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Ma Plume Fée dans Paris

Ma Plume Fée dans Paris

Une passionnée d'écriture qui explore les chemins de Paris et d'ailleurs...

deux

Publié le par maplumefee
Publié dans : #ciel, #deux, #etres, #jpg, #jules

 

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En hommage à Lady Marianne et parce que j'aime profondément ce rendez-vous et que je n'ai pas envie qu'il disparaisse... Je ne peux pas forcément publier tous les mardis en raison de mes soucis de santé mais quand je le peux, c'est un vrai plaisir !

 

En souvenir de Lydie, que ce poème galope dans le ciel avec des pensées d'amitié...

 

 

« J’avais un cheval

Dans un champ de ciel

Et je m’enfonçais

Dans le jour ardent.

Rien ne m’arrêtait

J’allais sans savoir,

C’était un navire

Plutôt qu’un cheval,

C’était un désir

Plutôt qu’un navire,

C’était un cheval

Comme on n’en voit pas,

Tête de coursier,

Robe de délire,

Un vent qui hennit

En se répandant.

Je montais toujours

Et faisais des signes :

« Suivez mon chemin,

Vous pouvez venir,

Mes meilleurs amis,

La route est sereine,

Le ciel est ouvert.

Mais qui parle ainsi ?

Je me perds de vue

Dans cette altitude,

Me distinguez-vous,

Je suis celui qui

Parlait tout à l’heure,

Suis-je encor celui

Qui parle à présent,

Vous-mêmes, amis,

Êtes-vous les mêmes ?

L’un efface l’autre

Et change en montant. »

 

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La vision du poète nous emporte dans le ciel changeant.

Au grand galop, avec les nuages qui déferlent dans le vent.

Dans le ciel, territoire alchimique où tout se transmute, où les possibles fusionnent pour engendrer quelque chose de toujours plus envoûtant...

 

Les nuages, comme les êtres, sont mouvants mais l'Amour et l'Amitié traversent drames et tempêtes... On se recompose, on se retrouve dans le ciel océan...

 

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Jules Supervielle (1884-1960) était un artiste particulièrement sensible. Orphelin à l'âge de huit mois, il grandit en Uruguay puis en France où il dévora les ouvrages de poètes comme Leconte de Lisle, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Arthur Rimbaud, Paul Claudel, Jules Laforgue ou encore Walt Whitman. Voyageur dans l'âme et amoureux de l'Amérique Latine, il se passionna pour l'étude des langues. Il vécut tantôt en Uruguay, tantôt en France et chercha, tout au long de sa vie, à établir un dialogue littéraire et profondément humain avec ses parents, bien trop tôt disparus.

 

« Il est deux êtres chers, deux êtres que j'adore,

Mais je ne les ai jamais vus,

Je les cherchais longtemps et je les cherche encore.

Ils ne sont plus... Ils ne sont plus... »

 

Il aima la Nature à travers laquelle il chercha la présence de sa mère. Il aima explorer des paysages et se laisser porter par des rêveries intimistes. Ses amis l'appelaient le poète-voyageur et l'amour de son épouse, Pilar Saavedra, le poussa à découvrir les beautés de territoires immenses comme l'océan, les montagnes d'Amérique ou la pampa...

 

Dans chacun de ses poèmes, il s'est interrogé sur son identité d'orphelin, cherchant à sublimer le manque, le vide, l'absence qui pesaient sur lui « comme le ciel fond sur la terre »...

 

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Le ciel, les chevaux, les nuages, les voiliers, les vastes étendues le fascinaient... Son œuvre se rattache à certains courants poétiques comme Le Parnasse et le Symbolisme mais elle demeure avant tout très personnelle et liée à ce qu'il qualifiait « d'entre-deux »...

 

Entre deux atmosphères, deux êtres qui éternellement lui manquèrent et dont l'absence définit la force et la subtilité de sa poésie...

 

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RIP Lady Marianne et belles pensées pour vous, chers Aminautes...

 

Gros bisous !

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #ange, #anne, #deux, #esclave, #jpg, #michel

 

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Au 48 bis de la célèbre rue de Rivoli, dans le 4e arrondissement de la capitale, se dresse un immeuble dont la façade, plutôt discrète, est ornée de deux puissants atlantes. En 1905, ce lieu qui suscite hélas peu l'intérêt des passants remporta le Concours Annuel des Façades de la Ville de Paris.

 

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Ce concours se déroula de 1898 jusqu'à la fin des années 1930, avec une interruption pendant la Première Guerre Mondiale. La Ville l'institua après le percement en 1897 de la rue Réaumur, axe important qui traverse les 2e et 3e arrondissements, en s'inspirant de concours mis en place à Bruxelles dans le dernier quart du XIXe siècle.

 

De 1872 à 1876 et de 1876 à 1878, ces concours eurent pour finalité de « stimuler la reconstruction aux abords des boulevards du centre de Bruxelles en se débarrassant du cloaque issu des industries de la rivière Senne... » Si mes aminautes belges désirent déposer sous mon article des photos illustrant ce thème, j'en serais ravie...

 

Les architectes bruxellois eurent la liberté de mettre en œuvre des compositions ornementales marquées par l'éclectisme et la fantaisie. Quant au concours parisien, il devait inciter les architectes à rompre avec ce qui était appelé « la monotonie de la façade haussmannienne ». Il a disparu pendant de longues décennies mais la Mairie de Paris a décidé de le rétablir, à l'initiative du groupe UDI-MoDem du Conseil de Paris et grâce au soutien de l'exécutif Socialiste.

 

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En 1905, le 48 bis de la rue de Rivoli, conçu par l'architecte Auguste Joseph Laurent Garriguenc, s'est distingué grâce à l'élégante sobriété de sa façade, au langage harmonieux de ses lignes et par la présence des deux atlantes, imaginés par le sculpteur, graveur et médailleur parisien Sylvain Kinsburger (1855-1935).

 

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Plutôt méconnu, Sylvain Kinsburger nous a laissé des œuvres de belle facture...

 

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 Le Faucheur, exécuté vers 1900 par la fonderie du Rongeant de Joinville et visible en Haute-Marne dans le parc des Grandes Promenades de Wassy. Photo © Ji-Elle.

 

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 Le Gouffre, œuvre de pierre, réalisée en 1933, qui se love dans le parc parisien des Buttes Chaumont. Photo © BikerNormand.

 

De séduisants détails de cette composition sont visibles sur le blog de mon amie Véronique : La Parisienne et ses photos...

 

http://laparisienneetsesphotos.eklablog.com/parc-des-buttes-chaumont-statue-gouffre-de-sylvain-kinsburger-a105893708

 

Sylvain Kinsburger a également conçu des médaillons, des bustes et des bronzes, une figure monumentale appelée Le Courtisan (1911), un plâtre nommé Rêverie dont on a perdu la trace et dont il demeure un dessin, conservé au département des Arts Graphiques du musée du Louvre... Plusieurs de ses œuvres ne sont plus « localisées ».

 

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Pour réaliser le décor du 48 bis de la rue de Rivoli, il s'est inspiré de sculptures de grands maîtres, en l'occurrence de Michel-Ange (1475-1564) et de Pierre Puget (1620-1694), appelé le Michel-Ange français.

 

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Avec ses deux atlantes, l'un jeune et l'autre âgé, il a voulu rendre hommage à la puissance narrative des Esclaves de Michel-Ange, figures destinées à orner le tombeau du Pape Jules II (Jules Della Rovere, 1443-1513).

 

Le projet somptuaire -et inabouti- de Michelangelo di Lodovico Buenarroti Simoni devait être placé au cœur de la basilique Saint-Pierre de Rome mais le cénotaphe construit a été installé dans l'église Saint-Pierre-aux-Liens. Parmi une quarantaine de statues, douze ou seize Esclaves étaient censés figurer à la base de l’œuvre et incarner les « mouvements » de l'âme humaine, prisonnière de la gangue du corps et soumise à de nombreuses turpitudes. Six effigies, empreintes de puissance tragique, furent commencées et non terminées. Quatre sont visibles à l'Académie de Florence et deux au musée du Louvre : le célèbre « Esclave mourant » et son pendant, « l'Esclave révolté ».

 

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Esclave mourant, vers 1513, marbre, 229 cm. Louvre, au rez-de-chaussée de l'aile Denon (salle 4). Incarnation des « sensations » de l'âme et tension musculaire tellement audacieuse... Avec l'Esclave révolté, il suscita l'admiration de nombreux collectionneurs et attise, encore aujourd'hui, l'imagination des visiteurs...

 

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 Esclave mourant photographié en 1854 par Édouard Baldus (1813-1889). Épreuve sur papier salé à partir d'un négatif papier, ©photo musée d'Orsay / rmn

 

La statue, pleine de sensualité, nous séduit par le déhanchement si particulier du corps et le jeu d'équilibre instable qui en émane. Les lignes de force sont tellement complexes qu'on ne sait ce qu'il advient du personnage : Évolue-t-il au creux d'un songe ? (On l'a longtemps appelé le Dormeur...) Réagit-t-il, entre deux rives, à quelque sollicitation mystérieuse ou s'endort-il à jamais ? Les « énergies » de son cœur et de son âme sont serrées par une bande d'étoffe mais il ne montre pas de souffrance. Il nous offre sa lascivité.

 

Il est difficile de la voir mais à ses pieds, dans le bloc de pierre qui l'ancre à la terre des Hommes, Michel-Ange a ébauché la figure d’un singe brandissant un objet impossible à identifier. La dernière interprétation à ce sujet fait état d'une représentation des arts très en vogue à la Renaissance. Le singe incarnerait « l'Art Simia Naturae » soit l'art, imitation/singe de la nature...

 

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La conception du tombeau du pape Jules II (dont voici l'une des nombreuses versions) s'étala sur une durée de quarante ans, à travers une profusion d'esquisses et de présentations de projets. Commandée à Michel-Ange en 1505 et élaborée jusqu'en 1545, l’œuvre, abandonnée plusieurs fois au profit des fulgurances visibles à la Chapelle Sixtine, traduit la complexité de l'esprit du maître, l'intensité hallucinée de ses recherches dans une infinité de domaines, ses rages d'ombre et de lumière...

 

La statue la plus connue est sans conteste le Moïse, figure centrale du tombeau, mais les Esclaves, bien qu'écartés de la version définitive du monument, sont amplement passés à la postérité.

 

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 Moïse en marbre, sculpté en 1515 pour le second projet du tombeau de Jules II qui prévoyait deux étages sur les trois souhaités à l'origine. Le colosse devait figurer au sommet de l'édifice alors qu'il est exposé aujourd'hui, à hauteur de regard. Photo © Jörg Bitter Unna.

 

Selon une conception philosophique d'origine médiévale, il est une émanation de « l'homme microcosme de l'univers ». Les cornes qu'il arbore semblent exprimer sa nature rayonnante de prophète (il y a confusion ou lien volontaire entre deux mots, karan : rayonnant et karen : cornu, dans la Vulgate, version latine de la Bible, écrite entre 390 et 405 par Saint Jérôme.) Le puissant drapé qu'il porte le relie à la terre, ses cheveux ondulent comme des flammes et les ondes fleuries de sa barbe évoquent les mouvements de l'eau.

 

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Destinés à la seconde version du tombeau de Jules II (1513), les Esclaves dits « du Louvre » furent remplacés par les statues de Rachel et de Léa représentant « la vie contemplative » et « la vie active ». Michel-Ange offrit les deux effigies masculines, en 1546, à son ami florentin Roberto Strozzi (1520-1566) pour le remercier de l'avoir accueilli, malade, dans sa demeure romaine. Exilé quelques temps plus tard, Strozzi emporta les sculptures en France et il en fit présent, vers 1550, au roi François Ier (1494-1547).

 

Ceux que l'on appelait autrefois « Les Prisonniers » (Prigioni) devinrent la propriété du Connétable Anne de Montmorency (1493-1567) et furent exposés dans deux niches de l'aile sud de la façade du Château d’Écouen, actuel Musée National de la Renaissance.

 

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Portique des Esclaves, Écouen, estampe de Jacques Androuet du Cerceau (1510-1584).

 

Pour la petite histoire, je prépare une série d'articles sur ce lieu que j'aime énormément. Habitant Sarcelles, le château et la forêt d'Écouen font partie intégrante de notre paysage. Nous y allons le plus souvent possible. Je prendrai donc grand plaisir à vous faire visiter, en 2018, le bois, la ville et le musée...

 

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Un avant-goût de nos futures balades à Écouen...

 

En 1632, les Esclaves entrèrent dans la collection du cardinal de Richelieu (1585-1642). Ils devinrent propriété de l’État en 1792 et furent transférés dans l’un des premiers musées de France : le Dépôt des Petits Augustins d’Alexandre Lenoir (1761-1839). On les installa au Louvre en 1794.

 

Beaucoup d'encre a coulé quant à leur symbolique...

 

Pour des esprits brillants de la Renaissance comme Giorgio Vasari (1511-1574) et Ascanio Condivi (1525-1574), tous les deux auteurs d'une Vie de Michel-Ange, ils ne signifiaient pas la même chose.

 

Pour Vasari, ils étaient l'incarnation des provinces païennes conquises par la Papauté alors que Condivi (1525-1574), élève de Michel-Ange, voyait en eux une personnification des Arts Plastiques et des Arts Libéraux. Pour d'autres philosophes, ils évoquaient l'asservissement des arts après la mort de Jules II, puissant mécène et pour d'autres encore, ils illustraient une théorie platonicienne : celle du combat de l'âme entravée par les chaînes du corps et cherchant l'espoir d'une libération.

 

Les Arts Libéraux ou base de l'enseignement antique sont formés de deux cycles : Le Trivium, qui comprend la Grammaire, la Rhétorique et la Dialectique, et le Quadrivium, qui constitue l'étude des Mathématiques à la fois terrestres et célestes, incluant l'Arithmétique, la Géométrie, l'Astronomie et la Musique.

 

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Hommage de Sylvain Kinsburger à Michel-Ange...

 

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Esclave rebelle, une expression du combat entre la fièvre du corps et les ardeurs de l'âme... Photo © Jörge Bitter Unna.

 

Les Esclaves conservés à Florence, plus massifs et trapus que ceux du Louvre, sont contemporains de la fresque du Jugement Dernier (entre 1536 et 1541) à la Chapelle Sixtine. Avec la force des Titans de l'Antiquité, ils évoquent la révolte du corps contre la matière et le besoin viscéral de s'extraire de la gangue primitive.

 

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Esclave s'éveillant, photo anonyme, domaine public.

 

Émanation du talent du maître, expert en taille directe, démiurge qui modela le marbre et la pierre en partant du centre pour rejoindre, avec une fougue bien particulière, les extrémités du bloc choisi.

 

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Esclave barbu, image Pinterest

 

Peu représentés dans la gravure et le dessin, les Esclaves du Louvre ont su inspirer les artistes, sous d'autres formes, au fil des siècles...

 

Admirons l'un des rares dessins, celui de Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), auteur du groupe sculpté de l'Opéra Garnier intitulé La Danse et qui ne nous concerne évidemment pas ici...

 

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Esclave rebelle, vu par Carpeaux, issu des collections graphiques du Louvre... Un autre dessin existe au musée Fabre à Montpellier mais il n'est pas accessible.

 

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Interprétation de l'Esclave mourant par Manolo Nuñez Yanowsky (artiste espagnol né en 1942), dans les années 1990, au couronnement de la façade du commissariat de l'avenue Daumesnil, dans le 12e arrondissement de Paris.

 

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L'Esclave mourant, réinterprété et « mixé » avec le célèbre David de Michel-Ange en 1883, dans le tableau du peintre préraphaélite Edward Burne-Jones (1833-1898) intitulé La Roue de la Fortune et conservé au Musée d'Orsay.

 

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 Fantaisie en bleue, 1962, signée Yves Klein (1928-1962). J'aime beaucoup le « point de vue » de Philippe Geluck, auteur du désopilant Chat, sur le bleu Klein (International blue Klein). Il serait obtenu en écrasant des Schtroumpfs et son secret de fabrication final serait conservé par Gargamel !

 

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Sylvain Kinsburger admirait Michel-Ange mais il a également rendu hommage à Pierre Puget, dessinateur, architecte, peintre et sculpteur baroque qui s'est illustré dans les Jardins de Versailles.

 

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Ornemaniste des Arsenaux Royaux et créateur d’œuvres comme Milon de Crotone ou Persée et Andromède, Puget a offert à la postérité les impressionnants atlantes de l'Hôtel de Ville de Toulon, la Force et la Fatigue, en 1656. La photo est dans le domaine public.

 

Fils du géant Atlas, atlantes imprégnés d'un sens remarquable du tragique et du grandiose... Réalisés en pierre de Calissanne (pierre de Provence aussi prisée que le marbre de Carrare), ils sont accompagnés de symboles marins : conques, coquillages, flore océane... et leur gestes symbolisent ceux des portefaix, les porteurs de fardeaux, hommes qui débarquaient, sous le règne de Louis XIV, les sacs de céréales des bateaux.

 

Ils décoraient l’ancien hôtel de ville qui fut rasé lors des bombardements en 1944.

 

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J'ai beaucoup parlé de Sculpture et l'Architecture, me direz-vous ? Comme je l'écrivais au début de l'article, la façade est élégante et sobre, rehaussée d'ornements qui passeront à la postérité comme les petits disques situés sous les atlantes de la rue de Rivoli et qui seront appréciés, pour leur bel effet géométrique, deux décennies plus tard, dans le style Art Déco.

 

L'architecte Auguste Garriguenc est peu connu mais son nom demeure associé au Concours des Façades de la Ville de Paris et l'on sait qu'il possédait une étude dans le IXe arrondissement de Paris, (au numéro 41 de la rue Taitbout).

 

Voilà, j'ai vraiment « beaucoup parlé » dans cet article mais j'ai surtout pris plaisir à vous montrer ces statues et à vous conter l'histoire des Esclaves de Michel-Ange. Il est temps de poser plume et papier... Je m'éclipse en vous remerciant de votre fidélité... Gros bisous et pensées d'amitié !

 

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Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #clef, #deux, #mot, #paris, #temps

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Charles Wysocki (1928-2002), illustrateur américain.

 

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Deux années se sont écoulées depuis la création de mon blog. Fidèles lectrices et lecteurs, depuis septembre 2011, la passion m'a emportée. J'ai fait de bien jolies rencontres et l'amitié s'est épanouie comme une rose dans la lumière d'été.

 

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(Somptueuse rose « Madame Delbard », photographiée cet été dans le square Saint-Gilles Grand Veneur qui fera l'objet d'un prochain article.)

 

Les liens tissés, entre le virtuel et la réalité, nous ont permis de nous connaître davantage alors je vous remercie, vous qui déposez dans mon univers les couleurs de vos émotions. Merci pour votre constance et votre sensibilité!

 

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Je me réjouis de vous montrer Paris au fil de mes articles, Paris en lettres capitales, aimant pour les avancées majeures et les bouleversements de l'Histoire, entité tentaculaire étirant toujours plus haut ses constructions anciennes et futuristes... Ville mythique dont les charmes se déclinent à travers le maillage du Temps, riche de ses constructions éclectiques, de ses allées triomphales et de ses squares enivrés de verdure qui protègent des bulles d'intimité.

 

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Entre lieux intimistes et monuments connus, Paris nous enchante et nous attire sur ses chemins buissonniers. Ce ne sont pas les gargouilles de Notre-Dame, perchées dans les couleurs du temps, avec une vue imprenable sur les mystères de l'Île de la Cité, qui me contrediront!

 

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Au rythme des saisons, laisser caracoler ma plume dans les méandres de Paris est un bonheur toujours renouvelé.

 

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Paris est une flamme dont l'intensité ne faiblit jamais, une boîte à trésors qui nous laisse de temps à autre entrevoir la clef des secrets...

 

Deux bougies pour Ma Plume Fée dans Paris!

Ce matin-là, je me suis arrêtée devant la porte d'un immeuble Belle-Époque, situé vers le milieu de la rue Saint-Jacques, probablement la plus ancienne voie religieuse et commerciale de Paris, empruntée par les nombreux pèlerins qui se rendaient à Compostelle.

 Je ne me souviens plus du numéro. D'habitude, c'est ce que je note en premier dans mon carnet mais ce jour-là, deux angelots aux gestes ésotériques ont investi mes pensées.

 Le premier me regardait en tenant une clef.

 

Deux bougies pour Ma Plume Fée dans Paris!

 

 

Deux bougies pour Ma Plume Fée dans Paris!

L'autre, avec son doigt sur la bouche, reprenait l'attitude d'Harpocrate, le dieu du silence et semblait me prévenir que commençait ici le royaume des secrets.

 

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 Son geste imposait la discrétion et stimulait la curiosité, de même que la petite enveloppe qu'il brandissait de la main droite.

 

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 Mais c'est la clef qui a aimanté mon attention.

Clef de la ville ou des champs, des songes perdus dans le frisson des nuées, clef de l'intrigue ou clef de voûte étoilée...

Clef de sol, d'ut ou de fa tissée sur les fils de l'arc-en-ciel, clef des plaisirs défendus, des sortilèges et des initiés... Le mot « clef » me séduit par son bruit d'eau vive et son ancienne graphie, réminiscence des cours de grammaire historique où le langage, à travers ses strates ambivalentes, devenait code et cryptex pour des esprits bouillonnants de sève.

Le « f », la lettre qui ne se prononce plus, évoque irrémédiablement le mystère, celui qu'on a voulu gommer par une subtile opération d'alchimie linguistique mais l'angelot n'a pas oublié les étapes de la transformation du mot.

Il y eut le latin « clavis » signifiant « clef, loquet, instrument de métal servant à ouvrir et à serrer » et sa variante « clavus », le « clou ».

Il y eut la serrure primitive, constituée d'une cheville ou d'un clou glissé dans un anneau et la barre métallique utilisée pour ouvrir une porte. Par extension, la clef devint le code nécessaire pour déchiffrer un texte. L'idée de fermeture et de secret est omniprésente dans ses dérivés: clavicule, conclave, cheville...

Suspendue aux lèvres du mystère, la clef active un balancier entre la mort et la vie, la fin et le commencement. Au Moyen-âge, elle fut l'instrument qui servait à tendre la corde d'une arbalète et l'outil permettant de calculer la date des fêtes mobiles, fêtes lunaires au parfum de paganisme enfiévré.

Bijou et amulette, elle fut et demeure le charme d'amour enfoncé dans la serrure du coeur, charme dont l'angelot connaît la puissance...

La clef de l'harmonie, sur la portée du silence, qui nous invite à suspendre nos mouvements erratiques et à contempler, dans les ombres et les patines du temps, une parcelle d'Or Universel.

 

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A nouveau, ami(e)s lectrices et lecteurs, je vous remercie pour ces deux années écoulées et je vous donne rendez-vous, dans quelques jours, pour la suite de notre promenade au parc de Bercy.

 

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 Avec mon amitié!

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #apollon, #daphne, #deux, #exedre, #fut

 


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De part et d'autre de la Grande Allée, deux bassins s'étendent sous les arbres, dans une atmosphère apaisante et romantique. Couronnés par un banc semi-circulaire appelé exèdre, ils sont parés de sculptures et bordés par une végétation luxuriante.

 

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Ils furent réalisés après la Révolution, quand le jardin devint « bien national ». La Convention décida la restauration des parties dégradées et la mise en oeuvre d'un programme d'embellissements.

 

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Dans ce contexte, le projet de restructuration du domaine des Tuileries fut confié, en 1794, au peintre Jacques Louis David (1748-1825), également député et grand ordonnateur des fêtes de la Révolution.

 

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Autoportrait de l'artiste, 1794.

 

Assisté par son beau-frère, l'architecte Auguste Cheval de Saint-Hubert, Louis David devait élaborer un ensemble monumental composé de galeries, de propylées, d'une palestre et des deux exèdres mais le projet fut désavoué après la chute de Robespierre.

 

Demeurent les fameuses exèdres, insérées dans la végétation et décorées de statues qui proviennent du Château de Marly, dans les Yvelines. Aujourd'hui, ce sont des moulages que nous contemplons, les originaux étant conservés au Musée du Louvre.

 

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Une exèdre est un édicule de pierre semi-circulaire ou rectangulaire qui dessine un banc, parfois décoré de niches et de statues. Dans la Grèce antique, cette structure architecturale était un élément privilégié des lieux publics, des sanctuaires, des agorae et des voies sacrées.

 

L'exèdre est associée à la conversation et à la philosophie. Espace de réunion où se réunissaient autrefois les poètes et les philosophes, elle offrait des banquettes de pierre décorées de dauphins, de rinceaux et de grandes feuilles d'acanthe. Parfois, on y représentait les donateurs qui les avaient fait ériger.

 

Dans la Rome antique, elle s'inséra, agrémentée de niches et de statues, dans les façades des monuments publics.

 

Les exèdres des Tuileries sont l'émanation d'une volonté patriotique se référant aux grandeurs helléniques.

 

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La séduisante Vénus Callipyge  de François Barois (1656-1726) règne sur l'exèdre Sud.

 

 

 

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On peut admirer au Louvre le marbre originel des années 1683-1686.

 

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Vénus Callipyge soulève son péplos et contemple ses courbes avenantes par dessus son épaule.

 

Les mots kallos: « beauté » et  pygos: « fesse » sont à l'origine du terme « Callipyge » et le mot « kalligloutos » se traduit par « aux jolies fesses ».

 

D'après l'érudit grec Athénée (IIe-IIIe siècle après J.-C.), il existait un temple dédié à Aphrodite des belles fesses, à Syracuse, en Sicile.

 

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Vénus Callipyge au musée archéologique national de Naples.

 

Les deux filles d'un fermier demandèrent à un jeune homme qui passait de désigner celle qui avait le plus joli postérieur. Après une observation assidue, il choisit l'aînée et s'éprit de sa beauté. Il retrouva ensuite son jeune frère à la ville et l'encouragea à aller contempler les charmes de la campagne. Le cadet suivit son conseil et fut séduit par la plus jeune soeur. Malgré les réticences de leur père, riche et âgé, les garçons épousèrent leurs sensuelles dulcinées. Elles fondèrent alors, en guise de remerciement, un temple dédié à la déesse aux jolies fesses.

 

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Les rotondités de la Vénus des Tuileries ont été voilées par le sculpteur Jean Thierry (1669-1739) afin de ne pas outrager la pudeur des dames!

 

D'après le théoricien chrétien Clément d’Alexandrie (vers 150 après J.-C.-vers 220), un culte érotique était dédié à la déesse aux courbes avenantes. Elle traversa les époques et inspira, au XVIIe siècle, un conte en vers au fabuliste Jean de La Fontaine (1621-1695).

 

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Les Contes sont aux adultes ce que les Fables sont aux enfants.

 

Les Contes et Nouvelles en vers furent écrits entre 1660 et 1693. Bien que frappés par la censure officielle, ils connurent un succès immense et s'imposèrent comme une oeuvre majeure de la culture galante. Les amateurs de littérature libertine apprécieront ces truculentes saynètes et les charmantes illustrations de Jean-Honoré Fragonard (1732-1806).

 

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Conte tiré d'Athénée

 

« Du temps des Grecs, deux sœurs disaient avoir

Aussi beau cul que fille de leur sorte;

La question ne fut que de savoir

Quelle des deux dessus l’autre l’emporte:

Pour en juger un expert étant pris,

À la moins jeune il accorde le prix,

Puis l’épousant, lui fait don de son âme;

À son exemple, un sien frère est épris

De la cadette, et la prend pour sa femme;

Tant fut entre eux, à la fin, procédé,

Que par les sœurs un temple fut fondé,

Dessous le nom de Vénus belle-fesse;

Je ne sais pas à quelle intention;

Mais c’eût été le temple de la Grèce

Pour qui j’eusse eu plus de dévotion. »

 

Quelques siècles plus tard, la Vénus Callipyge refleurit sous la plume de notre Georges Brassens national.

 

 

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« Que jamais l'art abstrait, qui sévit maintenant

N'enlève à vos attraits ce volume étonnant

Au temps où les faux culs sont la majorité

Gloire à celui qui dit toute la vérité

 

Votre dos perd son nom avec si bonne grâce

Qu'on ne peut s'empêcher de lui donner raison

Que ne suis-je, madame, un poète de race

Pour dire à sa louange un immortel blason

 

En le voyant passer, j'en eus la chair de poule

Enfin, je vins au monde et, depuis, je lui voue

Un culte véritable et, quand je perds aux boules

En embrassant Fanny, je ne pense qu'à vous

 

Pour obtenir, madame, un galbe de cet ordre

Vous devez torturer les gens de votre entour

Donner aux couturiers bien du fil à retordre

Et vous devez crever votre dame d'atours

 

C'est le duc de Bordeaux qui s'en va, tête basse

Car il ressemble au mien comme deux gouttes d'eau

S'il ressemblait au vôtre, on dirait, quand il passe

" C'est un joli garçon que le duc de Bordeaux ! "

 

Ne faites aucun cas des jaloux qui professent

Que vous avez placé votre orgueil un peu bas

Que vous présumez trop, en somme de vos fesses

Et surtout, par faveur, ne vous asseyez pas

 

Laissez-les raconter qu'en sortant de calèche

La brise a fait voler votre robe et qu'on vit

Écrite dans un cœur transpercé d'une flèche

Cette expression triviale : " A Julot pour la vie "

 

Laissez-les dire encor qu'à la cour d'Angleterre

Faisant la révérence aux souverains anglois

Vous êtes, patatras ! tombée assise à terre

La loi d'la pesanteur est dur', mais c'est la loi.

 

Nul ne peut aujourd'hui trépasser sans voir Naples

A l'assaut des chefs-d'œuvre ils veulent tous courir

Mes ambitions à moi sont bien plus raisonnables:

Voir votre académie, madame, et puis mourir.

 

Que jamais l'art abstrait, qui sévit maintenant

N'enlève à vos attraits ce volume étonnant

Au temps où les faux culs sont la majorité

Gloire à celui qui dit toute la vérité. »

 

 

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Vénus Callipyge

 

Ces illustrations sont d'Alain Bonnefoit, maître en lithographie. Pour les contempler, vous pouvez visiter le beau site de la Galerie-jpm.com.

 

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A l'extrémité opposée du bassin, ces deux statues semblent prendre leur élan. Il s'agit de Daphné poursuivie par Apollon et d'Apollon poursuivant Daphné.

 

Ce groupe illustre un passage des Métamorphoses d'Ovide. Le dieu du soleil, sculpté par Nicolas Coustou (1658-1733), et la nymphe des bois, réalisée par Guillaume Coustou (1677-1746), ornèrent, vers 1713–1714, un des bassins des Carpes du Parc de Marly. En 1798, on les plaça dans l'exèdre Sud des Tuileries où ils demeurèrent jusqu'en 1940.

 

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Daphné est une nymphe, fille du dieu fleuve Pénée et de la déesse Terre.

 

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Après avoir vaincu le monstrueux serpent Python, Apollon rencontra Cupidon sur le bord du chemin. Il se vanta de sa réussite en raillant les sortilèges du chérubin. Piqué au vif, Cupidon décocha deux flèches, l'une, en or, sur Apollon qui s'éprit de la ravissante Daphné, et l'autre, en plomb, dans le coeur de la nymphe. Elle en éprouva de la répulsion pour les plaisirs charnels mais Apollon la poursuivit de ses assiduités. Épuisée, Daphné sollicita l'aide de son père et le dieu fleuve la métamorphosa en un bosquet de laurier rose (rhododaphné). Apollon la désigna alors comme son arbre sacré.

 

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« (...) Une lourde torpeur envahit ses membres, une mince écorce ceint sa délicate poitrine, ses cheveux poussent en feuillage, ses bras s'allongent en rameaux ; ses pieds, il y a un instant, si rapides sont fixés au sol par de solides racines, la cime d'un arbre occupe sa tête ; de sa beauté, ne demeure que l'éclat.

 

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Phébus, cependant, brûle de la même passion, la main droite posée sur le tronc, il sent encore, sous la nouvelle écorce, battre le cœur ; entourant de ses bras les rameaux - qui étaient les membres de Daphné - il étouffe le bois de baisers ; mais les baisers du dieu, le bois les refuse. Alors le dieu lui dit : " Puisque tu ne peux être ma femme, tu seras, du moins, mon arbre " ; laurier, tu pareras toujours ma chevelure, ma cithare, mon carquois ; (...) Péan avait fini de parler; alors le laurier inclina ses jeunes rameaux et on le vit agiter sa cime comme une tête. » (Péan est une épiclèse, c'est à dire une épithète associée à Apollon. )

 

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Apollon au Louvre.

 

Au fil des siècles, le mythe d'Apollon et Daphné a profondément inspiré les artistes.

 

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Un manuscrit du XVe siècle...

 

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Apollon et Daphné, 1470-1480, par Antonio del Pollaiuolo (1429/33-1498). Ce tableau est conservé à la National Gallery de Londres.

 

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Daphné en argent ciselé, surmontée par une ramure de corail. Cet ornement de table fut réalisé, vers 1550, par Wenzel Jamnitzer (1507/08-1585), un célèbre orfèvre de Nuremberg.

 

Il décrit le moment où s'opère la métamorphose de Daphné. L'oeuvre élégante et influencée par la statuaire antique révèle aussi le goût des artistes de la Renaissance pour l’exotisme et les univers marins.

 

Daphné repose sur un socle décoré de têtes d’anges et de mufles de lion d'où émergent des fragments de roches métamorphiques. Un certain mystère entoure cette pièce d'argenterie. Était-elle un luxueux centre de table associé aux armoiries d'un prince germanique, un ustensile médiéval appelé « languier » où l’on suspendait des « langues de serpent », dents de requin fossilisées utilisées pour détecter le poison, ou une « merveille », (mirabilia) recherchée par des collectionneurs?

 

Pêché en grande profondeur en Méditerranée, le corail rouge était réputé pour ses vertus prophylactiques. On le considérait comme une espèce étrange qui oscillait entre végétal et minéral. Très apprécié pour sa beauté, il était fréquemment utilisé dans les arts à la Renaissance.

 

 

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On retrouve Apollon et Daphné sur cette vignette de François Chauveau (1613-1676), extraite de la traduction des Métamorphoses d'Ovide (43 avant J.-C.-17) par Isaac de Benserade (1613-1691). L'ouvrage intitulé « Métamorphoses d'Ovide en rondeaux, imprimés et enrichis de figures » parut en 1676 à Paris, sous les presses de l'Imprimerie Royale.

 

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A Versailles, Apollon et Daphné, d'Antoine Coypel (1661-1722) se laissent admirer parmi les joyaux du Salon de Mercure.

 

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Apollon et Daphné, 1622-1625, par Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin(1598-1680).

 

Cette oeuvre baroque fut commandée par le Cardinal Borghèse en 1622. Le mouvement suscité par les lignes foisonnantes et les corps en déséquilibre aspire le regard.

 

Apollon rattrape Daphné au moment où débute la métamorphose. La nymphe lève les bras. L'écorce l'enveloppe jusqu'aux hanches et son corps dessine une arabesque souple et passionnée. Son sang devient sève et sa peau, ses doigts, sa chevelure se changent en feuilles ondoyantes. Simultanément, une expression d'effroi se lit sur son visage. Apollon saisit sa taille d'une main mais il ne peut la faire revenir à son humanité.

 

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Cet éventail du XVIIIe siècle, conservé au Musée des Arts Décoratifs de Bordeaux, nous offre, par ses couleurs précieuses et son dessin raffiné, sa vision plus apaisée du mythe d'Apollon et Daphné.

 

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Le Département des Arts Graphiques au Louvre conserve cette jolie miniature signée Jean-Honoré Fragonard (1732-1806).

 

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Au musée Calvet à Avignon, on peut admirer ce tableau de l'école romaine du XVIIIe siècle, attribué à Pietro Bianchi (1694-1740) et très apprécié des historiens d'art pour la qualité de ses couleurs.

 

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Ce bas-relief provient de l'ancienne Folie de la Bouëxière, autrefois située dans le 18e arrondissement de Paris. Réalisé par Sébastien-Nicolas Adam (1705-1778), il est aujourd'hui conservé au Musée Carnavalet.

 

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Apollon et Daphné, vers 1844, par Théodore Chassériau(1819-1856).

 

La transformation de Daphné est sublimée par les couleurs voluptueuses, la pureté des lignes, la grâce et le romantisme qui émanent de la composition. Le corps lunaire, chrysalide sensuelle sur fond de sylve, et l'attitude suppliante d'Apollon nous offrent un spectacle d'une troublante beauté.

 

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Apollon poursuivant Daphné, 1908, par John William Waterhouse (1849-1917).

 

Le peintre nous livre une vision intime du mythe, centrée sur les jeux de regards et l'élégance des attitudes. La métamorphose s'opère dans un monde luxuriant où la femme devient prêtresse, échappant aux lois de la réalité et aux désirs de l'homme pour épouser les forces de la Nature. Le tableau de Waterhouse révèle aussi une complexe attirance entre les personnages...

 

Quittons Vénus Callipyge, Apollon et Daphné pour rejoindre l'exèdre Nord.

 

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Elle est conçue de la même manière que l'exèdre Sud mais le programme iconographique est différent.

 

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Le faune au chevreau, oeuvre de Pierre Le Pautre (1659-1744), réinterprète une statue antique, exhumée en 1675.

 

 

 

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Le marbre originel, datant de 1685, fut placé à Marly, dans une « salle verte », aux alentours de 1695 puis déplacé, en 1707, au bosquet du Couchant. Il fut transporté aux Tuileries en 1797.

 

 

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On aperçoit une flûte de Pan, aérophone attribué au dieu Pan, maître de la fertilité des bois et des troupeaux. Dans les réceptacles où circule le son, circulent aussi la magie et les forces de fécondité.

 

Pan tomba éperdument amoureux de la nymphe Syrinx mais celle-ci, effrayée par la puissance érotique du dieu, se jeta dans le fleuve Ladon pour lui échapper. Là où elle disparut, jaillirent des roseaux qui bruissèrent, comme une voix, dans le vent. Pan les coupa et en assembla quelques-uns pour fabriquer une flûte qu'il baptisa Syrinx. Ainsi, par la magie du souffle, l'union de Pan et de Syrinx put s'accomplir.

 

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Pan et Syrinx, 1657, par Michel Dorigny (1617-1665).

 

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A l'extrémité du bassin, se dressent deux statues formant un groupe appelé « les coureurs ». Il s'agit d'Hippomène et d'Atalante.

 

Hippomène fut commandé à Guillaume Coustou pour faire pendant à Atalante, copie d'antique par Pierre Le Pautre. Le groupe illustre un passage des Métamorphoses d'Ovide relatant l'histoire d'une farouche chasseresse qui défiait ses prétendants à la course.

 

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Fille d'un roi qui désirait un fils, Atalante fut abandonnée dans la forêt mais une ourse l'allaita. Elle fut recueillie ensuite par des chasseurs et se révéla dotée de qualités physiques hors du commun. A la fois athlète accomplie, lutteuse redoutable et pouvant courir à une vitesse exceptionnelle, elle participa à l'expédition des Argonautes, conduite par le héros Jason.

 

Voulant rester vierge, elle résolut de défier à la course les hommes qui souhaitaient l'épouser. Elle gagnait à chaque fois et ses prétendants étaient exécutés mais le jeune Hippomène choisit de relever le défi.

 

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Il sollicita la déesse de l'amour qui lui offrit trois pommes d'or du Jardin des Hespérides, merveilleux jardin où, parmi des sources d'ambroisie, se dressait un arbre enchanté... Pendant la course qui l'opposait à Atalante, Hippomène fit rouler les précieux fruits sur le sol et la chasseresse s'arrêta pour les ramasser. Elle perdit pour la première fois.

 

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La course d'Hippomène et d'Atalante, 1765, par Noël Hallé (1711-1781).

 

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Atalante et Hippomène, 1618-1619, par Guido Reni (1575-1642).

 

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La très sensuelle Toilette d'Atalante, 1850, par James Pradier (1790-1852) dans l'aile Richelieu au Louvre.

 

Observons un moment les sculptures qui décorent les côtés des deux exèdres. Au bord des bassins qui semblent endormis, se dévoilent des sphinges, les femelles des sphinx, créatures fabuleuses au corps mi-léonin mi-humain.

 

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Ces êtres mystérieux sont les gardiens des métamorphoses et des secrets mais chut, je prépare un article sur les sphinx et les sphinges de Paris...

 

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L'exèdre Nord par Pierre-Antoine Mongin (1761-1827).

 

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Ces bassins historiés sont des réceptacles de vie. Une végétation luxuriante s'y épanouit, attirant les insectes et les oiseaux qui viennent s'y reproduire en toute tranquillité.

 

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Les iris en robes satinées se gorgent de soleil.

 

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Les jardiniers ont installé une petite planche pour que demoiselles et damoiseaux à plumes puissent goûter les joies de l'eau.

 

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Par leur conception, les exèdres des Tuileries sont des lieux à part dans l'évolution complexe du jardin. Elles exaltent l'amour, le désir et la beauté et célèbrent, de manière intemporelle, les vertus des philosophies antiques. Elles nous attirent au bord de l'eau, à fleur de rêve, où la lumière tisse ses enchantements...

 

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Bibliographie

 

Louis-Eustache AUDOT: Traité de la composition et de l'ornement des jardins, avec cent soixante et une planches représentant, en plus de six cents figures, des plans de jardins, des fabriques propres à leur décoration et des machines pour élever les eaux. Paris: Audot, éditeur du Bon Jardinier, 1839.

 

Yves GIRAUD: La Fable de Daphné: essai sur un type de métamorphose végétale dans la littérature et les arts jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Droz, 1968.

 

Aubin Louis MILLIN: Description des statues des Tuileries. Paris: Fuchs, 1798.

 

Claude-Henri WATELET: Dictionnaire de peinture, sculpture et gravure. Paris: Prault, 1792.

 

La chanson de Brassens : Venus callipyge

 

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