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    Son corps s'anime et se fond, suivant les heures du jour, dans les frondaisons majestueuses du jardin du Luxembourg.

     

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    Ce bronze daté de 1852, que j'aime à imaginer comme une sorte de gardien des lieux, est une création d'Eugène Louis Lequesne (1815-1887) appelée « Faune dansant ».

     

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    Divinité champêtre latine, le faune est un avatar de Faunus, le dieu protecteur des bergers et des troupeaux et contrairement au satyre grec, que l'on affuble généralement d'un physique disgracieux, il affiche des traits fins et un corps sensuel et séduisant.

     

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    Reconnaissables à leur queue, leurs petites cornes et leurs sabots de bouc, les faunes sont de grands amateurs de musique et de danse. On leur attribue, à partir d'une conque marine, la création de la trompette.

     

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    Bondissant, léger, facétieux, le faune de Lequesne incarne les joies de la danse et le plaisir de répandre la musique, émanation de l'enthousiasme des dieux. La position de son corps est particulièrement harmonieuse dans le mouvement. Le célèbre romancier et poète Théophile Gautier (1811-1872) écrivit à son sujet : « C'est une œuvre de premier ordre. Son Faune musclé vigoureusement, mais sans exagération, est d'une anatomie irréprochable. »

     

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    Avec cette œuvre pleine de charme, bien accueillie par le public et les critiques d'art, Lequesne, élève du maître James Pradier (1790-1852) voulut rendre hommage au Faune dansant daté des IIIe ou IIe siècles avant J.-C et découvert à Pompéi en 1830.

     

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    Faune de Pompéi, image guidesvoyage.be

     

    Construite à l'époque Samnite (IIIe-IIe siècle avant J.-C), la Maison du Faune est considérée comme l'une des plus imposantes demeure de Pompéi. Propriété d'un négociant en vins (on y a retrouvé une grande quantité d'amphores et d'emblèmes bachiques), elle est dotée d'un riche décor et abrite de magnifiques mosaïques. La plus célèbre de ces mosaïques représente l'étreinte érotique d'une nymphe et d'un faune, personnages traditionnels du cortège dionysiaque.

     

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    La statue du faune dansant fut exhumée lors des fouilles menées entre 1830 et 1832 par l'archéologue Antonio Bonucciente. Il s'agit d'une œuvre de bronze qui reposait sur un piédestal en marbre à l'extrémité septentrionale de l'impluvium. Elle est conservée au Musée National de Naples.

     

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    Le personnage du faune est considéré comme un gardien de la sylve où règne la magie des anciens dieux. Puissance bienveillante, il veille sur la fertilité des lieux et favorise l'expansion de la vie.

     

    Créature joyeuse, jouisseuse, aux appétits sexuels débridés, le faune est un être mi-divin, mi-fantastique. Souvent représenté dans la peinture et la sculpture, il inspira aussi les poètes à l'instar de Rimbaud qui écrivit Tête de Faune en 1871.

     

    « Dans la feuillée, écrin vert taché d'or,

    Dans la feuillée incertaine et fleurie

    De fleurs splendides où le baiser dort,

    Vif et crevant l'exquise broderie,

    Un faune effaré montre ses deux yeux

    Et mord les fleurs rouges de ses dents blanches

    Brunie et sanglante ainsi qu'un vin vieux

    Sa lèvre éclate en rires sous les branches.

    Et quand il a fui- tel qu'un écureuil-

    Son rire tremble encore à chaque feuille

    Et l'on voit épeuré par un bouvreuil

    Le Baiser d'or du bois, qui se recueille »

     

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    Le poète, peintre des sensations, nous invite à entrer dans le monde secret, fascinant, mystérieux de la feuillée, loge de verdure et lieu intermédiaire entre les mondes, espace où la passion amoureuse, librement, peut s'exprimer.

     

    Le faune est l'incarnation de cette passion érotique, de ce pouvoir de communion avec la Nature, flamboyante nature dont la puissance éclate à travers l'évocation parnassienne de la rouge carnation des fleurs.

     

    La poésie parnassienne est associée à un groupe d'artistes aux personnalités emblématiques comme Leconte de Lisle, Catulle Mendès, Théophile Gautier, José Maria de Heredia... Le Parnasse, alchimie littéraire plutôt néo-classique se fonde sur la recherche de l'expression formelle. Censé entrer en concurrence avec la mélodie des sentiments, l'art du Parnasse est fait de constantes évolutions à travers lesquelles l'écriture, rapprochée constamment des arts plastiques, tisse une passerelle entre la plume du poète et le ciseau du sculpteur. Poésie bijou, savamment ciselée, elle n'en est pas moins attirante et reliée, à ses heures, aux énergies du cœur.

     

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    Dans le monde antique où la Nature était peuplée de divinités, il était d'usage d'accomplir certains rites avant de s'enfoncer dans un bois, de traverser une rivière ou de longer certaines forêts. On accomplissait des libations en versant du vin, du lait, du miel sur la terre ou on déposait des offrandes (morceaux de tissu, gâteaux, flacons remplis d'eau parfumée, mèches de cheveux... dans le creux d'un arbre ou sur la mousse) pour se concilier les faveurs des faunes, des satyres, des muses et des nymphes.

     

    Les femmes demandaient aux nymphes et aux faunes de veiller sur leur fécondité et d'intercéder auprès des dieux pour qu'elles puissent concevoir des enfants en bonne santé. Elles sollicitaient aussi ces personnages « intermédiaires » pour emporter les maladies des personnes aimées.

     

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    La tradition des arbres à loques, toujours bien portante en France, en Europe et dans différentes parties du monde, peut être rapprochée de ces rituels antiques. Un arbre à loques est un arbre auquel on suspend des bandes de tissu, des rubans, des morceaux de papier et différents objets du quotidien dotés de vertus apotropaïques, -du grec apotropein, qui détourne le malheur et conjure les maléfices-, soit de petits ustensiles de cuisine, des lunettes, des boîtes de médicaments... L'esprit de l'arbre peut être assimilé à un faune protecteur, répondant aux vœux accrochés dans les branches ou glissés dans les anfractuosités de l'écorce. Certains arbres à loques sont appelés « faunes verts ».

     

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    Arbre à loques. Image bookofdante.wordpress.com

     

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    En 1902, Eugène Atget (1857-1927) immortalisa le faune dansant, gardien joyeux et voluptueux d'un musée jardin où les statues se font conteuses, sous les grands arbres, nous invitant à les écouter chuchoter et à nous rappeler, intimement, de ces forêts d'antan, labyrinthes profonds...

     

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    Merci de vos nombreux messages, de votre fidélité. Je pense à vous et vous embrasse bien affectueusement !

    Plume

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    Thomas Benjamin Kennington (1856-1916), Automne. Peintre de genre et portraitiste anglais, également représentatif du « réalisme social ».

     

    J'aime profondément l'Automne. La Nature nous conte ses couleurs précieuses tout en glissant vers le plus mystérieux des sommeils, celui de l'Hiver. On s'enivre de clarté changeante, on se régale de fruits et de légumes chatoyants, on cède à la poésie de la brume et on se laisse emporter avec les feuilles qui dansent.

     

    Source d'inspiration pour de nombreux artistes, l'Automne nourrit les recherches sur les ombres, les matières lumineuses et les métamorphoses de l'atmosphère. Voyage auquel je vous convie par l'observation de tableaux choisis, œuvres qui m'enchantent...

     

    Parmi les œuvres que je présente, plusieurs ne sont pas datées. Ce n'est pas un oubli de ma part. Il n'y a tout simplement pas assez de précisions (ou il existe des contradictions) concernant le moment de leur réalisation et les lieux où elles sont conservées.

     

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    Albert Bierstadt (1830-1902), L'automne dans les bois, 1886. (New York Historical Society).

     

    Peintre américain d'origine allemande, amoureux des paysages de l'Ouest américain, Bierstadt appartenait à l'Hudson River School, mouvement artistique caractérisé par sa vision romantique de l'art, fondée sur la passion des grands espaces et des merveilles naturelles, comme les Montagnes Rocheuses, le tout sublimé par un travail très approfondi, quasi mystique, sur la lumière.

     

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    Albert Bierstadt, Automne en Amérique, dans le comté d'Oneida (il s'agit de l'un des 62 comtés de l'État de New York).

     

    Les pigments d'automne sont des sucres enchantés, des caramels luxuriants dont la splendeur crépite entre ciel et terre.

     

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    Vincent Van Gogh (1853-1890), Paysage d'automne, 1885.

     

    Onirisme puissant, recherches sur la texture ensorcelante de l'air, l'artiste devient le messager des métamorphoses de la Nature qui font écho aux saisons de son âme.

     

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    Vincent Van Gogh, Paysage d'automne, 1884 ou 1885.

     

    Jardins, bois et forêts s'embrasent et nous offrent un florilège de teintes chaudes, éphémère jeunesse retrouvée avant l'apparition des premiers frimas.

     

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    John Joseph Enneking (1841-1916), peintre impressionniste américain, Prémices d'automne.

     

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    John Joseph Enneking, Joyaux d'automne

     

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    John Joseph Enneking, Bois profonds en automne.

     

    Tout flamboie, tout pétille et le regard se fond dans une élégante symphonie de jaune, d'orangé, de pourpre, d'or et de brun.

     

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    John Atkinson Grimshaw (1836-1893), Automne d'or.

     

    Artiste de l'époque Victorienne, préoccupé par les modifications industrielles de son temps, Grimshaw excellait à peindre les clairs de lune, les effets de lumière changeante et les paysages urbains et ruraux.

     

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    John Atkinson Grimshaw, A golden beam (Un faisceau d'or).

     

    Chemin de feuilles rousses, ombres crépitantes et patines mystérieuses, l'automne transforme la réalité en surprenante fantasmagorie.

     

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    Hans Anderson Brendekilde (1857-1842), Chemin boisé en automne.

     

    Cet artiste danois, orienté vers le réalisme, excellait à peindre les « effets d'atmosphère », les vibrations de la lumière, la sensualité des matières, l'or, le jaune, le brun et le rouge des transformations.

     

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    Hans Anderson Brendekilde, Le jardin japonais, vers 1900.

     

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    Willard Leroy Metcalf (1858-1925), Chêne rouge, 1911.

     

    Cet impressionniste américain, amoureux des paysages de la Nouvelle-Angleterre, était membre des Ten American Painters et proche du groupement d'artistes de Old Lyme, dans le Connecticut. Comme de nombreux peintres américains de son époque, il étudia dans sa jeunesse à Paris, à l'Académie Julian où il eut pour maîtres Jules Joseph Lefebvre et Gustave Boulanger. Il s'inspira des oeuvres bucoliques et sylvestres de l'École de Barbizon mais il préféra l'Impressionnisme. Après avoir visité Pont-Aven, Grez-sur-Loing et Giverny, il fonda, avec Théodore Robinson (1852-1896), une colonie d'artistes américains à proximité de la demeure de Claude Monet.

     

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    Willard Leroy Metcalf, Gloire d'automne.

     

    Marcher sous les arbres et sentir l'automne qui mûrit, danse et palpite...

     

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    Winslow Homer (1836-1910), Automne, 1877.

     

    Cet artiste américain fut attiré par l'Impressionnisme avant d'orienter sa palette entre le Réalisme et le Symbolisme. Reporter dessinateur pendant la Guerre de Sécession, il peignit le quotidien des militaires puis s'intéressa au monde rural, aux animaux, aux vues océanes et à l'intimité des êtres et des saisons.

     

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    Vassili Dmitrievitch Polenov (1844-1927). Femme sur un chemin forestier.

     

    Ce peintre russe, de sentiment réaliste, appartenait au mouvement des Ambulants ou des Itinérants (1863-1890), artistes en rupture avec les méthodes d'enseignement et les sujets traditionnels de l'Académie Impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg. Les Ambulants furent profondément intéressés par le thème des inégalités sociales.

     

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    Léon de Smet (1881-1966), Forêt d'automne.

     

    Cet artiste belge luministe, amoureux de l'art du paysage, était le frère du peintre Gustave de Smet (1877-1945) et le fils de Jules de Smet, dramaturge, photographe et décorateur. Portraitiste recherché par les écrivains, à l'instar de Joseph Conrad et de George Bernard Shaw, Léon de Smet se réfugia à Londres pendant la Première Guerre Mondiale. En 1917, appelé au front, il peignit différents portraits et, après la guerre, il se replongea dans l'atmosphère londonienne qu'il appréciait. Il revint en Belgique en 1925 et à partir de 1932, il s'impliqua, avec son frère, auprès des artistes du groupe Vlanderen qui faisaient la promotion de l’art belge contemporain. L'Impressionnisme et surtout le Pointillisme (appelé aussi Divisionnisme ou Néo-Impressionnisme) furent ses sources d'inspiration.

     

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    George Inness (1825-1894), Automne à Montclair.

     

    Ce peintre américain, épris de l'Écosse où il mourut était une célébrité de l'art du paysage et l'un des membres les plus éminents de l'Hudson River School, école de paysagistes américains qui regroupa de nombreux artistes nés après 1800. Ses membres développèrent un « art sensible » fondé sur une admiration quasi religieuse des beautés de la nature, creuset des spiritualités. Ils identifièrent des paysages vierges et sauvages, les assimilèrent aux paysages bibliques et se lancèrent dans une sorte de quête de la Terre Promise.

     

    Entre ténèbres vivantes et turbulences de lumière, l'Automne revêt dans ses œuvres une dimension puissamment mystique.

     

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    Thomas Moran (1837-1926), Automne.

     

    Ce paysagiste américain autodidacte, ami d'Albert Bierstadt, William Keith et Thomas Hill, fut associé à l'Hudson River School. Amoureux des Rocheuses et du White Mountain Art (art des Montagnes Blanches), il peignit des vues de l'Ouest américain qui furent présentées au Congrès américain et favorisèrent la création du parc national de Yellowstone.

     

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    John Frederick Kensett (1816-1872), Lac George.

     

    Cet artiste américain, né dans le Connecticut, s'inspirait des grands sites naturels, à l'instar des Rocheuses et des paysages de la Nouvelle-Angleterre. Peintre luministe et graveur émérite, il fut associé à la seconde génération des artistes de l'Hudson River School. Il a participé, entre autres, à la fondation du Metropolitan Museum of Art de New York.

     

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    Frits Thaulow (1847-1908), Automne d'or en Bretagne.

     

    Peintre norvégien, amoureux de la nature sauvage aux reflets changeants mais aussi peintre de l'eau sous ses différentes formes (pluie, lacs, rivières, torrents, neige, givre, glace, flocons, cristaux...), Fritz Thaulow était fasciné par les atmosphères mystérieuses. Grand voyageur, aimant l'Europe, Paris, Venise et les États-Unis, il restitua, tout au long de sa carrière l'éternelle beauté des paysages naturels qu'il découvrait. Peintre du temps qui s'écoule, il fut le beau-frère de Paul Gauguin et l'ami de Claude Monet, d'Auguste Rodin et de Pierre Puvis de Chavannes. Il fonda le Salon du Champ de Mars et fut membre du jury de l'Exposition Universelle de 1889.

     

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    Paul Gauguin (1848-1903), Le cours d'eau, Automne, 1885.

     

    Le regard du spectateur est aimanté par la puissance impressionniste de l’œuvre, panaché de couleurs flamboyantes, par la lumière d'or qui éclate, rebelle aux conventions et l'arbre qui irradie sur la toile comme une flamme. Gauguin peignit ce tableau un an avant la naissance du courant Symboliste qui s'opposa au « manifeste » Impressionniste. La couleur fut l'émanation de sa vision esthétique, que ce soit à travers le Cloisonnisme (créé en 1886 et inspiré de la technique du vitrail), le Synthétisme (théorie picturale conçue en 1888 et nourrie de Symbolisme) et le Primitivisme (mouvement pictural apparu en Russie qui privilégia l'imagerie populaire et les formes naïves de l'Art). La couleur était pour lui « vibration de même que la musique ».

     

    Les teintes suraiguës qu'il affectionnait (jaune citron, ocres rouges, verts intenses, indigo et rose ardent) influencèrent les adeptes du Fauvisme.

     

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    Claude Monet (1840-1926), Effet d'automne à Argenteuil, 1873. Courtauld Institute Galleries à Londres.

     

    Peinte en bord de Seine où Monet capturait avec passion le reflet des arbres dans l'eau, l’œuvre est une symphonie de mouchetures de lumière. Les couleurs forment une partition claire, une harmonie d'orange brun et de bleu mêlé de rose fin, le tout rehaussé par des touches de vert jade. Au fond de la scène, les maisons d'Argenteuil se fondent dans une palette gris bleutée, une sorte d'horizon fantasmé.

     

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    Francis Picabia (1879-1953), Canal de Moret, effet d'automne, 1909. Collection privée.

     

    L’œuvre de cet artiste atypique (à la fois peintre, graphiste, écrivain) se confronte au Surréalisme et au Dadaïsme mais ses travaux de jeunesse traduisent une influence impressionniste et un goût prononcé pour le Luminisme. Mouvement hétéroclite, le Dadaïsme, né pendant la Première Guerre Mondiale, se fonde sur l'extravagance et la liberté d'expression et se caractérise par une remise en cause des règles et des contraintes idéologiques, esthétiques et politiques.

     

    Moret sur Loing, petite cité médiévale construite au bord de l'eau, était l'un des berceaux de l'Impressionnisme. Les artistes y savouraient la qualité de la lumière, la douceur de vivre et les splendeurs naturelles et historiques de la vallée du Loing.

     

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    Lynn Shaler, L'Automne à Brooklyn, 1955. Cette artiste américaine contemporaine exerce son talent entre New York et Paris où elle expose régulièrement.

     

    Dans la ville, l'automne déploie aussi ses parures d'or patiné. Cette œuvre me plaît tout particulièrement par le choix de son cadrage et l'harmonie subtile des couleurs, la touche vive et délicate de rose qui éclate sur le gris de l'architecture et ce « je ne sais quoi » qui la rend émouvante.

     

    J'ai beaucoup aimé partager avec vous ce petit tour d'automne en peinture. J'ai, bien sûr, d'autres œuvres à vous montrer mais je dois prendre congé. D'autres visites à l'hôpital m'attendent ainsi que bien d'autres « soins » alors je vous dis « à bientôt ». Je pense à vous. Gros bisous !

    Plume

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    Nous voici, chers aminautes, devant la pimpante façade des anciens Bains Douches Municipaux de Vincennes, construits en 1907 au numéro 7 de la rue de Montreuil.

     

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    Ils ont conservé leur décor de panneaux muraux en grès cérame, de style « métro », réalisés à Orchies, dans la région Nord-Pas-de-Calais.

     

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    Entre le 18e siècle et le début du 20e siècle, bénéficiant de la présence de vastes forêts et d'importants réseaux fluviaux et routiers, de nombreuses manufactures s'établirent dans le Nord de la France (à Arras, Tournai, Valenciennes...)

     

    Créée en 1886 par Émile Joseph L'Herminé, près de la célèbre usine de faïence du Moulin des Loups, (fondée au 18e siècle, à Saint-Amand-les-Eaux), l'usine d'Orchies se fit connaître par des cruches et des carafes représentant des animaux, sur un mode humoristique et par des cruches commémoratives, aux couleurs pastel. Déjà propriétaire d'une faïencerie à Rebaix en Belgique, monsieur L'Herminé s'installa à Orchies avec ses frères, Firmin et Louis. L'usine a fermé ses portes dans les années 1980.

     

    Pour la petite histoire, c'est à Orchies que l'on peut visiter le musée de la chicorée Leroux, fondé en 1904, à l'initiative de l’industriel Alphonse Henri Eugène Leroux (1866-1947) mais ce n'est pas notre propos, revenons aux Bains Montansier.

     

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    Autour d'une nymphe sortant des eaux, se développe une végétation foisonnante, aux couleurs subtiles et douces obtenues grâce à un procédé complexe.

     

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    Ce panneau signé JMD est en grès cérame, une poterie à pâte opaque vitrifiée et réputée de qualité imperméable. La différence entre le grès et la porcelaine se situe au niveau de l'opacité et de l'imperméabilité. La porcelaine est translucide, le grès, plus opaque. Le grès résiste également mieux aux phénomènes climatiques comme le gel ou les fortes chaleurs. Cuit à plus de 1200 degrés, il est appelé par les anglais « stoneware » soit « objet ou marchandise de pierre ».

     

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    Le grès dit émaillé fut renommé grès cérame par Alexandre Brongniart (1770-1847), fils d'Alexandre-Théodore Brongniart (1739-1813), célèbre concepteur du Palais Brongniart et du Cimetière du Père-Lachaise.

     

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    Scientifique spécialisé en minéralogie, Alexandre Brongniart publia en 1844 un ouvrage de référence appelé Traité des Arts Céramiques ou des poteries, considérés dans leur histoire, leur pratique et leur théorie.

     

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    Pour obtenir ce type de décor, il faut fixer des oxydes métalliques sur des carreaux de grès préalablement cuits et enduire l'ensemble d'une fine couche d'émail transparent. Puis on passe le tout au four afin que les couleurs se vitrifient et que les motifs soient protégés des intempéries.

     

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    C'est grâce à la remarquable résistance de ces matériaux que nous apprécions aujourd'hui ce travail mais je ne peux vous en montrer davantage car l'intérieur des Bains Douches ne se visite pas. Il est réservé à la clientèle d'un sauna libertin pour hommes.

     

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    En vous souhaitant une excellente semaine, je vous adresse mes plus amicales pensées. Merci de votre fidélité !

    Plume

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    Jules Joseph Lefebvre (1836-1911), Diana, 1879.

     

    Elle se cache sous la horde des nuages mais son pouvoir d'eau et de fièvre est bel et bien réveillé. Pleine lune de février qui éclot, voluptueusement, dans la tempête... Je voulais lui consacrer un article illustré d'une série de tableaux mais comme certains d'entre vous le savent, je bataille avec ma connexion Internet. Dire qu'elle est fluctuante est un euphémisme !

     

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    Diana, seconde version.

     

    Portraitiste et peintre de genre, également professeur à l'École des Beaux-Arts, Jules Joseph Lefebvre puisa son inspiration parmi les nus italiens de la Renaissance. Au cœur de sa palette opalescente, la femme est à la fois déesse de l'Antiquité (Diana, Luna...), héroïne du folklore et de la littérature (Lady Godiva), allégorie aux charmes mystérieux (La Vérité...), odalisque ou nymphe du printemps et de l'été.

     

    Le tableau qui suit m'enveloppe de sa magie dès que je le contemple. Il m'évoque un monde secret, une sorte d'entre-deux accessible quand on se perd dans la nuit ou qu'on divague sur des chemins nacrés.

     

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    Thomas Cole (1801-1848), Moonlight, 1834. Collection of the New York Historical Society.

     

    Peintre américain d'origine anglaise, Thomas Cole était le fondateur de l'Hudson River School, mouvement qui traduisait une vision romantique de l'art, la passion des grands espaces et des merveilles naturelles (à l'instar des Montagnes Rocheuses) et le désir de sublimer l'ensemble par un travail très approfondi, quasi mystique, sur la lumière.

    Il aimait peindre des paysages réels (notamment ceux des montagnes Catskill situées au nord de l'État de New York), avec un remarquable souci du détail, en y mêlant toujours quelque chose d'imaginaire et de mystérieux. Ainsi, dans ce théâtre de nature où s'opèrent de puissants contrastes d'ombre et de lumière, où la figure humaine apparaît minuscule, la lune se dévoile comme un bijou, un soleil de nuit visible par certains initiés...

     

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    J'aurais aimé continuer à discuter de peinture et de « visions lunaires » avec vous mais je dois attendre de retrouver un meilleur débit Internet. J'ai pu me connecter sur quelques blogs mais il m'a fallu un temps fou pour y arriver et certains commentaires se sont perdus dans les limbes du net alors je n'insiste pas davantage.

     

    A très bientôt, je pense à vous...

     

    Cendrine

    Plume

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    Ce monument majestueux, qui rend hommage à Jules Ferry (1832-1893), se love dans l'écrin du jardin des Tuileries, à proximité de la rue de Rivoli et de la place des Pyramides. Il fut érigé à l'initiative de la Ligue de l'Enseignement, fondée en 1866 par Jean Macé (1815-1894).

     

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    Dans le but d'exalter les forces vives de la République, les membres de la Ligue organisèrent une souscription auprès des enfants des écoles afin d'honorer « celui avait tant fait pour l'éducation et qui avait été profondément critiqué pour son action coloniale. »

     

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    Le monument, inauguré le 20 novembre 1910, fut réalisé par le sculpteur Gustave Michel et l'architecte Charles Blondel.

     

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    Jules Ferry se dresse au sommet du monument pour énoncer les lois laïques pendant que Marianne ou l'Instruction soulève le voile de l'Ignorance. Une institutrice, considérée comme l'un des piliers de la Nation, saisit la main d'un jeune garçon. Appuyée sur un globe terrestre, elle tient un livre, en référence au mot fameux de Victor Hugo : « Ceci tuera cela ».

     

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    Cette sentence fut prononcée par l’archidiacre Claude Frollo, personnage du roman Notre-Dame de Paris. « Ceci tuera cela » que l'on pourrait aussi traduire par « Le livre va tuer l’édifice », est une allusion directe à l’invention de l’imprimerie (entre 1452 et 1456, bien que les Chinois aient été, au IIIe siècle de notre ère, les précurseurs de cette technique qui s'est imposée comme un événement majeur de l’histoire humaine). La « Bible de Plomb », initiée par Johannes Gutenberg (vers 1400-1468), supplante donc la « Bible de Pierre » qui s'adresse d'une autre manière au regard et à l'esprit. La révolution des mots et du papier accompagne la mise en place d'un rapport nouveau entre le lecteur et sa pensée.

     

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    Sur l'autre face du monument, le Génie de la République soutient le drapeau et arbore le rameau de la paix.

     

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    Jules Ferry disait souvent qu'il préférait voir les enfants à l'école plutôt qu'au service militaire.

     

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    Son portrait, par Félix Nadar (1832-1893).

     

    Jules Ferry naquit à Saint-Dié dans les Vosges, le 5 avril 1832. Après avoir étudié le droit, il s’inscrivit au barreau de Paris mais il préféra s'orienter vers une carrière de journaliste d’opposition. Un article intitulé « Les comptes fantastiques d’Haussmann », qui parut dans le journal « Le Temps », le fit connaître du public.

     

    Sa carrière politique débuta par son élection, en 1869, comme député de la 6ème circonscription de la Seine et s'affirma par son opposition à la déclaration de guerre contre la Prusse.

     

    Après la défaite de Sedan, le 1er septembre 1870, il devint maire de Paris et reçut le surnom de « Ferry la famine » en raison des restrictions alimentaires qu'il dut exiger.

     

    Il quitta la capitale pour Versailles pendant la Commune et fut élu député des Vosges, le 8 février 1871. Violemment opposé aux conservateurs, ses engagements firent de lui « une figure majeure de l'opposition en France, avec Gambetta et Grévy, et le chef de la Gauche Républicaine ».

     

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    Nommé, le 4 février 1879 et jusqu’en novembre 1883, ministre de l’Instruction publique et des Beaux Arts, par le président Jules Grévy, il exerça aussi la fonction de président du Conseil et de ministre des affaires étrangères.

    Après avoir cristallisé les réactions négatives, notamment dans le camp de la droite et de l'extrême-gauche, sa politique coloniale lui fit essuyer un échec aux élections présidentielles de 1887. Quelques jours après le passage aux urnes, il fut victime d'un attentat au Palais-Bourbon.

    Il fut battu aux élections législatives de 1889 mais élu au Sénat en 1891. Il présida la commission des Douanes et la commission de l’Algérie et devint, en 1893, Président du Sénat dès le premier tour, en dépit de relations houleuses avec des membres de la haute assemblée. Une crise cardiaque l'emporta le 17 mars 1893.

     

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    Controversé pour ses idées colonialistes, Jules Ferry est resté dans les mémoires grâce à ses engagements concernant l'instruction publique et l'enseignement supérieur. Désireux d'ouvrir l'école aux jeunes filles et aux écoliers issus des familles les plus modestes tout en empêchant les congrégations religieuses de prodiguer des formes de savoir dogmatique, il initia des réformes décisives pour l'avènement de la laïcité. Malgré l'avis défavorable d'une partie de l'opinion publique et de certains parlementaires, il parvint à faire voter, entre 1881 et 1884, plusieurs lois concernant la gratuité (juin 1881), l'obligation scolaire, entre 6 et 13 ans, et la laïcité de l'enseignement des jeunes filles et de tous les écoliers (mars 1882). Il s'impliqua aussi dans la fondation d'une École Normale de jeunes filles à Sèvres.

    Il justifia son action coloniale par la nécessité d’œuvrer pour l'éducation des peuples et la volonté de porter la lumière de la civilisation française en Europe et partout dans le monde.

     

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    Je vous propose maintenant de lire un texte issu du Petit Parisien, journal quotidien du soir publié de 1876 à 1944. Il rapporte les détails de la journée de commémoration de la mémoire de Jules Ferry par les écoliers.

     

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    Source de l'image : Gallica.bnf.fr

     

    « La fête des écoles, magistralement organisée par la Ligue française de l'enseignement, a remporté le vif succès qu'elle méritait, et cela malgré la pluie fine qui n'a cessé de tomber sur Paris au cours de cette journée pour laquelle on avait escompté un soleil un peu moins avare de ses rayons.

    Il s'agissait, avant tout, de célébrer les noces d'argent de l'école laïque créée en France par le grand républicain Jules Ferry, dont notre collaborateur retraçait, hier, l'œuvre inoubliable. La Ligue de l'enseignement, par une heureuse inspiration, avait tenu à faire coïncider cette belle manifestation avec la pose de la première pierre du monument qui sera élevé à la mémoire du promoteur de l'école républicaine. N'était-il pas naturel qu'à cette occasion, les écoliers d'aujourd'hui, c'est-à-dire les hommes de demain, vinssent apporter un suprême hommage au grand Français qui ne craignit pas, au lendemain des pires désastres, de jeter les bases de l'école laïque, qui devait donner à la France démocratique des générations républicaines.

    Dès une heure et demie, les quais de l'Hôtel-de-Ville, des Célestins et Henri-IV présentaient, malgré le mauvais temps, une fiévreuse animation. Les diverses sociétés, précédées de leurs bannières, de leurs fanfares, arrivaient successivement et allaient se réfugier sous les arbres. Les parapluies étaient, hélas de la fête mais, malgré cela, la bonne humeur ne perdait pas ses droits. On s'interpellait de quartier à quartier, d'arrondissement à arrondissement.

    Le Tout-Paris scolaire était, en effet, massé là. On y voyait, en outre, nombre de sociétés de secours mutuels, d'associations d'enseignement populaire, de sociétés de préparation militaire, etc.

    Le cortège s'organisa avec une discipline parfaite.

    Pendant ce temps, dans les salons de l'Hôtel de Ville, il y avait grande réception. Le comité de la Ligue de l'enseignement présentait au conseil municipal les 421 enfants porteurs des listes de souscription au monument en tout deux millions de signatures représentant nombre de francs.

    Les écoliers se redressaient avec fierté, serrant précieusement sur leurs poitrines les petits cartons rouges, contenant les desiderata de l'enseignement laïque. Plus d'un rougit lorsque M. André Lefèvre, président du conseil municipal, s'attarda dans les rangs pour tapoter une petite joue couleur de pomme d'api ou faire un compliment sur une mine éveillée.

    Les enfants écoutèrent distraitement les discours que l'on prononça, ceux de M. Lefèvre et de M. Dessoye, président de la Ligue de l'Enseignement. Ce qui les préoccupait surtout c'était qu'ils allaient, tout à l'heure, marcher en tête du cortège. Il y avait bien la pluie qui allait abîmer leurs beaux habits du dimanche, mais ils ne paraissaient guère y songer.

    Monsieur Lefèvre, qu'entouraient M. Armand Bernard, secrétaire général de la préfecture de la Seine, et M. Laurent, secrétaire général de la préfecture de police, fit l'historique des luttes qui aboutirent à la fondation de l'enseignement laïque. Énumérant ensuite les efforts de la Ville de Paris pour seconder l'œuvre entreprise par la Ligue de l'enseignement, il termina ainsi :

    « Nous savons que les défiances, les hostilités, les armes rôdent encore autour de l'école laïque. Ses adversaires n'ont pas désarmé. Ils caressent le rêve d'une impossible revanche. La Ligue de l'enseignement, qui fut depuis un quart de siècle la conscience même de la démocratie républicaine. se doit de veiller sur les conquêtes réalisées. Nous les considérons comme indispensables. A vous, messieurs, de les préserver de toute atteinte !»

    Le discours de M. Dessoye fut ensuite un hommage à la Ville de Paris et au Conseil Municipal. Enfin, l'on donna le signal du départ. La foule des écoliers et des écolières, dirigés par leurs instituteurs et institutrices, descendit l'escalier du palais municipal et déboucha sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Au même moment, le canon de la tour Eiffel fit entendre sa voix de bronze, laquelle semblait déchirer les nuages accumulés sur la ville.

    Le cortège se mit alors en marche dans le plus grand ordre, à défaut de silence.

    Quatre heures de l'après-midi. La pluie, la maudite pluie, tombe toujours; le canon de la tour Eiffel tonne de plus en plus. On aperçoit le cortège qui s'avance lentement par la rue de Rivoli, vers les Tuileries où va avoir lieu, dans quelques minutes, la pose de !a première pierre du monument élevé, par souscription publique à Jules Ferry.

    Le jardin est littéralement envahi par la foule.

    Dans la grande tribune, qui peut contenir trois à quatre cents personnes, prennent place un grand nombre de personnalités politiques et de notables de l'enseignement. Nous remarquons, au premier rang, près de MM. Emile Loubet, Antonin Dubost et Mlle Dubost, Mme Jules Ferry et Monsieur Charles Ferry, veuve et frère de Jules Ferry, Mme Charles Floquet le général Dalstein, gouverneur militaire de Paris, Monsieur Lépine, préfet de police, Ferdinand Buisson, ancien président de la ligue de l'enseignement Siegfried, Joseph Reinach et le député Gasquet, directeur de l'enseignement primaire ainsi que les membres des comités de la Ligue de l'enseignement. On y rencontre également Charles Blondel, architecte du monument et Gustave Michel, statuaire, etc.

    M. Dessoye, député de Chaumont, président de la Ligue de l'enseignement, préside la cérémonie. II est assisté de Monsieur Émile Loubet, ancien Président de la République et président d'honneur de la ligue, et Antonin Dubost, président du Sénat.

    Bientôt il est procédé à la pose de la première pierre du monument.

    M. Léon Robinet fait, tout d'abord, signer le procès-verbal de cette cérémonie par ceux qui vont y procéder. Puis M. Dessoye quitte la tribune, suivi des personnages officiels qui l'entourent et se dirige vers l'endroit où sera élevé le monument Jules Ferry.

    L'architecte Charles Blondel présente alors la truelle et le ciment à Messieurs Émile Loubet, Dubost et Dessoye.

    M. Émile Loubet scelle ensuite à l'aide d'un marteau la première pierre et M. Antonin Dubost, en riant, fait remarquer à M. Loubet qu'il est très compétent en la matière.

    C'est forcé, répond l'ancien Président de la République. Pendant sept ans j'ai eu tant d'occasions de m'exercer à cela!

    Enfin, M. Dessoye prend la parole. Après avoir retracé rapidement l’œuvre de Jules Ferry il donne rendez-vous aux personnes présentes pour l'inauguration du monument.

    Comme M. Dessoye achève de parler, le président du patronage laïque du troisième arrondissement, suivi des membres du patronage, s'avance vers la tribune et s'écrie à haute voix

    Nous en avons assez de nous faire mouiller ! Défilons et vive la République ! Le meilleur des discours, en somme !

    Un grand concert débuta alors, suivi d'un départ de ballons et la Marseillaise retentit sur cette inoubliable journée !

     

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    Et voici ce qui est écrit dans L'Humanité du 21 novembre 1910 :

    « L'inauguration officielle du monument élevé par souscription à Jules Ferry a eu lieu hier après-midi et n'a point manqué d'une certaine solennité. Autour de la statue trois tribunes avaient été édifiées. M. Fallières, les présidents du Sénat et de la Chambre, le président dut Conseil, des ministres, de nombreux personnages politiques et les membres de la famille occupaient l'une de ces tribunes. Les deux autres avaient été réservées à des délégations scolaires parmi lesquelles on remarquait tout particulièrement celle des écoles vosgiennes comprenant 250 garçonnets ou fillettes porteurs de brassards tricolores et tenant à la main une branche de sapin nouée d'un ruban aux trois couleurs.

    Après la Marseillaise, exécutée par la garde républicaine et écoutée debout par tous les assistants, les élèves-maîtresses de l'école normale d'institutrices de la Seine et les élèves de l'École normale supérieure de Fontenay-aux-Roses ont chanté la Marche troyenne de Berlioz, accompagnée par la musique de la garde républicaine. Les discours commencèrent alors. Au nom de la Ligue de l'enseignement, M. Dessoye prit d'abord la parole.

    M. Antonin Dubost, qui lui succéda, retraça toute la vie politique de Jules Ferry. Puis l'Aventurier, qui pensait, d'évidence, beaucoup plus à sa propre carrière qu'à celle de Ferry, prononça une sorte de plaidoyer personnel dans lequel, il eut le toupet de s'apparenter aux grands républicains en s'efforçant, sous couleur de louer l'opportunisme, d'expliquer sa propre, ou plutôt sa malpropre évolution ! Après son maître, M. Maurice Faure évoqua l'œuvre scolaire de Jules Ferry. On entendit les élèves des écoles normales qui chantèrent l'Hymne à la Liberté.

    Un homme d'assez haute taille vêtu de noir, coiffé d'un chapeau haut de forme, passa à travers la haie formée par les agents et les municipaux et arriva jusqu'auprès du président du Conseil. Il saisit M. Briand par le col de son pardessus et tenta de le frapper au visage. Le président du Conseil perdit un instant l'équilibre ; son chapeau roula à terre. L'homme fut appréhendé, entraîné par les agents, tandis qu'il recevait maints horions au passage. Le président du Conseil qui n'avait pas été atteint alla prendre sa place dans la voiture présidentielle qui attendait rue de Rivoli.

    L'agresseur fut conduit au commissariat du Marché Saint-Honoré, où il fut interrogé par MM. Lépine, Touny, Guichard, Roy, et d'autres personnages solennels. Il déclara se nommer Lacour, être âgé de 30 ans et exercer la profession de menuisier. II avait pu pénétrer aux Tuileries avec une carte d'invitation au nom de Petit. Edmond Lacour, qui est patron menuisier, demeure 3, rue Vezal, au Panthéon. il se borna à dire qu'il se refusait à donner des explications sur son geste et qu'il avait agi suivant sa conscience. Lacour a été envoyé au dépôt dans la soirée. Lacour est, dit-on, connu dans les milieux royalistes comme un actif militant. Il aurait été plusieurs fois arrêté au cours de manifestations politiques. »

     

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    Le mardi 15 mai 2012, c'est devant le monument à Jules Ferry que François Hollande a choisi de prononcer son discours d'inauguration de la fonction présidentielle. Suscitant une vive polémique, il a tenu à préciser : « Je n'ignore rien de ses égarements politiques. Sa défense de la colonisation fut une faute morale et politique. Elle doit à ce titre être condamnée ». Ajoutant : « C'est donc empreint de cette lucidité indispensable que je suis venu saluer le législateur Ferry qui conçut l'école publique, le bâtisseur de cette maison commune qu'est l'école de la République ».

     

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    Je souhaite aux écolières, aux écoliers, aux étudiants et aux professeurs et aux parents une excellente rentrée !

     

    Merci pour vos charmants messages et vos pensées d'amitié... Je pense également beaucoup à vous...

    Plume

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