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    Sous les grands platanes du Jardin du Luxembourg, entre les bosquets de l'Orangerie et les jardins privés du Sénat, on découvre une fontaine lovée dans les couleurs changeantes du ciel et des saisons. Elle est dédiée à Eugène Delacroix (1798-1863), maître du Romantisme en peinture.

     

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    Le monument domine un bassin rectangulaire posé sur un soubassement de marbre blanc et décoré de six ornements végétaux qui crachent des jets d'eau. Réalisé par Jules Dalou (1838-1902) entre 1886 et 1890, il se compose d'un buste de Delacroix et de trois allégories de bronze.

     

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    L’œuvre fut commandée par un comité privé, à l'initiative d'Auguste Vacquerie (1819-1895), poète romantique, journaliste, dramaturge et photographe. Ami intime de Victor Hugo (son frère Charles Vacquerie épousa Léopoldine Hugo en 1843 et mourut avec elle la même année), il fut un auteur couronné de succès et dirigea le journal « Le Rappel ».

     

    Le comité était constitué de Léon Bonnat, William Bouguereau, Jules Breton, Alexandre Cabanel, Jules Dalou, Paul Dubois, Paul Durand-Ruel, Alexandre Falguière, Ignace Henri Jean Fantin-Latour, Charles Garnier, Jean-Léon Gérôme, Ernest Meissonnier, Pierre Puvis de Chavannes, Henri Rochefort, Alfred Stevens et Richard Wallace.

     

    L’œuvre en bronze fut fondue par Pierre Bingen (1842-1908), suivant la technique de la cire perdue (je n'insiste pas sur cette technique, j'ai un article en préparation...). Quand elle fut achevée, Jules Dalou ne voulut pas la faire recouvrir d'une patine industrielle, préférant qu'une oxydation naturelle veine la peau des statues. Le monument fut inauguré le 5 octobre 1890, sous la présidence de Léon Bourgeois, ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts.

     

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    Le buste de Delacroix est appuyé sur une stèle au milieu du bassin. Artiste emblématique du courant Romantique, Delacroix insuffla dans le monde des arts un renouveau sans précédent. Il s'illustra notamment à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1855 où sa force créatrice fut confrontée au néoclassicisme et au réalisme précurseur d'un autre « maître » : Jean-Auguste Dominique Ingres (1780-1867).

     

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    Au pied de la stèle, trois allégories évoquent le Temps (Saturne aux ailes puissantes), la Gloire (nue et sensuelle) et le Génie des Arts (Apollon couronné de laurier). La ronde des corps enchevêtrés est caractéristique du Romantisme, cette forme d'art qui traduit l'énergie du mouvement et exalte l'intensité des émotions.

     

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    Le dieu du Temps, vieillard ailé à longue barbe, soulève, dans le frisson vert doré du feuillage, la ravissante Gloire ou Renommée, quintessence de féminité, qui dépose les palmes de la célébrité devant le buste de l'artiste.

     

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    La scène devient virtuose, sous le regard du Génie des Arts, avatar d'Apollon, le dieu du soleil, qui applaudit de manière appuyée.

     

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    Entièrement fondée sur le mouvement, la vivacité, le dynamisme, la composition est l'émanation d'un puissant esprit baroque. Nous assistons à une scène d'enlèvement, celui de la Gloire par le Temps Saturnien, motif très apprécié dans l'art de la Renaissance, au XVIIe siècle et de nouveau en vogue dans le dernier tiers du XIXe siècle.

     

    L'inspiration de Jules Dalou s'enracine dans l'art de Versailles et plus particulièrement dans le groupe de François Girardon (1628-1715) et Thomas Regnaudin (1622-1706), intitulé Apollon servi par les nymphes. Réalisé en 1666 pour décorer la Grotte de Téthys (détruite en 1684) le groupe comprenait aussi les chevaux du soleil pansés par les tritons de Gilles Guérin (1611-1678) et les frères Marsy (Gaspard : 1624-1681 et Balthazar : 1628-1674).

     

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    Apollon servi par les nymphes, photo de User Plyd

     

    Jules Dalou s'inspira aussi du Saturne du bassin de l'Hiver et de l'Enlèvement de Proserpine par Pluton, un autre groupe de Girardon dont on admire la copie à Versailles, dans le Bosquet de la Colonnade.

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    Proserpine enlevée par Pluton. Photo de Coyau.

     

    Sa volonté fut de traduire le mouvement voluptueux qui anime les œuvres de Delacroix. Sculpteur émérite, il est connu pour diverses réalisations monumentales dans les jardins et sur les places de Paris. Je ne développerai pas ici son parcours artistique car ce n'est pas le propos de cet article mais en continuant de flâner dans le Jardin du Luxembourg on peut admirer d'autres œuvres de son cru comme : le Triomphe de Silène, une composition que j'adore... J'y reviendrai ultérieurement.

     

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    Biographie d'Eugène Delacroix

     

    Ferdinand Victor Eugène Delacroix naquit le 26 avril 1798. Il était le fils de Victoire Œben, fille du célèbre ébéniste de Louis XV et de Charles Delacroix (1741-1805), ministre plénipotentiaire aux Pays-Bas et préfet des Bouches-du-Rhône et de Gironde mais certains esprits bien renseignés lui attribuèrent un autre père, en l'occurrence l'illustre Talleyrand (1754-1838).

     

    Delacroix fit ses études au Lycée Louis-le-Grand (ancien Lycée Impérial). Il faillit s'orienter vers l'apprentissage de la musique mais il décida d'entrer, en octobre 1815, dans l'atelier de Pierre Guérin (1775-1843) et de suivre, en 1816, le cursus de l'École des Beaux-Arts.

     

    En août 1819, il posa pour le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault (1791-1824), jouant pour l'occasion le rôle d'un naufragé au premier plan, tête penchée et bras étendu. Il s'enthousiasma pour la « manière » novatrice de son ami, considéré comme l'incarnation de l'artiste romantique.

     

    Il produisit quelques œuvres « alimentaires » entre 1815 et 1820 mais en 1822, il exposa au Salon la Barque de Dante ou Dante et Virgile aux Enfers qui révéla sa force créatrice et le fit connaître du public, en attisant le feu des critiques.

     

    Tout aussi admiré que violemment critiqué, il sut résister aux réactions impulsives, passionnées et ambivalentes qu'il suscitait et affirmer sa volonté d'éviter « l'académique ». En 1824, il exposa au Salon une œuvre intitulée Scène des Massacres de Scio.

     

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    Le tableau décrit les massacres perpétrés à Chios par les Ottomans, en avril 1822, lors de la guerre d'indépendance grecque et préfigure son œuvre la plus envoûtante : La Mort de Sardanapale (1828). Celle-ci fut considérée comme l'apogée, pleine de fureur et de sang, du romantisme pictural. Les critiques se déchaînèrent...

     

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     La mort de Sardanapale, esquisse

     

    « Eugène Delacroix est devenu la pierre de scandale des expositions. » (M. Vitet)

    « Que M. Delacroix se rappelle que le goût français est noble et pur et qu'il cultive Racine plutôt que Shakespeare. »

    « La majeure partie du public trouve ce tableau ridicule. » (Le Moniteur universel) « L'œil ne peut y débrouiller la confusion des lignes et des couleurs... Le Sardanapale est une erreur de peintre. »

    « Ses œuvres ne sont que des tartouillades. » (Delécluze).

     

    Victor Hugo répondit à ses détracteurs : « Ne croyez pas que Delacroix ait failli. Son Sardanapale est une chose magnifique et si gigantesque qu'elle échappe aux petites vues. Du reste, ce bel ouvrage, comme beaucoup d'autres ouvrages grands et forts, n'a point eu de succès près des bourgeois de Paris. Sifflets de sots sont fanfares de gloire. » (Lettre à Victor Pavie du 3 avril 1829)

     

    Tout au long de sa carrière, malgré l'hostilité d'une partie des membres de l'intelligentsia des arts, Delacroix reçut d'importantes commande : lithographies, portraits, scènes de batailles gorgées du souffle épique qui l'animait.

     

    En 1826, il présenta La Grèce sur les ruines de Missolonghi et en 1831, La Liberté guidant le Peuple dont je vous ai proposé une approche dans un article consacré aux Journées du Patrimoine et qui témoigne de son impressionnante « fécondité » artistique. La même année, il fut décoré de la Légion d'Honneur.

     

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    La Grèce sur les ruines de Missolonghi

     

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    La Liberté guidant le Peuple

     http://maplumefeedansparis.eklablog.com/journees-du-patrimoine-2013-a99061737

     

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    Jeune orpheline au cimetière, tableau réalisé en 1824 lors des scènes préparatoires pour les Massacres de Scio.

     

    Les voyages nourrirent son inspiration. Il découvrit l'Angleterre en 1825, le Maroc, l'Algérie et l'Espagne en 1832, la Belgique et la Hollande en 1839, l'Allemagne en 1850...

     

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    Il décrivit, dans ses carnets de croquis, un Orient gorgé de fièvre et de parfums et donna un aspect concret à des scènes qui avaient été jusque là fantasmées. Les commandes continuèrent d'affluer et le 5 juillet 1846, il fut promu Officier de la Légion d'Honneur. (Il devint Commandeur en septembre 1855.)

    Il réalisa des décors pour les principaux monuments de Paris : bibliothèque de la Chambre des Députés (1838), bibliothèque du Sénat (1840-1846), bibliothèque du Palais-Bourbon (terminée en 1847), décoration de la chapelle des Saints-Anges à l'église Saint-Sulpice (1849-1861), partie centrale du plafond de la Galerie d'Apollon au Louvre (1850-1851), décoration des salons de l'Hôtel de Ville (1851-1854)...

     

    Artiste érudit, peintre d'histoire, portraitiste et décorateur émérite, Delacroix a produit une œuvre étonnante où s'imposent les tourments de l'âme et les passions humaines.

     

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    La bataille de Nancy, 1834, au sujet de la mort de Charles le Téméraire (1433-1477).

     

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    Femmes d'Alger dans leur appartement, 1834.

     

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    La Bataille de Taillebourg (21 juillet 1242), 1837.

     

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    Combat de chevaliers dans la campagne, vers 1825.

     

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    Médée furieuse, 1838.

     

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    La profondeur psychologique des personnages, les lignes fougueuses, la puissance narrative du décor et l'utilisation exacerbée des effets de lumière ont décontenancé nombre de ses contemporains et suscité les jalousies mais aussi recréé les codes de la peinture et repoussé les limites de la couleur et du dessin. Toute sa vie, Delacroix a poursuivi ses expériences et même à la fin, malgré les cellules cancéreuses qui lui rongeaient la gorge. Ce maître de la peinture méritait donc amplement l'hommage offert par Jules Dalou et ses contemporains.

     

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    Homme d'État, avocat, historien, journaliste et critique d'art, Adolphe Thiers (1797-1877) écrivit à son sujet dans le Constitutionnel : « L'auteur a, outre cette imagination poétique, qui est commune au peintre comme à l'écrivain, cette imagination de l'art, qu'on pourrait en quelque sorte appeler imagination du dessin, et qui est tout autre que la précédente. Il jette ses figures, les groupes, les plie avec la hardiesse de Michel-Ange et la fécondité de Rubens. Je ne sais quel souvenir des grands artistes me saisit à l'aspect de ce tableau; j'y retrouve cette puissance sauvage, ardente mais naturelle, qui cède à son propre entraînement. (...) Je ne crois pas m'y tromper, Monsieur Delacroix a reçu le génie. »

     

     

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    Focus sur deux œuvres d'Eugène Delacroix

     

    Il s'agit d'extraits de dissertations réalisées pendant mes études d'Histoire de l'Art et d'Archéologie à l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux III.

     

    La Barque de Dante ou Dante et Virgile aux Enfers, Salon de 1822

     

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    « Aucun tableau ne révèle mieux l'avenir d'un grand peintre », écrivit Thiers pour saluer la première œuvre présentée au Salon par le tout jeune artiste Delacroix.

     

    A l'époque de Delacroix, la France oscillait -déjà- violemment entre « l'ancien et le moderne », entre le repli sur soi et l'ouverture aux influences européennes, entre l'ultraroyalisme et le libéralisme bourgeois. En écho à ces contradictions, Delacroix exposa, au Salon de 1822, une œuvre monumentale se référant au chant VIII de l’Enfer tel qu'il apparaît dans La Divine Comédie de Dante. L’œuvre témoigne des nombreuses influences du maître soit le théâtre de Shakespeare, les poèmes d'Ossian, les écrits de Goethe, les romans de Sir Walter Scott, la poésie lyrique de Lord Byron...

     

    Virgile (couronné de laurier) et Dante (qui a la tête couverte de rouge) ont pris place dans une barque guidée par Phlégias ou Phlégyas, roi de Béotie condamné au Tartare par le dieu Apollon pour avoir mis le feu au temple de Delphes. Leur entreprise est ardue car les damnés du fleuve Styx s'agrippent à l'embarcation. La torsion des corps, la férocité qui émane des chairs blafardes et la puissance narrative des visages aux traits déformés (observez l'homme qui retient la barque avec ses dents, au premier plan à gauche) ont allumé la flamme de la révolution romantique et choqué nombre de contemporains de Delacroix.

     

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    La palette est sombre, l'atmosphère lourde et électrique, le fond de la scène se noie dans la brume et le ciel, comme l'eau, semble crépiter.

     

    Dante reconnaît, parmi les damnés, un de ses ennemis et rivaux nommé Filippo Argenti qui serait l'incarnation du pêché de la haine.

     

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    Les deux poètes représentent les artistes confrontés aux épreuves de la vie qui s'impose comme une impitoyable traversée. Les âmes errantes se pressent contre la barque, incarnation de l'espérance à l'image de l'art, la seule voie capable de réveiller les consciences.

     

    L’œuvre reflète les douleurs de la Révolution, les ambivalences de la Restauration et les spectres de l'Empire. Isolés, incompris, malmenés, les poètes résistent aux forces infernales grâce au pouvoir de l'imagination salvatrice.

     

    Le tableau traduit aussi le désespoir amoureux de Delacroix et sa détresse face aux difficultés financières qui ont suivi la mort de ses parents mais la littérature, la musique et la peinture ont pu lui offrir une forme de consolation.

     

    Dante et Virgile aux Enfers a allumé le signal de la révolution romantique et les imposantes dimension du tableau ont « anobli le thème littéraire tenu jusque-là pour secondaire dans l’art académique. Delacroix l’élève haut dans la hiérarchie des genres. »

     

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    Nouveau langage artistique, à contre-courant de l'Académisme, le Romantisme traduit, avec une fougue irrépressible, les sentiments de celui qui peint. L'imagination et le désir de s'exprimer guident l'artiste et son vocabulaire pictural se laisse hanter par les brumes du rêve. Il explore la folie, la peur, le doute, la fièvre et l'angoisse d'aimer. Il affronte, à travers la torsion du dessin et la ronde envoûtée des couleurs, la puissance sauvage de la Nature. Le Fantastique devient l'un des thèmes majeurs de la période romantique (J'aurais l'occasion de vous en reparler en abordant le thème du Romantisme Noir mais j'ai beaucoup d'autres articles en préparation que je publierai avant...).

     

     

    La Mort de Sardanapale

     

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    Ode à la fusion de la couleur et de l'arabesque, l’œuvre traduit avec fougue le sens de la liberté et l'audace artistique qui animèrent continuellement Delacroix.

     

    Fasciné par le Sardanapale de Lord Byron, drame publié en 1821 en Angleterre et traduit en France en 1822, il mit sa palette au diapason avec l'énergie fluctuante des courbes et des lignes.

     

    Assiégé par ses ennemis, Sardanapale décide de se donner la mort, au cœur de son palais, de manière grandiloquente et voluptueuse. L’œuvre est un déferlement de feu, de corps nus enchevêtrés, de luxe et de sauvagerie. Tout se mêle en ce lieu : les épouses et les esclaves, les soldats, les pages, les chevaux et les chiens, les tissus, l'or et les joyaux qui éclatent en gouttes de sang dans une impitoyable lumière. Delacroix l'alchimiste unit, dans l'athanor de tous les possibles, ce qui a nourri sa technique et stimulé le flux de ses émotions les plus vives : les tableaux des maîtres flamands, italiens, français et anglais, les miniatures en vogue dans l'ancienne Perse, les fulgurances de l'art étrusque, les coutumes réelles et fantasmées de l'Inde des Maharadjahs...

     

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    Immobile et drapé de blanc, Sardanapale domine la scène. Bourreau surhumain, meurtrier de ce qui lui a donné tant de plaisir, il est à la fois sultan et statue antique, point d'ancrage dans un geyser de théâtralité. Pendant qu'il trône sur un lit à têtes d’éléphant dorées, incrusté de joyaux et couvert d’une somptueuse étoffe écarlate, les flammes dévorent ce qu'il a chéri. L'audace est partout. La sensualité et la sexualité triomphent dans les spasmes de lumière, la torsion des corps, les coulées d'ombre et les formes accidentées, les plans tronqués, les diagonales vertigineuses qui scarifient le tableau pour le faire saigner.

     

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    Certains gardes égorgent des femmes à la peau nacrée et aux chevelures opulentes pendant que d'autres beautés se donnent elles-mêmes la mort. Profondément riche et hallucinée, la palette de l'artiste attise l'effroi du spectateur entre veloutés rose pâle, frissons laiteux et rouges chatoyants qui éclatent à la surface de l’œuvre.

     

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    Pendant de longs mois et à travers de nombreuses études préparatoires, Delacroix a analysé avec frénésie les possibilités de chaque corps, les torturant et les érotisant jusqu'à la rupture. Il nous offre ici sa vision complexe et subversive de l'Orientalisme et de l'Antiquité, sujet à la mode suite aux fascinants voyages de Champollion et de Vivant Denon. L'Égypte et la Perse ainsi que les grandes cités de l'Orient hellénisé (Palmyre, Petra, Baalbek...) offrirent aux artistes un profond creuset d'inspiration que Delacroix sut brillamment réinterpréter.

     

     

    Bibliographie

     

    ALLARD Sébastien, Dante et Virgile aux Enfers, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Les dossiers du Musée du Louvre, Paris, 2004.

     

    BAUDELAIRE Charles, L’Art Romantique, Paris, Garnier-Flammarion, réédition 2001.

     

    BERREBI Eric-Henry, "Sardanapale ou l’impossible étreinte. L’écrit – voir. Figures de la mort", in Revue d’Histoire des Arts, 1986, n°8.

     

    JOBERT Barthélemy, Delacroix, Paris, Gallimard, 1997.

     

    JOHNSON Lee, The Paintings of Eugène Delacroix, Oxford, 1981.

     

    JULLIAN Philippe, "Delacroix et le thème de Sardanapale", in Connaissance des Arts, Avril 1963.

     

    MARTIN-FUGIER Anne, Les Romantiques, Paris, Hachette coll. « La vie quotidienne », 1998.

     

    POMAREDE Vincent, Eugène Delacroix, La Mort de Sardanapale, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Service culturel Musée du Louvre, Collection Solo, Paris, 1998.

     

    RIOUX Jean-Pierre et SIRINELLI Jean-François (dir.), Histoire culturelle de la France, tome III, « Lumières et Liberté », par Antoine de BAECQUE et Françoise MELONIO, Paris, Seuil, 1998.

     

    SERULLAZ Maurice, Delacroix, Paris, Nathan, 1981.

     

    WAHL Marcelle, Le mouvement dans la peinture, 1955.

     

    Collectif, Les années romantiques. La peinture française de 1815 à 1830, catalogue de l’exposition du Grand Palais, Paris, RMN, 1996.

     

     

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    Autoportrait au gilet vert, 1837.

     

    On peut admirer la maison-musée de Delacroix rue de Furstemberg (au numéro 6), dans le 6e arrondissement de Paris, près de l’église Saint-Germain-des-Prés.

     

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    Une Exposition Delacroix se tient au musée du Louvre, du 29 Mars 2018 au 23 Juillet 2018.

     

    « Le musée du Louvre et le Metropolitan Museum of Art s’associent pour organiser une exposition dédiée à Eugène Delacroix. Réunissant 180 œuvres, cette rétrospective relève un défi resté inédit depuis l’exposition parisienne qui commémorait en 1963 le centenaire de la mort de l’artiste. »

     

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    Je vous invite aussi à lire l'article de choix concocté par Alain Yvars sur son blog Si l'art était conté. Une approche passionnante de l'homme et de l'artiste qu'était Delacroix. Merci Alain !

     

    http://www.httpsilartetaitconte.com/archive/2018/05/13/eugene-delacroix-ecrivain-6051158.html

     

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    Recevez mes plus douces pensées d'amitié en ce mois de moi, gros bisous et merci de vos belles présences...

     

    Plume

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    38 commentaires
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    Aux Tuileries, à Versailles, à Marly, à Sceaux..., dans une infinité de parcs et de jardins s'ébattent, au rythme capricieux des saisons, deux célèbres personnages de la mythologie gréco-romaine.

     

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    A Sceaux, dans les Hauts de Seine, près du bassin de l'Octogone, dans une partie agréablement boisée du domaine qui entoure le château musée de l'Île de France, Apollon saisit Daphné qui se cambre dans un essai de fuite. L’œuvre est un moulage de pierre créé dans la deuxième moitié du XVIIe siècle à partir d'un marbre conservé dans l'Orangerie locale et qui n'est pas accessible. Ce marbre reproduit une sculpture de Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin (1598-1680).

     

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    Photo RMN

     

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    Photo RMN

     

    En 1622, le Cardinal Scipione Caffarelli-Borghèse (1577-1633) commanda cette œuvre éperdument baroque et le groupe original, achevé en 1625 et illustrant un passage des Métamorphoses d'Ovide (43 avant J-C-17 ou 18 après J-C), se laisse admirer à la Galerie Borghèse de Rome.

     

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    Le mouvement suscité par les lignes foisonnantes et les corps en déséquilibre happe le regard.

     

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    Daphné est une nymphe, fille du dieu fleuve Pénée et de la déesse Terre.

     

    Après avoir vaincu le monstrueux serpent Python, Apollon rencontra Cupidon sur le bord du chemin. Il se vanta de sa réussite en raillant les sortilèges du chérubin. Piqué au vif, Cupidon décocha deux flèches, l'une, en or, sur Apollon qui s'éprit de la ravissante Daphné, et l'autre, en plomb, dans le cœur de la nymphe. Elle en éprouva de la répulsion pour les plaisirs charnels mais Apollon la poursuivit de ses assiduités. Épuisée, Daphné sollicita l'aide de son père et le dieu fleuve la métamorphosa en un bosquet de laurier rose (rhododaphné). Apollon la désigna alors comme son arbre sacré.

     

    « (...) Une lourde torpeur envahit ses membres, une mince écorce ceint sa délicate poitrine, ses cheveux poussent en feuillage, ses bras s'allongent en rameaux ; ses pieds, il y a un instant, si rapides sont fixés au sol par de solides racines, la cime d'un arbre occupe sa tête ; de sa beauté, ne demeure que l'éclat.

     

    Phébus, cependant, brûle de la même passion, la main droite posée sur le tronc, il sent encore, sous la nouvelle écorce, battre le cœur ; entourant de ses bras les rameaux - qui étaient les membres de Daphné - il étouffe le bois de baisers ; mais les baisers du dieu, le bois les refuse. Alors le dieu lui dit : " Puisque tu ne peux être ma femme, tu seras, du moins, mon arbre " ; laurier, tu pareras toujours ma chevelure, ma cithare, mon carquois ; (...) Péan avait fini de parler; alors le laurier inclina ses jeunes rameaux et on le vit agiter sa cime comme une tête. » (Péan est une épiclèse, c'est à dire une épithète associée à Apollon. )

     

    Apollon rattrape Daphné au moment où débute la métamorphose. La nymphe lève les bras. L'écorce l'enveloppe jusqu'aux hanches et son corps dessine une arabesque souple et passionnée. Son sang devient sève et sa peau, ses doigts, sa chevelure se changent en feuilles ondoyantes. Simultanément, une expression d'effroi se lit sur son visage. Apollon saisit sa taille d'une main mais il ne peut la faire revenir à son humanité.

     

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    Photo de Alvesgaspar

     

    La sculpture du Bernin est une œuvre de jeunesse qui appartenait à un ensemble de quatre statues et groupes sculptés. Elle était placée de telle sorte que les visiteurs découvraient Apollon de dos, s'élançant à la poursuite de la nymphe qui commençait à se métamorphoser.

     

    La présence de ce groupe sensuel et païen dans la villa du cardinal fut « justifiée » par un adage composé en latin par le cardinal Maffeo Barberini, futur pape Urbain VIII. Des mots gravés sur la base et disant : « Celui qui aime à poursuivre les formes fugaces du plaisir ne trouve que feuilles et fruits amers sous sa main. » Il fallait bien se justifier, en effet... Sourires !

     

     

    Au fil des siècles, le mythe d'Apollon et de Daphné a profondément inspiré les artistes...

     

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    Apollon et Daphné sont représentés à Pompéi, dans la Maison de l'Éphèbe, vers 70 après J.-C.

     

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    On les retrouve dans les pages d'un recueil de sonnets italiens datant du XVe siècle.

     

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     Ils s'ébattent dans un tableau du peintre Antonio del Pollaiuolo (1429/33-1498), réalisé entre 1470-1480 et conservé à la National Gallery de Londres.

     

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    J'aime beaucoup cette représentation de Daphné en argent ciselé, surmontée par une ramure de corail. Cet ornement de table fut créé, vers 1550, par Wenzel Jamnitzer (1507/08-1585), un célèbre orfèvre de Nuremberg. On peut l'admirer au Musée National de la Renaissance, à Écouen.

     

    L'artiste décrit le moment où s'opère la métamorphose de Daphné. L’œuvre élégante et influencée par la statuaire antique révèle aussi le goût des artistes de la Renaissance pour l’exotisme et les univers marins.

     

    Daphné repose sur un socle décoré de têtes d’anges et de mufles de lion d'où émergent des fragments de roches métamorphiques. Un certain mystère entoure cette pièce d'argenterie. Était-elle un luxueux centre de table associé aux armoiries d'un prince germanique, un ustensile médiéval appelé « languier » où l’on suspendait des « langues de serpent », dents de requin fossilisées utilisées pour détecter le poison, ou une « merveille », (mirabilia) recherchée par des collectionneurs?

     

    Pêché en grande profondeur en Méditerranée, le corail rouge était réputé pour ses vertus prophylactiques. On le considérait comme une espèce étrange qui oscillait entre végétal et minéral. Très apprécié pour sa beauté, il était fréquemment utilisé dans les arts à la Renaissance.

     

     

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    Apollon et Daphné par Paolo Caliari dit Véronèse (1528-1588), entre 1560 et 1565.

     

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    Apollon et Daphné par Pierre Paul Rubens (1577-1640).

     

    Cette huile sur bois conservée au musée Bonnat-Helleu, le musée des Beaux-Arts de Bayonne, est une étude réalisée en vue d'une commande pour le roi Philippe IV d'Espagne. On y retrouve les principales qualités artistiques de Rubens soit l'intensité du mouvement, le lyrisme narratif, les couleurs bruissantes.

     

     

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     A Versailles, Apollon et Daphné d'Antoine Coypel (1661-1722) se laissent admirer parmi les joyaux du Salon de Mercure.

     

     

    Aux Tuileries, Apollon et Daphné s'animent au-dessus du bassin de l'exèdre sud, dans leurs atours de marbre blanc et semblent prendre leur élan.

     

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    Daphné poursuivie par Apollon et d'Apollon poursuivant Daphné.

     

    Le dieu du soleil, sculpté par Nicolas Coustou (1658-1733), et la nymphe des bois, réalisée par Guillaume Coustou (1677-1746), ornèrent, vers 1713–1714, un des bassins des Carpes du Parc de Marly. En 1798, on les plaça dans l'exèdre Sud des Tuileries où ils demeurèrent jusqu'en 1940.

     

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    On les installa après la guerre au musée du Louvre où ils sont conservés.

     

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    Apollon

     

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    Daphné

     

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    Apollon et Daphné, 1625, par Nicolas Poussin (1594-1665).

     

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    Apollon et Daphné, 1681, par le peintre baroque Carlo Maratta (1625-1713).

     

     

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    Apollon et Daphné, 1702, par Paolo de Matteis (1662-1728), peintre baroque italien.

     

     

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     Apollon et Daphné par René-Antoine Houasse (1645-1710), peintre décorateur du Grand Siècle et l'un des plus fidèles collaborateurs de Le Brun aux Tuileries et à Versailles.

     

     

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    Cet éventail du XVIIIe siècle, conservé au Musée des Arts Décoratifs de Bordeaux, nous offre, par ses couleurs précieuses et son dessin raffiné, sa vision plus apaisée du mythe d'Apollon et Daphné.

     

     

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     Toujours sur le même thème, le Département des Arts Graphiques du Louvre conserve cette jolie miniature signée Jean-Honoré Fragonard (1732-1806).

     

     

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     Au musée Calvet à Avignon, on peut admirer ce tableau de l'école romaine du XVIIIe siècle, attribué à Pietro Bianchi (1694-1740) et très apprécié des historiens d'art pour la qualité de ses couleurs.

     

     

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     Ce bas-relief montrant Daphné surprise par Apollon provient de l'ancienne Folie de la Bouëxière, autrefois située dans le 18e arrondissement de Paris. Réalisé par Sébastien-Nicolas Adam (1705-1778), il est aujourd'hui conservé au Musée Carnavalet.

     

     

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    Apollon et Daphné par Francesco Trevisani (1655-1746), peintre italien représentatif du Baroque tardif. L’œuvre est conservée au Musée de l'Ermitage.

     

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    Apollon et Daphné par le graveur néerlandais Pieter Van Gunst (1659-1731).

     

     

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    Apollon et Daphné par Michele Rocca (1671-1751), peintre baroque italien.

     

     

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    Apollon et Daphné par le portraitiste et peintre d'histoire Jean-François de Troy (1679-1752). La sensualité de l’œuvre est remarquable !

     

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    Apollon et Daphné, 1736, par Jean-Étienne Liotard (1702-1789), peintre, pastelliste et miniaturiste orientaliste qui s'est inspiré de la sculpture du Bernin.

     

     

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     Apollon, Daphné et le dieu fleuve, père de Daphné, par le maître vénitien Giambattista Tiepolo (1696-1770), toile conservée à la National Gallery de Washington.

     

     

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     Apollon et Daphné, 1771, par Johann Heinrich Tischbein l'Ancien (1722-1789). L’œuvre se trouve au musée de Cassel en Allemagne. Le travail de métamorphose au niveau des mains de Daphné est particulièrement réussi.

     

     

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    Apollon et Daphné par le peintre italien néo-classique Andrea Appiani (1754-1817). L’œuvre est conservée à la Pinacothèque de Brera.

     

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     L'une de mes visions préférées du mythe d'Apollon et Daphné est sans conteste celle du peintre romantique et orientaliste Théodore Chassériau (1819-1856). Elle date de 1844.

     

    La transformation de Daphné est sublimée par les couleurs voluptueuses, la pureté des lignes, la grâce et le romantisme qui émanent de la composition. Le corps lunaire, chrysalide sensuelle sur fond de sylve, et l'attitude suppliante d'Apollon nous offrent un spectacle d'une troublante beauté.

     

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     Je suis également sous le charme de la composition de John William Waterhouse (1849-1917) : Apollon poursuivant Daphné, 1908.

     

    Le peintre, de sensibilité préraphaélite, nous livre une vision intime du mythe, centrée sur les jeux de regards et l'élégance des attitudes. La métamorphose s'opère dans un monde luxuriant où la femme devient une sorte de prêtresse épousant les forces de la Nature. Le tableau de Waterhouse révèle aussi une complexe attirance entre les personnages... On ne sent pas particulièrement de rejet mais des possibilités...

     

     

    La manière dont les artistes représentent Apollon et Daphné est très souvent renouvelée comme en témoignent les œuvres que nous contemplons.

     

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    Beauté formelle, conventionnelle et un brin glacée du couple, en 1810, par Robert Lefèvre (1756-1830), portraitiste et peintre d'histoire.

     

     

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     Ardeur et spiritualité avec Apollon et Daphné, en 1919, sous le pinceau d'Armand Point (1860-1932), le créateur de la Confrérie d'Hauteclaire à Marlotte, dans la forêt de Fontainebleau, un phalanstère d'art aux inspirations Symbolistes.

     

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    Daphné, imaginée par l'illustrateur de féerie et de fantasy Arthur Rackham (1867-1939).

     

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    Apollon et Daphné par George Spencer Watson (1869-1934), grand admirateur de l'art de la Renaissance Italienne, une course poursuite enflammée...

     

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    Apollon et Daphné, 1940, par le sculpteur allemand Arno Breker (1900-1991).

     

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    Apollon et Daphné, particulièrement « ravageurs » en 1969, dans la vision de l'illustrateur de fantasy Boris Vallejo, né en 1941.

     

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     Quelle intensité des regards et quel charme de la chair dans la représentation d'Apollon et Daphné par Hélène Knoop, une artiste norvégienne née en 1979 et inspirée par le Symbolisme et l'art de la Renaissance !

     

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    Apollon et Daphné, en état de transe onirique, par l'artiste surréaliste espagnole Beatriz Martin Vidal.

     

    Les relations d'Apollon et de Daphné, fascinantes, s'exercent à la fois dans le jardin et dans la sylve. Le mythe originel nous conte une histoire d'amour à la fois impossible et peut-être bien possible et l'on peut interpréter les rapports qui unissent le dieu et la nymphe de plusieurs manières.

     

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    Apollon et Daphné par Georges Patsouras (Ggaddict sur DeviantArt)

     

    -Daphné, victime d'un sort orchestré par le facétieux Cupidon (capable de donner autant que de reprendre, attention à ne pas contrarier ce sacré Chérubin!), est prise de frayeur à l'idée de vivre une passion charnelle avec Apollon. Elle s'échappe donc à travers la métamorphose, troquant son corps de femme contre une apparence végétale. L'amour ressenti par le dieu ne s'éteint pas pour autant...

     

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    -Daphné, à la fois nymphe et vierge n'a pas encore opéré les transformations naturelles de son corps de femme. Elle a peur de vivre les modifications liées à la perte de la virginité et demande l'aide de son père afin d'échapper à l'amant fougueux représenté par Apollon... Le soleil qui brûle le sang ! L'état végétal peut donc être assimilé à un état de chrysalide verte dans lequel Daphné prend le temps nécessaire à la maturation de ses désirs et de ses sentiments.

     

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    New Life par MrDexArts sur DeviantArt

     

    -Daphné incarne les cycles de la Nature... En tant que « femme verte », elle est l'un des avatars de la Grande Déesse des temps anciens. Elle se refuse d'abord aux désirs du dieu puis elle se livre lorsque celui la rejoint, sur un même plan d'initiation...

     

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    Tomasz Alen Kopera, artiste surréaliste né en 1976.

     

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    Séverine Pineaux, Les Amants de la Sylve.

     

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    Delphine Gache

     

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    Joséphine Wall, Nature's Embrace...

     

    A force de se poursuivre...wink2

     

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    Gros bisous et merci de votre fidélité !

    Plume

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    50 commentaires
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    Albert Durer Lucas (1828-1918), Lilies of the valley

     

    Célébrons le renouveau de la Nature avec ces clochettes délicates, calices miniatures où le petit Peuple vient savourer l'ambroisie des Elfes et la manne des Fées... La Rosée de Lumière y tremble goutte à goutte !

     

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    Recevez mes vœux d'Amour, d'Amitié, de Chance et de Prospérité !

     

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    Le muguet: description et propriétés

     

    Plante vivace aux noms poétiques (Lis de Mai, Lis des vallées, Clochette des bois, Grelots, Grillets, Amourette, Gazon du Parnasse, Larmes de Notre-Dame...), le muguet se développe dans les bois clairs, sur les chemins dégagés et les pentes rocailleuses. Il se multiplie grâce à son rhizome traçant appelé « griffe ». Il est également cultivé pour ses ravissantes clochettes blanches au parfum enivrant dont le nom dérive de musc et de muscade. Ses fruits, très toxiques et de la grosseur d'un pois, deviennent rouges à maturité, en septembre ou en octobre.

     

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    Shodo Kawarasaki (1889-1973), Muguet, 1954.

     

    La pharmacopée populaire connaît, depuis des siècles, les propriétés médicinales du muguet et sa richesse en convallatoxine, une substance apparentée à la digitaline qui possède une action sédative sur le cœur. L'infusion de fleurs, sucrée au miel, est toujours utilisée mais, en raison de sa toxicité, les conseils d'un thérapeute sont absolument nécessaires.

     

    Prisée comme du tabac, la poudre de fleurs, préalablement séchées dans un lieu ombragé, est réputée calmer les migraines d'origine nerveuse, dissiper les vertiges et libérer les sécrétions des voies nasales. Mais souvenez-vous que les propriétés cardiotoniques du muguet ne sont pas à prendre à la légère et que ses jolies baies rouges ne doivent pas être consommées. Il faut également veiller à ce que les enfants n'absorbent pas l'eau dans laquelle le muguet a trempé.

     

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    Au-delà de ses vertus « guérisseuses », cette petite plante aux clochettes lactescentes, aimée des fées et destinée à « chasser l'hiver », nous fait revivre des moments importants de l'histoire de France...

     

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    Petite boîte en porcelaine de Limoges

     

    La tradition consistant à offrir du muguet, le premier mai, semble remonter à l'époque de Charles IX (1550-1574). En 1560, alors qu'il visitait la Drôme, le roi reçut un brin de muguet. Séduit par ce présent, il fit distribuer, à partir de 1561, des bouquets odorants aux dames de la Cour. Les seigneurs s'empressèrent de l'imiter en « muguetant », c'est à dire en « faisant les galants »...

     

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    Les bals du muguet fleurirent, à partir de la Renaissance. Les messieurs arboraient à la boutonnière de jolis brins parfumés.

     

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    Le premier mai 1895, le muguet fut associé à une romance parisienne. Le chansonnier Félix Mayol (1872-1941), auteur de la chanson « Viens poupoule », offrit, sur le quai de la gare Saint-Lazare, un bouquet de muguet à son amie Jenny Cook.

     

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    Quand il monta sur les planches du « Concert Parisien », sa jaquette était ornée de clochettes immaculées. Il connut un tel succès que le muguet devint son porte-bonheur attitré.

     

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    Le premier mai 1900, lors de festivités organisées par des couturiers parisiens, les clientes et les ouvrières reçurent des brins de muguet. Les couturières prirent ensuite l'habitude d'offrir, chaque premier mai, du muguet à leurs clientes.

     

    Dans le Paris de la Belle Époque, les « fêtes du muguet » se multiplièrent et connurent un succès retentissant, lié à l'élection des « reines de Mai »: de jolies jeunes femmes vêtues de blanc, perçues comme les incarnations de Flore, la déesse du Printemps.

     

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    Reines du muguet (Photo Delcampe)

     

    Muguet en vogue dans les cours européennes et dans celle de la reine Victoria (1819-1901).

     

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     Ce tableau du peintre lithographe allemand Franz Xaver Winterhalter (1805-1873) décrit l'offrande par le duc de Wellington d'un cadeau à la reine Victoria, au prince Albert et au prince Arthur, dans une scène prévue pour ressembler à une Adoration des Mages. Le tableau fut commandé par la reine pour commémorer le 1er mai 1851, un jour doté d'une triple signification car il évoquait le premier anniversaire du prince Arthur, le quatre-vingt deuxième anniversaire du duc de Wellington, parrain du prince et la date d'ouverture de l'Exposition Universelle.

    Le petit prince tient des brins de muguet et le Crystal Palace, fleuron de l'exposition, est visible en arrière-plan.

     

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    Emblème de reverdie et de féminité, le muguet est aussi, depuis 1921, l'emblème du Rugby Club de Toulon!

     

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    La journée de huit heures et la Fête du Travail

     

    Les clochettes de muguet sont associées, en dépit de leur douceur et de leur fragilité, à des luttes sociales majeures.

     

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    Clochettes de muguet par Catharina Klein (1861-1929)

     

    Le 1er mai 1884, au IVe congrès de l'American Federation of Labor, les principaux syndicats ouvriers des États-Unis se donnèrent deux ans pour imposer à leurs employeurs la journée de travail de huit heures.

     

    Cette idée naquit en Australie où les travailleurs avaient organisé, le 21 avril 1856, une manifestation en faveur de la journée de huit heures. Le succès fut si retentissant qu'il fut décidé de renouveler cette journée d'action tous les ans.

     

    Le 1er mai 1886, alors qu'une partie des travailleurs venait d'obtenir satisfaction, de nombreux ouvriers, lésés, firent grève pour forcer les patrons à accepter leurs revendications.

     

    Le 3 mai, à Chicago, trois grévistes de la société McCormick Harvester perdirent la vie au cours d'une manifestation et le lendemain soir, alors qu'une marche de protestation se dispersait à Haymarket Square, une bombe explosa, tuant quinze policiers.

     

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    La révolte de Haymarket Square (Chicago, 4 mai 1886).

     

    Trois syndicalistes furent condamnés à la prison à perpétuité et cinq autres trouvèrent la mort par pendaison, le 11 novembre 1886, en dépit du manque de solidité des preuves dont la justice disposait. Ils finirent par être réhabilités.

     

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    Les derniers mots du condamné August Spies sont lisibles sur une stèle du cimetière de Waldheim, à Chicago: «Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd'hui.»

     

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    Trois ans après le drame de Haymarket, le deuxième congrès de la IIe Internationale socialiste se réunit à Paris, au 42, rue Rochechouart, salle des Fantaisies Parisiennes, dans le contexte de l'Exposition Universelle et de la commémoration du centenaire de la Révolution française.

     

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    Les ouvriers défilèrent à partir du premier mai 1890, un triangle rouge à la boutonnière pour symboliser le partage de la journée en trois temps (temps de travail, temps de loisir et temps de sommeil).

     

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    Le 1er mai, lithographie de Jules Grandjouan (1875-1968) réalisée pour l'Assiette au beurre (1906), une revue illustrée, satirique et libertaire de la Belle Époque.

     

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    En 1891, à Fourmies, commune du nord de la France, la manifestation du premier mai s'acheva dans le sang, marquant un tournant essentiel dans l’histoire du mouvement ouvrier. Les forces de l'ordre, équipées des nouveaux fusils Lebel, tirèrent sur la foule. Elles tuèrent dix personnes et firent trente-cinq blessés. Une ouvrière de 18 ans nommée Maria Blondeau reçut une balle dans la tête à bout portant et devint le symbole de cette tragique journée.

     

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    La manifestation à Fourmies. (Image Fourmies info/archives.)

     

    Les autres victimes étaient Louise Hublet (vingt ans), Ernestine Diot (17 ans), Félicie Tonnelier (16 ans), Kléber Giloteaux (19 ans), Charles Leroy (20 ans), Emile Ségaux (30 ans), Gustave Pestiaux (14 ans), Emile Cornaille (11 ans) et Camille Latour (46 ans). Je conseille aux personnes intéressées par cette histoire de lire l'excellent ouvrage d'André Pierrard et Jean-Louis Chappat intitulé La fusillade de Fourmies, aux éditions Maxima.

     

    Dans le journal « l’Illustration » du 9 mai 1891, il est écrit: «C'est le fusil Lebel qui vient d'entrer en scène pour la première fois. Il ressort de ce nouveau fait à l'actif de la balle Lebel qu'elle peut très certainement traverser trois ou quatre personnes à la suite les uns des autres et les tuer.» Ce fusil équipera l’armée française jusqu’à la fin de la première guerre mondiale.

     

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    A la fin de l’année 1891, l'Internationale Socialiste renouvela le « caractère revendicatif et international du 1er mai », en hommage aux « martyrs de Fourmies ». Le 23 avril 1919, le Sénat Français ratifia la journée de 8 heures et le 7 juin 1936, la signature des accords de Matignon par Léon Blum permit d'obtenir « une augmentation des salaires de 7 à 15 %, la reconnaissance du droit syndical dans l’entreprise, l’élection des délégués ouvriers, la création de conventions collectives, la semaine de 40 heures et quinze jours de congés payés ».

     

     

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    Dans la Russie de 1920, le 1er mai fut chômé grâce à Lénine et en 1933, Hitler alla plus loin en rendant ce jour emblématique chômé et payé.

     

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    Le 24 avril 1941, sur les recommandations de René Belin, un ancien dirigeant de l'aile socialiste de la CGT, le Maréchal Pétain qualifia le premier mai de « Fête du Travail et de la Concorde Sociale ».

     

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    En avril 1947, à l'initiative du député socialiste Daniel Mayer et du ministre communiste du Travail, Ambroise Croizat, le 1er Mai devint, dans les entreprises publiques et privées, un jour chômé et payé mais il n'était toujours pas assimilé à une fête légale.

     

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    Les Symboles du Premier Mai

     

    En France, les manifestants du 1er mai défilèrent, à partir de 1890, avec le fameux triangle rouge « des trois temps » bien visible à la boutonnière. Ce triangle fut remplacé, en 1892, par une fleur d'aubépine suspendue à un ruban rouge, en l'honneur de Maria Blondeau, la jeune ouvrière de Fourmies, qui avait trouvé la mort en brandissant un bouquet d’aubépine. En 1895, le socialiste Paul Brousse invita, par le biais d'un concours, les travailleuses à choisir une fleur qui représenterait le « Mai » et c'est l’églantine qui fut choisie.

     

    Cette fleur traditionnelle du nord de la France, liée au souvenir de la Révolution française, fut remplacée par le muguet, en 1907 à Paris. Emblème du printemps francilien, le muguet était accroché à la boutonnière avec un ruban rouge, symbole du sang versé.

     

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    Après la Première Guerre mondiale, la presse encensa le muguet, aux dépens de la rouge églantine, et en 1941, sous le régime de Vichy, le muguet s'imposa.

     

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    La vente du muguet

     

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    Elena Salnikova, la jeune vendeuse de muguet

     

    Depuis les années 1930, une tolérance administrative autorise les particuliers à vendre, chaque 1er mai, des brins de muguet sans formalités, ni taxes mais cette tradition populaire se répandit surtout à partir de 1936. Elle semble trouver ses origines à Nantes où monsieur Aimé Delrue (1902-1961), droguiste et président du comité des fêtes de la ville, avait organisé « la Fête du Lait de Mai ».

     

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    Symbole de renouveau et de fécondité, le lait fraîchement tiré était associé à la blancheur immaculée des clochettes de muguet.

     

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    Zubkov Fedor, Les Anges de Mai

     

    Depuis 1936, chacun peut vendre du muguet, sans patente, mais il s'agit d'une tolérance que certains arrêtés, en fonction des communes, n'hésitent pas à réglementer.

     

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    Robert Doisneau (1912-1994), Le 1er mai 1950 à Paris, Place Victor Basch.

     

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    Robert Doisneau, 1er mai 1969, La vendeuse de muguet.

     

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    Robert Doisneau, Le Muguet du Métro, 1953, MOMA © 2018 Robert Doisneau, courtesy Bruce Silverstein.

     

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    Des larmes de Marie au sang de Saint-Léonard

     

    On appelle le muguet « larmes de Notre-Dame » car il aurait jailli des pleurs de la Vierge, versés au pied de la croix.

     

    D'autres légendes l'associent à Saint-Léonard, guerrier et ami du roi Clovis, qui choisit de vivre en ermite au fond des bois. Un jour, sous un bouquet d'arbres sacrés, Léonard se heurta à un dragon contre lequel il reprit les armes. Le combat fut très violent. De chaque goutte de sang perdue par le saint fleurirent des brins de muguet. D'après certaines croyances, on entend parfois, quand le vent souffle, le bruit de cette lutte fantastique...

     

     

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    Émile Gallé (1846-1904), vase aux muguet, marqueterie sur verre, vers 1898-1900.

     

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    Pablo Picasso (1881-1973), Brin de muguet (pousse verte)

     

     

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    Folklore et traditions

     

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    Comme toutes les fleurs à clochettes, le muguet est lié au Petit Peuple et aux déesses de l'amour et de la fécondité.

     

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    Cicely Mary Barker (1895-1973), Flower Fairies

     

    Avec la campanule, la digitale et le thym sauvage, le muguet est l'une des fleurs préférées des lutins et des fées qui viennent danser, en cercles opalescents, là où s'épanouissent les clochettes parfumées.

     

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    Titania, la reine des fées, couronnée de muguet, sous le pinceau aux accents préraphaélites de Sir Frank Bernard Dicksee (1853-1928).

     

    D'après une légende allemande, le muguet serait sous la protection d'une Dame Blanche.

     

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    Idylle de printemps par George Henry Boughton (1834-1905).

     

    Fleur d'inspiration, le muguet est consacré à Apollon Belenos, dieu des Arts et du Soleil, qui couvrit en l'honneur des Muses, le Mont Parnasse de clochettes nacrées, d'où l'appellation « Gazon de Parnasse ».

     

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    Jugend, 1897, illustration d'Adolf Höfer (1869-1927) pour un journal munichois.

     

    Dans le folklore européen, l'éclosion des fleurs de muguet constitue un signe bénéfique, annonciateur du retour des déesses du printemps. En fonction des croyances, on pourra préférer les brins à douze ou à treize clochettes...

     

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    Anne Cotterill (1933-2010), Lily of the Valley.

     

    Dans le Vaudou et la magie des Caraïbes, le muguet est associé à l'invocation des esprits et aux trois planètes de puissance, de protection et de réalisation que sont le Soleil, Vénus et Mercure. Réduit en poudre et brûlé sur des charbons ardents, il est réputé favoriser la concrétisation des affaires matérielles.

     

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    Les druidesses faisaient brûler de l'encens de muguet pour accroître leurs capacités de clairvoyance.

     

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    Dans la tradition populaire, le muguet est considéré comme un porte-bonheur puissant que l'on adresse aux personnes aimées et qu'on laisse sécher pour obtenir la réalisation de ses vœux. Il s'offre après la nuit de Beltane, nuit sacrée pour les Celtes ouvrant les portes de « l'année claire » jusqu'au retour de « l'année sombre » à la période de Samain/Halloween.

     

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    Dans des temps très anciens, c'était l'aubépine que l'on offrait pour célébrer le retour de Maïa, la déesse mère du printemps.

     

    Si vous souhaitez vous plonger dans les coutumes entourant l'Arbre de Mai et caracoler en compagnie des fées de Beltane, je vous invite à lire mon article intitulé la Magie de Mai...

     

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    Généreuses clochettes signifiant l'amour, la passion, la fidélité et le bonheur partagé...

     

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    ...ainsi que le souvenir et la pureté des sentiments...

     

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    Joyeux Premier Mai!

     

     

    Bibliographie

     

    DUBOIS, Pierre: La Grande Encyclopédie des Fées. Hoebeke, 2008.

     

    DUBOIS-AUBIN, Hélène: L'esprit des fleurs: mythes, légendes et croyances. Le Coudray-Macouard: Cheminements, 2002.

     

    SEBILLOT, Paul-Yves: Le Folklore de France.

     

    SIKE, Yvonne de: Fêtes et croyances populaires en Europe. Bordas, 1994.

     

    VESCOLI, Michaël: Calendrier celtique. Actes Sud, 1996.

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    Plume

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    Pour le plaisir des yeux et le temps de reposer ma plume, je veux vous offrir des douceurs de Printemps, du rose ensorcelant avec de magnifiques cerisiers du Japon et des messagers ailés de la belle saison.

     

    Avec mon Amitié...

     

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    Belles pensées...

     

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    Nous avons contemplé, il y a quelques jours, « Le bestiaire marin de la fontaine Gaillon ». Je vous emmène à présent dans la rue Gaillon, élégante voie du IIe arrondissement bordée de bâtiments bien conservés qui nous offrent un bel éventail de styles architecturaux.

     

    La rue Gaillon changea plusieurs fois de nom au fil du temps. L'ouvrage « Histoire de Paris rue par rue, maison par maison », de Charles Lefeuve, publiée en 1875, nous apprend qu'en 1495 on l'appelait ruelle Michaut Riegnaut et en 1521, rue Michaut Regnaut. En 1578, elle prit le nom de rue Gaillon et s'étendait de la rue Saint-Honoré à la porte Gaillon qui fut détruite en 1700.

     

    Elle devint ensuite rue de Lorge puis rue Neuve Saint-Roch, rue Saint-Roch et rue de la Montagne pendant la Révolution. Elle reprit ensuite le nom « Gaillon », en référence à un hôtel Gaillon qui n'existe plus.

     

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    Un magnifique mascaron veille sur l'entrée de l'hôtel Sulkowski, construit vers 1740, dans le style rocaille, par l'architecte Jacques-Richard Cochois pour une famille princière.

     

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    Rythmée par de hautes fenêtres, la façade en pierre de taille est agrémentée de fines ferronneries, de pilastres, d'agrafes et de consoles ouvragées. C'est un précieux exemple d'hôtel particulier de facture rocaille dans la capitale.

     

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    L'hôtel Sulkowski a connu quelques modifications : une extension concernant deux travées et une surélévation réalisée de 1881 à 1882 par l'architecte Auguste Tronquois. Heureusement, ces changements n'ont pas altéré son élégance structurelle alors que nombre d'hôtels construits à la même époque ont été soit détruits soit victimes de réaménagements peu respectueux de leur cohérence artistique.

     

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    L'intérieur (qui ne se visite pas) est orné de nombreux mascarons dans le style de celui qui domine la porte d'entrée et abrite un escalier dont la rampe est considérée comme un chef-d’œuvre de ferronnerie d'époque Louis XV.

     

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    Face à l'hôtel Sulkowski, aux numéros 3 et 5 de la rue Gaillon, on découvre l'hôtel de Lambilly, ancien hôtel de Flavigny, érigé lui aussi au XVIIIe siècle. Mascarons, ferronneries et beaux encadrements sculptés font partie intégrante du vocabulaire des lieux.

     

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    Vous apprécierez la finesse de la coquille, la subtilité des enroulements, les jeux de courbes et de contre-courbes qui happent le regard en attirant la chance, la prospérité, la fécondité sur les habitants de l'endroit...

     

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    Séduisant personnage qui veille sur la demeure et les secrètes mémoires qui s'y enracinent. Visage aux traits bien dessinés, regard ambivalent... il est joliment mis en valeur par un encadrement ailé fantasmagorique.

     

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    Ce bâtiment possède aussi un bel escalier et d'après certains ouvrages d'architecture, son vestibule est « éclairé » d'un vitrail qui représente une scène médiévale. Tout comme l'hôtel Sulkowski, il ne se visite pas.

     

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    Un peu plus loin, au numéro 12 de la rue Gaillon, un immeuble construit entre 1912 et 1913 par l'architecte Jacques Hermant mérite notre attention.

     

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    Il présente une élégante façade hybride. Son soubassement est en pierre de taille et ses étages supérieurs sont constitués de métal et de grandes baies vitrées qui laissent généreusement entrer la lumière.

     

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    Ornées de motifs végétaux stylisés, les baies s'appuient sur des consoles en fer ouvragées.

     

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    Au-dessus du porche, on remarque un médaillon rocaille agrémenté de belles guirlandes de fleurs et de fruits.

     

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    Cet immeuble présente des similitudes structurelles avec des bâtiments de la rue Réaumur, rue percée en 1895-1896 dans le 3e arrondissement de Paris et bordée d'immeubles commerciaux où l'on vendait essentiellement du tissu en gros.

     

    Ces beaux immeubles sont une alliance de pierre de taille et de métal ouvragé, compositions ouvertes sur l'extérieur par de grandes baies vitrées. J'en reparlerai dans un article consacré à la rue Réaumur.

     

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    Au numéro 12 de la rue Gaillon, outre la séduisante façade, Jacques Hermant a élaboré un ascenseur de style Art Nouveau et de beaux décors à motifs végétaux mais on ne peut pas visiter l'intérieur.

     

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    Professeur à l'École des Beaux-Arts de Paris et architecte en chef de la Ville de Paris, Jacques Hermant (1855-1930) fut un pionnier dans l'utilisation du béton armé dans la structure des bâtiments privés et publics. Il a participé à la première commission du ciment armé et ses travaux ont favorisé la rédaction d'un compte-rendu ministériel concernant l'emploi du béton armé, en 1906.

     

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    Créateur au génie prolifique, il a réalisé la Caserne des Célestins de la Garde Républicaine, dans le IVe arrondissement de Paris, entre 1891 et 1902 mais aussi des hôtels particuliers, des groupes scolaires, des pavillons pour les Expositions Universelles (comme celle de Chicago en 1893) ; des galeries commerciales et des grands magasins, des sièges sociaux pour des groupes industriels et des banques.

     

    Il est aussi le concepteur de la Salle Gaveau, salle de concert réalisée en béton armé, entre 1905 et 1907, dans le 8e arrondissement de Paris et il a orchestré, en Seine-et-Marne, la restauration du château de Voisenon, dans un style Art Nouveau.

     

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     Une jolie poignée de porte datant de la fin du XIXe siècle.

     

    Aux numéros 16 et 18, se situe le restaurant Drouant que j'avais évoqué il y a des années. Il se niche dans un bel immeuble d'angle en pierre de taille.

     

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    En ce haut lieu de l'histoire romanesque, artistique et gastronomique de Paris, le Prix Goncourt est décerné chaque année.

     

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    En 1880, un alsacien nommé Charles Drouant ouvrit un café qui devint rapidement l'un des restaurants les plus courus du tout Paris. Les artistes (Renoir, Monet, Pissarro, Rodin, Colette, Apollinaire, Daudet père et fils, Octave Mirbeau...) venaient y déguster des vins blancs renommés, des poissons savoureux et des huîtres fines de Bretagne. Sous la houlette du chef Antoine Westermann, le lieu continue de séduire par la qualité de sa cuisine, son aura de temple de la littérature et ses imposants murs clairs aux ornements de style rocaille.



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    Les façades du Drouant sont rehaussées de lignes souples, de volutes et de cartouches aux fines découpures. Les fenêtres ont de beaux garde-corps en fer forgé.

     

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    Des balconnets en encorbellement animent la structure générale par des jeux d'ouverture subtils et la fantaisie de leurs lignes courbes.

     

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    A l'intérieur, les visiteurs admirent des bas-reliefs, un escalier en fer forgé et des glaces gravées qui datent des années 1920. Elles sont l’œuvre du décorateur Jacques-Émile Ruhlmann (1879-1933).

     

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    Image lesRestos.com

     

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    Le restaurant Drouant accueillit, le 31 octobre 1914, la réunion des « Dix » de l'Académie Goncourt qui se retrouvaient « sans table » après la fermeture du Café de Paris. En ce lieu typique des charmes de la capitale se « mitonnent » depuis un siècle les prix littéraires, en souvenir des frères Goncourt : Edmond et Jules, liés par une passion commune.

     

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    Le premier mardi de chaque mois, sauf en été, les académiciens déjeunent dans le salon Goncourt du premier étage.

     

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    Le Prix Goncourt est décerné tous les ans au début du mois de novembre (l'attribution du premier prix Goncourt date de décembre 1903.) L'auteur désigné reçoit un chèque de dix euros mais surtout l'assurance d'un tirage très important et la reconnaissance de ses pairs. Le salon Goncourt est situé près du salon Renaudot où, depuis 1926, le jury décerne son prix le même jour et à la même heure que les «Dix».

     

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    Les Goncourt : Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870).

     

    L'amour fraternel des Goncourt fut à l'origine d'un curieux « prénom collectif », sorte de signature créatrice : « Juledmond ». Pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, ces « mangeurs d'art » fréquentèrent le tout Paris.

     

     

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    Leur Journal témoigne de l'intensité de leur relation, de leurs amours artistiques et du talent de Jules pour l'écriture. Après la mort de ce dernier, Edmond poursuivit les travaux littéraires engagés tout en menant ses activités de collectionneur.

     

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    Inspiré par son grand-père Huot de Goncourt et sa mère, Annette Cécile Guérin, qui fréquentait le dimanche les antiquaires du Faubourg Saint-Antoine, il réhabilita le XVIIIe siècle dans le goût français et fut l'initiateur du Cercle des Japonisants.

     

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    La grande vague de Kanagawa par Katsushika Hokusai (1760-1849), artiste polyvalent, maître de la peinture et du dessin. Il s'agit de la première estampe de la série des « Trente-six vues du mont Fuji ».

     

    Edmond de Goncourt fut, par la publication de monographies consacrées aux maîtres de l'ukiyo-e, « peinture du monde éphémère » ou « images du monde flottant », l'un des tous premiers auteurs (si ce n'est le premier) à présenter au monde occidental les merveilles de cet art.

     

     

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    À deux pas de l'Opéra Garnier, sur les terres artistiques et dans l'esprit des Goncourt, on peut donc admirer le Drouant (sauf bien sûr en cas de remise de prix littéraire car l'accès est strictement réglementé et toute approche non accréditée impossible), la rue Gaillon, la place Gaillon et sa jolie fontaine.

     

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    A propos de fontaine, le jeune triton qui chevauche un dauphin a retrouvé son trident. Souhaitons qu'il le garde longtemps !

     

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    Merci de vos pensées d'anniversaire et de votre fidélité, je pense bien à vous !

     

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    Plume

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