
Avant de plonger dans les beautés du Tableau du Samedi, je veux vous adresser un grand MERCI, chers Aminautes, pour vos messages de réconfort et répondre aux questions que plusieurs d'entre vous m'ont posées.
J'ai rendez-vous chez mes praticiens dans une dizaine de jours, en cabinet privé et à l'hôpital.
Je souffre beaucoup, j'ai des vertèbres déboîtées et mon omoplate droite qui n'est plus calée par les ligaments. Mon omoplate bouge et se déboîte aussi plusieurs fois par jour. Mes cervicales ne sont plus en place non plus. Mes névralgies chroniques sont encore plus intenses... Les crises d'épilepsie répétées du début du Printemps ont rouvert mes anciennes blessures.
J'habite, comme plusieurs d'entre vous le savent, à Sarcelles dans le Val d'Oise. Le Val d'Oise, département le plus touché par le coronavirus Covid-19 avec Mayotte. Pour aller à mes rendez-vous médicaux, je n'ai pas d'autre possibilité que de prendre les transports en commun.
J'ai rendez-vous à l'hôpital en dehors des heures de pointe, c'est déjà un peu « rassurant » mais emprunter le tramway T5, le RER D et les métros ne va pas être évident dans ces nouvelles conditions.
60 stations RATP vont rester fermées après le 11 mai et en ce qui concerne mon RER D, j'ai reçu un message de Transilien SNCF disant que seuls 600 passagers seraient acceptés au lieu de 2600 par train.
http://www.leparisien.fr/info-paris-ile-de-france-oise/transports/deconfinement-voici-les-stations-de-metro-qui-ne-rouvriront-pas-le-11-mai-08-05-2020-8313465.php
Même quand on a l'habitude des transports en commun, il va falloir se réadapter et surtout plonger dans l'inconnu. Je viens de constater que pour aller à mon hôpital qui est sur la ligne 12, de nombreuses stations de métro ne seront pas ouvertes. En conséquence, la marche va être longue entre l'aller et le retour... Bref, Je vous raconterai mon périple avec des notes d'humour... en tous cas je ferai de mon mieux pour l'humour... J'essaierai de faire un petit reportage dans la partie accessible des transports parisiens, surtout le RER, histoire de garder des « souvenirs » de cette période inédite dans nos vies...
Extrait du courrier reçu : « L’obligation de respecter une distance de 1 mètre entre chaque voyageur diminue fortement la capacité d’accueil à bord des trains circulant sur l’ensemble des lignes Transilien SNCF.
À partir du 11 mai, date du déconfinement progressif, sur les 3,4 millions de voyageurs transportés par Transilien SNCF chaque jour, seuls 410 000 pourront voyager.
À titre d’exemples, cela représente pour un RER D, 600 personnes au lieu de 2600 et pour un train des lignes J et L, 300 personnes sur les 1500 habituellement. »
Bon courage à nous tous, où que nous habitions !
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En souvenir de Lady Marianne à qui nous pensons bien fort et désormais sous l'égide de Fardoise et de Lilou.
https://lilousol.wordpress.com/category/tableau-du-samedi
Voici ce que propose Fardoise pour les 9 et 16 mai 2020... : Le Thème du Rêve...
http://entretoilesetpapiers.eklablog.com/
« Alors quels sont vos rêves ? En avez vous réalisé ? Comment rêvez vous la vie d'après le confinement ? Quand rêvez vous ? etc...
Les accroches sont multiples pour : Je rêve – Tu rêves – Nous rêvons... Il ne suffira peut-être pas de deux semaines...

J'ai choisi ce tableau de l'artiste Symboliste Catalan Joan Brull Y Vinyoles qui m'inspire les mots suivants...
Entrer en territoire magique, regarder l'entre-deux s'épanouir dans la brume et sentir que fondent, au fil de l'instant, les limites de la réalité.
Le rêve est là, à portée de regard. C'est un paysage subtil qui s'incarne à travers une myriade de frissons et de reflets.
Je rêve beaucoup, mon esprit est comme un cheval au galop. Il ne reste jamais au même endroit bien longtemps. Même quand il se « pose », il se projette toujours vers un « ailleurs » brodé de couleurs changeantes, vers un paysage en métamorphose où s'entrelacent et filent des sentiers de fées...
Pour illustrer ce thème onirique, j'ai pensé, de manière instinctive, à cette œuvre de Joan Brull Y Vinyoles que j'ai « rencontrée » il y a bien des années. Une œuvre que j'aime énormément...
Souvenirs... C'était un soir d'hiver, à la bibliothèque d'Art et d'Histoire de l'Université Michel de Montaigne, à Bordeaux III. Les étudiants commençaient à déserter l'immense salle sur laquelle s'ouvraient des allées conduisant à des pièces intimistes et ma table était encore couverte de feuilles bruissantes. Il restait environ une heure avant la fermeture des lieux mais l'obscurité avait déployé ses ailes sur la ville et le froid ne nous épargnait pas.
Dès que j'avais fini de travailler « directement » pour les Unités de Valeur composant mon Cursus d'Historienne de l'Art, je parcourais la bibliothèque pour m'imprégner de tout ce qu'elle avait à offrir, au gré de l'instant présent. Je prenais des livres sur les étagères en faisant davantage appel à mon ressenti qu'à mon intellect.
J'ai donc ouvert ce soir-là un livre à la couverture bleue et dorée, une sorte de grimoire qui évoquait le Symbolisme dans l'Art et je suis partie en balade à travers les chapitres proposés. C'est alors que je l'ai vue, l’œuvre appelée « Le Rêve » (dont il existe plusieurs versions). Elle m'a enveloppée dans sa trame fine...

J'ai toujours aimé les personnages saisis, de côté, dans une attitude qui accroît le mystère ou vus de dos (je suis « amoureuse » des représentations féminines d'Antoine Watteau... délicieuses héroïnes mélancoliques...)
Concernant l'auteur, Joan Brull Y Vinyoles, on sait qu'il fut un élève particulièrement doué à l'École des Beaux-Arts de Barcelone. Initié tout d'abord au Réalisme en Peinture, il fit vivre sous son pinceau des scènes d'histoire et des scènes de genre.
Artiste et critique d'art, Joan Brull a obtenu de nombreux prix et récompenses au fil de sa carrière à Madrid et à Barcelone. En 1900, à l'Exposition Universelle de Paris, il fut gratifié de la Médaille de Troisième Classe et en 1904, il fut nommé Commandeur de l'Ordre du Roi Alphonse XII.
Le Rêve met en scène une jeune fille dans un espace que l'on peut assimiler au Sidh/Sidhe, l'Autre Monde Celtique. Enchanteresse perçue dans une intimité douce et élégante, entre le monde réel et un ailleurs onirique qui se dessine au-delà d'une étendue d'eau. L'eau, matière onirique par excellence...


Il existe plusieurs versions, les nuances colorées sont variées mais toujours brodées à partir d'une impression de brume et de magie...
Le Rêve qui attire la jeune fille est féerique. On aperçoit une ronde enchantée sur l'autre rive du plan d'eau. Une danse des esprits de l'eau... Il émane de ce paysage une touche de mélancolie voire quelque chose qui semble tenir du Spleen Baudelairien et qui invite, irrépressiblement, à la contemplation.
La fleur tutélaire de l’œuvre est l'Iris, associé dans les herbiers anciens à la puissance magique des dieux.

Fleur d'Iris, la messagère des divinités de l'Olympe, « l'élue », la gardienne des bonnes nouvelles et la porteuse de chance qui déroulait entre ciel et terre le pont de l'arc-en-ciel.
Iris est liée à Cupidon, le dieu du Désir, fils d'Aphrodite/Vénus et à Morphée, le dieu du sommeil et des rêves...

Les livres d'histoire rapportent que l'iris des marais protégea le roi franc Clovis pendant une attaque de guerriers Goths. Clovis, dissimulé, choisit l'iris pour emblème.
Cultivé par les égyptiens, les babyloniens, les grecs, les hébreux..., l'iris qui trouva, au fil des siècles, des applications médicales et cosmétiques variées, fut aussi associé au roi Louis VII qui gagna une bataille dans un marécage constellé d'iris. L'iris, devenu « fleur de Louis », finit par se confondre phonétiquement avec la « fleur de lys ».
D'après les légendes celtiques, des trésors se lovent sous les rhizomes des iris des marais, les lieux marécageux étant associés aux mondes magiques et aux initiations druidiques. L'iris est l'une des fleurs consacrées aux esprits aquatiques.

L'iris évoque si bien les subtilités et les fantasmagories du Symbolisme... Courant artistique envoûtant, le Symbolisme naquit le 18 Septembre 1886, en réaction contre l'Impressionnisme et le Naturalisme, sous la plume du poète Jean Moréas qui publia dans Le Figaro un manifeste associé aux Arts Visuels, à la Musique et à la Littérature. Nourri d'un substrat poétique, onirique et mythologique, le Symbolisme s'inspirait du Préraphaélisme et des œuvres hermétiques et envoûtantes de l'ogre esthétique William Blake (1757-1827). Il s'agit d'un mouvement européen.
Mouvement qui cristallise ses forces autour de sensations liées au rêve, à l'imaginaire et à la spiritualité. Les artistes symbolistes aiment frayer dans l'entre-deux, en quête d'un Âge d'Or disparu, d'une Antiquité lointaine, à l'instar de Puvis de Chavannes (1824-1898), de territoires de rêve (Dante Gabriel Rossetti, Ferdinand Khnopff), de légendes médiévales (Henri Fantin-Latour, Edward Burne-Jones...), de mondes mystérieux (Gustave Moreau, Gustav Klimt...).

Amoureux des effets d'atmosphère, Joan Brull Y Vinyoles a su s'éloigner de la « rigueur académique ». Ses œuvres se sont parées d'effets nacrés, d'impressions brumeuses et de notes de Romantisme très personnelles. On peut les admirer dans des musées prestigieux comme le Musée du Prado ou le Musée National d'Art de Catalogne... ainsi que dans des galeries privées.
Sur La Chimère écarlate, j'ai choisi un autre tableau pour illustrer le thème du Rêve...

Maxfield Parrish (1870-1966), Le Château d'Air...
http://chimereecarlate.over-blog.com/2020/05/le-tableau-du-samedi-maxfield-parrish-le-chateau-d-air-1904.html
Belles pensées pour vous, merci de votre fidélité !
