Allégories de la Nuit
Face aux grilles du Palais du Luxembourg, ce bel ensemble de verdure ouvre, depuis 1867, une élégante perspective au milieu de l'avenue de l'Observatoire. Il célèbre deux explorateurs renommés: Marco Polo (1254-1324) et Robert Cavelier-de-la-Salle (1643-1687).
Issu d'une famille de marchands et de voyageurs vénitiens, Marco Polo immortalisa dans ses récits les splendeurs de la Chine médiévale. Il fut chargé par l'Empereur mongol Kubilaï Khan de parcourir des territoires dangereux et luxuriants. Dans le Devisement du Monde ou Livre des Merveilles, il relate ses aventures pittoresques sur la Route de la Soie, le long des côtes d'Arabie, d'Afrique et de l'Océan Indien et sa traversée de pays fabuleux comme le Japon, la Russie, l'Iran, l'Inde, le Sri Lanka...
Robert Cavelier-de-la-Salle sillonna la région des Grands Lacs d'Amérique du Nord, le fleuve Mississippi et les immenses forêts du Canada.
Des marronniers taillés en marquise bordent de grands parterres où se dressent quatre groupes sculptés en marbre blanc qui représentent les quatre principaux moments de la journée et personnifient la fuite du temps.
La Nuit, par Charles Gumery.
Le Crépuscule, par Gustave Crauk.
Le Jour, par Jean Perraud.
L'Aurore, par François Jouffroy.
L'Aurore a, depuis la précédente photo, perdu ses bras...
Construit sur l'axe de l'ancien méridien de Paris qui conduit au célèbre Observatoire, le Jardin des Grands Explorateurs offre une vue superbe sur les vastes pelouses, les élégantes sculptures et le mobilier urbain raffiné.
La Nuit
Elle symbolise la Grande Mère ou la Mère Primordiale, matrice de mort et de vie, associée aux mondes chthoniens et aquatiques. Elle est amoureusement appuyée contre un homme dont le corps reflète la puissance de la sculpture antique. Un chien les accompagne.
Animal ambivalent, le chien est le fidèle compagnon de l'homme mais il apparaît aussi comme l'incarnation du Diable. Il est associé à la Lune,à la Nuit et au monde des esprits.
Le Jour
L'Aurore
Ce gracieux ensemble fut aménagé sur une partie de l'ancien Château Vauvert qui, d'après la légende, était habité par le Diable. D'où l'expression pittoresque « aller au Diable Vauvert ». Aujourd'hui, des monuments du XIXe siècle, du début du XXe siècle et de l'Entre-Deux-Guerres se dressent le long de l'agréable promenade.
L'Institut d'Art et d'Archéologie
Ce bâtiment de style éclectique, situé au numéro 8 de l'avenue de l'Observatoire, fut édifié de 1925 à 1928 par l'architecte Paul Bigot (1870-1942). Il se compose d'une ossature en béton armé et d'un revêtement de briques rouges de Gournay. Il mélange diverses influences et traduit une volonté historiciste, en réaction contre l'Art Déco et l'architecture Moderne.
Les briques offrent une variété de nuances colorées en fonction de la lumière ambiante et des jeux d'ouverture des fenêtres.
On remarque des caractéristiques de l'art italien de la Renaissance (les baies arrondies, le mélange de sobriété et de raffinement) et des éléments propres à l'architecture de l'Afrique Sub-Saharienne (la corniche dentelée et les petits édicules dressés vers le ciel).
Le lieu a d'abord servi d'écrin à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie du mécène et couturier Jacques Doucet (1853-1929).
Il accueille désormais les départements d'Histoire de l'Art et d'Archéologie des Universités Paris IV-Sorbonne et Paris I-Panthéon-Sorbonne.
La façade est sublimée par une frise de moulages en terre cuite qui révèlent une riche inspiration antique (égyptienne, grecque et romaine), médiévale et Renaissance. Ils ont été réalisés par la Manufacture de Sèvres.
Une belle chimère semble se mouvoir parmi les jeux d'ombre et de clarté.
L'aigle et la couronne, en hommage à la Rome antique, au numéro 3 de la rue Michelet.
Guirlandes et bucranes
Un bucrane est un motif gravé ou sculpté représentant le crâne d'un boeuf ou d'un taureau dont les cornes sont attachées à des guirlandes de feuilles. Traditionnellement utilisé dans les frises de l'Antiquité, il constitue un ornement récurrent à la Renaissance.
La Fontaine de l'Observatoire (1867-1874)
L'architecte Gabriel Davioud (1823-1881) en fut le concepteur.
Quatre jeunes femmes aux lignes dynamiques, réalisées par Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), évoquent les « Quatre Parties du Monde »: l'Europe, l'Afrique, l'Asie et l'Amérique. Notons qu'il manque l'Océanie.
Les allégories soutiennent le globe terrestre orné des signes du Zodiaque.
Le globe, triomphalement dressé vers le ciel, est l'oeuvre de Pierre Legrain (1889-1929).
Les magnifiques chevaux de bronze, associés à des dauphins et à des tortues, ont été sculptés par Emmanuel Fremiet (1824-1910).
Des guirlandes mêlant fleurs et coquillages encerclent le piédestal. Elles ont été réalisées par le sculpteur Louis Vuillemot.
Le programme iconographique de la fontaine couronne avec grâce et puissance la perspective née depuis les grilles du Jardin du Luxembourg.
Un bestiaire aquatique accueille les visiteurs dans un tourbillon baroque, même lorsque les bouches des statues sont muettes. Les corps impétueux des chevaux hybrides sont gorgés de vigueur. Les formes sinueuses des dauphins se fondent avec les reflets de l'eau et comme dans un rêve, les tortues semblent flotter à la surface du bassin.
Au-delà de la fontaine, l'avenue de l'Observatoire nous attire vers un palais de la connaissance aux lignes épurées. Tourné vers les secrets du ciel et de l'Univers, il clôt la majestueuse perspective mais ceci est une autre histoire...
/image%2F0651418%2F20250102%2Fob_62dc81_image007.jpg)