

En souvenir de Lady Marianne qui demeure, tendrement, dans nos pensées et maintenant, régi par Fardoise et LilouSoleil dont le nouveau blog est à l'adresse indiquée ci-dessous.
https://lilousoleil.wordpress.com
http://entretoilesetpapiers.eklablog.com
Pour le samedi 23 janvier et le samedi 30, le thème proposé par Fardoise est « La Toilette, L'Hygiène ».
A travers ce thème, donc, je prends un plaisir immense à vous parler de François Boucher (1703-1770)... Mes amies de toujours savent combien il a d'importance pour moi... C'est grâce à trois peintres : François Boucher (1703-1770), Antoine Watteau (1684-1721) et Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) que je me suis engagée dans des études d'Histoire de l'Art à l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux III et que mes passions m'ont amenée à faire un Doctorat.
Mon Mémoire de DEA était consacré à François Boucher, via les illustrations des Œuvres Complètes du Théâtre de Molière. Ce fut un travail des plus denses et gratifiants ! Un travail réalisé, ardemment, en DEA et poursuivi, tout aussi ardemment, pendant ma Thèse.

La Toilette, peinte en 1742, est l'une de mes œuvres préférées. Elle appartient à une série de tableaux que François Boucher a consacrés aux différents moments de la journée.
Devant une cheminée où crépite un feu vif, une jeune femme vêtue d'une robe blanche et bleue, un déshabillé coquet couleur de ciel, se love dans un univers paré de bibelots et d'objets de confort. Elle vient d'ajuster l'un de ses bas et attache gracieusement sa jarretière en montrant l'intérieur de sa cuisse. Sa dame de compagnie, élégante dans une robe à plis Watteau*, lui tend un petit bonnet très féminin. Un charmant félin joue à ses pieds.

L’œuvre, une délicieuse saynète de boudoir, fourmille de détails et d'ornements (miroir, éventail, pot en porcelaine, balai, chandelle allumée dans un bougeoir d'argent, lettre, soufflet, théière, tasses, oiseau en céramique, tissus, rubans...) On aperçoit les yeux d'un portrait que les spécialistes de Boucher ont attribué à la pastelliste et miniaturiste vénitienne Rosalba Carriera (1673-1757). On se régale du mouvement des étoffes et des drapés agrémentant la scène... Ondes précieuses de tissu qui attirent la lumière et qui offrent aux spectateurs leur énergie colorée.
Le thème du « placement du bas et de l'ajustement de la jarretière », particulièrement prisé dans les boudoirs au XVIIIe siècle, résulte d'une vogue lancée par Jan Steen (1626-1679), maître de la peinture hollandaise baroque. Montrer le bas dans son ajustement évoquait l'instant où l'amant, par le biais d'une lettre notamment, viendrait inviter sa belle à ôter ses vêtements pour se livrer aux plaisirs de la chair.

Installer le bas sur sa jambe et serrer la jarretière dans le but de s'en défaire un peu plus tard... Voici le propos de l’œuvre. N'oublions pas que nous sommes au XVIIIe siècle, à l'apogée du Libertinage ! La jeune femme se pare dans la perspective d'être, un peu plus tard, dévêtue.

Animal indissociable de la féminité, le chat, compagnon sensible et voluptueux, est le familier de la jeune femme en son intimité. Il file la métaphore érotique, avec sa pelote et ses babines retroussées. Un chat coquin, facétieux qui évoque la liberté des sens.
Sensualité de l’œuvre qui s'exprime à travers le feu brûlant dans la cheminée, le soufflet présent sur l'image et la chandelle en train de brûler. François Boucher tisse le scénario d'une future rencontre amoureuse, scénario qui s'enracine dans l'image de la lettre qui annonce, dans les tableaux du XVIIIe siècle, la venue d'un amant.

Avec sa peau nacrée, sa bouche couleur cerise, sa mouche au coin de l’œil droit, son regard vif et son petit nez mutin, la jeune femme incarne « l'Amoureuse », fraîche et voluptueuse, telle qu'aimaient la représenter les peintres du XVIIIe siècle.
*J'évoquais la robe à plis Watteau de la dame de compagnie.

J'apprécie beaucoup ce style de vêtements que l'on retrouve dans les œuvres peintes par le maître Antoine Watteau (1684-1721) dans le cadre de la Fête Galante. François Boucher a très souvent représenté des robes à plis Watteau et des personnages vus de dos, comme les aimait Antoine Watteau.

A travers la myriade de détails qui agrémentent l’œuvre, on savoure des motifs exotiques qui correspondent à la vogue des Chinoiseries. Cela est d'autant plus marqué que François Boucher était un collectionneur passionné d'objets orientaux. Il possédait une magnifique collection de paravents, d'étoffes ornées d'oiseaux, de théières, de vases en céladon, de bibelots en forme de petits personnages et d'oiseaux, de miroirs au cadres ouvragés... Il avait réuni, semble-t-il, près de 800 objets que les collectionneurs s'arrachèrent après son décès.

François Boucher, L'Odalisque après la toilette, une des versions réalisées vers 1743...
Artiste prolifique, François Boucher apparut comme le maître de la Peinture Galante, un maître de l'Érotisme sous le règne de Louis XV (1710-1774), témoignant de l'art de vivre à son époque avec une sensualité ardente et un sens du détail qui force l'admiration.
Il naquit à Paris et fut initié aux techniques décoratives par son père, Nicolas Boucher, ornemaniste et marchand d’estampes. Âgé de 17 ans, il exerça ses talents chez des maîtres illustrateurs comme François Lemoyne et Jean-François Cars. (Nous voici dans ma Thèse de Doctorat car j'ai collecté, recensé, étudié les dessins réalisés par François Boucher pour la Nouvelle Édition de l’Histoire de France du Père Daniel, en 1722).
Peintre d'histoire émérite, François Boucher fut gratifié en 1723 du Premier Prix de Peinture de l'Académie avec « Evilmérodach, fils et successeur de Nabuchodonosor, délivrant Joachim des chaînes dans lesquelles son père le retenait depuis longtemps. »
Il voyagea en Italie, étudia à Rome, rencontra le maître Giambattista Tiepolo (1696-1770) et fut agréé, le 24 novembre 1731, peu de temps après son retour à Paris, comme Peintre d'Histoire à l'Académie. Il devint Académicien, le 30 janvier 1734 avec le superbe « Renaud et Armide »...
Sa carrière fut des plus prestigieuses. Il devint Professeur en 1737, puis Directeur de l’Académie et il fut nommé Premier Peintre du Roi en 1765. Son rôle, dans les Manufactures Royales de Tapisserie et de Porcelaine, à Aubusson et à Sèvres mais aussi à Versailles, dans la Chambre de la Reine ou encore au Cabinet des Médailles fut majeur.
Il fut particulièrement lié avec Madame de Pompadour (1721-1764), à qui il enseigna la Peinture et le Dessin. Une amitié des plus solides les unit ainsi qu'une complicité artistique, un amour du Beau, du Savoir, de la Connaissance partagée.
Son épouse, Marie-Jeanne Buseau (Buzeau) (1716-1796), qui était miniaturiste et créatrice de gravures, joua pour lui, souvent, le rôle de modèle. Ils eurent trois enfants prénommés Jeanne-Élisabeth-Victoire (1735), Juste-Nathan (1736) et Marie-Émilie (1740).
François Boucher peignit de nombreux Tableaux Historiques, des Séries sur les Saisons et les Heures du Jour, des Pastorales, des Chinoiseries, des Scènes d'Intérieur dans lesquelles il montra son attirance vive pour l'art des peintres néerlandais. Il « gourmanda » dans ses œuvres le corps des femmes, peignant le Désir, le Plaisir, la Nudité avec une audace rieuse. Il réalisa une myriade d'illustrations pour des livres d'histoire, des romans, des recueils de poésie... Il fut un artiste incontournable du temps des Lumières ! Maître du style dit Rocaille ou Rococo.
Sur La Chimère écarlate, j'ai choisi une œuvre de l'artiste décorateur Paul Baudry (1828-1886), intitulée La Toilette de Vénus.


De belles pensées pour vous, chers Aminautes et de gros bisous .
Prenez bien soin de vous !
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