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Ma Plume Fée dans Paris

Ma Plume Fée dans Paris

Une passionnée d'écriture qui explore les chemins de Paris et d'ailleurs...

julien

Publié le par maplumefee
Publié dans : #enseigne, #galande, #julien, #rue, #saint

 

 

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Dans une rue pleine de charme épargnée par la frénésie des travaux haussmanniens, je vous invite à poursuivre une promenade commencée, il y a quelques semaines, près du square Viviani. Avec ses maisons médiévales, ses pavés, son allure en courbe et l'étroitesse de ses trottoirs, la rue Galande nous fait voyager, à proximité de la Seine et de Notre-Dame, dans la mémoire ambivalente du vieux Paris.

 

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Photographie d'Eugène Atget (1857-1927)

 

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Photographie de Roland Marguinaud (1924-1965), prise à la fin des années 1950.

 

Elle fut ouverte, en 1202, le long des vignes du clos de Garlande, propriété d'Étienne de Garlande (1070-1150) qui était l'archidiacre de Notre-Dame sous le règne de Louis VI le Gros (1081-1137). Peuplée de petits commerces et d'hôtelleries, elle suivait le tracé de la route gallo-romaine reliant Lutèce à Fontainebleau et permettait d'accéder à un vieux cimetière juif. Elle abritait aussi la chapelle de Saint-Blaise et de Saint-Louis, bâtie en 1476, siège de la confrérie des maçons et des charpentiers de Paris dont il demeure quelques fondations inaccessibles aux promeneurs.

 

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L'étal de la marchande de légumes et de fruits a été remplacé par ces commerces.

 

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 Juste en face, au numéro 52, ces petits personnages sculptés nous content une histoire bien sombre : celle du Caveau des Oubliettes...

 

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 Il s'agissait autrefois d'une prison considérée comme une « succursale » des sinistres geôles du Châtelet. Créée, à l'époque de Philippe-Auguste (1165-1223), sous le niveau de la Seine, elle « accueillait » les prisonniers qui avaient -prétendument- porté atteinte à l'intégrité de la Couronne ou pratiqué la magie noire. Sans aucune forme de procès, les accusés étaient précipités dans l'oubliette via une trappe s'ouvrant sous leurs pieds. Ne pouvant se redresser, ils souffraient de fractures et de plaies infectées et mouraient dans d'atroces conditions. Ils étaient d'ailleurs souvent noyés par les crues de la Seine toute proche.

 Au XIXe siècle, il y eut à cet endroit un étrange cabaret. On venait y frissonner devant des cages de fer remplies de crânes et d'ossements et boire de l'hydromel hallucinogène. On y honorait, en tant que symbole des lieux, une ceinture de chasteté médiévale placée sur scène.

L'ancienne salle des gardes était un musée rempli d'objets de torture : tisonniers, pinces, instruments tranchants, chevalets, chaises à clous et à dents... Ces objets accompagnaient une guillotine datant de 1793 et un théâtre de poupées morbides, fabriqué par un prisonnier qui avait gratté la chaux des murs de son cachot. La salle muséale donnait accès aux profondeurs des catacombes.

 De nos jours, on y écoute du jazz moderne, teinté de soul et de pop, dans une ambiance intimiste. Les cruautés qui se sont déroulées entre les épais murs de pierre font partie de la mémoire « gothique » de Paris.

 

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 Au numéro 42, une enseigne médiévale domine l'entrée d'un cinéma d'Art et d'Essais, le Studio Galande. Consacrée à la légende de Saint-Julien, elle est considérée comme la plus ancienne de Paris. On trouve parfois de « vénérables » enseignes dans l'espace public mais elles sont conservées, pour la plupart, au musée Carnavalet, près de la Place des Vosges.

 

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 Pour la petite histoire et les cinéphiles avertis, le Studio Galande projette, depuis plus de 38 ans, le film culte The Rocky Horror Picture Show.

 

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 Revenons à l'enseigne de Saint-Julien. D'après certains historiens, elle appartenait à l'église Saint-Julien le Pauvre mais d'après des documents datés de 1380, il semble qu'elle ait été associée, dès le départ, à une maison de la rue Galande : « la maison où au-dessus est l'ensaingne de Saint-Jullian ». En 1441, il s'agissait de la « maison ouquel est à présent élevée en pierre de taille l'Ymaige de Saint-Jullian ».

 Patron des voyageurs, des pèlerins et des âmes de passage, Saint-Julien était très apprécié des aubergistes et des hôteliers qui plaçaient leurs établissements sous sa protection. Le vieux quartier qui se déploie autour de la rue Galande, du square Viviani et de l'église Saint-Julien le Pauvre regorgeait d'auberges et de restaurants qui l'honoraient comme saint tutélaire.

 

La légende de Saint-Julien

 Un cerf doté de dons de prophétie prédit à Julien qu'il tuerait un jour ses parents. Effrayé, Julien se maria loin de son pays natal mais ses parents le retrouvèrent. En son absence, ils se présentèrent à leur belle-fille qui leur offrit le gîte et le couvert. Quand Julien rentra, il fut confronté, dans l'obscurité, à deux personnes « inconnues » dans son lit. Pris de panique, il les tua, accomplissant, de manière involontaire, la prophétie du cerf. Suite à ce parricide, il fit vœu de pauvreté et s'installa, avec sa femme, au bord d'un fleuve dangereux pour faire office de passeur.

 Le bas-relief décrit Julien et sa femme dans une barque, de part et d'autre du Christ auréolé. Le Christ s'est présenté à eux sous l'apparence d'un lépreux et ils l'ont accueilli chaleureusement. Julien, pardonné, pourra rejoindre, avec sa femme, le Paradis pour l'éternité.

 

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 Le thème de la barque de Saint-Julien « interprété » par Georges Jeanclos, artiste aux œuvres étranges et profondément mystiques dont je vous ai présenté les travaux dans l'article suivant :

 La fontaine Saint-Julien le Pauvre ou fontaine Jeanclos

 Comme je l'écrivais au début de cette page, les travaux d'Haussmann n'ont pas altéré l'allure générale des lieux. Un immeuble haussmannien est visible à l'entrée de la rue mais d'élégantes maisons médiévales sont restées debout.

 

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 L'immeuble haussmannien au croisement de la rue Dante et de la rue Galande.

 

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 Au numéro 31, on admire un grand pignon de bois daté de 1480.

 

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 A cet endroit, vécut le médecin et professeur de génétique Jérôme Lejeune (1926-1994) qui fut à l'origine, avec le professeur Raymond Turpin, de la découverte de l'anomalie chromosomique responsable de la Trisomie 21. Le professeur Lejeune identifia aussi la maladie du cri du chat, un trouble génétique dû à l'altération du cinquième chromosome.

 

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 En flânant dans la rue, on aperçoit de beaux mascarons, gardiens de la mémoire des lieux.

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Et au numéro 65 bis, on ne résiste pas à l'envie de pousser les portes de la librairie CYBELE, spécialisée dans les publications liées à l'Égyptologie.

 

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 J'en profite pour faire mes amitiés au professeur Richard Lejeune dont le blog Égyptomusée est une mine d'informations sur les trésors de l'Égypte antique. Un grand merci, cher professeur, pour la générosité qui émane de vos écrits !

 

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En vous remerciant, chers aminautes, de votre fidélité, je vous envoie de gros bisous...

 

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Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #daesh, #eglise, #fut, #julien, #paris, #saint

 

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 A quelques encablures de Notre-Dame, une séduisante petite église au destin complexe borde le square Viviani. Accessible par un lacis de rues ayant échappé aux grands travaux haussmanniens, elle nous ramène, avec l'église Saint-Germain-des-Prés, aux premiers temps de la mémoire religieuse de Paris.

 

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 L'église, photographiée entre 1898 et 1927 par Eugène Atget (1857-1927). Épreuve sur papier albuminé à partir d'un négatif verre au gélatino-bromure d'argent, conservée au Musée d'Orsay.

 

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 Élégance et pureté des lignes du chevet actuel. À l'abside principale sont accolées des absidioles appuyées sur des contreforts dont l'allure est caractéristique des constructions du XIIe siècle.

 

Marquant l'intersection de deux importantes voies romaines -dont le cardo maximus, axe principal orienté nord sud qui passait par la rue Saint-Jacques-, elle fut construite, à une date incertaine, là où se dressait un oratoire du VIe siècle destiné à accueillir les pèlerins de Compostelle. D'après l'historien Grégoire de Tours (538-594), afin de lui assurer une renommée durable, l'évêque Saint-Germain (490-576) aurait séjourné dans ses dépendances et l'aurait dotée des reliques de Saint-Julien de Brioude, un soldat romain converti au christianisme qui aurait subi le martyre en 304.

 

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En réalité, plusieurs « Julien » ont été honorés en ce lieu : Julien le Martyr, évêque de Brioude, Julien le Confesseur, évêque du Mans dit Julien le Pauvre et Julien l'Hospitalier.

 

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Les invasions normandes ne l'épargnèrent pas mais il n'existe pas d'ouvrage décrivant l'état dans lequel elle se trouva. Devenue la propriété de deux seigneurs laïques (Étienne de Vitry et Hugues de Munteler), elle fut cédée par les descendants de ces derniers au puissant Ordre de Cluny. En 1045, le roi Henri Ier (1008-1060) la donna au Chapitre de Notre-Dame.

 

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L'église en 1880 vue du côté nord. On aperçoit bien les contreforts et les absidioles dont je parlais plus haut.

 

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Aux alentours de 1120, Saint-Julien passa sous l'obédience de l'abbaye de Longpont, une abbaye cistercienne fortifiée située dans l'Aisne. De 1165 à 1220, les Cisterciens la firent reconstruire pour accueillir les pèlerins et les voyageurs désargentés. Définitivement consacrée à Saint-Julien le Pauvre, elle accueillit jusqu'en 1524 les houleuses assemblées de l'Université et en 1651, elle fut donnée à l'Hôtel-Dieu qui « étouffait » dans ses bâtiments. Très dégradée, elle subit de profondes transformations. La façade actuelle date de cette époque-là.

 

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 Les chapiteaux que nous voyons aujourd'hui ont été réalisés à la fin du XIIIe siècle.

 

Utilisée au fil des siècles comme magasin, dépôt de laine et même grenier à sel pendant la Révolution, la petite église « aux allures de chapelle de campagne » accueillit plusieurs confréries (maçons, couvreurs, charpentiers, fondeurs, papetiers...) Elle échappa de justesse à la désacralisation et fut rendue au culte en 1826 par Monseigneur Hyacinthe-Louis de Quélen (1778-1839), 125ème archevêque de Paris. On l'associa au rite catholique grec byzantin ou melchite, premier rite oriental célébré dans la capitale, à partir de 1889 ou de 1892. Les dates varient suivant les auteurs et les inscriptions retrouvées.

 

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Pendant plusieurs siècles, sa cloche romane au timbre cristallin rythma la vie estudiantine du Quartier Latin et fut considérée comme la gardienne de la première Sorbonne. La cloche sonnait le début des cours, à cinq heures du matin en été et à six heures en hiver et les clercs s'installaient, sur des bottes de foin, à l'emplacement du square actuel, pour écouter les leçons des maîtres de l'Université.

 

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 Sur cette photographie d'Eugène Atget, prise entre 1898 et 1927, on aperçoit la tourelle qui abritait la cloche indispensable au bon déroulement des activités d'alors.

 

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Le foin, appelé autrefois « feurre », était récupéré en quantité importante dans les rues voisines aux noms évocateurs : rue du Fouarre, rue de la Huchette, rue de la Bûcherie...

 

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 Le poète florentin Dante Alighieri (1265-1321) fréquenta, en 1304, ce creuset d'effervescence culturelle mais d'autres illustres personnages s'y succédèrent : Pierre Abélard (1079-1142), Thomas d'Aquin (1225-1274), Pétrarque (1304-1374), François Villon (1431-1463), Rabelais (1494-1553)... Le portrait de Dante, anonyme, est conservé au Musée Communal du château de Blois.

 

Saint-Julien fut aussi très appréciée par les artistes du mouvement Dada qui furent les contradicteurs, pendant la Première Guerre Mondiale, des conventions et des contraintes idéologiques, esthétiques et politiques de leur temps.

 

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 Les voici à l'emplacement de l'actuel square Viviani. Ils regardent en direction de Saint-Julien et Notre-Dame est en arrière-plan. Parmi eux on trouvait André Breton, Louis Aragon, Tristan Tzara, Paul Eluard et bien d'autres...

 

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Entre 1920 et 1921, ils ont photographié l'entrée de Saint-Julien (image ci-dessus). A l'époque, on pouvait voir la grille d'un puits du VIIe siècle se trouvant jadis à l'intérieur de l'église.

 

De l'autre côté, près du chevet, il demeure les traces d'une source réputée miraculeuse dont les eaux, destinées à guérir les problèmes oculaires, étaient vendues au profit des bonnes œuvres de Saint-Julien.

 

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Les racines architecturales et spirituelles de l'église Saint-Julien sont profondes mais il est presque « miraculeux » qu'elle soit parvenue jusqu'à nous. Édifiée sur un îlot appelé « le clos de Mauvoisin », « le mauvais voisin », en raison des colères et des crues de la Seine, elle appartenait à un bourg constitué de ruelles sinueuses, de maisons gothiques, de commerces de poisson et de viande, « d'hostelleries » aux noms pittoresques et de « maisons de joie » où les colères estudiantines et les révoltes historiques des habitants de Paris firent de nombreux dégâts.

 

Elle fut souvent le théâtre de querelles opposant les étudiants aux plus hautes instances de l'Université et certains jours, à l'intérieur comme à l'extérieur, on assistait à de véritables émeutes.

 

En 1525, lors de l'élection du recteur, les « escholiers » s'enflammèrent, brisant les portes et les fenêtres et jetant toutes sortes de projectiles sur les personnes en train de voter. Suite à ce chaos, le Parlement décida que l'élection aurait lieu aux Mathurins, dans l'actuel 8e arrondissement de Paris et, quelques temps plus tard, l'Université fut transférée sur la Montagne Sainte-Geneviève.

 

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Elle faillit être sérieusement endommagée pendant la Libération de Paris quand les combats firent rage dans le fortin de la Huchette, place du Petit Pont, en face de Notre-Dame, en août 1944. Et il y a quelques semaines, c'est juste « à côté » qu'un « gang » de femmes abruties, disciples des idées mortifères de Daesh ont abandonné une voiture remplie de bonbonnes de gaz qui n'ont pas explosé...

 

Heureusement, la plupart du temps, quand elle apparaît dans les médias c'est pour servir de décor aux scènes d'un film ou d'une série. On la voit, entre autres, dans plusieurs saisons de la série fantastique Highlander ou dans Sœur Thérèse.com.

 

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Vers 1900, une iconostase ou barrière d'icônes fut créée pour séparer le chœur de la nef. On utilisa pour la circonstance des essences de bois précieux: de l'olivier, du figuier, du chêne, de l'abricotier, du palissandre et du bois de rose.

 

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L'iconostase de Saint-Julien est une cloison de bois enluminée, percée de trois portes, qui accueille plusieurs rangées d'icônes. Transférée de Damas, elle a remplacé le chœur du XIIIe siècle, soutenu par des piliers aux chapiteaux sculptés de feuilles d'acanthe, de flore aquatique et de masques féminins, chapiteaux qui servirent de source d'inspiration aux sculpteurs de Notre-Dame. La grande majorité de ces sculptures a hélas été détruite.

 

L'un des chapiteaux les plus célèbres illustre le thème de la femme oiseau, la sirène harpie qui séduit les imprudents et joue les initiatrices auprès de l'âme du pêcheur.

 

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Désolée pour la piètre qualité de ma photo, je n'ai pas réussi à faire mieux !

 

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L'iconostase, photographiée par Atget. Source gallica.bnf.fr

 

Une « légende noire » -et pourtant bien ancrée dans la réalité- est rapportée par l'écrivain Joris-Karl Huysmans (1848-1907). Elle est associée à la tragédie vécue, au XVIIe siècle, par Julien de Ravalet et sa sœur Marguerite, adolescents très amoureux l'un de l'autre en dépit de leurs liens fraternels. Ils s'enfuirent pour vivre leur passion, eurent un enfant et furent condamnés pour inceste, crime de fornication et adultère aggravé (Marguerite avait été mariée de force). On les décapita à l'épée de justice, le 2 décembre 1603, en place de Grève et leurs têtes furent conservées, pendant un laps de temps incertain, dans l'église Saint-Julien le Pauvre. Leurs corps auraient dû être jetés dans le charnier de Montfaucon mais, en raison de leur noble lignage, Henri IV (1553-1610) accepta qu'ils soient inhumés en l'église Saint-Jean en Grève.

 

On lisait sur leur pierre tombale :

« Cy gisent le frère et la sœur

Passant, ne t'informe point

De la cause de leur mort

Passe et prie Dieu

Pour leur âme. »

 

Si vous désirez connaître les détails de leur histoire romantique et tourmentée, je vous conseille le roman d'Yves Jacob intitulé Les anges maudits de Tourlaville. Sur le même thème, un film intitulé Julien et Marguerite, réalisé par Valérie Donzelli, a fait partie, en 2015, de la sélection et de la compétition officielle du Festival de Cannes.

 

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Écrivain, critique d'art, esthète, infatigable promeneur... Huysmans était fasciné par le vieux Paris des ombres et des mystères où se love la petite église Saint-Julien. Il y fait référence dans de remarquables ouvrages comme Les églises de Paris ou A Paris qui célèbre l'atmosphère vivante, pittoresque, ambivalente des quartiers de la capitale.

 

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A travers ses flâneries inspirées, il invite le lecteur à le suivre, pas à pas, là où crépitent les vieilles pierres. J'aime énormément cet auteur qui était aussi un grand amoureux des chats !

 

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Cette promenade à Saint-Julien le Pauvre s'achève mais d'autres articles sur l'histoire des rues alentour sont en préparation alors, si vous le voulez bien, nous nous retrouverons bientôt. En vous remerciant de votre fidélité et de vos si gentilles pensées concernant ma santé, je vous souhaite de radieuses journées d'automne. Gros bisous !

 

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Bibliographie

 

BÉRAUD et DUFEY : Dictionnaire historique de Paris, 1828.

 

Jacques-Antoine DULAURE: Histoire de Paris. Paris: Gabriel Roux, 1853.

 

HURTAUT et MAGNY : Dictionnaire de la ville de Paris et de ses environs, 1779.

 

Abbé LEBEUF : Histoire de la ville et du diocèse de Paris, 1754.

 

Jean-Baptiste de SAINT-VICTOR : Tableau historique et pittoresque de Paris, 1822.

 

Henri SAUVAL: Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris. Paris, 1724. 3 volumes in-8°.

 

Héron de VILLEFOSSE: Histoire de Paris. Grasset, coll. « Livre de Poche », 1995.

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #fontaine, #georges, #jeanclos, #jpg, #julien

 

 

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Dans le square Viviani, face au parvis de Notre-Dame, une mystérieuse sculpture-fontaine attire notre attention. Conçue par Georges Jeanclos (1933-1997), un artiste qualifié « d'atypique », elle a été installée, en 1996, dans ce bel espace circulaire auquel on accède en passant sous des arceaux de roses.

 

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Profondément marqué par la barbarie nazie, la souffrance des survivants du génocide juif mais aussi par les « petites détresses » et les douleurs qui naissent au quotidien, l'art de Georges Jeanclos est un appel à la tendresse instinctive qui se love en chacun de nous, tendresse destinée à apaiser les maux des promeneurs.

 

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Georges Jeanclos (Jeankelowitch pour l'état civil) fit des études à l'école nationale des Beaux-Arts et reçut un Premier Grand Prix de Rome, en 1959. Il effectua ensuite un séjour de quatre années à la Villa Médicis, sous l'égide du peintre Balthus (1908-2001).

 

Dans son atelier de Bastille, il concevait des formes en terre glaise qu'il enroulait pour créer des personnages mystérieux, à l'image de ses Dormeurs aux visages lisses et sans cheveux, sortes de « gisants modernes » aux lignes épurées.

 

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Personnages d'argile, hiératiques et secrets, qui ont été transposés, dans les années 1970, en biscuits de porcelaine à la manufacture de Sèvres. Cette expérience, qualifiée d'alchimique, l'incita à fonder l'atelier de recherches de Sèvres, lieu de rencontre entre artistes et artisans.

 

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En marge des académismes contemporains, Georges Jeanclos a expérimenté « toutes les possibilités de la terre ». Ses créations s'inspirent de très anciennes formes d'art sacré qui exaltent la force et la fécondité de la terre mère.

 

« Aujourd'hui je ne peux plus prier mais saisir l'argile du commencement entre mes paumes ouvertes, la terre portée à bout de bras. Balancement de la tête aux pieds, les jambes pliées, les reins arqués.

La terre sanctifiée par les flexions, incantation de tout le corps, l'argile laminé sur le sol, appel aux profondeurs qui résonne sur le béton de l'atelier, scansions de la matière qui fait apparaître la faille, épiphanie de l'autre, étalée en lettres carrées sur la face des dormeurs, ultime prière modelée comme un piège du sacré. »

 

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L'Extase, 1990.

 

Les arts du Japon, le bouddhisme zen, les traditions précolombiennes, les statues étrusques et la spiritualité de l'Égypte ancienne l'ont profondément influencé.

 

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Kamakura 1

 

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Kamakura 2

 

Une impression de fragilité et de sérénité émane de ses personnages enlacés, intemporels et sans cheveux, qui se lovent dans des draperies douces, des lambeaux de matière et des suaires mystérieux, aux rives d'un pas de deux mystique et puissamment sensuel.

 

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Embarquement pour Cythère

 

En 1984, à l'initiative de François Mitterrand (1916-1996), grand admirateur de son art, il a réalisé le Monument Hommage à Jean Moulin, sur les Champs-Élysées.

 

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Dans le creuset de l'oeuvre, installée près de la Grille du Coq du Palais Présidentiel, se fondent des passages du Chant des Partisans et des fragments du Kaddish, l'un des récits les plus importants de la liturgie juive.

 

En 1986, il a remplacé le portail de l'église Saint-Ayoul à Provins, détruit à la Révolution, par un nouveau portail et en 1987, il a conçu la grande porte en bronze du Ministère des Finances à Bercy.

 

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Étude pour le portail de l'église Saint-Ayoul. (C) ADAGP, Paris. Crédit photo (C) RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique)/Martine Beck-Coppola.

 

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Bercy, l'entrée du Ministère...

 

A Paris comme en Province, il laisse une oeuvre abondante, inclassable et profondément teintée de mystère.

 

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La fontaine du square Viviani fait allusion à la légende de Saint-Julien.

 

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Un jour, Julien rencontra un cerf qui possédait des dons de prophétie. Le cerf prédit à Julien qu'il tuerait ses parents. Julien ne le crut pas mais c'est hélas ce qui arriva. Je vous conterai la légende entière, prochainement, avec l'histoire de la petite église Saint-Julien le Pauvre.

 

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Georges Jeanclos s'inspira de ce récit popularisé par La Légende Dorée de Jacques de Voragine (1228-1298) et d'une nouvelle de Gustave Flaubert (1821-1880), publiée dans Les Trois Contes, en 1877.

 

Le thème de l'étreinte, qui lui était si cher, est visible à travers les différents groupes situés aux angles de la fontaine. Compassion, tendresse et soutien de l'autre au coeur de la peine nourrissent les mouvements des personnages : parents et enfants qui ont pour « mission » de cheminer vers un monde plus apaisé.

 

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En s'écoulant de trois têtes de cerf, l'eau doit « désaltérer les passants venus du monde entier » mais la fontaine n'est généralement pas en activité... Pour l'anecdote, la fontaine Saint-Julien a remplacé une fontaine Wallace.

 

Tout au long de son parcours artistique, Georges Jeanclos a tissé des passerelles entre le thème de la mort et celui de la fécondité. Fécondité qui exulte partout où le regard se pose, comme en témoignent les nombreuses proéminences qui émanent de la « peau » de l'oeuvre. Ces proéminences représentent des seins, les mamelles de la terre qui se gorgent d'eau pour restituer, inlassablement, la vie.

 

Elles ornent aussi la fontaine Éphésienne, installée en 1989 près de la Place Stalingrad, dans le 19e arrondissement de Paris.

 

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Image Pinterest

 

Au sommet d'un pilier, « veille » un dormeur, personnage dont je vous ai parlé tout à l'heure. Cette étrange fontaine est consacrée à Artémis d'Éphèse, déesse mère célébrée dans l'ancienne Asie Mineure. Sa statue était agrémentée de nombreux seins, ce qui la faisait qualifier de « polymaste ».

 

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Ceux qui apprécient l'art de Georges Jeanclos se régaleront avec ce très beau livre signé Jacques Sojcher, écrivain belge et professeur d'esthétique et de philosophie né en 1939.

 

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En vous remerciant de votre fidélité et de votre sollicitude à propos de ma santé, je vous offre cette vue sur Notre-Dame, ses lignes de force et ses remarquables « dentelles ». Une vue prise depuis la fontaine Jeanclos.

 

Je vous souhaite plein de belles choses et vous envoie de gros bisous !

Plume

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