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Ma Plume Fée dans Paris

Ma Plume Fée dans Paris

Une passionnée d'écriture qui explore les chemins de Paris et d'ailleurs...

Publié le par maplumefee
Publié dans : #avril, #deesse, #force, #poisson, #premier

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Le Premier Avril (édition revue et augmentée)

 

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Plaisanteries, boutades et rencontres espiègles se multiplient, en ce jour qui lâche la bride aux esprits facétieux. Les poissons d'avril, les gourmandises et les déclarations d'amour sont à l'honneur.

 

Des poissons chargés d'histoire...

 

Émanation de traditions printanières et de très anciens rites de fertilité, le poisson nous séduit par sa riche symbolique et la délicieuse iconographie qui lui est associée. Il s'inscrit, tel un initiateur, au coeur des festivités qui marquent le renouvellement des forces vives de l'année.

 

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Jusqu'au XVIe siècle, le début de l'année variait suivant les diocèses. A Lyon, l'année commençait le jour de Noël; à Vienne, c'était le 25 mars. Dans certaines régions, le jour de Pâques ouvrait les portes du calendrier et dans d'autres provinces, c'était le premier avril.

 

Le roi Charles IX (1550-1574) décida de résoudre cette « complication » en fixant au premier janvier, dans l'ensemble de la France, le début de l'année civile. Le 9 août 1564, le tout jeune souverain signa, en présence de sa mère, la régente Catherine de Médicis, l'édit de Roussillon qui n'entra en vigueur qu'en 1567.

 

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Portrait de Charles IX, 1561, par François Clouet (1505/15-1572).

 

« Oyez braves gens, le premier janvier marque une fois pour toutes le début de l’année. »

 

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En 1582, la mesure fut étendue à l'ensemble du monde catholique grâce à l'adoption du calendrier grégorien.

 

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La tradition du poisson d'avril semble tirer ses origines du fameux édit de Roussillon, car, en souvenir des anciennes célébrations du premier avril, les gens continuèrent d'échanger des cadeaux, de préférence teintés de burlesque.

 

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Mais un ouvrage comme le Dictionnaire de Trévoux (1704-1771), synthèse jésuite des dictionnaires français du XVIIe siècle, proposa une autre origine au poisson fatidique. Le Christ aurait été contraint, lors de son jugement, de se rendre d'un tribunal à un autre, sous une profusion de railleries. On aurait donc pris l'habitude de faire courir et de renvoyer, d’un endroit à un autre, le premier avril, les personnes dont on voulait se moquer.

 

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De nos jours, les plaisantins accrochent un poisson en papier dans le dos de leurs victimes. Quand la farce est découverte, ils s'écrient « Poisson d'avril »!

 

Entre amis, entre collègues et dans le cadre familial, les esprits taquins rivalisent de créativité et certains canulars, de plus ou moins grande ampleur, sont organisés dans les médias.

 

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Les poissons d'avril dans le monde

 

Depuis l'an 2000, le premier avril est aussi la Journée Internationale des Livres Comestibles. Cette célébration, conçue par Judith Hoffberg et Béatrice Coron, invite les bibliophiles à réaliser des gourmandises en forme de livre. Les amateurs photographient leurs créations et les publient sur le site du Edible Book Day.

 

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Au Brésil, le premier avril est appelé « Jour du Mensonge ». Les enfants créent des poissons colorés avec du tissu et du papier et les adultes rivalisent d'ingéniosité pour élaborer le plus « gros » mensonge.

 

Au Mexique, la coutume consiste à dérober provisoirement un objet appartenant à un ami. La « victime » recevra des friandises et un message lui révélant qu'il s'est fait piéger.

 

Aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni, le jour des fous d'avril, April Fool's Day, ou All Fool's Day (Jour de tous les fous) apparaît comme une sorte de réminiscence de la Fête des Fous médiévale mais dans une version plus édulcorée.

 

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(Charivari du Roman de Fauvel, miniature du XIVe siècle.)

 

En Écosse, les farceurs oeuvrent jusqu'au 3 avril alors qu'en Espagne et en Amérique Latine, les traditions ludiques du premier avril se déroulent le 28 décembre, Jour des Saints-Innocents. En ce jour qui mêle le souvenir du massacre des enfants de Bethléem âgés de moins de deux ans par le roi Hérode et les festivités associées à l'antique Fête des Fous, les enfants accrochent un petit personnage en papier dans le dos des personnes qu'ils ont choisi de chahuter.

 

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Dans de nombreux pays, le premier avril est l'occasion de rire, de manière plutôt débonnaire, aux dépens des personnes que l'on apprécie.

 

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Les beautés d'avril

 

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Enluminure du mois d'avril issue du manuscrit des Très Riches Heures du duc de Berry, XVe siècle.

 

Le mois d'avril est une passerelle enchantée entre les deux parties de l'année. La saison sombre s'est éloignée. L'équinoxe de printemps a réveillé le pouvoir des fleurs. Les bourgeons, gorgés de force, cèdent la place aux couleurs les plus vives. La sève pulse sous l'écorce des arbres fruitiers et les animaux se départissent de leur pelage hivernal.

 

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La Nature est en liesse même si avril est un mois capricieux, propice aux giboulées. Cette inconstance météorologique a donné lieu à de nombreux dictons et proverbes:

 

« Fleurs d'Avril

Ne tiennent qu'à un fil ».

 

« Quand Avril en fureur se met

Pas de pire mois dans l'année! »

 

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« Il n'est si gentil mois d'avril

Qui n'ait son chapeau de grésil. ».

 

« La lune d'avril nouvel ne passe pas sans gel. »

 

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« Avril entrant comme un agneau

S'en retourne comme un taureau. »

 

« Quand Mars se déguise en été

Avril met ses habits fourrés. »

 

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« Avril le doux, quand il se fâche, est le pire de tous! »

 

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« Caprices d'Avril font tomber les fleurs et trembler les laboureurs. »

 

Mais heureusement, rien n'arrête la reverdie... Les beautés parées de lumière affrontent, depuis la nuit des temps, les tempêtes et les fantômes de l'hiver qui parfois les bousculent avec leurs doigts givrés.

 

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Sur la roue zodiacale, dansent, à cette période transitoire, des êtres magiques: le poisson, emblème lunaire et matriciel et le bélier, animal solaire, gorgé de force et de virilité.

 

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Le poisson d'avril, messager de l'amour et du Printemps

 

Si les canulars associés au premier avril sont toujours bien vivants, l'image du poisson était autrefois utilisée pour exprimer son ardeur amoureuse. Aux alentours de 1900, les cartes illustrées de poissons étaient très répandues. Le messager des forces printanières était accompagné d'angelots, d'enfants, de belles jeunes femmes ou de couples amoureux. Des vers romantiques et facétieux complétaient l'ensemble.

 

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Ces cartes s'inscrivent dans la lignée de celles de la Saint-Valentin et du Premier Mai. Les amoureux y déclarent leur flamme avec espièglerie et sensibilité.

 

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La vogue des cartes illustrées était l'occasion de célébrer, avec poésie, humour et tendresse, le cycle des saisons et le renouveau printanier.

 

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Cette iconographie au charme suranné est truffée de symboles d'amour et de chance. Le fer à cheval est considéré depuis fort longtemps comme un porte-bonheur, indissociable des rituels amoureux. Des rubans roses ou rouges étaient glissés dans les trous de l'objet avant d'être offerts à la personne désirée. Si le contexte était favorable, ils pouvaient être dissimulés sous son matelas ou son oreiller.

 

Les jeunes hommes frottaient des petits fers à cheval sur la lettre destinée à l'élue de leur coeur.

 

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Protecteur du foyer contre les tempêtes et les forces malveillantes, le fer à cheval était placé, les pointes vers le haut, au-dessus des portes ou des cheminées. Réputé attirer l'amour et la prospérité, il était posé, les nuits de pleine lune, sur le rebord des fenêtres. Il accompagnait aussi les pêcheurs dans leurs activités.

 

Depuis la plus lointaine antiquité, les roses symbolisent l'amour. Leur douce couleur rose-thé s'harmonise avec les nageoires et la queue des poissons.

 

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Incarnation des forces printanières, le poisson d'avril met à l'honneur une magie populaire qui offre au monde de l'enfance une place privilégiée.

 

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Le poisson peut être assimilé à la légendaire cigogne, bonne fée qui apporte les nourrissons dans les foyers.

 

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Les cartes du premier avril étaient aussi agrémentées de messages d'amitié.

 

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On vendait, dans les boutiques en vogue à la Belle Époque, des poissons en sucre, en chocolat et de jolies boîtes colorées en forme de poisson, remplies de gourmandises. Cette tradition a survécu à travers la « friture » de Pâques, florilège de chocolats en forme de créatures aquatiques.

 

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Au cours des repas, on plaçait sur la table des petits objets imitant la nourriture afin d'amuser les convives et des boîtes miniatures en forme de poisson pour y loger quelque chose de précieux.

 

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 Belle enseigne pisciforme photographiée dans le quartier du Gros-Caillou. (7e arrondissement de Paris).

 

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La symbolique du poisson

 

Le poisson fraye et se love dans les eaux matricielles, les mondes mystérieux et les profondeurs de l'inconscient. Dans les religions anciennes, il était porteur d'un symbolisme lié à l'amour et à la fécondité.

 

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Des poissons aux couleurs chatoyantes peuplaient les bassins des temples, les fontaines et les étangs sacrés.

 

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Guillaume Rondelet (1507-1566), L'histoire ancienne des poissons, 1558.

 

Des déesses mères à queue de poisson étaient célébrées au Proche-Orient, à l'instar de la déesse lunaire syrienne Atargatis, représentée avec une queue de sirène.

 

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The Mermaid, par le peintre préraphaélite John William Waterhouse (1849-1917).

 

Les premières sirènes ressemblaient à des Harpies. Leurs ailes d'oiseaux claquaient dans le vent comme les voiles des bateaux. D'après la légende, battues par les Muses dans un concours de chant, elles perdirent leurs plumes, utilisées pour tresser des couronnes.

 

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Ulysse et les Sirènes, 1891, par J.W. Waterhouse.

 

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Ulysse et les sirènes, par le peintre victorien Herbert James Draper (1863-1920).

 

Le milieu marin a toujours suscité la fascination et l'effroi. Des auteurs comme Pline l'Ancien (23-79 après J.-C.) le qualifient de « mère des monstres » mais l'eau, si mortifère soit-elle, est habitée par des forces magiques et régénératrices.

 

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The Land Baby, par le peintre préraphaélite John Collier (1850-1934).

 

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Poisson volant, par le peintre victorien Herbert James Draper (1863-1920).

 

Dans la Grèce ancienne, le poisson était consacré à Aphrodite, la déesse de l'amour et de la beauté, née de l'écume de la mer.

 

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La naissance de Vénus, vers 1485, par Sandro Botticelli (1445-1510).

 

Dans la Rome antique, le premier avril, les femmes vénéraient la déesse Vénus Verticordia et la Fortune virile. Le poète latin Ovide (43 avant J.C.- 18 après J.-C.) relate que la statue vénusienne, dépouillée de ses bijoux et de ses diverses parures, était baignée et parfumée. Les prêtresses la paraient ensuite de colliers d'or et de roses fraîches.

 

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Vénus Verticordia, 1868, par Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), artiste préraphaélite.

 

Ce portrait, dont il existe quatre versions, représente Vénus Verticordia, «celle qui change les cœurs», une des nombreuses épiclèses de la déesse de l’Amour. (Une épiclèse est une épithète accolée au nom d'une divinité.)

 

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Alexa Wilding, l'un des modèles favoris de Rossetti, prêta ses traits à la déesse, beauté victorienne flamboyante, auréolée de papillons d'or et jaillissant d'un buisson de pivoines et de roses. Elle tient une flèche dans la main droite et une pomme dans la main gauche, fruit de connaissance et de sensualité évoquant le péché originel mais aussi le jugement de Pâris. La flèche est l'attribut de Cupidon, le dieu qui insuffle le désir.

 

Le premier avril, les femmes romaines se lavaient dans de l'eau vive, énonçaient des voeux de fécondité et portaient des couronnes de myrte vert, arbuste sacré de la déesse. Elles offraient de l'encens à la Fortune Virile, qui devait les aider à dissimuler aux hommes les petits défauts de leur anatomie. Dans les temples, elles savouraient un breuvage mystique, mélange de lait, de miel et de suc de pavot. D'après les anciennes croyances, Vénus avait absorbé cet élixir lors de ses noces avec Vulcain, le dieu du feu et de la forge.

 

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(Allégorie aquatique, place de la Concorde.)

 

Le poisson, avatar et compagnon des déesses antiques, devint, dès le début de la chrétienté, un symbole du Christ.

 

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Signe secret de reconnaissance des premiers chrétiens, le nom grec du Christ, ikhtus, peut être considéré comme un acronyme des mots: Iesos Khristos Théos Huios Sotèr soit « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur ».

 

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Dans les traditions d'avril et de Pâques, il est question de résurrection des forces naturelles et de pêche miraculeuse.

 

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Les pêcheurs, décor du pavement de la basilique d'Aquilée, en Italie.

 

Sur les murs des Catacombes, les lampes à huile, les poteries et les sarcophages paléochrétiens, le poisson représente le sacrement de l'Eucharistie, communion suprême du Christ avec ses disciples. Il évoque le passage et le cheminement des âmes vers l'au-delà.

 

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Le calice au poisson, dans la Maison aux Poissons, à Ostie (le port de Rome).

 

Le poisson figure, à côté du pain et du vin, sur la table de la Cène. Les premiers Pères de l'Église qualifiaient les croyants de pisciculi: « petits poissons » et appelaient les fonts baptismaux piscina: « le vivier, l'étang aux poissons ».

 

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 Gardien des connaissances mystérieuses, guide spirituel, symbole de chance et de fécondité, le poisson est un initiateur, célébré dans toutes les civilisations, en orient comme en occident.

 

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 En Chine, le poisson (yü) signifie le bonheur et l'abondance. Les mouvements de sa queue et de ses nageoires dans l'eau sont assimilés au plaisir sexuel. (Image extraite de mon article sur la Pagode Loo.)

 

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 Au Japon, on le considère comme un emblème de courage, de force et d'endurance. (Estampe d'Hiroshige (1797-1858), Mulet gris et camélia.)

 

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 Il conduit aussi les âmes bienheureuses à travers les mondes aquatiques, vers les Îles Fortunées, et protège l'Oeuf de la Vie qui fait renaître le Printemps.

 

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Au numéro un de la rue Montmartre, dans le premier arrondissement de Paris, on aperçoit ce poisson sculpté dans le mur de l'église Saint-Eustache (1532-1640). Il domine une porte basse qui conduit à une petite crypte, l'actuelle sacristie.

 

Il provient d'une ancienne chapelle, construite en 1213 grâce à Jean Alais, maître des joueurs de mystères qui prêta au roi Philippe Auguste une somme d'argent conséquente et reçut l'autorisation de prélever un denier sur chaque panier de poisson vendu aux Halles. Il se remboursa si bien qu'il put faire édifier une chapelle à Sainte-Agnès, là où se dresse aujourd'hui le choeur de l'édifice. Ainsi, le poisson fut une nouvelle fois un vecteur de chance et de prospérité.

 

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Enracinés dans l'imaginaire collectif, les poissons d'avril sont les messagers des forces de reverdie et les protecteurs des anciennes croyances. Ils confrontent ceux qui en sont les « victimes » à une sorte de rite de passage. Ils frayent dans les eaux magiques, à la croisée des fluides de mort et de vie, et nous invitent à laisser papillonner notre imagination.

 

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Je souhaite qu'Avril vous soit particulièrement favorable. Merci pour vos messages, je pense bien à vous!

 

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Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #fontaine, #force, #fut, #justice, #michel, #saint

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 La Fontaine Saint-Michel, la plus haute fontaine de Paris, se dresse sur la Place Saint-Michel, dans le 6e arrondissement de la capitale. Emblématique des travaux orchestrés par le Baron Haussmann sous le Second Empire, elle attire de nombreux parisiens, des franciliens, des visiteurs de province et du monde entier.

 

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 Conçue comme un décor de théâtre, elle est un célèbre point de rendez-vous et une vitrine du Paris moderne, érigé sur les vestiges de rues médiévales aux noms évocateurs: rue de la Harpe, rue des Rats ou de la Pomme d'or... Je vous invite à découvrir ou à redécouvrir les détails de cette composition urbaine dédiée à l'archange Saint-Michel, protecteur de l'Île de la Cité et de ses alentours.

 

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 La fontaine Saint-Michel est l'émanation d'une volonté particulière, celle de Georges Eugène Haussmann (1809-1891) de mettre en oeuvre un plan de réaménagement et d'embellissement de la capitale, fondé sur l'aération du tissu urbain. Doté d'une forte personnalité, comme en témoigne ce portrait d'Henri Lehmann (1814-1882) conservé au musée Carnavalet, il dirigea une campagne de travaux pharaoniques, inspirée par les théories hygiénistes de son temps.

Excellent orateur, écrivain, haut fonctionnaire et défenseur acharné d'une nouvelle politique de la Ville, il fut nommé Préfet de la Seine en 1853.

Avec une ardeur infatigable, il entreprit de faire percer de nouvelles voies pour favoriser la circulation des véhicules et des piétons. Des boulevards, des avenues et de grandes perspectives virent le jour et un luxuriant maillage de squares et de jardins fut créé.

Dans le prolongement de l'esprit des « Lumières », la Ville devint, à l'époque de Napoléon III (1808-1873), un espace maîtrisé, doté d'un ample quadrillage, de promenades plantées et d'immeubles somptuaires mais Haussmann voulait aussi faciliter le déploiement de troupes militaires en cas de soulèvements civils. Il fut, à cet égard, particulièrement décrié.

 

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La fontaine Saint-Michel reflète les critères architecturaux et esthétiques édictés par le Baron. Construite à partir de 1858 et inaugurée en 1860, en bordure du boulevard Saint-Michel (terminé en 1859) et de la rue Danton qui descend vers la Place Saint-André-des-Arts, elle se situe dans l'axe du boulevard du Palais qui traverse l'Île de la Cité.

 

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 Élaborée dans un style éclectique par l'architecte Gabriel Davioud (1824-1881), elle se présente comme une sorte d'arc de triomphe antique, destiné à commémorer la victoire de l'archange Saint-Michel sur son adversaire.

 

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Sa structure est celle d'une fontaine-mur, à l'instar de la Fontaine Médicis au Jardin du Luxembourg et de la Fontaine des Quatre-Saisons située rue de Grenelle, dans le 7e arrondissement de Paris.

 

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La Fontaine Médicis

 

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La Fontaine des Quatre Saisons, érigée par Edme Bouchardon, entre 1739 et 1745.

 

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La fontaine Saint-Michel est l'un des plus remarquables monuments de Paris mais sa mise en scène complexe et son décor foisonnant et polychrome, lié à l'utilisation de marbre rose et vert du Languedoc, de pierre bleue de Soignies (Belgique) et de calcaire jaune de Saint-Ylie (Jura), ne firent pas l'unanimité lors de sa construction.

 

« Dans ce monument exécrable,

On ne voit ni talent ni goût,

Le Diable ne vaut rien du tout;

Saint-Michel ne vaut pas le Diable »

(Quatrain anonyme)

 

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Au-dessus d'un rocher sculpté par Félix Saupin, Saint-Michel, le chef des milices célestes, brandit son épée flamboyante et prend l'ascendant sur le Diable déchu.

 

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 Ce groupe fut exécuté par Francisque Duret (1804-1865) qui s'inspira d'un tableau de Raphaël (1483-1520), « Le Grand Saint-Michel », aujourd'hui visible au Louvre.

 

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 L'oeuvre, datée de 1518, fut commanditée par le pape Léon X (Jean de Médicis). Destinée à symboliser la bonne entente entre les peuples, elle fut offerte au roi François Ier à l'occasion du mariage de Laurent de Médicis, neveu du pape, avec Madeleine de la Tour d'Auvergne. Cette union donna naissance à Catherine de Médicis (1519-1589).

 

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A l'origine du projet, la niche centrale devait accueillir une statue monumentale de Napoléon Ier mais le choix du thème de Saint-Michel s'imposa, en référence à un ancien lieu de culte consacré à l'archange libérateur, à proximité de l'Île de la Cité.

 

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Deux imposantes chimères, créations d'Henri-Alfred Jacquemart dit Alfred Jacquemart, se dressent de part et d'autre du grand bassin.

 

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Alfred Jacquemart (1824-1896) se spécialisa dans la sculpture d'animaux et de créatures fantastiques. Il réalisa deux lions pour l'Hôtel de Ville de Paris, les lions de la fontaine de la place Félix Éboué, les aigles des colonnes rostrales de l'Opéra Garnier, le rhinocéros du parvis du Musée d'Orsay et les sphinx de la fontaine aux palmiers de la place du Châtelet. Il conçut en 1869 la statue équestre de Louis XII pour l'Hôtel de Ville de Compiègne et la maquette en cire de la statue de Napoléon III, destinée à orner les Guichets du Louvre.

 

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Très appréciées à leur époque et dans les décennies qui suivirent, les chimères de la place Saint-Michel servirent de modèle pour créer des figurines en bronze, des serre-livres et des presse-papiers.

 

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 Chimère, monstre composite, mosaïque d'êtres issus des profondeurs de l'inconscient, messagère de mondes mystérieux, gardienne des forces telluriques... Mélange de lion (tête), de quadrupède pas vraiment déterminé (corps), de serpent ou de dragon (queue) et d'oiseau (grandes ailes). Pour certains auteurs, elle aurait deux têtes, celle d'une chèvre et celle d'un lion. Pour d'autres, elle serait la fille des Titans Typhon et Echidné, à la fois mère des tempêtes, des eaux sombres et des éruptions volcaniques, incarnation des fantasmes, des peurs et des désirs inassouvis... Elle fut combattue par le héros Bellérophon qui chevauchait Pégase, le féerique cheval ailé.

 

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Dans la partie haute du monument, s'élèvent quatre statues qui représentent les Vertus Cardinales, soit la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance. Elles s'appuient sur l'entablement des colonnes en marbre rose et dominent des écussons à tête de lion.

 

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La Prudence, sculptée par Jean-Auguste Barre (1811-1896), a pour attributs le miroir et le serpent.

 Souvent considérée comme une femme aux deux visages, elle tient un miroir, oeil magique qui permet d'accéder à la connaissance de soi, à la conscience de ce qui fut, de ce qui est et de ce qui pourrait advenir. Les ouvrages anciens la représentent parfois casquée d'un heaume doré et entouré d'une guirlande de feuilles de mûrier; accompagnée d'un cerf qui rumine ou d'un oiseau de nuit; tenant une flèche et un petit poisson appelé rémora, une clepsydre (horloge à eau), un livre ou un compas. Avec le miroir, son principal attribut est le serpent. Gardien des secrets, démiurge, porteur et passeur de connaissance, le serpent qui s'enroule autour de son bras est appelé « le vigilant ».

« La Prudence, selon Aristote, est une habitude active, accompagnée d'une vraie raison, qui agit sur les choses possibles, pour atteindre à la félicité de la vie, en suivant le bien et fuyant le mal. » Iconologie ou explication nouvelle de plusieurs images, emblèmes et autres figures hiéroglyphiques des Vertus, des Vices, des Arts, des Sciences, des Causes naturelles, des Humeurs différentes et des Passions humaines. Tirées des recherches et des figures de César Ripa, moralisées par Jean Baudoin. A Paris, chez Mathieu Guillemot, 1644. P.164.

 

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Le serpent de la Prudence rappelle celui de la déesse Hygie (voir mon article intitulé La Fontaine de Mars et Hygie).

 

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La Justice, armée de son glaive, est l'oeuvre d'Élias (Louis-Valentin) Robert (1821-1874).

 Gardienne de l'équilibre cosmique, la Justice incarne l'ordre et la sagesse qui s'opposent à l'obscurantisme et au chaos. « C'est l'opinion de Platon que rien ne peut échapper aux yeux de la Justice (Maât) et qu'à raison de cela les anciens Prêtres des Égyptiens, disaient que par la force de la vue elle pénétrait dans le fonds de toutes choses. De là vient aussi qu'Apulée jure par l'oeil du Soleil et de la Justice ensemble, pour montrer que l'un est aussi clairvoyant que l'autre. » Iconologie de César Ripa, seconde partie, p.56.

Elle est représentée par la déesse Thémis (la justice divine) et par Dicé ou Diké, fille de Zeus et de Thémis et personnification de la justice humaine. Dicé est l'une des Heures. Ses soeurs sont Eunomie (la Loi et l'Ordre) et Eiréné (la Paix). On la nomme également Astrée, la « femme-étoile » ou « l'éclair brillant ». D'après les Métamorphoses d'Ovide, Astrée vécut parmi les Hommes pendant la période de l'Âge d'Or mais quand arriva l'Âge du Fer, pour échapper à la corruption de l'humanité, elle fut placée par Zeus dans le ciel et devint la constellation de la Vierge, avec pour attribut principal la balance.

 

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(Oeuvre de Kinuko Y Craft, artiste contemporaine.)

 Vengeresse des crimes, elle porte l'épée de Némésis, le châtiment divin.

 

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 « Le glaive de la Justice n'a pas de fourreau ». Cette citation du philosophe Joseph de Maistre (1753-1821) souligne l'importance du combat contre « la corruption des caractères et des habitudes qui engendre les venins les plus mortels ».

 

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La Tempérance est l'oeuvre de Charles Gumery (1827-1871).

 « On la dépeint avec une bride à la main (…) car cette vertu apporte la modération requise, hors de laquelle les choses qui vont dans l'excès détruisent entièrement le sujet où elles s'attachent, comme par leur débordement les grandes rivières ravagent tout ce qu'elles rencontrent. » Iconologie, p.187.

 

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La Force, création d'Eugène Guillaume (1822-1905), revêt la peau du Lion de Némée et s'appuie sur la massue en chêne d'Hercule.

 « Elle porte la physionomie d'une personne robuste (…), la taille belle, les épaules larges, les membres nerveux... Ses armes (lance, massue) sont des symboles de la force de son corps et le rameau qu'elle tient en main en est un de celle de son esprit. Par l'un elle résiste aux armes matérielles et par l'autre, aux spirituelles, qui sont les vices. Ce qui nous est démontré par le Chêne, arbre que les poètes ont toujours cru plus fort que les autres. » Iconologie, p.77.

 

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Ces quatre Vertus soulignent la victoire de Saint-Michel, guerrier des forces de lumière, sur le Diable au visage humain.

 

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Au sommet de la fontaine, veillent les allégories de la Puissance et de la Modération.

 

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 De gracieux angelots se fondent dans un décor néo-renaissance composé de palmes et de rinceaux.

 

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 Ces ornements sont l'oeuvre de Marie-Noémi Cadiot (1828-1888) alias Noémie Constant, femme de lettres et sculpteur, activement féministe. Elle fut l'élève de James Pradier (1790-1852) et l'épouse du célèbre occultiste Éliphas Lévi (1810-1875), de son vrai nom Adolphe-Louis Constant.

 

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Les armoiries de Paris dominent la niche centrale, rappelant la toute puissance économique de Paris, initiée par la Hanse ou Guilde des marchands de l'eau d'où l'emblème « fluctuat nec mergitur »: « il est battu par les flots mais ne sombre pas ».

 

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Une plaque, installée sur un côté de la fontaine, nous rappelle que, du 19 au 25 août 1944, la place Saint-Michel fut le théâtre de nombreux combats. De par sa situation sur la rive gauche de la Seine, elle était un lieu de passage obligatoire pour les troupes allemandes qui se dirigeaient vers l'est ou le nord de la capitale. Ces mots gravés célèbrent la mémoire des insurgés qui luttèrent le long du boulevard Saint-Michel, rebaptisé « boulevard de la mort ».

 

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Témoignage grandiose ou grandiloquent (selon les goûts) de la politique d'embellissement du Second Empire et d'une vision nouvelle de l'espace urbain, la fontaine Saint-Michel est plus que jamais un lieu de partage, de rencontre et de rendez-vous. Elle offre un très beau panorama sur la Seine et Notre-Dame et constitue le point de départ de plusieurs promenades à travers les méandres du Quartier Latin.

 

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Vue sur le quai des Orfèvres et la flèche de la Sainte-Chapelle depuis la fontaine Saint-Michel.

 

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Vue sur les atours de Notre-Dame mais ceci est une autre histoire...

 

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 Merci de votre fidélité, amicalement!

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #amies, #merci, #pensee, #printemps, #tendresse

 

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Illustration de Anne-Julie Aubry

 

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J'adresse un chaleureux merci à celles et ceux qui sèment des pensées d'amitié sur mon jardin de la toile. Je suis très touchée par vos messages, votre tendresse et votre sensibilité.

 

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Je reviens doucement, aimantée par les charmes du printemps naissant, après une période d'introspection profondément nécessaire et réparatrice. Alors merci à vous, amies et fidèles lecteurs qui m'avez accompagnée en pensée.

 

Je vous offre avec tendresse cette première émulsion de printemps, magique farandole de camélias, crocus, narcisses, jonquilles, pâquerettes pomponnettes et primevères...

 

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Joyeux Ostara à mes amies d'ici et d'ailleurs.

 

Affectueusement vôtre et gros bisous!

 

Cendrine

Plume

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