreplaqué en attendant de fixer de nouveaux parapets ajourés.

     

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    Un cadenas à l'effigie de Ganesha, le dieu hindou de la sagesse, de l'intelligence, de l'illumination, de la richesse ou encore du succès...

     

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    A côté de ce cadenas ouvragé, on aperçoit des liens de tissu jaune. Ils font référence à une tradition née pendant la première Guerre du Golfe. Les femmes de militaires attachent un morceau de tissu jaune aux grilles d'une fenêtre ou d'un portail en attendant le retour de l'être aimé.

     

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    Cette « tradition » se répète sur le Pont de l'Archevêché, près de Notre-Dame et sur la Passerelle Léopold Sédar Senghor, face au Musée d'Orsay. J'en ai également photographié sur le Pont Alexandre III.

     

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    La quantité de cadenas est impressionnante!!!

     

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    On rencontre, dans cette forêt métallique, des morceaux de plastique noués et des feuilles de papier roulé, attachées à des cordelettes ou à des rubans colorés. Certains cadenas sont couverts de messages d'amour et d'amitié.

     

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    Cette « pratique rituelle », vraisemblablement apparue dans les années 1980 en Europe de l'Est, s'est propagée dans le reste de l'Europe au début du nouveau millénaire. Certains chroniqueurs font référence à un roman italien, J'ai envie de toi de Federico Moccia où les héros accrochent un cadenas marqué de leurs noms (luchetti d'amore) sur un lampadaire du Ponte Milvio, près de Rome, avant de lancer la clef dans le Tibre.

     

    La vogue des « cadenas d'amour » ne cesse de s'étendre, sur le Ponte Vecchio à Florence, à Venise, à Vérone, à Moscou sur les rambardes du Pont Luzhkov...

     

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    Au-dessus de l'eau, élément matriciel, les serments se figent et la quête de l'amour éternel se pare de superstition. Les clefs vont rejoindre les profondeurs de l'eau, se mêler à la mort et aux ombres aquatiques, là où le temps suspend sa respiration...

     

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    Depuis le pont des Arts, combien de serments et de clefs ont-ils déjà plongé dans le fleuve?

     

    Mon imagination caracole alors que je contemple les bateaux amarrés à proximité de cet ouvrage indissociable de la « mythologie amoureuse » de Paris.

     

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    Une vision des lieux par Edward Hopper, peintre « réaliste » américain, en 1907.

     

    Grâce à ses balustrades ajourées, le Pont des Arts offre une vue exceptionnelle sur la Seine et sert fréquemment de galerie d'exposition à ciel ouvert. Sa silhouette unique séduit le cinéma français et international, inspire les amoureux, les poètes, les peintres, les parfumeurs... Il permet de contempler la magnificence des quais, le Louvre et l'Institut de France et des monuments emblématiques de Paris comme la tour clocher de l'église Saint-Germain l'Auxerrois.

     

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    Il s'agit en réalité du beffroi néo-gothique de la Mairie du premier arrondissement, attenante à l'église. Ce beffroi, édifié en 1860 par Théodore Ballu, est doté d'un magnifique carillon.

     

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    Que vous soyez d'humeur romantique ou dilettante, épris de rêverie ou juste de passage, ne manquez pas d'apprécier l'atmosphère si « spéciale » qui émane de ce pont, entre deux mondes et à la croisée de mille sensibilités...

     

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    A l'entrée du pont, j'ai trouvé ce petit mot sensible et attachant...

     

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    Comme une île perdue

    dans un grand cimetière

    où tremblent suspendus

    des soleils éphémères

     

    Comme un rêve blessé

    qui refuse l'enfer

    et se met à danser

    dans le sang de l'hiver

     

    Les bateaux creusent l'onde

    en liens imaginaires

    sous les berges profondes

    aux âmes nourricières

     

    Je les sens chuchoter

    sur le pont des mystères

    où nos coeurs mélangés

    dévorent la lumière...

     

    Cendrine

     (Pont des Arts, 27 février 2012...)

     

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    Sources et Bibliographie

     

    Charles DUPLOMB: Histoire générale des ponts de Paris. 1911.

     

    Théophile LAVALLÉE: Histoire de Paris: depuis le temps des Gaulois jusqu'en 1850. Hetzel, 1852.

     

    Aubin L. MILLIN: Dictionnaire des beaux-arts. 1838.

     

    Gustave PESSARD: Nouveau dictionnaire historique de Paris. Lejay, 1904.

     

    L M TISSERAND: Topographie historique du Vieux Paris. Imprimerie impériale, 1866.

     

    Émission « Sur le Pont des Arts » de Marianne Durand-Lacaze.

     

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    Je vous laisse en compagnie de Georges Brassens et de ses mots magiques... Sur l'Pont des Arts...

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    Je vous invite à cheminer dans un théâtre à ciel ouvert où s'épanouit une forêt de candélabres baroques. La fantaisie est de mise dans cet univers raffiné où les couleurs fusionnent avec les reflets de l'eau et du ciel.

     

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    Il y a quelques mois, ce superbe ouvrage m'a inspiré un article mais j'ai souhaité en écrire un second, agrémenté de photos prises dans la belle lumière de l'été.

     

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    Le Pont Alexandre III se situe entre le 7e et le 8e arrondissement de Paris, dans l'axe somptuaire de l'esplanade des Invalides. Il fut construit à partir de 1897 et inauguré en même temps que l'Exposition Universelle de 1900.

     

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    Il dessine un arc très étiré qui chevauche la Seine sur une longueur de 107 mètres et conduit à deux prestigieux édifices: le Grand et le Petit Palais. L'ensemble mesure environ 160 mètres.

     

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    Les ingénieurs Jean Résal et Amédée Alby et les architectes Joseph Cassien-Bernard et Gaston Cousin orchestrèrent cette prouesse technique et artistique.

     

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    Sous la direction d'Alfred Picard, commissaire général de l'Exposition Universelle de 1900, et de Joseph Bouvard, directeur de l'architecture, ils élaborèrent un pont métallique très surbaissé, le premier du genre, lié à chaque rive par un viaduc de maçonnerie.

     

    En raison de la très importante poussée horizontale, il fallut renforcer les berges de la Seine et répartir la charge entre les immenses fondations.

     

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    Le pont symbolise l'amitié franco-russe, initiée par le tsar Alexandre III, empereur de toutes les Russies, roi de Pologne et grand-duc de Finlande. Ce dernier signa en 1893 l'Alliance franco-russe avec le Président français Sadi Carnot et l'entente se poursuivit après la mort des deux hommes en 1894.

     

    Nicolas II, le fils d'Alexandre III, posa la première pierre de l'ouvrage, le 7 octobre 1896, en compagnie du Président Félix Faure.

     

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    Le 14 avril 1900, le Président Émile Loubet ouvrit l'Exposition Universelle et inaugura le Pont Alexandre III, axe d'élégance reliant l'esplanade des Invalides à l'avenue Winston Churchill.

     

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    Quatre majestueux pylônes de 17 mètres de hauteur, couronnés par des statues dorées, se dressent aux extrémités de l'ouvrage.

     

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    Ils soutiennent des groupes sculptés qui représentent « la Renommée tenant Pégase. »

     

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    Pégase, le cheval ailé, naquit du sang de la gorgone Méduse, décapitée par le héros grec Persée. En frappant la terre d'un coup de sabot, il donna naissance à la source des Muses, appelée Hippocrène. Le héros Bellérophon le chevaucha pour décimer la Chimère, un monstre terrifiant.

     

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    Célébré par les poètes et représenté dans l'art depuis l'Antiquité, Pégase est l'émanation d'une ancienne divinité du ciel et des orages. Quand il galope dans les nuages, il engendre les éclairs et le tonnerre ou dissipe le temps troublé.

     

    Lié à la symbolique des sources et des eaux vives, il apparaît aussi comme la résurgence d'un dieu chthonien. Il tisse l'énergie tellurique et établit, à l'instar des chamanes, une communication subtile entre les mondes. Son vol est interprété comme une allégorie de l'immortalité de l'âme.

     

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    Il fut métamorphosé en constellation par Zeus, le seigneur de l'Olympe. (Image Futura Sciences).

     

    Invoqué par les poètes pour faire jaillir l'inspiration, il est le compagnon ou la monture de la Renommée.

     

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    Dans la Grèce ancienne, cette divinité ailée, fille de la déesse Gaïa, la Terre, était dotée d'une myriade d'yeux et de bouches et se présentait comme la messagère des dieux. Dans la Rome antique, elle devint une gracieuse jeune femme tenant une trompette.

     

    La Renommée des Arts

     

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    Réalisée par Emmanuel Fremiet (1824-1910), sculpteur incontournable de la IIIe République, elle tient fièrement la bride de Pégase. Ses ailes de fée semblent pulser dans la lumière. Associée à la Victoire et à la Vertu, elle brandit parfois, en plus de la trompette, une corne d'abondance ou un rameau d'olivier.

     

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    La France de Charlemagne, oeuvre d'Alfred-Charles Lenoir, trône, appuyée sur des lions, à la base du pilier.

     

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    Elle tient dans la main gauche une pomme vermeille ou crucifère.

     

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    Ce globe surmonté d'une croix est un emblème de pouvoir terrestre, céleste et universel. Il évoque aussi l'abondance et la paix. Appelé Pomme d'Empire, il était le symbole de l'Empire Byzantin et du Saint-Empire romain germanique.

     

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    Ce fruit solaire, hypostase végétale de la Pierre Philosophale, est l'un des symboles de l'Art Royal ou Alchimie. Matrice de connaissance, ouvrant la voie vers l'immortalité, la pomme crucifère est le signe alchimique de la terre, fertile, guérisseuse et sage, associée au légendaire Nicolas Flamel.

     

    Gardienne du lever de l'aurore, la pomme crucifère symbolise aussi le O, cercle de l'amour universel attribué à la déesse Vénus. Pour les hermétistes de la Renaissance, elle représentait une version stylisée de l'Ankh, la croix ansée égyptienne.

     

    En tenant le globe crucifère, la France s'impose comme l'héritière légitime de la Rome antique. Elle évoque l'émergence d'une nouvelle ère et la victoire sur les forces obscures.

     

    La Renommée de l'Agriculture

     

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    Elle fut réalisée par Gustave Michel, ainsi que la France Contemporaine ou Pacifique, située en dessous.

     

    La Renommée porte des épis de blé et brandit une branche feuillue. L'arabesque de son bras accompagne le mouvement gracieux des ailes de Pégase. Dans les grimoires d'iconologie, elle est représentée avec une chaîne en or et un pendentif en forme de coeur.

     

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    Couronnée de feuilles de chêne, la France revêt une tenue finement parsemée de feuilles et de rinceaux. Son visage s'inspire de celui de la tsarine Alexandra Feodorovna.

     

    La Renommée au Combat

     

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    Créée par Pierre Granet, elle souffle dans la trompette pour appeler les forces divines. Son bras droit levé reflète l'attitude de Pégase, cabré pour s'élancer dans les airs. On aperçoit la Toison d'Or à tête de bélier, emblème de conquête guerrière et de virilité.

     

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    Sur la colonne est appuyée la France de Louis XIV, sculptée par Laurent Honoré Marqueste.

     

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    La majestueuse allégorie soutient une petite Victoire dorée ou Niké. Cette déesse ailée, vêtue d’une longue robe drapée, tient une couronne de laurier et la palme du triomphe, offerte aux vainqueurs des compétitions sportives et des jeux du cirque. Elle est souvent représentée sur les trophées et les boucliers.

     

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    Admirez la finesse du bouclier fleurdelysé...

     

    La Renommée de la Guerre

     

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    Réalisée par Clément Steiner, elle entraîne Pégase dans une charge héroïque.

     

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    La France Renaissante ou France de la Renaissance, sculptée par Jules-Félix Coutan, se situe en dessous.

     

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    La draperie qui l'entoure dessine un mouvement sensuel et mystérieux. Sa grande épée d'or scintille dans la lumière. Une petite statue se love contre son flanc gauche.

     

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    Les Génies des Eaux

     

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    L'enfant au poisson ou le génie au trident, sculpté par André Massoule. Il se dresse en amont, sur le parapet gauche du pont, comme une vigie suspendue entre le ciel et l'onde.

     

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    La fillette à la coquille, sculptée par Léopold Morice.

     

    On la rencontre en amont, sur la rive droite du pont. Elle nous attire avec douceur vers les secrets de la mer qui chuchotent à son oreille.

     

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    L'enfant au poisson fantastique, sculpté par Léopold Morice. Il appartient au cortège de la belle Amphitrite, néréide et déesse marine, et se situe en aval, sur la rive droite du pont.

     

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    Messager de Poséidon, le dieu des océans qui s'éprit d'Amphitrite, le dauphin devint une constellation, en remerciement de ses bons et loyaux services.

     

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    La Néréide, sculptée par André Massoule.

     

    Cette gracieuse figure, issue du cortège de Poséidon, se situe en aval, sur le parapet gauche du pont. Elle est l'une des cinquante filles de Nérée, dieu marin primitif, et de Doris, une océanide, gardienne des eaux de fécondité.

     

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    Le Bestiaire des lieux

     

    Un monde luxuriant de créatures aquatiques s'offre à notre regard. Cet ensemble décoratif caractéristique de la Belle-Époque a survécu, avec le Grand et le Petit Palais, à l'Exposition Universelle de 1900.

     

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    Des poissons aux lignes ondoyantes, voluptueusement caressés par la lumière...

     

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    Les cadenas que l'on aperçoit sont laissés par des amoureux qui les considèrent comme des amulettes de bonheur et de chance. Le Pont des Arts, situé face au Louvre, est, à cet égard, particulièrement apprécié.

     

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    De belles grenouilles qui contemplent la Seine...

     

    Symboles de vie et de résurrection, gardiennes des eaux et des âmes, elles incarnent la terre fécondée par la pluie. Elles aimantent par leur chant l'énergie lunaire et la force nourricière des nuages.

     

     

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    Le lézard, symbole de vigilance et de vivacité, émanation du feu créateur et de la terre féconde... Il évoque, par ses mues, les cycles calendaires et jaillit, selon certaines traditions, des reflets solaires mêlés à l'eau d'un puits, d'une fontaine ou d'une source sacrée.

     

    Gardien des richesses matérielles et spirituelles, il accueille le promeneur au bord du fleuve.

     

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    Un dauphin fantastique appuyé sur des congélations, des guirlandes de coquillages et de flore aquatique, des oursins et des escargots de mer...

     

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    Symboles d'opulence et de fécondité, les coquillages sont les « enfants des dieux ». Jaillis du souffle de l'Océan primordial, ils sont bercés par les déesses de l'amour et de la fertilité. On peut entendre, en les frôlant, l'enivrante gamme des sons originels...

     

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      Ce délicat mascaron se love dans un songe gracieux...

     

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    Des sirènes et des rostres de navires décorent la partie basse des piliers.

     

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    Laissons-nous envahir par un chant mystérieux mais gare à ne pas passer par-dessus bord!

     

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    Sur chaque rive, un lion et un enfant, réalisés par Georges Gardet (rive gauche) et Jules Dalou (rive droite), ornent l'extrémité de la balustrade.

     

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    Les Candélabres

     

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    La fée lumière triomphe, avec poésie et magnificence, grâce aux trente deux candélabres répartis le long de la promenade. Vingt huit candélabres à trois branches et quatre candélabres à cinq branches composent, à fleur de ciel, une forêt de laiton et de cristal.

     

    Ils rappellent ceux du Pont de la Trinité, à Saint-Pétersbourg, sur la Néva.

     

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    La première pierre de ce pont-levant fut posée, le 24 août 1897, en présence du président français Félix Faure, de l'empereur Nicolas II et de Jules Goüin, le président de la Société de construction des Batignolles, entrepreneur du Pont Alexandre III. Le Pont de la Trinité fut inauguré en 1903. (Image Structurae). 

     

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    A l'entrée du Pont Alexandre III, des angelots, réalisés par le sculpteur Henri Désiré Gauquié, forment une ronde animée autour de ce candélabre à cinq branches.

     

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    Les trépieds des candélabres sont décorés de motifs en alliage cuivreux.

     

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    Les armes de la ville de Paris.

     

    L'emblème de la puissante corporation des Nautes ou Hanse des Marchands de l'Eau qui administrait la municipalité au Moyen Âge: « Fluctuat nec mergitur », « Il flotte mais il ne sombre pas ».

     

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    L'aigle bicéphale de la Russie des tsars.

     

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    Le coq gaulois, emblème du soleil et de la France.

     

    Symbole du dieu Hermès dans l'Antiquité, il annonce avec fierté le lever de l'aurore. Il chante au point du jour, annonçant l'achèvement de l'Oeuvre Alchimique. Il est « l'Helios ixis », « celui qui arrive au soleil », gardien de l'Élixir, « l'eau d'or » ou « or de l'aura », né dans l'athanor de la Nuit...

     

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    Le R et le F entrelacés de la République Française, sur un fond luxuriant de feuilles de chêne.

     

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    De superbes vases se dressent au bord des escaliers.

     

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    De part et d'autre du pont, des Nymphes monumentales ont été réalisées par Georges Récipon, l'auteur des Quadriges du Grand Palais tout proche. On trouve en aval les Nymphes de la Seine et en amont, celles de la Néva, fleuve russe mythique.

     

     

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    L'ossature du pont se compose de puissants arcs d'acier et d'une forêt de poutrelles.

     

    Élaboré dans les Usines du Creusot, le pont fut mis en place à partir d'éléments préfabriqués, ce qui constituait un procédé novateur pour l'époque. Il fallut une autorisation spéciale pour l'utilisation de l'acier, encore réservé aux constructions militaires.

     

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    Cette porte ouvragée est celle du Showcase, une boîte de nuit située côté rive droite, dans les contreforts du pont. Aménagée dans un hangar à bateaux désaffecté, elle accueille, depuis fin 2006, des concerts et des enregistrements d'émissions télévisées.

     

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    Au crépuscule...

     

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    Tel un monde enchanté, peuplé de créatures mythologiques, le Pont Alexandre III nous dévoile sa riche iconographie consacrée au thème de la mer. Il nous invite à contempler la Seine où scintille l'âme de Paris. Depuis le dôme doré des Invalides, la perspective qui le traverse nous conduit vers les Champs-Élysées, contrée des héros antiques. Sa beauté romantique conjugue le souffle des légendes et les splendeurs théâtralisées d'une époque d'intenses bouleversements. Il incarne une féerie suspendue, entre ciel et eau, qui se mêle aux innovations techniques, caractéristiques d'une nouvelle ère.

     

    Personnalités associées à la création du Pont Alexandre III

     

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    Le Tsar Alexandre III (1845-1894).

     

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    Le Président français Sadi Carnot (1837-1894). Portrait réalisé par Théobald Chartrain.

     

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    Le Tsar Nicolas II (1868-1918).

     

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    Le Président Félix Faure (1841-1899).

     

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    Le Président Émile Loubet (1838-1929).

     

    Alfred Picard (1844-1913): Ingénieur, administrateur public, polytechnicien, il fut aussi Ministre de la Marine et occupa de nombreux postes . Il dirigea d'importants travaux dans les domaines militaire et ferroviaire. Il fut le Commissaire Général de l'Exposition Universelle de 1900.

     

    Joseph Bouvard (1840-1920): De 1897 à 1911, il dirigea les services d'Architecture, des Promenades, des Plantations, de la Voirie et du Plan de la Ville de Paris. Il organisa de nombreuses fêtes et des expositions publiques, comme les Expositions Universelles de 1889 et de 1900.

     

    Jean Résal (1854-1919): Ingénieur.

     

    Amédée Alby (1862-1942): Ingénieur.

     

    Joseph Cassien-Bernard (1848-1926): architecte, élève de Charles Garnier (1825-1898), le constructeur de l'Opéra qui porte son nom.

     

    Gaston Cousin : architecte.

     

    Emmanuel Fremiet (1824-1910): sculpteur.

     

    Alfred-Charles Lenoir (1850-1920): sculpteur.

     

    Gustave Michel (1851-1924): sculpteur.

     

    Pierre Granet (1843-1910): sculpteur.

     

    Laurent Honoré Marqueste (1848-1920): sculpteur.

     

    Clément Steiner (1853-1899): sculpteur.

     

    Jules-Félix Coutan (1848-1939): sculpteur.

     

    André Massoule(1851-1901): sculpteur.

     

    Léopold Morice(1846-1920): sculpteur.

     

    Henri Désiré Gauquié (1858-1927): sculpteur.

     

    Georges Récipon (1860-1920): sculpteur.

     

    Georges Gardet (1863-1939): Sculpteur animalier, il fut l'élève d'Emmanuel Fremiet.

     

    Aimé-Jules Dalou (1838-1902).

     

    Bibliographie

     

    Emmanuel BÉNÉZIT: Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs.Édition de 1999. 14 volumes.

     

    Marc GAILLARD: Quais et Ponts de Paris. Amiens: Martelle, 1996.

     

    Félix LAZARE: Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments. Paris: Vindun, 1844-1849.

     

    Gustave PASSARD: Nouveau Dictionnaire Historique de Paris. 1904.

     

    Félix DE ROCHEGUDE: Promenades dans toutes les rues de Paris. Paris: Hachette, 1910.

     

    Paul VIAL: L'Europe et le Monde de 1848 à 1914. Paris: Éditions de Gigord, 1968.

     

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    Au-delà des miroitements de la Seine, vibre la splendide verrière du Grand Palais...

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    Ce vaste ouvrage, dont l'architecture unit classicisme et modernité, chevauche les eaux changeantes de la Seine, entre le Quai Voltaire et les Guichets du Louvre. Appelé autrefois Pont des Saints Pères, il fut initialement construit dans le prolongement de la rue des Saints Pères, ancienne rue Saint-Pierre, située à la frontière des 6e et 7e arrondissements de Paris.

     

     

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    Vue sur le Quai Voltaire avec la coupole de l'Institut de France, à l'arrière-plan.

     

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    La même vue sur ce cliché de 1946, trouvé sur le site de la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

     

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    Vue sur les majestueux Guichets du Louvre qui feront l'objet de mon prochain article.

     

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    Avant la création du Pont du Carrousel, les marchandises et les matériaux ne pouvaient pas franchir la Seine dans « l'espace » contenu entre le Pont-Neuf et le Pont Royal. Quant au Pont des Arts, édifié en 1804 sur l'initiative de Napoléon Ier, il était réservé aux seuls piétons.

     

    Le roi Louis Philippe fut le commanditaire d'un premier pont, voie neuve commerciale élaborée par Antoine-Rémy Polonceau (1778-1847), un ingénieur épris de modernité qui travaillait comme inspecteur divisionnaire aux Ponts et Chaussées. L'ouvrage, baptisé Pont du Carrousel, fut inauguré le 30 octobre 1834.

     

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    La tendance de l'époque était aux ponts suspendus mais, entre 1831 et 1834, Polonceau conçut un pont en arc doté d'une audacieuse structure en fonte et en bois. Plusieurs de ses contemporains se déchaînèrent aussitôt contre « l'ingénieuse merveille », critiquant son étrange esthétique et lui reprochant d'être incompatible avec le passage des péniches.

     

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    Le Pont du Carrousel, en 1839, dans le Guide pittoresque du Voyageur en France.

     

    Les cercles de fer qui décoraient les rambardes et les arcatures du pont reçurent le sobriquet de « ronds de serviette » et l'ouvrage fut ironiquement appelé « hôtel des courants d'air ».

     

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    Le Pont du Carrousel dans le Paris Illustré.

     

    Il fut ouvert à la circulation en 1835 et en 1847, des statues monumentales signées Louis-Messidor Petitot furent installées à chacune de ses extrémités. Ces allégories de la Ville de Paris, de la Seine, de l'Abondance et de l'Industrie constituent le décor de l'ouvrage actuel.

     

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    Les quatre anciens piédestaux étaient en fonte, peints à l'imitation de la pierre. Ils accueillaient les bureaux des percepteurs du droit de péage.

     

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    Le Pont du Carrousel vu du Pont Royal, vers 1859, sublime épreuve sur papier albuminé de Gustave Le Gray(1820-1884).

     

    La circulation augmentant sous le Second Empire, le Baron Haussmann envisagea de faire élargir l'ouvrage mais le projet fut abandonné à cause du conflit franco-prussien de 1870. En 1883, on remplaça une partie des poutres et des traverses du tablier et en 1906, les éléments en bois disparurent au profit du fer martelé.

     

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    En 1896, l'architecte Édouard Bérard (1843-1912) conçut un projet de pont triomphal sur la Seine, face aux Guichets du Carrousel, dans la perspective de l'Exposition Universelle de 1900. Il proposa d'utiliser du ciment armé pour la structure et du plomb et du cuivre pour le décor. Il imagina deux statues monumentales et une proue de navire géante pour symboliser la ville de Paris.

     

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    L'esquisse du projet, trouvée sur le site du Musée d'Orsay.

     

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    Entre 1935 et 1939, le pont fut entièrement reconstruit, quelques dizaines de mètres en aval, d'après les plans des ingénieurs Henri Lang, Jacques Morane et Henri Malet.

     

     

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    Cette merveille de technicité, constituée de trois arches en béton armé, fut insérée dans un revêtement en pierre de taille pour se fondre dans le décor majestueux du Louvre et des quais de la Seine. Sa longueur est de 168 mètres pour une largeur de 33 mètres.

     

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    Pénétrer dans ses profondeurs est un mystérieux voyage, rythmé par les chuchotements de l'eau.

     

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    La reconstruction du Pont du Carrousel, 1936, par Jean Texcier(1888-1957).

     

    Ce tableau, conservé au musée Carnavalet, décrit l'importance des travaux effectués et la puissance des infrastructures déployées pour la circonstance. Les berges de la Seine furent réaménagées et les ports du Louvre et des Saints-Pères disparurent au profit d'un mode de vie plus industrialisé.

     

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    Quand les Ponts et Chaussées sollicitèrent le sculpteur ferronnier Raymond Subes (1893-1970) pour l'éclairage des lieux, celui-ci se heurta à plusieurs contraintes. A cause de la proximité du Louvre, les lampadaires ne devaient pas paraître trop « modernes » ni s'élever à plus de 13 mètres (la hauteur des toitures du palais). Il fallait aussi que la portée des lumières soit de 20 mètres.

     

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    Il conçut alors un ingénieux dispositif composé d'obélisques télescopiques atteignant 12 mètres de hauteur le jour et 22 mètres la nuit. Ils ont été hors service pendant de longues années mais la Ville les a fait restaurer dans le cadre des illuminations liées au passage à l’an 2000.

     

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    L'ossature d’acier fut recouverte d’une tôle de cuivre repoussé et le mécanisme originel remplacé par un système de treuil automatisé, permettant à ces insolites pylônes-candélabres de retrouver leur fonction initiale, pour un coût de 6,8 millions de francs...

     

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    En 1940, comme tous les stocks de cuivre devaient être répertoriés par l'administration d'Occupation, Raymond Subes dissimula les lampadaires dans les souterrains du pont et poursuivit son travail en secret. Il les restaura après la Libération et les fit installer, en 1946, aux extrémités du monument, sur les plans de l'architecte Gustave Umdenstock.

     

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    Depuis plusieurs décennies, la silhouette Art Déco de ces étonnantes vigies crée une animation singulière et colorée dans le paysage.

     

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    Les statues qui décoraient l'ancien pont du Carrousel ont été installées aux angles de l'ouvrage moderne. Elles sont l'oeuvre du sculpteur Louis-Messidor Petitot (1794-1862) qui fut l'élève et le collaborateur du maître Pierre Cartellier (1757-1831).

     

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    La Ville de Paris, sur la rive gauche, en amont du fleuve.

     

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    Gardienne intemporelle des secrets de l'eau, elle arbore, majestueuse, un sceptre et une couronne à créneaux.

     

    Il existe une parenté stylistique entre les allégories du Pont du Carrousel et les statues monumentales des grandes villes de France, sculptées vers 1838, pour la Place de la Concorde. Deux d'entre elles, Lyon et Marseille, sont nées sous le ciseau de Louis Petitot.

     

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    La ville de Marseille

     

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    La ville de Lyon

     

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    La Seine, sur la rive gauche, en aval du fleuve.

     

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    Couronnée de palmes et parée de bijoux, elle tient une amphore d'où s'échappe l'eau nourricière, substance vitale de Paris.

     

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    L'Abondance, sur la rive droite, en aval de la Seine.

     

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    Ses attributs évoquent la prospérité (corne d'abondance, coffret à bijoux) et la prédominance des arts dans la capitale (lyre, couronne...).

     

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    Dans la mythologie grecque, la corne d'abondance (cornucopia) ornait le front de la chèvre Amalthée, la nourrice du roi des dieux. Mais d'après certaines légendes, le puissant Hercule ôta une corne au dieu fleuve Achéloos, métamorphosé en taureau et les Nymphes transformèrent cette corne mâle de fécondité en corne d'abondance.

     

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    Merci au site de numismatique en ligne sacra-moneta.com pour ces photos de monnaies anciennes.

     

    Conque magique, elle est une source inépuisable de richesse, de nourriture et de bienfaits, attribut de Ploutos, le dieu grec de l'abondance et de la Terre Mère sous ses multiples appellations: Gaïa, Tellus, Épona, Fortuna...

     

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    L'Abondance, en contrejour, dans ses atours de nuages...

     

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    Et sur cette photo de 1940, signée Noël Le Boyer. (Médiathèque de l'architecture et du patrimoine).

     

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    L'Industrie, sur la rive droite, en amont de la Seine. La statue revêt les attributs du dieu Mercure: le caducée dans la main droite et le chapeau ailé ou pétase.

     

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    Le caducée n'est pas seulement l'emblème de la médecine, il est aussi celui du commerce et il symbolise la force, l'abondance et la prospérité.

     

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    La statue tient dans la main gauche un marteau, symbole de l'Industrie et attribut d'Héphaïstos, le dieu grec du feu et de la forge.

     

    Appelé Vulcain par les Romains, Héphaïstos était le maître du feu souterrain, des volcans et de la métallurgie. Il forgea les armes des dieux de l'Olympe et leur érigea des palais somptueux. Il fabriqua des armures pour les humains et leur enseigna l'art de travailler le métal. Dieu artisan, démiurge et initiateur, il régnait, d'après certaines traditions, sur les Mystères des Cabires, divinités intermédiaires entre les esprits de la terre et du feu.

     

     

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    L'Industrie, photographiée par Charles Marville(1813-1879) en 1852. (The Metropolitan Museum of Art). On aperçoit le petit bureau où l'on devait s'acquitter du droit de péage.

     

     

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    Le programme iconographique du Pont du Carrousel exalte la puissance économique de la ville (Abondance et Industrie) et le caractère public de la réalisation (allégories de la Seine et de Paris) mais le monument se réfère aussi à la grandeur passée.

     

    Les carrousels étaient des spectacles militaires équestres, originaires d'Italie, qui remplacèrent les tournois interdits en France après la disparition tragique d’Henri II.

     

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    Le roi, époux de Catherine de Médicis, fut mortellement blessé le 10 juillet 1559, lors d'une joute l'opposant au comte Gabriel de Montgomery.

     

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    La Place du Carrousel s'étend à l'ouest du Palais du Louvre. Elle préserve le souvenir du carrousel donné par Louis XIV, les 5, 6 et 7 juin 1662, pour célébrer la naissance du Dauphin.

     

    Le mot «carrousel» fut apporté d’Italie par les armées de Charles VIII. Il dérive du latin carrus sol et de l'italien carozela qui signifie «char du soleil».

     

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    Cette huile sur toile, réalisée vers 1670 d'après une gravure d'Israël Silvestre (1621-1691) entra, en 1836, dans les collections du château de Versailles.

     

    Un luxueux ouvrage consacré à cet opéra équestre parut en 1670. Trente sept gravures d’Israël Silvestre et de François Chauveau illustrent les textes de Charles Perrault.

     

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    (BNF, Estampes et Photographie, RES PD-10B, Folio 25V-Folio 26.)

     

    Le carrousel des 5, 6 et 7 juin 1662 se déroula dans ce qu'on appelait à l'époque les jardins de la Grande Mademoiselle, devant 15000 personnes installées dans un amphithéâtre en bois. Une tribune monumentale fut dressée devant le pavillon central du palais des Tuileries, destinée à la reine mère Anne d’Autriche, à la reine Marie-Thérèse et aux dames de la cour. Les participants (au nombre de 1299) se divisèrent en cinq quadrilles portant les noms de puissantes nations. Le décorateur Henri de Gissey (1621-1673) réalisa pour l'occasion de nombreux costumes d'apparat.

     

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    Louis XIV, vêtu en empereur de Rome et paré d'attributs solaires, menant les cavaliers Romains.

     

    Son écu arborait un soleil resplendissant dont l'éclat somptuaire dissipait les ténèbres.

     

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    Les Perses furent guidés par Monsieur, frère du Roi.

     

    Monsieur exhibait un bouclier décoré d'une lune et de la devise « Uno sole minor », ce qui signifie «Seul le soleil est plus grand que moi».

     

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    Les Turcs, conduits par le prince de Condé.

     

    Le prince arborait un croissant orné de la devise « Crescit ut ascipitur », soit «Il augmente selon qu’il est regardé».

     

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    Le duc d’Enghien dirigeant les Indiens.

     

    Le duc portait pour emblème une planète frappée des mots « Magno de lumine lumen », soit: «Lumière qui vient d’une plus grande»…

     

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    Le duc de Guise, costumé en Roi d'Amérique.

     

    Les cavaliers s’affrontèrent dans des courses de bagues et de têtes, mêlant jeux de précision et simulacres de combat.

     

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    Il s'agissait de saisir une bague, en plein galop, avec la pointe d'une lance et d'atteindre, avec une épée ou une lance, des têtes en papier mâché ou figurées sur une plaque de bois. Ces têtes de turc, de maure ou de Méduse cédaient parfois la place à un faquin, mannequin en paille anthropomorphe. La course de têtes fut remportée par le marquis de Bellefonds, futur Maréchal de France et la course de bagues, par le comte de Sault, héritier de la puissante lignée des Lesdiguières, Pairs de France. Le mot « pair » désignait les vassaux les plus importants du roi de France. Étymologiquement, le mot signifie « égal » du roi.

     

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    En cheminant sur les berges du fleuve, je songe à ce ballet équestre, joute de fantaisie d'une ampleur exceptionnelle, qui détermina le choix du nom de l'ouvrage et vit s'affirmer le mythe solaire de Louis XIV.

     

    Autrefois, le Pont du Carrousel était désigné de trois façons par les Parisiens. Ils l'appelaient indifféremment Pont du Louvre, Pont des Saints-Pères et Pont du Carrousel mais en 1905, alors que s'affrontaient les partisans de la laïcité et les inconditionnels de l'église catholique, certains se mobilisèrent contre le nom "Saints-Pères". Le Conseil Municipal prit alors la décision, en 1906, de lui attribuer le patronyme de Pont du Carrousel.

     

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    Vue sur le Pont Royal et la Gare d'Orsay, à quelques encablures réelles et imaginaires...

     

    Aimé des promeneurs et des artistes mais moins fréquenté que le Pont des Arts, le Pont du Carrousel offre une gracieuse perspective sur les bords de Seine.

     

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    L'eau y affleure avec sérénité mais ses pierres gardent en mémoire le souvenir d'un sinistre évènement. Le 1er mai 1995, trois manifestants issus du cortège du Front National, ont poussé dans la Seine Brahim Bouarram qui s'est noyé à la verticale du pont.

     

    Le principal accusé a été condamné, le 15 mai 1998, à huit ans de prison ferme, par la Cour d'assises de Paris et le 1er mai 2003, le maire de Paris a célébré la mémoire du disparu par la pose d'une plaque commémorative.

     

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    Une cérémonie est organisée depuis, chaque année, là où le drame s'est déroulé.

     

    Le Pont du Carrousel dans les Arts

     

    Les ponts de Paris, les quais et les berges de la Seine ont profondément stimulé l'inspiration des artistes. A travers un florilège d'oeuvres et de sensibilités, le Pont du Carrousel dévoile sa silhouette évolutive, ses beautés classiques et contemporaines, et nous invite à voyager au fil du temps.

     

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    Chaland chargé de barils devant le Pont du Carrousel, 1841, par François-Marius Granet(1775-1849).

     

    Dans ce paysage hivernal, surgit la silhouette fantomatique du pont qui domine la Seine gelée et se fait absorber par un épais brouillard. L'oeuvre suscite une mystérieuse impression, comme si les structures de la modernité se délitaient irrémédiablement face aux puissances de la Nature.

     

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    Le Pont du Carrousel, 1879, par Edmond Yarz (1846-1920).

     

    Plusieurs oeuvres de cet artiste décorent la Salle des Illustres du Capitole de Toulouse, sa ville natale.

     

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    Le Pont du Carrousel, 1886, par Vincent Van Gogh(1853-1890).

     

    Le pont fut l'un des thèmes privilégiés de l'artiste, émanation de ses recherches sur les vibrations de l'atmosphère et la poétique des éléments. Force réelle autant que mystique unissant les éléments du paysage, le pont symbolise la communication mais aussi le passage entre les âges de la vie. Cette toile est caractéristique de l'époque où Vincent rejoignit son frère Théo, galeriste à Montmartre et où il enrichit sa vision de l'art par l'exploration des techniques impressionnistes et néo-impressionnistes.

     

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    Le Louvre et le Pont du Carrousel, Effet de Nuit, 1890, par Maximilien Luce(1858-1941), peintre néo-impressionniste.

     

    Sa touche est représentative de la technique du pointillisme, développée par Georges Seuratet Paul Signac.Elle consiste à juxtaposer des petites touches de couleurs primaires (rouge, bleu, jaune) et complémentaires (orange, violet, vert). Le regard recrée alors une alchimie subtile entre les couleurs secondaires, les ombres miroitantes et la lumière. L'artiste nous offre ici un spectacle nocturne de pure beauté, à fleur de Seine et de ciel.

     

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    Vers 1903, Pierre Bonnard (1867-1947) nous livre sa vision des lieux dans cette toile intitulée Sur le Pont du Carrousel et conservée au Los Angeles County Museum of Art.

     

    L'artiste adorait saisir le spectacle des espaces urbains et décrire, avec une palette toute en légèreté, la vie de leurs habitants, absorbés dans leurs rêveries ou leurs activités quotidiennes, délicatement sublimées. Son oeuvre, empreinte de recueillement et de spiritualité, est représentative de l'art des Nabis, mouvement anti-académique né vers 1888 et préfigurant les recherches et les codes picturaux de l'Art Nouveau.

     

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    En 1907, Edward Hopper (1882-1967) peignit le Pont du Carrousel dans le brouillard. Le « peintre de l'Amérique profonde » fut séduit par ce pont qui exprimait la puissance industrielle de son époque et les angoisses d'un monde en pleine mutation.

     

    De par sa position géographique privilégiée, le pont du Carrousel a « envoûté » de nombreux artistes. Le romancier Henry Miller (1891-1980) adorait y flâner, à l'orée de ses pages d'écriture. Anatole France (1844-1924) appréciait tout particulièrement les statues de Louis Petitot. Le pont apparaît dans une poésie de Rainer Maria Rilke (1875-1926) et dans les Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont (1846-1870)...

     

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    En 1890, dans cet autoportrait-paysage intitulé Moi-même,le Douanier Rousseau (1844-1910) se représenta, avec son habituelle originalité, devant le pont du Carrousel. Les éléments de la composition (bateau au mât décoré de petits drapeaux, montgolfière, cheminées des bâtiments en arrière-plan, Tour Eiffel que l'on devine en filigrane, couple miniature au bord de l'eau) façonnent un univers empreint de féerie et d'élégante modernité.

     

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    La Senna, al mattino, da Pont du Carrousel, une oeuvre de l'artiste contemporain Paolo Frongia.

     

    Le 24 janvier 2012, Juliette Gréco a offert à son public un album intitulé Ça se traverse et c'est beau. Elle y évoque, avec éclectisme et limpidité, les ponts de Paris, le temps qui s'écoule et la Seine au gré de ses métamorphoses. Elle s'est entourée pour l'occasion de nombreux artistes: Marc Lavoine, Mélody Gardot, Abd al Malik, Amélie Nothomb, Philippe Sollers... Cette ode aux cycles de la vie, aux émotions et aux Belles-Lettres sonne comme une croisière musicale, prélude à de fascinantes traversées...

     

    « Rue des Saints-Pères jusqu'à la Seine

    Le Pont du Carrousel serait un détour

    Rendez-vous Cour Carrée avec mon amour

    Dans deux minutes. Il faudrait que j'y coure

    Le long du quai Malaquais jusqu'au Pont des Arts

    En deux minutes, c'est impossible. Je serai en retard

    Juliette est une diva, Juliette n'attendra pas

    il manque un pont à Paris. Le Pont Oblique,

    Qui relie la Cour Carrée à la rue des Saints-Pères.

    Pourquoi Diable aurait-on inventé la Seine,

    Si ce n'est pour qu'elle coule sous des ponts ? » (Amélie Nothomb).

     

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    Sources et Bibliographie

     

    Corinne DOUCET: Les académies d'art équestre dans la France d'Ancien Régime. 2007.

     

    Henry-Louis DUBLY: Les ponts de Paris. Paris: Veyrier, 1973.

     

    Charles DUPLOMB: Histoire générale des ponts de Paris. Paris, 1911.

     

    R. FILIPPI: Le nouveau pont du Carrousel, à Paris, dans "La Technique des Travaux", mai 1937.

     

    Marc GAILLARD: Quais et Ponts de Paris. Amiens: Martelle Editions, 1996; p. 205.

     

    Jacques LE LONG et Charles M. FEVRET DE FONTETTE: Bibliothèque Historique de la France. 1775.

     

    Bernard MARREY: Les ponts modernes, vingtième siècle. Paris: Picard, 1995; p. 279.

     

    Serge MONTENS: Les plus beaux ponts de France. Paris, Bonneton, 2001; p. 199.

     

    Pylônes d'éclairage du pont du Carrousel à Paris, dans "Ossature métallique", décembre 1949, v. 14.

     

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    76 commentaires
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    Le samedi 31 mai 1578, Henri III, rongé par le chagrin, posa la première pierre du Pont-Neuf.

     

    En tenue de grand deuil, le roi pleurait la mort de Quélus et de Maugiron, deux de ses favoris tués en duel. Il avait emprunté une barque luxueusement parée pour rejoindre son épouse, Louise de Vaudémont et la reine mère, Catherine de Médicis, qui l'attendaient parmi les dignitaires de la Cour.

     

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    Les travaux amorcés ce jour-là, sur la requête de Pierre Lhuillier, le prévôt des marchands, furent interrompus pendant les guerres de religion. Ils reprirent en 1599, sous le règne d'Henri IV, et furent achevés le 8 juillet 1606. Ils donnèrent naissance au plus grand pont de Paris, le plus ancien aussi.

     

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    Le Pont-Neuf est constitué de deux ponts indépendants qui se réunissent au niveau d'un terre-plein, formant la pointe de l'île du Palais. Le premier pont se situe sur le grand bras de la Seine et comporte sept arches. L'autre pont, doté de cinq arches, domine le petit bras du fleuve.

     

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    Avant la construction du Pont-Neuf, les ponts de la Cité étaient vétustes et encombrés de maisons qui formaient des alignements sombres et monotones. En 1556, il fut question de créer un pont entre le Louvre et l'Hôtel de Nesle (attenant à la célèbre tour du même nom) mais le projet n'aboutit pas avant l'année 1578 où il fallut absolument détourner la circulation qui encombrait les ponts au Change et Notre-Dame.

     

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    Conçu par Baptiste Androuet du Cerceau et Pierre des Iles, le Pont-Neuf connut de prestigieux « maîtres maçons » comme Thibault Métezeau, Guillaume Marchand et les Frères Petit.

     

    Il se caractérisa dès le départ par sa modernité: des arches en pierre de taille, une large chaussée, des trottoirs surélevés de plusieurs marches pour assurer la protection des piétons; des demi-lunes, espaces semi-circulaires rythmant l'architecture...

     

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    Les flancs du pont sont ornés de 381 mascarons aux expressions grotesques, souvent truculentes et parfois même inquiétantes. Mais ces visages de pierre, qui représentent des satyres, des sylvains et des divinités fluviales, ont un charme bien caractéristique. Les masques originaux ont été attribués à Germain Pilon, l'un des maîtres sculpteurs de la Renaissance française.

     

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    Germain Pilon en a probablement réalisé une vingtaine. Les autres ont vu le jour sous les ciseaux de différents sculpteurs. Les musées de Cluny et Carnavalet conservent une partie des mascarons primitifs.

     

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    Entre 1853 et 1855, l'architecte Victor Baltard, le créateur des célèbres Halles, installa sur la promenade des candélabres décorés de têtes du dieu Neptune alternant avec des dauphins fantastiques.

     

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    Ce répertoire décoratif a été conçu pour s'harmoniser avec l'architecture de la Place Dauphine et de la rue Dauphine, située dans le prolongement du Pont-Neuf.

     

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    La Place Dauphine fut nommée ainsi en l'honneur du Dauphin, le futur Louis XIII.

     

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    La Place Dauphine

     

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    En 1763, le lieutenant général de police, Antoine de Sartine fit installer les premiers réverbères rue Dauphine mais dans le premier quart du XVIIe siècle, c'était autour d'une figure populaire et monarchique que la foule se pressait.

     

    La statue équestre d'Henri IV

     

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    Le roi de bronze qui contemple les splendeurs de la Cité eut une histoire bien mouvementée.

     

    En 1604, la reine Marie de Médicis souhaita faire ériger une effigie équestre de son époux à l'endroit où les deux ponts se réunissaient. Le projet fut confié, par l'entremise de son oncle Ferdinand Ier, au sculpteur Jean de Bologne. L'artiste avait créé la statue équestre de Cosme Ier, grand-duc de Toscane et aïeul de Marie.

     

    Après la mort de Jean de Bologne en 1608, la réalisation de la statue fut confiée à Pietro Tacca. Le cheval et son cavalier furent achevés en 1612. Ils quittèrent Florence par la mer mais le navire qui les transportait fit naufrage. Il fallut repêcher les caisses et les faire transporter, par des moyens terrestres et maritimes, jusqu'à Paris. La première pierre du socle fut installée par Louis XIII, le 2 juin 1614.

     

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    Du piédestal de la statue, il subsiste au Louvre quatre figures de captifs enchaînés, fondus en 1618 par Francesco Bordoni d'après les modèles de son beau-père, Pierre Francqueville.

     

    La statue ne fut pas épargnée par la Révolution. En 1790, un bureau d'enrôlements volontaires fut installé au pied des marches et en 1792, le cavalier de bronze fut brisé en plusieurs morceaux. Certains furent fondus, d'autres jetés à la Seine. Quelques fragments ont été conservés. Ils se trouvent aujourd'hui au Louvre. En lieu et place d'Henri IV, les Révolutionnaires dressèrent les « Tables des Droits de l'Homme ».

     

    A la Restauration, le Conseil Municipal décida de faire reconstruire le monument. Pour célébrer l'entrée de Louis XVIII à Paris, le 3 mai 1814, une statue en plâtre, réalisée par le sculpteur Henri Roguier, fut installée sur le pont. On lisait sur le socle: « Le retour de Louis fait revivre Henri ».

     

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    La statue actuelle fut réalisée par François Lemot (1772-1827). Henri IV se présente en armure, la tête ceinte d'une couronne de laurier. Il brandit un sceptre à fleur de lys et chevauche un puissant destrier. Le piédestal est décoré de deux bas-reliefs historiés. Du côté sud, Henri IV fait entrer des vivres dans Paris assiégé.

     

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    Du côté nord, le roi vainqueur proclame la paix sur le seuil de Notre-Dame.

     

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    L'érection de la nouvelle statue.

     

    Le 25 août 1818, une foule haletante se pressa sur le Pont-Neuf pour assister à l'inauguration du cavalier de bronze, fondateur de la lignée des Bourbon, par son héritier, le roi Louis XVIII.

     

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    L'inauguration, par Hippolyte Lecomte.

     

    En 2004, la statue, érodée par les intempéries, a révélé, au cours de sa restauration, différents objets, contenus dans des boîtes. Les restaurateurs y ont découvert des médailles gravées de l'époque de Louis XVIII, une édition richement ornée de la Henriade de Voltaire, des procès-verbaux, la Charte Constitutionnelle et bien d'autres « secrets » historiques. Certains chroniqueurs ont relaté l'existence d'une petite statue de Napoléon en or dans le bras levé du cavalier ou d'une figurine en bronze dans la patte droite du cheval.

     

    Des pamphlets anti-monarchiques ont aussi été retrouvés dans le ventre du cheval.

     

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    En empruntant, derrière la statue, ces escaliers de pierre assez raides, on découvre un lieu plus « intime » qui avance sur l'eau, en direction du Pont des Arts et du Louvre.

     

    Le square du Vert Galant

     

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    Un lundi de février, une atmosphère fantomatique... le lieu est déserté mais la promenade est fort agréable.

     

    Jusqu'à la construction du Pont-Neuf, l'île de la Cité s'achevait par le Jardin du Roi (actuelle Place Dauphine). Cette « pointe » fut créée par la réunion de trois îlots: l'île du Patriarche ou île Bussy, l'île de la Gourdaine puis de la Monnaie (un moulin y utilisait l'énergie hydraulique pour battre la Monnaie Royale) et l'île aux Juifs, aux Treilles ou aux Bureau (du nom de Hugues Bureau au XVe siècle).

     

    Une plaque enchâssée dans la pierre du pont « ressuscite » une figure majeure de l'Histoire de France, Jacques de Molay, le dernier grand-maître des Templiers,

     

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    Le 11 ou le 18 mars 1314, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay, le précepteur des Templiers de Normandie, furent brûlés vifs, dans l'île de la Cité, en face du quai des Augustins.

     

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    (Gravure d'Auguste Maquet)

     

     

    Sous l'Empire, Napoléon projeta de construire, à cet emplacement, un obélisque « à la gloire du peuple français ». Les fondations du terre-plein furent alors consolidées, avec de nombreuses pierres provenant de la Bastille, mais le monument ne vit jamais le jour.

     

    Le square fut créé en 1836. Jusqu'en 1879, il abrita un café-concert et fut cédé par l'État, pour un franc symbolique, à la ville de Paris, en 1884.

     

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    Le long du petit bras du fleuve, laissons voguer nos regards sur les moirures de l'eau. Les bateaux amarrés sont une invitation au voyage...

     

     

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    Les facétieux mascarons se laissent admirer à loisir.

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    De grandes oreilles, des cornes, des expressions outrancières, des trognes de fantaisie, ils s'inscrivent dans une longue tradition de têtes décorées venues d'Italie.

     

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    Les masques et les visages de pierre sont dotés de vertus magiques depuis l'Antiquité. Ils ont pour vocation de repousser les forces maléfiques et d'attirer la prospérité. Ils se présentent comme les génies du lieu, les divinités protectrices de la cité.

     

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    Tiens, c'est moi avec mon « éternelle » écharpe rouge et mon appareil photo!!! J'étais encore en train d'imaginer que les mascarons me racontaient l'histoire du Pont-Neuf...

     

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    Ce monde grotesque et fantastique nous invite à traverser le temps pour découvrir l'atmosphère qui régnait autrefois sur le pont. Ce lieu très animé était investi, pendant la journée, par une foule bruyante et pittoresque mais la nuit, toute personne qui tenait à la vie évitait de s'y promener...

     

    Les tire-laine et les coupeurs de bourses évoluaient parmi le « beau monde » et les « petites gens », les vendeurs ambulants et les bretteurs qui allaient s'affronter sur la Place Dauphine toute proche.

     

    Dès que le pont fut terminé, des boutiques portatives s'implantèrent sur les trottoirs ou « banquettes » qui bordaient les demi-lunes. On trouvait des bouquinistes et des marchands d'encre, des merciers, des fruitiers, des confiseurs, des tondeurs de chiens, des cireurs de bottes, des cuisiniers... De gros beignets de pommes, appelés « beignets du Pont-Neuf », étaient particulièrement appréciés.

     

    En 1756, le lieutenant de police ordonna la suppression de ces boutiques mais elles réapparurent, sous le règne de Louis XVI, à l'intérieur des demi-lunes. Elles n'étaient plus en bois mais en pierre. Elles disparurent définitivement en 1855.

     

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    Les mendiants se précipitaient, depuis la Cour des Miracles, sur les portières des carrosses.

     

    Les « arracheurs de dents » du Pont-Neuf étaient célèbres dans tout le royaume mais leur rôle ne se cantonnait pas seulement à « tirer les quenottes ». Habiles bonimenteurs, ils vendaient toutes sortes d'objets, des prestations étranges et des remèdes miracles.

     

    Le Théâtre de Mondor et de Tabarin

     

    Antoine Girard (1584-1626), dit Tabarin, était un célèbre bateleur et comédien de l'époque de Henri IV. Philippe Girard, son frère, interprétait le rôle de Mondor, le maître du valet Tabarin.

     

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    Les deux frères exerçaient leurs talents sur les tréteaux de la Place Dauphine et sur le Pont-Neuf.

     

    Vêtu d'un « tabar », un manteau qui s'attachait à la hauteur des manches, d'un pantalon de toile blanche et coiffé d'un feutre imposant, Tabarin haranguait les passants. Il se livrait à des « tabarinades », des dialogues philosophiques au ton très incisif. Il vendait aussi des remèdes contre les brûlures, les crevasses, les maux de dents et des baumes de « charlatan ».

     

    Il prétendait que son chapeau lui avait été offert par le dieu Saturne, à la condition de ne jamais le vendre ou le donner.

     

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    Les éditions des farces de Tabarin connurent un franc succès et de nombreuses publications entre 1622 et 1634. Ce théâtre baroque exerça une vive influence sur les oeuvres de Molière et de la Fontaine.

     

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    Les marchands d'orviétan (gravure du XVIIe siècle).

     

    L'orviétan était un électuaire conçu en Toscane par un certain Lupi d'Orviéto, d'après une vieille recette attribuée au roi Mithridate. Il était réputé soigner la peste, les morsures d'animaux, les inflammations, les ulcères, neutraliser les poisons et le venin de serpent...

     

    La Pompe de la Samaritaine

     

    En 1608, la pompe de la Samaritaine fut érigée, par l'ingénieur flamand Jean Lintlaer, sur la deuxième arche du pont à partir de la rive droite. Il s'agissait « d'une grande maison à pans de bois, portée sur d'énormes poutres, sous lesquelles tournaient deux immenses roues de moulins. L'édifice avait deux étages, plus un grand toit aigu à deux rangs de lucarnes. » Sa façade était décorée d'un bas-relief en bronze qui figurait le Christ et la Samaritaine. Une magnifique horloge, ornée d'un soleil, d'une lune et d'un Zodiaque, et un carillon de clochettes se situaient au-dessus. Cette « machine » fort ingénieuse alimentait en eau le Louvre et les Tuileries.

     

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    Sur cette toile de Nicolas-Jean-Baptiste Raguenet, peinte en 1777, on aperçoit le bâtiment de la Samaritaine reconstruit en 1712, sur les plans de l'architecte Robert de Cotte.

     

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    L'ensemble sera malheureusement détruit en 1813.

     

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    La Samaritaine, véritable « institution » parisienne, fermée pour travaux depuis plusieurs années, fut fondée en 1869 par Ernest Cognacq et aménagé par son épouse, Marie-Louise Jaÿ, ancienne première vendeuse au rayon « costumes » du Bon Marché. En 1900, naquirent les « Grands Magasins de la Samaritaine ».Ils feront l'objet d'un prochain article...

     

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    Le Pont-Neuf avant la construction de la Samaritaine.

    (Image trouvée dans l'ouvrage Promenades dans le Paris disparu.)

     

    Je voudrais clore cette promenade en « ressuscitant » quelques expressions d'antan associées au Pont-Neuf.

     

    Un « pont-neuf » était une chanson populaire, satirique et humoristique.

     

    Dans le tumulte constant, on venait « faire sa cour au roi de bronze », c'est à dire se chauffer au soleil, jouir de la lumière et de l'ambiance locale.

     

    « Être solide comme le Pont-Neuf » signifiait être en bonne santé, rempli de vigueur.

     

    « C'est connu comme le Pont-Neuf! »: l'expression se passe de commentaire.

     

    « Chanter un pont-neuf » signifiait dire ou chanter un lieu commun.

     

     

    Le monde « moderne » a aussi été inspiré par le Pont-Neuf.

     

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    Un clin d'oeil... le pont empaqueté dans son intégralité par l'artiste Christo.

     

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    Henri IV, transformé en Chevalier Jedi par Jean-Charles de Castelbajac, en 2010.

    Le sceptre fleurdelysé est devenu sabre laser...

     

     

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    Le Pont-Neuf impressionne par sa puissance et sa modernité. Il jaillit, dans le paysage urbain, tel une bête moyennâgeuse, mais il résulte d'une vision nouvelle. A l'époque d'Henri IV, son architecture prit en compte la notion « d'espace piétonnier », offrit aux passants une vue dégagée sur le fleuve et brisa l'uniformité à laquelle les parisiens étaient habitués. En rompant avec les « codes » existants, il institua une autre manière de circuler.

     

    Quant à son décor, il n'a cessé de stimuler l'imagination des artistes...

     

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    Bibliographie

     

    François BOUCHER: Le Pont-Neuf. Paris: 1925-1926.

     

    Charles Jean LAFOLIE: Mémoires historiques relatifs à la fonte et à l'élévation de la statue équestre de Henri IV. Paris: 1819.

     

    Guy LAMBERT: Les Ponts de Paris. Paris: 1999.

     

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