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Ma Plume Fée dans Paris

Ma Plume Fée dans Paris

Une passionnée d'écriture qui explore les chemins de Paris et d'ailleurs...

Publié le par maplumefee
Publié dans : #catherine, #fille, #jeune, #roue, #saint

 (Édition revue et augmentée)

 

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A la croisée de l'automne et de l'hiver, aux portes de l'Avent, refleurissent les roses de Sainte-Catherine.

 

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Leurs couleurs vives et douces, au charme suranné, propagent, avec le frisson des premières neiges, les voeux d'amour et les rituels de bonne fortune. Ouvrons, près d'une tasse de chocolat aux épices, le grand livre des traditions populaires.

 

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Brillante et cultivée, Catherine naquit en 290 dans la famille du roi Costus d'Alexandrie dont elle était probablement la fille.

 

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Lors d'une fête donnée par l'empereur Maximien, elle convertit au christianisme, après un débat philosophique particulièrement ardu, cinquante sages païens. L'empereur voulut l'épouser mais elle ignora sa demande et fut condamnée à subir le martyre.

 

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En l'an 307, on l'attacha à une roue munie de pointes mais, sous l'intensité de ses prières, la roue se brisa et les sinistres pointes aveuglèrent les bourreaux. L'empereur, ivre de colère, ordonna sa décapitation. Après sa mort, du lait jaillit de son corps supplicié et des anges apparurent pour la porter au sommet du Mont Sinaï où un couvent fut érigé en son honneur.

 

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Sainte-Catherine d'Alexandrie peinte par Le Caravage (1571-1610) en 1598.

 

De nombreuses corporations sont placées sous son patronage, à commencer par les fabricants de roues et les métiers pour lesquels on utilise la roue (les meuniers, les charretiers...) Elle est aussi la protectrice des théologiens, des orateurs, des étudiants, des philosophes, des notaires, des tailleurs, des fileuses, des modistes, des nourrices et des jeunes filles en quête d'un mari, en des temps où le célibat n'avait pas bonne presse, surtout pour une femme.

 

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Il ne faut pas confondre Catherine d'Alexandrie avec Catherine de Sienne. Fille d'un teinturier, cette dernière refusa le mariage et choisit de vivre son célibat au sein de l'ordre des dominicains. Ses adeptes portaient le nom de Caterinati.

 

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Sainte-Catherine de Sienne sculptée par Francesco Messina (1900-1995), pour le château Saint-Ange à Rome. (Photo Lalupa.)

 

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Catherine d'Alexandrie, dans une niche de l'église Saint-Martin de Croix-Caluyau, dans le Nord-Pas-de-Calais. (Image Fraternité de Cambrai.)

 

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Catherine d'Alexandrie, peinte par Artemisia Gentileschi (1593-1653) en 1620.

 

Dans l'Allemagne médiévale, les filles dont le père exerçait un métier utilisant la roue étaient baptisées « Katharina ». D'après une chanson populaire, « toutes les filles de meuniers s'appellent Catherine et sont de riches filles à marier ».

 

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« L'Amour est, nous dit-on, un petit dieu malin

Pour lui les bonnets sautent par-dessus les moulins. »

 

Les jeunes filles en quête d'un mari se plaçaient naturellement sous l'obédience de Catherine d'Alexandrie mais le terme « catherinette », associé à une jeune fille célibataire, âgée de 25 ans, ne fut attesté qu'en 1882.

 

A partir des années 1920, sous l'impulsion des couturières et des créatrices de mode, la Sainte-Catherine connut un regain de popularité. Pour les élèves des écoles de mode, elle fut l'occasion de déployer leur savoir-faire et de confectionner des chapeaux extravagants et des tenues coquettes.

 

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Dans le Larousse de 1948, la catherinette désigne une couturière ou une modiste encore célibataire à l'âge de 25 ans. On disait qu’une jeune fille venue coiffer Sainte-Catherine « se mariait à l’aiguille. »

 

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Le 25 novembre était férié dans les ateliers de couture.

 

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Au croisement de la rue de Sévigné et de la rue Saint Antoine, dans le 4e arrondissement de Paris, une statue de Sainte-Catherine tient la palme du martyre et de la reverdie. Vraisemblablement sculptée en 1896, au moment de la construction de l'immeuble attenant, cette statue fait référence au thème de la « maison à l'image », si fréquent dans les rues de la capitale au Moyen-âge.

 

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A l'angle de la rue de Cléry et de la rue Poissonnière, dans le 2e arrondissement, une autre Catherine, aux lignes modernes et épurées, arbore le même attribut.

 

Plusieurs générations de catherinettes se sont succédées dans le Sentier, quartier parisien traditionnellement associé à la confection. Les petites mains des ateliers offraient à la sainte des couronnes de fleurs et chaque jeune fille devait la coiffer avec son chapeau. Elles utilisaient pour l'occasion la grande échelle des pompiers, ce qui provoquait des scènes joyeuses et cocasses. Un jury désignait ensuite le chapeau le plus réussi.

 

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Le cortège de la Sainte-Catherine, rue de Cléry, le 25 novembre 1937. (La photo, conservée au Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée, porte le numéro Ph.1940.64.1. Réf. 00006533.)

 

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La tradition de « coiffer Sainte-Catherine » s'est perpétuée dans les grands magasins et dans certaines entreprises, de préférence liées à la mode et au commerce. La recherche d'un mari n'est désormais plus prioritaire mais les catherinettes continuent d'arborer d'extravagants chapeaux, confectionnés avec humour par leurs collègues.

 

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Reines d'un jour, elles se rassemblent et participent à de joyeux défilés. Autrefois, dans chaque quartier de Paris, des confréries de jeunes filles veillaient sur une statue de la sainte qu'elles paraient de fleurs, chaque 25 novembre, et d'une coiffe neuve, confectionnée avec le plus grand soin. Celles qui trouvaient un époux devaient, après un rituel d'offrande à leur divine patronne, quitter la sororité.

 

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Catherine, dont le nom issu du grec « katharos » signifie « pureté », fut la seule sainte à qui l’Église attribua trois auréoles. La première, de couleur verte, symbolise la connaissance. La seconde, rouge sang, fait allusion au martyre et la troisième, d'un blanc immaculé, incarne la virginité.

 

Au-delà du voile protecteur qu'elle tisse sur les jeunes filles, elle est associée à la liberté de croyance et à l'intégrité du corps.

 

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Broderies et chapeaux

 

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A l'origine, le chapeau de la catherinette était une ravissante charlotte brodée, aux bords froncés, une coiffe régionale ou une coiffe de mariée en dentelle ou en tulle.

 

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Elle était agrémentée de noeuds verts et jaunes, de brins de fleurs d'oranger ou de fines fleurs blanches, symboles de lumière et de pureté.

 

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(Crédit photographique: Agence ROL).

 

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Sous l'impulsion des modistes, le chapeau devint l'expression d'une créativité bouillonnante se déclinant en deux couleurs symboliques: le jaune et le vert. Réputées incarner la foi et la connaissance, ces couleurs sont en réalité bien plus riches de sens.

 

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(Photo trouvée sur mc-creations.mabulle.com)

 

Gorgé d'or solaire, le jaune brille, avec force et sagesse dans la brume automnale, mais il fait aussi allusion aux dentelles jaunies et, par extension, à la « vieille fille » dont l'ombre plane sur toute catherinette. Le vert vient heureusement contrebalancer son pouvoir délétère.

 

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Le vert, associé à la déesse Vénus, protectrice de l'amour et des voeux ardents, signifie l'espoir et la force de la nature en liesse, le printemps triomphant et la satisfaction des désirs.

 

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Couleur du Green Man, le Feuillu, l'homme de la sylve qui s'unira, après les frimas hivernaux, à la déesse des fécondités printanières, et dont l'image s'est perpétuée, depuis des temps fort anciens, sur les chapiteaux des églises, les clefs de voûte, les stalles et les miséricordes.

 

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Le vert nous entraîne dans sa ronde ambivalente... Couleur des fées et des fous dans l'Europe médiévale; liqueur ensorcelante qui jaillit des yeux de Lucifer, le porteur de lumière; émanation des voeux et des connaissances perpétuées par différentes confréries; couleur de tout ce qui est « changeant », de la jeunesse et de l'amour, de la fortune fluctuante...

 

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Les Catherinettes revêtent donc les couleurs attribuées aux êtres instables et insaisissables dans le monde médiéval. Le jaune et le vert habillent ceux qui sont en marge, les initiés mystérieux qui échappent aux contraintes de la société et sont marqués par les dieux.

 

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Pendant plusieurs siècles, les « Catherinettes » désignèrent à Paris les religieuses augustines de l'Hôpital ou Hôtel-Dieu Sainte-Catherine situé dans la rue Saint-Denis. Ces Catherinettes étaient très aimées de la population parisienne. Les statuts de leur ordre imposaient l'hospitalité, les soins aux malades et l'inhumation en terre consacrée des personnes mortes en prison, noyées dans la Seine ou trouvées inanimées dans la rue. Elles apportèrent aussi leur aide aux jeunes filles livrées à la prostitution et créèrent des accueils pour les femmes venant de Province. Il s'agit du premier asile de nuit pour femmes, ancêtre de « l'Oeuvre de la protection de la jeune fille. »

 

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Au cimetière des Innocents, la croix de Sainte-Catherine veillait sur un périmètre accueillant les défunts dont personne ne voulait.

 

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Le folklore de la Sainte-Catherine

 

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Dans la tradition populaire, Catherine est liée à de nombreuses pratiques de magie amoureuse. Les jeunes filles allumaient une bougie à la nuit tombée et soufflaient leurs désirs dans la flamme dansante, en murmurant le nom de la sainte.

 

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Le fer à cheval, amulette gorgée de puissance lunaire, veillait au bon accomplissement de leurs voeux.

 

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Les pensées, les roses et les trèfles à quatre feuilles sont autant d'émanations de la Bonne Fortune amoureuse.

 

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On offrait jadis, de charmants petits bonnets brodés et destinés à favoriser la rencontre avec l'être aimé. Bonnets amulettes, réceptacles de prières et de superstitions, brimborions si fragiles qui ont traversé le temps, investis de tant d'espoirs et de rêves...

 

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« Amener quelqu'un sous la coiffe » signifiait se marier.

 

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La coiffe de Sainte-Catherine, renouvelée chaque année, symbolisait le renouvellement des saisons. Les bonnets qui décorent les cartes du jour sont investis de ce pouvoir calendaire et sacré.

 

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Ils sont accompagnés de devises aux allures de comptines, incantations populaires que certaines prononçaient, sitôt la carte reçue, en direction d'une flamme, en serrant contre leur coeur une petite poupée de chiffon baptisée « Catherine ».

 

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Le matin du 25 novembre, des groupes de jeunes filles se réunissaient. Chacune gravait son nom sur une bougie qui était ensuite fixée dans une coquille de noix. Les frêles esquifs scintillants étaient posés à la surface d'un récipient rempli d'eau. Ceux qui se frôlaient désignaient les jeunes filles qui seraient les premières à se marier.

 

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On faisait aussi couler des gouttes de cire à la surface d'un miroir ou d'un bol rempli d'eau. Si la cire formait un anneau, cela signifiait qu'un mariage était proche.

 

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Les jeunes filles enduisaient d'huile trois aiguilles bénies et les posaient à la surface d'une soucoupe remplie d'eau. Si l'une d'elles coulait dans les dix premières secondes, la perspective d'un mariage était fortement compromise.

 

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Glisser dans sa poche un petit bonnet vert au lever du jour est réputé favoriser la chance amoureuse mais replier un parapluie humide multiplie les chances de « coiffer Sainte-Catherine » ou, pour les garçons, de « porter la crosse de Saint-Nicolas »!

 

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Dans les chapelles consacrées à Sainte-Catherine, les jeunes filles âgées de 25 ans venaient piquer, dans la coiffe de la sainte, 25 épingles en faisant le voeu de trouver un époux. Jusqu'à leur trentième anniversaire, elles rajoutaient une épingle par an, si bien sûr elles n'avaient pas rencontré l'amour. Elles conservaient précieusement la trentième épingle, en espérant que la venue de l'âme soeur se concrétiserait le plus vite possible...

 

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La fleur d'oranger, quintessence de fécondité et de prospérité, était offerte aux jeunes mariées, sous forme de couronnes parfumées.

 

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En Provence, on présentait aux Catherinettes des petits bonnets et des objets en forme de coccinelle, insecte traditionnellement associé aux voeux d'amour et appelé « Catharinetto ».

 

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La coccinelle, amie des jardiniers (image vente-coccinelles.fr)

 

Si une jeune fille apercevait une coccinelle, elle faisait un voeu et regardait dans quelle direction l'insecte s'envolait. Un mari l'y attendrait peut-être...

 

Fileuse des opportunités d'amour, Sainte-Catherine était aussi appelée « protectrice de la santé » dans plusieurs régions de France et de Belgique. Elle était invoquée, le jour de sa fête, pour soigner l'eczéma, appelé « roues de Sainte-Catherine ». Il fallait brûler un cierge en l'honneur de la sainte dans la première église devant laquelle on passait.

 

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Sainte-Catherine et la roue de l'année

 

D'après certaines légendes, le soir de sa fête, Catherine se déplace dans les airs, à cheval sur une roue dentée qui symbolise la roue de l'année.

 

Gardienne des cycles calendaires, elle règne sur les mystères du Zodiaque et les secrets des éléments.

 

Dame d'abondance, elle dépose sur le seuil des portes et le rebord des fenêtres des sucreries et des jouets pour les enfants sages, des fleurs et des talismans d'amour (petites poupées, coeurs de tissu, broches en bois ciselé), pour les jeunes filles désireuses de se marier.

 

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La Fortune, par Guido Reni (1575-1642).

 

Catherine est assimilée à Fortuna, la déesse de la chance, dotée de pouvoirs prophétiques et invoquée par les jeunes filles en quête d'un époux. Elle est représentée debout sur une sphère ou une roue. Elle brandit un gouvernail et une corne d'abondance (cornu copiae). Elle s'élève dans le vent et navigue dans le ciel diurne et nocturne. Au fil du temps, elle est devenue l'incarnation du destin favorable à certains hommes politiques mais elle a toujours été associée aux voeux et aux cycles de la féminité.

 

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Fortuna, 1541, par Hans Sebald Beham (1500-1550).

 

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La Roue de Fortune ou Roue du Destin.

 

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La Roue de Fortune issue du Tarot des Imagiers du Moyen âge d'Oswald Wirth (1860-1943), mon tarot préféré...

 

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 Les anciens Gallois célébraient la déesse Arianrod ou « roue d'argent », navigatrice céleste à la barque de lune.

 

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La Roue des Moires, les « Destinées »...

 

Clotho file les jours et les évènements de la vie. Lachesis enroule le fil et détermine le sort de chacun. Atropos coupe avec ses ciseaux le fil de l'existence et libère le souffle vital de l'enveloppe corporelle.

 

Catherine, la fileuse des voeux, revêt certains attributs des Moires antiques, des Parques et des Nornes, appelées aussi les Trois Fées.

 

Dans certaines régions de France, le 25 novembre, les petites filles allaient frapper aux portes des villageois, guidées par une « reine Sainte-Catherine », adolescente tirée au sort par les trois femmes les plus âgées de la communauté. Vêtue de blanc, elle brandissait une petite quenouille (attribut des fées), décorée d'une pomme rouge. Les fillettes chantaient des chansons et recevaient des sucreries. Elles confectionnaient aussi des roses en tissu.

 

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Dans certaines régions de France, comme la Haute-Saône et la Franche-Comté, les pâtissiers préparent, depuis des siècles, des cochons en pain d'épices qui symbolisent la prospérité. De grandes foires Sainte-Catherine se tenaient autrefois sur les principaux axes commerciaux. La fête de Sainte-Catherine coïncidait aussi avec l'achat du cochon que les paysans allaient engraisser pendant l'hiver.

 

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Ces cochons en pain d'épices recouverts de chocolat ont un petit sifflet de bois à la place de la queue.

 

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(Image Office de tourisme de Vesoul.)

 

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On peut écrire son nom sur ces gourmandises porcines.

 

Au Canada, on savoure la tire Sainte-Catherine, une sucrerie à base de mélasse, de sirop de maïs ou blé d'Inde, de beurre, de cassonade, de sucre blanc ou brun.

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Une religieuse de Nouvelle-France nommée Marguerite Bourgeoys (1620-1700) en est la créatrice. Elle fonda la Congrégation de Notre-Dame de Montréal, ouvrit sa première école un 25 novembre et fit déguster aux petites amérindiennes dont elle s'occupait ces friandises brun doré.

 

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Les jeunes filles à marier fabriquaient la tire pour l'offrir aux célibataires vivant près de chez elles. Aux États-Unis et au Canada anglais, ces gourmandises sont appelées « kisses ». Des baisers joyeusement sucrés dont la « fabrication » est encore plus aboutie quand elle se fait à deux... Chaque personne tire sur le mélange afin de lui donner une meilleure élasticité.

 

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Il existe de nombreuses recettes familiales avec plus ou moins de variantes. On y rajoute parfois du chocolat.

 

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Sainte-Catherine et la magie végétale

 

« A la Sainte-Catherine tout bois prend racine... »

 

Ce diction populaire, bien connu des jardiniers, désigne, à partir de la fin novembre, une période propice au bouturage des branches d'arbres. La saison est primordiale pour la multiplication de très nombreux arbres et arbustes, aussi bien ornementaux que fruitiers.

 

Défunts et Ancêtres ont été honorés pendant le cycle de Samain-Halloween et la terre profonde fourmille de vie, octroyant à certains végétaux des pouvoirs protecteurs.

 

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D'après les Archives Suisses des Traditions Populaires, (Tome XIII, 1909, p. 178), on choisit une rave le jour de la Sainte-Catherine. On coupe et on creuse la partie inférieure pour la remplir de terre et y semer des grains de blé puis on suspend la rave devant la fenêtre « qui s'ouvre à l'orient ». A la période de Noël, « la Catherine » ressemblera à une étrange poupée végétale, dotée d'une gaine de feuilles au bas du corps et d'une abondante chevelure verdoyante au-dessus. Protectrice du foyer, « la Catherine » sera nourrie avec un mélange de lait, d'eau de rose et de pluie.

 

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La ronde des dictons

 

Savourons quelques adages et devises issus des anciens almanachs et de la sagesse populaire...

 

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« Sainte-Catherine en manteau blanc

Apporte du froid pour longtemps. »

 

« Sainte-Catherine vient toujours de blanc habillée.»

 

« Pour la Sainte-Catherine fais de la farine

Car pour Saint-André le blé sera gelé. »

 

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« Quand au ciel Sainte-Catherine fait la moue

Il faut patauger longtemps dans la boue. »

 

« Sainte-Catherine, toute fille veut la fêter

Mais point ne veut la coiffer. »

 

Pour la Saint-Martin la neige est en chemin

Pour la Sainte-Catherine elle est à la courtine... »

 

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Je souhaite aux « Catherine » une excellente fête et je souffle à celles et ceux qui attendent l'être aimé mes pensées d'espoir et mes voeux de bonne fortune. Que la sagesse des Anciens leur soit favorable et que leurs rêves se réalisent!

 

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Le 25 Novembre est aussi la Journée Internationale pour l'élimination de la violence faite aux femmes mais n'oublions pas que l'attention aux victimes et le refus des actes de barbarie s'imposent chaque jour.

 

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Que virevoltent rêves et pensées au rythme des saisons!

 

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Bibliographie

 BRIÈRE, Léon: L'hôpital de Sainte-Catherine en la rue Saint-Denis (1184-1790). Paris: Imprimerie Nationale, 1890, 88 p. in-8°.

 COURSAULT, René: Sainte-Catherine d'Alexandrie. Le mythe et la réalité. Maisonneuve et Larose.

 DUMAX, V: Sainte-Catherine, patronne des jeunes filles. 1883.

 HURTAUT, MAGNY: Dictionnaire historique de la ville de Paris. Genève: Minkoff, 1779, 4 volumes. Réédité en 1973.

 

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 Merci de votre fidélité, grosses bises!

 

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Je vous offre cette rose d'automne photographiée sous la pluie, début novembre dans le Val d'Oise.

 

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #abbe, #bourg, #cariatides, #passage, #rue

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Ce passage, ouvert en 1828 par l'architecte Auguste Lusson sur une dépendance de l'abbaye Saint-Martin-des-Champs, reliait la rue Saint-Denis et l'ancienne rue du Bourg-l'Abbé. Il se situe entre le passage du Grand Cerf et le passage de l'Ancre, allée privée bordée de petites boutiques, qui se dévoile à quelques pas du musée des Arts et Métiers.

 

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 Il appartient à un réseau de cheminement piéton qui se déploie entre la rue Saint-Denis et la rue Saint-Martin, à l'instar du passage Saucède (ancien passage de la Croix de Lorraine), ouvert en 1827 à proximité du passage de l'Ancre et dont il ne demeure aucune trace.

 

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Le passage du Bourg-l'Abbé fut amputé de son extrémité ouest en 1854, lors du percement de la rue de Turbigo et du boulevard de Sébastopol. Après diverses modifications, il mesure aujourd'hui 47 mètres de longueur. Certains promeneurs lui préfèrent le passage du Grand Cerf mais il offre de beaux détails d'architecture et ne mérite pas d'être boudé.

On y contemple des devantures en bois qui rappellent les boutiques anciennes. Elles ont été restaurées, il y a quelques années, après un incendie.

 

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Sa verrière est arrondie alors que dans la plupart des passages parisiens, les verrières présentent une structure à deux pentes.

 

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Verrière à deux pentes du Passage du Grand Cerf, avec des cadeaux de Noël en suspension.

 

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 Quand il était encore en vogue, le passage du Bourg-l'Abbé abritait un estaminet, un marchand de liqueurs, une imprimerie, une fabrique de pipes appartenant à un certain monsieur Krebs et plusieurs échoppes de tissu. Depuis 1965, on y trouve l'atelier de la famille Lulli, ébénistes de père en fils.

 

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 Une horloge et un baromètre se situent à chacune de ses extrémités, bijoux mécaniques qui ont échappé aux griffes du temps.

 

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 L'horloge nous séduit par la finesse de son décor et les heures s'écoulent, rythmées par le cliquetis de la petite étoile d'or.

 

 Un dialogue secret semble s'établir entre le baromètre et l'horloge qui se font face.

 

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Le passage de l'Opéra, joyau architectural du 9e arrondissement de Paris et malheureusement détruit en 1925 lors du prolongement du boulevard Haussmann, était organisé autour d'une galerie de l'Horloge et d'une galerie du Baromètre. Ces deux instruments marquaient le temps tout en témoignant de la splendeur et de la richesse des lieux.

 

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Le passage s'ouvre sur la rue Saint-Denis, quasiment en face du passage du Grand Cerf.

 

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Il débouche sur la rue de Palestro, bordée par une petite place qui s'étend vers le boulevard de Sébastopol. Sa façade monumentale fut reconstruite aux début des années 1860 par l'architecte Henri Blondel (1821-1897), gendre de Charles Garnier (1825-1898), le célèbre concepteur de l'Opéra.

 

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 Henri Blondel construisit de nombreux immeubles le long des boulevards percés par le baron Haussmann sous le règne de Napoléon III. Il fut aussi l'architecte de la Bourse de Commerce, érigée à l'emplacement de l'ancienne Halle aux blés, rue de Viarmes, à partir de 1885.

 

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Une majestueuse arcade englobe le rez-de-chaussée et l'entresol de l'immeuble. Elle est flanquée de deux puissantes cariatides qui soutiennent le balcon du premier étage et symbolisent l'Industrie et le Commerce. Elles ont été sculptées en 1863 par Aimé Millet (1819-1891).

 

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 Entre ces deux gardiennes, à la clef de l'arcade, une ruche entourée d'abeilles dans un fin cartouche évoque l'activité économique des lieux, autrefois « bourdonnante ».

 

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L'Industrie est appuyée sur un marteau, outil polyvalent qui évoque la force de production, le travail industriel mais aussi l'ouvrier qui le manipule.

 

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Instrument à la fois créateur et destructeur, le marteau forme la matière et brise ce qui entrave le processus de création. Il est associé aux anciens dieux du tonnerre et de la forge. Le marteau Mjöllnir est l'attribut de Thor dans la mythologie nordique. Héphaïstos, le seigneur des Cabires, artisans mystérieux de l'Antiquité gréco-romaine, possédait un marteau capable de faire jaillir le feu de la terre. Sucellus, le dieu gaulois des croisées de chemin, patron des bûcherons, des tonneliers, divinité champêtre et passeur d'âmes, brandit un maillet avec lequel il tue et ressuscite, à l'instar de l'omniscient dieu celte Dagda, le porteur de massue.

 

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Symbole de vigueur, le marteau accompagne le dieu Mercure du pont du Carrousel, sur la rive droite de la Seine. Le dieu du commerce se présente ici comme un dieu de l'industrie et un gardien des richesses de la ville, à l'instar des cariatides du passage du Bourg-l'Abbé.

 

Avec la faucille, le marteau était considéré comme l'incontournable symbole du communisme mais depuis quelques mois certains ont jugé ces instruments obsolètes voire honteux. Ils n'apparaissent donc plus sur les affiches officielles du parti, chacun jugera...

 

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Une roue crantée, symbole de mouvement et emblème des mécaniciens, apparaît derrière le drapé de l'Industrie. Elle représente la vitesse des échanges, la subtilité des rouages du destin et le cycle inéluctable des saisons qui se déroulent sur l'écheveau du calendrier.

 

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L'allégorie du Commerce est reconnaissable à l'ancre de marine qui se dévoile près de sa draperie. Un paquet rappelle les marchandises qui transitaient par voie d'eau, marchandises particulièrement abondantes dans le quartier Montorgueil-Saint-Denis.

 

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L'ancre est aussi un symbole de stabilité et d'espoir. Elle retient les bateaux dans la tempête et permet aux marins de trouver le salut face aux caprices des éléments.

 

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Au-dessus de la belle arcade sculptée, le travail des balcons et des fenêtres ornées de mascarons retient également l'attention.

 

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Henri Blondel et Aimé Millet ont à nouveau associé leurs talents au numéro 15 de la rue du Louvre, dans les premier et deuxième arrondissements de Paris.

 

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En 1889, Henri Blondel reprit le dispositif de la façade du passage du Bourg-l'Abbé mais il choisit de doubler l'arcade d'entrée pour donner davantage d'ampleur à la composition. Aimé Millet créa deux figures d'atlantes pour soutenir la balustrade ouvragée du balcon.

 

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Blondel et Millet construisirent, à l'emplacement d'un hôtel qui fut la résidence du président Baillet (1560) et du chancelier Pierre Séguier (1630) avant de devenir le siège de la Ferme Générale (1690), un double portail monumental encadré de deux larges bustes d’atlantes non symétriques, juchés sur des consoles à guirlandes.

 

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En 1891, la cour de l'élégant édifice fut occupée par une compagnie de diligences dont les bâtiments s'élevaient sur les vestiges de l'ancienne Cour des Fermes. Ce vaste espace avait été érigé là où se dressait l'hôtel de Jean de Ferrières (1520-1586), ami de Gaspard de Coligny (1519-1572). Amiral de France et chef du parti protestant, Gaspard de Coligny fut assassiné lors du massacre de la Saint-Barthélémy. La rue du Louvre regorge de trésors et mérite amplement qu'on lui consacre une série d'articles. J'ai commencé ce travail d'écriture il y a plusieurs mois, je laisse « décanter » comme à l'accoutumée et quand ce sera prêt je vous montrerai la variété de son architecture.

 

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(Désolée pour la voiture, j'ai attendu pour prendre ma photo mais le véhicule n'était pas disposé à s'en aller...)

 Les figures d’atlantes et de cariatides se généralisèrent, à partir des années 1860, dans le décor des façades d'immeubles. Charles Garnier lança cette mode sur les façades de l'Opéra et de nombreux architectes lui emboîtèrent le pas. Ils voulurent opposer une réaction ornementale à ce qu'ils appelaient « l'uniformisation haussmannienne ». Les propriétaires d'immeubles cherchèrent à attirer le regard des visiteurs et des passants sur la beauté de leur bien.

 Le plus souvent, les atlantes et les cariatides soutiennent le balcon axial du premier étage. Ils sont parfois placés de part et d'autre de certaines fenêtres et se présentent comme des enseignes monumentales témoignant du prestige et de l'aisance financière de leur commanditaire.

 Les cariatides et les atlantes des bâtiments officiels se situent plutôt au dernier étage pour « supporter esthétiquement » les coupoles et les frontons.

 

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(Photo d'Harrieta 171 datée du 21/01.06).

 Les cariatides font référence aux « jeunes filles » appelées « cariatides de l'Erechteion », temple d'ordre ionique situé sur l'Acropole d'Athènes, au nord du Parthénon. Il existe plusieurs interprétations mais la plus répandue prétend que ces jeunes filles vouaient un culte à Artémis Caryatis ou Karyatis, déesse de la lune, de la chasse et des arbres fruitiers.

 

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 En 1550, Jean Goujon (1510-mort entre 1564 et 1569), artiste majeur de la Renaissance française et maître d'oeuvre de la Fontaine des Innocents, sculpta des cariatides pour soutenir la tribune des musiciens au Louvre, dans la salle du même nom.

 

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Gravure de Jacques Ier Androuet du Cerceau (1510-1584). Image Gallica.bnf.fr.

 Les cariatides se fondent et se dévoilent majestueusement dans les paysages de nos villes. Elles sont très nombreuses à Paris où elles décorent aussi les célèbres fontaines Wallace.

 

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Ces charmants édicules en fonte ont été conçus pour distribuer de l'eau potable à différents endroits de Paris. Nous les devons à Sir Richard Wallace (1818-1890), un philanthrope qui offrit aux parisiens une part conséquente de sa fortune, suite à la guerre de 1870. Il fit construire un hôpital pour les victimes et distribuer de la nourriture dans les rues de Paris. Il dessina lui-même les plans de ses fontaines.

 

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Il en confia la réalisation à Charles-Auguste Lebourg (1829-1906) qui illustra sa devise « bonté, simplicité, charité, sobriété » à travers quatre cariatides aux drapés délicats.

Au fil du temps, je vous montrerai les différentes cariatides de ma collection.

 

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Nées sous le ciseau d'Aimé Millet, les cariatides du passage du Bourg-l'Abbé sont restées les gardiennes d'un lieu autrefois apprécié pour son effervescence. Épargnées par les outrages du temps, elles nous invitent à contempler les façades qui bordent nos rues, à la recherche des visages de jadis qui ont une infinité de grandes et de petites histoires à nous relater.

J'ai pris beaucoup de plaisir à écrire cet article, j'aime particulièrement ces deux statues et l'atmosphère hors du temps (certains diront inanimée) du passage du Bourg-l'Abbé qui dévoile aux promeneurs de beaux vestiges de sa splendeur passée.

 

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Je vous souhaite une très agréable semaine, bien au chaud si possible... Je vous remercie pour votre fidélité. Gros bisous!

 

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Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #grand, #marie, #passage, #rue, #saint

 

 

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 Ce passage élégant, où règne une atmosphère hors du temps, traverse l'un des plus anciens quartiers de Paris: le Quartier Montorgueil-Saint-Denis. Même si vous le connaissez, je vous invite à redécouvrir sa belle architecture, ses ornements néoclassiques et les nombreuses boutiques d'artisanat moderne et vintage qu'il abrite.

 

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 Il n'est pas le plus décoré des passages de la capitale mais son charme est bien réel et chaque fois que je l'emprunte, je suis séduite par la beauté des verrières, la qualité de la lumière, les enseignes colorées et les magasins de thé, d'art et de design qui rythment la promenade. Attention si vous souhaitez le visiter, il n'est pas ouvert le dimanche.

 

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Il fut érigé dans la cour de la « maison du roulage du Grand Cerf », une ancienne hôtellerie, terminus des Messageries Royales, qui reliait, il y a plusieurs siècles, les rues Dussoubs et Saint-Denis.

 

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L'hôtellerie fut vendue en 1812 par l'administration des Hospices et démolie en 1825 par son nouveau propriétaire: la banque Devaux-Moisson. La banque initia la construction d'un passage probablement terminé en 1835 mais la date d'ouverture au public, comme le nom de l'architecte, ne sont pas établis.

 

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La famille Monier fit l'acquisition des lieux en 1826. Mais, en 1862, suite à une affaire d'héritage, le passage fut légué à l'Assistance Publique. Il s'ensuivit une désaffection progressive à l'égard de cette voie commerciale pourtant fort appréciée quelques décennies auparavant. Il fallut attendre les années 1990 pour que l'endroit soit réhabilité.

 

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Aujourd'hui, le passage du Grand Cerf possède la plus importante hauteur de verrières de tous les passages parisiens, soit 11,80 mètres et trois étages de façades.

 

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Originellement destiné à la production et à l'artisanat, le passage, long de 113 mètres, abritait une galerie marchande populaire, peuplée d'ateliers, d'échoppes et de fabriques. Seul le troisième étage était consacré à l'habitation.

 

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Lors des restauration des années 1990, le troisième étage et les combles ont été réaménagés pour accueillir des petites maisons fleuries. Les habitants des lieux appellent cet espace privilégié « la dalle ».

 

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Plus récente que le reste du passage, la verrière est particulièrement intéressante par sa hauteur et la qualité de sa structure. L'emploi de grandes poutrelles en fer forgé et de tirants métalliques conçus comme des arcs-boutants a favorisé la création de larges espaces vitrés sur les façades intérieures.

 

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Le passage du Grand Cerf se situe dans le prolongement de la rue Marie Stuart où se dressait autrefois le terminus des Messageries Royales. Les Messageries reliaient les provinces de l'est et du nord de la France à Paris.

 

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La rue Marie Stuart (ancienne rue Tire-vit puis Tireboudin) formait, avec la rue Brisemiche et la rue Dussoubs (ancienne rue Gratte-Cul), le quartier général des prostituées du quartier Montorgueil. Le nom actuel de cette voie tranquille est le fruit d'une erreur commise par l'historien Henri Sauval (1623-1676). Ce dernier nous rapporte que le nom Tire-vit fut changé en Tireboudin pour ne pas choquer la reine Marie Stuart, épouse du Dauphin et futur François II.

« Marie Stuart passant dans cette rue, en demanda le nom; il n’était pas honnête à prononcer; on en changea la dernière syllabe, & ce changement a subsisté. De toutes les rues affectées aux femmes publiques, cette rue, & la rue Brisemiche, étaient les mieux fournies. »

 Mais l'appellation Tireboudin était déjà utilisée en 1419 alors que la reine vécut de 1542 à 1587. La rue fut pourtant baptisée rue Marie Stuart en 1809 par le ministre Joseph Fouché (1759-1820). Les habitants du quartier proposèrent le nom de rue du Grand Cerf mais le ministre s'y opposa, considérant que « cela faisait trop médiéval et populaire. »

 

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La rue Marie Stuart, photographiée en juillet 1907 par Eugène Atget (1857-1927). (Source gallica.bnf.fr).

 

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La rue Marie Stuart  et l'entrée du passage du Grand Cerf.

 

L'ancienne rue aux Ribaudes prit le nom d'une reine mais le souvenir des « filles bordelières » qui louaient des baraques en planches ou « bords » afin d'y exercer leur activité de « bordel », est toujours bien vivant dans les livres d'histoire. Les péripatéticiennes s'étaient installées là suite au décret de Saint Louis, promulgué en 1256 pour interdire la prostitution dans Paris. Elles avaient franchi l’enceinte de Philippe-Auguste, dont l'emplacement correspondait à l'actuelle rue Étienne-Marcel, et comptaient parmi leurs clients ceux de l'ancienne hôtellerie du Grand Cerf.

 

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On admire aujourd'hui dans la rue Marie Stuart de belles portes, des ornements sculptés et de gracieux balcons en fonte et en fer forgé.

 

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Indissociable de l'histoire et de la scénographie du passage du Grand Cerf, la rue Marie Stuart se situait, au XVIIIe siècle, au débouché des Messageries Royales, composées de diligences, de roulages et de coches d'eau qui desservaient les plus grands départements de France.

 

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De l'autre côté, s'ouvre la rue Saint-Denis, l'une des antiques voies d'accès à Paris qu'il suffit de traverser pour s'engouffrer dans le passage du Bourg-l'Abbé auquel je consacrerai bientôt un article.

 

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Les armoiries de Paris dominent l'entrée du passage, nous rappelant la toute puissance économique de Paris, initiée par la Hanse ou Guilde des marchands de l'eau d'où l'emblème « fluctuat nec mergitur »: « il est battu par les flots mais ne sombre pas ».

 

Le 5 novembre 1827, sous le règne de Charles X (1757-1836), le passage fut le témoin de violentes émeutes qui se déroulèrent dans la rue Saint-Denis. Suite à la révolte des Canuts à Lyon, suscitées par une misère grandissante, les fileuses et les ouvriers du quartier Montorgueil formèrent des barricades. Un peloton d'infanterie chargea la foule à la baïonnette et le passage fut jonché de cadavres.

 

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Après ces tristes événements, les petits ateliers se multiplièrent dans cette rue couverte dont la hauteur et l'élancement, plutôt inhabituels, ne doivent pas nous faire oublier les discrets ornements néoclassiques qui décorent, à l'instar des gracieuses feuilles d'acanthe, une partie de la structure.

 

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 On contemple, comme dans la plupart des passages parisiens, des allégories de l'Abondance et du Commerce.

 

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L'Abondance soutient une corbeille de fruits qui représente le pouvoir de la Terre, source inépuisable de richesse, de nourriture et de bienfaits.

 

La renommée des lieux est associée au Commerce, allégorie qui brandit un caducée. (Rappelons-nous que le caducée ne représente pas toujours la médecine.) Symbole de force, d'abondance et de prospérité, le bâton aux serpents est surmonté du pétase, le chapeau rond du dieu Mercure, messager des dieux et patron du négoce, protecteur des voyageurs, des bergers et des commerçants. Dieu ambivalent qui gouverne aussi les escrocs et les brigands...

 

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Photographie d'Eugène Atget, 1909. (BNF, Estampes Eo 109b boîte 5, microfilm : H025820, T039636.)

 

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De nos jours, le passage est apprécié pour son atmosphère chic et sereine qui permet de s'extraire en douceur de la course folle des voitures et du stress ambiant.

 

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Les promeneurs apprécient les pimpantes enseignes au-dessus des boutiques, touche de fantaisie et d'originalité.

 

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La boutique d'Optique « Pour vos beaux yeux » propose des montures de lunettes anciennes, jamais portées, des stocks oubliés qui font la joie des amateurs de lunettes vintage.

(Je précise que je ne suis pas sponsorisée pour écrire au sujet des marques que je cite. Je montre ce qui me plaît au fil de mes pérégrinations.)

 

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Mes amies brodeuses apprécieront sûrement l'enseigne et la vitrine de Lil Weasel, boutique plébiscitée par les aficionados de la couture et du tricot.

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Côté rue Saint-Denis, les visiteurs sont accueillis par des bouquets romantiques.

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Mais le passage est surtout connu pour abriter deux boutiques Rickshaw, à la fois cavernes d'Ali-Baba et cabinets de curiosités dans lesquels on chine des lanternes anciennes, des plaques émaillées, des bibelots d'inspiration coloniale, en bois ou en laiton patiné par le temps, des meubles et des coffrets précieux, des miroirs et des petits flacons, des poignées peintes en céramique ou en bois et toutes sortes d'ornements insolites. De nombreux objets sont réalisés à partir de matériaux recyclés.

 

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(Un peu floue ma photo mais je l'aime bien quand même...)

 

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Le passage est aussi très apprécié pour ses ateliers de stylisme et de bijouterie fantaisie, ses boutiques de thé, de luminaires, de tissus parfumés et d'objets poétiques.

 

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Éléments indissociables du développement urbain et d'un certain art de vivre, galeries et passages témoignent des bouleversements architecturaux et économiques survenus à Paris dans le dernier quart du XVIIIe siècle, lorsque le duc d'Orléans ouvrit les alentours du Palais-Royal à la spéculation immobilière. (Un article sur le sujet est en préparation...)

 

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Des galeries de bois du Palais-Royal, créées en 1786 et dédiées au plaisir sous toutes ses formes, aux passages les plus intimes ou les plus majestueux, ces voies piétonnes qui relient deux rues ou deux artères, sont, à de très rares exceptions près, des lieux mondains et commerciaux, des espaces de rencontre et surtout des microcosmes où le temps semble s'écouler à un rythme différent. Ils offrent aussi aux piétons une protection contre les intempéries et les encombrements de la route.

Tantôt à la mode et tantôt boudés en raison de l'essor des Grands Magasins, parfois privés d'une partie de leurs éléments structurels et décoratifs ou soumis à des restaurations que certains jugeront hasardeuses, ils nous séduisent encore aujourd'hui par leurs détails pittoresques et leur atmosphère agréablement surannée.

 

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Petites et grandes, secrètes ou maintes fois chuchotées, il y a tant d'histoires à redécouvrir au fil de ces passages, coiffés de belles et amples toitures de verre qui créent une aération bienvenue dans l'épaisseur du tissu urbain. Je me réjouis de vous les montrer, au fil du temps...

 

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Je vous dis à très bientôt pour d'autres reportages sur le sujet. Merci pour vos messages, je souffle vers vous, avec les feuilles d'automne, mes amicales pensées...

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Renseignements pratiques

 

145, rue Saint-Denis/10, rue Saint-Denis.

Ouvert du lundi au samedi de 8h30 à 20h30.

Métro Étienne Marcel, ligne 4.

 

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Quelques bijoux d'automne...

 

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Plume

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