
L'oeuvre est cocasse, poétique et teintée d'une énergie provocante. Ses couleurs respirent, sur un vieux mur, à l'angle de la rue des Archives et de la rue des Haudriettes (Souvenez-vous de la fontaine à la nymphe et de l'échelle patibulaire du Temple...).
Signée Combas -Robert Combas- elle porte un nom qui interpelle : La femme lumière de l'homme.

Créateur fantasque, trublion inclassable, touche à tout facétieux, Robert Combas est né à Lyon, le 25 mai 1957. Il a grandi à Sète, dans l'Hérault et dès l'enfance, il s'est passionné pour la peinture et le dessin.
En 1980, il obtient son diplôme national des Beaux Arts dans la ville de Saint-Étienne et il se fait remarquer par Bernard Ceysson, le directeur du musée municipal. Dans la foulée, il intéresse les marchands d'art Bruno Bischoberger et Daniel Templon et, en 1982, il débute une collaboration fructueuse avec le collectionneur et galeriste Yvon Lambert. Pendant plus d'une décennie, il expose en Europe et aux États-Unis, surtout à New York, dans la galerie du célèbre mécène et marchand d'art Léo Castelli.

Robert Combas, photographié en 2012 lors de l'exposition de ses œuvres à Lyon.
Son inspiration volubile et subversive s'enracine dans la culture rock, la bande dessinée, les affiches publicitaires, le Pop Art, l'Art Brut et son nom est indissociable du mouvement pictural « Figuration Libre », baptisé ainsi par l'artiste Ben dans les années 1980.
« La Figuration Libre c’est faire le plus possible, ce qu’on veut le plus personnellement, le plus librement... » R C.
Fier de ses origines ouvrières, il a accompli dans sa jeunesse de nombreuses déambulations dans Barbès, ce qui lui a fait qualifier son travail de « Pop Art Arabe ». Il a « dévoré » tout ce qu'il voyait, les visages, les silhouettes, les ombres des passants, les vieux cartons, les morceaux de papier, les effets de matière sur les trottoirs, les lumières et les reliefs ambivalents des devantures. Nombre d'étudiants en art redoutent d'aborder son œuvre tant ses influences sont éclectiques voire qualifiées de « pantagruéliques » !

Elle... Œuvre exposée dans la Galerie Laurent Strouk.
Fervent admirateur de Toulouse-Lautrec, de Jean Dubuffet, de Picasso et de Warhol, il est également fasciné par la calligraphie, les bestiaires médiévaux et les tableaux de maîtres comme Goya ou Vélasquez. Avide de réinterpréter la peinture classique, il fait parler, de façon très personnelle, toiles et murs et griffe en s'amusant, avec une énergie adolescente et une vigueur explosive, les émotions de ceux qui partent à l'abordage de ses créations.
Souvent comparé à Keith Haring et à Jean-Michel Basquiat, il fascine et dérange à la fois le public et les historiens d'art, d'ailleurs les spécialistes n'y vont pas de main morte. Certains voient dans son œuvre des gribouillis vulgaires, des couleurs criardes, de la maladresse mal déguisée, fruit de l'action d'un imposteur. D'autres, qui le considèrent comme un nouveau Picasso, apprécient la vigueur de son trait, la puissance évocatrice des couleurs qu'il distille, son humour souvent féroce et le langage décalé qu'il déploie dans l'espace urbain. Vous l'avez donc compris, il n'y a pas de demi-mesure en ce qui le concerne et de toute manière, il aime que les avis sur son travail soient à ce point tranchés.
Avant de vous montrer plus de détails de La femme lumière de l'homme, je vous invite à contempler certaines de ses influences. Je ne présenterai pas les incontournables Warhol et Picasso ainsi que Vélasquez et Goya. J'ai choisi ce que Combas préfère à travers les principales caractéristiques des œuvres de Ben, de Jean Dubuffet, de Keith Haring et de Jean-Michel Basquiat.

Ben (Né à Naples en 1935).
Benjamin Vautier aime peindre des mots, écrire avec une énergie enfantine sur ce qui ressemble à un tableau noir d'écolier. Ses œuvres poétiques sont l'émanation de la Figuration Libre : « Tout est art et tout est possible en art »... « Je peux tout me permettre... » « J'écris donc je peins avec des mots »...

On retrouve nombre de ses phrases sur des supports publicitaires, des façades d'immeubles, du mobilier urbain etc... Certains ont évoqué l'aspect trop commercial de ses formules mais elles sont avant tout des propositions pour l'esprit. A celui qui les lit d'en faire ce qu'il veut !

Jean Dubuffet (1901-1985), Arbres portant un château de réminiscences, 1970, feutre sur papier.
Le théoricien de l'Art Brut, passionné de formes spontanées qui s'enchevêtrent... Il a inventé l'expression « Art Brut » afin de désigner l’art créé par des non professionnels évoluant en dehors des « normes esthétiques convenues » et surtout qui se tiennent à l’écart des milieux artistiques.

Site domestique au fusil espadon, 1966. (Amusons-nous avec le titre!) Ici rien n'est limité, tout palpite, tout s'entrelace et la couleur explose comme les notes ludiques d'une partition musicale.

Keith Haring (1958-1990), Beginner.
Né aux États-Unis, Haring a créé des bandes dessinées en compagnie de son père depuis sa plus tendre enfance. Il a fait ses études artistiques à New York et s'est fait remarquer en peignant dans le métro et dans les rues. Il a connu très vite le succès et est parti peindre ses petits personnages en mouvement constant sur les murs de nombreux pays : Angleterre, Japon, France (où il a réalisé une fresque pour les enfants malades de l'hôpital Necker), Allemagne, Italie, Brésil etc... L'énergie vitale manifestée à travers le choix des couleurs intenses, flashy, phosphorescentes qu'il utilise est une invitation à la danse du corps et de l'esprit.

Jean-Michel Basquiat (1960-1988).
Artiste de génie dont la flamme, sous l'effet d'un torrent de coke et d'héroïne, s'est éteinte bien trop tôt.... Il a promené dans les rues de New York son talent marginal et s'est passionné pour une infinité de choses. Il n'est pas facile de « caractériser » son art mais, à l'instar de Robert Combas, il se laissait « emporter » par le feu dévorant des couleurs et faisait preuve d'une énergie débordante. L'une de ses phrases fétiches était « Je ne pense pas à l’art quand je travaille. J’essaie de penser à la vie. »
Combas appréciait particulièrement les graffitis de la période SAMO, conçus dans la décennie 1970-1980 en réaction à l'art plus conventionnel du quartier de Soho. SAMO ou Same Old Shit...


Revenons à l’œuvre qui donne son titre à cet article...
La femme lumière de l'homme est une commande de la Ville de Paris, installée en l'an 2000 au numéro 3 de la rue des Haudriettes. Elle a fait « s'étrangler » les féministes mais il faut y voir essentiellement une boutade, une provocation joyeuse, un jeu visuel. Passionné de calembours et de jeux de mots, Combas s'amuse à réinterpréter les légendes et les mythes et nous livre une vision libre et pleine de drôlerie du personnage de Don Quichotte et de sa Dulcinée, éclairante potiche... Elle rend aussi hommage à tous les rêveurs, au sens littéral du terme.

L'artiste veut nous faire rire autant que nous interpeller. J'adore sa signature !
A son sujet, le philosophe Michel Onfray a écrit, dans « Transe est Connaissance » Un chaman nommé Combas, cat. Expo Robert Combas « Greatest Hits », Mac Lyon, Somogy 2012 : (…) Il se saisit de la matière des êtres comme de la matière du monde ou du cosmos. À pleines mains, en pétrissant, en poignassant, en malaxant, en triturant la peinture comme une force, une vitalité, une énergie en puissance dont il lui revient d’activer l’acte. Il est connecté directement sur cette force-là, en prise directe avec l’électricité de l’univers. Son style à nul autre pareil est celui d’un primitif de génie qui sculpte le temps et entasse des œuvres comme témoignage des figements de ces durées magnifiques. Ce chaman est le grand organisateur de fêtes chromatiques, le maître d’œuvre d’une religion panthéiste à laquelle puisent les grands vivants. Longue vie au chaman! »
Sur le site du Grimaldi Forum de Monaco où une exposition lui a été consacrée, du 7 août au 11 septembre 2016, voici ce qu'on peut lire : « Son œuvre traite une multiplicité de sujets, son imaginaire se déploie sans limite. On peut tenter de décrire sa peinture par moult adjectifs sans pour cela réussir à la saisir complètement. Elle est libre, colorée, grotesque, drôle, sensuelle, sexuelle, violente, historique, protéiforme, énergique, énergétique, spontanée, mais aussi... plus intelligente et plus conceptuelle que ce que l’on peut croire à première vue… Lui-même aime à brouiller les pistes en définissant sa peinture ainsi : « Je fais du mal fait bien fait ».
« Dans l’infinie liberté de sa figuration, tel Picasso, Combas joue avec les visages et les corps. Ses tableaux sont un jeu de couleurs, de formes et de motifs, rappelant l’Art Brut de Jean Dubuffet. Il y intègre aussi bien des collages de magazine porno que des bas reliefs médiévaux, des personnages en relief, des tatoués, des scarifiés… Chaque œuvre révèle un monde en soi. Chacune raconte les passions humaines voire inhumaines. Apparue à la fin des années 70, sa peinture a eu d’emblée pour effet de bousculer les conceptions esthétiques de l’époque. Affranchi de tout mouvement, il est profondément libre et peintre… »


Tel Don Quichotte, il déambule, guidé par le souffle de l'inspiration, dans la forêt des thèmes qui lui sont chers : la femme, l'amour, la mythologie, la religion, la guerre, la musique, la littérature, les scènes de genre...

Et tandis que la vie s'écoule comme la cire d'une bougie, IL S'AMUSE, en lettres majuscules ! D'ailleurs ses toiles (vous le verrez dans un instant) sont agrémentées souvent d'une légende à la fois drôle et incisive.


Vous remarquerez le doigt d'honneur nuage, bien évidemment placé là de manière volontaire et pour que vous cerniez mieux encore la personnalité de cet artiste hors norme, voici ce qu'il écrit, sous son interprétation humoristique d'un célèbre tableau de l'École de Fontainebleau, peint vers 1594 par un artiste anonyme :

Gabrielle D’Estrées (favorite d'Henri IV) et l'une de ses sœurs (la duchesse de Villars).

Black Gabrielle, 1985
« Black Gabrielle D’Estrées palpe les bouts de nichon de sa sœur Joséphine qui ne bronche pas étant frigide. Une armée de Louidjis triangulaires regardent la scène en bavant comme des obsédés du sexe faible. Black Gabrielle D’Estrées préfère toucher des nénés plutôt que de se farcir tous les Louidjis de la terre. Hier soir, elle s’est fait niquer par un totem primitif représentant une déesse particulièrement lesbienne. Depuis cette histoire elle vote pour le Mouvement de Libération des Femmes à clitoris à fermeture éclair. »
Vous imaginez la mine réjouie de l'artiste qui aime écouter, dans ses expositions, ce qu'on dit de lui, que ce soit en sa faveur ou pour le « démonter » ! Comme certains d'entre vous vont me le demander, j'aime beaucoup ce qu'il fait. Son travail me donne le sourire (que j'ai facilement, il est vrai) et les créations d'un artiste, surtout contemporain, ne se résument pas à « j'aime », « j'aime pas ». Il y a toujours quelque chose d'intéressant à extraire d'une œuvre, peu importe ce que l'on en pense.

Trois grands personnages historiques français (De Gaulle, Saint-Louis ou Charlemagne, Napoléon), 1983.
Ah j'adore le petit bonhomme phallus, quintessence du plaisir que prend l'artiste quand il peint ! Avec cette toile, ses détracteurs ont explosé de colère et demandé qu'il efface la créature en question... C'est fou comme certains ont l'esprit claquemuré dans de vaines bien-pensances ou pire, ne comprennent rien... L'artiste joue tout en nous rappelant que ces messieurs, grands personnages devant l'Histoire, brandissent leurs attributs à travers chacune de leurs décisions.
Vous n'êtes pas obligés d'être des afficionados de l'art de Robert Combas. Il est « juste » un artiste incontournable de notre temps, un de ces grands artistes vivants qui promènent une joie « ogresque » de peindre et c'est pourquoi je voulais le présenter. Je ne me lancerai pas dans le débat « Est-il un nouveau Picasso ? » « Est-il un imposteur ? » « Est-il ceci ou cela ? » Rappelons-nous que l'Art se goûte avec ce qu'on a dans les tripes et que si certains artistes aiment égratigner le monde avec leurs créations, cela est bénéfique pour faire réfléchir et enrichir le regard de tous. Vive la liberté de l'art et vive la liberté d'apprécier une proposition artistique avec les complexités de sa sensibilité !
Je vous souhaite de belles promenades à travers toutes les périodes de l'art, des plus anciennes aux plus contemporaines. Je lis souvent sur des blogs des propos résolument négatifs concernant l'art contemporain. Je trouve cela dommage et pour ma part, je montrerai tout ce qui m'intéresse même si ce n'est pas apprécié.
Je pense bien à vous chers aminautes et je vous remercie de votre fidélité, gros bisous !
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