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Ma Plume Fée dans Paris

Ma Plume Fée dans Paris

Une passionnée d'écriture qui explore les chemins de Paris et d'ailleurs...

Publié le par maplumefee

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William Bouguereau (1825-1905), Psyché et Cupidon.

 

Chers lecteurs, nous nous sommes intéressés, la semaine dernière, à une représentation de Psyché, signée Hélène Bertaux (1825-1909) et considérée comme un manifeste artistique pour l'émancipation créatrice des femmes.

 

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Psyché sous l'emprise du mystère (pour lire ou relire cet article, il vous suffit de cliquer).

 

Psyché est aimée des artistes qui l'ont souvent représentée, au fil des siècles, seule ou en compagnie de Cupidon, le dieu de l'amour et du désir. Aussi je vous propose, pour fêter la Saint-Valentin, de cheminer à travers les méandres sensuels et romantiques de leur iconographie.

 

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William Bouguereau, Amour et Psyché, enfants, 1890.

 

Psyché, l'âme éternelle, arbore, traditionnellement, des ailes de papillon. (La version réalisée par Hélène Bertaux, très épurée, n'en comporte pas.)

 

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Amour et Psyché adolescents, représentés par le même artiste. De leur union naquit une fille appelée Volupté.

 

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William Bouguereau, la passion d'Éros et de Psyché.

 

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Wilhelm Kray (1828-1889), Psyché au papillon.

 

Psyché apparaît dans l'Âne d'Or ou Les Métamorphoses d'Apulée, célèbre philosophe antique né vers 123 ou 125 après J.-C. et mort aux environs de l'an 170.

 

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Guillaume Seignac (1870-1924), L'éveil de Psyché, 1904.

 

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Guillaume Seignac (1870-1924), Rêveuse Psyché, 1904.

 

Un ancien roi de Grèce était le père de trois filles. Parmi elles, Psyché était honorée pour sa resplendissante beauté. Les sujets du royaume l'admiraient tant qu'ils oublièrent, au fil du temps, de célébrer les charmes de Vénus, la déesse de l'Amour.

 

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Giovanni Pellegrini (1675-1741), Vénus et Cupidon.

 

Piquée au vif, Vénus ordonna à Cupidon d'inspirer à Psyché un amour sans limites pour le plus méprisable des mortels.

 

Cupidon s'envola pour exécuter les volontés de sa mère mais dès qu'il aperçut Psyché, il fut tant ébloui par sa beauté qu'il se blessa avec l'une de ses flèches et tomba éperdument amoureux.

 

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Guillaume Seignac (1870-1924), Psyché.

 

Les sœurs de Psyché épousèrent de riches personnages mais personne ne demanda la ravissante princesse en mariage. Contrarié, le roi consulta un oracle qui lui ordonna de vêtir Psyché de noir et de l'abandonner au sommet d'une colline où une monstrueuse créature viendrait s'unir à elle. Le roi dut se résoudre, malgré son désespoir, à faire conduire la jeune fille au lieu du sacrifice.

 

Quand elle fut seule, Psyché sentit qu'un souffle parfumé gonflait le tissu de sa robe. Elle fut enlevée par Zéphyr, le vent d'ouest, qui la transporta jusqu'à une prairie verdoyante où elle s'endormit.

 

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John William Waterhouse (1849-1917), Psyché dans le jardin d'Éros, 1904.

 

Au matin, elle découvrit un palais somptueux, soutenu par des colonnes d'or et des voûtes d'ivoire et de bois de citronnier, décoré de bas-reliefs en argent et de mosaïques de perles et de diamants. Elle y pénétra, sous l'impulsion d'une voix mystérieuse qui l'invita à savourer des mets luxueux, à se glisser dans un bain délassant et à s'étendre, à la nuit tombée, sur un lit précieux où la rejoignit son époux...

 

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Frederick Leighton (1830-1896), le bain de Psyché, 1879.

 

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Louis Jean-François Lagrenée (1724-1805), L'Amour et Psyché.

 

Comblée pendant sa nuit de noces, Psyché connut des semaines de plaisir intense mais le souvenir de sa famille hantait son coeur et son esprit. Son époux lui permit de rejoindre les siens, l'espace de quelques jours, tout en obtenant d'elle la promesse de ne jamais chercher à contempler son visage.

 

Elle retrouva ses parents et ses sœurs mais celles-ci, jalouses de son bonheur, s'efforcèrent d'instiller le doute en elle, en affirmant que, dans l'obscurité, elle s'unissait très certainement à un monstre.

 

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Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Psyché et ses deux soeurs.

 

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Jameson Middleton (1851-1919), Cupidon et Psyché, 1898.

 

La nuit qui suivit son retour au palais, Psyché s'approcha de son époux endormi et l'éclaira de sa lampe. A son grand soulagement, elle distingua les traits du plus séduisant de tous les dieux mais alors qu'elle s'émerveillait de sa découverte, une goutte d'huile bouillante tomba sur l'épaule de Cupidon. Réveillé en sursaut, il reprocha à la jeune femme d'avoir trahi sa parole et disparut.

 

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Charles-Joseph Natoire (1700-1770), Psyché levant sa lampe pour contempler Cupidon endormi, 1737-1739, peinture appartenant au Cycle de l'Histoire de Psyché, réalisée pour l'Hôtel de Soubise à Paris.

 

Désespérée, Psyché chercha sans succès son époux aux quatre coins de la terre et se résolut à adresser des prières à Vénus.

 

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Carle Van Loo (1705-1765), L'Amour quittant Psyché, 1747. Versailles, musée national du château et des Trianons.

 

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Jacques-Louis David (1748-1825), Psyché abandonnée, vers 1795, collection particulière.

 

Ravie de pouvoir se venger, Vénus imposa à Psyché une série de travaux rudes et humiliants mais aucune tâche ne semblait impossible à la jeune femme tant son amour lui donnait du courage et de la persévérance.

 

Un soir, la déesse mélangea du froment, de l'orge, du millet, des graines de pavot, des pois, des lentilles et des fèves et ordonna à Psyché de trier chaque sorte de graine. La jeune femme vit aussitôt une myriade de fourmis venir à son aide. Ces « filles de la terre » plongèrent dans le monticule de graines et classèrent l'ensemble par petits tas. Quand Vénus découvrit le résultat, elle manifesta vivement sa colère.

 

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Raffaello Sanzio dit Raphaël (1483-1520), Vénus et Psyché, fresque réalisée pour la Loggia de Psyché, Villa Farnesina, Rome.

 

Elle ordonna ensuite à Psyché de traverser un bois sacré, bordé par une rivière, à la recherche d'un troupeau de brebis à la toison dorée et de lui rapporter un flocon de leur précieuse laine. Mais alors que Psyché s'approchait du troupeau, un roseau lui chuchota que les brebis étaient enragées. Il lui conseilla d'attendre que le soleil soit moins haut dans le ciel afin de rejoindre un bouquet d'arbres dominant la rivière. La laine d'or, portée par le vent, s'y attachait en grappes scintillantes.

 

Psyché revint saine et sauve auprès de Vénus. Mécontente, la déesse lui ordonna de se rendre au sommet d'une montagne et de remplir un flacon avec de l'eau venant d'une source mystérieuse.

 

Psyché trouva la source mais de grandes mâchoires de pierre la menacèrent. Apparut alors un aigle royal, oiseau tutélaire de Jupiter, le roi des dieux. L'aigle prit le flacon entre ses serres et le remplit. Psyché réussit donc l'épreuve et Vénus fut, une fois encore, prise à son propre piège...

 

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Friedrich Paul Thumann (1834-1908), Psyché et son reflet, 1893.

 

La déesse ordonna ensuite à la jeune femme de descendre dans les Enfers et de collecter, auprès de Proserpine, l'épouse du dieu Hadès, un peu de beauté enchantée dans un coffret.

 

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Paul Alfred de Curzon (1820-1895), Psyché.

 

Persuadée de devoir mourir pour entreprendre ce voyage, Psyché monta au sommet d'une tour pour se jeter dans le vide mais une voix résonna à travers les pierres, lui révélant l'existence d'un autre chemin. Psyché traversa le Styx sur la barque du nocher Charon, envoûta le féroce chien Cerbère à trois têtes et reçut des mains de Proserpine la boîte qui contenait la beauté des déesses.

 

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Charles-Joseph Natoire (1700-1777), Psyché obtenant de Proserpine l'élixir de beauté, 1735.

 

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Nikolaos Gyzis (1842-1901), Psyché, 1893.

 

Mais dès qu'elle fut sortie des Enfers, une irrépressible curiosité s'empara d'elle. Elle ouvrit la boîte, laissant échapper une vapeur bleutée qui la fit sombrer dans un état de léthargie proche de la mort.

 

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John William Waterhouse (1849-1917), Psyché ouvrant la boîte, 1903.

 

Emprisonné par sa mère en raison de ses noces clandestines, Cupidon parvint à se libérer et à rejoindre Psyché. Ses baisers lui réinsufflèrent la vie.

 

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Edward Burne-Jones (1833-1898), Cupidon délivrant Psyché.

 

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Psyché ranimée par le baiser de l'Amour, 1793, sculpture d'Antonio Canova (1757-1822), Louvre.

 

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Raffaello Sanzio dit Raphaël (1483-1520), Cupidon et Jupiter, fresque réalisée pour la Loggia de Psyché, Villa Farnesina, Rome.

 

Psyché remit la boîte à Vénus pendant que Cupidon implorait Jupiter, maître de l'Olympe, de lui accorder son soutien. Jupiter accepta et convoqua le Conseil des Dieux. Psyché y parut, dans l'éclat de sa beauté, et but, devant la divine assemblée, une coupe d'ambroisie qui lui offrit l'immortalité. Les noces de Psyché et de Cupidon furent officiellement célébrées et Vénus accepta sa belle-fille...

 

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Lionel Noël Royer (1852-1926), Les noces d'Amour et de Psyché, 1893.

 

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Raffaello Sanzio dit Raphaël (1483-1520), le banquet de mariage de Cupidon et de Psyché, Villa Farnesina, Rome.

 

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Baron François Gérard (1770-1837), Psyché et l'Amour, 1798, Louvre.

 

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Annie Louisa Swynnerton (1844-1933), Cupidon et Psyché, 1891.

 

Psyché est l'incarnation des premières émotions de l'âme, l'âme-souffle qui s'éveille à l'amour...

 

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Si vous désirez lire ou relire mon article intitulé Mystères et Traditions de la Saint-Valentin, il vous suffit de cliquer sur le lien souligné...

 

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Avec d'affectueuses pensées, je vous souhaite un très agréable week-end et une excellente semaine. Gros bisous !

 

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Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #academie, #artiste, #bertaux, #exposition, #femme

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Solitaire, sensuelle, énigmatique... cette statue de marbre blanc signée Hélène Bertaux (1825-1909) se dresse, depuis 1923, dans les jardins du Luxembourg. La belle est une version moderne du personnage de Psyché, choisie pour exprimer le combat d'une femme d'exception, profondément engagée au service de l'art et des artistes.

 

Elle évoque la ténacité de celles qui ont décidé d'embrasser une carrière artistique en dépit des obstacles dressés par la société. Madame Bertaux obtint pour cette œuvre une médaille d'or de première classe lors de l'Exposition Universelle de 1889 et fut la première femme sculpteur à voir son travail officiellement consacré.

 

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Le grain de mes photos est un peu flou car la statue n'est pas accessible directement. Comme vous le constatez sur l'image ci-dessous, elle est éloignée du chemin emprunté par les visiteurs. J'ai utilisé les capacités maximales de mon zoom.

 

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Déposé au Sénat en 1923, le marbre de Psyché fut exposé au Salon de 1889. Son modèle en plâtre, qui figura à l'Exposition Universelle de la même année, se trouve depuis 1891 au Musée de Sète où il a été envoyé par l'État.

 

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Une répétition en bronze, propriété de la ville de Paris, a été placée sous le péristyle du Petit-Palais. Le public la découvrit lors de l'Exposition Universelle de 1900.

 

Après 1850, le combat d'Hélène Bertaux fit écho au désir exprimé par de nombreuses femmes d'entrer dans les cercles artistiques. Certaines furent accueillies dans des cénacles « ouverts » mais il y eut dichotomie entre leur volonté d'exposer dans les Salons et la réelle considération qu'on leur accordait. On leur commandait peu d’œuvres personnelles, préférant les reléguer au rôle de copistes et les qualifier d'inspiratrices avec une formidable hypocrisie. On disait qu'elles n'avaient pas assez de qualités pour être des créatrices et on se demandait pourquoi elles souhaitaient l'être, elles qui étaient de ravissantes muses insufflant aux hommes le désir de les peindre... On pensait aussi que leurs connaissances en anatomie étaient limitées et qu'elles seraient choquées à la vue de corps déshabillés. Face à cette offensive artistique qui menaçait pour certains la suprématie masculine, Napoléon Ier (1769-1821) décida d'interdire aux femmes l'accès à l'école des Beaux-Arts mais les académies privées n'eurent pas cette rigidité. La mixité des étudiants et la nudité des modèles furent d'usage dans les cours dispensés par l'Académie Julian et l'Académie du sculpteur Filippo Colarossi.

 

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 L'Académie Julian en 1881, peinture de Marie Bashkirtseff (1858-1884), artiste ukrainienne.
(Dnipropetrovsk State Art Museum.)

 

École privée de peinture et de sculpture, l'Académie Julian fut fondée, en 1867, par le peintre français Rodolphe Julian (1839-1907). Elle accueillit de très nombreux artistes au début du XXe siècle.

 

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Rodolphe Julian en 1893.

 

Originellement située dans le passage des Panoramas (2e arrondissement), elle ouvrit un second atelier au numéro 31 de la rue du Dragon, dans le 6e arrondissement, et un troisième atelier, au numéro 51 de la rue Vivienne, où les jeunes femmes en quête d'apprentissage et de reconnaissance artistique furent accueillies à partir de 1880.

 

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L'Académie en 1889

 

L'École des Beaux-Arts n'appréciait pas ce qu'elle considérait comme une forme insupportable de provocation et de laxisme. Son administration se disait profondément choquée par l'intrusion des femmes dans la sphère artistique et par le fait qu'elles puissent étudier l'anatomie et peindre des hommes nus.

 

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Exposition annuelle des élèves, en 1897, affiche de David Ossipovitch Widhopff (1867-1933).

 

Outre la qualité de l'enseignement dispensé, l'Académie Julian attirait un grand nombre d'étudiants européens et américains, des artistes professionnels et des amateurs éclairés qui souhaitaient se perfectionner dans différentes disciplines. De grands noms comme Maurice Denis, Paul Sérusier, Marcel Duchamp, Henri Matisse, Jean Dubuffet, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard (etc...) lui furent associés. La renommée des lieux favorisa l'accès des élèves aux Salons et leur présentation au Prix de Rome. Une aura sulfureuse entourait cette institution peuplée d'étudiants qui multipliaient, dans le but de heurter les moralisateurs, les manifestations artistiques que nous qualifierions aujourd'hui de « performances ». Les jeunes femmes inscrites revendiquaient aussi une libre sexualité et leurs rapports, tant artistiques qu'érotiques, avec les hommes des lieux étaient perçus comme une provocation envers les mœurs et les normes sociales. Ah, les bien-pensants, outre nous hérisser le poil à chaque époque de l'histoire, que font-ils d'autre ?!!! Heureusement que des esprits libres ont toujours existé, mettant un point d'honneur à aiguillonner ces insupportables donneurs de leçons dans le fondement de leur hypocrisie...

 

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Les portes de l'Académie Julian fermèrent pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1959, Guillaume Met de Penninghen (1912-1990) et Jacques d’Andon firent l'acquisition des lieux et mirent en place un cursus destiné à préparer les étudiants aux exigences des grandes écoles d’Art. Alternative audacieuse à la rigidité de l'enseignement classique, l'Académie devint en 1968 l'École Supérieure d’Arts Graphiques ou ESAG Penninghen.

 

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Le sculpteur italien Filippo Colarossi fonda, en 1870, l'Académie Colarossi au numéro 10 de la rue de la Grande-Chaumière. Son héritage artistique était celui de l'Académie de la Rose, ancienne « Académie de nu Suisse-Cabressol », créée en 1815 par Charles Suisse, peintre genevois et modèle du maître Jacques-Louis David (1748-1825) - à ne pas confondre avec l'architecte Charles Suisse (1846-1906). L'Académie de la Rose se situait à l'angle du quai des Orfèvres et du boulevard du Palais, sur l'île de la Cité. Un atelier établi au numéro 43 de l'avenue Victor Hugo, dans le 16e arrondissement, appartenait aussi à l'Académie Colarossi. Elle attira de nombreux élèves, déçus par l'atmosphère trop conservatrice qui régnait à l'École des Beaux-Arts. Jusqu'aux années 1930, hommes et femmes partagèrent un apprentissage de qualité, dans une libre atmosphère proche de celle qui régnait à l'Académie Julian.

 

En 1907, l'Académie Colarossi nomma sa première femme professeur: l'artiste néo-zélandaise Frances Mary Hodgkins (1869-1947).

 

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F. M. Hodgkins

 

De même que Jeanne Hébuterne, la muse de Modigliani, Camille Claudel fit ses classes à l'Académie Colarossi. Dans cette ruche débordante d'audace et de créativité, où les expériences mêmes les plus singulières étaient acceptées, on trouvait, parmi un grand nombre d'étudiants étrangers, une majorité d'américains, de canadiens et de scandinaves.

 

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Hélène Bertaux, le Printemps, 4e quart du XIXe siècle, musée Vivant Denon à Chalon sur Saône. Image culture.gouv.fr

 

Sans la souplesse d'esprit des créateurs de l'Académie Julian et de l'Académie Colarossi conjuguée à l'opiniâtreté d'Hélène Bertaux, le talent des femmes artistes n'aurait jamais pu se manifester dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

 

Hélène Bertaux (Joséphine Charlotte Hélène Pilate) fit ses classes dans les ateliers de Pierre Hébert (1804-1869), son beau-père, sculpteur. Elle eut un fils d'un premier mariage puis elle épousa le sculpteur Léon Bertaux.

 

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Hélène Bertaux photographiée par Émile Carjat en 1863,
lors de sa conception de la maquette de la fontaine Léon Herbet pour la ville d'Amiens.

 

Bien que considérée par ses maîtres comme une décoratrice émérite, elle connut des temps difficiles dans son atelier de la Butte Montmartre mais sa ténacité lui permit d'accéder à la reconnaissance publique en 1864 avec Le jeune gaulois captif pour lequel elle obtint la première médaille à l'Exposition Universelle des Beaux-Arts. Précédemment, ses propositions avaient été recalées. Elle souffrit sur le plan personnel et financier jusqu'à ce qu'elle se lie d'amitié avec un négociant en bronze appelé monsieur Paillard. Conscient de l'étendue de son talent, ce dernier lui permit d'être acceptée dans les meilleurs cénacles artistiques.

 

Elle travailla pour des particuliers, reçut de nombreuses commandes pour le décor d'édifices publics et fut la première femme sculpteur à être officiellement consacrée pour son œuvre. En 1889, lors de l'Exposition Universelle, elle obtint la fameuse médaille d'or de première classe pour Psyché sous l'emprise du mystère.

 

Elle réalisa deux frontons (La Navigation et la Législation) pour le nouveau Louvre, des bustes pour l'opéra Garnier, une statue en pied du peintre Jean-Baptiste Siméon Chardin (1699-1779) pour l'une des façades de l'Hôtel de Ville de Paris, des allégories des Saisons pour le parc Isadora Cousiño au Chili, un florilège de portraits, de médailles, d'objets religieux et une fontaine monumentale pour la ville d'Amiens.

 

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 Cette encre sur papier calque collé sur papier blanc, réalisée entre 1864 et 1874, a été attribuée à Aimé Duthoit (1803-1869) puis à Louis Duthoit (1807-1874). Elle représente la fontaine Herbet, autrefois située place Longueville à Amiens (Somme).

 

En 1861, un certain monsieur Herbet-Briez fit don à la ville d'une somme conséquente, soit 20 000 francs, pour la création d’une fontaine dans un square, d’après une esquisse de son fils Léon Herbet. Inaugurée le 3 juillet 1864, la fontaine fut transférée en 1888 boulevard de Belfort, dans ce qu'on appelait les petits jardins, en raison de la construction d'un cirque place Longueville. Hélas, le 24 décembre 1941, la fontaine fut déposée et fondue.

En vertu d'une loi promulguée par le Gouvernement de Vichy, le 11 octobre 1941, les statues métalliques non ferreuses devaient être fondues, ce qui fit disparaître de nombreuses sculptures dans les parcs et les jardins de France.

 

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 Le Jeune gaulois prisonnier, marbre de 1867. (Image culture.gouv.fr). Une répétition en bronze fut réalisée peu avant 1874 à partir du plâtre originel, daté de 1864. L’œuvre a d'autant plus marqué les esprits que les femmes, comme je l'écrivais tout à l'heure, n'accédaient pas aux cours de nu et d'anatomie.

 

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Treize ans avant Psyché, une œuvre voluptueuse et délicate intitulée la Jeune baigneuse connut un succès retentissant. Ce marbre daté de 1876 est conservé au musée Vivant Denon à Chalon-sur-Saône. (Image culture.gouv.fr).

 

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Hélène Bertaux travailla sans relâche à la reconnaissance du talent artistique féminin. Elle fut l'instigatrice, en 1873, des premiers cours de modelage ouverts aux femmes et inaugura, en 1879, une école féminine de peinture et de sculpture.

En 1881, elle créa l'Union des Femmes Peintres et Sculpteurs qui acquirent, au fil de leurs expositions annuelles, une véritable reconnaissance. L'artiste Rosa Bonheur (1822-1899), médaillée d'honneur à l'Exposition Universelle de 1855, les surnomma « les sœurs du pinceau ».

 

En 1893, Hélène Bertaux participa à l'Exposition Internationale de Chicago et devint en 1896 l'unique membre féminin du jury de sculpture du Salon des Artistes Français. En 1897, elle obtint l'ouverture officielle de l'École des Beaux-Arts aux femmes qui purent concourir au Prix de Rome à partir de 1903. Mais à l'instar de Marie Curie (1867-1934), elle se vit refuser l'accès à l'Institut qui bouda sa première candidature et rejeta d'office la seconde.

 

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Le Printemps. Image culture.gouv.fr

 

A partir de 1897, elle s'installa avec son époux dans le village sarthois de Saint-Michel de Chavaignes, au château de Lassay. Depuis 1909, elle repose dans le cimetière local.

 

Si tant de femmes peuvent aujourd'hui librement créer et revendiquer le statut d'artiste, c'est bien grâce à Hélène Bertaux qui a su déployer des trésors de combativité, ne laissant jamais l'adversité émousser sa volonté, à une époque pas si éloignée de la nôtre. Sa Psyché sous l'emprise du mystère est un modèle de talent et de simplicité mais sa situation dans le Jardin du Luxembourg ne la met pas véritablement en valeur. A la différence des autres statues qui peuplent les lieux, elle est comme abandonnée au milieu d'une façade majestueuse et austère et semble inaccessible. La plupart des visiteurs ne remarquent pas cette œuvre épurée, symbole du combat pour l'émancipation féminine et la reconnaissance de talents qui le méritaient.

 

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Sources et bibliographie

 

Catalogue d'exposition au Grand Palais. La Femme peintre et sculpteur du XVIIe au XXe siècle. Paris, 1975.

 

BONNET Marie-Jo : Les femmes artistes dans les avant-gardes, 2006, Odile Jacob.

 

DEMONT-BRETON Virginie : La Femme dans l’art, Revue des revues, XVI, 1896.

 

LAMI Stanislas : Dictionnaire des sculpteurs de l'École française au XIXe siècle, Paris, Honoré Champion, 4 volumes, 1914-1921.

 

VACHON Marius : La Femme dans l’art. Les protectrices des arts, les femmes artistes. 1893, Paris, Rouam.

 

 

Merci pour tous vos gentils messages, je vous souhaite un excellent mois de février...

Plume

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