Ce monument d'un raffinement extrême fut construit à partir de 1897 et inauguré pour l'Exposition Universelle de 1900. Situé entre le 7e et le 8e arrondissement de Paris, dans l'axe de l'esplanade des Invalides, il offre sur la Seine un panorama remarquable.
Il dessine un arc très étiré qui chevauche la Seine sur une longueur de 107 mètres et conduit à deux prestigieux édifices: le Grand et le Petit Palais. L'ensemble mesure 160 mètres.
Cette prouesse technique et artistique fut orchestrée par les ingénieurs Jean Résal et Amédée Alby et les architectes Joseph Cassien-Bernard et Gaston Cousin, sous la direction d'Alfred Picard, commissaire général de l'Exposition Universelle de 1900, assisté de Joseph Bouvard, directeur de l'architecture.
Après le renforcement des berges de la Seine, l'importante poussée horizontale fut répartie entre les immenses fondations.
Le pont symbolise l'amitié franco-russe, initiée par le tsar Alexandre III. Ce dernier signa en 1893 l'Alliance franco-russe avec le Président français Sadi Carnot et l'entente se poursuivit après la mort des deux hommes en 1894.
Nicolas II, le fils d'Alexandre III, posa la première pierre de l'ouvrage, le 7 octobre 1896, en compagnie du Président Félix Faure.
Le 14 avril 1900, le Président Émile Loubet inaugura le pont et l'Exposition Universelle.
Quatre majestueux pylônes, couronnés par des statues dorées, se dressent aux extrémités de l'ouvrage.
Ils soutiennent des groupes sculptés qui représentent « la Renommée tenant Pégase. »
Pégase, le cheval ailé, naquit du sang de la gorgone Méduse, décapitée par le héros grec Persée. En frappant la terre d'un coup de sabot, il donna naissance à la source des Muses, appelée Hippocrène. Le héros Bellérophon le chevaucha pour décimer la Chimère, un monstre terrifiant.
Célébré par les poètes et représenté dans l'art depuis l'Antiquité, il est l'émanation d'une ancienne divinité du ciel et des orages. Quand il galope dans les nuages, il engendre les éclairs et le tonnerre ou dissipe le temps troublé.
Lié à la symbolique des sources et des eaux vives, il apparaît aussi comme la résurgence d'un dieu chthonien. Il tisse l'énergie tellurique et établit, à l'instar des chamanes, une communication subtile entre les mondes.
Il fut métamorphosé en constellation par Zeus, le seigneur de l'Olympe.
Invoqué par les poètes pour faire jaillir l'inspiration, il est le compagnon ou la monture de la Renommée.
Dans la Grèce ancienne, cette divinité ailée, fille de la déesse Gaïa, la Terre, était dotée d'une myriade d'yeux et de bouches et se présentait comme la messagère des dieux. Dans la Rome antique, elle devint une gracieuse jeune femme tenant une trompette.
La Renommée des Arts
Réalisée par Emmanuel Fremiet (1824-1910), sculpteur incontournable de la IIIe République, elle tient fièrement la bride de Pégase. Ses ailes de fée semblent pulser dans la lumière. Associée à la Victoire et à la Vertu, elle brandit parfois, en plus de la trompette, une corne d'abondance ou un rameau d'olivier.
La France de Charlemagne, oeuvre d'Alfred-Charles Lenoir, trône, appuyée sur des lions, à la base du pilier.
Elle tient dans la main gauche une pomme vermeille ou crucifère.
Ce globe surmonté d'une croix est un emblème de pouvoir terrestre, céleste et universel. Il évoque aussi l'abondance et la paix. Appelé Pomme d'Empire, il était le symbole du Saint-Empire romain germanique.
La Renommée de l'Agriculture
Elle fut réalisée par Gustave Michel, ainsi que la France Contemporaine ou Pacifique, située en dessous.
La Renommée porte des épis de blé et brandit une branche feuillue. L'arabesque de son bras accompagne le mouvement gracieux des ailes de Pégase. Dans les grimoires d'iconologie, elle est représentée avec une chaîne en or et un pendentif en forme de coeur.
Couronnée de feuilles de chêne, la France revêt une tenue finement parsemée de feuilles et de rinceaux. Son visage s'inspire de celui de la tsarine Alexandra Feodorovna.
La Renommée au Combat
Créée par Pierre Granet, elle souffle dans la trompette pour appeler les forces divines. Son bras droit levé reflète l'attitude de Pégase, cabré pour s'élancer dans les airs. On aperçoit la Toison d'Or à tête de bélier, emblème de conquête guerrière et de virilité.
Sur la colonne est appuyée la France de Louis XIV, de Laurent Honoré Marqueste.

La majestueuse allégorie soutient une petite Victoire dorée ou Nikê.
La Renommée de la Guerre
Réalisée par Clément Steiner, elle entraîne Pégase dans une charge héroïque.
La France Renaissante ou France de la Renaissance, oeuvre de Jules-Félix Coutan, se situe en dessous.

La draperie qui l'entoure dessine un mouvement sensuel et mystérieux. Sa grande épée d'or scintille dans la lumière. Une petite statue se love contre son côté gauche.
Les Génies des Eaux
L'enfant au poisson ou le génie au trident, sculpté par André Massoule. Il se situe en amont, sur le parapet gauche du pont, telle une vigie suspendue entre le ciel et l'onde.

La fillette à la coquille, sculptée par Léopold Morice.
On la rencontre en amont, sur la rive droite du pont. Elle nous attire avec douceur vers les secrets de la mer qui chuchote à son oreille.

L'enfant au poisson fantastique, sculpté par Léopold Morice. Il se situe en aval, sur la rive droite du pont.

La Néréide, sculptée par André Massoule. Elle se situe en aval, sur le parapet gauche du pont.
Le Bestiaire des lieux
Un monde luxuriant de créatures aquatiques.

Des poissons vigoureux qui ondoient dans la lumière.
Les cadenas que l'on aperçoit sont laissés par des amoureux qui les considèrent comme des amulettes de bonheur et de chance. Le Pont des Arts, situé face au Louvre, est, à cet égard, particulièrement apprécié.
Des grenouilles qui contemplent la Seine et d'autres cadenas.
Un lézard qui joue peut-être à cache-cache...
Des sirènes et des rostres de navires décorent la partie basse des piliers.
Le regard envoûté par les chatoiements de l'eau, laissons-nous envahir par un chant voluptueux mais gare à ne pas passer par-dessus bord!
Les Candélabres

Des angelots, réalisés par le sculpteur Henri Désiré Gauquié, forment une ronde gracieuse autour de ce candélabre à cinq branches.
La fée lumière règne avec poésie et magnificence, grâce aux 32 candélabres répartis le long de la promenade.
Les armes de la ville de Paris.
L'aigle bicéphale de la Russie des tsars.
Le coq gaulois, emblème du soleil et de la France.
Un des superbes vases qui se dressent au bord des escaliers.

Un dauphin fantastique appuyé sur des congélations, des guirlandes de coquillages et de flore aquatique, des mascarons...
De part et d'autre du pont, des Nymphes monumentales ont été réalisées par Georges Récipon, l'auteur des Quadriges du Grand Palais tout proche. On trouve en aval les Nymphes de la Seine et en amont, celles de la Néva, fleuve russe mythique.
Sur chaque rive, un lion et un enfant, réalisés par Georges Gardet (rive gauche) et Jules Dalou (rive droite), ornent l'extrémité de la balustrade.
L'ossature du pont se compose de puissants arcs d'acier et d'une forêt de poutrelles.
Élaboré dans les Usines du Creusot, le pont fut mis en place à partir d'éléments préfabriqués, ce qui constituait un procédé novateur pour l'époque.
Au crépuscule...
Tel un monde enchanté, peuplé de créatures mythologiques, le Pont Alexandre III nous dévoile sa riche iconographie consacrée au thème de la mer. Il nous invite à contempler la Seine où scintille l'âme de Paris. Depuis le dôme doré des Invalides, la perspective qui le traverse nous conduit vers les Champs-Élysées, contrée des héros antiques. Sa beauté romantique conjugue le souffle des légendes et les splendeurs théâtralisées d'une époque. Il incarne une féerie suspendue, entre ciel et eau, qui se mêle aux innovations techniques, caractéristiques d'une nouvelle ère.
Personnalités associées à la création du Pont Alexandre III
Le Tsar Alexandre III (1845-1894).
Le Président français Sadi Carnot (1837-1894).
Le Tsar Nicolas II (1868-1918).
Le Président Félix Faure (1841-1899).
Le Président Émile Loubet (1838-1929).
Alfred Picard (1844-1913): Ingénieur, administrateur public, polytechnicien, il fut aussi Ministre de la Marine et occupa de nombreux postes . Il dirigea d'importants travaux dans les domaines militaire et ferroviaire. Il fut le Commissaire Général de l'Exposition Universelle de 1900.
Joseph Bouvard (1840-1920): De 1897 à 1911, il dirigea les services d'Architecture, des Promenades, des Plantations, de la Voirie et du Plan de la Ville de Paris. Il organisa de nombreuses fêtes et des expositions publiques, comme les Expositions Universelles de 1889 et de 1900.
Jean Résal (1854-1919): Ingénieur.
Amédée Alby (1862-1942): Ingénieur.
Joseph Cassien-Bernard (1848-1926): architecte, élève de Charles Garnier (1825-1898), le constructeur de l'Opéra qui porte son nom.
Gaston Cousin : architecte.
Emmanuel Fremiet (1824-1910): sculpteur.
Alfred-Charles Lenoir (1850-1920): sculpteur.
Gustave Michel (1851-1924): sculpteur.
Pierre Granet (1843-1910): sculpteur.
Laurent Honoré Marqueste (1848-1920): sculpteur.
Clément Steiner (1853-1899): sculpteur.
Jules-Félix Coutan (1848-1939): sculpteur.
André Massoule(1851-1901): sculpteur.
Léopold Morice(1846-1920): sculpteur.
Henri Désiré Gauquié (1858-1927): sculpteur.
Georges Récipon (1860-1920): sculpteur.
Georges Gardet (1863-1939): Sculpteur animalier, il fut l'élève d'Emmanuel Fremiet.
Aimé-Jules Dalou (1838-1902).
Bibliographie
Emmanuel BÉNÉZIT: Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs.Édition de 1999. 14 volumes.
Félix LAZARE: Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments. Paris: Vindun, 1844-1849.
Gustave PASSARD: Nouveau Dictionnaire Historique de Paris. 1904.
Félix DE ROCHEGUDE: Promenades dans toutes les rues de Paris. Paris: Hachette, 1910.
Paul VIAL: L'Europe et le Monde de 1848 à 1914. Paris: Éditions de Gigord, 1968.
Au-delà des miroitements de la Seine, on aperçoit la splendide verrière du Grand Palais.
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