
Elle se dresse, élégante, sous les arbres du parc dont elle constitue l'une des fabriques, petite chapelle aux lignes pures qui fut consacrée en 1864.

Elle fut construite pour Alfred Caillebotte, demi-frère de Gustave, qui était prêtre et son nom est emblématique du charme bucolique de l'endroit.


Quand on s'approche, on imagine un ancien lieu de culte lunaire associé à une déesse mère parée de lierre, le « Gort » de la tradition celtique qui signifie « l'embrassement » mais il apparaît surtout que la chapelle soit liée à la rivière et que le nom qu'elle porte soit le fruit d'un jeu d'écriture.
A travers son nom, il faut « entendre » Notre-Dame de l'Yerres, rivière dont je vous ai parlé mais pour les personnes qui n'auraient pas lu mon premier article sur la propriété Caillebotte, voici ce que j'avais écrit :
Cette rivière, en partie souterraine sur son cours supérieur, naît en Seine-et-Marne, à Courbon, près de l’étang de Guerlande. Elle « nourrit » les villages de Soignolles-en-Brie et de Brie-Comte-Robert, traverse le département de l’Essonne et rejoint la Seine à Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne. Sinueuse à son point de départ, elle se nourrit de sources et de rus pour franchir autant de communes rurales que d'espaces très urbanisés. Son principal affluent se nomme Le Réveillon.

Créature de nuages à sa surface...

Bijou d'architecture, Notre-Dame du Lierre (ou de l'Yerres) mêle dans sa structure des éléments de style roman comme les baies en plein-cintre et des formes élancées et ciselées de style gothique.


J'écrivais plus haut qu'elle avait été construite pour Alfred Caillebotte...
Petite incursion dans l'histoire de la famille Caillebotte

Rising road (Route ascendante), 1881.
Vous l'avez constaté en vous « promenant » à travers mes articles, Gustave Caillebotte n'était pas un artiste maudit. La réussite de son père, Martial Caillebotte, lui permit d'être un généreux mécène pour les peintres impressionnistes et de pouvoir contribuer à la constitution d'une collection d’œuvres emblématiques de l'Impressionnisme, au-delà de ses propres réalisations.
Grâce à la fortune paternelle, Gustave créa ses tableaux dans un cadre privilégié et l'un de ses frères, nommé Martial comme le père providentiel, put donner libre cours à sa passion pour la photographie.

Martial (1853-1910) et Gustave (1848-1894). Collection particulière.
Issu d’une famille très fortunée de la bourgeoisie du Second Empire, Martial père naquit à Domfront, dans l’Orne, le 8 avril 1799. Négociant en draps, il avait hérité en 1830 de l’affaire familiale qu'il fit prospérer en venant à Paris. Puissant industriel, il fut également juge au Tribunal de Commerce de la Seine et reçut la distinction de Chevalier de la Légion d'Honneur. A travers l’histoire de sa famille, c’est l'histoire de l'élaboration des fortunes dans le Paris haussmannien qui nous est révélée.
Martial Caillebotte père eut plusieurs fils : Alfred (1834-1896), né d'un premier mariage, Max qui mourut à la naissance dans le cadre d'un second mariage et, fruits d'une troisième union : Gustave, le célèbre peintre, Martial qui devint photographe et René qui mourut à l'âge de vingt cinq ans.

Le jeune à la fenêtre, 1876. (Ce portrait rend hommage à René, disparu le 1er novembre 1876. Il est emblématique d'une veine de portraits, fascinants et énigmatiques, présentés de dos).
Alfred fut ordonné prêtre en 1858 et il eut semble-t-il, tout au long de sa vie, de bonnes relations avec ses demi frères. Doté d'une grande spiritualité, il fut vicaire de l'église Saint-Jean-Baptiste de Belleville puis curé de la toute nouvelle église Saint-Georges-de-La-Villette et enfin abbé de la célèbre Notre-Dame-de-Lorette.
La construction de la chapelle Notre-Dame du Lierre était une façon pour son père de « l'inclure » dans l'existence de la famille Caillebotte recomposée.

Photographie de Martial Caillebotte « montrant » Gustave en promenade avec sa chienne Bergère, sur la place du Carrousel. Collection particulière.
Une très belle relation unit Gustave à ses frères et plus particulièrement à Martial auprès de qui il donnait aisément libre cours à son inspiration.

Photo de Martial qui était aussi un remarquable pianiste.
Gustave et Martial aimaient décrire chacun à leur manière les grandes modifications de leur temps et cette entité fascinante qu'était Paris en pleine mutation : les nouveaux squares et les jardins haussmanniens, les immeubles élégants, les infrastructures comme les gares, les ponts, les voies de communication... et bien évidemment les bords de rivières, les charmes secrets de l'eau, les loisirs aquatiques, les voiliers, les régates, le canotage... Ils aimaient aussi présenter leurs proches dans un cadre de vie plus intime.

Un balcon, boulevard Haussmann, 1880.

Les canotiers, 1877.
Le 7 mai 1881, Gustave et Martial firent l'acquisition d'une parcelle au Petit Gennevilliers, au lieu-dit « L'île aux draps », proche du Cercle de voile de Paris, entre les ponts d'Argenteuil et de Colombes et s'y adonnèrent à leurs passions communes : philatélie, horticulture, yachting...

Le bateau jaune, 1891.
En 1887, après le mariage de Martial avec Marie Minoret, mariage célébré par Alfred, Gustave racheta les parts que Martial possédait au Petit-Gennevilliers. Il fit agrandir la propriété et s'y installa définitivement pour y dessiner et construire des bateaux, y jouir des plaisirs de la voile et entretenir une collection florale dans de remarquables serres. Il y mourut hélas, encore jeune, d'une congestion cérébrale, mais ceci est une autre histoire...
Les femmes furent aussi très importantes dans la famille Caillebotte. Il y eut notamment Léonie, sœur d'Alfred, qui mourut quand elle n'était qu'une petite fille et dont le souvenir hanta les jours de Martial Caillebotte père. Il y eut Céleste Daufresne, la matriarche, mère de Gustave, de Martial et de René et Marie Minoret qui eut deux enfants avec Martial : Geneviève et Jean.

Quatre femmes à Yerres, à l'ombre des orangers...
Au premier plan dans la jolie robe bleue, on voit Marie Caillebotte, cousine de Gustave, puis dans un effet de perspective, l’artiste a représenté Marie Amanda Chaumont, sa tante, Madame Hue, une amie de la famille et enfin sa mère Céleste Daufresne, près du parterre de pélargoniums.

Une photographie de la famille Caillebotte déjeunant à proximité d'Aix.

Contempler la jolie chapelle Notre-Dame du Lierre m'a donné envie de vous parler de cette famille dont les membres furent des témoins privilégiés des évolutions de leur temps.
Je compte publier des articles cet été alors je vous donne rendez-vous dans quelques jours pour d'autres « aventures » artistiques. En attendant, je vous fais de gros bisous, merci de votre fidélité !

J'ajoute ces roses... pour le blogueur Marc de Metz, pour sa famille et ses amis. Marc nous a quittés. J'avais échangé quelques pensées très gentilles avec lui. Nous nous connaissions peu mais j'avais conservé le souvenir d'un homme attentif aux autres et généreux. Je pense à mon amie Annick qui l'appréciait énormément. Je déteste sentir qu'une amie a de la peine...
Lien vers le très bel article hommage qu'Annick lui a consacré...
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