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Ma Plume Fée dans Paris

Ma Plume Fée dans Paris

Une passionnée d'écriture qui explore les chemins de Paris et d'ailleurs...

michel

Publié le par maplumefee
Publié dans : #ange, #anne, #deux, #esclave, #jpg, #michel

 

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Au 48 bis de la célèbre rue de Rivoli, dans le 4e arrondissement de la capitale, se dresse un immeuble dont la façade, plutôt discrète, est ornée de deux puissants atlantes. En 1905, ce lieu qui suscite hélas peu l'intérêt des passants remporta le Concours Annuel des Façades de la Ville de Paris.

 

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Ce concours se déroula de 1898 jusqu'à la fin des années 1930, avec une interruption pendant la Première Guerre Mondiale. La Ville l'institua après le percement en 1897 de la rue Réaumur, axe important qui traverse les 2e et 3e arrondissements, en s'inspirant de concours mis en place à Bruxelles dans le dernier quart du XIXe siècle.

 

De 1872 à 1876 et de 1876 à 1878, ces concours eurent pour finalité de « stimuler la reconstruction aux abords des boulevards du centre de Bruxelles en se débarrassant du cloaque issu des industries de la rivière Senne... » Si mes aminautes belges désirent déposer sous mon article des photos illustrant ce thème, j'en serais ravie...

 

Les architectes bruxellois eurent la liberté de mettre en œuvre des compositions ornementales marquées par l'éclectisme et la fantaisie. Quant au concours parisien, il devait inciter les architectes à rompre avec ce qui était appelé « la monotonie de la façade haussmannienne ». Il a disparu pendant de longues décennies mais la Mairie de Paris a décidé de le rétablir, à l'initiative du groupe UDI-MoDem du Conseil de Paris et grâce au soutien de l'exécutif Socialiste.

 

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En 1905, le 48 bis de la rue de Rivoli, conçu par l'architecte Auguste Joseph Laurent Garriguenc, s'est distingué grâce à l'élégante sobriété de sa façade, au langage harmonieux de ses lignes et par la présence des deux atlantes, imaginés par le sculpteur, graveur et médailleur parisien Sylvain Kinsburger (1855-1935).

 

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Plutôt méconnu, Sylvain Kinsburger nous a laissé des œuvres de belle facture...

 

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 Le Faucheur, exécuté vers 1900 par la fonderie du Rongeant de Joinville et visible en Haute-Marne dans le parc des Grandes Promenades de Wassy. Photo © Ji-Elle.

 

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 Le Gouffre, œuvre de pierre, réalisée en 1933, qui se love dans le parc parisien des Buttes Chaumont. Photo © BikerNormand.

 

De séduisants détails de cette composition sont visibles sur le blog de mon amie Véronique : La Parisienne et ses photos...

 

http://laparisienneetsesphotos.eklablog.com/parc-des-buttes-chaumont-statue-gouffre-de-sylvain-kinsburger-a105893708

 

Sylvain Kinsburger a également conçu des médaillons, des bustes et des bronzes, une figure monumentale appelée Le Courtisan (1911), un plâtre nommé Rêverie dont on a perdu la trace et dont il demeure un dessin, conservé au département des Arts Graphiques du musée du Louvre... Plusieurs de ses œuvres ne sont plus « localisées ».

 

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Pour réaliser le décor du 48 bis de la rue de Rivoli, il s'est inspiré de sculptures de grands maîtres, en l'occurrence de Michel-Ange (1475-1564) et de Pierre Puget (1620-1694), appelé le Michel-Ange français.

 

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Avec ses deux atlantes, l'un jeune et l'autre âgé, il a voulu rendre hommage à la puissance narrative des Esclaves de Michel-Ange, figures destinées à orner le tombeau du Pape Jules II (Jules Della Rovere, 1443-1513).

 

Le projet somptuaire -et inabouti- de Michelangelo di Lodovico Buenarroti Simoni devait être placé au cœur de la basilique Saint-Pierre de Rome mais le cénotaphe construit a été installé dans l'église Saint-Pierre-aux-Liens. Parmi une quarantaine de statues, douze ou seize Esclaves étaient censés figurer à la base de l’œuvre et incarner les « mouvements » de l'âme humaine, prisonnière de la gangue du corps et soumise à de nombreuses turpitudes. Six effigies, empreintes de puissance tragique, furent commencées et non terminées. Quatre sont visibles à l'Académie de Florence et deux au musée du Louvre : le célèbre « Esclave mourant » et son pendant, « l'Esclave révolté ».

 

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Esclave mourant, vers 1513, marbre, 229 cm. Louvre, au rez-de-chaussée de l'aile Denon (salle 4). Incarnation des « sensations » de l'âme et tension musculaire tellement audacieuse... Avec l'Esclave révolté, il suscita l'admiration de nombreux collectionneurs et attise, encore aujourd'hui, l'imagination des visiteurs...

 

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 Esclave mourant photographié en 1854 par Édouard Baldus (1813-1889). Épreuve sur papier salé à partir d'un négatif papier, ©photo musée d'Orsay / rmn

 

La statue, pleine de sensualité, nous séduit par le déhanchement si particulier du corps et le jeu d'équilibre instable qui en émane. Les lignes de force sont tellement complexes qu'on ne sait ce qu'il advient du personnage : Évolue-t-il au creux d'un songe ? (On l'a longtemps appelé le Dormeur...) Réagit-t-il, entre deux rives, à quelque sollicitation mystérieuse ou s'endort-il à jamais ? Les « énergies » de son cœur et de son âme sont serrées par une bande d'étoffe mais il ne montre pas de souffrance. Il nous offre sa lascivité.

 

Il est difficile de la voir mais à ses pieds, dans le bloc de pierre qui l'ancre à la terre des Hommes, Michel-Ange a ébauché la figure d’un singe brandissant un objet impossible à identifier. La dernière interprétation à ce sujet fait état d'une représentation des arts très en vogue à la Renaissance. Le singe incarnerait « l'Art Simia Naturae » soit l'art, imitation/singe de la nature...

 

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La conception du tombeau du pape Jules II (dont voici l'une des nombreuses versions) s'étala sur une durée de quarante ans, à travers une profusion d'esquisses et de présentations de projets. Commandée à Michel-Ange en 1505 et élaborée jusqu'en 1545, l’œuvre, abandonnée plusieurs fois au profit des fulgurances visibles à la Chapelle Sixtine, traduit la complexité de l'esprit du maître, l'intensité hallucinée de ses recherches dans une infinité de domaines, ses rages d'ombre et de lumière...

 

La statue la plus connue est sans conteste le Moïse, figure centrale du tombeau, mais les Esclaves, bien qu'écartés de la version définitive du monument, sont amplement passés à la postérité.

 

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 Moïse en marbre, sculpté en 1515 pour le second projet du tombeau de Jules II qui prévoyait deux étages sur les trois souhaités à l'origine. Le colosse devait figurer au sommet de l'édifice alors qu'il est exposé aujourd'hui, à hauteur de regard. Photo © Jörg Bitter Unna.

 

Selon une conception philosophique d'origine médiévale, il est une émanation de « l'homme microcosme de l'univers ». Les cornes qu'il arbore semblent exprimer sa nature rayonnante de prophète (il y a confusion ou lien volontaire entre deux mots, karan : rayonnant et karen : cornu, dans la Vulgate, version latine de la Bible, écrite entre 390 et 405 par Saint Jérôme.) Le puissant drapé qu'il porte le relie à la terre, ses cheveux ondulent comme des flammes et les ondes fleuries de sa barbe évoquent les mouvements de l'eau.

 

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Destinés à la seconde version du tombeau de Jules II (1513), les Esclaves dits « du Louvre » furent remplacés par les statues de Rachel et de Léa représentant « la vie contemplative » et « la vie active ». Michel-Ange offrit les deux effigies masculines, en 1546, à son ami florentin Roberto Strozzi (1520-1566) pour le remercier de l'avoir accueilli, malade, dans sa demeure romaine. Exilé quelques temps plus tard, Strozzi emporta les sculptures en France et il en fit présent, vers 1550, au roi François Ier (1494-1547).

 

Ceux que l'on appelait autrefois « Les Prisonniers » (Prigioni) devinrent la propriété du Connétable Anne de Montmorency (1493-1567) et furent exposés dans deux niches de l'aile sud de la façade du Château d’Écouen, actuel Musée National de la Renaissance.

 

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Portique des Esclaves, Écouen, estampe de Jacques Androuet du Cerceau (1510-1584).

 

Pour la petite histoire, je prépare une série d'articles sur ce lieu que j'aime énormément. Habitant Sarcelles, le château et la forêt d'Écouen font partie intégrante de notre paysage. Nous y allons le plus souvent possible. Je prendrai donc grand plaisir à vous faire visiter, en 2018, le bois, la ville et le musée...

 

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Un avant-goût de nos futures balades à Écouen...

 

En 1632, les Esclaves entrèrent dans la collection du cardinal de Richelieu (1585-1642). Ils devinrent propriété de l’État en 1792 et furent transférés dans l’un des premiers musées de France : le Dépôt des Petits Augustins d’Alexandre Lenoir (1761-1839). On les installa au Louvre en 1794.

 

Beaucoup d'encre a coulé quant à leur symbolique...

 

Pour des esprits brillants de la Renaissance comme Giorgio Vasari (1511-1574) et Ascanio Condivi (1525-1574), tous les deux auteurs d'une Vie de Michel-Ange, ils ne signifiaient pas la même chose.

 

Pour Vasari, ils étaient l'incarnation des provinces païennes conquises par la Papauté alors que Condivi (1525-1574), élève de Michel-Ange, voyait en eux une personnification des Arts Plastiques et des Arts Libéraux. Pour d'autres philosophes, ils évoquaient l'asservissement des arts après la mort de Jules II, puissant mécène et pour d'autres encore, ils illustraient une théorie platonicienne : celle du combat de l'âme entravée par les chaînes du corps et cherchant l'espoir d'une libération.

 

Les Arts Libéraux ou base de l'enseignement antique sont formés de deux cycles : Le Trivium, qui comprend la Grammaire, la Rhétorique et la Dialectique, et le Quadrivium, qui constitue l'étude des Mathématiques à la fois terrestres et célestes, incluant l'Arithmétique, la Géométrie, l'Astronomie et la Musique.

 

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Hommage de Sylvain Kinsburger à Michel-Ange...

 

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Esclave rebelle, une expression du combat entre la fièvre du corps et les ardeurs de l'âme... Photo © Jörge Bitter Unna.

 

Les Esclaves conservés à Florence, plus massifs et trapus que ceux du Louvre, sont contemporains de la fresque du Jugement Dernier (entre 1536 et 1541) à la Chapelle Sixtine. Avec la force des Titans de l'Antiquité, ils évoquent la révolte du corps contre la matière et le besoin viscéral de s'extraire de la gangue primitive.

 

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Esclave s'éveillant, photo anonyme, domaine public.

 

Émanation du talent du maître, expert en taille directe, démiurge qui modela le marbre et la pierre en partant du centre pour rejoindre, avec une fougue bien particulière, les extrémités du bloc choisi.

 

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Esclave barbu, image Pinterest

 

Peu représentés dans la gravure et le dessin, les Esclaves du Louvre ont su inspirer les artistes, sous d'autres formes, au fil des siècles...

 

Admirons l'un des rares dessins, celui de Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), auteur du groupe sculpté de l'Opéra Garnier intitulé La Danse et qui ne nous concerne évidemment pas ici...

 

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Esclave rebelle, vu par Carpeaux, issu des collections graphiques du Louvre... Un autre dessin existe au musée Fabre à Montpellier mais il n'est pas accessible.

 

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Interprétation de l'Esclave mourant par Manolo Nuñez Yanowsky (artiste espagnol né en 1942), dans les années 1990, au couronnement de la façade du commissariat de l'avenue Daumesnil, dans le 12e arrondissement de Paris.

 

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L'Esclave mourant, réinterprété et « mixé » avec le célèbre David de Michel-Ange en 1883, dans le tableau du peintre préraphaélite Edward Burne-Jones (1833-1898) intitulé La Roue de la Fortune et conservé au Musée d'Orsay.

 

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 Fantaisie en bleue, 1962, signée Yves Klein (1928-1962). J'aime beaucoup le « point de vue » de Philippe Geluck, auteur du désopilant Chat, sur le bleu Klein (International blue Klein). Il serait obtenu en écrasant des Schtroumpfs et son secret de fabrication final serait conservé par Gargamel !

 

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Sylvain Kinsburger admirait Michel-Ange mais il a également rendu hommage à Pierre Puget, dessinateur, architecte, peintre et sculpteur baroque qui s'est illustré dans les Jardins de Versailles.

 

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Ornemaniste des Arsenaux Royaux et créateur d’œuvres comme Milon de Crotone ou Persée et Andromède, Puget a offert à la postérité les impressionnants atlantes de l'Hôtel de Ville de Toulon, la Force et la Fatigue, en 1656. La photo est dans le domaine public.

 

Fils du géant Atlas, atlantes imprégnés d'un sens remarquable du tragique et du grandiose... Réalisés en pierre de Calissanne (pierre de Provence aussi prisée que le marbre de Carrare), ils sont accompagnés de symboles marins : conques, coquillages, flore océane... et leur gestes symbolisent ceux des portefaix, les porteurs de fardeaux, hommes qui débarquaient, sous le règne de Louis XIV, les sacs de céréales des bateaux.

 

Ils décoraient l’ancien hôtel de ville qui fut rasé lors des bombardements en 1944.

 

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J'ai beaucoup parlé de Sculpture et l'Architecture, me direz-vous ? Comme je l'écrivais au début de l'article, la façade est élégante et sobre, rehaussée d'ornements qui passeront à la postérité comme les petits disques situés sous les atlantes de la rue de Rivoli et qui seront appréciés, pour leur bel effet géométrique, deux décennies plus tard, dans le style Art Déco.

 

L'architecte Auguste Garriguenc est peu connu mais son nom demeure associé au Concours des Façades de la Ville de Paris et l'on sait qu'il possédait une étude dans le IXe arrondissement de Paris, (au numéro 41 de la rue Taitbout).

 

Voilà, j'ai vraiment « beaucoup parlé » dans cet article mais j'ai surtout pris plaisir à vous montrer ces statues et à vous conter l'histoire des Esclaves de Michel-Ange. Il est temps de poser plume et papier... Je m'éclipse en vous remerciant de votre fidélité... Gros bisous et pensées d'amitié !

 

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Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #fontaine, #force, #fut, #justice, #michel, #saint

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 La Fontaine Saint-Michel, la plus haute fontaine de Paris, se dresse sur la Place Saint-Michel, dans le 6e arrondissement de la capitale. Emblématique des travaux orchestrés par le Baron Haussmann sous le Second Empire, elle attire de nombreux parisiens, des franciliens, des visiteurs de province et du monde entier.

 

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 Conçue comme un décor de théâtre, elle est un célèbre point de rendez-vous et une vitrine du Paris moderne, érigé sur les vestiges de rues médiévales aux noms évocateurs: rue de la Harpe, rue des Rats ou de la Pomme d'or... Je vous invite à découvrir ou à redécouvrir les détails de cette composition urbaine dédiée à l'archange Saint-Michel, protecteur de l'Île de la Cité et de ses alentours.

 

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 La fontaine Saint-Michel est l'émanation d'une volonté particulière, celle de Georges Eugène Haussmann (1809-1891) de mettre en oeuvre un plan de réaménagement et d'embellissement de la capitale, fondé sur l'aération du tissu urbain. Doté d'une forte personnalité, comme en témoigne ce portrait d'Henri Lehmann (1814-1882) conservé au musée Carnavalet, il dirigea une campagne de travaux pharaoniques, inspirée par les théories hygiénistes de son temps.

Excellent orateur, écrivain, haut fonctionnaire et défenseur acharné d'une nouvelle politique de la Ville, il fut nommé Préfet de la Seine en 1853.

Avec une ardeur infatigable, il entreprit de faire percer de nouvelles voies pour favoriser la circulation des véhicules et des piétons. Des boulevards, des avenues et de grandes perspectives virent le jour et un luxuriant maillage de squares et de jardins fut créé.

Dans le prolongement de l'esprit des « Lumières », la Ville devint, à l'époque de Napoléon III (1808-1873), un espace maîtrisé, doté d'un ample quadrillage, de promenades plantées et d'immeubles somptuaires mais Haussmann voulait aussi faciliter le déploiement de troupes militaires en cas de soulèvements civils. Il fut, à cet égard, particulièrement décrié.

 

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La fontaine Saint-Michel reflète les critères architecturaux et esthétiques édictés par le Baron. Construite à partir de 1858 et inaugurée en 1860, en bordure du boulevard Saint-Michel (terminé en 1859) et de la rue Danton qui descend vers la Place Saint-André-des-Arts, elle se situe dans l'axe du boulevard du Palais qui traverse l'Île de la Cité.

 

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 Élaborée dans un style éclectique par l'architecte Gabriel Davioud (1824-1881), elle se présente comme une sorte d'arc de triomphe antique, destiné à commémorer la victoire de l'archange Saint-Michel sur son adversaire.

 

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Sa structure est celle d'une fontaine-mur, à l'instar de la Fontaine Médicis au Jardin du Luxembourg et de la Fontaine des Quatre-Saisons située rue de Grenelle, dans le 7e arrondissement de Paris.

 

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La Fontaine Médicis

 

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La Fontaine des Quatre Saisons, érigée par Edme Bouchardon, entre 1739 et 1745.

 

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La fontaine Saint-Michel est l'un des plus remarquables monuments de Paris mais sa mise en scène complexe et son décor foisonnant et polychrome, lié à l'utilisation de marbre rose et vert du Languedoc, de pierre bleue de Soignies (Belgique) et de calcaire jaune de Saint-Ylie (Jura), ne firent pas l'unanimité lors de sa construction.

 

« Dans ce monument exécrable,

On ne voit ni talent ni goût,

Le Diable ne vaut rien du tout;

Saint-Michel ne vaut pas le Diable »

(Quatrain anonyme)

 

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Au-dessus d'un rocher sculpté par Félix Saupin, Saint-Michel, le chef des milices célestes, brandit son épée flamboyante et prend l'ascendant sur le Diable déchu.

 

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 Ce groupe fut exécuté par Francisque Duret (1804-1865) qui s'inspira d'un tableau de Raphaël (1483-1520), « Le Grand Saint-Michel », aujourd'hui visible au Louvre.

 

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 L'oeuvre, datée de 1518, fut commanditée par le pape Léon X (Jean de Médicis). Destinée à symboliser la bonne entente entre les peuples, elle fut offerte au roi François Ier à l'occasion du mariage de Laurent de Médicis, neveu du pape, avec Madeleine de la Tour d'Auvergne. Cette union donna naissance à Catherine de Médicis (1519-1589).

 

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A l'origine du projet, la niche centrale devait accueillir une statue monumentale de Napoléon Ier mais le choix du thème de Saint-Michel s'imposa, en référence à un ancien lieu de culte consacré à l'archange libérateur, à proximité de l'Île de la Cité.

 

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Deux imposantes chimères, créations d'Henri-Alfred Jacquemart dit Alfred Jacquemart, se dressent de part et d'autre du grand bassin.

 

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Alfred Jacquemart (1824-1896) se spécialisa dans la sculpture d'animaux et de créatures fantastiques. Il réalisa deux lions pour l'Hôtel de Ville de Paris, les lions de la fontaine de la place Félix Éboué, les aigles des colonnes rostrales de l'Opéra Garnier, le rhinocéros du parvis du Musée d'Orsay et les sphinx de la fontaine aux palmiers de la place du Châtelet. Il conçut en 1869 la statue équestre de Louis XII pour l'Hôtel de Ville de Compiègne et la maquette en cire de la statue de Napoléon III, destinée à orner les Guichets du Louvre.

 

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Très appréciées à leur époque et dans les décennies qui suivirent, les chimères de la place Saint-Michel servirent de modèle pour créer des figurines en bronze, des serre-livres et des presse-papiers.

 

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 Chimère, monstre composite, mosaïque d'êtres issus des profondeurs de l'inconscient, messagère de mondes mystérieux, gardienne des forces telluriques... Mélange de lion (tête), de quadrupède pas vraiment déterminé (corps), de serpent ou de dragon (queue) et d'oiseau (grandes ailes). Pour certains auteurs, elle aurait deux têtes, celle d'une chèvre et celle d'un lion. Pour d'autres, elle serait la fille des Titans Typhon et Echidné, à la fois mère des tempêtes, des eaux sombres et des éruptions volcaniques, incarnation des fantasmes, des peurs et des désirs inassouvis... Elle fut combattue par le héros Bellérophon qui chevauchait Pégase, le féerique cheval ailé.

 

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Dans la partie haute du monument, s'élèvent quatre statues qui représentent les Vertus Cardinales, soit la Prudence, la Justice, la Force et la Tempérance. Elles s'appuient sur l'entablement des colonnes en marbre rose et dominent des écussons à tête de lion.

 

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La Prudence, sculptée par Jean-Auguste Barre (1811-1896), a pour attributs le miroir et le serpent.

 Souvent considérée comme une femme aux deux visages, elle tient un miroir, oeil magique qui permet d'accéder à la connaissance de soi, à la conscience de ce qui fut, de ce qui est et de ce qui pourrait advenir. Les ouvrages anciens la représentent parfois casquée d'un heaume doré et entouré d'une guirlande de feuilles de mûrier; accompagnée d'un cerf qui rumine ou d'un oiseau de nuit; tenant une flèche et un petit poisson appelé rémora, une clepsydre (horloge à eau), un livre ou un compas. Avec le miroir, son principal attribut est le serpent. Gardien des secrets, démiurge, porteur et passeur de connaissance, le serpent qui s'enroule autour de son bras est appelé « le vigilant ».

« La Prudence, selon Aristote, est une habitude active, accompagnée d'une vraie raison, qui agit sur les choses possibles, pour atteindre à la félicité de la vie, en suivant le bien et fuyant le mal. » Iconologie ou explication nouvelle de plusieurs images, emblèmes et autres figures hiéroglyphiques des Vertus, des Vices, des Arts, des Sciences, des Causes naturelles, des Humeurs différentes et des Passions humaines. Tirées des recherches et des figures de César Ripa, moralisées par Jean Baudoin. A Paris, chez Mathieu Guillemot, 1644. P.164.

 

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Le serpent de la Prudence rappelle celui de la déesse Hygie (voir mon article intitulé La Fontaine de Mars et Hygie).

 

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La Justice, armée de son glaive, est l'oeuvre d'Élias (Louis-Valentin) Robert (1821-1874).

 Gardienne de l'équilibre cosmique, la Justice incarne l'ordre et la sagesse qui s'opposent à l'obscurantisme et au chaos. « C'est l'opinion de Platon que rien ne peut échapper aux yeux de la Justice (Maât) et qu'à raison de cela les anciens Prêtres des Égyptiens, disaient que par la force de la vue elle pénétrait dans le fonds de toutes choses. De là vient aussi qu'Apulée jure par l'oeil du Soleil et de la Justice ensemble, pour montrer que l'un est aussi clairvoyant que l'autre. » Iconologie de César Ripa, seconde partie, p.56.

Elle est représentée par la déesse Thémis (la justice divine) et par Dicé ou Diké, fille de Zeus et de Thémis et personnification de la justice humaine. Dicé est l'une des Heures. Ses soeurs sont Eunomie (la Loi et l'Ordre) et Eiréné (la Paix). On la nomme également Astrée, la « femme-étoile » ou « l'éclair brillant ». D'après les Métamorphoses d'Ovide, Astrée vécut parmi les Hommes pendant la période de l'Âge d'Or mais quand arriva l'Âge du Fer, pour échapper à la corruption de l'humanité, elle fut placée par Zeus dans le ciel et devint la constellation de la Vierge, avec pour attribut principal la balance.

 

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(Oeuvre de Kinuko Y Craft, artiste contemporaine.)

 Vengeresse des crimes, elle porte l'épée de Némésis, le châtiment divin.

 

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 « Le glaive de la Justice n'a pas de fourreau ». Cette citation du philosophe Joseph de Maistre (1753-1821) souligne l'importance du combat contre « la corruption des caractères et des habitudes qui engendre les venins les plus mortels ».

 

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La Tempérance est l'oeuvre de Charles Gumery (1827-1871).

 « On la dépeint avec une bride à la main (…) car cette vertu apporte la modération requise, hors de laquelle les choses qui vont dans l'excès détruisent entièrement le sujet où elles s'attachent, comme par leur débordement les grandes rivières ravagent tout ce qu'elles rencontrent. » Iconologie, p.187.

 

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La Force, création d'Eugène Guillaume (1822-1905), revêt la peau du Lion de Némée et s'appuie sur la massue en chêne d'Hercule.

 « Elle porte la physionomie d'une personne robuste (…), la taille belle, les épaules larges, les membres nerveux... Ses armes (lance, massue) sont des symboles de la force de son corps et le rameau qu'elle tient en main en est un de celle de son esprit. Par l'un elle résiste aux armes matérielles et par l'autre, aux spirituelles, qui sont les vices. Ce qui nous est démontré par le Chêne, arbre que les poètes ont toujours cru plus fort que les autres. » Iconologie, p.77.

 

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Ces quatre Vertus soulignent la victoire de Saint-Michel, guerrier des forces de lumière, sur le Diable au visage humain.

 

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Au sommet de la fontaine, veillent les allégories de la Puissance et de la Modération.

 

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 De gracieux angelots se fondent dans un décor néo-renaissance composé de palmes et de rinceaux.

 

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 Ces ornements sont l'oeuvre de Marie-Noémi Cadiot (1828-1888) alias Noémie Constant, femme de lettres et sculpteur, activement féministe. Elle fut l'élève de James Pradier (1790-1852) et l'épouse du célèbre occultiste Éliphas Lévi (1810-1875), de son vrai nom Adolphe-Louis Constant.

 

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Les armoiries de Paris dominent la niche centrale, rappelant la toute puissance économique de Paris, initiée par la Hanse ou Guilde des marchands de l'eau d'où l'emblème « fluctuat nec mergitur »: « il est battu par les flots mais ne sombre pas ».

 

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Une plaque, installée sur un côté de la fontaine, nous rappelle que, du 19 au 25 août 1944, la place Saint-Michel fut le théâtre de nombreux combats. De par sa situation sur la rive gauche de la Seine, elle était un lieu de passage obligatoire pour les troupes allemandes qui se dirigeaient vers l'est ou le nord de la capitale. Ces mots gravés célèbrent la mémoire des insurgés qui luttèrent le long du boulevard Saint-Michel, rebaptisé « boulevard de la mort ».

 

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Témoignage grandiose ou grandiloquent (selon les goûts) de la politique d'embellissement du Second Empire et d'une vision nouvelle de l'espace urbain, la fontaine Saint-Michel est plus que jamais un lieu de partage, de rencontre et de rendez-vous. Elle offre un très beau panorama sur la Seine et Notre-Dame et constitue le point de départ de plusieurs promenades à travers les méandres du Quartier Latin.

 

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Vue sur le quai des Orfèvres et la flèche de la Sainte-Chapelle depuis la fontaine Saint-Michel.

 

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Vue sur les atours de Notre-Dame mais ceci est une autre histoire...

 

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 Merci de votre fidélité, amicalement!

Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #image, #jean, #michel, #othoniel, #verre

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Sur la place Colette, face à la Comédie-Française, une création de lumière et de feu cristallisé, signée Jean-Michel Othoniel, habille la bouche de métro Palais-Royal-Musée du Louvre.

 

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Son charme insolite m'a déjà inspiré un article et donné envie d'entreprendre, en ce printemps 2013, un autre voyage d'écriture, agrémenté de nouvelles photos.

 

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La composition du Kiosque des Noctambules est fascinante et singulière. Deux coupoles ajourées, serties de perles de verre de Murano, s'appuient sur d'étranges piliers en fonte d'aluminium. L'oeuvre dessine un huit, symbole de l'infini, d'harmonie et d'éternité. Elle se fond et se dévoile dans l'écrin de la ville, ravivant des rêveries enfantines à travers les formes fantastiques, les moirures et les reflets du verre.

 

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Les yeux dans le ciel, les promeneurs se laissent happer par les rondeurs mystérieuses de ces bijoux géants.

 

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Le travail de Jean-Michel Othoniel s'inscrit dans une volonté d'hommage au métropolitain de Paris dont les bouches d'entrée furent créées par Hector Guimard en 1900. Cette commande de la RATP, passée en 1997 et installée en 2000, a suscité une réécriture de l'esthétique des lieux.

 

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Juillet 1900, dans la station Palais-Royal. (Collection AMTUIR/RATP).

 

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Les entourages fantastiques des stations de métro Guimard témoignent de foisonnantes recherches structurelles et ornementales, tant décriées à leur époque.

 

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Les formes issues de la Nature se déploient, avec poésie et panache, dans le paysage urbain.

 

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Ainsi parée, la bouche de métro nous offre un point de vue différent, quasi féerique, parmi les sobres façades qui bordent la place Colette.

 

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Émanation d'un monde où la Nature et l'Art se confrontent, s'enlacent et se recomposent, dans la frénésie du quotidien.

 

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Deux personnages en verre soufflé, emblématiques du thème de la gémellité, se dressent au sommet des coupoles. Incarnations graciles de la lune et du soleil, ils règnent sur une gamme de couleurs qui oscillent entre le chaud et le froid.

 

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Le soleil en totem...

 

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...et sa parèdre la lune qui se confond presque avec l'azur.

 

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Incandescences au crépuscule...

 

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Gouttes d'or cristallisé, perles rubis qui rayonnent sous les feuillages...

 

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Ces joyaux translucides, nés du savoir-faire des souffleurs de verre vénitiens, dessinent, sur l'autre coupole, une palette au sillage turquoise et saphir.

 

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Les anneaux de métal argenté qui bordent l'escalier évoquent des ronds dans l'eau, des orifices mystérieux, des cercles de rêve et de croissance...

 

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Bagues martelées, « passages » incrustés de cabochons et de dragées de verre, miroirs féeriques où dansent les rayons du jour. Des cicatrices de lumière, dans l'éphémère...

 

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Sculptures de verre qui, à l'opposé de la pratique habituelle consistant à rendre invisible le travail des souffleurs, portent des cicatrices et révèlent des bulles de matière. Jean-Michel Othoniel a délibérément choisi de créer ces « imperfections », de cabosser le verre afin d'en révéler, au-delà des camaïeux de blanc et de gris des monuments de la ville, la beauté d'une autre manière.

 

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Un petit banc, lové dans la résille argentée, attend le rêveur de midi ou de minuit...

 

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A propos de l'auteur

 

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(Image actuart.org)

 

Jean-Michel Othoniel est un artiste plasticien né en 1964 à Saint-Étienne. Après avoir obtenu son diplôme de l'École nationale supérieure d'arts de Paris-Cergy en 1988, il connaît un début de notoriété grâce à d'étonnantes sculptures en soufre (une substance qui évoque les transmutations de la matière et la souffrance, au coeur de toute chose...) Puis, à partir de 1993, il se met à explorer et à expérimenter les possibilités, les formes et les couleurs du verre, matériau alchimique.

 

En 1996, il est accueilli comme artiste pensionnaire à la Villa Médicis à Rome.

 

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(Image artfrance.org)

 

Créateur, poète et scénographe de la lumière, il expose autour du monde des colliers géants, des pendeloques baroques, des mobiles et des noeuds constitués de perles de verre et de cristal.

 

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Les Lacets bleus, 2008. (Galerie Emmanuel Perrotin)

 

« Noeuds de Janus », « noeuds de Lacan », « lassos bicolores » ou « arborescences de rêve » qui expriment la beauté ambivalente du verre et composent la signature magistrale de l'artiste.

 

Ses sculptures en soufre sont imprégnées d'une poésie intense et dérangeante à laquelle je suis particulièrement sensible.

 

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L'Hermaphrodite, 1993.

 

Cet « autoportrait en creux », en soufre moulé et en coquilles d'escargot, suscite, à l'instar du matériau principal, attirance et répulsion. Né dans le ventre des volcans, le soufre est associé à différents jeux de mots poétiques: « sulfureux, souffreteux... ». Othoniel le sculpte et exploite à l'envi ses capacités de corrosion.

 

La fascination pour les formes éphémères et fantasmagoriques hante la plupart de ses travaux et notamment ses Insuccès Photographiques (1987-1988).

 

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(Galerie Perrotin.com)

 

La poésie de l'oeuvre résulte de la rencontre d'éléments inattendus: soufre, plaque de lanterne magique, papillon, sable d'arène, peinture sous verre...

 

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 Dans les Femmes Intestines, Othoniel modèle et sublime un monde viscéral, grouillant, organique.

 

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 Le Collier-Cicatrice devient, à partir de 1997, un emblème de son art. Constitué de petites perles de verre rouge, il évoque le sang et les meurtrissures de la vie et rend hommage à son ami, l'artiste Félix Gonzales Torres (1957-1996). Ce dernier devint célèbre pour ses amas de bonbons, réflexions régressives et colorées sur la réalité (la guerre, la propagation des maladies) et les moments initiatiques de l'existence.

 

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(Image shape-and-colour.com).

 

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La thématique de l'oeil et de l'orifice est récurrente dans le travail d'Othoniel. Maître des métamorphoses, il oscille entre l'organique et le minéral, dans un monde empreint de sensualité et de sexualité, à travers les cercles de la mort et de la vie, symbolisés par des perles et des cabochons féeriques.

 

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En 2003, la Fondation Cartier pour l'art contemporain a accueilli Crystal Palace, une exposition peuplée d'oeuvres monumentales en verre de Venise et en broderie d'or de Rochefort.

 

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Le Bateau de Larmes, 2005. (Image artcontemporain.fr)

 

Une composition dédiée au calvaire des boat-people, à la fragilité de leurs existences et à l'espoir d'un avenir, représenté par des gouttes de soleil et d'azur en suspension.

 

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Mon lit, 2003. (Image artcontemporain.fr).

 

Ce lit à baldaquin est serti dans une résille de métal argenté, rappelant celle du Kiosque des Noctambules. Des « perles enchantées » explorent les thèmes de la magie et de l'absence. Une cage entrouverte, l'entrée d'une grotte, une amande, une vulve...

 

Un artiste alchimiste

 Jean-Michel Othoniel s'est illustré par ses recherches sur l'obsidienne, lave vitrifiée qui tapisse les entrailles des volcans et dont il a cherché à obtenir artificiellement la mystérieuse robe noire.

 

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Vase aztèque, source essentielle d'inspiration. (Roches ornementales.com).

 

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Contrepet d'obsidienne (Galerie Perrotin.com).

 

Des orifices volcaniques aux orifices du corps, des miroirs divinatoires aux gouttes luisantes où la magie palpite, l'obsidienne devient, sous les doigts de l'artiste, une passerelle entre les mondes.

 

Il a également utilisé, dans ses « utopies de création », le phosphore, la cire et le papier pour photo.

 

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The Wishing Wall, 1995.

 

Sur cet immense grattoir de phosphore, les visiteurs craquent une allumette en formulant un voeu et leurs désirs chuchotent dans les crépitements du feu.

 

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(Image Koreatimes.co.kr)

 

Le Petit Théâtre de Peau d'Âne

 

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(Image trouvée sur le site « La Maison de Pierre Loti ».)

 

Cette oeuvre de pure féerie exalte la passion d'Othoniel pour le verre, matériau de tous les possibles, tantôt poudre, cristal, liquide, solide, songe et réalité...

 

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Dans un décor fantasmagorique, l'artiste a inséré des figurines retrouvées dans la maison de l'écrivain Pierre Loti (1850-1923) à Rochefort. Quatre dressoirs de bois laqué, appelés « Table du Monstrueux », « Table du Temps », « Table du Soleil » et « Table de la Lune », soutiennent des édicules en verre filé.

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(Images: La Maison de Pierre Loti.)

 

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Entre 1857 et 1862, Pierre Loti conçut, avec sa famille, un petit monde de rêves inspiré du conte Peau d'Âne de Charles Perrault. Il conserva dans des boîtes, à l'intérieur d'un coffre, ces personnages fabriqués par ses mains d'enfant et nourrit l'espoir qu'ils seraient préservés, bien au-delà de son époque.

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« Un jour futur, [...], ces successeurs inconnus, en furetant au fond des plus mystérieux placards, feront l'étonnante découverte de légions de petits personnages: nymphes, fées et génies, qui furent habillés par nos mains ». Pierre Loti, Le Roman d'un enfant, 1890.

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Jean-Michel Othoniel nous livre la frêle et délicieuse poésie de cette oeuvre intime à travers une mise en scène qui célèbre, pour reprendre les mots de Pierre Loti, « l'homme né de l'enfant ».

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(Photo iesanetwork.com)

 

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 Fantasmagorie au théâtre de la Coupe d'or, à Rochefort.

 

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De l'autre côté du voile, le regard se déploie à travers de fines installations. La lumière et les ombres brillantes émanent de délicates bulles de verre baroques, comme suspendues hors du temps.

 

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Kiosque miniature, pagode, petite gloriette, grotte romantique, bateau de larmes, palanquins de sucre d'orge... c'est tout un monde qui prend vie, sublimé par des gouttes de verre rouge qui font pulser la lumière.

 

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La petite coupole rappelle la structure du Kiosque des Noctambules.

 

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Bateau de larmes en quête d'espoir...

 

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Que dirait Pierre Loti s'il voyait le soin apporté à la mise en scène et à la protection de ses figurines d'enfance?

 

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Des broderies « aux couleurs du soleil, de la lune et du temps » complètent l'installation.

 

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Cette mélodie artistique nous fait songer à l'émouvant Petit Cirque d'Alexander Calder (1898-1976).

 

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Le Petit Cirque, 1926-1931.

 

Inspirations régressives qui nous ramènent à nos passions d'enfance, fantasmagories si fragiles mais tellement essentielles.

 

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Passionné par les transparences, les cristallisations et les écorchures du verre, Othoniel entretient, depuis de longues années, des liens professionnels et amicaux avec les verriers de Murano et notamment avec la verrerie Salviati d'où proviennent les joyaux colorés du Kiosque des Noctambules.

 

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Le verre, à l'origine sable inanimé, devient matrice de vie et « résille de rêves ». Il « entre en osmose avec l'eau, la végétation, la lumière du soleil et de la lune. »

 

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Kokoro, 2009, installation en verre rouge de Murano réalisée pour le Hara Museum Arc à Gunma, au Japon (Image artcontemporainchaquejour.lalibre.be) 

 

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Le Belvédère de Caluire, 2011, verre de Murano, fonte d'aluminium, bois. (Image Projet Rives.fr).

 

Cette oeuvre commandée par le « Grand Lyon », dans le cadre de l’aménagement des Rives de Saône, couronne de perles géantes l'ancienne écluse de Caluire. Face à l'île Barbe, peuplée de légendes druidiques, cette partition de poésie et de lumière réenchante les lieux. Sur la pointe de l'île, trois lanternes brillantes attendent le promeneur.

 

Après ce voyage dans l'art sensuel et puissamment onirique de Jean-Michel Othoniel, revenons au Kiosque des Noctambules.

 

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Le verre offre à l'artiste des possibilités infinies de création et de métamorphose de l'espace urbain.

 

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L'escalier qui descend vers le métro Palais-Royal Musée du Louvre conduit les voyageurs à une sombre grotte où scintillent des amas de perles de verre, lovées dans des cavités transparentes et cerclées de métal.

 

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La bouche de métro devient plus que jamais le lieu d'une quête vers une autre dimension, un passage initiatique, antre sous-marin décoré de hublots où se dévoilent des bijoux-coquillages et des galets chatoyants.

 

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Les verriers de Murano ont développé des techniques qui imitent à merveille la texture et le scintillement des pierres précieuses, exploré les possibilités des cristaux, des émaux, des filigranes d'or et créé une impressionnante palette de couleurs et d'effets de matière.

 

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Cire magique née dans les entrailles du feu, le verre est hanté par les visions de l'artiste qui le modèle au gré de ses désirs et de ses rêves.

 

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En traversant la place Colette, je plonge mon regard dans ces bulles suspendues, coquilles de verre où pulsent les couleurs, à la rencontre des chocs thermiques volontaires qui étoilent la matière. Ils chuchotent que le « beau » est loin d'être caché dans la « perfection ». Des écorchures, des fracas et des fractures, tant de la vie que des matériaux, naît une écriture poétique, sensuelle et flamboyante du quotidien.

 

Bibliographie

 Laurent BOUDIER: Le Kiosque des Noctambules: Une oeuvre de Jean-Michel Othoniel, station Palais Royal-Musée du Louvre. Paris: Flohic, 2000.

 Édith DOOVE: Jean-Michel Othoniel. Colliers. Deurle: Museum Dhondt-Dhaenens, 2001.

 Catherine GRENIER: Othoniel. Paris: Centre Pompidou, 2010.

 Jean-Michel OTHONIEL et Marie DESPLECHIN: Mon petit théâtre de Peau d'Âne. Paris: Éditions courtes et longues, 2011.

 Catalogue de My Way, sa première rétrospective, qui s'est déroulée en 2011 au Centre Pompidou.

 

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(Image Centre Pompidou).

 

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Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #jean, #kiosque, #michel, #othoniel, #verre

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Sur la Place Colette, face à la Comédie-Française, une oeuvre d'art insolite, création poétique de Jean-Michel Othoniel, habille la bouche de métro Palais-Royal-Musée du Louvre.

 

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Le Kiosque des Noctambules est la rencontre de deux coupoles ajourées, serties de perles de verre de Murano, qui reposent sur d'étranges piliers en fonte d'aluminium.

 

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La composition est singulière et fascinante. Elle se fond et se dévoile dans le paysage urbain, ranimant, à travers les incandescences du verre, des souvenirs d'enfance et d'adolescence.

 

Comme des colliers suspendus qu'une princesse géante aurait confiés au regard des passants, elle nous offre ses rondeurs et sa rêveuse plasticité.

 

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Sous la pluie, les ornements colorés se fondent dans une lumière assourdie.

 

Le travail de Jean-Michel Othoniel s'inscrit dans une volonté d'hommage au métropolitain de Paris, dont les bouches d'entrée furent créées par Hector Guimard en 1900. Cette commande de la RATP a suscité une réécriture de l'esthétique des lieux.

 

Parmi les sobres et classiques façades qui l'entourent, l'oeuvre nous ouvre les portes d'un monde onirique où la Nature et l'Art s'attirent, se mêlent et se recomposent.

 

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Deux petits personnages en verre soufflé, emblématiques du thème de la gémellité, se dressent au sommet des coupoles. Incarnations fragiles de la lune et du soleil, ils règnent sur un monde de couleurs qui oscillent entre le chaud et le froid.

 

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Le rouge, l'ambre et l'or de la lumière diurne.

 

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Des guirlandes de perles translucides, braises poétiques, nées sous les doigts des souffleurs de verre vénitiens, inventent une palette lunaire.

 

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Quand jour et nuit s'entrelacent...

 

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Ces anneaux de métal argenté évoquent des ronds dans l'eau, des cercles mystérieux, incrustés de disques et de dragées de verre.

 

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Des bagues martelées, des miroirs féeriques où  la lumière danse avant de s'engouffrer dans les hypnotiques prunelles de verre. Des cicatrices de lumière, dans l'éphémère...

 

 

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Un petit banc, lové dans la résille argentée, attend le rêveur de midi ou de minuit...

 

A propos de l'auteur

 

Artiste plasticien, Jean-Michel Othoniel est né en 1964 à Saint-Etienne. Il a obtenu son diplôme de l'École nationale supérieure d'arts de Paris-Cergy en 1988. Il acquiert une notoriété grâce à d'étonnantes sculptures en soufre (substance qui évoque les transmutations de la matière et la souffrance, au coeur de toute chose...) Puis, à partir de 1993, il explore et expérimente les possibilités, les formes et les couleurs du verre, matériau alchimique.

 

En 1996, il est accueilli comme artiste pensionnaire à la Villa Médicis à Rome.

 

Créateur, poète et scénographe de la lumière, il expose des colliers géants, des pendeloques, des mobiles et des noeuds constitués de perles de verre et de cristal.

 

Le Collier-Cicatrice est, à partir de 1997, un emblème de son art. Constitué de petites perles de verre rouge, il évoque le sang et les scarifications de la vie et rend hommage à l'artiste Félix Gonzales Torres (1957-1996). Ce dernier, mort du sida, devint célèbre pour ses amas de bonbons qui étaient autant de réflexions sur la réalité (la guerre, la propagation des maladies) et les moments initiatiques de la vie.

 

Jean-Michel Othoniel réalise des portraits photographiques de passants qui portent, lors de l'Europride, ce collier chargé d'émotions, créé en mille exemplaires.

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En 2011, sa première rétrospective, appelée My Way, s'est déroulée au Centre Pompidou. Une poésie intense, fascinante et dérangeante, imprègne ses réalisations.

 

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L'Hermaphrodite, 1993.

 

Cet « autoportrait en creux », en soufre moulé et en coquilles d'escargot, suscite, à l'instar du matériau principal, attirance et répulsion. Né dans le ventre des volcans, le soufre est associé à différents jeux de mots poétiques: « sulfureux, souffreteux... ». Othoniel le sculpte et exploite ses capacités de corrosion.

 

Le thème de la décomposition hante plusieurs de ses travaux et notamment ses Insuccès Photographiques (1987-1988).

 

Dans les Femmes Intestines, il modèle et sublime un monde viscéral, grouillant, organique.

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La thématique de l'oeil et de l'orifice (anal et génital) est récurrente. Maître des métamorphoses, il oscille entre l'organique et le minéral, dans un monde empreint de sensualité et de sexualité, à travers les cercles de la mort et de la vie, symbolisés par des gouttes d'ombre et de lumière.

 

 

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Le Bateau de Larmes 2004

 

Une oeuvre ambivalente, dédiée au calvaire des boat-people, à la fragilité de leurs existences et peut-être à l'espoir d'un avenir, transfiguré par des gouttes de soleil et de ciel.

 

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Mon lit, 2003

 

Un lit à baldaquin est serti dans une résille de métal argenté, rappelant celle du Kiosque des Noctambules. Des « perles enchantées » explorent les thèmes de la magie et de l'absence. Une cage entrouverte, l'entrée d'une grotte, une amande, une vulve...

 

Othoniel s'est également illustré par ses recherches sur l'obsidienne, lave vitrifiée qu'il a extirpée des entrailles des volcans et cherché à obtenir artificiellement. Le noir mystérieux de sa robe est une révélation pour ce « Peter Pan de l'art ». Des orifices volcaniques aux orifices du corps, des miroirs de divination aztèques et mayas aux gouttes figées où se lovent les âmes, l'obsidienne est une passerelle entre les mondes.

 

Il a utilisé le phosphore, la cire et le papier pour photo. The Wishing Wall, réalisé en 1995, est un immense grattoir de phosphore sur lequel les visiteurs craquent une allumette en formulant un voeu.

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Dans le Petit Théâtre de Peau d'Âne, il insère, au coeur d'un décor fantasmagorique, des marionnettes trouvées dans la maison de l'écrivain Pierre Loti. Sur quatre tables (la Table du Monstrueux, la Table du Temps, la Table du Soleil, la Table de la Lune) reposent des petits édicules sous verre où se nichent des figurines.

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Passionné par le feu liquide, les cristallisations et les écorchures du verre, il tisse des liens profonds avec les verriers de Murano et la verrerie Salviati d'où proviennent les joyaux colorés du Kiosque des Noctambules.

 

L'escalier de la station mène à une sombre grotte dans laquelle scintillent des amas de perles de verre, lovées dans des cavités transparentes et cerclées de métal dont le travail rappelle des techniques propres à l'Art Nouveau.

 

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L'artiste dissipe les frontières de la réalité et nous livre une écriture baroque du monde. La bouche de métro devient un passage initiatique, un antre sous-marin décoré de hublots qui dévoilent des bijoux-coquillages et des galets chatoyants.

 

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Le voyageur pénètre dans un souterrain mystérieux qui, tel un château de contes, recèle des trésors ensevelis et tentateurs.

 

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Les verriers de Murano ont développé des techniques qui imitent la texture et le scintillement des pierres précieuses, exploré les possibilités des cristaux, des émaux, des filigranes d'or et créé une impressionnante palette de couleurs et d'effets de matières.

 

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Le verre est une cire magique. Né dans les entrailles du feu, il est hanté par les visions de l'artiste qui le modèle au fil de ses cauchemars et de ses rêves...

 

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Le 14 février 2011, un timbre d'une valeur de 1,40 euros, à l'effigie du Kiosque des Noctambules, a été édité dans la série « l'art dans la ville ».

Image21 tous droits réservés

 

Bibliographie

 

Laurent BOUDIER: Le Kiosque des Noctambules: Une oeuvre de Jean-Michel Othoniel, station Palais Royal-Musée du Louvre. Paris: Flohic, 2000.

 

Édith DOOVE: Jean-Michel Othoniel. Colliers.Deurle: Museum Dhondt-Dhaenens, 2001.

 

Catherine GRENIER: Othoniel. Paris: Centre Pompidou, 2010.

 

Jean-Michel OTHONIEL et Marie DESPLECHIN: Mon petit théâtre de Peau d'Âne. Paris: Éditions courtes et longues, 2011.

 

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