

En souvenir de Lady Marianne à qui nous pensons bien fort et désormais sous l'égide de Fardoise et de Lilou.
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Voici le thème proposé pour le samedi 18 et le samedi 25 juillet par Lilou : « Quelques portraits de femmes portant chapeau... »
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J'ai choisi pour ce samedi d'explorer l'oeuvre d'une brillante artiste, fille et élève du peintre Louis Vigée, madame Louise Elisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842), qui se spécialisa dans l'art du portrait et croqua avec élégance ses contemporains. Elle immortalisa de séduisantes jeunes femmes, mit à l'honneur des robes légères, des coiffures gracieuses et des décors simplifiés. Sa manière sensible et naturelle anticipa le néo-classicisme. La reine Marie-Antoinette fut sa plus célèbre commanditaire.

Autoportrait au chapeau de paille, détail 1
Gourmandise esthétique, L'Autoportrait au chapeau de paille offre un jeu subtil entre la fine lumière du jour et la lumière solaire, plus affirmée. Il rend hommage aux maîtres italiens et flamands et directement à une œuvre de Rubens appelée Le Chapeau de paille. L'artiste se représente en pleine nature, sur un fond de ciel moucheté de nuages. Ses cheveux et son visage ne sont pas poudrés. Son décolleté se livre au regard, gorgé de clarté rayonnante. Paré de fleurs des champs et d'une plume d'autruche, le chapeau de paille est à la fois simple et gracieux.
Le tableau d'Elisabeth Vigée Lebrun est indissociable de celui de Pierre Paul Rubens (1577-1640), réalisé entre 1622 et 1625. Il s'agit d'un hommage des plus appuyés.

Rubens a représenté Suzanne Fourment, sœur de Hélène Fourment, sa seconde épouse. Elisabeth Vigée-Lebrun adorait ce tableau, un portrait de fiançailles ou de mariage qui met en scène une jeune femme au regard à la fois intense et timide, arborant un chapeau non pas de paille (en dépit du titre de l’œuvre) mais sûrement davantage en feutre. Ce chapeau était dit « en forme de baldaquin » et pour désigner cette forme, on pouvait employer le terme « paille ».


Autoportrait au chapeau de paille, détail 2
Le chapeau de l'autoportrait d'Elisabeth Vigée Lebrun est quant à lui, bien en paille. Il connut un franc succès au XVIIIe siècle où il servit d'accessoire privilégié par les élégantes qui se rendaient dans leurs jolies demeures de campagne.
On retrouve un chapeau ressemblant dans l’œuvre intitulée Portrait de la duchesse de Polignac, gouvernante des enfants de France (1782).

La Duchesse de Polignac

Autoportrait au chapeau de paille, détail 3
Louise-Elisabeth naquit à Paris le 16 avril 1755. Comme je l'écrivais au début de cet article, elle était la fille de Louis Vigée, pastelliste et professeur à l'Académie de Saint-Luc. Sa maman, Jeanne Maissin, issue de la paysannerie, était devenue coiffeuse après son mariage.
Elle grandit au couvent, de l'âge de 6 ans à l'âge de 11 ans et montra très tôt des aptitudes pour le dessin et un grand talent pour saisir les traits des personnes qui l'entouraient. Les religieuses s'en offusquèrent mais elle persévéra, dessinant des visages et des paysages partout où elle le pouvait.
Sur les murs, surtout !
Elle perdit son père -qu'elle adorait- quand elle n'avait que 12 ans et le chagrin l'accabla tant qu'elle cessa de dessiner mais grâce à un ami de la famille, elle reprit ses activités artistiques. Elle devint l'élève du maître Gabriel Briard dont elle eut vite fait de surpasser les capacités. Elle fut alors « conseillée » par l'un des plus grands artistes de son temps : Joseph Vernet qui l'encouragea à persévérer dans l'art du portrait.
Elle connut rapidement le succès, au grand dam des jaloux qui cherchèrent, tout au long de sa vie, à lui mettre des bâtons dans les roues !
En 1774, son atelier fut « saisi » par les officiers de police du Châtelet au motif « qu'elle pratiquait son art sans licence ». Elle devint donc postulante à l'Académie de Saint-Luc où elle fut reçue « officiellement » le 25 octobre.

Autoportrait au chapeau de paille, détail 4
Âgée de vingt ans, elle s'installa avec sa mère et son jeune frère dans un hôtel particulier que possédait le peintre, collectionneur et marchand d'art Jean-Baptiste Pierre Lebrun.
Monsieur Lebrun entreprit de la séduire et elle l'épousa, le 11 Janvier 1776 mais en réalité, il était déjà marié, à l'étranger, et entretenait plusieurs maîtresses ! Sa passion pour les femmes lui fit dilapider, à plusieurs reprises, la fortune familiale mais Elisabeth, malgré ses déconvenues d'épouse, profita des connaissances en art de son mari et de la qualité des collections qu'il avait constituées. Elle mena sa vie comme elle l'entendait, travaillant sans relâche et copiant les grands maîtres pour parfaire sa technique autant qu'elle le pouvait.
Ses œuvres furent recherchées par la bonne société de l'époque et elle fut introduite à la Cour par Louise-Adélaïde de Bourbon-Penthièvre, épouse du duc de Chartres. Elle devint portraitiste officielle de la reine Marie-Antoinette dont elle réalisa un portrait en robe de satin avec une rose à la main. Une trentaine de portraits suivirent au fil des années.
Louise Elisabeth devint maman d'une petite fille, prénommée Julie, le 12 février 1780 et le 30 mai 1783 elle fut reçue à l'Académie Royale de Peinture avec « La Paix ramenant l'Abondance », une séduisante allégorie.
Entre la naissance de sa fille et sa réception à l'Académie Royale, elle voyagea dans les Flandres où elle se livra à une étude approfondie des grands maîtres du Nord et notamment de l'art de Rubens qu'elle admirait au plus haut point.

Autoportrait au chapeau de paille, détail 5
Tout au long de sa vie, elle subit des calomnies, accusée d'être la maîtresse d'une infinité d'hommes influents, des hommes dont elle avait réalisé les portraits. Elle fut considérée comme ultra dépensière et brocardée de la manière dont la reine Marie-Antoinette, sans cesse, l'était.
La nuit du 6 octobre 1789, elle parvint à échapper, in extremis, à la fureur des foules révolutionnaires, avec sa fille et sa gouvernante, et à se réfugier en Italie. Elle n'eut pas d'autre choix que celui de rester loin de la France et en 1792, elle se rendit à Vienne où elle peignit les portraits de nobles polonais et autrichiens. Elle voyagea ensuite, depuis Prague, jusqu'à Saint-Pétersbourg.
Recherchée en France et bien évidemment « introuvable », elle perdit sa citoyenneté. Son mari (qui avait arrangé, depuis des années, son histoire de bigamie) tenta de la faire réhabiliter mais il fut emprisonné et dut se résoudre, en 1794, à divorcer. Pendant ce temps, Elisabeth vécut à Saint-Pétersbourg où elle fut très appréciée par la noblesse russe et la famille Impériale. Elle envoya des toiles au Salon de Paris et au bout de quelques années, grâce au Directoire, elle eut l'autorisation de regagner la France.
Elle s'établit à Louveciennes, à proximité de Paris où elle demeura plusieurs années, puis elle s'éteignit dans la capitale, rue Saint-Lazare, en 1842. Elle demeure l'une de nos plus talentueuses portraitistes, femme de caractère, séduisante et sensuelle, qui fut tout autant aimée que brocardée et honnie par des mesquins, jaloux de son talent...
Sur La Chimère écarlate, j'ai choisi une jeune femme au chapeau de roses, réalisée par le peintre Albert Lynch (1860-1950).


Belles pensées pour vous, chers Aminautes ! Que votre été soit agréable et surtout, faites bien attention à vous...
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