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    La jeune femme à l'ombrelle, 1921, collection privée.

     

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    Réflexions matinales, 1910. Collection Privée.

     

    Voyage à travers l’œuvre de ce peintre américain, qualifié d'impressionniste et membre des Ten American Painters, des artistes de la couleur et de l'instant, particulièrement actifs à Boston et à New York en leur temps. Des artistes en rupture avec le monde des galeristes qu'ils jugeaient beaucoup trop mercantile.

     

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    Jeune fille en rose pâle, date incertaine

     

    Amoureux des effets de nacre et de transparence, des tons opalins et de l'évanescence des lignes, Robert Lewis Reid (1862-1929) nous séduit par ses rêveries élégantes. Je vous invite à savourer le charme de ses réalisations.

     

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    Réflexions, 1911, Montgomery Museum of Fine Arts.

     

    La touche de Robert Lewis Reid se caractérise par une énergie aussi puissante qu'aérienne et par une grande finesse dans la répartition des couleurs. Le miroir, objet symbolique, est souvent présent dans ses compositions.

     

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    Le miroir, 1910. Smithsonian American Art Museum (and the Renwick Gallery), Washington DC.

     

    Une esthétique subtile, révélatrice d'une séduisante modernité.

     

    Le flou des contours et la manière dont ils se dérobent invitent le regard à recomposer les lignes et les nuances de la couleur. Cela donne à l'ensemble un côté à la fois céleste et océanique et nous fait deviner des frissons de tempête sous la douceur.

     

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    Sensible à la vogue du Japonisme, Robert Lewis Reid a représenté des jeunes femmes en kimono et magnifié notamment la couleur bleue à travers des étoffes précieuses et de délicates soieries poudrées d'or.

     

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    Kimono bleu, 1910.

     

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    La jeune fille au kimono bleu, 1911. Collection Privée.

     

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    Le Kimono violet, 1911. Smithsonian American Art Museum (and the Renwick Gallery), Washington DC.

     

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    La jeune femme au vase chinois, 1915

     

    J'aime ses héroïnes aux silences éloquents...

     

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    La fleur jaune, 1908, Collection Privée.

     

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    Spring, 1906, collection privée.

     

     

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    Dans le jardin, 1911, Brauer Museum of Art.

     

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    A summer girl, 1896, collection privée.

     

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    Face au ciel, 1911, Brigham Young University Museum of Art.

     

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    Brise d'été, 1915, Reading Public Museum

     

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    Rêverie d'été, date incertaine, collection privée

     

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    Automne, date incertaine. collection privée.

     

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    Fleur de Lys ou Les Iris, 1899, Metropolitan Museum of Art, New York.

     

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    La jeune femme à l'ombrelle, date incertaine, collection privée

     

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    Le parasol blanc, 1907, Smithsonian American Art Museum (and the Renwick Gallery), Washington DC.

     

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    La jeune femme près du cours d'eau, date incertaine, collection privée.

     

     

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    Le Trio, 1898, Berkshire Museum, Pittsfield, MA.

     

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    La Miniature, 1912, Detroit Institute of the Arts.

     

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    L'amoureuse des perles, date incertaine, collection privée.

     

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    Se souvenir, date incertaine, collection privée.

     

    Les flux mémoriels sont associés aux mouvements des fils colorés et aux taches de couleur palpitantes qui décorent le tapis. Avec cette scène de genre, l'artiste nous livre une scène symbolique rappelant qu'en chaque brodeuse, en chaque couturière veille une Parque, une Norne, une Dise, une Grise... Déesse des Destins entrelacés...

     

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    Coudre dans la lumière du printemps, 1910, collection privée.

     

    J'aime aussi beaucoup les nus pleins de charme de Robert Lewis Reid.

     

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    Nu dans un intérieur exotique

     

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    Opale, 1895, collection privée.

     

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    Les Baigneuses, date incertaine, Smithsonian American Art Museum (and the Renwick Gallery), Washington DC.

     

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    L'instant du bain, date incertaine, collection privée.

     

     

    Dans ses paysages, la vibration des couleurs se fait quasiment musicale...

     

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    Springtime, 1900

     

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    Flanc de coteau en été, date incertaine, collection privée.

     

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    La rivière, effet miroitant, date incertaine, collection privée.

     

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    Les Chutes de Buttermilk, date incertaine, collection privée.

     

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    Automne d'Or, date incertaine, collection privée.

     

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    Robert Lewis Reid est né le 29 juillet 1862, à Stockbridge, dans le Massachusetts et il est mort à Clifton Springs, dans l'État de New York, le 2 décembre 1929. Il a fait ses études à l'École du Musée des Beaux-Arts de Boston, sous la direction d'Emil Otto Grundmann (1844-1890) puis à la Art Students League and Cooper Union de New York, en 1884.

     

    Emil Otto Grundmann, peintre allemand renommé, fut le premier directeur de l'École du Musée des Beaux-Arts de Boston, une nomination prestigieuse.

     

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    Les azalées roses, date incertaine, collection privée.

     

    En 1885, à l'instar de nombreux peintres américains au XIXe siècle, Robert Lewis Reid s'est rendu à Paris pour suivre des cours à la célèbre Académie Julian, auprès des maîtres Gustave Boulanger (1824-1888) et Jules Joseph Lefebvre (1836-1911).

     

    Ses premières œuvres furent « des figures de paysans français, peints à Étaples. »

     

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    Prendre soin du jardin, date incertaine, collection privée.

     

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    La jeune fille et les fleurs, date incertaine, collection privée.

     

    Il est retourné à New York en 1889 et s'est installé comme portraitiste. Il est également devenu professeur, exerçant ses talents à la Cooper Union et auprès de la Ligue des Étudiants de l'École des Beaux-Arts.

     

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    Rêverie, 1890, collection privée.

     

    En 1893, il a composé des fresques pour la Coupole de l'Édifice des Arts Libéraux, dans le cadre de la Foire Universelle de Chicago, dite Exposition Colombienne et en 1900, il a participé à l'ornementation du Pavillon Américain pour l'Exposition Universelle de Paris.

     

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    Deux jeunes femmes lisant, date incertaine, collection privée.

     

    En 1906, il est devenu membre de la National Academy of Design et créé une série de dix vitraux pour l'église du Souvenir Unitaire à Fairhaven, dans le Massachusetts.

     

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    La capeline rose, date incertaine, collection privée.

     

    Une de ses œuvres, le Martyre de Saint-Paul, peut être vue à l'extrémité sud-ouest de la nef de l'église Saint Paul Apôtre, à New York.

     

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    Bouquet de Printemps, date incertaine, collection privée.

     

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    Le garçon et les pivoines rouges, 1910, Brigham Young University Museum of Art.

     

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    Trois figures dans un jardin italien, date incertaine, collection privée.

     

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    Circé et Anatole, entre 1920 et 1926, Akron Art Museum

     

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    Daphné, date incertaine, collection privée.

     

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    L'Esprit du Jardin et ses merveilles, date incertaine, collection privée.

     

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    La jeune fille avec ses poupées ou Les Joujoux, date incertaine, collection privée.

     

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    La tentation des gourmandises (Tempting Sweets), 1924, collection privée.

     

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    Étude pour Polly, l'oiseau familier, 1923, collection privée.

     

    Des fresques et des panneaux muraux de Robert Lewis Reid décorent la Bibliothèque du Congrès, à Washington, la Cour d'Appel de New York, et la State House à Boston, dans le Massachusetts.

     

    Les visiteurs de la State House peuvent admirer trois grands panneaux qui décrivent des scènes majeures de l'Histoire Américaine soit Le Discours de James Otis, La chevauchée de Paul Revere et Le Boston Tea Party.

     

    Pour la Bibliothèque du Congrès, l'artiste a réalisé quatre allégories magnifiques : Le Savoir, La Sagesse, La Philosophie et La Compréhension qui témoignent d'une oscillation de son art entre Impressionnisme, Naturalisme et Symbolisme.

     

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    Le Savoir

     

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    La Sagesse

     

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    La Philosophie

     

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    La Compréhension

     

    Sur cette symphonie de vibrations colorées, je vous souhaite un très joli mois d'Octobre. Prenez soin de vous, gros bisous et merci de votre fidélité !

     

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    L'élégante et les fleurs, date incertaine, collection privée.

     

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    Un été parmi les fleurs, date incertaine, collection privée.

    Plume

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    55 commentaires
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    Des couleurs subtiles, des rêveries ambivalentes, de la magie et de la sensualité à fleur de toile... Miho Hirano, artiste japonaise contemporaine nous invite à pénétrer dans une sylve de féminité, à cheminer dans un monde où palpitent des chevelures torrentielles, où la flore est secrète, où les courbes des corps se dévoilent avec audace et enchantement.

     

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    Un séduisant voyage au cours duquel nous nous interrogeons. Et si nous prenions davantage soin de la Nature ? De cet écrin de Nature où se lovent des êtres subtils, beautés gardiennes d'une terre où l'être humain, espèce invasive, commet bien des méfaits...

     

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    A travers ce périple, nous rencontrons des filles fées lovées dans la sève et le sucre des fleurs, qui résonnent d'une vie diaphane, des nymphes au regard doux et farouche où perlent de troublantes mélancolies et dont les visages semblent refléter les enivrants mystères de l'entre-deux...

     

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    Des esprits de l'eau et de la forêt, des enchanteresses de l'air et de l'onde à la fois puissantes et fragiles...

     

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    Fragilité d'où naît une force, celle qui anime les roseaux dans le vent...

     

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    Diplômée en 2007 de la prestigieuse Musashino Art University, Miho Hirano rend hommage à l'un des thèmes majeurs de l'Art Nouveau, la « Femme Fleur » si bien représentée par Alfons Mucha mais là n'est pas notre propos.

     

    Elle nous offre, avec luxuriance et douceur, les feux sinueux de son inspiration mêlée d'émotions fugitives ainsi qu'une fusion très personnelle entre courbes féminines, chevelures et forces élémentales et matricielles.

     

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    Sa technique consiste à réaliser un croquis au crayon et à l'animer via une peinture bleutée plutôt légère puis elle fait naître les ombres avec d'autres tons vaporeux. Ensuite vient l'étape de la peinture à l'huile.

     

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    Elle dépose sur les bouches et autour des yeux un rose glamour qui « empourpre » les carnations nacrées voire spectrales de ses héroïnes, accompagnées, le plus souvent, de papillons, de carpes koi, d'oiseaux, de fleurs de cerisier, de prunier, de lotus ou de pissenlit, fleur du vent aux akènes d'argent comme on peut le voir ci-dessus.

     

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    https://www.instagram.com/mihohiranoart/?hl=fr

     

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    https://www.facebook.com/miho.hirano.5621

     

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    Je prends plaisir à « illustrer en mots » les œuvres envoûtantes de cette artiste avec des haïkus composés par Bashô Matsuo (1644-1694), l'un des quatre grands poètes classiques (les autres étant Yosa Buson, Kobayashi Issa et Masaoka Shiki).

     

     

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    Les lunes et les fleurs :

    voici les véritables

    maîtres

     

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    Le son de la cloche s’apaise,

    le parfum des fleurs

    frappe le soir

     

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    De quel arbre en fleur?

    Je ne sais

    Mais quel parfum !

     

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    N'oublie jamais

    La saveur solitaire

    Des rosées blanches

     

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    Un pétale tombé

    remonte à sa branche

    C'est un papillon

     

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    Volutes d'encens

    Ailes de papillon

    Que parfume l'orchidée

     

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    Réveille réveille-toi

    Je te prends pour ami

    Papillon

     

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    Deux vies

    entre elles ont vécu

    les fleurs de cerisier

     

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    Le coquelicot blanc

    d’une averse hivernale

    a fleuri

     

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    Un papillon ne vole

    que dans un champ

    de soleil

     

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    Je vous souhaite une myriade de jolies choses et vous remercie de votre fidélité. Gros bisous !

     

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    Plume

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    45 commentaires
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    La dame de l'automne, 1871

     

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    Lovers in the night

     

    Laissons-nous happer, au clair de lune, par les brumes fantastiques et les couleurs mouvantes de la palette de John Atkinson Grimshaw, artiste emblématique de l'ère victorienne. La lumière dorée, argentée ou nacrée de la ronde lune irrigue souvent ses œuvres où règne une sensibilité puissante.

     

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    Réflexions sur le Thames, Westminster, 1880

     

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    Lune d'hiver

     

    A travers son regard, la ville victorienne s'offre à nous, vêtue de nuit et de brouillard, mouillée de cendres, voilée d'opale... Elle émane d'un réseau d'ombres labyrinthiques et précieuses. Une ville personnage où s'enfoncent, entre ivresse et mélancolie, le regard et l'esprit...

     

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    Ombres sur le mur, Roundhay Park, Leeds, 1880

     

    John Atkinson Grimshaw naquit à Leeds, une ville du nord de l'Angleterre, en 1836, dans une famille très stricte. Il fut clerc de notaire et travailla, pendant quelques années, pour une compagnie de chemin de fer anglaise, la GNR (Great Northern Railway) mais, insatisfait de ses activités, il décida de suivre une carrière artistique.

     

    Son choix se fit au grand dam de ses parents qui considéraient l'art comme une chose néfaste. Il ne reçut donc aucun soutien de la part de son père, policier et de sa mère qui s'employa à détruire, bien des années après, une partie de ses tableaux !

     

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    Les amants

     

    Dans sa jeunesse, il bénéficia de l'aide morale et financière de son cousin germain, T.S Cooper, et de l'assentiment de son épouse et cousine éloignée, Theodosia Frances Hubbard (1835-1917), ce qui lui permit de tenter sa chance et d'exposer pour la première fois, en 1862, « sous le haut patronage de la Société Philosophique et Littéraire de Leeds » des tableaux représentant des fleurs, des fruits et des oiseaux.

     

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    Headingley Lane à Leeds

     

    En 1865, ses peintures étaient vendues dans plusieurs galeries d'art et librairies de Leeds et un antiquaire nommé Thomas Fenteman était l'un de ses clients principaux. Il put faire l'acquisition de Knostrop Hall, une jolie propriété du XVIe siècle située dans les parties « riches » de la ville et en 1870, il se fit construire une maison secondaire à Scarborough, ville côtière située dans le comté du Yorkshire du Nord, qui devint son sujet de prédilection.

     

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    Knostrop Hall, tôt le matin, 1870

     

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    Après-midi de novembre à Stapleton Park, 1877

     

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    Forge Valley à Scarborough

     

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    Scarborough, 1878

     

    Une très jolie ville, belvédère sur la mer du Nord, peuplée de maisons pimpantes qui se dressent au bord de l'eau... Elle est appréciée pour son phare, ses demeures historiques et ses activités de voile. La romancière Anne Brontë (1820-1849) est enterrée dans son cimetière.

     

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    The lighthouse à Scarborough

     

    S'y adonnant à sa passion pour les atmosphères d'entre-deux, John Atkinson Grimshaw gagna en notoriété, loua un studio de peinture à Londres et vendit plusieurs de ses œuvres à William Agnew, un marchand d'art londonien. Une de ses œuvres fut également acceptée par la Royal Academy.

     

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    La maison hantée

     

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    Le pont de Leeds, 1880.

     

    Mais quelques années plus tard, il connut de graves problèmes financiers qui l’obligèrent à revenir à Leeds et à peindre des portraits, essentiellement féminins et des scènes de la vie de la ville, comme les marchés, les places, les fêtes locales... Il peignit aussi des scènes de plage, des vues maritimes et des paysages hivernaux.

     

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    The cradle song, la berceuse.

     

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    The cradle song, détail

     

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    Snowbound, Enneigée, 1883

     

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    Le virage, 1883

     

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    Automne d'or

     

    Grimshaw mourut d'une leucémie, le 13 octobre 1893, à l’âge de 57 ans. Il repose à Leeds, dans le cimetière de Woodhouse. Surnommé « Grimmy » par ses proches, il sut saisir avec brio les atmosphères changeantes de la ville victorienne, entité mystérieuse et ambivalente. Il aimait particulièrement décrire les effets de lumière et la magie des saisons, les variations météorologiques mais dans une veine plutôt Réaliste.

     

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    Matin d'automne

     

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    A golden beam, un rayon doré

     

    Marqué par le Préraphaélisme, il le fut aussi par l'Aesthétic Movement (Mouvement Esthétique), une évolution du Préraphaélisme que l'on qualifie de Post-Préraphaélisme et qui partit en guerre contre l'industrialisation massive et « la laideur manufacturée », pour reprendre les mots d'Oscar Wilde (1854-1900).

     

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    Promenade du soir

     

    Pour les personnes qui s'interrogeraient, je rappelle ce qu'est le Préraphaélisme. Il s'agit d'un phénomène de l'art, puissamment inspiré, gorgé d'un sang rebelle, qui fut initié par trois étudiants de la Royal Academy : Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), John Everett Millais (1829-1896) et William Holman Hunt (1827-1910).

     

    Ces trois jeunes gens ne supportaient plus le poids des conventions, la morale qu'ils qualifiaient d'insidieuse, le dogmatisme et la mièvrerie sentimentale qui caractérisait pour eux la peinture britannique de leur temps. Ils considéraient que de lourdes règles esthétiques issues de la Renaissance étaient responsable d'une sclérose de l'art et que l'esprit du spectateur, se voyant obligé de composer avec de la peinture de genre où ne brillait aucune créativité, se racornissait. Ils partirent donc en guerre contre l'enseignement académique et leur trio s'agrandit rapidement.

     

    Il y eut plusieurs périodes et courants Préraphaélites et de nombreux artistes concernés mais restons en compagnie de John Atkinson Grimshaw...

     

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    Clair de lune de novembre

     

    Grimmy admira aussi l’œuvre de James Tissot (1836-1902), artiste complexe, ami de Degas et de Manet, qui partagea sa vie entre Paris et Londres où il devint l'un des plus célèbres portraitistes de son époque. Fils d'un marchand de mode et d'une modiste, Tissot ne cessa d'accorder dans ses toiles la primauté aux vêtements et aux accessoires. Il aimait également mettre en scène ses personnages de manière « photographique ».Les musées anglais abritent un grand nombre de ses œuvres.

     

    On trouve, entre autres, des références à Tissot dans le tableau La Berceuse (The cradle song que je vous ai montré plus haut), avec sa belle atmosphère « japonisante » et dans le tableau qui suit.

     

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    La vigie de la nuit

     

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    Méditation, 1875

     

    Les Clairs de Lune de Grimshaw sont très appréciés des collectionneurs.

     

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    Silver moonlight, clair de lune argenté

     

    L'instant du crépuscule qui conduit à la nuit, la clarté fine et fantasmagorique de la lune, le brouillard et sa texture si particulière, les atmosphères singulières l'inspiraient. Il exploitait avec grand talent les effets de l'humidité à la fois réelle et chimérique.

     

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    Le port de Whitby

     

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    Port de Whitby sous le clair de lune

     

    Whitby, petite ville située sur la côte du Yorkshire, à l’embouchure de l’Esk, est un port à l’existence très ancienne. Whitby est renommée pour ses plages, le souvenir des pêcheurs de baleines qui la peuplèrent, ses bijoux de jais à connotation magico-religieuse, ses fossiles très réputés auprès des collectionneurs (des ammonites entre autres...), sa superbe abbaye Sainte-Mary considérée comme hantée et pour avoir inspiré Bram Stoker (1847-1912) le célèbre auteur de Dracula.

     

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    Le vieux Chelsea

     

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    Pluie sur Hampstead

     

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    Old Hall sous la lune

     

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    Fasciné par la photographie, Grimshaw faisait appel au procédé de la camera oscura...

     

    Ce mot italien qui signifie « chambre noire » désigne un appareil d'optique grâce auquel on obtient une image la plus nette possible d'un objet que l'on souhaite reproduire.

     

    La lumière entre dans une sorte de boîte par un petit orifice et se heurte, de l'autre côté, à un papier blanc de relative épaisseur ou à un verre dépoli. Certaines versions de la camera oscura, plus élaborées, font appel à une lentille convergente ou à des cloisons coulissantes qui permettent de moduler la distance à laquelle se trouve l'objet, d'accroître la netteté de ce que l'on voit etc...

     

    La camera oscura fut utilisée par de nombreux artistes au fil des siècles à l'instar de Léonard de Vinci, de Vermeer de Delft ou des védutistes italiens du XVIIIe siècles comme Giuseppe Canaletto... Tant et tant d'artistes y eurent recours et plus proches de nous, les recherches de Louis Daguerre (1787-1851) et de Joseph Nicéphore Niepce (1765-1833) se réfèrent à la manière dont la camera oscura retranscrit une image.

     

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    Glasgow, 1887

     

    Vous apprécierez la puissance fantasmagorique des effets de lumière, les lignes qui se dévoilent et se fondent dans une envoûtante atmosphère, les parties sombres qui palpitent comme des frissons d'encre...

     

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    Les docks de Glasgow

     

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    Liverpool

     

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    Westminster Bridge avec les maisons du Parlement

     

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    Westminster Bridge au crépuscule... Je pourrais regarder ce tableau et le paysage pendant des heures ! Il y a tant de magie...

     

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    Paysage entre clair et obscur

     

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    Moonlight

     

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    Esprit de la nuit

     

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    Automne

     

    Grimshaw a également peint des scènes féeriques et illustré les balades littéraires et les poèmes d'Henry Longfellow (1807-1882) et d'Alfred Tennyson (1809-1892), monuments de la littérature américaine et anglaise. Il a d'ailleurs donné à ses enfants (sur les quinze qu'il eut, seulement six atteignirent l'âge adulte) les prénoms de personnages mis en scène par Tennyson.

     

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    La dame de Shalott, 1879

     

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    Elaine

     

    Lady Elaine de Shalott est une héroïne récurrente des légendes arthuriennes, « ressuscitée » par Alfred Tennyson (1809-1892) et muse des peintres préraphaélites.

     

    Sur l'île de Shalott, une belle dame, enfermée dans une tour mystérieuse, doit tisser une tapisserie pour l'éternité. La malédiction qui l'étreint lui interdit de regarder par la fenêtre mais elle contemple le monde dans un miroir où elle aperçoit un jour le reflet du chevalier Lancelot. Elle en tombe éperdument amoureuse et décide de lui exprimer ses sentiments.

     

    Consciente du sort funeste qui l'attend en quittant la tour, elle embarque pourtant sur un navire qu'elle a baptisé de son nom. Tout au long du voyage, elle continue de tisser son ouvrage mais comme elle approche de Camelot une tempête automnale se lève et la tapisserie épuise ses dernières forces. Les dames et les chevaliers d'Arthur découvrent son corps glacé sur une berge. Ils lui rendent hommage et Lancelot promet de ne jamais oublier son beau visage qui semblait endormi.

     

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    Elaine...

     

    Avec ses paysages à la fois réels et brodés de féerie et de mystère, John Atkinson Grimshaw nous a laissé une œuvre pleine de poésie et d'élégance très personnelle mais les historiens d'art ne possèdent pas de documents privés susceptibles de les aider à explorer davantage son art. Il eut sa renommée, ses créations sont accessibles grâce à des expositions qui lui ont été consacrées (surtout à Leeds) mais le temps s'est écoulé. Les dates de plusieurs de ses œuvres sont incertaines ou ne sont pas précisées et l'artiste mérite qu'on s'intéresse à lui davantage. J'espère que vous aurez pris plaisir à accomplir ce voyage...

     

    En vous souhaitant un très agréable mois de mars, je vous envoie de gros bisous et vous remercie de votre fidélité !

    Plume

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     William Henry Margetson (1861-1940), portraitiste et peintre de genre de l'époque victorienne. « Au bord de la mer », 1900.

     

    Avec ses mues couleur de ciel et ses lames nacrées, ses songes gris perle, émeraude ou turquoise, ses colères anthracite et ses ombres d'argent, la mer nous invite à accomplir un fascinant voyage poétique, à plonger sans retenue dans ses murmures salés, ses frissons d'outre-monde et ses grondements impétueux...

     

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    Claude Monet (1840-1926), « La mer à Pourville », 1882.

     

    L'eau exerçait une véritable fascination sur Monet, lui permettant d'égrener à l'infini sa passion pour les fluctuations de la lumière, les humeurs changeantes du ciel et l'ambivalence poétique des formes.

     

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    Claude Monet, Coucher de soleil à Pourville, 1882.

     Bleu d'opale impressionniste et force enivrante des éléments...

     

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    Sir John Lavery (1856-1941), peintre irlandais, célèbre portraitiste. « Depuis les falaises », 1901.

     

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    Sir John Lavery, « Windy Day ».

     

    Célébrée par une myriade d'artistes, à la fois crainte et aimée, représentée de manière réaliste ou onirique et souvent personnifiée par de voluptueuses créatures, la mer est un décor insaisissable qui happe nos pensées vagabondes et nous offre sa beauté ambivalente, mystérieuse, enchanteresse... A l'orée de sa splendeur, sous le pinceau des artistes, on récolte une multitude de petits trésors, galets et coquillages nacrés.

     

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     Lord Frederick Leighton (1830-1896), peintre et sculpteur britannique de l'époque victorienne. « Jeunes filles grecques ramassant des galets sur la plage », 1871. Mexico, Collection Pérez Simón.

     

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    Beautés classiques, aux drapés d'une remarquable élégance qui flottent dans le vent marin.

     

    Très célèbre au Royaume-Uni, Lord Frederick Leighton fut élu en 1878 président de la Royale Académie des Arts. Percevant l'Antiquité Gréco-Romaine comme une sorte d'âge d'or, il idéalisa, dans ses différentes œuvres, ce passé en vogue à son époque.

     

    Il fut fait chevalier en 1878, baronnet en 1886 et fut le premier peintre britannique à devenir « pair du royaume », en 1896.

     

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    William Henry Margetson (1861-1940), portraitiste et peintre de genre de l'époque victorienne. « Sea hath its pearl » : La mer a sa perle.

     

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    William Henry Margetson, un soir d'été.

     

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    William Henry Margetson, La fiancée de Poséidon dansant sur la rive.

     

    Cheveux au vent, cheminons, de toile en toile, à travers des siècles de paysages et de portraits et laissons affluer nos souvenirs d'enfance au contact de l'écume, de l'eau ou du sable doré...

     

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    Edmund Charles Tarbell (1862-1938), impressionniste américain, « La fillette au bateau », 1899.

     

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    Edmund Charles Tarbell, « Garçon sur la plage », 1885.

     

    Tarbell était membre des Ten American Painters, une association de dix peintres américains du XIXe siècle qui démissionnèrent de la Société des artistes afin de protester contre le mercantilisme de l'art. Ils se détachèrent aussi de l'Académie Nationale d'Esthétique sous l'impulsion de Mary Cassatt, de James Whistler, de Thomas Eakins et de Winslow Homer.

    Le groupe des Dix était constitué de : Frederick Childe Hassam, Julian Alden Weir, John Henry Twachtman, Robert Reid, Willard Metcalf, Frank Weston Benson, Edmund Charles Tarbell, Thomas Wilmer Dewing, Joseph DeCamp et Edward Simmons.

     

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    Charles Courtney Curran (1861-1942), impressionniste américain, « Enfants sur la plage ».

     

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    Edward Henry Potthast (1857-1927), impressionniste américain, « By the beach ».

     

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    Edward Henry Potthast, « Liseuses à la plage ».

     

    Pour découvrir d'autres œuvres de ce peintre sur mon deuxième blog : La Chimère écarlate, vous pouvez cliquer sur le lien suivant : Edward Henry Potthast, peintre des étés heureux.

     

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    « At the beach »

     

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    « Le vendeur de ballons », 1910.
    (Pour mon amie Vanessa... moi aussi, j'adore les ombres dansantes et bleutées de ce tableau!)

     

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    Charles Sims (1873-1928), portraitiste et paysagiste britannique, « By summer seas ».

     

    La mer est l'un des sujets de prédilection des peintres impressionnistes qui excellent à saisir ses colères, ses félicités, ses humeurs changeantes. Les couleurs du ciel et de la mer traduisent les mouvements du cœur et de l'atmosphère. Avec le bruit des vagues en filigrane, les artistes nous offrent mille et une variations sur le thème de l'eau, l'évanescence mystérieuse et la nature ambivalente des éléments.

     

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    Claude Monet, « Tempête de Belle-Île en mer ». Paris, musée d'Orsay.

     

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    Claude Monet, « Étretat, la porte d'Aval », 1885. Musée des Beaux-Arts de Dijon.

     

    La mer et le ciel se confondent, absorbant presque toute la ligne d'horizon et l’œuvre vibre, clapote, scintille, attirant le regard vers la palette mouvante des couleurs, à de multiples endroits.

     

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    Eugène Boudin (1824-1898), « Marée montante à Deauville ».

     

    Celui qu'on appelait « le roi des ciels » aimait décrire les côtes normandes, les caprices des forces océanes et les activités du bord de mer avec d'élégants effets de lumière et de talentueux dégradés de gris et de bleu. Dans ses œuvres, on apprécie la profondeur de champ, l'intensité poétique des éléments et la subtilité du rendu de l'atmosphère.

     

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    Eugène Boudin, L'heure du bain à Deauville, 1865.

     

    Belle société et chroniques mondaines... L'artiste voyageait beaucoup mais il revenait toujours à Deauville ainsi qu'à Honfleur où il était propriétaire d'une papeterie, lieu de rencontre pour de nombreux artistes.

     

    En 1858, il incita Monet à peindre sur le motif et en 1862, il créa une forme particulière de marine, celle des plages de Deauville et de Trouville qui allait devenir une véritable institution. Tout au long de sa vie, il donna libre cours à sa passion pour les « merveilleux nuages » qui dansent et courent au-dessus de la mer.

     

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    Eugène Boudin, Marée basse à Étaples, 1886.

     

    En 1859, Charles Baudelaire qualifia ses études au pastel de « prodigieuses magies de l'air et de l'eau ». L'artiste voulait « nager en plein ciel » et sa quête de la lumière le poussa à exécuter des centaines d'études de cieux et de nuages, au crayon, au pastel, à l'aquarelle et à l'huile.

     

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    Eugène Boudin, Étude de nuages sur un ciel bleu, 1888.

     

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    Frederick Childe Hassam (1855 ou 1859-1935), peintre impressionniste américain, membre de la confrérie des Ten que j'évoquais plus haut. « Duck island from Appledore » (L'île aux canards à Appledore).

     

    Tout au long de sa vie, Childe Hassam a oscillé entre deux pôles d'attraction : les États-Unis et la France. Grand admirateur de l’œuvre de Claude Monet, il étudia l'art à Boston puis à Paris, à l'Académie Julian, entre 1886 à 1889 où il fut influencé par les travaux des maîtres Louis Boulanger et Jules Joseph Lefebvre.

     

    Il aimait la peinture à l'huile mais il appréciait aussi beaucoup l'aquarelle et en 1897, il fonda en compagnie d'autres artistes le New York Water Color Club, (club d'aquarellistes réputé). Il devint ensuite l'un des membres fondateurs du fameux Groupe des Ten.

     

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    Frederick Childe Hassam, « Appledore, The South Ledges » (Les corniches du sud).

     

    Il a peint très souvent la mer et les rochers mais aussi l'atmosphère de New York au début du XXe siècle. Il a d'ailleurs fait l'acquisition d'une propriété à Long Island, en 1919.

     

    La série "Appledore" représente des paysages côtiers très lumineux et pleins de magnificence. La puissance de la Nature y est exaltée.

     

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    Frederick Childe Hassam, « Seaweed and Surf, Appledore » (Les algues et le surf).

     

    Artiste très prolifique, il s'est aussi rendu célèbre en peignant une série de 22 tableaux montrant des drapeaux. Cette série fut perçue comme un hommage à Claude Monet.

     

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    Jean-Louis Forain (1852-1931), peintre de mœurs et caricaturiste de la Belle Époque, « La plage à Trouville ».

     

    Cet artiste acquit la notoriété en publiant, dans des journaux comme Le Figaro, Le Courrier français, Le New York Herald ou Le Rire, des dessins satiriques qui dénonçaient les travers et les égoïsmes de la bourgeoisie de son temps.

     

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     Joaquin Sorolla y Batisda (1863-1923), peintre impressionniste et luministe espagnol, « Femmes au bord de la mer », 1909. Musée Sorolla à Madrid.

     

     

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    John William Godward (1861-1922), peintre anglais néoclassique et d'inspiration préraphaélite. Nérissa, 1906.

     

    Le thème de la mer permit également aux artistes de mettre en scène des beautés nues, alanguies sur le sable ou chevauchant les forces aquatiques.

     

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    Guillaume Seignac (1870-1924), peintre académique, représentant de l'École d'Écouen (je ne développe pas car j'ai prévu un article à ce sujet...), Nymphe des eaux, 1908.

     

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    Guillaume Seignac, La Vague, 1908.

     

    Voluptueuses personnifications de l'eau matricielle et avatars d'Amphitrite, déesse des flots et parèdre de Neptune, le seigneur des océans.

     

    Les lignes serpentines des corps évoquent le flux et le reflux, les enroulements fertiles des vagues, l'intensité des mouvements de l'eau où s'incarnent l'Amour et la Vie.

     

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    Paul Albert Laurens (1870-1934), peintre académique, portraitiste et enseignant dans les meilleures académies d'art de Paris. Les baigneuses, 1903.

     

    Peintures considérées en leur temps comme profondément indécentes. Classées comme érotiques, elles furent très recherchées « sous le manteau » et installées, dans des cabinets de curiosités bien dissimulés, pour le plaisir de leurs propriétaires...

     

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    Paul Albert Laurens, Les baigneuses, seconde version.

     

    En vous souhaitant de belles rêveries artistiques à l'orée du mois de septembre, je vous adresse mes pensées d'amitié et de gros bisous !

    Plume

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    Son corps s'anime et se fond, suivant les heures du jour, dans les frondaisons majestueuses du jardin du Luxembourg.

     

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    Ce bronze daté de 1852, que j'aime à imaginer comme une sorte de gardien des lieux, est une création d'Eugène Louis Lequesne (1815-1887) appelée « Faune dansant ».

     

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    Divinité champêtre latine, le faune est un avatar de Faunus, le dieu protecteur des bergers et des troupeaux et contrairement au satyre grec, que l'on affuble généralement d'un physique disgracieux, il affiche des traits fins et un corps sensuel et séduisant.

     

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    Reconnaissables à leur queue, leurs petites cornes et leurs sabots de bouc, les faunes sont de grands amateurs de musique et de danse. On leur attribue, à partir d'une conque marine, la création de la trompette.

     

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    Bondissant, léger, facétieux, le faune de Lequesne incarne les joies de la danse et le plaisir de répandre la musique, émanation de l'enthousiasme des dieux. La position de son corps est particulièrement harmonieuse dans le mouvement. Le célèbre romancier et poète Théophile Gautier (1811-1872) écrivit à son sujet : « C'est une œuvre de premier ordre. Son Faune musclé vigoureusement, mais sans exagération, est d'une anatomie irréprochable. »

     

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    Avec cette œuvre pleine de charme, bien accueillie par le public et les critiques d'art, Lequesne, élève du maître James Pradier (1790-1852) voulut rendre hommage au Faune dansant daté des IIIe ou IIe siècles avant J.-C et découvert à Pompéi en 1830.

     

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    Faune de Pompéi, image guidesvoyage.be

     

    Construite à l'époque Samnite (IIIe-IIe siècle avant J.-C), la Maison du Faune est considérée comme l'une des plus imposantes demeure de Pompéi. Propriété d'un négociant en vins (on y a retrouvé une grande quantité d'amphores et d'emblèmes bachiques), elle est dotée d'un riche décor et abrite de magnifiques mosaïques. La plus célèbre de ces mosaïques représente l'étreinte érotique d'une nymphe et d'un faune, personnages traditionnels du cortège dionysiaque.

     

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    La statue du faune dansant fut exhumée lors des fouilles menées entre 1830 et 1832 par l'archéologue Antonio Bonucciente. Il s'agit d'une œuvre de bronze qui reposait sur un piédestal en marbre à l'extrémité septentrionale de l'impluvium. Elle est conservée au Musée National de Naples.

     

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    Le personnage du faune est considéré comme un gardien de la sylve où règne la magie des anciens dieux. Puissance bienveillante, il veille sur la fertilité des lieux et favorise l'expansion de la vie.

     

    Créature joyeuse, jouisseuse, aux appétits sexuels débridés, le faune est un être mi-divin, mi-fantastique. Souvent représenté dans la peinture et la sculpture, il inspira aussi les poètes à l'instar de Rimbaud qui écrivit Tête de Faune en 1871.

     

    « Dans la feuillée, écrin vert taché d'or,

    Dans la feuillée incertaine et fleurie

    De fleurs splendides où le baiser dort,

    Vif et crevant l'exquise broderie,

    Un faune effaré montre ses deux yeux

    Et mord les fleurs rouges de ses dents blanches

    Brunie et sanglante ainsi qu'un vin vieux

    Sa lèvre éclate en rires sous les branches.

    Et quand il a fui- tel qu'un écureuil-

    Son rire tremble encore à chaque feuille

    Et l'on voit épeuré par un bouvreuil

    Le Baiser d'or du bois, qui se recueille »

     

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    Le poète, peintre des sensations, nous invite à entrer dans le monde secret, fascinant, mystérieux de la feuillée, loge de verdure et lieu intermédiaire entre les mondes, espace où la passion amoureuse, librement, peut s'exprimer.

     

    Le faune est l'incarnation de cette passion érotique, de ce pouvoir de communion avec la Nature, flamboyante nature dont la puissance éclate à travers l'évocation parnassienne de la rouge carnation des fleurs.

     

    La poésie parnassienne est associée à un groupe d'artistes aux personnalités emblématiques comme Leconte de Lisle, Catulle Mendès, Théophile Gautier, José Maria de Heredia... Le Parnasse, alchimie littéraire plutôt néo-classique se fonde sur la recherche de l'expression formelle. Censé entrer en concurrence avec la mélodie des sentiments, l'art du Parnasse est fait de constantes évolutions à travers lesquelles l'écriture, rapprochée constamment des arts plastiques, tisse une passerelle entre la plume du poète et le ciseau du sculpteur. Poésie bijou, savamment ciselée, elle n'en est pas moins attirante et reliée, à ses heures, aux énergies du cœur.

     

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    Dans le monde antique où la Nature était peuplée de divinités, il était d'usage d'accomplir certains rites avant de s'enfoncer dans un bois, de traverser une rivière ou de longer certaines forêts. On accomplissait des libations en versant du vin, du lait, du miel sur la terre ou on déposait des offrandes (morceaux de tissu, gâteaux, flacons remplis d'eau parfumée, mèches de cheveux... dans le creux d'un arbre ou sur la mousse) pour se concilier les faveurs des faunes, des satyres, des muses et des nymphes.

     

    Les femmes demandaient aux nymphes et aux faunes de veiller sur leur fécondité et d'intercéder auprès des dieux pour qu'elles puissent concevoir des enfants en bonne santé. Elles sollicitaient aussi ces personnages « intermédiaires » pour emporter les maladies des personnes aimées.

     

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    La tradition des arbres à loques, toujours bien portante en France, en Europe et dans différentes parties du monde, peut être rapprochée de ces rituels antiques. Un arbre à loques est un arbre auquel on suspend des bandes de tissu, des rubans, des morceaux de papier et différents objets du quotidien dotés de vertus apotropaïques, -du grec apotropein, qui détourne le malheur et conjure les maléfices-, soit de petits ustensiles de cuisine, des lunettes, des boîtes de médicaments... L'esprit de l'arbre peut être assimilé à un faune protecteur, répondant aux vœux accrochés dans les branches ou glissés dans les anfractuosités de l'écorce. Certains arbres à loques sont appelés « faunes verts ».

     

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    Arbre à loques. Image bookofdante.wordpress.com

     

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    En 1902, Eugène Atget (1857-1927) immortalisa le faune dansant, gardien joyeux et voluptueux d'un musée jardin où les statues se font conteuses, sous les grands arbres, nous invitant à les écouter chuchoter et à nous rappeler, intimement, de ces forêts d'antan, labyrinthes profonds...

     

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    Merci de vos nombreux messages, de votre fidélité. Je pense à vous et vous embrasse bien affectueusement !

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