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Ma Plume Fée dans Paris

Ma Plume Fée dans Paris

Une passionnée d'écriture qui explore les chemins de Paris et d'ailleurs...

rue

Publié le par maplumefee
Publié dans : #2013, #lundi, #orages, #rue, #semaine

 

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John William Waterhouse (1849-1917), Sweet summer, 1912.

 

Une page se tourne dans le grimoire des saisons...

 

L'été 2013 apparaît, dans le fracas des orages, énergie indomptable qui s'unit à la terre gorgée d'eau. Après des années de sécheresse, la pluie nous apporte sa « luxuriance », à fleur de chaos, annonçant les moissons d'or, les fruits écarlates et les fantômes nacrés, papillons des jardins et des champs...

 

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Lundi et mercredi, de violents orages ont détruit la quasi totalité des arbres de ma rue et des rues alentour. Des entrées d'immeubles, des caves et les tranchées des travaux du tramway ont été inondées. Certains arrêts de bus sont encore inaccessibles et des coupures Internet sont prévues pour la fin de semaine et la semaine prochaine... Ce n'est pas comme dans les régions du Sud-Ouest, de la Haute-Garonne, des Pyrénées-Orientales, etc... où tant de maisons ont été endommagées mais je n'avais jamais observé des orages aussi violents à Sarcelles depuis que j'y suis installée. « Quand Dame Nature se manifeste à nous avec une force inouïe, cette force nous rappelle combien il est vain de placer toutes nos aspirations dans le « matériel » » avait coutume de dire une vieille dame chère à mon coeur.

 

Je souhaite aux personnes durement éprouvées de se rétablir au mieux...

 

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« Mon ciel », à onze heures du matin, lundi 17 juin 2013.

 

Le spectacle était grandiose, étrange et quasiment irréel. Une magie sauvage et fascinante était palpable dans l'air.

 

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Photo non retouchée... un étonnant résultat!

 

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Photo Metronews

 

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Création et destruction, beauté et dévastation, ambivalence et mystère feront toujours partie de la Nature où chapitre après chapitre, la vie refleurit et propage ses couleurs...

 

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Coquelicots, pavots et herbes folles, au souffle de mes pensées, là où quelques années auparavant ne s'étendait que du béton.

 

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Églantines aux parfums enchanteurs, absolu de sensualité...

 

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Irrépressible gourmandise!

 

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Le vent a fauché de nombreuses roses mais certaines ont résisté. Les voici, resplendissantes, dans leurs voluptueux atours, pour célébrer la venue de l'été...

 

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Joyeux Midsummer à celles et ceux qui font briller les anciennes croyances et très belle fête de la musique aussi!

 

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Amicales pensées...

 

Je marque une petite pause jusqu'à lundi. Je vous retrouverai la semaine prochaine, avec grand plaisir!

 

Cendrine

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #ching, #loo, #pagode, #paris, #rue

Bonne fête maman, bonne fête à toutes les mamans...

Une pagode nommée désir...

 

La Pagode Loo

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A l'angle de la rue de Courcelles et de la rue Rembrandt, dans le 8e arrondissement de Paris, se dresse une fascinante maison rouge.

 

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A quelques encablures du Parc Monceau, elle apparaît, un brin mystérieuse parmi les immeubles haussmanniens. Est-elle décor de théâtre, temple ou rêve échoué dans la réalité? Quoi qu'il en soit, sa couleur, sa hauteur et son architecture inattendues attisent la curiosité des passants.

 

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Singulière sous le ciel de Paris, avec ses volumes élégants et sa peau « sang de boeuf » caressée par la lumière, la Pagode reflète la passion de son premier propriétaire, l'antiquaire Ching-Tsai Loo (1880-1957), pour les arts de l'Asie.

 

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Ce chinois ambitieux, originaire de la province méridionale du Zhejiang, s'établit à Paris au début du XXe siècle et devint le plus fameux spécialiste du commerce d'antiquités orientales que connut son époque.

 

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(Photographie Chine-informations.com. )

 

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Il acquit en 1922, rue de Courcelles, un hôtel particulier où se mêlaient styles Louis-Philippe et Napoléon III (visible à gauche sur la photographie ancienne). Il voulait y installer ses collections mais comme il trouvait le bâtiment trop petit, il fit construire, entre 1926 et 1928, une maison rouge en forme de pagode par l'architecte François Bloch. L'écrivain Marcel Proust (1871-1922) a vécu dans l'immeuble situé en face de cet élégant manoir.

 

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Le nouvel édifice, d'une superficie de 800 m2, séduisit par son charme insolite les habitants des luxueuses propriétés de la Plaine Monceau. Il rayonna sur un quartier qui s'était considérablement transformé sous l’impulsion du Baron Haussmann.

 

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Parmi les richissimes demeures de mécènes et de collectionneurs, à l'instar des Camondo, des Menier, des André ou des Rothschild, la maison Loo devint un haut lieu d'échanges artistiques et commerciaux.

 

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Grâce à Ching-Tsai Loo, de prestigieux cabinets de curiosités privés se constituèrent et plusieurs musées d'art asiatiques, comme le musée Guimet à Paris, le British Museum à Londres et le Metropolitan Museum à New York, enrichirent considérablement leurs collections.

 

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Ce roman décrit le parcours d'un jeune homme appelé Huan Wen, issu d'une famille de paysans « totalement dépourvue de culture savante » et devenu cuisinier au service de Zhang Jinjiang, troisième conseiller à l'ambassade de Chine à Paris. Après son arrivée dans la capitale en 1902, Huan s'imposa comme l'homme de confiance du puissant dignitaire. Il allait réceptionner à la Douane des marchandises précieuses (thé, soie, laques fines, antiquités) pour approvisionner le magasin que Zhang Jinjiang avait ouvert Place de la Madeleine.

Rusé, tenace et brillant d'intelligence, il ouvrit en 1908 sa première galerie rue Taitbout, dans le 9e arrondissement de Paris et prit le nom de Ching Tsai Loo. En Orient comme en Occident, il s'imposa dans le monde des arts grâce à un réseau de clients fidèles et de riches associés.

Chaque année, à la différence de ses concurrents, il se rendait en Chine par le Transsibérien et collectait des objets magnifiques grâce aux solides appuis dont il bénéficiait dans le gouvernement de Sun Yat-Sen, suite à la proclamation de la République chinoise en octobre 1911.

Pendant l'hiver 1914, dans un train qui se dirigeait vers New York, il fit la connaissance de Charles Lang Freer, richissime fabricant de voitures et collectionneur d'antiquités chinoises. Après cette rencontre déterminante, il ouvrit un magasin d'objets d'art asiatiques sur la Cinquième Avenue à New York et côtoya les plus importants collectionneurs de son époque: les Rockefeller, les Morgan, les Vanderbilt...

 

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(Image PagodaParis)

Ce personnage complexe fut honoré en Occident mais désavoué dans son pays après la Révolution de 1949 et l'instauration de la République populaire de Mao Zedong. Ses associés furent assassinés. On l'accusa d'avoir pillé les trésors nationaux et il échappa de peu à un sort funeste.

Il revint en France et développa des relations amicales avec les conservateurs des musées du monde entier. Grand philanthrope, il offrit de nombreuses oeuvres au British Museum de Londres, au Nelson-Atkins Museum of Arts de Kansas City, au Museum of Fine Arts de Boston et surtout au musée Guimet de Paris auquel il légua, en 1957, sa collection de jades antiques.

 

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(Éloge de l'Art.com)

Ce masque figurant une tête de jaguar date de la dynastie Zhou (1027-770 avant J.-C.).

 

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 Dans un subtil jeu de courbes et de contre-courbes, deux dragons Zhi affrontés forment les anses de cette petite tasse d'époque Ming (1368-1644), conservée au musée Guimet. Son traitement fluide est magnifié par la translucidité de la matière: un jade vert d'eau légèrement veiné de brun. Elle constituait une pièce de choix pour des cabinets de lettrés.

 D'autres pièces sont tout aussi remarquables...

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 Cette tête, offerte en 1920 au musée Cernuschi par Ching-Tsai Loo, représente un pratyeka buddha, identifiable par son chignon «en colimaçon». Un pratyeka buddha est un Éveillé qui occupe une place intermédiaire entre les buddhas et les bodhisattvas.

 « Le terme sanskrit bodhisattva désigne des êtres (sattva), humains ou divins, qui ont atteint l'état d'éveil (bodhi). Ils devraient donc porter logiquement le nom de buddha (« éveillé ») et être à jamais libérés des contingences existentielles. Mais le bouddhisme enseigne que certains buddhas suspendent, par compassion pour leurs semblables, leur entrée dans le nirvana et veillent sur les hommes à la façon des anges gardiens. » (Définition Encyclopédia Universalis).

 Buddha «L'Éveillé» désigne toute personne libérée des contraintes de son corps, étant ainsi parvenue à un état supérieur d'élévation spirituelle ; terme faisant souvent référence à un prince vivant en Inde au VIe siècle avant notre ère : Siddharta Gautama dit «le Bouddha».

 

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 Très appréciée pour la luxuriance de son décor intérieur, la Pagode de la rue de Courcelles abrita, pendant plusieurs décennies, la galerie C.T. Loo&Cie qui se rendit célèbre en fabriquant, sur commande, des meubles vernis de laque craquelée. La galerie s’est installée, en juin 2011, dans le 7ème arrondissement de Paris.

 

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A l'époque de monsieur Loo, la Pagode constituait un écrin pour des objets d'un raffinement extrême: lits à opium, porcelaines impériales, panneaux laqués, boiseries indiennes importées du Rajâsthan au XVIIIe siècle, plafond à caissons, chaises de lettrés, jades, tête de Bouddha du Gandhâra...

 

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Une porte de lune permettait de découvrir un cabinet de curiosités, des murs lambrissés et des paravents somptueux.

 

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Cette maison d'antiquités a été tenue par le petit-fils de Monsieur Loo, Michel Cardosi, mais, trop endommagée par les griffes du temps, elle a dû subir une importante réfection.

 

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Après deux ans de travaux, elle a rouvert ses portes au public le 12 Octobre 2012. Elle est désormais destinée à accueillir des expositions, des évènements culturels et des ventes d’art asiatique. Les visiteurs pourront également découvrir la bibliothèque privée de Ching Tsai Loo, un lieu exceptionnel qui abrite plus de 2000 livres, 3000 catalogues d’art, 3000 photographies et la correspondance de l'ancien maître des lieux.

 

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Les canards mandarins, symboles d'amour et de fidélité. (Image PagodaParis)

 

Année après année, la Pagode a attiré les collectionneurs et les artistes, venus y nourrir leur imagination.

 

Janine Loo, la quatrième fille de monsieur Loo, prit en 1947, à la demande de son père la direction de la Pagode. Née dans un train, en 1920, entre Poitiers et Angoulême, la jeune femme avait hérité la passion de sa famille pour l'art et les voyages. Elle épousa le poète et journaliste Pierre Emmanuel (1916-1984), en 1952 et se lia d'amitié avec le psychiatre et psychanalyste Jacques Lacan (1901-1981).

 

Après une labyrinthite (inflammation de l'oreille interne) suivie de crises de mélancolie, Janine Loo se mit à dessiner ce qui lui venait à l'esprit sur des morceaux de papier épars. Puis elle accola ses créations et élabora des historiettes à travers un « itinéraire inconscient ». Naquirent deux bandes dessinées intitulées Mon ami le séducteur et Les petits dépressifs.

 

Elle demanda son avis à Jacques Lacan qui ajouta « pour s'amuser » des commentaires sous ses créations. Cette rencontre amicale et littéraire engendra l'ouvrage Entrelacs. Les deux amis ne manquaient pas de faire remarquer qu'ils avaient les mêmes initiales...

 

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L'écrivain Patrick Modiano, né en 1945 et gratifié du Prix Goncourt en 1978 pour Rue des boutiques obscures, écrivit ses premiers romans avec « vue sur la Pagode ». Celle-ci apparaît sur la couverture de son roman Quartier Perdu dont je vous livre quelques mots en avant-bouche, sans trop dévoiler les subtilités de l'intrigue...

 

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« Un dimanche de juillet, Ambrose Guise arrive à Paris. Il ne trouve personne. Sauf les statues. Une ville fantôme, lui semble-t-il, après un bombardement et l'exode de ses habitants. Auteur de romans policiers anglais, il vient rencontrer son éditeur japonais. Mais il va profiter de ce voyage pour élucider les mystères de son passé, du temps où il était français et s'appelait Jean Dekker, il y a vingt ans. Il fait alors surgir dans un Paris crépusculaire, halluciné, des lieux étranges : une chambre secrète rue de Courcelles, en face d'une pagode ; un grand rez-de-chaussée donnant sur un jardin, place de l'Alma. Il réveille les spectres de Georges Maillot, au volant de sa voiture blanche, de Carmen Blin, Ghita Wattier, des Hayward... Tout un quartier perdu de la mémoire est ainsi revisité, et délivre le secret de ses charmes, et de ses sortilèges. »

 

L'architecture de la Pagode

 

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Cette envoûtante demeure domine, de ses quatre étages, la place Gérard Oury, appelée autrefois place du Pérou. Ses toits et ses auvents aux extrémités courbes, ses tuiles vernissées et son décor raffiné font voyager le regard vers des cimes de poésie. Le toit terrasse du petit pavillon qui lui est adossé est accessible par un passage dérobé.

 

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Afin de tamiser la lumière, de fines grilles dessinent un maillage géométrique sur chacune des fenêtres.

 

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On aperçoit au premier étage, derrière les fines colonnes qui rythment la façade, un petit balcon où se retrouvaient autrefois les collectionneurs venus rendre visite à Ching Tsai Loo. Une fois par an, le célèbre marchand organisait dans son « palais des arts » de fastueuses fêtes mondaines, prisées du tout-Paris et de ses clients internationaux.

 

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Au-dessus de l'élégant portail en bois précieux, s'étire une frise de créatures fantastiques et de part et d'autre du linteau, marqué du nom du propriétaire, combattent des animaux fabuleux.

 

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Dominant l'entrée et son toit aux extrémités recourbées, des créatures aux lignes ondulantes s'appliquent à repousser les esprits néfastes qui voudraient s'introduire dans le bâtiment.

 

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Cette fonction est aussi dévolue aux tuiles faîtières qui arborent un décor raffiné tout en assurant la cohésion des parties supérieures de l'édifice. Réputées protéger la demeure contre les incendies et contrer les êtres malveillants, elles représentent des monstres aquatiques pourvus d'une queue relevée en forme de point d'interrogation.

 

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Ces créatures sont appelées « Chiwei » ou « queue de hibou ». D'après une très ancienne légende, un poisson mythique qui ressemblait à un gros hibou pouvait éteindre les incendies en « levant les flots ». Il fut placé, de manière stylisée, en bordure des toits et remplacé par un dragon sous la dynastie Qing (1644-1912).

 

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Certains auteurs comparent les créatures dressées au sommet du porche d'entrée à des mingqis, objets funéraires très répandus dans les sépultures de la Chine antique, mais il s'agit plus vraisemblablement de kuilongzi, personnages qui avancent, en file indienne, sur le rebord des avant-toits des temples et des pagodes.

 

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L'ornementation des bords du toit est une constante dans l'architecture chinoise. Les tuiles faîtières en grès, revêtues de glaçures plombifères, et les petits personnages juchés au sommet des habitations ont des vertus magiques et protectrices. Ils jouent aussi le rôle de messagers et d'intercesseurs entre le monde humain et celui des génies, des ancêtres et des dieux.

 

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Emblème funéraire, symbole de vigilance et de régénération, le poisson apparaît sur les poteries néolithiques. Lors des fêtes printanières, des petits poissons en céramique étaient posés près des cours d'eau pour marquer les passages entre les mondes et signifier la présence des âmes des Ancêtres.

 

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Dans la Chine ancienne, le poisson (yü) était un symbole de richesse, de bonheur et d'abondance, un protecteur et un gardien des plaisirs régnant sur « les jeux érotiques des nuages et de la pluie. »

 Il favorise la réussite et l'harmonie entre les époux. Il saisit le mal dans sa gueule, nous rappelant qu'il descend d'une monstrueuse créature primordiale née dans les abysses aquatiques.

 Monsieur Loo connut sans conteste le succès professionnel mais il fit de nombreuses entorses à son « contrat conjugal »...

 

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Célébré le sixième jour de la première lune de l'année, le cheval incarne le mélange harmonieux du yin et du yang. Il est aussi l'Étoile, l'animal héraldique de la 25ème constellation zodiacale.

 Symbole de vitesse, de rapidité et de longévité, il est la monture des Immortels et celle du mythique Empereur Jaune. L'Ancêtre des Chevaux est un puissant génie protecteur.

 

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Esprit du Vent, messager des Écritures Sacrées, le cheval tisse les mots dans sa course. Il a des ancêtres communs avec le ver à soie.

 Avant le Nouvel An, on offrait au Dieu du Foyer un cheval en céramique ou en papier pour que les voeux voyagent en toute aisance vers le ciel.

 Le cheval représente aussi la réussite professionnelle.

 

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Les bêtes écailleuses éloignent les êtres malfaisants et la mauvaise fortune, à l'instar des oiseaux dont les chants mélodieux engendrent la félicité.

 

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Ching Tsai Loo avait coutume de dire « L'art ne devrait avoir aucune frontière et devrait, au contraire, être une source de joie pour les peuples à travers le monde ». Il aimait particulièrement les mots du poète Victor Segalen, infatigable voyageur et grand amoureux des trésors de la Chine. En 1916, dans le recueil Peintures, Segalen décrit un cortège de chevaux qui s'étire dans la paysage en transportant des objets anciens.

 « C'est donc un défilé horizontal de choses précieuses, venant de par toute la terre, marchant vers le même but pour se composer en un même lieu, aux pieds de quelqu'un ».

 Ce « quelqu'un » était un homme à la vie romanesque dont le souvenir perdure à travers un édifice remarquable, un rêve de collectionneur que je vous invite à visiter...

 

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Mythique Immortel, Gardien du porche et Chasseur de Démons...

 

Bibliographie

 Alfred FIERRO: Histoire et mémoire du nom des rues de Paris. Parigramme, 1999. 

L'ouvrage de Géraldine LENAIN dont je vous ai précédemment parlé.

 Maurice L TOURNIER: L'imaginaire et la symbolique dans la Chine ancienne. L'Harmattan, 1991.

 

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Informations pratiques

 Adresse de la Pagode: 48, rue de Courcelles.

 Il faut emprunter la ligne 2 du métro et descendre à l'arrêt « Courcelles ».

Vous pouvez aussi traverser le Parc Monceau et rejoindre la rue Rembrandt. La Pagode se situe au bout de la rue, au croisement avec la rue de Courcelles.

 Pour connaître les prochaines expositions qui se dérouleront à la Pagode, vous pouvez vous rendre sur le site www.pagodaparis.com.

 Les amateurs d'antiquités orientales apprécieront de découvrir le Comptoir Français de l’Orient et de la Chine ou C.F.O.C. Il se situe de l’autre côté de la rue de Courcelles, à l’angle du boulevard Haussmann.

 Et bien sûr, des visites au Musée Cernuschi et au Musée Guimet ne pourront que susciter l'émerveillement...

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« Les objets d'art parcourent le monde tels des ambassadeurs silencieux. » Ching Tsai Loo, 1956.

 

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Merci pour vos visites et vos commentaires, sans oublier les mails et les courriers d'amitié que je reçois avec grand plaisir... Je pense à vous!

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #hotel, #pagode, #parc, #rembrandt, #rue

Cette rue élégante est issue d'une vaste opération de promotion immobilière lancée par les frères Émile et Isaac Péreire autour du Parc Monceau à partir de 1861. Les travaux débutèrent en 1867 et la rue fut baptisée rue Rembrandt en 1868.

 

Prisée par la riche bourgeoisie parisienne du Second Empire, la « promenade Monceau » était associée aux grands travaux initiés par les Péreire. Trois avenues somptuaires (Van Dyck, Ruysdaël, Vélasquez) et trois rues bordées de beaux hôtels (Murillo, Rembrandt, Alfred de Vigny) rayonnent depuis le parc.

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Un immeuble cossu au croisement des rues Rembrandt et Murillo.

 

Venant du parc, je me suis retrouvée face au numéro 7, devant une impressionnante demeure dont la façade est rythmée par des bow-windows.

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Gustave Rives, l'architecte en chef des bâtiments civils et des palais nationaux, édifia cette maison de maître, en 1899, sur l'hôtel particulier de l'architecte Antoine Gaétan Guérinot. La structure de l'immeuble s'articule autour de deux grands oriels ou bow-windows. Ces avancées en encorbellement ou littéralement « fenêtres en arc », fréquentes dans l'architecture victorienne, le style Second Empire et l'Art Nouveau si friand de lignes ondoyantes, donnent aux façades un surcroît de lumière et de plasticité.

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Au numéro 1, se dresse l'hôtel de Baeyens, de style néo-renaissance.

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Le baron Ferdinand de Baeyens, (1837-1914), gouverneur de la Société Générale de Belgique en 1894 et président du conseil d'administration de l'Exposition Universelle de Bruxelles, fut le propriétaire des lieux jusqu'en 1910.

 

 

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Une belle porte avec un petit ange.

 

 

Au numéro 4 et au numéro 6, on aperçoit deux hôtels à pignonsqui rappellent les riches demeures de marchands néerlandais du 17e siècle: l'Hôtel Millard et l'Hôtel de Billy.

Image7 6, rue Rembrandt.

 

 

La Pagode Loo

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A l'angle de la rue Rembrandt et de la rue de Courcelles, une maison rouge en forme de pagode se dresse parmi les immeubles haussmanniens. Construite en 1928 par François Bloch pour Ching-Tsai Loo, un antiquaire passionné, elle se dévoile comme une invitation au voyage. Aujourd'hui, cette belle maison exotique abrite la galerie C.T. Loo&Cie. Elle se caractérise par son décor extérieur sobre et raffiné et par la luxuriance de son aménagement intérieur. Après avoir franchi une porte de lune, on découvre un cabinet de curiosités, des murs lambrissés, des paravents, des boiseries laquées. On y fabrique toujours, sur commande, des meubles vernis de laque craquelée.

 

Grâce à Ching-Tsai Loo, de prestigieuses collections privées se constituèrent et plusieurs musées d'art asiatiques enrichirent considérablement leur fonds.

 

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Entrée de la Pagode au 48 rue de Courcelles.

 

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Les animaux fantastiques

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Image16 Pagode mystérieuse

 

 

 

 

Image17 En revenant vers le parc, un éléphant de verdure...


Référencement sur http://www.etoile-blog.com

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #fontaine, #fut, #paris, #rue, #saint

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La Fontaine Saint-Michel se situe sur la Place Saint-Michel, dans le 6e arrondissement de Paris, à la croisée du boulevard Saint-Michel et de la rue Danton. Sa position évoque les travaux orchestrés par le Préfet Haussmann sous le Second Empire.

 

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Georges Eugène Haussmann (1809-1891), dit le « baron Haussmann », mit en oeuvre un plan de réaménagement et d'embellissement de Paris, fondé sur l'aération du tissu urbain. Il dirigea une immense campagne de travaux, inspirée par les théories hygiénistes de l'époque.

 

Il fit percer de nouvelles voies pour favoriser la circulation des piétons et des véhicules. Des boulevards, des avenues, de grandes perspectives virent le jour et un maillage luxuriant de jardins et de squares fut créé.

 

Dans le prolongement de l'esprit des « Lumières », la Ville devint un espace maîtrisé, doté d'un ample quadrillage, de promenades plantées et de magnifiques immeubles mais Haussmann voulait aussi faciliter le déploiement de troupes militaires en cas de soulèvements civils.

 

Dans ce contexte, la fontaine Saint-Michel fut construite à partir de 1858 et inaugurée en 1860.

 

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Élaborée par l'architecte Gabriel Davioud, dans un style éclectique, elle se présente comme une sorte d'arc de triomphe antique, destiné à commémorer la victoire de Saint-Michel archange sur le Démon.

 

Sa structure est celle d'une fontaine-mur, à l'instar de la Fontaine Médicis au Jardin du Luxembourg et de la Fontaine des Quatre-Saisons, dans la rue de Grenelle.

 

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La Fontaine Médicis

 

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La Fontaine des Quatre Saisons

 

Mais sa mise en scène complexe et son décor foisonnant, associés à des effets de polychromie, ne firent pas l'unanimité en son temps.

 

« Dans ce monument exécrable,

On ne voit ni talent ni goût,

Le Diable ne vaut rien du tout;

Saint-Michel ne vaut pas le Diable ».

(Quatrain anonyme)

 

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L'archange Saint-Michel piétine le Diable déchu.

 

Ce groupe, encadré par des colonnes en marbre rose du Languedoc, fut exécuté par Francisque Duret (1804-1865). Ce dernier s'inspira d'un tableau du maître italien Raphaël, conservé au Louvre. Le rocher sur lequel s'appuient les personnages est l'oeuvre du sculpteur Félix Saupin.

 

Dans le projet initial, la niche centrale devait accueillir une statue de Napoléon mais le choix du thème de Saint-Michel se justifie par la présence d'un très ancien lieu de culte, consacré à l'archange, à proximité de l'Île de la Cité.

 

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Créations d'Henri-Alfred Jacquemart (1824-1896), deux imposantes chimères dressent fièrement leurs ailes de part et d'autre d'un grand bassin.

 

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Gardiennes de la fontaine, elles contribuent, par leur position altière, à sa puissante théâtralité.

 

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Dans la partie supérieure de l'édifice, s'élèvent quatre statues qui représentent les Vertus Cardinales. Elles s'appuient sur l'entablement des grandes colonnes en marbre rose, surmontées par des écussons à tête de lion.

 

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La Prudence, réalisée par Jean-Auguste Barre (1811-1896). Ses attributs sont le miroir et le serpent.

 

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La Justice, armée de son glaive, sculptée par Élias (Louis-Valentin) Robert (1821-1874).

 

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La Tempérance, oeuvre de Charles Gumery (1827-1871).

 

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La Force, création d'Eugène Guillaume (1822-1905).Elle revêt la peau du Lion de Némée et s'appuie sur la massue d'Hercule.

 

Ces Vertus exaltent la prédominance de Saint-Michel, guerrier des forces de lumière, sur le Diable, doté d'un visage humain.

 

Dans le fronton terminal, les armes de Paris sont tenues par les allégories de la Puissance et de la Modération.

 

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Des angelots lovés dans des rinceaux de style néo-renaissance complètent l'ensemble. Ces ornements ont été exécutés par Noémie Constant.

 

Témoignage grandiose ou grandiloquent (selon les goûts) de la politique d'embellissement du Second Empire, la fontaine est aujourd'hui un lieu de partage, de rencontre et de rendez-vous. Elle offre sur la Seine et sur Notre-Dame une belle perspective et constitue le point de départ de plusieurs promenades à travers les méandres du Quartier Latin.

 

Nous traversons le boulevard Saint-Michel en direction de la librairie Gibert Jeune.

 

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Ce beau bâtiment abrite une librairie mythique, fondée en 1888 par Joseph Gibert, professeur de Lettres Classiques au Collège Saint-Michel, à Saint-Étienne. En 1886, il s'installa comme bouquiniste en bordure de Seine et, deux ans plus tard, il ouvrit une librairie sur le boulevard Saint-Michel.

 

La Rue de la Huchette

 

Au début du XIIIe siècle, la rue de la Huchette se nommait rue de Laas. Elle bordait un domaine peuplé de vignes appelé Clos du Laas. Une enseigne, « la Huchette d'Or », dont la présence était attestée à la fin du XIIIe siècle, lui donna son nom.

 

Au XVIIe siècle, cette rue pittoresque était célèbre pour ses auberges, ses tavernes, ses cabarets et ses rôtisseries mais aussi pour ses « coupeurs de bourses ».

 

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Cette vieille enseigne provient du Musée Carnavalet.

 

Elle désignait l'emplacement d'une maison, située au numéro 4, qui connut plusieurs appellations. Qualifiée de Maison de la Heuse au Moyen-âge, elle devint la Petite Cuiller à la fin du XVIe siècle puis la Hure de Sanglier et la Hure d'Or.

 

Le nom « la Huchette d'Or » évoque la présence d'un maître huchier ou menuisier. La huche était un grand coffre de bois rectangulaire, doté d'un couvercle plat.

 

Parmi les vieilles maisons dont l'Histoire a retenu le nom, on trouvait « le Petit More », vers l'actuel numéro un de la rue.

 

Une auberge, « Au Panier Fleuri », accueillait de nombreux artistes, des chanteurs et des écrivains.

 

L'activité des rôtisseries (« La Lamproie-sur-le-grill », « les Pigeons », « la Hure »...) était florissante.

 

Un Bureau des Apothicaires, dont l'enseigne était une lamproie, s'installa dans la rue, à partir de 1714.

 

Il y avait aussi, parmi bien d'autres, une Hôtellerie des Boeufs (établissement de bains féminins), une Hôtellerie de l'Ange, un Hôtel de Pontigny adossé à la Seine...

 

Ce Paris disparu stimule notre imaginaire mais les bâtiments qui ont traversé le temps ont une histoire tout aussi fascinante à nous conter.

 

Le Théâtre de la Huchette

 

Il fut créé par Georges Vitaly en 1948. Depuis le 16 février 1957, les deux premières pièces de Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve et La Leçon, y sont jouées sans interruption.

 

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Le Cupidon de la Huchette

 

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Sur cette façade souvent remaniée au fil des siècles, un angelot gracieux aimante le regard. Cupidon (de « Cupido », le désir...), emblème du glacier italien Amorino, suscite d'irrépressibles envies...

 

La rue du Chat-qui-Pêche

 

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Cette venelle insolite fut appelée ruelle des Étuves, rue du Renard(il n'existe aucun rapport avec l'actuelle rue du Renard) et rue des Bouticles. Elle s'étendait jusqu'à la Seine à laquelle on accédait par un escalier. Son étroitesse (elle mesure 1,80 m de largeur pour 26 m de longueur) nous fait voyager à travers un Paris d'un autre temps.

 

En 1607, on la nommait ruelle des Bouticles de Petit-Pont et on y trouvait des « estaulx de marée et d'eau doulce ». Les « Bouticles » étaient des bateaux dans lesquels on conservait le poisson. Une maison des Trois Poissons se dressait à l'angle occidental de la rue de la Huchette.

 

En 1832, elle était close par une grille, à ses extrémités.

 

Dans les années 1930, Jolán Földes, une écrivaine hongroise, vivait dans cette rue qui lui inspira un roman.

 

Légendes du Chat-qui-Pêche

 

L'une d'elles relatait l'existence d'un puits qui communiquait avec le petit bras de la Seine. Les chats du quartier se réunissaient tout autour car le fleuve y faisait remonter une myriade de petits poissons. Les gourmands à quatre pattes n'avaient alors plus qu'à les attraper!

 

Une autre met en lumière l'histoire de Dom Perlet, un chanoine alchimiste, qui avait un chat noir pour familier. Le félin attrapait dans la Seine les poissons avec une telle dextérité que la rumeur prétendit qu'il était l'incarnation de Satan. En l'absence de son maître, trois étudiants se saisirent de lui et le jetèrent dans le fleuve mais l'alchimiste revint, après un voyage, et le chat reparut aussi.

 

Une vieille expression: "aller voir pêcher les chats" désignait quelqu'un se laissant persuader trop facilement.

 

 

A l'angle de la rue de la Huchette, au numéro 14, se trouvait « la Maison à l'Y ». Elle présentait une enseigne ou un médaillon décoré d'un Y, symbolisant les « lie-grègues »: les lacets qui fixent les hauts de chausse à la culotte. Elle appartenait à Thomas Charles de Lastre, un marchand mercier.

 

Le Diable de la Huchette

 

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Le Diable se cache et se dévoile, dans les venelles parisiennes, derrière les vieilles portes, dans les reflets et les ombres. Il régnait autrefois sur un lacis d'obscures ruelles que le jour n'éclaboussait presque jamais, sur des passages fuyants et des façades dévorées par les âges.

 

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Ce mascaron fantasque, qui contemple le Caveau de la Huchette, évoque l'emplacement de messes noires et de cérémonies occultes.

 

Le Caveau de la Huchette

 

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Il abrite un célèbre club de jazz mais son histoire s'enracine dans les légendes et les secrets du Vieux Paris. Il fut autrefois un lieu prisé par les Sociétés Occultes. Des Templiers et des Rose-Croix s'y réunissaient. Au XVIIIe siècle, une Loge Franc-Maçonnique s'établit dans ses caves profondes. Outre deux salles basses superposées, des souterrains menaient jusqu'à l'ossuaire de l'église Saint-Séverin et au Petit-Châtelet.

 

En 1789 et pendant la période qui suivit, il devint le « Caveau de la Terreur » et il accueillit les clubs des Cordeliers et des Montagnards ainsi qu'un Tribunal. Des figures importantes de la Révolution et de la Convention s'y donnaient rendez-vous. Des jugements et des sentences d'exécution y furent prononcés. Des légendes relatent la présence d'un puits très ancien qui « avalait » dans les entrailles de la terre les condamnés à mort.

 

En continuant notre chemin vers la cathédrale Notre-Dame, nous arrivons sur la Place du Petit-Pont où une plaque évoque les combats qui opposèrent les résistants français aux allemands dans le « fortin de la Huchette ».

 

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La Rue du Petit-Pont

 

Le tracé de cette rue était une partie du cardo de l'ancienne Lutèce. Cette voie modelée par les Romains descendait la Montagne Sainte-Geneviève et passait par la rue Saint-Jacques. Elle arrivait jusqu'à la Seine qu'elle franchissait et se poursuivait de l'autre côté...

 

La ville romaine était construite suivant une géométrie réelle et magique. Les axes majeurs formaient une croix orientée vers les points cardinaux. Au coeur de cette croix se dressait le forum, espace consacré aux échanges de la Cité.

 

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Aux numéros 3 et 5 de la rue du Petit-Pont, le bar restaurant Polly Maggoo dévoile, depuis les années 1970, sa belle façade décorée de mosaïques. Ce lieu très apprécié offre une scène musicale de qualité. Son nom fait référence à un film de 1966: « Qui êtes-vous, Polly Maggoo? » Cette comédie satirique en noir et blanc, réalisée par William Klein, reçut le prix Jean Vigo en 1967. Les rôles principaux sont incarnés par Sami Frey, Dorothy Mac Gowan, Alice Sapritch, Jean Rochefort ou encore Philippe Noiret.

 

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La Rue de la Bûcherie

 

Elle accueillait autrefois le « Port aux Bûches » de la capitale. Jusqu'au XVIe siècle, on y déchargeait le bois destiné à la construction et au chauffage. De nombreuses familles de charpentiers y avaient élu domicile.

 

La Faculté de Médecine établit ses quartiers dans cette rue, à partir de 1472. Les maîtres qui y enseignaient étaient clercs et devaient garder le célibat mais, soumis à des tentations continuelles en raison d'une affluence de prostituées dans la rue et dans les rues avoisinantes, ils finirent par obtenir la permission de se marier!

 

Le Petit-Châtelet

 

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Le Petit-Châtelet a bien changé...

 

Il gardait jadis l'accès au Petit-Pont qui reliait l'île de la Cité aux berges de la Seine. Héritier des fortifications romaines préservant la Lutèce antique des envahisseurs, il fut construit d'abord en bois puis rebâti en pierre, vers 1130. Dévasté par une crue de la Seine, à la fin du XIIIe siècle, il fut reconstruit, en 1369, sous le règne de Charles V.

 

Il devint ensuite une prison et fut détruit en 1782 pour permettre la création de la Place du Petit-Pont.

 

Les droits d'entrée des marchandises devaient être acquittés à l'entrée, sous un profond passage voûté. Sous le règne de Saint-Louis (1214-1270), c'est à cet endroit que naquit l'expression « payer en monnaie de singe ». Si un vendeur de singe se présentait à la porte du Petit-Châtelet, il devait payer quatre deniers. S'il s'agissait d'un jongleur, il faisait danser l'animal devant l'administrateur du péage et pouvait faire entrer ses marchandises gratuitement dans la ville. Il payait donc en monnaie de singe!

 

Shakespeare and Company (37, rue de la Bûcherie)

 

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Cette célèbre librairie anglo-saxonne, se situe à proximité de la rue de la Huchette. Sa façade est tournée vers Notre-Dame de Paris.

 

Fondée en 1921 par Sylvia Beach, une américaine, elle se trouvait alors au numéro 12, rue de l'Odéon. (De 1919 à 1921, cette libraire aux goûts cosmopolites avait tenu une librairie, rue Dupuytren, dans le 6e arrondissement de Paris.) Devenue la compagne de l'éditrice et poétesse Adrienne Monnier, elle publia, malgré son aura sulfureuse, le roman Ulysse de James Joyce, en 1922.

 

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La librairie fut fermée sous l'Occupation mais en 1951, l'américain George Whitman ouvrit une nouvelle librairie dans la rue de la Bûcherie. Appelée d'abord « le Mistral », cette caverne de connaissance devint « Shakespeare and Company » après la disparition de Sylvia Beach en 1962.

 

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Sylvia Beach fut la marraine de la « Génération Perdue », un courant littéraire désignant des auteurs américains de l'Entre-deux-Guerres expatriés à Paris.

 

La poétesse, écrivaine, féministe, mécène et collectionneuse Gertrude Stein(1874-1946) leur attribua ce nom. Leurs plus illustres représentants étaient Francis Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway, John Steinbeck ou encore John Dos Passos.

 

Cette génération au talent prolifique céda la place à la « Beat Generation », un mouvement artistique, émanation de l'esprit bohême, qui vit le jour aux Etats-Unis en 1950. Son chef de file était Jack Kerouac (1922-1969), auteur du roman manifeste Sur la route, paru en 1957. Avec Kerouac, William Burroughs (Le festin nu), Allen Ginsberg (Howl) et bien d'autres, la créativité de ce mouvement s'articula autour du mythe des grands espaces, de la spiritualité de la Nature, de la quête de la liberté et de l'exploration de mondes « parallèles », sous l'emprise ou non de substances psychoactives.

 

Shakespeare and Co, c'est une atmosphère et un décor. Devant les vitrines agréablement surannées ou le long des rangées de livres, on rencontre des tumbleweeds, voyageurs d'un genre un peu particulier. George Whitman aimait accueillir des personnes pour une ou plusieurs nuits, en échange de deux heures de travail quotidien dans la librairie et de la lecture d'un livre. Sa fille, Sylvia Whitman, a repris le flambeau en 2001. Elle poursuit cette tradition et héberge des écrivains de passage.

 

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Walt Whitman (1819-1892) était l'un des maîtres de la poésie américaine du XIXe siècle. Dans son chef-d'oeuvre intitulé Leaves of Grass (Feuilles d'herbes), il exprime une puissante sensualité, une vision poétique et intemporelle de l'Amérique, une énergie dévorante et généreuse.

 

« Je me célèbre et me chante,

Et mes prétentions seront tes tentations,

Car chaque atome qui m'appartient t'appartient aussi. »

Chant de moi-même

 

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Une élégante fontaine Wallace se dresse devant la librairie.

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Ces charmants édicules en fonte ont été conçus pour distribuer de l'eau potable à différents endroits de Paris. Nous les devons à Sir Richard Wallace (1818-1890), un philanthrope qui offrit aux parisiens une part conséquente de sa fortune, suite à la guerre de 1870. Il fit construire un hôpital pour les victimes et distribuer de la nourriture dans plusieurs rues de Paris. Il dessina lui-même les plans de ses fontaines.

 

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La rue Saint-Julien le Pauvre

 

L'Église Saint-Julien-le-Pauvre

 

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Cette église est l'une des plus anciennes de Paris. Elle se dresse à la croisée de deux importantes voies romaines.

 

En 1045, elle fut cédée par le roi Henri Ier au Chapitre de Notre-Dame. Aux alentours de 1120, elle passa sous l'obédience de l'abbaye de Longpont et jusqu'en 1524, les assemblées de l'Université s'y déroulèrent. En 1651, très dégradée, elle fut « affectée » à l'Hôtel-Dieu et subit alors de profondes transformations. Utilisée comme grenier à sel pendant la Révolution, elle fut rendue au culte en 1826. A partir de 1889, elle fut associée au rite catholique grec byzantin.

 

Comme la librairie Shakespeare and Company, elle apparaît dans plusieurs saisons de la série fantastique Highlander.

 

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Vers 1900, une iconostase ou barrière d'icônes fut créée pour séparer le choeur (où se déroulent les mystères) de la nef. On utilisa pour la circonstance des essences de bois précieux: de l'olivier, du figuier, du chêne, de l'abricotier, du palissandre et du bois de rose.

 

L'iconostase remplaça le choeur du XIIIe siècle, soutenu par des piliers aux chapiteaux sculptés de feuilles d'acanthe, de flore aquatique et de masques féminins.

 

Une « légende noire », rapportée par J-K Huysmans, est associée à la présence d'un tombeau, celui de Julien de Ravalet et de sa soeur Marguerite. Amants incestueux, issus d'une lignée de criminels, ils furent exécutés, le 2 décembre 1603, en Place de Grève et leurs têtes furent conservées dans l'église Saint-Julien.

 

En sortant de l'église, nous admirons, au 14, rue Saint-Julien le Pauvre, un magnifique portail, celui de l'Hôtel de Laffemas.

 

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Isaac de Laffemas (1583-1657) était lieutenant civil de la Prévôté de Paris, avocat, maître des requêtes et conseiller au Parlement de Bordeaux.

 

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Dans le fronton trône Thémis, la déesse de la Justice, tenant la balance de l'Équité. Elle est accompagnée d'un gracieux angelot.

 

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Vue du portail depuis le Square Viviani.

 

Le Square Viviani-Montebello

 

Dans ce square, créé en 1928, s'épanouit le « plus vieil arbre de Paris »: un robinier faux acacia, originaire d'Amérique du Nord, planté en 1602 par Jean Robin (1550-1629), le directeur du Jardin des Apothicaires. (Voir à ce propos mon article sur les Arbres de Paris.)

 

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Derrière le vieux robinier, on aperçoit le chevet de l'église Saint-Julien le Pauvre.

 

Une fontaine en bronze réalisée par le sculpteur Georges Jeanclos (1933-1997) s'élève à l'entrée du square.

 

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Des ornements archéologiques.

 

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A l'ombre du géant feuillu qui habite le square, nous contemplons Notre-Dame, vigie de pierre et de verre dominant la Seine. Indissociable de l'histoire de Paris, elle nous rapproche du sacré d'un seul regard. Nous tournerons bientôt les pages de son Livre Millénaire...

 

Bibliographie

 

Jacques-Antoine DULAURE: Histoire de Paris. Paris: Gabriel Roux, 1853.

 

Félix et Louis LAZARE: Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments. Éditions Maisonneuve&Larose, 1855.

 

Henri SAUVAL: Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris.Paris, 1724. 3 volumes in-8°.

 

Héron de VILLEFOSSE: Histoire de Paris. Grasset, coll. « Livre de Poche », 1995.

 

 

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Publié le par maplumefee
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Cette voie calme et ombragée, bordée par de superbes hôtels particuliers aux façades sculptées, se situe dans le 17e arrondissement de Paris. Née de la spéculation immobilière en vogue dans la Plaine Monceau pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, elle faisait originellement partie de la rue Legendre. Elle reçut, en 1912, le nom de Georges Berger.

 

Paul Louis Georges Berger (1844-1910) était ingénieur civil des mines, professeur à l'École supérieure des Beaux-Arts, député et ancien combattant. Il fut le gestionnaire de la section étrangère de l'Exposition Universelle de 1867. Il dirigea l'Exposition Universelle de 1876 puis celle de 1889 avec Jean-Charles Alphand et Alfred Picard. Il siégea dans le comité de direction de l'Exposition de 1900 et participa également aux Expositions d'Amsterdam (1869-1883), de Melbourne (1880) et d'Anvers (1885).

 

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Cette entrée se dévoile, comme celle d'un temple de l'Antiquité, aux abords de la Place de la République Dominicaine.

 

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Sous le fronton triangulaire en fort relief qui couronne la porte, apparaît un personnage barbu coiffé d'une tête de lion. Il s'agit peut-être du héros Hercule paré de la dépouille du lion de Némée.

 

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Le mélange harmonieux de la brique et de la pierre de taille est rehaussé par des frontons miniatures qui composent un décor néo-classique de toute beauté.

 

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La qualité des ferronneries, des agrafes et des ornements sculptés mérite amplement le détour.

 

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Le mascaron qui domine la porte d'entrée est une représentation du dieu Mercure. Il revêt le chapeau ailé ou pétase, symbole de ruse et de vélocité.

 

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Divinité majeure du panthéon antique, Hermès/Mercure était le messager des dieux et celui qui présidait aux nouvelles. Dieu du négoce, protecteur des voyageurs, des bergers et des commerçants, il était aussi le patron des escrocs et des brigands! Dieu civilisateur, il était honoré par des amas de cailloux rassemblés le long des routes et « régnait » sur les bornes milliaires.

 

Psychopompe et psychagogue, il conduisait les âmes aux Enfers et les convoquait par le biais de sortilèges puissants. On l'invoquait également comme gardien du seuil.

 

Hormis le chapeau ailé, ses autres attributs sont les sandales ailées, le caducée, la bourse et des animaux symboliques comme le coq, le bélier, la chèvre, la tortue...

 

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L'entrée raffinée du numéro 4.

 

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Du numéro 6 au numéro 8, deux bâtiments, érigés à la fin du XIXe siècle autour d'une cour, accueillent le Consulat du Portugal.

 

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Au numéro 10, se dresse un hôtel particulier qui était la propriété, en 1878, de l'architecte Achille Hermant. Son fils, Jacques Hermant (1855-1930), en remodela le décor et la structure, entre 1904 et 1905.

 

Au niveau des balcons et des consoles, le travail de sculpture est d'une finesse remarquable.

 

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Un portrait d'inspiration rococo accueille le visiteur, une beauté rêveuse, la muse de l'architecte...

 

Les ferronneries révèlent une influence Art Nouveau. Une gracieuse ombelle, qui semble jaillir d'un monde fantastique, se dessine sur la porte d'entrée.

 

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Jacques Hermant fut architecte en chef de la ville de Paris et professeur à l'École des Beaux-Arts de Paris. Il métamorphosa, entre 1890 et 1905, le Quartier des Célestins, près de la Bastille et il apparut comme un des pionniers de l'utilisation du béton armé, matériau apprécié tant pour sa solidité structurelle que pour des raisons économiques.

 

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La monumentale façade du numéro 11 révèle des ornements sculptés d'une grande qualité. Les refends du rez-de-chaussée opposent avec élégance leurs lignes horizontales aux meneaux des fenêtres.

 

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Une galerie de personnages facétieux observe le promeneur.

 

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Cette trogne très expressive s'inscrit dans la tradition des mascarons du Pont-Neuf, des visages de pierre aux traits grimaçants, bien plus drôles qu'inquiétants, qui représentent des divinités forestières et champêtres.

 

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Ce masque cornu s'inspire de ceux qui ornent les somptueux hôtels particuliers du Marais ou de l'Île Saint-Louis.

 

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La date de 1881 apparaît sous ce curieux visage.

 

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Sous leur apparente fantaisie, ces personnages, nés d'une vogue pour l'exotisme et les grotesques de la Renaissance, jouent un rôle déterminant dans la protection des demeures. A l'instar des gargouilles qui veillent sur les édifices religieux, ils ont pour fonction de repousser le mal. Véritables gardiens du seuil, ils sont l'émanation de très anciennes croyances.

 

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Cet hôtel particulier, situé au 11 bis, fut construit aux alentours de 1900. Il conjugue divers éléments architecturaux de style historiciste. Sa grande porte d'entrée est surmontée par des colonnes d'ordre corinthien. Les balcons ont de puissants gardes-corps en fonte, de style Louis XV. Un oculus couronne une corniche décorée de modillons.

 

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Des cornes d'abondance et de fines guirlandes ornent le gracieux cartouche qui surplombe l'entrée.

 

La Nonciature établit ses quartiers à cet emplacement, sous l'obédience de Mgr Clari, de janvier 1897 à mars 1899, puis de juillet 1899 à 1901, avec Mgr Benoît Lorenzelli. (Merci Mr Jacques Brice pour ce renseignement).

 

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Cet hôtel particulier, de style néo-renaissance, fut édifié à la fin du XIXe siècle. Sa puissante façade en pierre de taille puise son inspiration dans l'architecture des palais italiens. On aperçoit une grande fenêtre à meneaux, caractéristique de l'art du Moyen-Âge et de la Renaissance.

A l'étage supérieur, les fenêtres compartimentées sont encadrées de pilastres. Les corniches sont en fort relief.

 

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D'élégantes baies géminées, réminiscences de l'architecture romane, animent la façade et surmontent un entablement complexe, décoré de vases.

 

Quand la rue Georges Berger s'appelait encore rue Legendre, l'écrivain et homme politique Maurice Barrès vécut, entre 1890 et 1891, à ce numéro. Il fut l'un des mentors du nationalisme et du traditionalisme français. Son oeuvre, constituée d'une profusion de romans, de livres politiques et d'essais, révèle un profond attachement à l'armée, aux valeurs familiales et à la terre de naissance.

 

Dans ses jeunes années, il fut ami avec l'occultiste Stanislas de Guaita.

 

L'année 1906 fut marquée par son élection à l'Académie Française et par sa nomination en tant que député de Paris.

 

 

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Au 11 ter de la rue Georges Berger et à l'angle de la Place du Général Catroux, se dresse une magnifique demeure, réalisée par l'architecte Victor-Jules Février, entre 1878 et 1882, pour le banquier Émile Gaillard. Le bâtiment ressemble à un petit château de la Renaissance. (Je lui consacrerai très prochainement un article à part entière.)

 

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Victor-Jules Février puisa son inspiration dans les châteaux de Gien et de Blois.L'appareil de brique polychrome, les hautes fenêtres, les lucarnes et les ornements sculptés sont caractéristiques de l'art de la Première Renaissance.

 

Après la mort du commanditaire, le monument fut racheté par la Banque de France.

 

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La Place du Général Catroux est une place rectangulaire, créée en 1862, à l'emplacement d'un parc qui appartenait à une certaine Madame de Guingamp. Ancienne Place Malesherbes, elle est bordée par de magnifiques immeubles de style éclectique et historiciste.

 

Elle fut rebaptisée, en 1977, pour rendre hommage à Georges Catroux (1877-1969) qui rejoignit le Général de Gaulle à Londres.

 

Une statue de Sarah Bernhardt dans le rôle de Phèdre, oeuvre du sculpteur François-Léon Sicard (1862-1934), orne, depuis 1926, un des côtés de la place.

 

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Rêveuse et intemporelle, elle apparaît comme une dame blanche devant la somptueuse façade de l'Hôtel Gaillard.

 

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L'actrice (1844-1923) possédait un hôtel particulier à l'angle de la rue de Villiers et de la rue Fortuny.

 

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La Place célébrait autrefois les Trois Dumas.

 

Le Général Thomas Alexandre Dumas (1762-1806) fut représenté en 1912 par Alphonse Emmanuel de Moncel de Perrin (1866-1930). L'oeuvre décrivait le Général, appuyé sur un fusil imposant, mais elle fut hélas détruite par les Allemands en 1942.

 

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En vertu d'une loi promulguée par le Gouvernement de Vichy, le 11 octobre 1941, les statues métalliques non ferreuses devaient être fondues, ce qui fit disparaître de nombreuses sculptures dans les jardins et sur les places de Paris.

 

Aujourd'hui, des fers d'esclaves brisés, oeuvre de Driss Sans-Arcidet , alias Musée Khômbol (2009) rendent hommage au Général métisse, fils naturel d'un aristocrate français et d'une esclave d'origine africaine.

 

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La statue d'Alexandre Dumas Père (1802-1870), dernière réalisation de Gustave Doré (1832-1883), fut inaugurée le 4 novembre 1883, devant un parterre d'admirateurs. Elle fut financée par une souscription publique, lancée par des grands noms de la littérature et des arts comme Jules Verne, Alphonse Daudet, Pierre-Jules Hetzel, Victorien Sardou...

 

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Les architectes Joseph-Antoine Bouvard (1840-1920) et Ulysse Gravigny (1844-1901) sont les concepteurs du piédestal.

 

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Alexandre Dumas Père domine l'ensemble. Il est assis, vêtu d'une robe de chambre, sa plume d'écrivain dans la main droite.

 

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Un groupe en bronze compose une gracieuse allégorie de la lecture. Une jeune lectrice est entourée d'un forgeron et d'un étudiant. « La lecture illuminant l'esprit » peut être considérée comme une allégorie de l'instruction publique, rendue obligatoire par Jules Ferry en 1882.

 

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La signature serpentine de Gustave Doré se dévoile à côté des bottes de l'étudiant.

 

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D'Artagnan dans une position élégante, l'épée hors du fourreau...

 

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Les noms des principaux romans de Dumas Père (Les trois mousquetaires, le Comte de Montecristo, Vingt ans après, le vicomte de Bragelonne...) sont ciselés sur les côtés du monument.

 

 

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Alexandre Dumas Fils (1824-1895) résida au 98, avenue de Villiers. Sa statue fut érigée par René de Saint-Marceaux (1845-1915) et inaugurée le 12 juin 1906. Elle se situe à l'extrémité sud de la Place du Général Catroux.

 

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Autour de l'écrivain assis, gravite une ronde d'allégories féminines: la Douleur, la Résignation et la Jeunesse.

 

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On peut lire le nom de ses principales créations sur une face du piédestal: La Dame aux camélias, L'Étrangère, Denise, L'ami des femmes, Le Demi-monde...

 

René de Saint-Marceaux réalisa aussi le tombeau de l'artiste, enterré à Montmartre.

 

Au numéro 2 de la Place et au croisement du boulevard Malhesherbes (numéro 106), s'élève un bel immeuble en pierre et en brique d'inspiration néo-Renaissance et Louis XIII, érigé par l'architecte Alphonse Fiquet en 1899.

 

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Sa riche ornementation est l'oeuvre du sculpteur Antoine Margotin.

 

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Des bow-windows ornés de portraits en médaillons...

 

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Un décor luxuriant, d'autres portraits, une salamandre...

 

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De superbes fenêtres à meneaux, des personnages grotesques, une façade rythmée par des jeux de transparence et de nombreuses aérations.

 

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Un jeu complexe sur l'irrégularité des volumes, de gracieux mascarons...

 

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Des agrafes décorées de têtes de lions...

 

Au numéro 14, c'est la façade néo-renaissance italienne de l'Hôtel Fournier qui nous enchante.

 

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Il fut érigé par l'architecte Charles-Hippolyte Duttenhofer entre 1877 et 1878. Les fenêtres sont encadrées par un maillage décoratif dit « en pointe de diamant ».

 

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(Merci Mr Jacques Brice, Le Piéton de Paris, pour cette jolie photo).

 

De 1925 à 1940, le bâtiment abrita l'ambassade de Lituanie mais à la suite du pacte germano-soviétique, signé le 23 août 1939, l'Union Soviétique déposséda la Lituanie de ce bien avec l'assentiment du Gouvernement de Vichy.

 

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Je ne peux qu'inviter les promeneurs à explorer ce quartier, doté d'un patrimoine exceptionnel, mélange de goûts, de styles et de visions architecturales multiples qui se dévoilent, dans une atmosphère délicieusement surannée. Au-delà de la Place s'étendent des rues constellées d'autres trésors: la rue Prony, la rue Fortuny, la rue Jacques-Bingen et bien d'autres que j'aurais le plus grand plaisir à étudier prochainement.

 

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Je vous invite à découvrir, dans le 7e arrondissement de Paris, la rue Cler, semi-piétonne, charmante et chargée d'histoire. Insérée dans ce qu'on appelait autrefois « le bourg du Gros-Caillou », elle est bordée, sur sa moitié, par des commerces et des restaurants et rencontre la rue du Champ-de-Mars, la rue Saint-Dominique et la rue de Grenelle. Elle s'achève, vers le sud, au niveau de l'avenue de la Motte-Picquet.

 

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Ancienne « rue Neuve-de-l'Église » puis « rue de l'Église », la rue Cler changea de nom en 1864, pour rendre hommage au Général Jean Joseph Gustave Cler (1814-1859), vainqueur de l'Alma et tué à la bataille de Magenta.

 

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Le Général Cler

 

Le Bourg du Gros-Caillou

Ce quartier fort agréable, à la fois populaire et huppé, se situe à l'ouest du 7e arrondissement. Une de ses originalités est d'avoir conservé, à différents endroits, l'apparence d'un village du XVIIIe siècle. Plusieurs rues ont gardé leur nom et leur tracé d'avant la Révolution et leur ancien pavement a été préservé.

 

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La partie piétonne de la rue Cler, un samedi à la fin du marché.

 

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La partie ouverte aux voitures, qui conduit à la rue Saint-Dominique
et à l'église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou.

 

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La rue Cler vers 1900

 

Jusqu'au milieu du XVIIe siècle, une « garenne verdoyante » (garanella: grenelle) s'étendait à l'emplacement du quartier actuel. Elle était couverte de vignes et de prés, de vergers et de potagers. On y chassait la caille et le lièvre.

 

L'abbaye de Saint-Germain-des-Prés et l'abbaye de Sainte-Geneviève se partageaient la jouissance de cet espace luxuriant. La rue de Grenelle était appelée le « grand chemin des Vaches » et la rue Saint-Dominique, « rue aux Vaches » car les vaches du Faubourg Saint-Germain la remontaient pour aller paître dans le Pré aux Clercs.

 

L'église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou se dresse au croisement des rues Cler et Saint-Dominique près de l'endroit où jadis, un gros caillou marquait la limite entre les terres des deux abbayes.

 

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Cette église, conçue par l'architecte néo-classique Étienne-Hippolyte Godde (1781-1869), prend la forme d'une basilique romaine. Elle est précédée d'un péristyle dorique. Dans le fronton, une inscription latine fait référence à l'apôtre Pierre et à la pierre de bornage.

 

Ce « Gros-Caillou » était un énorme bloc alluvial qui servait de point de repère dans le paysage et délimitait la frontière entre les abbayes établies sur la plaine de Grenelle. D'après le géographe Charles Pomerol, le caillou aurait été détruit, avec des explosifs, en 1738 mais le nom de l'église a perpétué son souvenir.

 

De nombreux artisans s'établirent dans le quartier lorsque Louis XIV décida la construction de l'Hôtel des Invalides pour y loger les vétérans de l'armée. Des lavandières affluèrent pour blanchir le linge des anciens soldats. Elles exerçaient leur activité dans des blanchisseries flottantes, les bateaux-lavoirs. Sous l'impulsion des habitants du bourg, une église fut édifiée à partir de 1738, à l'extrémité de la rue Cler mais le bâtiment devint rapidement trop petit. L'édifice actuel fut construit, en majeure partie, entre 1822 et 1829.

 

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Le bourg connut donc un formidable essor grâce à la proximité des Invalides. Entre 1786 et 1858, une pompe à feu monumentale,créée par les frères Périer, alimenta en eau le quartier du Gros-Caillou, l'École Militaire, les Invalides et le faubourg Saint-Germain.

 

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A la fin du XVIIIe siècle, les « pompes à feu » remplacèrent les « pompes hydrauliques », du type de celle de la Samaritaine (mise en service sur le Pont-Neuf en 1608 à l'initiative d'Henri IV et du duc de Sully).

 

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Vue de la « pompe à feu de Chaillot », prise depuis le Gros-Caillou. Le dessin est de Jean-Baptiste Lallemand. Source: Gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France.

 

La première pompe à feu fut installée à Chaillot, sur la rive droite, en 1781. En 1788, la pompe du Gros-Caillou fut mise en place sur la rive gauche (Quai d'Orsay).

 

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La tour que l'on aperçoit mesurait 35 mètres de hauteur. Elle contenait un réservoir géant et desservait les différents quartiers grâce à d'imposantes machines à vapeur, fabriquées en Angleterre. Elle fut abandonnée en 1851.

 

Le port du Gros-Caillou fut aménagé pour transporter les matériaux nécessaires à la construction des Invalides. Il ne cessa de se développer, de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle. Anecdote intéressante, une école de natation fut créée, dans le port, en 1822. La première école de natation fut fondée à Paris, en 1785, par le sieur Turquin, l'inventeur des Bains Chinois (des cabinets de bains réputés hygiéniques) et le créateur de la première piscine (Piscine Deligny), en 1801, le long des berges du Quai d'Orsay.

 

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En 1810, une manufacture de tabac fut implantée sur une vaste parcelle de terrain située dans la partie nord du bourg. Cette gravure, qui provient du site de la BNF, est de Joris Minne d'après une illustration de A. Jahandier.

 

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Manufacture des Tabacs, 1905. Photographie de Jean-Eugène Durand, trouvée sur le site culture.gouv.fr.

 

Là où la rue Cler rencontre la rue de Grenelle, au numéro 23, s'élève un beau bâtiment, construit en 1911 et occupé aujourd'hui par le Café Roussillon. J'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé le nom de l'architecte.

 

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Le décor forme, autour des fenêtres, une peau luxuriante, composée d'ombellifères soutenues par des figures de femmes et d'enfants.

 

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Les tiges drues et les fleurs délicates dessinent une rêveuse broderie.

 

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Les fleurs soulignent les courbes de l'architecture, épousent les lignes structurelles. Dans la lumière se dévoile une forêt enchantée.

 

Le motif des ombellifères est récurrent dans l'Art Nouveau mais on le rencontre plus souvent sur les vases et les ouvrages de marqueterie que dans l'architecture.

 

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Aquarelle « Ombellifères » de l'atelier d'Émile Gallé, trouvée sur le site du Musée d'Orsay.

 

 

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La porte d'entrée est décorée d'un magnifique motif
en fer forgé qui reprend le thème de l'ombelle.

 

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Après cette halte poétique, il suffit de traverser la rue de Grenelle pour s'engager dans la partie piétonne de la rue Cler.

 

Un florilège de boutiques

 

Je tiens à préciser que je ne suis « sponsorisée » par aucune marque. De nombreux commerces de la rue Cler appartiennent à « l'histoire gourmande » de Paris, aussi ai-je jugé intéressant de leur consacrer une petite étude. Les boutiques plus récentes ne sont pas moins intéressantes car plusieurs d'entre elles proposent des produits naturels qui répondent à une exigence de qualité.

 

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Dans ce temple consacré aux produits de la ruche, les gourmands trouveront sûrement leur bonheur. Gelée royale, miels, propolis, cires, élixirs, produits de soins et de bien-être, l'éventail des saveurs est particulièrement étendu.

 

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Cette « maison de chocolat » fut fondée en 1761, au numéro 35 de la rue du Faubourg-Montmartre, par Pierre-Jean Bernard, un jeune épicier.

 

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En 1791, son beau-fils, Jean-Marie Bridault, héritier d'une importante famille d'épiciers de la rue Saint-Antoine, lui succéda.

 

A partir de 1807, Marie Adélaïde Bridault, surnommée « la Mère de Famille », fit connaître un âge d'or à la boutique. Grâce à elle, la renommée de l'établissement ne cessa de grandir au-delà du faubourg.

 

Le célèbre critique gastronomique Alexandre Grimod de la Reynière loua ses vertus dans son Almanach des Gourmands. Cette publicité enflammée fit affluer les clients.

 

Au milieu du XIXe siècle, les confiseries se multiplièrent, avec l'essor croissant du sucre de betterave.

 

A partir de 1895, Georges Lecoeur, le nouveau propriétaire, modernisa la boutique (installation du téléphone, édition de brochures de luxe, distribution de publicités...). Dans le contexte virevoltant de la Belle-Époque, « A la Mère de Famille » devint une véritable institution, plébiscitée entre autres par les danseuses des Folies Bergère!

 

En 1906, à l'Exposition Culinaire Universelle de Paris, les délicates confitures, les chocolats surfins et les bonbons aux fleurs obtinrent un franc succès.

 

Tout au long du XXe siècle, les héritiers directs ou spirituels de la famille Bridault et de Georges Lecoeur ont pris soin de proposer aux gourmands une gamme étendue de produits. Après la première guerre mondiale, Régis Dreux et, à partir des années 1950, Suzanne Bretonneau ont marqué les lieux de leur empreinte. Entre 1985 et aujourd'hui, des grands noms de l'art chocolatier et des connaisseurs émérites se sont succédés aux commandes de l'établissement: Serge Neveu, la famille Dolfi et le créateur Julien Merceron.

 

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L'amour en cage: une dentelle voluptueuse et chic
qui laisse entrevoir une perle rouge comme la passion...

 

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Des boîtes à trésors...

 

Plusieurs boutiques perpétuent, aux quatre coins de Paris, le savoir-faire initial de la maison mère. Ne manquez surtout pas de les visiter, à commencer par la boutique du Faubourg-Montmartre, au charme suranné. En 1984, sa superbe devanture verte, rehaussée de lettres d'or, fut inscrite à l'Inventaire des Monuments Historiques. A l'intérieur, sur des comptoirs en bois patiné, se dévoilent chocolats variés, calissons, caramels, guimauves, berlingots, nougats, fruits confits, marrons glacés, florentins, bêtises de Cambrai... Comment y résister?

 

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Ces « divines gourmandises » ont inspiré un très beau livre de recettes. Afin d'en connaître les détails, je vous invite à consulter cet article, sur le blog Grelinette et Cassolettes. Je voudrais en profiter pour saluer Isa-Marie qui m'a donné envie d'écrire au sujet de la rue Cler et de ses délices.

 

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Une superbe vitrine aux couleurs de la Saint-Valentin.

 

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Dans un cadre sobre et élégant, les roses éclatent en bulles de couleur
parmi le zinc patiné et le bois brun.

 

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Les roses et les orchidées sont les reines des lieux. On y découvre aussi des gourmandises à base de rose: pétales cristallisés, liqueurs, pâtes de fleurs, confitures, gelées...

 

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La charcuterie Davoli est installée dans la rue Cler depuis 1962. L'histoire de cette trattoria renommée a commencé en 1905. Vous y trouverez, entre autres, des jambons au charme « graphique » indéniable, un délicieux vinaigre balsamique, du riz Carnaroli idéal pour réussir de succulents risottos, des pâtes fraîches et un savoureux pain d'épices.

 

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Depuis 1937, Jeusselin est l'un des meilleurs charcutiers-traiteurs de Paris, plébiscité pour ses succulents foies gras. Il a reçu plusieurs fois la Médaille d'Or.

 

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Le fromager affineur Cantin, une tradition de « merveilles » crémeuses et millésimées...

 

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Le repaire de Bacchuset ses divins élixirs...

 

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Depuis 1954, les glaces Berthillon ont fait la réputation d'une famille, sise en l'île Saint-Louis, et régalé une infinité de papilles... Dans cette avenante boutique de la rive gauche, tout concorde à l'émulsion des saveurs.

 

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Amorino, une qualité qui se fonde, depuis 2002, sur des ingrédients biologiques et des méthodes de fabrication les plus naturelles possibles. Le petit Cupidon de l'enseigne nous promet d'inénarrables plaisirs...

 

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Après les plaisirs culinaires, les gourmandises littéraires...

 

Le Passage de la Vierge

 

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Cet endroit, qui ne paye pas de mine, se révèle, à bien des égards, fort intéressant. Il commence, au numéro 54 de la rue Cler et se termine au numéro 75 de l'avenue Bosquet.

 

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Il aboutissait autrefois dans la rue de la Vierge et permettait de rejoindre la Chapelle de la Vierge, édifiée en 1737, là où se dresse aujourd'hui l'église Saint-Pierre du Gros-Caillou.

 

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La chapelle fut inaugurée le 11 août 1738, sous le vocable de « Notre-Dame de Bonne Délivrance ». De nombreuses dévotions à Marie se déroulaient dans l'ensemble du bourg et à travers le passage.

 

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Jusque dans les années 1970, on trouvait au numéro 6 un établissement de bains publics. On y dispense aujourd'hui des cours de yoga.

 

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Un petit air de campagne dans Paris avec cette intéressante maison de famille.

 

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Au numéro 5, une enseigne représente une clef, l'emblème de Saint-Pierre mais aussi du dieu Janus, le dieu romain au double visage, qui a le pouvoir d'ouvrir et de fermer les portes de l'année.

 

Symbole de connaissance, gardienne des trésors et des secrets, la clef représente, dans l'héraldique, la confiance et la fidélité.

 

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Au milieu du passage, une vierge semble régner sur un mystérieux capharnaüm, à côté d'un tableau que j'ai toujours beaucoup aimé: l'Angélus de Jean-François Millet (1814-1875).

 

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J'ai reconnu cette oeuvre avec émotion...

 

Cette huile sur toile, peinte entre 1857 et 1859, nous émeut par sa force et sa simplicité. Un homme et une femme, dont les silhouettes se découpent sur une plaine immense, ont laissé leurs outils agricoles et leur récolte de pommes de terre pour réciter l'angélus (une prière qui rappelle la salutation de l'Ange à la Vierge pendant l'Annonciation).

 

Au-delà d'une oeuvre religieuse, c'est un hommage au monde paysan, à ses codes et à ses rythmes, que nous offre Millet. L'ombre et la lumière fusionnent dans une douce alchimie qui s'ancre autour du thème du recueillement.

 

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L'entrée du passage, du côté de l'avenue Bosquet.

 

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Notre-Dame de Bonne Délivrance veille sur le bourg du Gros-Caillou...

 

J'espère vous avoir donné envie de vous promener dans la rue Cler, à la rencontre de son passé et d'explorer son patrimoine culinaire. Au carrefour de l'histoire et de la bonne chère, le quartier du Gros-Caillou regorge de possibilités. Je ne manquerai pas de les étudier, au fil du temps. Mais en attendant, les personnes intéressées pourront lire ici mon article consacré à la Fontaine de Mars, dans la rue Saint-Dominique, toute proche.

 

Excellente « dégustation »!

 

Bibliographie

 

Antoine-Nicolas BÉRAUD et Pierre-Joseph-Spiridion DUFEY: Dictionnaire historique de Paris.Paris: J.-N. Barba, 1828.

 

Jacques-Antoine DULAURE: Histoire physique, civile et morale de Paris. 1839.

 

Pierre-Thomas NICOLAS et Magny HURTAUT: Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs. 1779.

Charles POMEROL: Histoire géologique de Paris à travers les noms de rues. Paris: Masson, 1979.

 

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #facade, #mathurins, #paris, #rue, #theatre

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En ce Printemps ressuscité, je vous propose un « safari artistique » dans l'un des quartiers les plus fréquentés mais aussi les plus méconnus de Paris, celui de la Madeleine.

 

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Cherchant de « mystérieux » animaux de métal et de pierre, j'ai longé, en sortant de la gare Saint-Lazare, la façade ensoleillée du Printemps qui donne sur la rue du Havre.

 

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Ce temple de la mode et de la décoration a conservé des éléments indissociables de sa splendeur historique.

 

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Les statues des saisons, réalisées par Henri Chapu (1833-1891), ont retrouvé leur blancheur initiale, grâce aux travaux de restauration entrepris en 2011.

 

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Admirons les coupoles somptuaires, surmontées de clochetons et couronnées de caducées, puis traversons la route pour rejoindre la rue Auber.

 

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Au numéro 19, ce beau mascaron jaillit d'un enchevêtrement de feuilles et de branches de chêne.

 

La rue des Mathurins est toute proche. Elle recèle un riche bestiaire sculpté, abrite de célèbres théâtres et préserve le souvenir des infortunés Louis XVI et Marie-Antoinette. Son histoire est des plus passionnantes.

 

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Elle suit le tracé d'un vieux chemin qui traversait, au XIIIe siècle, les terrains de la ferme des Mathurins. Ancienne « rue Neuve-des-Mathurins », elle doit son nom aux moines de l'Ordre des Mathurins, appelé aussi Ordre de la Très Sainte Trinité pour la Rédemption des Captifs ou Ordre des Trinitaires.

 

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Cet ordre, fondé en 1194 à Cerfroid, dans l'Aisne, par Saint-Jean de Matha et Saint-Félix de Valois rachetait les chrétiens prisonniers des pirates barbaresques. Les Mathurins, qualifiés de « Frères aux ânes » parce que leur règle ne les autorisait pas à monter à cheval, continuent d'apporter leur aide aux prisonniers.

 

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Les terres agricoles des moines s'étendaient là où nous nous promenons aujourd'hui. Les plus vieux bâtiments de la rue ont disparu mais, au numéro 18, cette façade néo-mauresque est celle d'un ancien hammam.

 

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Cet établissement de bains fut construit, en 1876, par Albert Duclos et William Klein.

 

D'après le Guide du Baigneur, l'intérieur abritait « (...) une immense salle voûtée en plein cintre, éclairée par des étoiles de vitraux de couleur. » On y trouvait de magnifiques mosaïques de marbre, une salle de massage, un café-restaurant, un salon de coiffure et de pédicure, et une librairie. Le long d'une grande nef, des salons accueillaient les baigneurs sur de confortables divans. Certains jours, les dames empruntaient une entrée plus discrète, située au 47, boulevard Haussmann.

 

L'engouement pour les bains exotiques évoquait la perspective de plaisirs hédonistes, l'influence des Mille et Une Nuits, rééditées plusieurs fois à la fin du XIXe siècle, et la vogue de l'éclectisme en architecture.

 

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De grandes fenêtres aux arcs outrepassés sont insérées dans la maçonnerie polychrome.

 

L'arc outrepassé désigne une variante de l'arc courant, dit en plein-cintre. Ses pointes accentuées, qui se rapprochent, lui donnent l'aspect d'un fer à cheval. Caractéristique de l'art hispano-mauresque, on le trouve aussi dans l'architecture préromane.

 

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Le « Hammam Turc » de la rue des Mathurins a été détruit mais la façade a heureusement été conservée et restaurée.

 

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En me dirigeant vers l'ouest, j'apprécie les façades rythmées par de belles ferronneries et les gracieux mascarons, baignés de soleil, entre deux giboulées.

 

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De prestigieux hôtels particuliers, comme l'hôtel du marquis de Louvois ou le magnifique hôtel « Brongniart », etc... occupaient autrefois le vaste « clos des Mathurins » mais les bâtiments qui les ont remplacés nous offrent un répertoire décoratif de toute beauté.

 

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Des agrafes sculptées ornées de coquilles, de palmettes et de masques fantastiques.

 

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De belles avancées de pierre et de subtils jeux de transparence.

 

Les percées haussmanniennes ont engendré une écriture nouvelle de l'espace urbain, fondée sur la théâtralité des façades situées aux angles des rues.

 

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Après avoir traversé la rue Tronchet, qui conduit à l'église de la Madeleine, je me dirige vers le Théâtre des Mathurins.

 

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La « Salle des Mathurins » fut inaugurée, le 10 octobre 1898, par la comédienne et chanteuse d'opérette Marguerite Deval, à l'emplacement d'une ancienne salle de concert.

 

Appelé « Théâtre de Monsieur » en 1910 puis « Les Mathurins Nouveaux », le théâtre ferma ses portes en 1912. Il rouvrit en 1919, à l'initiative de Sacha Guitry qui y fit aménager un bar servant de galerie d'exposition et rebaptisa les lieux « Théâtre de Sacha Guitry ».

 

En 1922, l'architecte Charles Siclis (1889-1942) agrandit le bâtiment et modifia sa décoration.

 

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Jouant audacieusement avec les volumes, il élabora une façade « moderniste », plaquée sur les trois premiers niveaux d'un immeuble de rapport du XIXe siècle. Au-dessus de l'entrée, un balcon ciselé d'arabesques florales forme une avancée plastique devant trois petites baies surmontées de frontons triangulaires.

 

Trois oculus marquent une césure créative entre la partie basse, occupée par le théâtre et les étages où se dévoile un grand bow-window.

 

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Charles Siclis sera connu pour sa vision nouvelle de l'architecture et son désir de rupture avec les codes hérités de l'époque haussmannienne. Il concevra, entre autres, les théâtres Saint-Georges et Pigalle.

 

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De 1927 à 1939, le Théâtre des Mathurins fut administré par Georges et Ludmilla Pitoëff dont les portraits ornent la façade.

 

La pièce Dernier coup de ciseaux connaît actuellement un franc succès. Un meurtre est commis chaque soir et le public est invité à résoudre l'enquête.

 

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Juste à côté, le Théâtre Michel fut fondé, en 1908, par Michel Mortier, un célèbre boulevardier.

 

La crue de 1910 inonda ce théâtre à l'italienne mais, après les travaux de réfection, le public y applaudit les pièces des plus grands auteurs: Tristan Bernard, Georges Feydeau, Sacha Guitry, Colette, Jean Cocteau...

 

En 1923, la comédienne comique Elvire Popesco se fit connaître dans Ma cousine de Varsovie, une pièce de Louis Verneuil.

 

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Jean Poiret et Michel Serrault y connurent un début de célébrité dans Le train pour Venise, du même auteur.

 

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(J'ai trouvé l'affiche sur le site www.regietheatrale.com. Si les propriétaires des droits me le demandent, je l'enlèverais.)

 

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Le théâtre, construit sur les plans de l'architecte Bertin, présente une façade de style Napoléon III, caractéristique de la vogue de l'éclectisme. L'entrée est de style composite. Le fronton à l'antique, très sobre, repose sur des pilastres d'influence Renaissance.

 

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Ce bel immeuble à pignons, de style flamand, se dresse au croisement de la rue des Mathurins et de la rue de l'Arcade. Ancien centre névralgique de la Compagnie des Wagons-Lits, il révèle une intéressante architecture de briques et un décor raffiné.

 

Cette entreprise française d'origine belge fut créée en 1872 par Georges Nagelmackers qui s'inspira du modèle des trains de nuit, lancés par la Société du colonel Pullman aux États-Unis.

Il fit réaliser en Europe les premières voitures-lits et les premières voitures-restaurant. En 1883, sur son initiative, le Grand Express d'Orient, futur Orient-Express, établit la liaison entre Paris et Constantinople.

 

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Le monogramme aux deux lions devint le logo officiel de la « Compagnie Internationale des Wagons-Lits et des Grands Express Européens », en 1884.

 

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On apercevait autrefois, sous la belle horloge, dans les jeux d'ombre et de lumière, le plan du Transsibérien, reliant Moscou à la Chine et au Japon, en passant par la Sibérie.

 

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Ancien « chemin d'Argenteuil » puis « rue de Pologne », la rue de l'Arcade doit son nom à une ancienne arcade, construite en 1651 pour relier les jardins des Bénédictines de La Ville-l'Évêque, qui s'étendaient de part et d'autre de la route.

 

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Ce passage, fut ouvert en 1839 par un entrepreneur, Monsieur Puteaux, sur l'emplacement du prieuré des Bénédictines de La Ville-l'Évêque. Croyant que la Gare de l'Ouest, actuelle Gare Saint-Lazare, serait édifiée entre la rue Tronchet et la rue de l'Arcade, Mr Puteaux espérait que l'entrée du passage attire de nombreux visiteurs mais la gare fut construite dans le quartier de l'Europe.

 

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Le passage sombra dans l'oubli mais les promeneurs apprécient de redécouvrir son charme suranné et sa jolie verrière couvrant la moitié de l'espace.

 

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Ancien passage Pasquier, il relie la rue de l'Arcade à la rue Pasquier qui rejoint la rue des Mathurins.

 

Je vous conseille de lire, par ce lien, l'excellent article de Mr Jacques Brice, consacré au passage Puteaux, sur son blog intitulé Le Piéton de Paris.

 

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Au croisement de la rue des Mathurins et de la rue Pasquier, se dresse un immeuble aux façades ondulantes, rythmées par de belles verrières et agrémentées d'un décor exotique.

 

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La porte d'entrée finement travaillée.

 

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Entre les rangées de fenêtres, des bas-reliefs représentent la faune luxuriante de l'ancien empire colonial français.

 

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Cet immeuble de bureaux est l'ancien siège de la Société financière française et coloniale, construit en 1929 par les architectes Alexandre et Pierre Fournier.

 

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Le sculpteur Georges Saupique (1889-1961) y élabora un programme iconographique de toute beauté.

 

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Un crocodile, un éléphant, un chameau, un tigre, un serpent, un requin, une gazelle, des poissons et différents oiseaux composent un majestueux bestiaire.

 

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Des matériaux précieux, (marbre de couleur, émaux de Venise et fines mosaïques), subliment ces motifs sculptés.

 

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Georges-Laurent Saupique était un voyageur au long cours et un artiste passionné. Il explora les méandres de la vallée du Nil et étudia, pendant de longues années, l'anatomie et les comportements des animaux dans les jardins zoologiques d'Europe.

 

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Il sculpta un des hauts-reliefs du Mémorial du Mont Valérien, décora le Palais de Chaillot, le paquebot Le Normandie et réalisa, sous la IVe République, un des bustes de notre Marianne nationale.

 

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L'attitude de ce pêcheur de Terre-Neuve témoigne d'une répartition gracieuse et moderne des volumes dans l'espace.

 

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L'immeuble est à contempler dans ses moindres détails. A la limite du toit, des oiseaux s'animent, dans des saynètes pittoresques.

 

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Le talent de Georges Saupique s'accorda brillamment aux fantaisies et à la luxuriance du monde animal. Il réalisa, en 1925, avec un collectif d'artistes, une oeuvre monumentale appelée la Pergola de la Douce France, pour l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs.

 

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L'Auroch est une pièce maîtresse au sein de ce monument néoceltique, acquis en 1934 par la ville d'Étampes.

 

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La municipalité le fit d'abord installer dans le bois de Guinette, en contrebas du donjon médiéval appelé la Tour de Guinette. Il a été transféré, en 2005, dans le Square de la Douce France.

L'ensemble s'inspire des alignements mégalithiques de l'ancienne Europe et nous fait voyager à travers la magie des légendes arthuriennes.

 

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Le bestiaire Art Déco de Georges Saupique contemple le Square Louis XVI. Ce jardin, créé en 1865, sur l'ancien cimetière de la Madeleine, abrite la Chapelle Expiatoire.

 

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  Ce monument, de style néo-classique tardif, conçu en 1815 par l'architecte Pierre-François-Léonard Fontaine, se dresse là où Louis XVI et Marie-Antoinette furent inhumés en 1793.

 

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  L'ancien cimetière remplaça, en 1659, le potager des Bénédictines de La Ville-l'Évêque mais aujourd'hui, c'est une rangée de pierres tombales symboliques qui perpétuent le souvenir des gardes suisses tués, le 10 août 1792, lors de l'arrestation du roi aux Tuileries.

 

(Je consacrerai, dans quelques temps, un article entier à l'histoire de la Chapelle et de son jardin. )

 

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Je longe le square jusqu'au croisement de la rue des Mathurins et de la rue d'Anjou où s'élève l'ancienne Banque Coloniale, édifiée en 1927 par l'architecte Paul Farge. Une faune chimérique et exotique y côtoie des personnages de pure fantaisie.

 

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Un masque d'inspiration khmère.

 

La porte d'entrée est encadrée par deux dragons aux ailes déployées, traditionnellement considérés comme des gardiens de trésors. Leur présence était donc plutôt appropriée pour accueillir les visiteurs de l'ancienne banque...

 

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De nos jours, le bâtiment, en travaux, accueille le siège de l'INAO, l'Institut National de l'Origine et de la Qualité, ancien Institut National des Appellations d'Origine.

 

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Cet établissement public, placé sous la tutelle du Ministère de l'Agriculture, identifie l'origine des produits et décerne les labels officiels de qualité.

 

L'AOC ou Appellation d'Origine Contrôlée, le Label Rouge, le label AB, signifiant « Agriculture Biologique » et bien d'autres encore.

 

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D'étranges créatures soutiennent les balcons aux ferronneries ouvragées.

 

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Ce bestiaire onirique nous attire vers de fabuleuses contrées.

 

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Les magnifiques heurtoirs

 

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Ces personnages mystérieux, dotés de corps puissants et de têtes de rapaces, représentent des divinités asiatiques.

 

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Ma promenade s'achève, en compagnie de ces êtres chimériques, mais ce n'est que temporaire car j'ai photographié bien d'autres « façades animées », témoignant de l'intense créativité des artistes de Paris...

 

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Bibliographie

 

Jacques HILLAIRET: Connaissance du vieux Paris. 1956. Éditions Princesse, réédition, 1978.

 

Adolphe JOANNE: Paris illustré. Paris: Hachette, 1863.

 

Théophile LAVALLÉE: Histoire de Paris depuis le temps des Gaulois jusqu'en 1850.Paris: Hetzel, 1852.

 

Jean-Marie PÉROUSE DE MONTCLOS: Le Guide du patrimoine. Paris: Hachette, 1994.

 

Félix DE ROCHEGUDE: Promenades dans toutes les rues de Paris. Paris: Hachette, 1910.

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