

Sous les platanes féeriques
Drapé dans sa robe de sang
Flamboyant et fantomatique
L'automne danse avec le vent
Feuilles d'or mat qui caracolent
Entre les ombres mélangées
Passe une rouge farandole
Au sillage étrange et sucré...

Beau lampadaire dans le Jardin des Grands Explorateurs (1867)


Cerfs majestueux, dans la lumière des arbres, au Jardin du Luxembourg.

Le danseur dans les arbres
Alchimie de l'Automne
Le flamboiement des couleurs d'automne survient quand la chlorophylle disparaît. Ce pigment vert domine au printemps et en été mais avec les changements de température et les modifications de la lumière, en automne, sa production ralentit. Entre l'arbre et les feuilles, la communication s'estompe. Une substance qui ressemble à du liège se forme à la base du pétiole de chaque feuille et l'arbre s'isole doucement. La couleur verte s'efface, au profit de pigments plus résistants, les carotènes et les xanthophyllesqui engendrent des couleurs rutilantes, flamboyantes et dorées, jaunes et orangées.

Sérénade dans les feuilles rousses
Quand les feuilles sont gorgées de sucres, les somptueuses anthocyanines embrasent le feuillage des érables et la peau des pommes, créent le rouge sombre et bleuté des mûres et des myrtilles, la robe pourpre du raisin...


Feuilles violettes et champignons de lune
Au Japon, la « chasse aux érables rougeoyants » ou « chasse aux feuilles d'automne » est appelée « Momijigari ». L'érable du Japon offre une palette du jaune au rouge vif et le gingko biloba révèle sa parure dorée.

« Momiji » vient de « momizu » qui signifie changer de couleur dans le Japon ancien. En automne, le ciel est clair, les journées sont encore chaudes mais les soirées rafraîchissent. Au bord des étangs, le long des routes, dans les jardins de thé, les érables se parent de couleurs spectaculaires.
D'après mon amie Vanessa, qui connaît très bien les arts et les traditions du Japon, "Momiji" désigne spécifiquement les feuilles rouges des érables. Le feuillage jaune/rouge d'automne des arbres en général s'écrit avec les mêmes caractères signifiant "feuilles écarlates" mais se prononce "Kôyô".

Arbre des fées



Atmosphère mélancolique aux Tuileries

Fleurs d'automne

Au crépuscule, quand le cri des corneilles s'intensifie, les feuilles brunes et or craquent sous mes pas. J'entre sur le territoire d'une étrange créature appelée l'Ami de Personne.

Erik Dietman, (1937-2002), le concepteur de cette œuvre émouvante, était un libre penseur suédois qui explora, avec humour et subtilité, des territoires poétiques nichés dans la réalité. Il façonna, pour le Jardin des Tuileries, ce personnage en bronze patiné et en acier galvanisé.

Depuis 1999, ce solitaire attachant paraît inviter les promeneurs à s'assoir près de lui.

Monstre débonnaire, lutin des bois, gardien d'un monde énigmatique, il contemple un espace peuplé de chaises vides et de corneilles capricieuses...


Ombres sylvestres

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Chamarrures


Les branches des platanes révèlent leur fabuleuse puissance graphique. Les taches de l'écorce tissent une peau de serpent sublimée par les couleurs de l'air...
Dans la lumière bleue, à la lisière des contes, le Chat Botté, figure mythique, se dévoile au pied du monument dédié à Charles Perrault...

Ce groupe sculpté figure, depuis 1910, au Jardin des Tuileries.

Ce petit écureuil appartient au bestiaire de l'automne. Quand paraît sa frimousse il faut en profiter car il est aussi vif que l'éclair. Mais pour quelques biscuits bio fourrés au chocolat il s'immobilise volontiers!

Terre de réflexion et de mélancolie, l'automne est aussi un monde luxuriant. La Nature est généreuse. Elle offre les pommes et les poires aux joues rebondies, le raisin voluptueux, les champignons, les noix, les châtaignes au saveurs puissantes...
La terre, les écorces et les feuilles nous émerveillent avec leurs variations colorées.





Les arbres deviennent encore plus mystérieux...

Arbre serpent

Racines fantastiques

Arbre des légendes
L'automne se révèle aussi au numéro 140 de l'avenue de Suffren, dans le 15e arrondissement de Paris. On y découvre une porte magnifique, à la fois sobre et délicatement sculptée.

Les pampres de vigne, les feuilles et les grappes évoquent l'abondance dont la Nature fait preuve avant la venue de l'hiver.

Je me dis en souriant que nous venons peut-être de trouver la demeure du dieu de l'automne mais chut, ce mystérieux personnage préfère sûrement garder l'anonymat!
La transformation du raisin en vin relève, à bien des égards, d'une opération « magique ». De « l'œuvre au rouge » à « l'élixir de longue vie des alchimistes », le jus extrait du raisin représente le sang de la terre, « sève » rouge indissociable du pouvoir poétique et mystique de l'automne.
Si le vin, bu en trop grande quantité, suscite l'ébriété, il fut surtout considéré, dans les civilisations anciennes, comme une boisson spirituelle, un intermédiaire entre le monde humain et celui des dieux.
Cadeau du Seigneur de l'Extase, Hermès le Vendangeur, il favorisait le passage à un état d'ivresse sacrée. Le vieil adage « In vino veritas » signifiait que le vin était utilisé pour déceler les mensonges. Boisson initiatique, il permettait la révélation des choses cachées.
Consacré à Osiris dans l'Egypte ancienne et à Dionysos, le « deux fois né », dans la Grèce antique, il était voué par les Celtes au dieu de la mer, Manannan Mac Lir Morfessa, à Morgane la Fée et à la Morrigan, appelée la Grande Reine ou Reine des Fantômes.
Offert en libation sur les tombes, utilisé par les chamanes pour l'invocation des esprits, lié à la richesse matérielle et à la fertilité, il symbolise aussi le sang du Christ versé pour racheter les pêchés de l'humanité.
Nectar universel, il apparaît comme la quintessence des pouvoirs de l'automne qui confronte, à travers ses métamorphoses, les énergies de mort et les forces de fécondité.




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