

En souvenir de Lady Marianne à qui nous pensons bien fort et désormais sous l'égide de Fardoise et de Lilou.
https://lilousol.wordpress.com/category/tableau-du-samedi
Voici le thème proposé pour le samedi 29 février par Fardoise : « Mardi Gras et Carnavals. ».
http://entretoilesetpapiers.eklablog.com/
J'ai choisi cette œuvre pétillante, réalisée par l'artiste Frank Xavier Leyendecker (1876-1924), qui met en scène un rendez-vous amoureux pendant le Carnaval. Colombine est dans les bras d'Arlequin et leur étreinte pleine de vitalité nous invite à nous plonger dans l'univers foisonnant de la Commedia dell'Arte, genre théâtral originaire d'Italie et peuplé de figures costumées et/ou masquées.

Le Carnaval, temps entre les temps, est lié à de grands mouvements de foule et ici, l'action est centrée sur deux amants facétieux, observés/surpris par un troisième lascar... Pierrot le lunatique, l'un des protagonistes de nos comptines d'enfance...

Héros de l'espace temps mystérieux du Carnaval, les personnages sont « évolutifs ». Ainsi, Colombine apparaît, en fonction des récits, comme la fiancée de Pierrot ou comme la maîtresse ou l'épouse d'Arlequin.
Dans le folklore, Pierrot et Arlequin sont tantôt rivaux, tantôt identifiés comme les deux faces d'un même personnage, un être mystérieux venu du fond des âges. Cette figure symbolique possède une face ludique et plutôt sombre et inquiétante sous son costume aux losanges colorés (Arlequin) et une face romantique, songeuse et douce (Pierrot).
Colombine oscille entre ces deux principes masculins. Aimée des deux dans le cadre luxuriant du Carnaval et au fil de l'année calendaire, elle incarne l'aspect sensuel et joyeux de la Déesse Blanche des mondes celtiques. Elle est la jeune Lune pleine de fièvre créatrice et de potentiel de fécondité et le Dieu des Temps Anciens vient à elle tantôt comme Pierrot, tantôt comme Arlequin.
Dans de nombreuses saynètes de Commedia dell'Arte, Pierrot ou Pedrolino, le rêveur, le candide, aime Colombine, appelée la confidente, la danseuse, la blanchisseuse, une soubrette hardie au franc-parler. Pierrot voudrait la séduire mais il a peur de la sexualité. Effrayé par l'idée même du contact physique, il ne sait comment franchir cette étape initiatique de la vie alors qu'Arlequin se montre sans souci sensuel et entreprenant.


Colombine est avenante. Elle est vêtue de blanc mais elle n'est pas virginale. Elle aime les plaisirs de l'amour et ne résiste pas au charme d'Arlequin perçu, comme je le disais plus haut, tantôt comme son mari, tantôt comme son amant. Elle porte un charmant petit bonnet et les fleurs qui parent sa tenue évoquent la fécondité de Flore, la déesse du Printemps. On la nomme parfois Arlecchina, Corallina, Lisetta, Camilla, Ricciolina...

Héros de pantomimes appelées Arlequinades, Arlequin est présenté soit comme un personnage grossier, trublion, farfelu, soit comme un être plus intelligent et subtil. Il arbore l'habit bariolé, constitué de losanges de différentes couleurs et son objet fétiche est une batte, symbole de vigueur phallique.

Composé de deux triangles, le losange est un symbole archaïque qui unit le principe féminin et le principe masculin. Il représente la rencontre de la terre et du ciel, la fertilité.

Arlequin est une émanation d'un esprit très ancien, appelé Hellequin et considéré comme le maître de la Chasse Sauvage. A la tête de la Chasse Sauvage, Volante ou Fantastique, concentrant la puissance du dieu nordique Odin, il menait « la Mesnie Hellequin », un cortège d'âmes errantes et de guerriers furieux. Considéré comme le Diable au Moyen-Âge, il devint au fil du temps un personnage à l'humour cabochard, spécialiste de farces et créateur de situations que l'on préférerait éviter.
Il porte différents noms : entre autres Alichino dans la Divine Comédie du poète latin Dante et Erlkönig dans les Légendes Germaniques où il est un farfadet chaotique... Il a également inspiré le Joker des Comics et sa moitié, en l'occurrence Harley Quinn (Arlequine) est une version plus déjantée de Colombine !

Le Joker et Harley Quinn, émanations de Arlequin et Colombine...

Frank Xavier Leyendecker, l'auteur du tableau qui m'a inspiré ce billet...
Illustrateurs stars aux États-Unis au début du XXe siècle, Frank Xavier Leyendecker (1876-1924) et son frère, Joseph Christian Leyendecker (1874-1951) furent très appréciés pour leurs affiches, leurs tableaux, leurs créations publicitaires, leurs livres, leurs couvertures de magazines.
Ils naquirent en Allemagne et leur famille s'installa à Chicago en 1882.
Ils suivirent, dans leur adolescence, une formation de graveurs et de verriers dans des ateliers privés puis ils étudièrent à l'Institut d'Art de Chicago avant de se rendre à Paris où ils s'inscrivirent à la célèbre Académie Julian.
En 1899, ils revinrent à Chicago et en 1900, ils s'établirent à New York où ils partagèrent un atelier. Leur carrière fut fructueuse, leur talent recherché mais Frank Xavier mourut bien avant son frère. Sa santé était précaire depuis l'enfance. Souffrant de douleurs chroniques, il avait développé une attirance pour les drogues et fut victime d'une overdose de morphine.
J'ai pris grand plaisir à vous présenter cette œuvre gorgée d'un charme facétieux, liée au temps du Carnaval et si vous désirez voir un autre Tableau du Samedi, vous pouvez vous rendre sur La Chimère écarlate où j'ai publié un billet consacré au Bal Masqué d'Albert Lynch (1851-1912).

http://chimereecarlate.over-blog.com/2020/02/le-tableau-du-samedi-albert-lynch-le-bal-masque.html
Avec mes meilleures pensées, chers Aminautes. Prenez bien soin de vous en ces temps troublés et gare aux giboulées...
Gros bisous et vive la fête masquée !

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