
Chers aminautes, je vous invite à poursuivre notre exploration des fabriques de la propriété Caillebotte, à Yerres. Après l'histoire des lieux, l'étude du terme « fabrique » dans l'art des jardins et la contemplation du kiosque, de la glacière et de la chaumière normande, nous voici, devisant, devant l'exèdre.
Dans l'antiquité gréco-romaine, l'exèdre était une composition architecturale destinée à former un espace de réunion. On y disposait des bancs en demi-cercle dans le but de favoriser la conversation.
Dans plusieurs grandes villes de l'Antiquité, les exèdres étaient des monuments très sophistiqués, richement décorés de statues qui représentaient des dieux et des donateurs et elles étaient parfois intégrées dans les façades des bâtiments publics : thermes, hippodromes, forums...
Les maisons patriciennes possédaient fréquemment une exèdre que l'on appelait « pièce de conversation », située le plus souvent face à la cour d'honneur ou « cour péristyle » de la demeure.
L'exèdre de la propriété Caillebotte, essentiellement décorative, est un hommage rendu à ces « possibilités » philosophiques d'autrefois.

Des piliers surmontés de têtes sculptées rayonnent autour d'une statue centrale : L'Enfant à l'oie qui domine une vasque. Cet enfant est considéré comme le fils d'Asclépios, le dieu grec de la médecine. Il est censé combattre la fièvre paludéenne représentée par l'oie mais j'y reviendrai tout à l'heure.

Les différentes têtes qui couronnent les piliers évoquent des personnages antiques : héros, dieux, philosophes mais elles ont été déplacées plusieurs fois et aucun document ne relate dans quel ordre elles se trouvaient à l'époque où la famille Caillebotte vivait dans la propriété. Aujourd'hui, nous pouvons reconnaître parmi elles...

Asclépios, dieu médecin, fils d'Apollon et de Coronis, princesse de Thessalie (terre de haute magie) dont le nom signifie « corneille ». Dans sa jeunesse, Asclépios fut initié aux sciences, à la littérature et à l'art par le centaure Chiron.
La déesse Athéna lui fit don de deux fioles contenant le sang de la terrible Méduse. Ces fioles représentaient l'essence même de la médecine. Avec l'une d'elles, on obtenait un poison violent et avec l'autre, un puissant élixir de guérison.
Au XIXe siècle, on pouvait admirer près d'Asclépios des bustes de Pomone et de Vertumne, divinités protectrices des fruits et des jardins. Ils ont hélas disparu.
Il demeure le buste du philosophe Platon (-428/-348) qui rend hommage à l'esprit de discussion associé à la conception de l'exèdre.

Platon


A côté de Platon, un visage jeune et empreint de noblesse, longtemps assimilé à celui du dieu Vertumne, évoque Antinoüs (111-130 après J.-C.), favori infortuné de l'empereur Hadrien.

Si vous désirez approfondir vos connaissances au sujet d'Antinoüs et d'Hadrien, je vous conseille la lecture des articles de monsieur Richard Lejeune, sur son blog Égyptomusée.
(Il y a plusieurs articles, il suffit de suivre les liens...)

Aux extrémités de l'exèdre, on aperçoit des vases qui sont des répliques de ceux réalisés par le sculpteur grec Sosibios d'Athènes vers l'an 50 avant J.-C.


Méconnu aujourd'hui, Sosibios travaillait à Rome à la fin de la République et bénéficiait d'une aura de succès dans les milieux aisés. Plusieurs originaux de ses œuvres se trouvent au Louvre.
L'enfant à l'oie

Au cœur de la composition, il nous séduit par la « joliesse » de ses lignes et la puissance de ses mouvements. Nombre de promeneurs qui passent par là pensent qu'il joue or ce n'est pas le cas. Il serre le cou de l'oie et selon les interprétations, soit il combat la fièvre paludéenne soit il impose sa domination sur l'oie pour lui faire rejoindre ses congénères sacrées du Temple d'Asclépios.
L’œuvre originale, en bronze, a été attribuée à Boéthos de Chalcédoine, sculpteur en activité vers l'an 200 avant J.-C. On en découvrit, en 1792, une copie antique en marbre sur la Via Appia, au sud de Rome, dans la Villa dite des Quintilii. En 1799, elle fit partie des saisies napoléoniennes et fut placée au Louvre, au Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines.
Boéthos s'était inspiré d'une statuette citée dans Les Mimes du poète grec Hérondas qui vécut au IIIe siècle avant J.-C.
Les Mimes étaient dans l'Antiquité des petites scènes comiques représentant des gens de condition modeste dans l'ordinaire de leur vie. La statuette évoquait un enfant étranglant une oie et favorisant par ce geste la guérison de ceux qui la touchaient.

Sur cette photo vous apercevez l'une des façades du Casin, bâtiment dont je vous ai parlé dans mon premier article consacré à la propriété Caillebotte. Les statues que l'on devine sont celles de Vénus et d'Apollon.

L'enfant à l'oie a été représenté sur un timbre datant de 1955 et vendu au profit de la Croix-Rouge. Ce timbre a été dessiné et gravé par Jules Piel, artiste spécialisé dans ce qu'on appelle « l'art des figurines postales ».

Bien connu des collectionneurs de timbres, d'enveloppes premier jour, de monnaies et de médailles commémorative, Jules Piel (1882-1978) a également dessiné des billets de banque et illustré des livres. Il a notamment réalisé de belles planches pour Les Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet et Le Cantique des Cantiques.
Je ne saurais que trop vous conseiller, si vous passez par Yerres, d'aller voir cette remarquable exèdre qui nous parle de culture, d'art et de philosophie. Ses éléments ont été « reconstitués » (du moins une partie) en 1998, par l'atelier de moulage du musée du Louvre, à l'occasion du 150e anniversaire de la naissance de Gustave Caillebotte (1848-1894).
A très bientôt, chers aminautes, pour la suite de cette promenade essonnienne. Prenez bien soin de vous en ces temps de fortes chaleurs. J'ai de grosses difficultés à me servir de mon ordinateur. Mes pages se « voilent », mon traitement de texte va à une vitesse de limaçon et les photos sont très difficiles à publier en dépit de leur poids et de leur taille considérablement diminués. Christophe a passé un temps fou à tenter de mettre cet article en ligne alors j'espère qu'il sera visible en entier... J'ai renoncé à y ajouter d'autres photos parce que ce n'était pas possible.
Merci de votre fidélité, gros bisous !
PS : Pour les amoureux des oiseaux...
Les oies photogéniques qui se dandinent sur le blog de Véronique (les oies du parc du château de Rambouillet)
http://www.laparisienneetsesphotos.com/les-oies-du-parc-du-chateau-de-rambouillet-a130519550
Les bébés mésanges de Laure (Mon jardin du bonheur) qui prennent si joliment leur envol (les petits ont quitté le nid)
http://laurefeerie.canalblog.com/archives/2017/06/20/35390905.html
La famille cygne et les pigeons très amoureux qu'Annick a immortalisés avec son APN
http://annick-amiens.eklablog.com/monsieur-et-madame-cygne-nous-presentent-leurs-petits-a130390858
http://annick-amiens.eklablog.com/des-cygnes-aux-pigeons-a130415466 (attention, article classé X!!!)
Un grand bol d'air marin avec le « voyage » de Zaza sur son île aux couleurs chatoyantes ! Il fait bon voler par là-bas pour se rafraîchir.
http://zazarambette.fr/arrivee-a-bon-port/#more-6641
La poésie « Saturnine » de Jill qui m'a enchantée
http://jill-bill.eklablog.com/saturnine-a130530194
La baignade de l'accenteur sur le blog de Shuki
https://le-monde-de-shuki.blogspot.fr/2017/06/baignade-de-laccenteur.html
La balade médiévale de Canelle avec de drôles d'oiseaux en armure...
http://www.dinclo56.com/2017/06/fouras-et-les-medievales.html
Les oiseaux de Charles Trénet sur le blog de Gérard (Paris à nu)
http://www.paris-a-nu.fr/les-oiseaux-de-paris-charles-trenet-1938/
Petit clin d’œil amical « à tire-d'ailes » à Linda et à Picasso
http://ekla-de-nature.eklablog.com/asperule-odorante-a130462038
Ainsi qu'à Mamie Lucette
http://chezmamielucette.eklablog.com
Chers aminautes, j'aime profondément ce que vous faites. Je ne fais pas de favoritisme, j'ai pris le thème avicole avec du premier et du second degré et si je vous ai oublié(s) ou si je n'ai pas vu vos billets du jour, j'en suis désolée...
A très bientôt
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