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Ma Plume Fée dans Paris

Ma Plume Fée dans Paris

Une passionnée d'écriture qui explore les chemins de Paris et d'ailleurs...

othoniel

Publié le par maplumefee
Publié dans : #image, #jean, #michel, #othoniel, #verre

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Sur la place Colette, face à la Comédie-Française, une création de lumière et de feu cristallisé, signée Jean-Michel Othoniel, habille la bouche de métro Palais-Royal-Musée du Louvre.

 

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Son charme insolite m'a déjà inspiré un article et donné envie d'entreprendre, en ce printemps 2013, un autre voyage d'écriture, agrémenté de nouvelles photos.

 

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La composition du Kiosque des Noctambules est fascinante et singulière. Deux coupoles ajourées, serties de perles de verre de Murano, s'appuient sur d'étranges piliers en fonte d'aluminium. L'oeuvre dessine un huit, symbole de l'infini, d'harmonie et d'éternité. Elle se fond et se dévoile dans l'écrin de la ville, ravivant des rêveries enfantines à travers les formes fantastiques, les moirures et les reflets du verre.

 

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Les yeux dans le ciel, les promeneurs se laissent happer par les rondeurs mystérieuses de ces bijoux géants.

 

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Le travail de Jean-Michel Othoniel s'inscrit dans une volonté d'hommage au métropolitain de Paris dont les bouches d'entrée furent créées par Hector Guimard en 1900. Cette commande de la RATP, passée en 1997 et installée en 2000, a suscité une réécriture de l'esthétique des lieux.

 

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Juillet 1900, dans la station Palais-Royal. (Collection AMTUIR/RATP).

 

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Les entourages fantastiques des stations de métro Guimard témoignent de foisonnantes recherches structurelles et ornementales, tant décriées à leur époque.

 

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Les formes issues de la Nature se déploient, avec poésie et panache, dans le paysage urbain.

 

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Ainsi parée, la bouche de métro nous offre un point de vue différent, quasi féerique, parmi les sobres façades qui bordent la place Colette.

 

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Émanation d'un monde où la Nature et l'Art se confrontent, s'enlacent et se recomposent, dans la frénésie du quotidien.

 

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Deux personnages en verre soufflé, emblématiques du thème de la gémellité, se dressent au sommet des coupoles. Incarnations graciles de la lune et du soleil, ils règnent sur une gamme de couleurs qui oscillent entre le chaud et le froid.

 

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Le soleil en totem...

 

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...et sa parèdre la lune qui se confond presque avec l'azur.

 

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Incandescences au crépuscule...

 

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Gouttes d'or cristallisé, perles rubis qui rayonnent sous les feuillages...

 

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Ces joyaux translucides, nés du savoir-faire des souffleurs de verre vénitiens, dessinent, sur l'autre coupole, une palette au sillage turquoise et saphir.

 

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Les anneaux de métal argenté qui bordent l'escalier évoquent des ronds dans l'eau, des orifices mystérieux, des cercles de rêve et de croissance...

 

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Bagues martelées, « passages » incrustés de cabochons et de dragées de verre, miroirs féeriques où dansent les rayons du jour. Des cicatrices de lumière, dans l'éphémère...

 

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Sculptures de verre qui, à l'opposé de la pratique habituelle consistant à rendre invisible le travail des souffleurs, portent des cicatrices et révèlent des bulles de matière. Jean-Michel Othoniel a délibérément choisi de créer ces « imperfections », de cabosser le verre afin d'en révéler, au-delà des camaïeux de blanc et de gris des monuments de la ville, la beauté d'une autre manière.

 

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Un petit banc, lové dans la résille argentée, attend le rêveur de midi ou de minuit...

 

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A propos de l'auteur

 

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(Image actuart.org)

 

Jean-Michel Othoniel est un artiste plasticien né en 1964 à Saint-Étienne. Après avoir obtenu son diplôme de l'École nationale supérieure d'arts de Paris-Cergy en 1988, il connaît un début de notoriété grâce à d'étonnantes sculptures en soufre (une substance qui évoque les transmutations de la matière et la souffrance, au coeur de toute chose...) Puis, à partir de 1993, il se met à explorer et à expérimenter les possibilités, les formes et les couleurs du verre, matériau alchimique.

 

En 1996, il est accueilli comme artiste pensionnaire à la Villa Médicis à Rome.

 

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(Image artfrance.org)

 

Créateur, poète et scénographe de la lumière, il expose autour du monde des colliers géants, des pendeloques baroques, des mobiles et des noeuds constitués de perles de verre et de cristal.

 

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Les Lacets bleus, 2008. (Galerie Emmanuel Perrotin)

 

« Noeuds de Janus », « noeuds de Lacan », « lassos bicolores » ou « arborescences de rêve » qui expriment la beauté ambivalente du verre et composent la signature magistrale de l'artiste.

 

Ses sculptures en soufre sont imprégnées d'une poésie intense et dérangeante à laquelle je suis particulièrement sensible.

 

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L'Hermaphrodite, 1993.

 

Cet « autoportrait en creux », en soufre moulé et en coquilles d'escargot, suscite, à l'instar du matériau principal, attirance et répulsion. Né dans le ventre des volcans, le soufre est associé à différents jeux de mots poétiques: « sulfureux, souffreteux... ». Othoniel le sculpte et exploite à l'envi ses capacités de corrosion.

 

La fascination pour les formes éphémères et fantasmagoriques hante la plupart de ses travaux et notamment ses Insuccès Photographiques (1987-1988).

 

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(Galerie Perrotin.com)

 

La poésie de l'oeuvre résulte de la rencontre d'éléments inattendus: soufre, plaque de lanterne magique, papillon, sable d'arène, peinture sous verre...

 

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 Dans les Femmes Intestines, Othoniel modèle et sublime un monde viscéral, grouillant, organique.

 

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 Le Collier-Cicatrice devient, à partir de 1997, un emblème de son art. Constitué de petites perles de verre rouge, il évoque le sang et les meurtrissures de la vie et rend hommage à son ami, l'artiste Félix Gonzales Torres (1957-1996). Ce dernier devint célèbre pour ses amas de bonbons, réflexions régressives et colorées sur la réalité (la guerre, la propagation des maladies) et les moments initiatiques de l'existence.

 

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(Image shape-and-colour.com).

 

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La thématique de l'oeil et de l'orifice est récurrente dans le travail d'Othoniel. Maître des métamorphoses, il oscille entre l'organique et le minéral, dans un monde empreint de sensualité et de sexualité, à travers les cercles de la mort et de la vie, symbolisés par des perles et des cabochons féeriques.

 

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En 2003, la Fondation Cartier pour l'art contemporain a accueilli Crystal Palace, une exposition peuplée d'oeuvres monumentales en verre de Venise et en broderie d'or de Rochefort.

 

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Le Bateau de Larmes, 2005. (Image artcontemporain.fr)

 

Une composition dédiée au calvaire des boat-people, à la fragilité de leurs existences et à l'espoir d'un avenir, représenté par des gouttes de soleil et d'azur en suspension.

 

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Mon lit, 2003. (Image artcontemporain.fr).

 

Ce lit à baldaquin est serti dans une résille de métal argenté, rappelant celle du Kiosque des Noctambules. Des « perles enchantées » explorent les thèmes de la magie et de l'absence. Une cage entrouverte, l'entrée d'une grotte, une amande, une vulve...

 

Un artiste alchimiste

 Jean-Michel Othoniel s'est illustré par ses recherches sur l'obsidienne, lave vitrifiée qui tapisse les entrailles des volcans et dont il a cherché à obtenir artificiellement la mystérieuse robe noire.

 

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Vase aztèque, source essentielle d'inspiration. (Roches ornementales.com).

 

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Contrepet d'obsidienne (Galerie Perrotin.com).

 

Des orifices volcaniques aux orifices du corps, des miroirs divinatoires aux gouttes luisantes où la magie palpite, l'obsidienne devient, sous les doigts de l'artiste, une passerelle entre les mondes.

 

Il a également utilisé, dans ses « utopies de création », le phosphore, la cire et le papier pour photo.

 

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The Wishing Wall, 1995.

 

Sur cet immense grattoir de phosphore, les visiteurs craquent une allumette en formulant un voeu et leurs désirs chuchotent dans les crépitements du feu.

 

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(Image Koreatimes.co.kr)

 

Le Petit Théâtre de Peau d'Âne

 

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(Image trouvée sur le site « La Maison de Pierre Loti ».)

 

Cette oeuvre de pure féerie exalte la passion d'Othoniel pour le verre, matériau de tous les possibles, tantôt poudre, cristal, liquide, solide, songe et réalité...

 

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Dans un décor fantasmagorique, l'artiste a inséré des figurines retrouvées dans la maison de l'écrivain Pierre Loti (1850-1923) à Rochefort. Quatre dressoirs de bois laqué, appelés « Table du Monstrueux », « Table du Temps », « Table du Soleil » et « Table de la Lune », soutiennent des édicules en verre filé.

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(Images: La Maison de Pierre Loti.)

 

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Entre 1857 et 1862, Pierre Loti conçut, avec sa famille, un petit monde de rêves inspiré du conte Peau d'Âne de Charles Perrault. Il conserva dans des boîtes, à l'intérieur d'un coffre, ces personnages fabriqués par ses mains d'enfant et nourrit l'espoir qu'ils seraient préservés, bien au-delà de son époque.

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« Un jour futur, [...], ces successeurs inconnus, en furetant au fond des plus mystérieux placards, feront l'étonnante découverte de légions de petits personnages: nymphes, fées et génies, qui furent habillés par nos mains ». Pierre Loti, Le Roman d'un enfant, 1890.

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Jean-Michel Othoniel nous livre la frêle et délicieuse poésie de cette oeuvre intime à travers une mise en scène qui célèbre, pour reprendre les mots de Pierre Loti, « l'homme né de l'enfant ».

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(Photo iesanetwork.com)

 

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 Fantasmagorie au théâtre de la Coupe d'or, à Rochefort.

 

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De l'autre côté du voile, le regard se déploie à travers de fines installations. La lumière et les ombres brillantes émanent de délicates bulles de verre baroques, comme suspendues hors du temps.

 

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Kiosque miniature, pagode, petite gloriette, grotte romantique, bateau de larmes, palanquins de sucre d'orge... c'est tout un monde qui prend vie, sublimé par des gouttes de verre rouge qui font pulser la lumière.

 

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La petite coupole rappelle la structure du Kiosque des Noctambules.

 

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Bateau de larmes en quête d'espoir...

 

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Que dirait Pierre Loti s'il voyait le soin apporté à la mise en scène et à la protection de ses figurines d'enfance?

 

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Des broderies « aux couleurs du soleil, de la lune et du temps » complètent l'installation.

 

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Cette mélodie artistique nous fait songer à l'émouvant Petit Cirque d'Alexander Calder (1898-1976).

 

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Le Petit Cirque, 1926-1931.

 

Inspirations régressives qui nous ramènent à nos passions d'enfance, fantasmagories si fragiles mais tellement essentielles.

 

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Passionné par les transparences, les cristallisations et les écorchures du verre, Othoniel entretient, depuis de longues années, des liens professionnels et amicaux avec les verriers de Murano et notamment avec la verrerie Salviati d'où proviennent les joyaux colorés du Kiosque des Noctambules.

 

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Le verre, à l'origine sable inanimé, devient matrice de vie et « résille de rêves ». Il « entre en osmose avec l'eau, la végétation, la lumière du soleil et de la lune. »

 

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Kokoro, 2009, installation en verre rouge de Murano réalisée pour le Hara Museum Arc à Gunma, au Japon (Image artcontemporainchaquejour.lalibre.be) 

 

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Le Belvédère de Caluire, 2011, verre de Murano, fonte d'aluminium, bois. (Image Projet Rives.fr).

 

Cette oeuvre commandée par le « Grand Lyon », dans le cadre de l’aménagement des Rives de Saône, couronne de perles géantes l'ancienne écluse de Caluire. Face à l'île Barbe, peuplée de légendes druidiques, cette partition de poésie et de lumière réenchante les lieux. Sur la pointe de l'île, trois lanternes brillantes attendent le promeneur.

 

Après ce voyage dans l'art sensuel et puissamment onirique de Jean-Michel Othoniel, revenons au Kiosque des Noctambules.

 

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Le verre offre à l'artiste des possibilités infinies de création et de métamorphose de l'espace urbain.

 

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L'escalier qui descend vers le métro Palais-Royal Musée du Louvre conduit les voyageurs à une sombre grotte où scintillent des amas de perles de verre, lovées dans des cavités transparentes et cerclées de métal.

 

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La bouche de métro devient plus que jamais le lieu d'une quête vers une autre dimension, un passage initiatique, antre sous-marin décoré de hublots où se dévoilent des bijoux-coquillages et des galets chatoyants.

 

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Les verriers de Murano ont développé des techniques qui imitent à merveille la texture et le scintillement des pierres précieuses, exploré les possibilités des cristaux, des émaux, des filigranes d'or et créé une impressionnante palette de couleurs et d'effets de matière.

 

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Cire magique née dans les entrailles du feu, le verre est hanté par les visions de l'artiste qui le modèle au gré de ses désirs et de ses rêves.

 

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En traversant la place Colette, je plonge mon regard dans ces bulles suspendues, coquilles de verre où pulsent les couleurs, à la rencontre des chocs thermiques volontaires qui étoilent la matière. Ils chuchotent que le « beau » est loin d'être caché dans la « perfection ». Des écorchures, des fracas et des fractures, tant de la vie que des matériaux, naît une écriture poétique, sensuelle et flamboyante du quotidien.

 

Bibliographie

 Laurent BOUDIER: Le Kiosque des Noctambules: Une oeuvre de Jean-Michel Othoniel, station Palais Royal-Musée du Louvre. Paris: Flohic, 2000.

 Édith DOOVE: Jean-Michel Othoniel. Colliers. Deurle: Museum Dhondt-Dhaenens, 2001.

 Catherine GRENIER: Othoniel. Paris: Centre Pompidou, 2010.

 Jean-Michel OTHONIEL et Marie DESPLECHIN: Mon petit théâtre de Peau d'Âne. Paris: Éditions courtes et longues, 2011.

 Catalogue de My Way, sa première rétrospective, qui s'est déroulée en 2011 au Centre Pompidou.

 

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(Image Centre Pompidou).

 

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Plume

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Publié le par maplumefee
Publié dans : #jean, #kiosque, #michel, #othoniel, #verre

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Sur la Place Colette, face à la Comédie-Française, une oeuvre d'art insolite, création poétique de Jean-Michel Othoniel, habille la bouche de métro Palais-Royal-Musée du Louvre.

 

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Le Kiosque des Noctambules est la rencontre de deux coupoles ajourées, serties de perles de verre de Murano, qui reposent sur d'étranges piliers en fonte d'aluminium.

 

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La composition est singulière et fascinante. Elle se fond et se dévoile dans le paysage urbain, ranimant, à travers les incandescences du verre, des souvenirs d'enfance et d'adolescence.

 

Comme des colliers suspendus qu'une princesse géante aurait confiés au regard des passants, elle nous offre ses rondeurs et sa rêveuse plasticité.

 

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Sous la pluie, les ornements colorés se fondent dans une lumière assourdie.

 

Le travail de Jean-Michel Othoniel s'inscrit dans une volonté d'hommage au métropolitain de Paris, dont les bouches d'entrée furent créées par Hector Guimard en 1900. Cette commande de la RATP a suscité une réécriture de l'esthétique des lieux.

 

Parmi les sobres et classiques façades qui l'entourent, l'oeuvre nous ouvre les portes d'un monde onirique où la Nature et l'Art s'attirent, se mêlent et se recomposent.

 

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Deux petits personnages en verre soufflé, emblématiques du thème de la gémellité, se dressent au sommet des coupoles. Incarnations fragiles de la lune et du soleil, ils règnent sur un monde de couleurs qui oscillent entre le chaud et le froid.

 

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Le rouge, l'ambre et l'or de la lumière diurne.

 

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Des guirlandes de perles translucides, braises poétiques, nées sous les doigts des souffleurs de verre vénitiens, inventent une palette lunaire.

 

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Quand jour et nuit s'entrelacent...

 

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Ces anneaux de métal argenté évoquent des ronds dans l'eau, des cercles mystérieux, incrustés de disques et de dragées de verre.

 

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Des bagues martelées, des miroirs féeriques où  la lumière danse avant de s'engouffrer dans les hypnotiques prunelles de verre. Des cicatrices de lumière, dans l'éphémère...

 

 

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Un petit banc, lové dans la résille argentée, attend le rêveur de midi ou de minuit...

 

A propos de l'auteur

 

Artiste plasticien, Jean-Michel Othoniel est né en 1964 à Saint-Etienne. Il a obtenu son diplôme de l'École nationale supérieure d'arts de Paris-Cergy en 1988. Il acquiert une notoriété grâce à d'étonnantes sculptures en soufre (substance qui évoque les transmutations de la matière et la souffrance, au coeur de toute chose...) Puis, à partir de 1993, il explore et expérimente les possibilités, les formes et les couleurs du verre, matériau alchimique.

 

En 1996, il est accueilli comme artiste pensionnaire à la Villa Médicis à Rome.

 

Créateur, poète et scénographe de la lumière, il expose des colliers géants, des pendeloques, des mobiles et des noeuds constitués de perles de verre et de cristal.

 

Le Collier-Cicatrice est, à partir de 1997, un emblème de son art. Constitué de petites perles de verre rouge, il évoque le sang et les scarifications de la vie et rend hommage à l'artiste Félix Gonzales Torres (1957-1996). Ce dernier, mort du sida, devint célèbre pour ses amas de bonbons qui étaient autant de réflexions sur la réalité (la guerre, la propagation des maladies) et les moments initiatiques de la vie.

 

Jean-Michel Othoniel réalise des portraits photographiques de passants qui portent, lors de l'Europride, ce collier chargé d'émotions, créé en mille exemplaires.

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En 2011, sa première rétrospective, appelée My Way, s'est déroulée au Centre Pompidou. Une poésie intense, fascinante et dérangeante, imprègne ses réalisations.

 

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L'Hermaphrodite, 1993.

 

Cet « autoportrait en creux », en soufre moulé et en coquilles d'escargot, suscite, à l'instar du matériau principal, attirance et répulsion. Né dans le ventre des volcans, le soufre est associé à différents jeux de mots poétiques: « sulfureux, souffreteux... ». Othoniel le sculpte et exploite ses capacités de corrosion.

 

Le thème de la décomposition hante plusieurs de ses travaux et notamment ses Insuccès Photographiques (1987-1988).

 

Dans les Femmes Intestines, il modèle et sublime un monde viscéral, grouillant, organique.

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La thématique de l'oeil et de l'orifice (anal et génital) est récurrente. Maître des métamorphoses, il oscille entre l'organique et le minéral, dans un monde empreint de sensualité et de sexualité, à travers les cercles de la mort et de la vie, symbolisés par des gouttes d'ombre et de lumière.

 

 

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Le Bateau de Larmes 2004

 

Une oeuvre ambivalente, dédiée au calvaire des boat-people, à la fragilité de leurs existences et peut-être à l'espoir d'un avenir, transfiguré par des gouttes de soleil et de ciel.

 

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Mon lit, 2003

 

Un lit à baldaquin est serti dans une résille de métal argenté, rappelant celle du Kiosque des Noctambules. Des « perles enchantées » explorent les thèmes de la magie et de l'absence. Une cage entrouverte, l'entrée d'une grotte, une amande, une vulve...

 

Othoniel s'est également illustré par ses recherches sur l'obsidienne, lave vitrifiée qu'il a extirpée des entrailles des volcans et cherché à obtenir artificiellement. Le noir mystérieux de sa robe est une révélation pour ce « Peter Pan de l'art ». Des orifices volcaniques aux orifices du corps, des miroirs de divination aztèques et mayas aux gouttes figées où se lovent les âmes, l'obsidienne est une passerelle entre les mondes.

 

Il a utilisé le phosphore, la cire et le papier pour photo. The Wishing Wall, réalisé en 1995, est un immense grattoir de phosphore sur lequel les visiteurs craquent une allumette en formulant un voeu.

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Dans le Petit Théâtre de Peau d'Âne, il insère, au coeur d'un décor fantasmagorique, des marionnettes trouvées dans la maison de l'écrivain Pierre Loti. Sur quatre tables (la Table du Monstrueux, la Table du Temps, la Table du Soleil, la Table de la Lune) reposent des petits édicules sous verre où se nichent des figurines.

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Passionné par le feu liquide, les cristallisations et les écorchures du verre, il tisse des liens profonds avec les verriers de Murano et la verrerie Salviati d'où proviennent les joyaux colorés du Kiosque des Noctambules.

 

L'escalier de la station mène à une sombre grotte dans laquelle scintillent des amas de perles de verre, lovées dans des cavités transparentes et cerclées de métal dont le travail rappelle des techniques propres à l'Art Nouveau.

 

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L'artiste dissipe les frontières de la réalité et nous livre une écriture baroque du monde. La bouche de métro devient un passage initiatique, un antre sous-marin décoré de hublots qui dévoilent des bijoux-coquillages et des galets chatoyants.

 

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Le voyageur pénètre dans un souterrain mystérieux qui, tel un château de contes, recèle des trésors ensevelis et tentateurs.

 

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Les verriers de Murano ont développé des techniques qui imitent la texture et le scintillement des pierres précieuses, exploré les possibilités des cristaux, des émaux, des filigranes d'or et créé une impressionnante palette de couleurs et d'effets de matières.

 

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Le verre est une cire magique. Né dans les entrailles du feu, il est hanté par les visions de l'artiste qui le modèle au fil de ses cauchemars et de ses rêves...

 

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Le 14 février 2011, un timbre d'une valeur de 1,40 euros, à l'effigie du Kiosque des Noctambules, a été édité dans la série « l'art dans la ville ».

Image21 tous droits réservés

 

Bibliographie

 

Laurent BOUDIER: Le Kiosque des Noctambules: Une oeuvre de Jean-Michel Othoniel, station Palais Royal-Musée du Louvre. Paris: Flohic, 2000.

 

Édith DOOVE: Jean-Michel Othoniel. Colliers.Deurle: Museum Dhondt-Dhaenens, 2001.

 

Catherine GRENIER: Othoniel. Paris: Centre Pompidou, 2010.

 

Jean-Michel OTHONIEL et Marie DESPLECHIN: Mon petit théâtre de Peau d'Âne. Paris: Éditions courtes et longues, 2011.

 

Plume4

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