

Le Mardi, on propose un poème chez Lady Marianne.
Le thème du 1er Octobre est « Octobre et ses dérivés... » sur un choix de Colette Chouinard ou libre...
Albert Samain, Octobre est doux…
Octobre est doux. – L’hiver pèlerin s’achemine
Au ciel où la dernière hirondelle s’étonne.
Rêvons… le feu s’allume et la bise chantonne.
Rêvons… le feu s’endort sous sa cendre d’hermine.
L’abat-jour transparent de rose s’illumine.
La vitre est noire sous l’averse monotone.
Oh ! le doux « remember » en la chambre d’automne,
Où des trumeaux défunts l’âme se dissémine.
La ville est loin. Plus rien qu’un bruit sourd de voitures
Qui meurt, mélancolique, aux plis lourds des tentures…
Formons des rêves fins sur des miniatures.
Vers de mauves lointains d’une douceur fanée
Mon âme s’est perdue ; et l’Heure enrubannée
Sonne cent ans à la pendule surannée…
Albert Samain, Au jardin de l’Infante

J'aime dans ce poème l'écho d'une intense sensibilité.
Les émotions qui fusent, la mélancolie et la beauté sans oublier une certaine forme de préciosité...
Le poète écoute la voix des éléments. Il ressent les mouvements subtils du feu, entité qui donne lumière et chaleur au foyer, devenant le relais du soleil en automne.
Le feu de l'âtre attise les manifestations de l'esprit du lieu, celui qui inspire l'artiste et nourrit les mots des conteurs et des conteuses.
Octobre est le mois des couleurs qui dansent. La Nature se défeuille et les chemins se voilent, annonçant les cortèges brumeux de Novembre, les sensations furtives, les spectres des légendes. Tant de choses crépitent en ce poème, comme les braises dans la cheminée...
Et doucement, tout s'alanguit...
Mais avant, la Nature ourdit ses flamboyances !

Albert Samain (1858-1900) était un poète orfèvre, ciseleur de mots, sensible et élégant. Son art est lié au Symbolisme avec un sens de la composition très personnel.

Il naquit à Lille, dans une famille qui tenait un petit commerce de vins et de spiritueux. On le décrivait comme timide et doux, plutôt taciturne et avide de connaissances. Il perdit son père en 1868 et quand il eut 14 ans, il dut trouver un emploi pour aider sa famille. Il travailla comme saute-ruisseau chez un notaire (le saute-ruisseau était un jeune garçon chargé des courses dans une étude juridique) puis chez un courtier en sucre et dans une banque. Il fut autodidacte, passionné de belle langue française et aussi d'anglais et de grec.
Il vécut à Paris à partir de 1880 et devint « expéditionnaire au bureau de l’Enseignement à l’Hôtel de Ville. » Très proche de son frère et de sa mère qui mourut en 1889, il manifesta tout au long de sa vie une angoisse profonde face aux maladies. Personnage attachant au tempérament solitaire, il parvint à « forcer sa nature » pour fréquenter les cercles de poésie et frayer parmi les clubs littéraires à la mode.
Il admira profondément Baudelaire et en 1893, il publia un recueil intitulé « Au Jardin de l'Infante » qui fut salué par la critique.

Ses amis ne lui connurent aucune relation amoureuse. Il fut souvent triste et atteint de langueur mais il sut aussi s'émerveiller, s'éprendre des petits riens de la vie et ressentir de la joie devant la beauté des paysages et en lisant de la grande littérature.
En 1898, il publia « Aux flancs du vase »et deux ans après, il mourut. En raison de son caractère secret, il demeure des zones d'ombre dans sa biographie...

MERCI beaucoup pour les messages que vous m'avez envoyés, chers Aminautes, je pense bien à vous moi aussi...
Gros bisous et sourires d'amitié ! Je vous souhaite un doux mois d'octobre...
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