
Je vous invite à une promenade à Moret-sur-Loing, charmante petite ville de Seine-et-Marne située en lisière de la forêt de Fontainebleau, sur les bords de la rivière Loing. Mes photos ont été prises entre été et automne, avant confinement.

En introduction à cette balade, j'ai choisi pour honorer le rendez-vous du poème du Mardi, en souvenir de Lady Marianne, une poésie de Robert Desnos (1900-1945), poète, écrivain et journaliste, de sensibilité Surréaliste qui mourut du typhus dans les abysses du camp de concentration de Theresienstadt (en Tchéquie).
La Rivière
« D’un bord à l’autre bord j’ai passé la rivière,
Suivant à pied le pont qui la franchit d’un jet
Et mêle dans les eaux son ombre et son reflet
Au fil bleui par le savon des lavandières.
J’ai marché dans le gué qui chante à sa manière.
Étoiles et cailloux sous mes pas le jonchaient.
J’allais vers le gazon, j’allais vers la forêt
Où le vent frissonnait dans sa robe légère.
J’ai nagé. J’ai passé, mieux vêtu par cette eau
Que par ma propre chair et par ma propre peau.
C’était hier. Déjà l’aube et le ciel s’épousent.
Et voici que mes yeux et mon corps sont pesants,
Il fait clair et j’ai soif et je cherche à présent
La fontaine qui chante au cœur d’une pelouse. »

La rivière Loing, affluent de la Seine, nous conduit aux séduisants vestiges des fortifications de ce bourg aux origines gallo-romaines et riche de belles enseignes, de heurtoirs et de façades ouvragées.


Avant de suivre, dans de prochains articles, le cours de l'eau, je vous propose de vous arrêter devant l'entrée de Moret où se dresse le monument commémoratif au peintre Alfred Sisley, figure marquante de la ville. Nous contemplerons ensuite les détails de la Porte de Samois.
Le monument dédié à Alfred Sisley fut commandé par « un comité de notables et d'amis du peintre » et réalisé par le sculpteur Eugène Thivier (1845-1920). La fille d'Alfred Sisley demanda à Auguste Rodin (1840-1917) de concevoir le buste de son père et Rodin accepta mais le comité préféra faire appel à Eugène Thivier.


Alfred Sisley (1839-1899) tomba amoureux de Moret-sur-Loing où il s'établit définitivement à partir de novembre 1889. Passionné par la peinture et les musées de Londres (ses parents étaient anglais mais il naquit à Paris), il fit ses études à l’École des Beaux-Arts, dans l’atelier de Charles Gleyre (1806-1874), en compagnie des peintres de Barbizon. Il se lia également d'amitié avec Frédéric Bazille, Claude Monet et Auguste Renoir.
Sa famille ayant connu la ruine financière pendant la Guerre de 1870 (ses parents étaient de riches négociants spécialisés dans le commerce avec l'Amérique du Sud), il essaya de vivre de sa peinture mais il n'y parvint pas. Il fut apprécié par de nombreuses personnes mais jusqu'à la fin de ses jours, les problèmes d'argent s'accumulèrent... Face aux créanciers qui se succédaient, il dut changer de domicile souvent mais il trouva une forme d'harmonie personnelle et artistique sur les bords du Loing, à Moret et dans les petites villes alentour.

Le 19 janvier 1892, les mots qu'il écrivit à son ami Tavernier résument son amour de Moret...
« Je suis donc depuis bientôt 12 ans à Moret ou aux environs. C’est à Moret devant cette nature si touffue, ses grands peupliers, cette eau du Loing si belle, si transparente, si changeante, c’est à Moret certainement que j’ai fait le plus de progrès dans mon art; surtout depuis trois ans. Aussi quoiqu’il soit bien dans mes intentions d’agrandir mon champ d’études, je ne quitterai jamais complètement ce coin si pittoresque. »

Allégorie de l'Art

La vie matérielle fut très dure pour Alfred Sisley (comme pour tant d'autres hélas...) qui mourut d'un cancer, le 29 janvier 1899, dans une grande détresse morale et physique. Le 8 octobre 1898, il avait perdu sa femme, Marie-Eugénie Lescouezec, mère de ses trois enfants, Pierre (né en 1867), Jeanne (née en 1869) et Jacques (né en 1871).
Toute sa vie, il se battit contre la pauvreté et aujourd'hui, ses toiles sont exposées dans les plus grands musées du monde. Certaines se sont vendues plusieurs millions d'euros !
Nous y reviendrons lorsque je vous emmènerai sur les berges du Loing. En attendant, je vous propose d'entrer dans Moret par la Porte de Samois...

La Porte de Samois qui déploie sa belle architecture à seulement quelques mètres du monument à Alfred Sisley. Elle évoque la riche histoire de Moret « établie » sur le Loing.
En 1081, Philippe Ier (1052-1108), roi de France, échangea auprès du duc de Bourgogne la petite ville de Moret contre des moulins et des fiefs situés, un peu plus loin, à Montereau. Moret devint une ville frontière, une possession capétienne prisée et convoitée de par sa position sur le Loing, rivière se jetant dans la Seine, sa proximité avec la forêt de Fontainebleau et sa situation sur la route qui menait de Paris à la Bourgogne.
Des fortifications furent construites sous le règne de Philippe-Auguste (1165-1223, a régné de 1180 à 1215). Elles comprenaient un château doté d'un puissant donjon, vingt tours, quatre poternes et trois portes.
Un pont fut également construit à la fin du XIIe siècle. Un ouvrage associé à une série de fortifications qui permettaient de percevoir l'octroi, soit les taxes sur les marchandises transportées.
Les rois de France aimèrent beaucoup Moret qu'ils fréquentèrent en alternance avec Fontainebleau. Henri IV (1553-1610) notamment, vint y rendre visite à sa maîtresse Jacqueline de Bueil (1588-1651), Comtesse de Moret, qui avait établi sa résidence au donjon.

Le nom « Moret » semble avoir plusieurs origines...
Le nom celtique Mor/Morée signifie « marécage, lieu mêlé de terre et d'eau » mais aussi « frontière ».
Le mot « Muritum » issu du Bas-Latin évoque « un petit mur destiné à protéger un lieu de passage à gué sur le Loing. »
Le terme « Moret » pourrait également être lié à un mot issu de la langue romane : « Meure », associé au miel.
La Porte de Samois, majestueuse, accueille Morétains et visiteurs. Il s'agit d'une tour-porte de plan carré, conçue de la même manière que la Porte de Bourgogne qui donne sur le Vieux Pont, de l'autre côté de la rue Grande, l'un des axes principaux de la ville. Nous irons par là-bas dans quelques temps...


Deux puissants contreforts surmontés de tourelles en surplomb rythment la façade extérieure, réalisée au XIIe siècle. Les tourelles abritent un escalier et une échauguette dédiée à la surveillance. Il n'y avait pas de pont-levis pour entrer dans la ville mais un passage sous une herse et s'enfonçant entre de solides vantaux. Activement gardée, la herse était accessible par une porte ouvrant sur le chemin de ronde qui desservait la grande muraille de Moret (muraille qui n'existe plus).



Vers l'extérieur, le monument était décoré d'un blason soutenu par des anges et du côté de la ville, au revers de la porte, on aperçoit une belle statue de la Vierge.


« Garder/Tenir l'Espérance »...

Une « curiosité » attire également l'attention des visiteurs. Un boulet de canon qui nous rappelle que Moret fut rudement éprouvée par les guerres qui opposèrent la France de Napoléon (1769-1821) et les puissances alliées d'Autriche, de Prusse, de Russie et du Royaume-Uni. Dans ce contexte, Moret se retrouva encerclée par des troupes austro-russes le 15 février 1814.
L'armée française détruisit une partie du pont situé sur le Loing pour bloquer la progression de l'ennemi et cette manœuvre fut efficace. Les troupes austro-russes levèrent le siège trois jours plus tard mais avant de partir, elles tirèrent une grande quantité de boulets de canons sur la ville. Un boulet fut trouvé encastré dans une maison proche du Loing. Il fut récupéré et scellé dans la Porte de Samois pour ne pas oublier ces tragiques événements...
A proximité, sise à côté de la Mairie, se dresse une maison à colombages qui rappelle la venue de Napoléon à Moret.

De retour de l'île d'Elbe, il passa la nuit du 19 au 20 mars 1815 dans l'une des chambres de la demeure. Dernière halte sur sa route avant de partir vers la capitale pour rejoindre le Palais des Tuileries et reprendre une ultime fois le pouvoir, au cours d'une période restée célèbre sous le nom de Cent-Jours.

La maison où dormit Napoléon est aujourd'hui dédiée aux Amis d'Alfred Sisley.

On peut découvrir dans une charmante atmosphère la vie et l’œuvre du peintre Sisley. Nous aurons l'occasion d'y revenir.

Petits personnages et créatures chimériques décorent l'ancienne Maison Napoléon.



Dans de prochains articles, nous verrons d'autres monuments et ornements conservés à Moret, délicieuse petite ville de carte postale. Nous nous intéresserons aussi à l'une des spécialités locales : le Sucre d'Orge créé par des Sœurs Bénédictines en 1638 sous le règne de Louis XIV (1638-1715).
Nous reviendrons donc à Moret avec plaisir... Enfin, je l'espère, sourires...

Un petit personnage, sur une vieille porte... Un chuchoteur des légendes du Temps...
Merci de votre fidélité chers Aminautes, je vous adresse de belles pensées... Amicalement vôtre !
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