Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Ma Plume Fée dans Paris

Ma Plume Fée dans Paris

Une passionnée d'écriture qui explore les chemins de Paris et d'ailleurs...

theodore

Publié le par maplumefee
Publié dans : #Banville, #Davioud, #elysee, #fontaine, #marigny, #saisons, #Théodore

 

Image001.jpg

Petit Ange de Printemps...

 

Image002.jpg

Chérubin d'Automne...

 

Image003.jpg

 

Je continue la tradition du Poème du Mardi, un rendez-vous que j'apprécie beaucoup, en souvenir de Lady Marianne, avec des pensées d'amitié...

 

L'année file déjà... Les Saisons papillonnent alors j'ai choisi pour ce premier mardi de Mars un poème que j'aime beaucoup : Les Saisons de Théodore de Banville (1823-1891).

 

« Transformant les horizons

Où les nuages s’amassent,

D’un pas léger les Saisons

Passent.

 

L’Hiver frileux et subtil,

Parmi son pâle cortège,

Est blanc comme un lys, quand il

Neige.

 

Le Printemps, dans les palais

Sous ses fleurs cache les marbres,

Et pose des nids dans les

Arbres.

 

Sous les grands cieux triomphants,

L’Été, plein d’apothéoses,

Dore les fronts des enfants

Roses;

 

Et le rouge Automne, cher

Au vendangeur, nous enseigne

Par son raisin dont la chair

Saigne. »

 

Écrit le mardi 3 août 1886, pour le recueil intitulé « Dans la Fournaise ».

 

Surnommé par ses amis « le poète du bonheur », Théodore de Banville excella dans l'art d'explorer les ressources profondément variées de la poésie française.

 

Éclectique dans l'âme, il écrivit une partition Romantique et Parnassienne, brodée de fièvre Symboliste et il sut convier son public à de remarquables voyages en mots... J'illustre aujourd'hui son poème avec un monument parisien qui rend hommage aux Saisons.

 

 

Image004.jpg

 

Dans la partie nord des Jardins des Champs-Élysées, à proximité du Palais de l'Élysée, dans un petit square bordant le Théâtre Marigny, se dresse une fontaine pleine de charme qui fut réalisée de 1839 à 1840 par l'architecte Jacques-Ignace Hittorff (1792-1867) et le sculpteur Jean-Auguste Barre (1811-1896). Le célèbre architecte urbaniste Gabriel Davioud (1824-1881) lui apporta certaines modifications en 1863.

 

Image005.jpg

 

Cette fontaine est en résonance artistique avec trois autres fontaines situées dans les Jardins des Champs-Élysées, soit la Fontaine de Vénus dite des Ambassadeurs, la Fontaine de Diane et la Fontaine de la Grille du Coq. Les bases des fontaines sont identiques et les parties supérieures sont travaillées différemment. Je vous ai déjà présenté la Fontaine de Vénus et j'aurais l'occasion de vous montrer les autres fontaines dans de prochains billets.

 

http://maplumefeedansparis.eklablog.com/la-fontaine-de-venus-ou-fontaine-des-ambassadeurs-et-le-poeme-du-mardi-a187391046

 

 

Image006.jpg

 

La Fontaine du Cirque accueille les promeneurs dans le square Marigny, un lieu qui rend hommage au Marquis de Marigny (1727-1781), Directeur Général des Bâtiments du Roi, des Arts, Jardins et Manufactures Louis XV, de 1751 à 1773.

 

Le square fut ouvert en 1859 mais son espace initial fut aménagé en 1616, à l'initiative de Marie de Médicis (1575-1642). La reine fit « créer une allée paysagère sur un terrain marécageux » et en 1670, cette allée paysagère devint, grâce au talent d'André Le Nôtre (1613-1700), l'avenue des Champs-Élysées.

 

Image007.jpg

 

Image008.jpg

 

La Fontaine du Cirque est ornée de quatre statues d'enfants qui représentent chacun les Saisons et soutiennent une vasque parée de têtes de lions, de sangliers, de chiens et de loups. Les Chérubins dominent une vasque en pierre appuyée sur un piédestal de bronze octogonal que décorent quatre dauphins fantastiques et une élégante série de feuilles. Quand la fontaine est en activité, l'eau coule de douze mascarons en forme de têtes de lions, agrémentés d'oves, de feuillages et d'entrelacs.

 

Image009.jpg

 

 

Image010.jpg

 

Image011.jpg

 

Quatre dauphins représentent les forces aquatiques, la luxuriance et la fécondité... Des ornements que nous devons à François-Étienne Calla (1762-1836) qui fut l'un des plus importants fondeurs d'art de notre pays. Grand industriel, inventeur et mécanicien émérite, il établit à Paris d'impressionnants ateliers dédiés à la construction de machines-outils et de machines à vapeur. Il réalisa des fontes ornementales pour de prestigieux monuments de la capitale : Le Panthéon, l'Église de la Madeleine, les Fontaines de la Promenade des Champs-Élysées, la Fontaine Louvois face à la Bibliothèque Nationale Richelieu...

 

Les ornements signés Calla sont considérés comme des trésors architecturaux.

 

Image012.jpg

 

J'aime beaucoup cette fontaine et le lieu dans lequel elle se trouve... C'est un endroit charmant, retiré de l'agitation de la grande ville tout en étant à quelques encablures de l'Élysée et de la Place de la Concorde, on se sent pris dans une petite bulle à soi, dans une autre temporalité et cela fait du bien...

 

Image013.jpg

Plaisir de contempler ces petits personnages gracieux et potelés qui évoquent les Saisons.

 

Le Printemps avec des oiseaux amoureux,

L'Été avec sa faucille et des épis de blé,

L'Automne avec des grappes de raisin,

L'Hiver emmitouflé...

 

Image014.jpg

 

 

Image015.jpg

 

Pour toi LAURE, ce petit ange aux oiseaux ! Avec mon Amitié... Sourires complices...

 

http://laurefeerie.canalblog.com

 

Image016.jpg

Le Printemps et l'Été...

 

Image017.jpg

L'Hiver, le Printemps, l'Été dont la faucille est bien visible...

 

 

Image018.jpg

 

Près de la fontaine, on peut admirer l'élégante silhouette du Théâtre Marigny dont le nom rend hommage au Marquis de Marigny (1727-1781) que j'évoquais tout à l'heure. Le Marquis de Marigny, de son vrai nom Abel-François Poisson de Vandières fut, de 1751 à 1773, Directeur Général des Bâtiments du Roi, des Arts, des Jardins et des Manufactures. Il était le frère de la célébrissime Marquise de Pompadour (1721-1764).

 

Image019.jpg

 

Dans ce lieu qui s'appelait à l'origine « Carré Marigny », un physicien-prestidigitateur donnait en 1835 des spectacles de « Physique amusante, Fantasmagorie et Curiosités... »

 

L'endroit qui devient ensuite « Folies Marigny » connut des heures glorieuses sous la direction de Jacques Offenbach (1819-1880), à partir de 1855.

 

Image020.jpg

Les « Folies Marigny » devinrent à partir de 1859 le Théâtre Debureau, un théâtre qui fut démoli en 1881.

 

Image021.jpg

 

En 1883, Charles Garnier (1825-1898) construisit une rotonde dodécagonale précédée d'un avant-corps abritant un porche monumental. En ce temps-là, les Parisiens se pressaient au « Panorama Marigny » pour y contempler des scènes de l'histoire de la capitale.

 

Image022.jpg

 

En 1894, le « Panorama Marigny » redevint « Folies Marigny » mais se transforma cette fois en music-hall réaménagé, jusqu'en 1898, par l'architecte néerlandais Edouard-Jean Niermans (1859-1928). Cet architecte de la Belle-Époque fut, entre autres réalisations, le maître d’œuvre brillant de l'Hôtel Négresco à Nice...

 

Image023.jpg

 

Entre 1946 et 1956, le Théâtre Marigny accueillit la célèbre Compagnie de Théâtre Renaud Barrault. Elvire Popesco (1894-1993) dirigea l'endroit à partir de 1965 puis ce fut le tour de Robert Hossein (1927-2020). Pensées pour ce grand monsieur disparu... et pour tous les autres artistes qui ont développé leurs talents en cet espace...

 

Image024.jpg

 

Gros bisous, chers Aminautes et plein de belles pensées pour vous, avec du rose poudré qui annonce le Printemps...

Plume

Voir les commentaires

Publié le par maplumefee
Publié dans : #banville, #chimere, #jpg, #poete, #theodore

 

Image001.jpg

 

Image002.jpg

Le Mardi, on propose un poème... Pensées chaleureuses pour Lady Marianne à qui je souhaite un bon rétablissement...

 

« Monstre Inspiration, dédaigneuse Chimère,

Je te tiens ! Folle ! En vain, tordant ta lèvre amère,

Et demi-souriante et pleine de courroux,

Tu déchires ma main dans tes beaux cheveux roux.

Non, tu ne fuiras pas. Tu peux battre des ailes ;

Tout ivre que je suis du feu de tes prunelles

Et du rose divin de ta chair, je te tiens,

Et mes yeux de faucon sont cloués sur les tiens !

C’est l’or de mes sourcils que leur azur reflète.

Lionne, je te dompte avec un bras d’athlète ;

Oiseau, je t’ai surpris dans ton vol effaré,

Je t’arrache à l’éther ! Femme, je te dirai

Des mots voluptueux et sonores, et même,

Sans plus m’inquiéter du seul ange qui m’aime,

Je saurai, pour ravir avec de longs effrois

Tes limpides regards céruléens, plus froids

Que le fer de la dague et de la pertuisane,

Te mordre en te baisant, comme une courtisane.

Que pleures-tu ? Le ciel immense, ton pays ?

Tes étoiles ? Mais non, je t’adore, obéis.

Vite, allons, couche-toi, sauvage, plus de guerres.

Reste là ! Tu vois bien que je ne tremble guère

De laisser ma raison dans le réseau vermeil

De tes tresses en feu de flamme et de soleil,

Et que ma fière main sur ta croupe se plante,

Et que je n’ai pas peur de ta griffe sanglante ! »

 Bellevue, 19 décembre 1857.

 

Je me plonge très souvent dans les poésies de Théodore de Banville qui est l'un de mes poètes préférés. J'aime la luxuriance des images qu'il brode sur la page blanche et la saveur gourmande des mots qu'il saisit.

 

Image003.jpg

Photographié par Félix Nadar (1820-1910).

 

Poète, dramaturge, chroniqueur et critique littéraire, passionné d'Esthétisme, orfèvre et sculpteur de vers, Théodore de Banville nourrit une amitié profonde avec Théophile Gautier (1811-1872), Charles Baudelaire (1821-1867) et Victor Hugo (1802-1885). Surnommé par ses amis « le poète du bonheur », il excella dans l'art d'explorer les ressources profondément variées de la poésie française.

 

L'une de ses créations les plus célèbres, la revue collective « Le Parnasse Contemporain » fut une révélation pour Arthur Rimbaud (1854-1891).

 

Tout jeune poète, Arthur Rimbaud envoya ses poèmes à Théodore de Banville qui l'encouragea à persévérer dans l'écriture et l'invita à habiter chez lui mais quelques temps plus tard, les relations se « compliquèrent » entre les deux hommes. Leurs visions artistiques entrèrent en « différence ».

 

Outre le Parnasse Contemporain et ses nombreux recueils de poésie, Théodore publia un Petit Traité de Poésie Française, en 1872, et un roman intitulé Marcelle Rabe. Il fut aussi l'éditeur, avec Charles Asselineau (1820-1874), de la Troisième édition des Fleurs du Mal de Baudelaire.

 

Je prends grand plaisir à voyager à travers ses Recueils...

 

Améthystes, Dans la Fournaise, Le Sang de la Coupe, Les Cariatides, Les Exilés, Les Princesses, Odelettes, Odes Funambulesques, Rimes Dorées, Rondels, Sonnailles et Clochettes, Trente-Six Ballades Joyeuses...

 

 

Image004.jpg

Chimère, © Séverine Pineaux

 

Dans le poème La Chimère, le Poète s'adresse à sa Muse... Entité capricieuse, ambivalente, boudeuse, inquiétante, ardente, voluptueuse... Il évoque les relations troubles, intenses, passionnées à l'extrême qui unissent l'artiste amant à sa déité maîtresse régnant sur le feu d'Inspiration.

 

Il est tantôt écouté, conquis, repus de plaisir et tantôt délaissé, moqué, repoussé... De cette alternance naît un frisson brûlant, perceptible à travers les mots.

 

La Muse a des lèvres et des courbes douces mais également des griffes acérées, des dents luisantes et des crocs bien pointus. Elle est tout aussi avenante et subtile que vampirique et féroce. Elle fascine le Poète par sa complexité et l'homme-artiste assume son corps à corps sauvage, audacieux, pulsionnel et vorace avec une entité féminine pouvant se montrer pleine de rage et de fureur.

 

Image005.jpg

Voici l'une des deux imposantes chimères, créations d'Henri-Alfred Jacquemart (1824-1896), sculpteur d'animaux et de créatures fantastiques, qui se dressent de part et d'autre du grand bassin de la fontaine Saint-Michel.

 

http://maplumefeedansparis.eklablog.com/la-fontaine-saint-michel-a107259126

 

Chimère, monstre composite, mosaïque d'êtres issus des profondeurs de l'inconscient, messagère de mondes mystérieux, gardienne des forces telluriques... Mélange de lion (tête), de quadrupède pas vraiment déterminé (corps), de serpent ou de dragon (queue) et d'oiseau (grandes ailes). Pour certains auteurs, elle aurait deux têtes, celle d'une chèvre et celle d'un lion. Pour d'autres, elle serait la fille des Titans Typhon et Echidné, à la fois mère des tempêtes, des eaux sombres et des éruptions volcaniques, incarnation des fantasmes, des peurs et des désirs inassouvis... On dit qu'elle peut cracher du feu comme un Dragon ! Elle fut combattue par le héros grec Bellérophon (roi de Corinthe, fils « officieux » du dieu Poséidon) qui chevauchait Pégase, le féerique cheval ailé.

 

Image006.jpg

Giovanni Battista Tiepolo (1696-1770), Bellérophon affrontant la Chimère,
fresque réalisée pour le Palais Labia, à Venise, entre 1746 et 1747.

 

 

Image007.jpg

Mosaïque romaine découverte à Autun, en Bourgogne, Bellérophon terrasse la Chimère mais le sang de celle-ci a le pouvoir de donner vie à certains vœux et de stimuler l'Inspiration des Artistes !

 

Belles journées pour vous chers Aminautes et merci pour vos messages déposés pendant ma pause forcée. Les travaux reprendront dans trois semaines...

Bises amicales !

Plume

Voir les commentaires

Publié le par maplumefee
Publié dans : #banville, #celle, #muse, #poete, #theodore

 

Image001.jpg

 

Savourons des plaisirs poétiques en souhaitant une Très Bonne Fête à nos Mamans... J'adresse de douces pensées à celles qui rayonnent ici et à nos chères disparues, toujours présentes dans l'écrin du cœur...

 

Image002.jpg

 

Image003.jpg

 

Les Roses

 

« Le Printemps rayonnant, qui fait rire le jour

En montrant son beau front, vermeil comme l’aurore,

Naît, tressaille, fleurit, chante, et dans l’air sonore

Éveille les divins murmures de l’amour.

 

O Sylphes ingénus, vous voilà de retour!

De mille joyaux d’or la forêt se décore,

Et blanche, regardant les corolles éclore,

Titania folâtre au milieu de sa cour,

 

A travers l’éther pur dont elle fait sa proie,

Tandis que la lumière, éclatante de joie,

Frissonne dans la bleue immensité des cieux.

 

Beauté qui nous ravis avec tes molles poses,

Dis, n’est-ce pas qu’il est doux et délicieux

De plonger follement ta bouche dans les roses? »

 

Novembre 1888

 

Théodore de Banville, Dans la fournaise, 1892

 

 

Titania, dans le monde anglo-saxon, est la reine des fées et l'épouse d'Obéron, le roi du Petit Peuple. Ces deux-là s'aiment passionnément mais, dotés d'un caractère ombrageux et de grands pouvoirs magiques, ils se disputent souvent ! Ils se jouent des tours, se lancent des sortilèges puis se réconcilient, ce qui fait le bonheur des lutins et des fées.

 

Ils sont issus du Songe d'une Nuit d'Été de William Shakespeare (1564-1616).

 

Image004.jpg

 

Surnommé par ses amis « le poète du bonheur », Théodore de Banville excella dans l'art d'explorer les ressources profondément variées de la poésie française.

 

Éclectique dans l'âme, il écrivit une partition Romantique et Parnassienne, brodée de fièvre Symboliste et nous convie, dans chacune de ses œuvres, à un voyage en mots.

 

Poète, dramaturge, chroniqueur et critique littéraire, passionné d'Esthétisme, orfèvre et sculpteur de vers, Théodore de Banville nourrit une amitié profonde avec Théophile Gautier (1811-1872), Charles Baudelaire (1821-1867) et Victor Hugo (1802-1885).

 

Image005.jpg

 

L'une de ses créations les plus célèbres, la revue collective « Le Parnasse Contemporain » fut une révélation pour Arthur Rimbaud (1854-1891).

 

Tout jeune poète, Arthur Rimbaud envoya ses poèmes à Théodore de Banville qui l'encouragea à persévérer dans l'écriture et l'invita à habiter chez lui mais quelques temps plus tard, les relations se « compliquèrent » entre les deux hommes. Leurs visions artistiques entrèrent en « différence ».

 

Outre le Parnasse Contemporain et ses nombreux recueils de poésie, Théodore publia un Petit Traité de Poésie Française, en 1872, et un roman intitulé Marcelle Rabe. Il fut aussi l'éditeur, avec Charles Asselineau (1820-1874), de la Troisième édition des Fleurs du Mal de Baudelaire.

 

Image006.jpg

 

Mouvement poétique incontournable de la deuxième moitié du XIXe siècle, Le Parnasse émane directement du Parnasse Contemporain, revue, recueil et symphonie littéraire publiée, entre 1866 et 1876, par le grand éditeur Alphonse Lemerre.

Loin, très loin d'une vision esthétique « morale ou utile », Le Parnasse se fonde sur la beauté de « l'art pour l'art » comme le préconisait Théophile Gautier. Il exalte le travail du poète considéré comme un sculpteur de mots, un artisan d'une opiniâtreté dans faille, un ciseleur de mondes sur les reliefs imaginaires de la page blanche.

 

Le Poète est perçu comme un Alchimiste de la Matière Poétique et Le Parnasse se veut un hommage à cette activité subtile, sous l'égide des Muses...

 

Image007.jpg

 

Le Parnasse, fresque réalisée par Raffaello Sanzio dit Raphaël (1483-1520) de 1509 à 1511. Il s'agit de la « Maison de la Poésie » et du « Séjour des Poètes ».

 

Neuf Muses, filles de Mnémosyne, la Mémoire et de Zeus/Jupiter, le maître des Olympiens sont honorées comme des Déesses. Leurs voix mélodieuses résonnent dans les lieux élevés. Leur assemblée est présidée par le dieu Apollon. Les Grâces paraissent auprès d'elles ainsi que le dieu de l'Amour, des artistes, des sages et des philosophes.

 

Image008.jpg

Apollon et les Muses, 1826, par Heinrich Maria von Hess (1798–1863).

 

Belles, jeunes, brillantes, sensuelles, gardiennes de la Connaissance, inspiratrices des Arts, les Muses (Mnémosynides) ne se laissent pas défier sans réagir avec intensité. Elles sont à l'origine de la transformation des Sirènes, esprits de l'air sous leur forme initiale, en demoiselles des eaux. Les Sirènes, femmes ailées, leurs disputèrent le premier prix de chant auprès des Olympiens. Les Muses, opiniâtres, gagnèrent et les Sirènes perdirent leur plumage et furent obligées de s'exiler sur une île lointaine, à proximité des terrifiants Charybde et Scylla.

Quelques temps plus tard, neuf sœurs dotées de belles qualités artistiques, les Piérides, se mesurèrent aux Muses. Elles perdirent et se mirent en colère. En guise de punition pour avoir vilipendé les Muses, elles furent transformées en pies par les dieux. Condamnées à jacasser pour l'Éternité...

 

Image009.jpg

Les Muses, image Pinterest

 

De nombreuses fontaines et sources leurs sont consacrées, à l'instar de l'Hippocrène, source née d'un coup de sabot du cheval ailé Pégase, coursier merveilleux associé à l'Inspiration Poétique.

 

Image010.jpg

Visite de Minerve aux Muses par Joos de Momper le Jeune (1564-1635). Pégase et la source/fontaine Hippocrène apparaissent à droite.

 

Les Neuf Muses sont :

 

Uranie « la savante » qui règne sur l’Astronomie et l’Astrologie.

 

Calliope, la spécialiste de l’éloquence et de la poésie héroïque, mère du poète Orphée.

 

Clio, suzeraine de l'Histoire, gardienne des grands événements et des mémoires ancestrales.

 

Thalie, « la vive », qui préside à la comédie et apporte la joie.

 

Melpomène, la reine de la tragédie, celle qui charme par ses vers héroïques.

 

Erato, suzeraine de la poésie passionnée, muse des vers ardents et de l'élégie.

 

Euterpe créatrice de la musique, reine des instruments à vents. Couronnée de fleurs, elle tient une flûte.

 

Polymnie, fondatrice de la poésie lyrique et de l’harmonie.

 

Terpsichore, maîtresse de la danse et de l'énergie flamboyante des mouvements.

 

Dans l'Antiquité, on les invoquait au début et à la fin de chaque chanson et on leur offrait des libations à base d’eau fraîche, de lait parfumé à la rose et de miel.

 

Image011.jpg

 

Théodore de Banville a célébré l'énergie créatrice des Muses à travers ses recueils poétiques aux noms évocateurs :

 

Améthystes, Dans la Fournaise, Le Sang de la Coupe, Les Cariatides, Les Exilés, Les Princesses, Odelettes, Odes Funambulesques, Rimes Dorées, Rondels, Sonnailles et Clochettes, Trente-Six Ballades Joyeuses...

 

Image012.jpg

 

La Muse

 

« La Muse est un oiseau, disait un maître ancien.

Auguste Vacquerie.

 

Près du ruisseau, sous la feuillée,

Menons la Muse émerveillée

Chanter avec le doux roseau,

Puisque la Muse est un oiseau.

 

Puisque la Muse est un oiseau,

Gardons que quelque damoiseau

N’apprenne ses chansons nouvelles

Pour aller les redire aux belles.

 

Un méchant aux plus fortes ailes

Tend mille pièges infidèles.

Gardons-la bien de son réseau,

Puisque la Muse est un oiseau.

 

Puisque la Muse est un oiseau,

Empêchons qu’un fatal ciseau

Ne la poursuive et ne s’engage

Dans les plumes de son corsage.

 

Mère, veillez bien sur la cage

Où la Muse rêve au bocage.

Veillez en tournant le fuseau,

Puisque la Muse est un oiseau. »

 

Avril 1844.

 

Théodore de Banville, Les Stalactites, 1846

 

Auguste Vacquerie (1819-1895) était un poète, un dramaturge, un photographe et un grand journaliste.

 

Image013.jpg

 

Les Muses au tombeau

 

« Près de la pierre close

Sous laquelle repose

Théophile Gautier,

(Non tout entier,

 

Car par son œuvre altière

Ce dompteur de matière

Est comme auparavant

Toujours vivant,)

 

Regardant cette tombe

De leurs yeux de colombe,

Les Muses vont pleurant

Et soupirant.

 

Toutes se plaignent : celle

Dont l'œil sombre étincelle

Et qui réveille encor

Le clairon d'or,

 

Celle que le délire

Effréné de la Lyre

Offre aux jeux arrogants

Des ouragans,

 

Celle qui rend docile

Un mètre de Sicile

Et tire du roseau

Des chants d'oiseau,

 

Celle qui, dans son rêve

Farouche, porte un glaive

Frissonnant sur son flanc

Taché de sang,

 

Et celle qui se joue

Et pour orner sa joue

Prend aux coteaux voisins

Les noirs raisins,

 

Et la plus intrépide,

La Nymphe au pied rapide,

Celle qui, sur les monts

Où nous l'aimons,

 

Par sa grâce savante,

Fait voir, chanson vivante,

Les rythmes clairs dansants

Et bondissants.

 

Oui, toutes se lamentent

Et pieusement chantent

Dans l'ombre où leur ami

S'est endormi.

 

Car il n'en est pas une

Qui n'ait eu la fortune

D'obtenir à son tour

Son fier amour ;

 

Pas une qu'en sa vie

Il n'ait prise et ravie

Par un chant immortel

Empli de ciel !

 

Ses pas foulaient ta cime,

Mont neigeux et sublime

Où nul Dieu sans effroi

Ne passe ; et toi,

 

Fontaine violette,

Il a vu, ce poète,

Errer dans tes ravins

Les chœurs divins !

 

Et toi, monstre qui passes

A travers les espaces,

Usant ton sabot sur

Les cieux d'azur,

 

Cheval aux ailes blanches

Comme les avalanches,

Tu prenais ton vol, l'œil

Ivre d'orgueil,

 

Quand sa main blanche et nue

T'empoignait sous la nue,

Ainsi que tu le veux,

Par les cheveux !

 

Mais, ô Déesses pures,

Ornez vos chevelures

De couronnes de fleurs,

Séchez vos pleurs !

 

Car le divin poète

Que votre voix regrette

Va sortir du tombeau

Joyeux et beau.

 

Les Odes qu'il fit naître

Lui redonneront l'être

A leur tour, et feront

Croître à son front

 

Victorieux de l'ombre,

L'illustre laurier sombre

Que rien ne peut faner

Ni profaner.

 

Toujours, parmi les hommes,

Sur la terre où nous sommes

Il restera vivant,

Maître savant

 

De l'Ode cadencée,

Et sa noble pensée

Que notre âge adora,

Joyeuse, aura

 

Pour voler sur les lèvres

Que brûleront les fièvres

De notre humanité

L'éternité ! »

 

Théodore de Banville

 

Recueil : Odelettes (1856).

 

 

Image014.jpg

 

Image015.jpg

 

Églé

 

« Sous le lourd fleuve d’or qui va le caressant,

Avec ses sombres yeux et sa bouche de rose,

Le visage d’Églé, fait pour l’apothéose,

Apparaît, comme au ciel un astre éblouissant.

 

Dans sa prunelle en feu rit le désir naissant,

Et du col au talon qui sur le sol se pose,

Sur le torse, où le lys a mis sa neige éclose,

La ligne glorieuse et tranquille descend.

 

Toute troublée encor par le songe nocturne,

Églé lève ses bras comme des anses d’urne,

Et prend ses grands cheveux, mêlés par le sommeil.

 

Un frissonnant rayon de lumière glisse entre

Ses jeunes seins, baisant leur bout rose et vermeil,

Et met dans la clarté la blancheur de son ventre. »

 

Villa de Banville, 29 octobre 1884

 

Théodore de Banville, Dans la fournaise.

 

Dans la mythologie grecque, Églé ou Aeglé, est « la Brillante » et « l'éclat du feu ». Elle est l'une des trois Hespérides, filles du titan Hespérus, le frère d'Atlas qui porte le fardeau du monde. Elle a pour sœurs Érythie, « la Rouge » et Hesperaréthousa, « l'Aréthuse du Couchant ».

 

Image016.jpg

 

Théodore de Banville appartient à mon groupe de poètes préférés avec Charles Baudelaire, Théophile Gautier, Paul Éluard, Saint-John Perse, Louis Aragon, Albert Samain, Anna de Noailles, Aimé Césaire...

 

Image017.jpg

 

Je vous adresse mes meilleures pensées, chers aminautes et je réitère mes vœux de bonne fête pour les mamans... A très bientôt !

Plume

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Eklablog