

En souvenir de Lady Marianne qui demeure, tendrement, dans nos pensées et maintenant, régi par Fardoise et Lilou.
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Voici la suite du thème initié samedi dernier, sur une initiative de Fardoise : « La Toilette, L'Hygiène ».
Les participations sont sur le blog de Lilou : https://lilousoleil.wordpress.com

Pure et sensuelle, elle apparaît, au cœur d'une composition maîtrisée, héroïne biblique à la peau de nacre nommée Suzanne, « incarnée », sous le pinceau de Jean-Baptiste Santerre (1651-1717).
L’œuvre illustre l'un des thèmes les plus représentés en Histoire de l'Art : celui de Suzanne au bain, épiée par deux vieillards menteurs, libidineux, malveillants.
La charmante Suzanne aurait pu n'être « que » le fruit d'attentions lubriques mais son histoire, issue du Chapitre 13 du Livre de Daniel, faillit connaître une issue des plus tragiques.
L'artiste décrit une belle jeune femme à sa toilette : Suzanne, qui vivait dans l'ancienne Babylone auprès de son riche époux nommé Joakim. Suzanne et Joakim, incontournables dans la bonne société, accueillaient dans leur demeure des personnes qu'opposaient des litiges d'ordre varié. Ces litiges se réglaient sous l'obédience de deux vieillards que la population de Babylone avaient désignés pour leur -prétendue- sagesse. Les vieillards occupaient à ce titre la fonction de juges civils.

Passant le plus clair de leur temps chez Suzanne et Joakim, les vieillards se mirent à désirer Suzanne et à jalouser Joakim maladivement. Obsédés par la jeune femme, ils décidèrent de lui tendre un piège pour l'obliger à coucher avec eux.
Ils attendirent d'avoir fini de siéger et suivirent Suzanne, à couvert, dans le magnifique jardin qui bordait la demeure. Désirant se baigner et croyant être tranquille pour faire sa toilette, Suzanne envoya ses deux servantes chercher de l'huile et des parfums et dès qu'elle fut seule, les vieillards s'imposèrent à elle, lui tenant le discours suivant :
« Voici que les portes du jardin sont fermées, personne ne nous voit et nous sommes pleins de désir pour toi ; donne-nous donc ton assentiment et sois à nous. Sinon, nous témoignerons contre toi qu’un jeune homme était avec toi et que c’est pour cela que tu as renvoyé les jeunes filles. »

A la fois choquée, en situation de fragilité mais pleine de caractère, Suzanne refusa de se donner à eux. Ils la menacèrent davantage, elle tint bon et ils décidèrent de se venger. Ils convoquèrent la population de Babylone et accusèrent la jeune femme d'adultère.

Les vieillards brossèrent de Suzanne un tableau odieux, l'accablant sous une suite de faux témoignages. Ils prétendirent qu'en se promenant dans le jardin, ils avaient vu Suzanne renvoyer ses servantes, se dénuder et accueillir un jeune homme séduisant. Ils décrivirent avec force détails un acte sexuel entre Suzanne et son amant puis ils se posèrent en victimes, affirmant qu'ils avaient tenté d'appréhender, sans succès, le jeune homme après le « pêché ». Ils dirent qu'ils s'étaient sentis menacés et que Suzanne avait fait preuve de la pire indécence.
La population les crut, en leur qualité de juges et d'anciens de la Cité et Suzanne, honnie et insultée, fut condamnée à mort !
Dans sa prison, la jeune femme pria de tout son cœur et Dieu entendit sa détresse. Il sollicita le futur prophète Daniel, un adolescent plein de ressources, réputé pour sa pureté et son intelligence. Daniel partit en quête des vieillards, il les aborda chacun de leur côté et leur posa la question suivante :
« Sous quel arbre Suzanne et son amant ont-ils fait l'amour ? »
Le premier vieillard interrogé évoqua un lentisque pistachier et le second assura qu'il s'agissait d'un chêne. Daniel sentit son cœur en joie. Il avait obtenu la preuve de l'innocence de Suzanne. Les habitants de Babylone apprirent la nouvelle avec effroi. Les vieillards avaient tout inventé...
L’innocence de Suzanne fut reconnue et les vieillards, honnis à leur tour, furent condamnés à mort !
Suzanne retrouva sa maison, son époux et la considération de ceux qui l'entouraient.
Quant à Daniel, il acquit de plus en plus d'importance auprès du peuple. « Il devint grand, à partir de ce jour et dans la suite du temps. »

Le thème de Suzanne au bain fut abordé par une majorité d'artistes au fil des siècles. Le voici « immortalisé » par Jean-Baptiste Santerre qui était appelé « le Corrège Français », un compliment des plus remarquables étant donné que Antonio Allegri dit Le Corrège (1489-1534) était considéré comme un maître, un orfèvre naturaliste et un « mélodiste » de la couleur.
Sa Suzanne au bain constitue la pièce maîtresse de son art et son Morceau de Réception à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture. Le 18 octobre 1704, il remit à l'Académie cette œuvre à l'esthétique précieuse, imprégnée de grâce et de sensualité.
Avant cela, il fit son apprentissage chez François Lemaire, un spécialiste du portrait et chez le peintre et graveur Bon Boulogne (1649-1717) incontournable pour les artistes de son temps.
Très aimé à son époque, Jean-Baptiste Santerre reçut des commandes de la part du Régent Philippe d'Orléans, de hauts dignitaires de la Cour et aussi de l'Impératrice Catherine de Russie. Il fonda à Versailles, une Académie d'Art pour les femmes, convaincu que le talent n'était pas que l'apanage des hommes ! Il réalisa des compositions historiques, des portraits, des scènes galantes et fut particulièrement apprécié pour ses descriptions très maîtrisées de jeunes femmes s'éclairant à la bougie, cuisinant, se livrant à des activités de broderie, s'habillant pour le bal, tenant un masque de théâtre ou lisant des lettres.
Féru de peinture nordique, il avait une forte inclination pour les figures de fantaisie et les œuvres de Georges de la Tour (1593-1652) dont il encensait les éclairages à la chandelle. Hélas, oublié après sa mort, il demeure injustement méconnu du grand public alors que ses contemporains le tenaient en grande estime.
Sur La Chimère écarlate, j'ai choisi des visions de la Période Nacrée de Renoir avec la Jeune fille coiffant ses cheveux, peinte en 1894 et de sensuelles jeunes femmes dans l'intimité de leur toilette...


Belles pensées pour vous, je vous remercie de votre fidélité et vous envoie de gros bisous !
Prenez bien soin de vous...
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