
Je continue la tradition du Poème du Mardi, un rendez-vous que j'apprécie beaucoup, en souvenir de Lady Marianne, avec des pensées d'amitié...
J'ai choisi pour ce mardi 14 avril non pas un mais trois poèmes qui célèbrent les Bourgeons, ces promesses de vie, de renaissance et de fécondité. Un florilège de poèmes, comme un bouquet d'amitié que je voulais vous offrir, accompagné de photos de bourgeons et de fleurs. Des photos prises au fil du temps...

Il se promène un peu partout le Printemps !
Il resplendit au bord des routes, dans les rues silencieuses des villes, dans les champs et les forêts. Ses doux sucres aromatiques montent dans l'air et nous ne pouvons que l'effleurer... Gardons Espoir...
J'espère que vous allez le mieux possible, ainsi que vos proches.
Bon courage à tous ceux qui luttent...

Auguste Angellier : Le Printemps, issu du Recueil « Le Chemin des Saisons » paru en 1903.
« Les bourgeons verts, les bourgeons blancs
Percent déjà le bout des branches,
Et, près des ruisseaux, des étangs
Aux bords parsemés de pervenches,
Teintent les arbustes tremblants ;
Les bourgeons blancs, les bourgeons roses,
Sur les buissons, les espaliers,
Vont se changer en fleurs écloses ;
Et les oiseaux, dans les halliers,
Entre eux déjà parlent de roses ;
Les bourgeons verts, les bourgeons gris,
Reluisant de gomme et de sève
Recouvrent l'écorce qui crève
Le long des rameaux amoindris ;
Les bourgeons blancs, les bourgeons rouges,
Sèment l'éveil universel,
Depuis les cours noires des bouges
Jusqu'au pur sommet sur lequel,
Ô neige éclatante, tu bouges ;
Bourgeons laiteux des marronniers,
Bourgeons de bronze des vieux chênes,
Bourgeons mauves des amandiers,
Bourgeons glauques des jeunes frênes,
Bourgeons cramoisis des pommiers,
Bourgeons d'ambre pâle du saule,
Leur frisson se propage et court,
À travers tout, vers le froid pôle,
Et grandissant avec le jour
Qui lentement sort de sa geôle,
Jette sur le bois, le pré,
Le mont, le val, les champs , les sables,
Son immense réseau tout prêt
À s'ouvrir en fleurs innombrables
Sur le monde transfiguré. »

Auguste Angellier (1848-1911) fut un poète très apprécié en son temps. Artiste, critique d'art et historien de la littérature, il fut le premier professeur de langue et littérature anglaises de la Faculté des lettres de Lille et il en devint le doyen entre 1897 et 1900.

Bourgeons dans l'atmosphère de Paris... avant le confinement...
Alain Hannecart, poète contemporain : © Bourgeons
Comme on ouvre un par un les boutons de chemise
Afin de mettre en pleine lumière un joli torse
La vie trop longtemps demeurée sous l’écorce
S’éveille au gré du vent et du soleil complice
Comme les mots que le poète noue en silence
Se déplient sous les yeux avec munificence
Chaque bourgeon poisseux qui déborde de lait
Conserve entre ses plis un message qui plaît
Comme ces flots de musique que transmettent les doigts
La vie descend les rues passe par dessus les toits
Des fleurs s’épanouissent des chants se font entendre
Sous le ciel pacifique des parfums se répandent
Cette éruption bigarrée colorée fantastique
Charme tous les esprits épris de l’art plastique

Bourgeons sur Seine...

Alain Hannecart, poète contemporain : ©Bonjour
Comme un diable au fond de sa boîte,
le bourgeon s'est tenu caché...
mais dans sa prison trop étroite
il baille et voudrait respirer.
Il entend des chants, des bruits d'ailes,
il a soif de grand jour et d'air...
il voudrait savoir les nouvelles,
il fait craquer son corset vert.
Puis, d'un geste brusque, il déchire
son habit étroit et trop court
« enfin, se dit-il, je respire,
je vis, je suis libre... bonjour ! »

Prenez bien soin de vous... Gros bisous et merci de votre fidélité !
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