
A proximité des Champs-Élysées, dans un joli carré de nature où s'épanouissent arbres et fleurs, se dresse une fontaine couronnée par une statue de la déesse Vénus. Rêveuse et sensuelle, élégante et à demi-dénudée, elle apprête sa longue chevelure.
Elle me plaît tout particulièrement pour illustrer le Poème du Mardi, un rendez-vous que j'aime partager avec vous, en souvenir de Lady Marianne qui manque beaucoup à ses ami(e)s de la blogosphère...

J'ai choisi, pour ce mardi 12 mai, un poème de Guillaume Apollinaire (1880-1918), issu du recueil intitulé « Poèmes à Lou ». Des mots qui célèbrent un immense amour, incarné par Louise de Coligny-Châtillon (1881-1963) qui fut l'une des premières aviatrices françaises.
« Ô mon très cher amour, toi mon œuvre et que j'aime,
A jamais j'allumai le feu de ton regard,
Je t'aime comme j'aime une belle œuvre d'art,
Une noble statue, un magique poème.
Tu seras, mon aimée, un témoin de moi-même.
Je te crée à jamais pour qu'après mon départ,
Tu transmettes mon nom aux hommes en retard
Toi, la vie et l'amour, ma gloire et mon emblème;
Et je suis soucieux de ta grande beauté
Bien plus que tu ne peux toi-même en être fière:
C'est moi qui l'ai conçue et faite toute entière.
Ainsi, belle œuvre d'art, nos amours ont été
Et seront l'ornement du ciel et de la terre,
O toi, ma créature et ma divinité ! »

En septembre 1914, Apollinaire rencontra Louise et s'éprit d'elle follement. Les deux amants s'aimèrent à Nice, passionnément et Louise devint la muse et la déesse du poète qui s'engagea dans l'armée.
Apollinaire continua d'écrire à Louise depuis le front où il était artilleur. Exaltant la fièvre de leurs sentiments, il lui dédia des poèmes profondément érotiques qui se heurtèrent aux mœurs prudes de la société de l'époque. À travers Louise, il exalta la femme charnelle, l'amour physique lié à la déesse Vénus, l'Aphrodite des temps anciens, déité de tous les plaisirs...
Vénus guida la plume du poète à travers une autre série de correspondances épistolaires enflammées dédiées à Madeleine Pagès (1892-1965) qui fut la fiancée d'Apollinaire...

La fontaine de Vénus ou fontaine des Ambassadeurs (nommée ainsi en souvenir du Café des Ambassadeurs, établissement célèbre dans le Faubourg Saint-Honoré au XVIIIe siècle où évoluaient de nombreux diplomates étrangers) apparaît parmi les arbres, près de l'Espace Cardin que j'évoquerai davantage dans un autre billet.


Appuyée sur un piédestal paré de coquillages, la déesse jaillit parmi les roseaux, dominant une vasque décorée de feuillages, d'oves, d'entrelacs et de douze mascarons en forme de têtes de lions. Elle vient de prendre son bain et prend soin de sa longue chevelure.

Elle fut réalisée, en 1840, par Francisque-Joseph Duret (1804-1865), l'auteur du superbe groupe sculpté intitulé « Saint-Michel affrontant le Démon » qui décore la fontaine Saint-Michel au cœur du Quartier Latin.
http://maplumefeedansparis.eklablog.com/la-fontaine-saint-michel-a107259126
Francisque-Joseph Duret fut l'un de nos plus grands sculpteurs. Élève de son père, le sculpteur François Joseph Duret (1732–1816), et du maître François Joseph Bosio (1768-1845), il devint, en 1823, Premier Prix de Rome et fut ensuite sollicité pour de nombreuses commandes publiques. Il créa des œuvres majestueuses, inspirées de l'Antiquité Gréco-Romaine et des arts florentins de la Renaissance, pour le Louvre, l'Hôtel de Ville de Paris, le Palais de Justice, le Palais de la Bourse, le Théâtre Français… Il enseigna à l'École des Beaux-Arts à partir de 1852 et forma une myriade d'élèves talentueux qui acquirent la célébrité comme Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), Jules Dalou (1838-1902), Henri Chapu (1833-1891)...

Nous devons l'architecture de la fontaine à Jacques-Ignace Hittorff (1792-1867), le concepteur des fontaines de la Place de la Concorde, de l'aménagement de la Place incluant l'installation de l'Obélisque, de nombreux immeubles de la rue de Rivoli, d'avenues somptuaires et de la Gare du Nord...

La vasque dominée par la déesse Vénus est soutenue par quatre dauphins qui représentent les forces aquatiques, la luxuriance et la fécondité.

Delphinos, dans la mythologie de la mer, est l'un des familiers d'Aphrodite/Vénus et aussi l'ami, le confident d'Amphitrite, l'épouse de Poséidon, le seigneur des flots.

Nous devons les ornements en bronze de la fontaine à François-Étienne Calla (1762-1836) qui fut l'un des plus importants fondeurs d'art de notre pays. Grand industriel, inventeur et mécanicien émérite, il établit à Paris d'impressionnants ateliers dédiés à la construction de machines-outils et de machines à vapeur. Il réalisa des fontes ornementales pour de prestigieux monuments de la capitale : Le Panthéon, l'église de la Madeleine, les fontaines de la promenade des Champs-Élysées, la fontaine Louvois face à la Bibliothèque Nationale Richelieu...
Les ornements signés Calla sont considérés comme des trésors architecturaux.



Je vous laisse en compagnie de la séduisante Vénus/Aphrodite et vous souhaite de très belles journées de Mai... J'espère pour nous de la sérénité et que nous puissions respirer dans des endroits où règne de l'espace... Profitons bien des petits bonheurs qui s'épanouissent et merci à vous pour les gentils messages !


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