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Ma Plume Fée dans Paris

Ma Plume Fée dans Paris

Une passionnée d'écriture qui explore les chemins de Paris et d'ailleurs...

Publié le par maplumefee
Publié dans : #halloween, #jour, #mort, #nuit, #toussaint

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Ami(e)s lectrices, lecteurs, je réédite mon article intitulé "La mystérieuse nuit d'Halloween" après l'avoir agrémenté de cartes anciennes, de photos et d'illustrations issues de ma collection personnelle. Vous étiez nombreux en 2012 à apprécier ce voyage littéraire, folklorique et fantasmagorique. Je vous en remercie!

 

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N'oubliez pas que vous pouvez lire cet exposé en plusieurs fois, en raison de sa taille « conséquente ». J'ai choisi de le publier ainsi (et non sous la forme de petits billets) car je n'aime pas couper le fil de ma pensée. La cohérence de mon travail ne serait pas la même si je le divisais en plusieurs morceaux.

 

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La mystérieuse nuit d'Halloween

 

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Des fêtes du calendrier à l'univers sauvage des contes, il n'y a souvent qu'un trait de plume, un frisson d'imaginaire, un chemin d'or et de brume qui s'aventure dans une étrange forêt...

 

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L'année, dans les traditions païennes et chamaniques, prend la forme d'une roue ou d'une spirale d'énergie, rythmée par des jours et des nuits dits de « pouvoir ». Au seuil de ces « temps sacrés », les forces calendaires se régénèrent, appelant des rituels fondés sur la connaissance intime des cycles naturels. A travers eux, nous tissons nos expériences.

 

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L'année celtique commence dans la nuit du 31 octobre lorsque s'ouvrent les portes de Samain, fête de l'entrée dans l'hiver, dont Halloween est la résurgence. Elle se divise en deux périodes: une période sombre qui s'écoule de Samain à Beltane, (du 31 octobre au 30 avril), et une période claire qui s'étend de Beltane à Samain, (du 30 avril au 31 octobre).

 

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Célébrée dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, principalement aux États-Unis, au Canada et dans les pays anglo-saxons mais pas seulement, Halloween plonge ses racines complexes dans les croyances et la mythologie celtiques. Elle réveille aussi un code symbolique commun à plusieurs régions de France.

 

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Au XIXe siècle, ayant survécu à la christianisation sur le Vieux Continent, les traditions de Samain furent transportées en Amérique du Nord par les Irlandais, les Écossais et les Gallois. Elles s'implantèrent dans le Nouveau Monde et s'adaptèrent, avec certaines contradictions, aux contraintes de cette terre en friche, creuset de populations variées et de religions multiples.

 

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Les émigrants irlandais furent contraints par millions de quitter leur pays, en raison de la famine qui y sévissait. (Archives nationales canadiennes/C-3904).

 

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Dans les ténèbres de Samain

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Samain, qui signifie « réunion », désigne la nuit mystérieuse qui ouvrait les portes de l'année sombre. Appelée Samhain, Soween ou Oiche Shamhna: « la nuit de la fin de l'été » en Irlande, Samhuinn en Écosse, Samon ou Samonios en Gaule, elle rassemblait les tribus celtes autour de grands brasiers.

 

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Elle se ranimait, cycliquement, dès que les puissances de l'obscurité déferlaient sur le monde humain. Très ancienne fête des récoltes émanant de rites agraires du Néolithique, elle célébrait, de manière étrange et flamboyante, l'entrée dans le monde hivernal.

 

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Dans la pensée celtique, la nuit venait avant le jour. La lumière et la vie jaillissaient de profondes abysses sur lesquelles régnait un dieu des ténèbres nommé Orgos ou Dir Atir.

Dans la Guerre des Gaules, VI, 18, Jules César relate que les Celtes « placent les anniversaires, les commencements des mois et des années de telle façon que le jour fait suite à la nuit ».

Quand les Celtes s'implantèrent sur les territoires de l'Europe Centrale, ils associèrent aux croyances locales leurs conceptions religieuses. Ils divisèrent l'année en deux grandes périodes et en 12 mois lunaires de 28 jours. Un treizième mois intercalaire permettait la coïncidence des cycles lunaire et solaire et chaque mois « sélène » portait un nom particulier, réceptacle de magie et de mystère.

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Le Calendrier de Coligny, grande table de bronze de la fin du IIe siècle après J.-C, fut retrouvé dans l'Ain, en novembre 1897.

Ce calendrier luni-solaire couvre une période de cinq années et nous éclaire au sujet des connaissances astronomiques des Celtes et de leur conception si particulière du temps.

 

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D'après les anciennes croyances, à l'orée de Samain, le voile entre le monde humain et le monde des esprits s'amoindrissait. Trois jours avant la nuit fatidique et trois jours après, les populations festoyaient autour de grands feux afin de bannir les créatures dangereuses qui hantaient l'obscurité mais certaines célébrations pouvaient s'étendre sur une durée de 31 jours.

 

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Always, 2004, par Nene Tina Thomas.

A la période de Samain, la communication avec le Sidh, l'Autre Monde de la tradition celtique, était favorisée. Intimement lié à la féerie, aux dieux et aux esprits, cet Autre Monde était accessible à des êtres qui portaient d'étranges marques de naissance, détenaient certains dons ou souffraient d'épilepsie. Les héros et les êtres au sang vif étaient aussi happés sur ces mystérieux chemins.

Inversement, des êtres surnaturels et des créatures inquiétantes, venus du Sidh, pouvaient pénétrer dans le monde humain.

 

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Sleepy Hollow, la Légende du Cavalier sans tête. Ce film fantastique de Tim Burton, avec Johnny Depp et Christopher Walken, date de 1999. Il s'inspire de la nouvelle de Washington Irving (1783-1859) intitulée La Légende de Sleepy Hollow.

 

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L'excellente série Sleepy Hollow, actuellement en cours de diffusion aux États-Unis, décrit les aventures d'Ichabod Crane, historien et espion au service de Georges Washington, revenu à la vie au XXIe siècle afin de combattre le démon Moloch et les cavaliers de l'Apocalypse. Un programme fort réjouissant! Ichabod est assisté de la pétillante Abbie Mills, enquêtrice au service du shérif. Je regrette qu'il n'y ait pas davantage d'épisodes diffusés chaque semaine car je les dévore à la vitesse d'un carré de chocolat!

 

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Après cette légère digression qui n'en est pas une (je souris), revenons à Samain. La première nuit de l'année celtique était accueillie avec la volonté de repousser les entités néfastes et d'attirer les faveurs des esprits en revêtant leur apparence par le biais de déguisements et de masques.

 

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Mais la nuit n'abritait pas que des forces maléfiques. Des êtres bienveillants et protecteurs, d'une sagesse intemporelle, y cheminaient aussi.

 

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Une Initiation Royale

Dans la « Nuit-Jour » du 31 octobre, on investissait autrefois le Nouveau Roi de l'Année Hivernale. Celui-ci devait accomplir certaines épreuves dans un lieu sombre (réseau de galeries souterraines, caverne préhistorique, dolmen à couloir...) avant d'émerger dans la lumière purificatrice des flambeaux. Une fois « régénéré », il balayait un espace sacré avec un balai de bouleau (instrument magique consacré à la Déesse Blanche, maîtresse de la Lune, des esprits bienveillants, des sorcières et des chamanes.)

Devenu maître des rituels et des festivités de Samain, il arborait une armure en écorce de bouleau et célébrait l'année nouvelle en compagnie des Ancêtres.

A cet égard, il sacrifiait un porc, animal psychopompe, consacré à la Déesse Mère et au dieu Mercurius Moccus. Rôtie et arrosée d'hydromel, la chair de l'animal lui permettait d'entrer en communication avec les esprits protecteurs et tutélaires de son clan.

 

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Les hostilités guerrières cessaient pendant cette période sacrée.

Des incantations de protection étaient prononcées au-dessus des armes afin d'éloigner « la rouille de Samain », une substance qui corrodait les métaux et que l'on croyait née de la sorcellerie.

Les prouesses viriles étaient récompensées. Les guerriers affrontaient les esprits du froid personnifiés par des mannequins d'écorce, couverts de terre et de cailloux, sous l'obédience d'une déesse protectrice, gardienne des forces calendaires.

 

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Illustration d'Arthur Rackham (1867-1939).

Les anciens peuples Germains et Scandinaves célébraient la Troisième Moisson, sous l'égide de Hel, la souveraine d'Helheim, royaume accueillant les défunts qui n'avaient pas trouvé la mort au combat.

 

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Hel et ses frères, le loup Fenrir et le serpent de mer Jörmungand, 1905, par Émil Doepler (1855-1922).

Fille de Loki, le dieu trickster de la mythologie nordique, et de la géante Angrboda, Hel ou Hela est l'une des hypostases de la déesse mère Freyja. L'image de cette déesse des profondeurs fut dévoyée par les clercs du Moyen âge qui la transformèrent en une harpie ivre de sang, au visage à demi décharné.

 

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Naglfar, le navire de Hel, est construit avec les ongles des défunts. Dans les civilisations anciennes, l'utilisation des ongles et des dents évoquait le passage vers d'autres mondes. Dans plusieurs régions de France, (Berry, Yonne, Morvan, etc...) on enterrait des rognures d'ongles sous certains arbres pour obtenir la guérison d'une maladie, apaiser la fièvre ou rendre hommage aux défunts.

Les Vikings érigèrent des tombes naviformes et donnèrent à certaines pierres levées une apparence de navire, en l'honneur de Hel.

 

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Mégalithe d'Ale, en Suède (Photo Wikistrike.com)

 

Coutumes populaires et magie de Samain

Bien que considérées, par certains auteurs, comme des scories de l'Antiquité, les coutumes de Samain se sont perpétuées avec force dans l'Europe du Moyen-âge, de la Renaissance et bien au-delà.

 

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Les femmes préparaient des soul cakes, « gâteaux d'âmes » ou « gâteaux pour les âmes ». Elles y dissimulaient une bague pour déterminer qui se marierait en premier; une figurine en terre cuite pour connaître l'identité de celle qui deviendrait mère dans l'année; une pièce de monnaie pour attirer les richesses; un petit morceau de bois destiné à honorer un proche défunt. Autrefois, les soulers, principalement des enfants et de pauvres hères, recevaient ces gâteaux et allaient chanter, de maison en maison, des prières pour les disparus.

 

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La tradition des soul cakes est toujours vivace dans plusieurs régions d'Écosse, d'Irlande, de France, dans les comtés d'Angleterre et dans certains pays d'Europe de l'Est et d'Europe du Nord mais ces biscuits, qui célèbrent le All Souls'Day, « le jour de toutes les âmes », ressemblent davantage à des cookies.

 

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Les âmes des personnes aimées viennent, pendant la nuit de Samain, se réchauffer au feu de l'âtre familier ou près des bougies allumées sur le rebord des fenêtres. Mais les spectres de personnes décédées de mort violente cherchent aussi à exercer leur vengeance...

 

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La tradition préconise d'allumer la « chandelle des âmes » pour montrer aux défunts « débonnaires » la voie souhaitée et de placer autour des lits des fèves, des graines de fenouil et des brins de lavande pour éloigner les présences non désirées.

On laisse également de la nourriture sur la table familiale, sur le seuil de la porte ou devant la cheminée, pour les esprits du lieu qui dansent à travers les flammes ou jaillissent de la terre glacée.

 

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Il est fortement déconseillé de balayer après le coucher du soleil pendant les trois jours qui suivent le 31 octobre car, à cette période, le balai domestique détient le pouvoir d'absorber les esprits familiers, protecteurs du foyer. Seul le balai de sorcière, rituellement consacré à Aradia, dame lunaire des croisées de chemins et avatar de la sombre Hécate, pouvait être utilisé.

On ne doit ni coudre, ni filer, ni laver le linge, de crainte que les couturières, les fileuses ou les lavandières de nuit (âmes errantes, damnées et carnassières) jettent des sorts aux vivants et sucent leur sang pendant le sommeil.

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De nos jours, les anciens rituels se lovent dans les coutumes populaires. Les citrouilles ciselées, décorées avec de petites bougies et promenées dans les rues sont autant de visages protecteurs destinés à faire fuir les êtres maléfiques.

 

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De Samain à Halloween

Samain survécut, malgré l'évangélisation croissante, dans les rituels et les croyances des « gens de la terre ». Elle vogua sur des eaux tumultueuses, rejoignit les côtes américaines et se répandit dans les villes où elle s'affirma comme un carnaval des âmes, à la croisée de l'automne et de l'hiver.

 

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Halloween et la Toussaint

(Les photos qui illustrent mes différents chapitres ont été prises au cimetière du Père-Lachaise.)

 

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L'église Catholique institua la fête de la Toussaint pour lutter contre les célébrations païennes d'Halloween mais elle échoua dans sa tentative d'annihilation des anciennes croyances.

 

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La Toussaint, par le peintre naturaliste Jules Bastien-Lepage (1848-1884), tableau conservé au musée des Beaux-Arts de Budapest.

Originaire d'Orient, la Toussaint signifiait la commémoration de tous les martyrs et fut initialement célébrée le premier dimanche après la Pentecôte.

En 608, l'empereur byzantin Phocas céda au pape Boniface IV le Panthéon de Rome, temple païen dédié à tous les dieux, qui avait été saccagé par les barbares en 410. Le pape transforma les lieux en une église dédiée à la Vierge et aux saints martyrs et la tradition rapporte qu’il y fit transporter vingt huit chariots d’ossements saints collectés dans les cimetières et les catacombes de Rome. Le 13 Mai 609, jour de la dédicace de la nouvelle église, il institua la fête de la Toussaint, en l’honneur des saints martyrs, pour supplanter les Lemuria, fête romaine au cours de laquelle on honorait les Ancêtres.

 

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En 835, Grégoire IV introduisit la Toussaint dans le calendrier liturgique à la date du premier novembre et l'empereur Louis le Pieux, fils de Charlemagne, instaura la fête dans tout l'empire carolingien, sur la requête du pape.

 

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La Toussaint, 1886, par Émile Friant (1863-1932), tableau conservé au musée des Beaux-Arts de Nancy.

 

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Fête de tous les saints, connus ou inconnus, la Toussaint précède la Fête des Morts, initiée le 2 novembre 998, par l'abbé Odilon de Cluny. Héritière des festivités de Samain et du culte romain des défunts et des dieux familiers, la Fête des Morts est souvent confondue avec la Toussaint.

 

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Noms et Etymologie d'Halloween

« Hall » est lié à la racine germanique « hel », qui a donné le mot anglais « hell » signifiant « enfer », mais ces termes ne doivent pas être interprétés dans un sens chrétien.

Halloween, que l'on appelle aussi Hallowmas, est la contraction des termes suivants:

« Hallowed Even » signifiant « Nuit Sacrée ».

« Alls-Souls-Eve » signifiant « Veille de toutes les âmes ».

« All Hallow's Eve ou Evening » signifiant « Veille de la Toussaint ».

 

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Dans la nuit d'Halloween, la gourmandise, la joie et le partage s'entrelacent au coeur d'un étrange univers, celui des cauchemars nourris des peurs de l'enfance, cataclysmes émotionnels qui nous aident à grandir. Les peurs rôdent, personnifiées dans les ombres étranges, les bruits qui caracolent et les accessoires qui composent un autre nous-même, à la fois rebelle et monstrueux.

 

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A l'instar des récits de veillée, elles favorisent la transmission des secrets et perpétuent une forme de connaissance orale traditionnelle qui nous prépare à affronter le monde de l'hiver.

 

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Les peurs jaillissent mais dans la nuit « hantée » les flammes des bougies repoussent les créatures de l'obscurité. Crinières dansantes dont la chaleur ranime les feux d'antan, allumés à la limite des villages et des villes pour repousser ce qui venait des lieux sauvages, des terres inexplorées, peuplées de bêtes voraces et d'esprits tourmenteurs.

 

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Dans les pays anglo-saxons, les enfants et les adultes, costumés et masqués, défilent dans les rues en brandissant des lanternes, des balais de sorcière et différents objets magiques. Les enfants frappent aux portes des maisons et prononcent la phrase consacrée « Trick or Treat » qui signifie « un bonbon ou un sort » ou « tu payes ou tu as un sort! » Messagers ludiques du monde des esprits, ils reçoivent des sucreries et de l'argent dans un sac ou un petit chaudron.

 

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Des citrouilles évidées et sculptées, garnies de bougies, défient l'obscurité de la nuit.

 

Fruits-visages et lampes d'Halloween

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Traditionnellement, les lampes d'Halloween étaient creusées dans de gros légumes que l'on ramassait vers l'équinoxe d'automne, aux alentours du 21 septembre. Racines, rhizomes et tubercules étaient transformés en lanternes flamboyantes pour repousser les démons tapis dans le noir.

 

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Pour conjurer le mauvais sort, les têtes lumineuses étaient placées à la croisée de plusieurs chemins (lieux associés aux apparitions du Diable et aux rituels des sorcières), à l'entrée des cimetières ou devant les bâtiments en ruines, repaires de rôdeurs maléfiques...

 

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La tradition des Rommelbootzen ou « têtes de mort de la Toussaint » existe toujours en Lorraine et en Moselle. De grosses betteraves creusées, ciselées en forme de visages grotesques sont illuminées par de petites bougies. Elles sont ensuite placées aux croisées de chemins, au pied des calvaires et sur le rebord des fenêtres. La coutume veut que les sculpteurs de betteraves y « transfèrent » un peu de leur âme.

 

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(Affiche du festival des « Betteraves Grimaçantes » qui se déroule au château Saint Sixte de Freistroff, près de Bouzonville en Moselle, du 27 au 31 octobre 2013.)

Les racines relient le monde des profondeurs, celui de la mort nourricière et des esprits chthoniens, au monde de la surface où évoluent les vivants. Dans le folklore du nord de l'Europe, certaines racines sont « habitées » par de mystérieux esprits dont il faut se concilier les faveurs. Les légendes allemandes font référence à Rübezahl, le « compteur de navets » que l'on appelle aussi « Maître Jean », « Seigneur Jean » ou « Sire Jean ».

En Wallonie, ce sont les Lumerottes ou Grinche-Dents qui ont la cote auprès du public et surtout des enfants. Ils creusent des betteraves fourragères, appelées « racines d'abondance », et placent à l'intérieur de petites bougies. Ils accrochent chaque betterave à un fil et suspendent le fil à un bâton. Ils vont collecter des bonbons en faisant danser ces lumières étincelantes.

 

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Le 11 Novembre, dans le Pas-de-Calais, pour célébrer la Saint-Martin, des adultes et des enfants, réunis en joyeuses processions, tiennent des lanternes fantastiques constituées de courges, de betteraves, de potirons ou de pommes de terre. Ces masques végétaux, éclairés par des bougies, ravivent la tradition des Têtes flamboyantes qui marquaient la fin des travaux agricoles (fête des guénels).

En Écosse, les enfants promènent une neepy candle, visage brasillant creusé dans un gros rutabaga (neep), destiné à chasser les êtres malveillants et à stimuler la venue des fées protectrices.

 

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Qui peut dire qu'Halloween est purement américaine et n'a aucun lien avec « nous » alors que nous sommes en présence d'un fonds culturel commun qui a traversé les âges et s'est profondément enraciné dans l'inconscient collectif?

 

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Les Citrouilles Indiennes: Quand les Irlandais, victimes de la famine, s'expatrièrent en masse vers les États-Unis, leurs croyances trouvèrent un écho dans celles des Amérindiens. Ces derniers célébraient l'arrivée des jours sombres et le retour sur la terre des âmes des défunts, venues donner du courage et de la force aux vivants.

 

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(Photographie trouvée sur le net)

Originaires d'Amérique, les grosses citrouilles oranges (pumpkin), se développent sur des lianes luxuriantes. Leur peau épaisse se partage en quartiers. Leurs grandes feuilles vert vif forment des vrilles décoratives. Leurs fleurs jaune d'or en forme d'entonnoir se forment à la fin du printemps. Gorgées de graines au moment d'Halloween, elles évoquent la mort et la fécondité, la connaissance et les liens subtils entre les mondes. Leurs graines rissolées sont des trésors de vitamines et d'énergie.

Dans certaines tombes mayas, on a retrouvé des citrouilles fossilisées, âgées de plus de 6500 ans.

 

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Le potiron vient aussi des Amériques. Ce beau fruit se distingue par ses couleurs variées, du rouge vif au vert foncé en passant par l'orange lumineux. Sa chair appétissante excite les papilles et stimule l'imagination des gourmands. Sa chair est moins filandreuse et plus sucrée que celle de la citrouille.

 

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Courges musquées, butternut ou spaghetti, giraumons, potimarrons, pâtissons... le monde des cucurbitacées nous régale de ses saveurs. Avec leurs couleurs solaires et leurs étranges silhouettes, ces « merveilles végétales » sont les emblèmes d'Halloween.

 

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La légende de Jack O'Lantern

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Jack était un fermier irlandais, buveur impénitent qui écumait les pubs et les auberges de son petit village. Une nuit d'Halloween, il déambulait dans les rues en quête d'une âme désireuse de lui offrir à boire quand il aperçut un jeune homme élégant, dressé à la croisée de plusieurs chemins. Il l'interpella et l'inconnu se transforma en pièce luisante qui roula sur le sol. Jack ramassa la pièce et se précipita vers la première taverne venue. Il avait conclu sans le savoir un pacte avec le Diable mais comme sa bourse était protégée par une serrure en forme de croix, Satan dut lui accorder une année supplémentaire de vie, en toute tranquillité.

Ce délai écoulé, le Diable vint chercher Jack mais ce dernier parvint à le berner en le faisant grimper dans un arbre. Incapable d'en redescendre, Satan dut accepter que Jack ne soit jamais emporté en Enfer.

Quand Jack mourut, les portes du Paradis se refermèrent devant lui en raison de ses nombreux pêchés. Il devint une âme errante, s'éclairant dans l'obscurité avec un gros navet qu'il avait rempli d'un peu de braise, subtilisée aux abords de l'Enfer.

A chaque nuit d'Halloween, on peut le rencontrer, solitaire sur les vieilles voies ténébreuses, une énorme citrouille sur le dos...

 

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Dans la nuit « entre les temps » vont les moissonneurs d'âmes, les charrettes, les carrosses et les barques de mort. Présente sous une multitude de formes, dans les légendes celtiques, la mort est initiatique et nourricière. Elle attend le roi et ses guerriers au creux d'un chaudron magique, puits ouvert sur le monde d'en bas, espace temps d'épreuves et de dangers qui régénèrent l'impétrant et renouvèlent les forces de la communauté. Entre Halloween et la Toussaint, la mort creuse ses inéluctables sillons.

 

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La Faucheuse traversant les voiles de la nuit. (Carte de la Mort extraite du Tarot d'Aleister Crowley (1875-1947) ou Livre de Thot. Les illustrations ont été réalisées, dans un style surréaliste, par Lady Frieda Harris (1877-1962), adepte de la Confrérie de l'Astre d'Argent.)

 

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(La Déesse à la Pomme, image issue du Tarot de Merlin, créé par R.J. Stewart et illustré par Miranda Gray).

Tantôt féminine, tantôt masculine, la mort étend son ombre sur le paysage, telle un manteau glacé. Les devises qui l'accompagnent nous enseignent que nul ne peut se soustraire à sa loi.

 

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Contrairement aux apparences, la Mort du Tarot n'est pas une lame funeste. Elle est associée au changement, à la transformation positive, au renouveau de l'existence après une difficile période.

 

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La Mort à la faux, gravure de Michelet, début du XXe siècle.

En Bretagne, le maître de la mort est l'Ankou, dont le nom signifie « trépas ». Dans chaque paroisse, le rôle de collecteur d'âmes échoit au dernier défunt de l'année. Il revêt plusieurs apparences: squelette drapé dans un linceul ou une cape noire, grand homme émacié, aux longs cheveux blancs, coiffé d'un imposant chapeau de feutre. Le tranchant de sa lame est tourné vers l'extérieur, dans le sens contraire à celui de la faux des moissonneurs. Il aiguise ce redoutable instrument en le frottant sur un os humain. Il tient parfois une lance ou une flèche et se déplace, de nuit, dans une charrette invisible aux roues de fer, le Karrik an Ankou, qui grince horriblement. En fonction des paroisses, la description de son équipage subit certaines variantes.

Deux chevaux blancs, l'un vigoureux, l'autre squelettique, tirent la charrette funeste. Deux valets mystérieux assistent l'Ankou. Le premier tient la bride du cheval de tête. Le second ouvre portes et barrières et place dans la charrette les morts fauchés par son maître.

 

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Il emporte aussi les morts dans sa Barque ou son Bateau de Nuit, (Bag Noz), à l'instar du nocher Charon qui faisait « passer » les âmes, sur le sombre Styx antique.

 

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La nuit de la Toussaint, dans certaines clairières, l'Ankou et les défunts de l'année viennent festoyer sous le ciel ténébreux. Les vivants dressent de grandes tables, tendues de noir, et garnies de bougies. Ils déposent des crêpes, des pommes, des châtaignes bouillies, du lait caillé et du cidre. Après le festin de l'Ankou, les âmes s'évanouissent dans les airs au premier chant du coq.

 

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Dans la forêt de Huelgoat, au coeur des monts d'Arrée, l'Ankou tient sa cour, dans un château fantastique, éclairé par des milliers de chandelles. Chacune d'elles représente une vie humaine. Quand l'Ankou éteint d'un souffle une de ces chandelles, la personne expire.

Anken, le chagrin et Ankoun, l'oubli sont des avatars de l'Ankou. Ils battent la campagne, la nuit de la Toussaint, une lanterne spectrale à la main.

 

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Le Bateau de l'Ankou est accompagné d'une flottille de barques, chargées des âmes collectées dans l'année. Pendant la nuit de la Toussaint, les pêcheurs peuvent être réveillés par trois coups sourds frappés à leur porte. Ils ne sauraient opposer un refus à la main invisible venue les extirper du sommeil et se rendent sur le rivage pour guider, dans la brume, ces barques psychopompes.

 

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En Corse, le Cortège des Ombres suit les vieilles voies, les chemins qui traversent l'île, rythmés par les statues-menhirs et le chant âpre des légendes. De même que l'on cache avec un drap les miroirs à chaque décès pour éviter que l'esprit du défunt reste prisonnier de son reflet, on couvre les miroirs pendant la nuit de la Toussaint. Gare aux fantômes blancs qui hantent les routes! S'ils glissent un cierge dans votre main ou dans votre poche, vous risquez de vous transformer en sorcier (mazzeru, stregu...).

Le Mazzerisme, passionnant ensemble de rituels et de croyances, s'étudie pendant de longues années et ne se résume pas en quelques lignes mais celles qui suivent sont remarquables...

« Un mazzeru, sorte de devin, c'est celui qui pressent, qui devine, qui voit, qui dit et dont les rêves se réalisent. Cet homme, c'est le rêve pétri dans la chair et le sang, c'est en quelque sorte l'incarnation de l'inconscient collectif. Son corps, c'est la terre où dorment les ancêtres. Son sang, c'est l'eau des sources d'où jaillit la vie avec la mort. En lui se confondent dans l'infini intérieur: U Locu (la terre, le lieu) et U Populu (Le Peuple). Car le rapport qui existe entre le peuple corse et le territoire de l'île de Corse, c'est une chose très simple: l'humain. » Roccu Multedo: Le Mazzerisme: un Chamanisme corse.

 

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Le mazzeru revêt les pouvoirs de l'Ankou. Il peut nommer la mort...

Mascarella: la petite sorcière; Falcina ou Falciola: la petite porteuse de faux; Pediniella: la Pieds Noirs; Pedanella: la Pieds Légers; Morte Niella: la mort noire; Bianchinetta: Blanchette... La mort revêt bien d'autres noms dans les prières magiques mais ils ne peuvent être dévoilés, ils sont transmis.

 

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En Normandie, la Charrette des Morts était particulièrement redoutée à la Toussaint. Tirée par des boeufs noirs ou des chevaux blancs, elle promenait un cercueil enveloppé d'un linceul et entouré de cierges à la clarté frémissante. Elle sillonnait les vieux chemins, fauchant  les voyageurs égarés mais elle ne pouvait franchir les champs qui avaient été bénis. Les voix des morts de l'année résonnaient à travers le grincement de ses roues.

 

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En Provence, on craignait le Carrosse de la Mort, ténébreux équipage guidé par quatre chevaux noirs ou par des chevaux invisibles. Si on regardait à l'intérieur, on apercevait des silhouettes spectrales, vêtues de noir.

 

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Dans les Côtes-du-Nord, le Diable conduisait la Charrette des Ombres. L'attelage était constitué de douze cochons et d'oiseaux de nuit.

Dans le Marais Poitevin, la Barque des Défunts, couverte d'un drap mortuaire, sillonnait les canaux silencieux, guidée par un mystérieux fantôme appelé le Tousseu.

 

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Chaque région de France possède ses funèbres équipages...

 

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Sorcières et Petit Peuple d'Halloween

Aux antipodes de ces sombres manifestations, les sorcières d'Halloween n'apportent pas la mort mais la protection aux enfants auprès desquels elles jouent le rôle d'initiatrices. Dans l'imagerie populaire d'Halloween, elles transmettent leurs secrets avec bienveillance.

 

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La silhouette de la sorcière se découpe sur le disque lunaire. Elle chevauche son balai, véhicule entre les mondes, emblème de protection et de purification du foyer. Son chat noir l'accompagne. Offrandes à la nuit et symboles de connaissance, deux pommes rouges, posées sur le rebord de la fenêtre, établissent un lien entre la chambre des fillettes et le ciel enchanté, voie des mystères et des sortilèges.

 

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La sorcière, maîtresse des animaux ténébreux, survole la campagne. Ses familiers (chat noir, chauve-souris, chouette) l'assistent dans ses déplacements. On aperçoit sur l'image la dernière gerbe de la moisson appelée « Part des Esprits ». Considérée comme tabou, elle ne doit pas être touchée.

 

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Le Petit Peuple jaillit du Sidh et s'élance sur des montures inspirées de l'imagerie victorienne: la chouette et la chauve-souris.

 

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Les fées soufflent des pétales de rêve...

 

Voeux et pratiques divinatoires d'Halloween

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A Halloween, les bougies sont investies de grands pouvoirs. Leurs clartés mouvantes sont associées à des rituels de magie amoureuse. Il est ainsi recommandé de se placer devant un miroir, ovale de préférence, et de brandir une chandelle en s'adressant aux esprits de la nuit.

 

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Intermédiaire entre le monde humain et celui des esprits, le miroir dévoile, dans la trame de son oeil magique, le visage d'un futur époux.

 

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Les voeux d'amour et de chance fleurissent à la période d'Halloween. Ils sont associés à certains végétaux, comme la citrouille, gorgée de graines généreuses, et se lovent dans les pommes rouges, fruits fétiches des sorcières.

 

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« Bobbing the apple » consiste à saisir avec les dents une pomme suspendue à un fil ou plongée au fond d'un baquet d'eau.

Une variante, le snapdragon est un jeu permettant d'attraper des raisins ou des petits fruits dans du cognac flambé, jeu qui s'adresse, bien évidemment, aux adultes.

 

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Doux apartés pour les petits et les grands...

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La nuit d'Halloween est propice à l'amour. On l'appelle Nutcrack Night, nuit du casse-noisettes ou de la pomme croquante.

 

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Après avoir attrapé une pomme rouge en faisant un voeu, les jeunes filles posaient deux noix sur le bord de l'âtre. Une noix portait le nom de l'être aimé; sur l'autre était gravé le nom de la jeune fille. Si les noix émettaient une clarté brillante en se consumant doucement, cela signifiait la sincérité de l'amour. Si les noix crépitaient violemment, l'infidélité menaçait le couple. Si les noix s'enflammaient en même temps, les amants seraient unis pour la vie.

 

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En cette nuit particulière, on cherche aussi à se concilier la Fortune. A cet égard, on consomme certains plats traditionnels comme le Barmbrack (báirín breac) en Irlande. Dans ce gâteau aux fruits, on place, avant la cuisson, des petits objets investis d'une valeur oraculaire. Un petit pois signifie l'infortune amoureuse; un minuscule bâton, un mariage malheureux; un bout de tissu, la malchance; une pièce, la bonne fortune; un anneau, la rencontre du véritable amour et peut-être un mariage dans l'année...

Le Colcannon est un plat à base de pommes de terre et de chou dans lequel on cache également certains objets. Une pièce de monnaie pour la richesse, une bague pour l'annonce d'un mariage en vue, une poupée de porcelaine pour la venue d'un enfant.

 

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La Candy ou Toffee Apple, pomme bonbon inventée au début du XXe siècle, dans le New Jersey, par le confiseur William W. Kells est la gourmandise d'Halloween par excellence. Son rouge écarlate flamboyant attise l'amour et la chance.

 

A nos chers disparus!

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Cimetière du Père-Lachaise, été 2012.

Autrefois, pour célébrer la Toussaint, les parents offraient aux enfants des colliers gourmands, constitués de pommes rouges et de châtaignes bouillies. Les enfants en profitaient pour se régaler sur la route du cimetière. La pomme rouge a décidément la cote!

Les jeunes gens accomplissaient, comme à Noël et à Pâques, des tournées de quête. Ils chantaient devant les maisons et collectaient de la nourriture, du vin et des friandises. Les plus intrépides grimpaient au sommet des clochers et sonnaient les cloches à toute volée.

Les vivants et les morts entretenaient des liens étroits, au-delà de tout dogme religieux.

 

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D'après la croyance populaire, les défunts défilaient sur les chemins, à la lisière des bois et des champs. Ils se réunissaient dans les cimetières et dans certaines églises, près des tombes moussues, pour écouter le sermon d'un prêtre fantôme.

 

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Ils regagnaient ensuite leur foyer, l'espace d'une nuit. Ils trouvaient un feu vif dans la cheminée, la table dressée pour eux et, sur le rebord des fenêtres, des mets investis d'un caractère sacré: lait et pain nourriciers, eau purificatrice, châtaignes à la robe mordorée, pommes de mort et de fécondité.

Un des rituels domestiques les plus répandus consistait à examiner, à l'aube, les cendres du foyer et à interpréter les traces que l'on y voyait. Ces mystérieux messages révélaient des secrets divinatoires.

 

Certains gâteaux sont directement associés au folklore de la Toussaint. J'ai dû faire un choix parmi de nombreuses gourmandises...

 

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(Photo recettes-corses.fr)

En Corse, les bastelle sont des chaussons circulaires fourrés avec des blettes, des oignons, de la courge, (parfois des pommes de terre) et du brocciu, le fameux fromage de brebis, dont la recette aurait été transmise aux Hommes par l'Ogre, Orcus, avatar de l'Orgos celte auquel je faisais allusion au début de mon article. Les sciacce (fougasse) leur ressemblent mais ils sont parsemés de raisins secs.

D'après la légende, quand un cavalier passa près de l'arca, la sépulture commune du village, il perçut les voix de ses ancêtres qui se plaignaient de la frugalité de leur repas. Il promit alors que chaque année les pauvres et les familles du village recevraient une fougasse bien garnie.

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La Salviata est un gâteau en forme de S, traditionnellement parfumé à la sauge et à la liqueur d'anis. On le trouve, de nos jours, aromatisé au citron et couvert d'une pellicule de sucre.

 

La niflette de Provins, en Seine et Marne, est à l'honneur au moment de la Toussaint.

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L'origine de ces gâteaux feuilletés, garnis de crème pâtissière et désormais agrémentés de fleur d'oranger, remonte au Moyen âge. D'après la légende, un boulanger s'émut de trouver une fillette en sanglots sur la tombe de sa grand-mère. Il lui prépara un petit gâteau rond et le lui offrit en disant « ne flete », « ne pleure pas ».

Le premier novembre, on apportait des niflettes à « ceux qui reniflent », l'autre nom des orphelins.

Les habitants de la cité des Comtes de Champagne peuvent déguster des niflettes une quinzaine de jours avant la Toussaint et jusqu'au dimanche suivant le 11 novembre. Elles se vendent, pour le plus grand plaisir des gourmands, « treize à la douzaine »!

 

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(Visage anonyme rencontré à travers les méandres du Père Lachaise.)

 

Une autre version de la Toussaint: le Jour des Morts dans le monde amérindien.

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(Image Wikimedia Commons)

Au Mexique, le Jour des Morts (Dia de los Muertos) est une résurgence, haute en couleurs, d'une fête précolombienne inscrite, depuis 2003, au Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité.

S'inspirant d'une très ancienne célébration aztèque, pendant laquelle les familles festoyaient en l'honneur des défunts, les Espagnols ont institué le Jour des Morts à la date de la Toussaint. A l'origine, les morts étaient honorés entre juillet et août, sous l'égide de Mictecacihuatl, la Dame de la Mort, épouse de Mictlantecuhtli, Seigneur du Mictlan, le lieu le plus profond de l'Inframonde. Deux fêtes, séparées d'une vingtaine de jours, avaient lieu. La première, Miccaihuitontli, était consacrée aux enfants; la seconde, Hueymiccalhuitl, concernait les adultes.

Les festivités du Jour des Morts se déroulent sur plusieurs jours. Le 31 octobre, chacun attend les Angelitos, les âmes des enfants, aimantés par les lanternes accrochées aux portes des maisons. Entre la porte et l'autel domestique, des chemins magiques sont dessinés avec des pétales de fleurs blanches.

 

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                                                           (Photo sites.psu.edu. Spanish culture.)

Dans la nuit du 1er au 2 novembre, les fleurs blanches sont remplacées par des fleurs jaune vif provenant d'une fleur sacrée, la rose d'Inde (Tagetes erecta).

 

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Dotée d'une belle couleur solaire, la calendura ou zempaxuchilt est utilisée depuis l'époque précolombienne pour honorer les défunts. On extrait de ses pétales un pigment intense qui colore les aliments et possède des vertus médicinales.

Après avoir nettoyé les tombes, les habitants des villes et des villages offrent aux défunts de la nourriture, de la tequila, des roses d'Inde et des crânes en sucre.

 

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Ces petits crânes gourmands ou calaveras sont considérés comme des amulettes de chance et de bonne fortune. On partage des sucreries colorées vives et le pain des morts (pan de muertos), sorte de brioche fourrée aux fruits confits et saupoudrée de sucre, ornée de dessins d'os.

 

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Les chemins qui mènent aux cimetières sont décorés de bougies et de fleurs, afin de guider les défunts vers les tombes où les attendent leurs plats préférés, des poupées végétales et de la résine de copal en train de brûler.

Le 3 novembre, les familles partagent le festin des morts. La communion avec les défunts s'effectue par le biais de la nourriture.

Ce fonds magique et folklorique se retrouve au Japon et en Chine avec O-Bon et la Fête des Fantômes.

 

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En Europe, les tombes se parent, grâce aux chrysanthèmes, de couleurs chatoyantes. La « fleur d'or » a remplacé les bougies que l'on allumait autrefois sur les tombes.

 

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A l'instar de la marguerite, le chrysanthème appartient à la famille des Astéracées (Composées). D'origine asiatique, il fut introduit en Europe, vers 1753, par le naturaliste suédois Carl Von Linné. Petits soleils moutonnants, réputés résister au gel, les fleurs de chrysanthème ont investi les tombes des soldats, après l'Armistice de 1918.

 

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Vénéré en Extrême-Orient, le chrysanthème est le symbole de l'automne. Il inspire le bonheur et la paix, il attire la bienveillance. Il était arboré par les guerriers au coeur noble. Cultivé dans la Chine ancienne depuis le XVe siècle avant J.-C, il était considéré comme un réceptacle d'énergie vitale. Apparu au Japon au VIIIe siècle après J-C, il devint un emblème impérial au XIIIe siècle.

 

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Le chrysanthème de l'empereur, fleur de vie à 16 pétales doubles, décorant les portes du sanctuaire Shintô Yasukuni de Tokyo. L'Ordre du Chrysanthème fut fondé en 1876.

 

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Le neuvième jour du neuvième mois de l'année est consacré aux poupées de chrysanthème.

(Photo maisonarts.forumgratuit.org)

 

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Le chrysanthème fleurit sur de nombreux bâtiments, sur les vêtements d'apparat, les bols à thé, les éléments de parure...

 

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Symbole de vie, de renouveau, de changement de saison, offert à l'occasion de la fête des mères, il est très apprécié, non seulement au Japon mais aussi en Australie et aux États-Unis alors qu'en Europe, c'est à la mort qu'on l'associe.

 

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L'humain a toujours éprouvé le besoin de célébrer les défunts. A Halloween, dans « le temps entre les temps », nous établissons un lien privilégié avec « ceux qui ne sont plus » en les honorant de manière joyeuse. Nous nous confrontons à l'idée de notre mort en acceptant le fait qu'elle est inéluctable. Nous formulons des voeux d'amour et de bonne fortune car les esprits bienveillants évoluent autour de nous. Nous effrayons nos peurs en revêtant leurs attributs et nous communiquons avec l'invisible.

 

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Avant de refermer les pages de mon grimoire, je lève mon verre de cidre, boisson fétiche de Samain, à nos chers disparus, aux forces de la nuit, aux « amis invisibles » qui voyagent si près de nous... Mon esprit s'envole où dansent les vieilles âmes, où chuchotent les arbres gardiens des sylves légendaires, vers les anciennes sépultures et les mégalithes aux noms évocateurs « Maison de l'Ogre », « Quenouille de la Sorcière », « Pierre à Marotte des Lutins », « Table du Festin des Fées »...

Je vous souhaite un très Joyeux Halloween!

 

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Bibliographie

Actes du colloque sur La Mort en Corse et dans les Sociétés Méditerranéennes, Bonifacio, mars 1976.

DE BECQUE, Maurice: Ankou, Légendes Bretonnes. 1921.

LE BRAZ, Anatole: La Légende de la mort chez les Bretons amoricains. Paris, 1922-1923.

MARKALE, Jean: Halloween: histoire et traditions. Imago Editions, 2000.

PREAUD, Maxime: Les Sorcières Catalogue d'exposition. Paris, 16 Janvier-20 Avril 1973, B.N. Paris: Bibliothèque Nationale, 1973.

RONECKER, Jean-Paul: Halloween. Puiseaux: Pardès, 2000.

VALENCE, Marie de: S comme sorcière. Vallon-en-Sully: Cercle Beltane, 2000.

WARGNY, Guy de: La France des sorciers. Saint-Pierre-lès-Nemours: EUREDIF, 1980.

 

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Publié le par maplumefee

 

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Amies lectrices, lecteurs,

 Pour répondre à l'invitation d'une de mes plus jeunes lectrices qui a souhaité voir les couleurs de « mon » ciel, voici un florilège de ce que j'aperçois, au fil des saisons, en rêvant à la fenêtre...

 

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Parce que les rêves permettent et permettront toujours de mieux supporter le chaos de la maladie et le venin de la douleur. Pour chacun de mes combats, les yeux dans le ciel, gardant l'espoir à portée de souffle.... Pour la petite Luna qui contemple chaque jour les caprices du soleil, de la brume et des nuages en s'efforçant de vaincre les cellules ennemies qui ont colonisé son sang. Pour mes ami(e)s qui se reconnaîtront et pour une amie très chère qui m'a écrit... « une feuille qui se détache est un bisou qui s'envole vers toi... ta plume m'apaise ma petite fée »...

 

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Et pour Clara, des photos et des créations sur le thème de Noël, comme son papa l'a demandé...

 

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Merci à vous qui m'envoyez chaque jour des pensées gorgées de tendresse.

 

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Et merci de penser à Luna, à Clara et à toutes les personnes qui affrontent la maladie au quotidien...

 

Gros bisous, prenez bien soin de vous!

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #bercy, #espace, #jardin, #parc, #petit

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Après avoir exploré l'histoire du négoce du vin à Bercy et contemplé les délicates facettes du Jardin Romantique, nous allons découvrir une autre « atmosphère » de ce parc atypique qui réunit trois espaces subtilement contrastés.

 

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 L'eau, la lumière et la végétation composent un fascinant écrin de soie verte.

 

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Soie du paysage qui enveloppe ce petit hôtel à insectes. Ces « entomo-logis » sont de plus en plus nombreux dans les squares et les jardins de Paris.

 

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Nous quittons le Jardin Romantique pour emprunter l'une des passerelles qui chevauche la rue Joseph Kessel.

 

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Créée à l'occasion de l'aménagement de la partie est de la ZAC de Bercy, la rue fut appelée BW/12 avant de recevoir, par un arrêté municipal du 30 novembre 1992, le nom de Joseph Kessel (1898-1979), aventurier, résistant, journaliste, aviateur, écrivain et membre de l'Académie Française à partir de 1962.

 

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Joseph Kessel et son chat Mustapha, en 1974.

 

Avec son neveu Maurice Druon, (le créateur de la saga des Rois Maudits), il écrivit le sublime Chant des Partisans qui fut l'hymne de la Résistance, sur une musique d'Anna Marly L'oeuvre de cet infatigable baroudeur est impressionnante. Elle se compose d'environ quatre-vingts romans et d'une profusion d'articles et de récits de voyage inspirés par soixante années de reportages sur tous les continents. Kessel fut le témoin privilégié de procès comme ceux du Maréchal Pétain, de Nuremberg ou du criminel nazi Adolf Eichmann.

L'inoubliable auteur du Lion (1953) et de l'Armée des Ombres (1944) est enterré au cimetière du Montparnasse (28e division).

 

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La passerelle nous guide vers un labyrinthe de poésie végétale qui s'articule autour de neuf espaces ou carrés de culture appelés « Parterres de Bercy ». Bernard Huet, l'architecte paysagiste initiateur du projet, a souhaité retrouver « l'esprit du lieu », celui qui animait l'espace à l'époque dorée du négoce du vin. Il a aussi cherché à restituer le lien qui unissait autrefois l'eau et la terre et rendu hommage aux jardins à la française du château de Bercy, conçus par André Le Nôtre. (J'ai présenté ces broderies majestueuses dans un précédent article).

 

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De grands arbres veillent sur notre promenade: platanes centenaires, hêtres, marronniers... Leur puissante verticalité domine les chaussées pavées qui se déployaient autrefois jusqu'au fleuve.

 

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Plénitude estivale

 

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Prémices d'automne

 

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 Avant de poursuivre notre chemin, nous profitons de l'ombre bienfaisante que nous offre cette pergola.

 

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 Héritée de l'Antiquité, cette structure élégamment parée de verdure abrite les rêveries et les conversations des visiteurs.

 

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 En cette belle journée d'été, mon imagination s'est lovée dans une jungle de volutes verdoyantes, irriguée par un agréable microclimat.

 

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Le lieu est l'expression d'une idée maîtresse de Bernard Huet qui consistait à « produire du bien-être et à rendre l'espace, au-delà de tout intérêt spéculatif, à l'usage des promeneurs et des habitants. »

 

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Au bord du petit canal qui longe la pergola, les arbres étaient investis par une myriade de cocons scintillants. La lumière tissait un spectacle envoûtant à travers ces habitacles soyeux.

 

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Des oeuvres oniriques mais très urticantes...

 

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Le spectacle n'attirait pas les promeneurs, à l'exception d'un monsieur intrigué par ces larves de chenilles et qui se demandait tout haut s'il s'agissait bien de chenilles processionnaires. Ces dernières apprécient plutôt de s'installer dans les pins dont elles dévorent les aiguilles...

 

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Pendant que je contemplais ces trames mystérieuses, un jeune homme est passé près de moi. Une tristesse immense noyait son regard. Il est allé s'assoir sous la pergola (« assoir » est la nouvelle orthographe de « asseoir », petit clin d'oeil aux puristes qui pourraient me dire que j'ai oublié le « e » ).

 

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 Son chagrin tissait un mur invisible autour de lui. Je lui ai souhaité de « connaître soie sur soie » ou, d'après le Littré, « de vivre des choses agréables arrivant l'une sur l'autre ». J'ose espérer qu'à ce jour il va mieux.

 

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 En revoyant mes photos, j'ai songé à cette citation du peintre, écrivain et dramaturge suédois Johan August Strindberg (1849-1912): « Au fond, c'est ça la solitude: s'envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre la métamorphose, car elle arrive toujours. » Seul (1903).

 

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Au-delà de la pergola, le jardin s'offre à travers une succession d'espaces qui évoquent la luxuriance et se parent de couleurs tantôt froides tantôt chaudes. Dédiés aux éléments, les allées, les parterres et les monuments célèbrent les puissances de la terre et les « forces météoriques »: l'eau, le feu et le vent.

 

Le Printemps, l'Eau, le Vert

 

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L'esprit du printemps rayonne dans le jardin des bulbes et tout autour de « la pyramide sous le lierre », maisonnette conique ou tumulus rappelant les habitations féeriques du Petit Peuple.

 

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« Là où pousse le vert, cela signifie tout simplement la nature, la croissance positive... le sentiment du printemps. » Michel Pastoureau.

 

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Le haut de ma photo est un peu noyé dans la lumière mais nous apercevons l'entrée de cette « fabrique » qui évoque les folies végétales du XVIIIe siècle.

 

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Dans une atmosphère humide et semi-ombreuse, elle abrite une fougère arborescente, véritable « dinosaure végétal ».

 

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 Autour de la « pyramide sous le lierre », se déploient de fiers palmiers, des fleurs des champs et des totems, dressés par les jardiniers du parc, en hommage aux six continents.

 

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Une jolie girouette et un petit moulin à vent complètent l'ensemble.

 

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Ces palmiers luxuriants dominent les rues pavées, traversées par des rails sur lesquels circulaient autrefois les wagons chargés de précieux tonneaux de vin de Bourgogne et de Bordeaux.

 

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L'Été, la Terre, le Noir

 

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Associée à un petit labyrinthe de buis et à un jardin des senteurs, la roseraie est un des lieux les plus intimes et les plus élégants du parc. Couleur alchimique de la terre, le noir évoque ici les profondeurs fertiles du sol d'où émerge la vie, en ses velours d'été.

 

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 La rose, symbole de l'hédonisme, héroïne des cantiques mystérieux.

 

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 Délicat et puissant hommage des poètes à la beauté, à la jeunesse ravie aux griffes de la mort...

 

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 Suzeraine des vergers du Paradis.

 

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 Corbeille de félicité, écrin pour les métamorphoses de la lumière.

 

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 Rose d'aurore ou rose d'automne qui accueille en ses pétales la mémoire et les pensées de ceux qui furent...

 

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 Étoile ou calice des Innocents...

 

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 Née du sang d'Adonis (le seigneur de la végétation) ou fille de Cypris (Vénus) et des caresses de l'Amour.

 

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 Rose de Saadi ou d'Ispahan dont le baiser de feu emporte toute raison...

 

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 Muse des plaisirs des sens et de l'éveil spirituel.

 

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Les amoureux, les rêveurs, les poètes, les initiés... goûtent ses parfums suaves et ses textures soyeuses ou veloutées.

 

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Au centre du parc, à côté de la roseraie, se dresse la Maison du Jardinage.

 

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Cet ancien bureau de perception des taxes est devenu un lieu incontournable pour les jardiniers de Paris. On y trouve une bibliothèque spécialisée dans l'art de jardiner, des herbiers, une serre et de précieux conseils.

 

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Les jardiniers du parc y organisent des ateliers pour que les visiteurs mettent en pratique ce qu'ils ont appris à la Maison du Lac, dans le Jardin Romantique.

 

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L'Automne, le Feu, le Rouge

 

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La partie du parc consacrée à l'automne s'organise autour de cette haute cheminée de briques rouges que je vous ai déjà présentée.

 

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Ces belles grappes évoquent le commerce du vin à Bercy et les nombreux métiers qui s'y trouvaient associés, comme en témoigne l'ancien chai conservé en bordure du potager pédagogique.

 

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Le verger, bordé par l'orangerie, nous offre ses joyaux sucrés.

 

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Ces « fruits d'or » rappellent la vogue des orangeries dans l'Italie de la Renaissance et la France des XVIIe et XVIIIe siècles. Si vous désirez approfondir le sujet, vous pouvez consulter mon article intitulé Les trésors de l'Orangerie Chapitre Un.

 

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L'Hiver, l'Air, le Blanc

 

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L'hiver est représenté par une construction appelée « Pavillon du Vent ». De hauts piliers de béton, destinés à entrer en résonance avec les humeurs de l'air, encadrent des instruments de mesure servant à étudier la vitesse de certains courants aériens.

 

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 Cette installation moderne est aussi un hommage aux très anciens cercles de pierre où nos Ancêtres célébraient les esprits et les dieux.

 

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Le Parc de Bercy n'a pas fini de nous enchanter. On a beau s'y être promené de nombreuses fois, il continue de nous dévoiler ses visages plus secrets. Témoin vivant et évolutif d'une rencontre entre la création contemporaine et les constructions du passé, il rend hommage au travail des jardiniers qui, sans relâche, font vivre l'espace au rythme des saisons, conscients qu'une profonde sagesse naît de l'observation subtile des cycles de la Nature...

 

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Je vous donne rendez-vous dans quelques jours afin de poursuivre notre « aventure » dans les méandres verts de Bercy.

 

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Gros bisous!

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #bercy, #eau, #maison, #nenuphar, #paris

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Butine, ensorcelée, la couleur de l'instant

Fouille l'or et la soie, la rosée et l'encens

Corsetée de mystère au velours d'un regard

Souffle dans la lumière ton feu de nectar...

 

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Je vous ai présenté, il y a quelques semaines, l'histoire des vignes et du château de Bercy. Je suis ravie de vous retrouver dans le parc qui en perpétue le souvenir, à quelques encablures de la Seine, dans le 12e arrondissement de Paris. Au tout début du mois de septembre, alors que les raisins se délectaient à mûrir dans la lumière dorée, le jardin s'est paré de tons et de reflets merveilleux.

 

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Entre 1993 et 1997, les architectes Bernard Huet, Madeleine Ferrand, Jean-Pierre Feugas et Bernard Leroy, assistés des paysagistes Philippe Raguin et Ian Le Caisne, ont réalisé, entre les pavillons de Cour Saint-Émilion et le Palais Omnisports de Paris Bercy, un ensemble de trois jardins spécifiques.

 

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Notre flânerie commence dans le « Jardin Romantique » dont la végétation évoque les parcs à l'anglaise, à proximité des anciens chais qui témoignent de l'âge d'or du négoce du vin.

 

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Nous voici devant la Maison du Lac, ancien poste de garde des entrepôts, qui se contemple dans un miroir dormant. Les gardiens veillaient à ce que les habitants de Bercy ne récupèrent pas, à la nuit tombée, plus de vin qu'ils n'étaient autorisés à collecter chaque jour soit dix litres par personne!!!

 

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Sur cette photo datée de 1900, vous apercevez la grille d'entrée des entrepôts et la maison des gardiens dans le fond.

 

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Elle accueille aujourd'hui des expositions consacrées à l'art des jardins. L'eau et les arbres (cèdres du Liban, pins de Corse, arbres aux quarante écus, bouleaux, saules, chênes, liquidambars) composent tout autour une romantique scénographie.

 

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« L'Oeil... Tout l'Univers est en lui, puisqu'il voit, puisqu'il reflète. » Guy de Maupassant (1850-1893), Le Horla (1886-1887).

 

Dans les spires de l'eau, fusionnent l'ombre et l'instant soyeux, les lignes vives et les ondulations mystérieuses. Aimantée par les sortilèges aquatiques et les mues chatoyantes du paysage, je songe à la riche histoire des lieux...

 

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On a retrouvé, à proximité de cette jolie bâtisse, des vestiges de l'ancien village néolithique de Bercy, vestiges que l'on peut admirer au musée Carnavalet.

 

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Le minutieux travail des archéologues exhumant de la grève sableuse l'une des pirogues monoxyles en bois de chêne. Crédit photographique INRAP (Iconothèque de l'Institut National de recherche archéologique préventive.)

 

Des fouilles ont été menées à Bercy en 1990, en 1991, en 1992 et en 1996, afin de mettre au jour les restes d'un village installé sur les berges de la Seine depuis l'époque néolithique (4500-2000 avant J.-C.). Dans le cadre du « Projet Archéo 2000 », les objets collectés ont été installés dans l'ancienne Orangerie du musée Carnavalet.

 

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Outre les pirogues que j'ai présentées dans mon article consacré aux vignes de Bercy, un arc de chasseur en bois d'if, datant de la période de Cerny (4600-4400 avant J.-C.), a été retrouvé. Il s'agit vraisemblablement du plus ancien arc conservé dans sa totalité. Taillé dans un if âgé de plus de 50 ans, il permettait de tirer des flèches d'environ 68 centimètres de long.

 

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Moulage et reconstitution de l'arc d'après l'original. Ce travail a été accompli par Mr Blaise Fontannaz, facteur d'arc, spécialisé dans l'archerie traditionnelle.

 

Situé sur la rive gauche de la Seine, à l'emplacement d'un ancien chenal, le gisement archéologique de Bercy a dévoilé des milliers d'objets de la vie quotidienne: outils de pierre, de silex et d'os, haches et meules de pierre, statuettes, céramiques décorées, figurines en bois de cervidé, ossements de poissons, de sangliers et de petits carnassiers...

 

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De nombreuses coupes à socle datant du Chasséen (vers 4200 avant J.-C.), aux parois hachurées et ornées de motifs en damier et en losanges, ont été retrouvées dans la partie supérieure de l'ancien chenal, au-dessus des vestiges de l'époque de Cerny.

 

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Cette hache en silex poli date du néolithique final (2700-2200 avant J.-C.). Elle a été exhumée lors des fouilles de 1991.

 

Malgré les inondations périodiques qui ont obligé les habitants à reconstruire leurs maisons et à déplacer leur village au gré des caprices de l'eau et du ciel, les lieux ont été occupés pendant près de trois mille ans.

 

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L'eau continue d'occuper une place très importante à Bercy où elle donne à certaines parties du jardin des allures de cité lacustre.

 

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En face de la Maison du Lac, sur un îlot dominant un tapis de nénuphars, se dresse une fascinante sculpture contemporaine: la dixième des vingt « Demeures » réalisées par l'artiste contemporain Étienne-Martin en 1968. (Le trait d'union entre Étienne et Martin n'est pas une coquille. L'artiste a choisi de le placer entre son prénom et son nom.)

 

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Divinité gardienne des cycles du temps, la Demeure 10 semble se nourrir des frissons de l'eau, des métamorphoses des couleurs, du souffle des éléments et des trilles des oiseaux. « Oeuvre-lieu » puissamment fantasmagorique, elle épelle de silencieuses sonorités vers les « mondes en contrebas ».

 

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Elle se dévoile à fleur d'eau, au-dessus d'un magma d'ombres vertes et de lacis de lumière.

 

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Corps enchevêtrés qui forment une maison-visage, émanation du ventre et de l'abri originels, la sculpture incarne le désir de se lover dans la hutte primordiale, la crypte matricielle du fond des âges et des eaux/os. « Elle s'enracine dans la nuit des réminiscences originelles; elle est à la fois l'idole caverneuse, l'infernale demeure et le vestige reconstitué, transposé en termes plastiques, des maisons des souvenirs de l'artiste. » Pierre Volboudt.

 

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Étienne-Martin (1913-1995) est né à Loriol, dans la Drôme. A l'âge de 16 ans, il s'est inscrit à l'École des Beaux-Arts de Lyon, et, après un apprentissage qualifié de « traditionnel », il a décidé d'étudier la sculpture, de 1934 à 1939, à l'Académie Ranson de Paris, auprès de Charles Malfray (1887-1940), maître sculpteur, tailleur de pierre et survivant des tranchées de Verdun.

 

La sculpture était pour lui quelque chose de profondément sensuel et matriciel, un art des creux, des gouffres et des cavités que l'on ne peut aborder autrement qu'avec le corps et en faisant appel à tous les sens.

 

Inspiré par les « spiritualités mystérieuses », il a travaillé, de 1951 à 1956, à un « Hommage à l'écrivain Howard Phillips Lovecraft » qui s'appelait initialement « le Grand Rythme ». Ce plâtre monumental n'existe plus mais le souvenir de ses structures alvéolées complexes perdure dans les anfractuosités des Demeures où s'entrelacent les cauchemars et les rêves.

 

H P Lovecraft (1890-1937) est un auteur américain rendu célèbre par ses récits fantastiques, oniriques, macabres, ses contes d'horreur et ses ouvrages de dark fantasy et de science-fiction. Un petit clin d'oeil aux aficionados du Necronomicon et du Mythe de Cthulhu...

 

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Étienne-Martin a commencé en 1954 la série des Demeures et a reçu en 1966 le grand prix de sculpture à la 33e Biennale de Venise. Il existe vingt Demeures de taille variée, réalisées chacune dans des matériaux différents. Elles le ramènent toutes à la maison natale de Loriol dont il dira: « Un jour, j’ai été obligé de me séparer de ma maison, là où j’étais né, et j’en ai été choqué et peiné. Mais elle est restée tellement présente en moi que j’ai eu le désir de l’explorer. (…) En travaillant sur ce thème, j’ai retrouvé la forme, la lumière, les gens, tout ce qui constituait l’âme de cette maison.»

 

« Construire, c'est pénétrer dans la matière, traverser l'épaisseur où se lovent les hantises originelles... »

 

Étienne-Martin aimait les sculptures d'Océanie aux cavités gorgées de « sacré », les tabernacles et les sculptures-tombeaux étrusques. Il était également fasciné par l'art égyptien monumental, les pyramides et les colosses d'Abou Simbel. Il invoquait sous ses doigts d'artiste ce qui naît, meurt et renaît dans la terre et le sable.

 

Il considérait le bois comme la matière primordiale et la pierre comme une source de résonances infinies. Les végétaux aux formes étranges, les fleurs séductrices et les plantes dotées de profondes racines l'inspiraient aussi.

 

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En contemplant les nénuphars gorgés de soleil qui s'épanouissent au pied de la Demeure X, on se détache doucement des bruits de la ville. Le regard caresse les délicats pétales blancs et les larges feuilles ovales, épaisses, cireuses et d'un vert satiné, qui flottent à la surface de l'eau.

 

Le nénuphar blanc ou nymphaea alba est une plante aquatique, originaire d'Inde, qui fleurit, de juin à août, dans les eaux calmes et les étangs d'Europe et d'Asie. Ses noms vernaculaires: « reine des lacs » « lys des étangs », « clef de Vénus », « rose ou lune d'eau »... témoignent de sa nature enchanteresse.

 

On l'appelle aussi « horloge des eaux » car il commence à se déployer à l'aube. A midi, il s'ouvre bien au-dessus de l'eau et à partir de quatre heures, il se referme lentement. Sa tige est un rhizome spongieux qui traverse les profondeurs de l'eau pour engendrer une multitude de petites racines. Son fruit gorgé de graines ressemble à une capsule de pavot.

 

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Les vertus du nénuphar sont connues depuis des temps très anciens. Le nom de cette « sorcière des eaux » vient du sanscrit « nilotpatan » ou « nipplupal » qui devint « nilufar » ou « ninûfar » en arabe et finalement « nénuphar ».

 

La mythologie grecque nous rapporte que le héros Hercule transforma en nénuphar une nymphe qui se consumait de passion pour lui.

 

Fleur sacrée, compagne des déesses indiennes, aimée pour ses nacres issues des « eaux primordiales » dans l'Égypte ancienne, elle devint l'un des motifs les plus utilisés dans l'Art Nouveau. Les maîtres ébénistes et verriers de l'École de Nancy déclinèrent ses formes poétiques à travers de nombreux matériaux.

 

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Le Nénuphar, 1898, par Alfons Mucha (1860-1939).

 

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Vitrail aux nénuphars de Jacques Grüber (1870-1936).

 

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Lampe nénuphar en pâte de verre et en bronze doré et ciselé, conçue par Louis Majorelle (1859-1926) et exécutée par la maison Daum en 1902.

 

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Lit aux nénuphars en acajou, bois d'amourette, marqueterie de bois précieux et bronze doré et ciselé, réalisé entre 1905 et 1909 par Louis Majorelle. On peut admirer ce chef-d'oeuvre au musée d'Orsay.

 

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Le nénuphar inspirait les artistes Art Nouveau en raison de la sensualité de ses formes mais dans l'Antiquité on l'utilisait pour réprimer le désir et dissiper les songes érotiques. A l'époque médiévale, on le qualifiait d'« herbe aux moines » ou de « plante aux moniales ». Son nom savant de « nymphaea » désigne la blancheur virginale de ses pétales consacrés aux nymphes et aux jeunes mariées.

 

Il existe aussi des nénuphars jaunes, roses ou tirant vers le fuchsia.

 

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Photo Aquatic Bezançon

 

L'onguent de nénuphar était jadis employé pour adoucir la peau, atténuer plaques et rougeurs et apaiser certaines inflammations.

 

Riche en tanins et en amidon, le rhizome était utilisé pour apprêter les cuirs, teindre les tissus en noir et fabriquer une farine dite « de disette ».

 

Dans le folklore de l'ancienne Europe, le nénuphar était réputé éloigner les esprits malfaisants, protéger les voyageurs et le bétail contre les animaux nuisibles et les créatures vampiriques de la nuit.

 

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 Il était aussi le gardien des petites fées...

 

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Le nénuphar, aquarelle de John Lafarge (1835-1910), peintre et maître verrier américain.

 

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Dans le Jardin Romantique de Bercy, on se laisse happer par le murmure du vent dans les hautes herbes et les chants d'oiseaux facétieux.

 

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Nous évoluons dans une utopie végétale qui reflète, entre désir de mémoire et soif de modernité, la passion de ses créateurs.

 

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L'eau verte serpente entre les hautes herbes et forme un gracieux petit étang.

 

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Les promeneurs et les oiseaux apprécient cette construction sur pilotis qui se dévoile avec élégance dans le paysage.

 

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Espace de rencontre, de rêverie ou de méditation à fleur d'eau...

 

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A la saison propice, les fleurs sont souveraines.

 

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Les roses trémières m'ont enchantée...

 

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Au bord de l'eau, palpite une végétation luxuriante où s'abritent de nombreux oiseaux.

 

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Poules d'eau, canards, et même un héron cendré s'ébattent joyeusement dans cet espace privilégié.

 

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Les poules d'eau (gallinula chloropus) se laissent approcher de plus en plus facilement.

 

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Les poules d'eau adolescentes, dont la couleur diffère avec celle de leurs parents, s'occupent des poussins avec beaucoup de soin.

 

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Mais qu'aperçois-je de bon matin, immobile comme une statue?

 

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Monsieur héron cendré, un grand oiseau gris, au port majestueux, doté de longues pattes grêles jaune grisâtre, d'un cou étiré et d'un grand bec jaune grisâtre en forme de poignard. Son ventre, le dessus de sa tête et son cou sont zébrés de noir. Il émet des cris rauques et perçants.

 

Le héron apprécie les zones humides peu profondes (étangs, marais, cours d'eau) et riches en nourriture. La nature de l'eau: douce, salée, saumâtre, vive ou dormante, lui importe peu. Redoutable chasseur, il peut rester appuyé, sur une seule patte, pendant des heures avant de fondre sur sa proie, de préférence des poissons, des anguilles et des batraciens. Il se nourrit aussi de petits rongeurs, d'insectes, de reptiles et de crustacés.

 

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Le héron cendre est devenu la mascotte de Bercy, mascotte à laquelle une jeune fille a donné le nom d'Henry. Il se régale des poissons rouges qui nagent dans les eaux calmes du parc et savoure aussi des carpes et des petits gardons.

 

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Étant donné la quantité de poissons qui s'offre en ces lieux, Henry n'est pas près de crier famine!

 

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Sources et bibliographie

 

«Les Demeures», ouvrage collectif, catalogue d'exposition, Éditions du Centre Pompidou, Paris, 1984

 

MULLER Joseph-Émile: L'art au XXe siècle. Paris:Larousse, 1967.

 

PESSARD Gustave: Nouveau dictionnaire historique de Paris. Paris: Lejay, 1904.

 

VALLIER Dora: L'art abstrait. Paris: le livre de poche, 1980.

 

VOLBOUDT Pierre: Étienne-Martin, revue du XXe siècle, numéro 39, décembre 1972, pages 130 à 132.

 

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Le Parc de Bercy nous réservant bien d'autres surprises, je vous donne rendez-vous dans quelques jours pour la suite de cette promenade. Je vous remercie de m'avoir accompagnée sur ces chemins buissonniers qui se fondent dans les méandres du temps...

 

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Avec mes amicales pensées, gros bisous!

Plume

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