
Décembre se poudre de lumière festive et Saturne l'Ancien nous invite au jardin, en compagnie de ses amis Cérès, Pomone et Vertumne. Pour retrouver l'histoire de ces élégantes statues, il suffit de cliquer ICI.

Saturne, dieu de l'hiver, maître des Saturnales que nous célébrons toujours sous le nom de Yule ou de Noël, est une force sereine, un gardien du temps et des usages magiques qui rythment cette période de l'année. Vous apprécierez la puissance évocatrice de ses mains et le travail de sculpture effectué sur le brasero qu'il tient.

Le regard de Cérès, déesse des moissons, se perd dans le bleu intense et glacé du ciel.

L'année s'achève et la Nature, doucement, sombre dans un sommeil poétique. L'atmosphère du jardin devient plus propice à l'introspection.

Malgré le froid ambiant, la rondeur avenante des bassins où s'ébattent canards et mouettes attire les promeneurs.





Le long des arcades de la rue de Rivoli, le Grand Couvert ou zone boisée du jardin nous offre une vaste respiration. Divisé en deux parties par la grande allée dessinée par André Le Nôtre (1613-1700), il accueille des statues anciennes et des œuvres contemporaines.

L'Hercule Farnèse de Giovanni Comino (actif en 1670 et mort en 1708) se dore au soleil. Ce marbre, créé entre 1670 et 1672, fut placé en 1790 dans le jardin.

Autour de nous, les grands platanes n'ont pas encore perdu toutes leurs feuilles. Il reste de l'or en suspension.



Les arbres prennent, avec leurs branches croches, des allures de créatures de contes de fée...

Dernière parure d'automne avant le règne de l'hiver.

La Grande Roue de la place de la Concorde clôt la perspective du jardin. Elle se dresse sur l'axe est/ouest voulu par Le Nôtre et qui se déploie, depuis les jardins du Carrousel, vers l'Arc de Triomphe et les tours contemporaines de la Défense.

Horloge futuriste et gardienne des secrets de la ville, avec l'obélisque de la place de la Concorde en guise d'aiguille, elle rythme la période des fêtes. Roue des cycles calendaires et du temps qui s'écoule, elle nous offre, dès que la nuit s'anime, ses mouvantes lumières.

Photo prise avec mon téléphone portable
Intéressons-nous à présent au remarquable agencement dit du « fer à cheval » créé par André Le Nôtre. Vous l'apercevez au pied de la roue : deux rampes qui encadrent un bassin hexagonal conduisent à deux vastes terrasses, la terrasse du Bord-de-l'Eau, côté sud, qui mène à l'Orangerie et la terrasse des Feuillants, côté nord, où se dresse l'élégant Jeu de Paume entouré de parterres fleuris.

Les pans coupés des deux terrasses et les rampes en fer à cheval dont la pente douce enserre les bordures du grand bassin se fondent avec majesté dans le paysage. Depuis 1719, on admire en ces lieux quatre groupes sculptés, représentations allégoriques de fleuves et de rivières soit :
- Le Tibre de Pierre Bourdict (sculpteur connu entre 1684 et 1711),
- Le Nil de Lorenzo Ottoni (1648-1736),
- La Seine et la Marne de Nicolas Coustou (1658-1733),
- La Loire et le Loiret de Corneille Van Cleve (1645-1732).

La Loire et le Loiret, moulage réalisé au début du XVIIIe siècle d'après l’œuvre originale de Corneille Van Cleve.



Nous sommes entre automne et hiver mais j'ai rajouté à mon article deux photos de ce beau groupe sculpté, prises au début du printemps.

La Seine et Marne, moulage réalisé au début du XVIIIe siècle d'après l’œuvre originale de Nicolas Coustou.

La Seine et la Marne et La Loire et le Loiret sont le fruit d'un ambitieux programme politico-culturel orchestré par Jules-Hardouin Mansart (1646-1708), Surintendant des Bâtiments du Roi à partir de 1699.

Mansart commanda quatre grands groupes pour le Bassin des Nappes du château de Marly, résidence bucolique de Louis XIV située dans les Yvelines. Le Roi Soleil apprécia tout particulièrement cet ensemble élégant qui illustrait l'un de ses grands projets à caractère mythologique.

Les marbres de Corneille Van Cleve et de Nicolas Coustou étaient associées à des Nymphes (disparues), œuvres d'Anselme Flamen (1647-1717) et de Simon Hurtrelle (1648-1724) qui comptèrent parmi les meilleurs sculpteurs de Versailles.
En 1719, La Seine et la Marne et La Loire et le Loiret furent installés aux Tuileries, au pied du fer à cheval imaginé par Le Nôtre. Le régent Philippe d'Orléans (1674-1723) fut à l'initiative de ce déplacement car les Tuileries, magnifique jardin de broderies n'accueillait pas encore de statues. Le Régent voulait également offrir au jeune Louis XV, installé aux Tuileries après la mort de son arrière grand-père Louis XIV, un cadre familier.

Le Nil
Le Nil et Le Tibre rejoignirent aux Tuileries les prestigieux marbres de Marly. Il s'agit de copies d'antiques réalisées par des sculpteurs de la Rome baroque.

Pauvre petit génie qui a perdu sa tête !

Le dieu Nil est accompagné d'un sphinx et de 16 petits génies qui représentent les seize coudées du niveau d'eau maximal atteint par le fleuve lors de sa crue.
A la Révolution, d'autres sculptures de Marly furent saisies et placées dans le « Jardin National » des Tuileries et à partir de 1870, le musée du Louvre eut pour mission de protéger ces statues du vandalisme et des morsures du climat parisien.
En 1993, dans la lignée des travaux de la Pyramide du Louvre, les marbres de Marly ont été installés dans la Cour Marly. Les sculptures que nous contemplons aux Tuileries sont des copies altérées par le temps. Elles sont si jolies, une restauration ne serait pas de trop !

Le Tibre
La statue originale du Tibre fut découverte à Rome, en 1512, sur le site de l'ancien sanctuaire des dieux Isis et Sérapis. Le dieu fleuve est représenté de manière traditionnelle c'est à dire barbu et à demi-couché. Il tient une rame, symbole de la navigation et sa grande corne d'abondance évoque les vertus nourricières de l'eau qui traverse la Ville Éternelle.

Il est accompagné par la Louve romaine et les jumeaux Romulus et Rémus.
L'iconographie du Nil et du Tibre nous ramène à l'époque d'Hadrien (117-138 après J.-C) mais les chercheurs ignorent quand les originaux de ces statues ont pu être réalisés. Un mystère qui sera peut-être percé un jour ?

Vue printanière sur le côté sud du fer à cheval avec l'Orangerie, les copies d'antiques et les marbres de Marly que je vous ai présentés.
Gageons que Le Nôtre aurait apprécié de voir son magnifique jardin à la française ainsi paré et qu'il serait satisfait que tant de visiteurs se pressent, chaque année, dans cette galerie de sculptures à ciel ouvert !
Je vous souhaite, chers aminautes, d'excellents préparatifs de Noël et vous remercie de votre fidélité. Amicales pensées !

