
Je continue la tradition du Poème du Mardi, un rendez-vous que j'apprécie beaucoup, en souvenir de Lady Marianne, avec des pensées d'amitié...
J'aime hisser mon regard dans le ciel, à la crête des toits, au-dessus des maisons et quand je rencontre des girouettes, je m'amuse à imaginer le vent, devisant avec ces créations de métal ou de bois, voire de tissu et de papier collé... Aussi, ai-je beaucoup apprécié ce poème, signé d'un auteur québecois, Albert Lozeau (1878-1924).

La Girouette
« La girouette au bout du pignon tourne au vent ;
Et selon que le vent la caresse ou la fouette,
Plus ou moins vite, on voit, tourner la girouette,
Sa pointe en tous les sens et sans cesse en avant.
Du nord au sud, de l'est à l'ouest, elle vire
En décrivant un rond qui s'efface dans l'air ;
Parfois, elle s'arrête, et de son doigt de fer
Désigne longuement un objet qui l'attire.
La girouette oscille et fait un demi-tour,
Elle hésite, on dirait qu'elle a peur de l'espace ;
Elle se meut de droite à gauche au vent qui passe :
Attentive, elle écoute et regarde alentour.
Voici que tout à coup un souffle la bouscule ;
Elle tourne, et s'arrête encore brusquement,
Comme prise soudain d'un grand étonnement...
Puis, recommence son manège minuscule.
Je ne me moque point de ses tours et ses sauts,
Ainsi qu'elle, mon coeur est une girouette ;
Le jour furtif l'émeut, l'agite et l'inquiète,
L'orientant toujours vers des rêves nouveaux.
Il lui montre à plein ciel les bonheurs qu'il envie,
Mais il ne lui permet jamais de les goûter ;
Lui dont le seul désir serait de s'arrêter,
Il tourne, hélas ! il tournera toute la vie !... »
J'aime les girouettes et également beaucoup les petits moulins à vent...

Au Québec, Albert Lozeau (1878-1924) est perçu comme un monument de la littérature poétique. Artiste sensible et profondément humaniste, il naquit à Montréal, aima les études et fut hélas atteint, à l'âge de treize ans, d'une arthrose de l'épine dorsale due à la tuberculose. Les années passèrent et sa maladie empira. Quand il eut 18 ans, il fut dans l'incapacité de se tenir debout et donc de marcher. Il resta tout le reste de son existence alité ou derrière sa fenêtre, à observer la Nature, le Ciel, les couleurs changeantes des Saisons.

Il développa une âme poétique des plus subtiles et il écrivit, de tout son être, en laissant s'aventurer son esprit au dehors. La Girouette du poème que j'ai choisi résonne donc, de manière très particulière, au creux de sa vie. Elle évoque les mouvements qu'il ne pouvait accomplir...

Belles pensées pour vous chers Aminautes !
Bien affectueusement...
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