C'est une promenade aux couleurs de l'amitié que je vous propose aujourd'hui. J'ai sillonné avec CHRIS, (du blog Au fil des jours et des menus plaisirs), les chemins inattendus de Sarcelles, cité emblématique du Val d'Oise et de la banlieue nord parisienne.
Je te remercie, Chris, pour les moments de joie et de complicité que nous avons partagés. Ils sont aussi lumineux que ces fleurs.
Amis lecteurs, je vous invite à découvrir les balades intimistes de CHRIS dans Paris, ses escapades en Île de France et ses décorations fort réussies mais vous la connaissez peut-être déjà...
Si vous vous demandez ce que Sarcelles offre en matière de verdure et de patrimoine, mon article vous surprendra sûrement. En dépit de sa réputation négative, le lieu est loin d'être inhospitalier et recèle, dans sa partie la plus ancienne, de véritables petits trésors.
Sarcelles est mon « chez moi » depuis plus de dix ans mais Paris est mon royaume de rêves et une terre infinie d'exploration. Osciller entre les deux nourrit mon inspiration...
Autrefois, Sarcelles était nichée dans la campagne, au coeur d'un territoire luxuriant, constitué de vignes, de champs, de cultures potagères (choux-fleurs, petits pois) et de vergers (poiriers, pommiers) dont les récoltes étaient acheminées, par voie ferrée, jusqu'à Paris. A la fin du XIXe siècle, on y construisit d'élégants pavillons mais à partir des années cinquante, l'urbanisation galopante donna naissance à de grands ensembles, destinés, de prime abord, à accueillir les rescapés de l'Hiver 54 et les français rapatriés d'Algérie.
Cette « nécessité immobilière » modifia sans concessions le visage des lieux. La bourgade champêtre se métamorphosa en une banlieue tentaculaire peuplée de tours immenses et un terrible mal de vivre, appelé « sarcellite », fit son apparition.
(Image trouvée sur le Net)
Cette angoisse mortifère, soulignée avec force détails en mars 1962, naquit dans la première phase du Grand Ensemble. Au milieu des barres de béton, elle suscita une vague de troubles psychologiques et de suicides mais elle s'atténua quand les quartiers furent équipés de commerces, d'écoles, de bureaux de poste, de bibliothèques et d'espaces de loisirs.
Le Canard Enchaîné lui consacra sa une, le 9 février 1966 et le livre Regards et témoignages sur Sarcelles de Claude Mezrahi, publié en 1986, en décrivit les différentes manifestations.
Le ciel au crépuscule, contemplé depuis ma fenêtre, au coeur du Grand Ensemble.
Sarcelles est l'union de deux entités: le vieux Sarcelles, dit Sarcelles Village et la ville nouvelle, appelée Sarcelles Lochères.
Sarcelles Village
Sarcelles Lochères fut le premier exemple de « ville neuve », érigée entre 1955 et 1970 à l'initiative de François Bloch-Lainé, président de la Société immobilière de la Caisse des Dépôts et Consignations (SCIC). Il confia la réalisation du projet aux architectes Jacques-Henri Labourdette (1915-2003) et Roger Boileau.
Les immeubles de Jacques-Henri Labourdette ont été conçus pour s'adapter aux contraintes d'une ville très dense. Leur écriture architecturale est fondée sur les exigences du rationalisme constructif. Baies vitrées, panneaux de pierre et bandeaux de béton rythment les plus grands bâtiments qui abritent aussi bien des logements que des bureaux et des activités libérales.
Labourdette est connu pour avoir édifié, en 1960, avec Édouard Albert, la Tour Albert, premier gratte-ciel de Paris. Sa hauteur de 61 mètres suscita une âpre controverse mais son ossature tubulaire en acier était si novatrice pour l'époque que le bâtiment est considéré, aujourd'hui encore, comme un exemple de modernisme.
La Tour Albert, 33, rue Croulebarbe, photographiée par Jacques Mossot pour Structurae (Base de données internationale du patrimoine du génie civil).
Les « Labourdettes » érigées sur le Cours Belsunce, à Marseille, entre 1960 et 1962. Ces trois tours ont obtenu le label « Patrimoine XXe siècle ». (La photo est de Xavier de Jauréguiberry pour Djibnet.)
J'habite à l'ombre des « Labourdettes » de Sarcelles, dans un immeuble de quatre étages. Comme vous pouvez le constater, la Nature a retrouvé une place importante dans la ville.
Depuis plusieurs années, des espaces verdoyants, des massifs de fleurs et des arbres vigoureux, qui s'élancent plus haut que certains immeubles, ont adouci l'hydre de béton.
Sous l'orage, une inquiétante et fascinante poésie...
Le paysage s'est considérablement modifié par rapport à l'époque du « tout béton », comme en témoignent ces séductrices photographiées au pied de mon habitation.
Quand je longe ces « espaces de respiration » émaillés de roses voluptueuses, je songe aux premiers temps de la ville moderne, à la grisaille omniprésente et je me dis que les lieux ont bien changé.
Que serions-nous sans ces beautés opulentes, caressées par les larmes du ciel?
Le patrimoine vert de Sarcelles constitue près de 25% du territoire de la commune (source Mairie) et chaque petite place est agrémentée de compositions florales.
Cette réécriture végétale et colorée de l'espace urbain est particulièrement appréciée par les riverains.
Mon arrêt de bus
Rubdbeckias couleur de soleil, pensées et pétunias composent une palette de soie et de lumière.
Devant la gare...
Un petit coin de prairie découvert en cheminant vers Sarcelles Village qui a préservé son authenticité, parmi les squares verdoyants et les monuments classés, à l'instar de l'église et de l'Hôtel de Ville.
Ancienne Place de la Mairie, la Place de la Libération se dresse à l'emplacement de l'ancien cimetière (1730).
Ce bel espace ombragé, orné de roses, honore la mémoire du docteur Marius Galvani (1844-1920).
Le nom de ce médecin au grand coeur est indissociable du combat contre le choléra.
Marius Galvani naquit à Zante, une île d'Ionie, le 20 novembre 1844. Pendant la guerre de 1870, il s'engagea dans les ambulances volantes des armées de terre et de mer. Diplômé de médecine à Paris en 1874, il s'établit à Sarcelles, en 1875, et devint conseiller municipal. Pendant l'épidémie de choléra de 1892, il soigna sans relâche les malades sarcellois et reçut la Légion d'honneur.
Le monument fut érigé grâce à des fonds collectés auprès des anciens malades, en 1938, et inauguré en 1946.
Les lieux avant l'aménagement du square. De récentes campagnes de fouille ont révélé qu'il s'agissait du premier établissement humain à Sarcelles.
Quelques pas nous conduisent au square d'Hattersheim, un lieu ravissant qui célèbre le jumelage de la ville d'Hattersheim, en Allemagne, avec Sarcelles, le 14 juin 1987.
Bien que située dans une zone fortement industrialisée, Hattersheim s'est épanouie au bord de l'eau, sur les rives du Main. Elle est appelée « la ville des roses » car, dès la fin du XIXe siècle, des horticulteurs se spécialisèrent dans la culture et l'exportation de roses coupées. En 1997, une somptueuse roseraie y fut inaugurée. On y contemple aujourd'hui plusieurs centaines de variétés de roses, une pyramide ornementale géante, des bassins parsemés de roses aquatiques... On y donne, sous les frondaisons parfumées, des « Concerts de Sérénades ».
La roseraie d'Hattersheim. (Image trouvée sur le net).
Rose d'Hattersheim
En attendant de consacrer un article à la reine des fleurs, je veux offrir celle-ci à une délicieuse poétesse, Corinne (Cronin), qui signe d'une rose ses vers exquis et ses missives d'amitié.
Nous sommes accueillis par une allégorie de l'abondance, gracieuse incarnation de l'esprit des vignes qui couvraient autrefois la campagne sarcelloise.
Un peu floue sous un rideau de pluie...
Dans sa grâce juvénile, cette vendangeuse au visage poupin rayonne, telle une nymphe des fleurs.
A ses pieds, jaillit un tapis de verdure et de fleurs colorées, tableau chamarré où les couleurs chaudes s'entremêlent...
Elle se dresse à côté du manoir de Miraville (l'actuel hôtel de ville) et regarde en direction de l'église du village.
Le manoir de Miraville fut construit en 1885 par Frédéric Aylé, un collectionneur d'objets d'art strasbourgeois, qui devint maire de Sarcelles, de 1878 à 1881 et de 1884 à 1896. Je vous ferai visiter ce remarquable bâtiment dans un prochain article.
L'église Saint-Pierre et Saint-Paul, dont le porche Renaissance fut construit par le célèbre architecte et sculpteur Jean Bullant(1515-1578). J'ai prévu de lui consacrer un article dans quelques temps.
Je suis ravie de vous avoir montré différents visages de Sarcelles qui, avant d'être « la zone » est un lieu de vie et une ville chargée d'histoire.
Je remercie CHRIS de sa visite. J'ai savouré chaque moment de notre promenade estivale, si éloignée des persiflages, des regards condescendants et des phrases du genre: « ah, vous habitez LE Sarcelles »...
Avec l'arrivée du Tram dans les prochains mois, Sarcelles se métamorphose encore. Nombre de quartiers seront désenclavés mais trottoirs et routes ont déjà pris un sacré coup de neuf.
Essais du tram photographiés en août 2012.
Avant que le froid de l'automne les fasse glisser dans le sommeil hivernal, je vous offre des fleurs de Sarcelles, sans oublier quelques vues représentatives de mon « univers ».
