
L'invité inattendu et la fiancée de la nuit, 1906

Elle aimait les mondes féeriques de l'ancienne Angleterre, la poésie d'Alfred Tennyson (1809-1892), les œuvres de William Shakespeare (1564-1616), la littérature néo-gothique et les héroïnes qui ont nourri l'esprit des contes et des ballades populaires.
Promenade à travers un univers subtilement enchanté, celui d'Eleanor (Mary) Fortescue-Brickdale (1872-1945), illustratrice, aquarelliste et peintre britannique de sensibilité Préraphaélite.

Le Monde des Amoureux
L'inspiration d'Eleanor est associée au Préraphaélisme dit de la seconde génération ou Néo-Préraphaélisme, en vogue à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, qui s'est étendu, au-delà de la peinture, à des supports comme la tapisserie, le mobilier, la photographie... Artiste reconnue en son temps, passionnée par l'Esthétisme, elle rendit hommage, tout au long de sa vie, aux maîtres fondateurs du Cercle Préraphaélite, en l'occurrence Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), John Everett Millais (1829-1896) et William Holman Hunt (1827-1910).

Photo de l'artiste, réalisée vers 1900.
Éléments biographiques :
Eleanor Fortescue Brickdale naquit à Upper Norwood, dans le Surrey, un comté du sud-est de l'Angleterre, le 25 janvier 1872. Ses parents se nommaient Matthew et Sarah. Son père était avocat.
A l'âge de 17 ans, elle fut élève à la Crystal Palace School of Art, Science and Litterature, établissement prestigieux ouvert en 1854 et elle étudia, entre 1896 et 1900, à la Royal Academy où elle se lia d'amitié avec le peintre et professeur Byam Shaw (1872-1919).
En 1897, elle reçut un prix pour une composition intitulée Spring et en 1899, elle se fit connaître par une œuvre ambitieuse intitulée The Pale Complexion of True Love (Le pâle caractère du véritable amour). Le sujet du tableau étant associé à la pièce Comme il vous plaira, de William Shakespeare (1564-1616).

The Pale Complexion of True Love
« Comme il vous plaira... » Une délicieuse comédie pastorale écrite en 1599 et fondée sur le travestissement et les surprises de l'amour. L'action se déroule dans une forêt luxuriante où chaque scène est profondément initiatique. Je garde d'excellents souvenirs de cette lecture...

Sur un grand nombre de thèmes shakespeariens mais pas seulement, Eleanor réalisa, tout au long de sa vie, des aquarelles qui connurent un grand succès (elle appréciait particulièrement La Tempête) et des huiles sur toile, imprégnées de puissance narrative, qui furent présentées à la Royal Academy.

Dans les années 1900, elle exposa des œuvres à la Galerie Préraphaélite Dowdeswell, un lieu artistique de renom ouvert en 1880 par le collectionneur Charles William Dowdeswell (1832-1915) et en 1902, elle fut la première femme à devenir membre de l'Institut des Peintres à l'Huile.

Parmi les fleurs
Son exposition d'aquarelles se nommait « Such Stuff as Dreams Are Made of ! » soit « Les choses dont les rêves sont faits », un thème issu de La Tempête de William Shakespeare.

Allégorie de la Chance, 1901
Dans la deuxième décennie du XXe siècle, elle dispensa des cours à la Byam Shaw School of Art qui avait été fondée par Byam Shaw en mai 1910 et en 1919, elle devint membre de la Royal Watercolor Society.

Allégorie de la Richesse
Elle travailla dans le domaine de la littérature enfantine, réalisa des illustrations pour des ouvrages comme « A Cotswold Village » de Joseph Arthur Gibbs (1867-1899) et composa, en 1905, de ravissantes saynètes pour les poèmes d'Alfred Tennyson (1905) et de Robert Browning (1812-1889). Elle illustra aussi le Golden Treasury, une anthologie populaire de la poésie anglaise écrite par l'auteur et historien anglais Francis Palgrave (1788-1861).

Blush (Rougeur)
A l'initiative des éditeurs londoniens Hodder et Stoughton, elle conçut, en 1915, des saynètes colorées pour Le Livre des Chansons et Ballades anciennes d'Angleterre et en 1919, pour les mêmes éditeurs, elle illustra Le Livre d'Or des Femmes Célèbres (Golden Book of Famous Women). Un recueil qui présente des portraits d'héroïnes de la mythologie, du folklore, de la littérature et de la poésie.

Pendant la Première Guerre Mondiale, elle élabora des affiches pour plusieurs administrations de Grande-Bretagne et quand la guerre fut terminée, elle créa une série de vitraux commémoratifs. Elle eut d'autant plus de mérite qu'elle était épuisée et confrontée à la cécité...
Cette grande dame des arts repose à Londres, au cimetière de West Brompton.

Le Livre d'Or des Femmes Célèbres (Golden Book of Famous Women)

Titania et Bottom, personnages issus du Songe d'une Nuit d'Été de William Shakespeare (1564-1616).
Titania, la reine des fées, est l'épouse d'Obéron, le roi du Petit Peuple. Ces deux-là s'aiment passionnément mais, dotés d'un caractère ombrageux et de grands pouvoirs magiques, ils se disputent souvent ! Ils se jouent des tours, se lancent des sortilèges puis se réconcilient, ce qui fait le bonheur des lutins et des fées.
La scène illustrée par Eleanor Fortescue-Brickdale montre Titania, victime d'un sort orchestré par son coquin de mari ! Obéron a demandé au lutin Puck de verser sur les paupières de Titania endormie le suc d'une plante magique, substance ayant pour effet de rendre Titania temporairement amoureuse, à son réveil, du premier « mâle » qu'elle apercevrait. Pour pimenter son sort, Obéron a métamorphosé un voyageur de la forêt, un tisserand nommé Nick Bottom en homme à tête d'âne !
L'âne... animal associé à la sorcellerie du terroir, aux divinités nordiques (dieux Ases) ou au dieu Priape dans l'Antiquité... Un initiateur au caractère érotique, maître de sarabandes endiablées et aussi un symbole de sottise et de paresse en fonction des traditions. Créature fort intéressante à étudier via l'ouvrage d'Apulée (125-170 après J.-C) intitulé Les Métamorphoses ou L'Âne d'Or...
Shakespeare s'amuse par cette transformation à décrire le caractère facétieux et débridé du Petit Peuple, l'âne étant le plus souvent considéré comme un maître de l'énergie sexuelle. Obéron « offre » à Titania un amant qui incarne les forces satyriques, un substitut pour lui dire, à sa manière, qu'il la désire et qu'elle le rend fou.
Quelques scènes plus tard, Obéron restitue sa tête humaine à Bottom et s'excuse auprès de Titania puis les époux se renouvellent leurs vœux d'amour...

Héloïse (1100-1164) et Abélard (1079-1142), célèbres et infortunés amants...

Béatrice Portinari (1265-1290) et Dante (1265-1321)
Béatrice était la muse et le grand amour du poète florentin Dante. Ils tombèrent amoureux dans l'enfance. Béatrice avait huit ans et Dante, neuf ans...

Laure de Noves (1308 ou 1310-1348) et Pétrarque (1304-1374)
Laure de Noves, dite la belle Laure, fut la muse du poète Pétrarque et l'aïeule du Marquis de Sade.

Jeanne d'Arc (1412-1431)

La reine Catherine d'Aragon (1485-1536)

Catherine Douglas, alias Kate Barlass, figure célèbre du monde anglo-saxon, tenta d'empêcher l'assassinat du roi James Ier d'Écosse, le 20 Février 1437.

Guenièvre/Guinevere, célèbre épouse du Roi Arthur et amante du Chevalier Lancelot...

Guenièvre

Viviane et Merlin

Jeune fille en train de coudre dans un intérieur Tudor pour l'Histoire d'Elaine d'Alfred Tennyson.

Rencontre avec le Petit Peuple de la Forêt

Petites Fées de l'ancienne Angleterre, cachées sous les digitales.

Dans l'univers d'Eleanor Fortescue-Brickdale, Le Petit Page, une œuvre datée de 1905 et conservée au National Museum de Liverpool, occupe une place privilégiée.
Ce tableau plein de charme illustre un extrait d'une ballade anglo-écossaise intitulée « Burd Helen » « Helen de Kirkconnel » ou « Child Waters ». L’œuvre est issue des « Reliques de la Poésie anglaise ancienne » (1765) de Thomas Percy (1729-1811), évêque de Dromore en Irlande.
Helen est enceinte d'un homme infidèle, considéré comme un amant sans cœur. Elle tente de suivre son « amour » en se déguisant en page et elle est représentée dans une forêt, parmi des fleurs à caractère magique comme des églantines et des sureaux...
Elle s'apprête à couper sa superbe chevelure pour passer inaperçue.

La ballade connaît plusieurs versions... Dans certaines d'entre elles, Helen suit son amour en étant travestie en page et elle est soumise à de terribles aléas pour se rapprocher de lui. Dans d'autres versions, le cruel Child Waters la garde près de lui mais il l'oblige à revêtir des vêtements de garçon et à le servir, dans des conditions particulièrement difficiles, alors qu'elle est enceinte...
En revanche, dès que Helen accouche de son enfant, Child Waters reconnaît sa paternité. Il propose le mariage à la jeune femme en lui promettant de pouvoir « porter les plus belles soies » et décide que le baptême de leur enfant sera célébré le même jour que le mariage.
Helen avait été peinte par William Lindsay Windus (1822-1907), un artiste de Liverpool qui appartenait au mouvement Préraphaélite de la Première Génération. Eleanor Fortescue Brickdale lui a donné un charme bien particulier, au début de sa quête, le regard aux aguets... L'artiste fut plébiscitée par ses professeurs pour sa représentation du corps humain, son attention portée aux détails et à la beauté précieuse des couleurs. « Burd Helen » témoigne de ses magnifiques qualités.
Ses autres œuvres aussi...

La princesse faisant l'école buissonnière
A l'approche du Printemps, mes pensées fleuries d'amitié pour vous chers aminautes...
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