Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Ma Plume Fée dans Paris

Ma Plume Fée dans Paris

Une passionnée d'écriture qui explore les chemins de Paris et d'ailleurs...

Publié le par maplumefee
Publié dans : #arbre, #petits, #place, #sous, #voeux

Image01.jpg

 

Janvier s'est éveillé dans une farandole de souhaits chatoyants.

 

Image02.jpg

 

Je vous remercie pour vos attentions et vos charmants petits mots, déposés sur les pages de mon blog. Merci également à ceux qui m'ont envoyé des cartes et des mails chaleureux.


En vous réitérant mes voeux de bonheur et d'excellente santé, je vous invite à prolonger la magie des fêtes, avec des images glanées en décembre, dans les rues de Paris.

 

Image03.jpg

 

Autour de la place Vendôme, ont jailli des arborescences féeriques, des filaments mystérieux et des bouquets ardents.

 

Image04.jpg

 

Le décorateur évènementiel Julien Septanil a orchestré cette scénographie de lumière appelée « Promenade dans la forêt enchantée ».

 

Image05.jpg

 

Je contemple ces braises d'or, pétillantes dans l'écrin de la nuit, en songeant à mon aminaute Isa-Marie qui les aime tant. Son blog, Grelinette et Cassolettes, est un concentré de délices, de convivialité et de raffinement...

 

Image06.jpg

 

A Châtelet les Halles, dans l'effervescence de décembre, a surgi un arbre étoilé de bleu et d'argent: le sapin des voeux, pièce maîtresse d'une poétique mise en scène.

 

Image07.jpg

 

Sous le patronage de l'Unicef, en échange d'un don destiné à protéger l'enfance en danger, les passants pouvaient inscrire leurs voeux sur une étoile en carton. Et chaque petit bout d'espoir était suspendu aux branches de l'arbre géant.

 

Image08.jpg

 

Des souhaits qui, je l'espère, se réaliseront...

 

Image09.jpg

 

Des petits mots facétieux!

 

Image10.jpg

 

« Je voudrais avoir une bonne moyenne en anglais, pour une fois, s'il vous plaît! »

 

Image11.jpg

 

Le rêve sans frontières et le bonheur d'accueillir une année toute neuve...


Image12.jpg

Étoiles au chant de vie, satinées de bienveillance...

 

Image13.jpg

 

Image14.jpg

 

Image15.jpg

 

Image16.jpg

 

Arbre qui se nourrit de songes et de voeux, « moderne » émanation de rituels enracinés dans l'inconscient collectif. Le sapin des Halles nous rappelle les « arbres à loques » auxquels on accroche, depuis des temps très anciens, des morceaux de tissu, des rubans et des objets insolites pour inviter l'esprit sylvestre à accomplir les souhaits formulés...


Image17.jpg

Devant sa parure d'étoiles, je suis en pleine transe photographique!

 

Image18.jpg

 

Cheminons à présent de Châtelet aux Tuileries, où la Grande Roue de la Concorde nous offre, sous un ciel brumeux, un spectacle qui ne peut laisser indifférent.

 

Image19.jpg

 

Roue du temps, carrousel argenté dominant une place de toute beauté, cette animation géante exerce sur les petits et les grands son pouvoir d'attraction.


Image20.jpg

 

 

Image21.jpg

 

Bijou des glaces irradiant sa lumière enchantée sur le manteau de la nuit...

 

Image22.jpg

 

Dans un camaïeu de gris, les oscillations de cet oeil hypnotique nous attirent entre deux mondes, au-delà de l'épaisse couche de nuages que seul le pyramidion de l'obélisque semble pouvoir percer.

 

Image23.jpg

 

Pour lire ou relire mon article consacré à la place de la Concorde, il vous suffit de cliquer ici...

 

Image24.jpg

 

Image25.jpg

 

Perchée à plus de 65 mètres de hauteur, la roue domine, telle une horloge tissant le temps, les Champs-Élysées et son marché de Noël.

 

Image26.jpg

 

Image27.jpg

 

Depuis l'année 2008, 160 chalets, fabriqués dans les Vosges, se déploient chaque hiver sur la célèbre avenue, à l'initiative du forain Marcel Campion. Avec leurs lucarnes miniatures, leurs toits découpés et leur luxe de détails, ils sont joliment réussis.

 

Image28.jpg

 

Entre la place de la Concorde et le rond-point des Champs-Élysées, ils présentent un large choix de cadeaux et de gourmandises traditionnelles.

 

Image29.jpg

 

Image30.jpg

 

Il est agréable de cheminer dans les odeurs de marrons grillés, de vin chaud, de cannelle et de chocolat fumant.

 

Désolée pour le flou de certaines photos. Elles ont été prises dans la brume enveloppante, sous une pluie glacée...

 

Image31.jpg

 

Mais cela n'altérait en rien le charme de la promenade...


Image32.jpg

 

Ces petites matriochkas, fertiles symboles de la Russie des légendes, rayonnaient dans le gris ambiant.

 

Image33.jpg

 

Image34.jpg

 

Image35.jpg

 

A quelques pas de la grande roue, se dressait le plus grand sapin de Noël d'Europe, titan de dix tonnes transporté depuis la forêt d'Abreschviller, en Moselle.

 

Image36.jpg

 

Symbole des forces de vie frissonnant dans la main de l'hiver, il régnait avec majesté sur les festivités.

 

De l'autre côté de la place, la Patinoire des Cinq Continents aimantait petits et grands, vers ses chemins de glace.

 

Image37.jpg

 

Ours blancs, cerfs, loups, pandas, pingouins, bisons... Trois cents animaux articulés étaient exposés, pour le bonheur des passants, dans de spacieuses vitrines.


Image38.jpg

 

Image39.jpg

 

Image40.jpg

 

Image41.jpg

Le coeur en fête, sous les boules géantes qui dansaient dans les arbres, nous nous sommes laissés étourdir par un baiser de sucre candi... chut, il n'y a pas d'image!

 

Image42.jpg

 

Nous n'avons pas chaussé de patins mais nos imaginations ont dessiné des ronds de fée sur la glace brillante...

 

Image43.jpg

 

Image44.jpg

 

La patinoire a fermé ses portes mais le cycle des saisons nous conduit vers les prochaines lumières de Noël...

 

Image45.jpg

 

Avant que l'esprit de la nouvelle année ne s'éclipse, sous ses broderies givrées, contemplons la décoration de ce restaurant, situé près de la cathédrale Notre-Dame.

 

Image46.jpg

 

Dans cette rue préservée de l'agitation environnante, nous avons découvert cette crèche élégante et les animaux couleur de neige qui l'accompagnaient.


Image47.jpg

 

Image48.jpg

 

Image49.jpg

Image50.jpg

Je referme, en vous embrassant bien fort, les pages de ce grimoire des fêtes. Une scintillante blancheur envahit nos paysages mais la fée hiver, dans ses arômes de chocolat chaud et ses senteurs balsamiques, nous emporte vers le royaume du printemps...


Image51.jpg

 

Que le bonheur fasse chavirer vos coeurs et vos papilles!

Plume4

Voir les commentaires

Publié le par maplumefee
Publié dans : #architecte, #bassin, #chevaux, #glace, #palais

Image01.jpg

La glace et la neige enveloppent la ville. Jardins et fontaines, vasques et bassins, arbres verts ou défeuillés se lovent dans un suaire soyeux.



Image02.jpg

Symphonie fantomatique



Image03.jpg

En ce palais dormant, les couleurs fusionnent avec les sortilèges du froid.



Image04.jpg

Bulles de rêves, entre deux rives, et florilège de cristaux mystérieux.



Image05.jpg

 

Image06.jpg

Miroir étrange où les ombres respirent...



Image07.jpg

 

Image08.jpg

  La lumière se dilue dans les moires de l'eau, ténébreuse cryosphère où s'enfonce le regard ...

 

Image09.jpg

Image10.jpg

Le paysage se pare d'une beauté plus secrète, tissée d'étoiles matricielles et de diamants oniriques.


Image11.jpg

Magie du flocon dont la croissance hexagonale cisèle, dans les mouvements de l'air, des formes complexes et poétiques.

 


Image12.jpg

Paris frissonne sous la glace, scintillante étendue qui étreint le Jardin du Luxembourg.

 


Image13.jpg

Image14.jpg

Sur cette photographie, datant de 1895, les jardiniers cassent, devant le palais, l'épaisse couverture gelée qui recouvrait le grand bassin.


Image15.jpg

La froide lumière exalte la puissance de cet édifice érigé, à partir de 1615, par l'architecte huguenot Salomon de Brosse (1571-1626), sur l'ordre de Marie de Médicis (1575-1642). Lassée du Louvre qu'elle trouvait très inconfortable, nostalgique du Palais Pitti et des jardins luxuriants de sa chère Florence, la Régente fit construire ce monument, célèbre par ses façades aux volumes saillants et sa Grande Galerie enluminée par Rubens. Le Palais du Luxembourg abrite le Sénat depuis la fin de l'année 1799.


Image16.jpg

La fontaine du grand bassin, élaboré sous le Premier Empire par l'architecte Jean-François-Thérèse Chalgrin (1739-1811), a revêtu de singuliers atours.


Image17.jpg

Des doigts de glace ont remodelé ces chérubins et la vasque qu'ils soutiennent.


Image18.jpg

Ils sont issus du Hameau de Chantilly, construit par l'architecte Jean-François Leroy pour le prince Louis-Joseph de Bourbon-Condé et qui inspira celui de la reine Marie-Antoinette à Versailles.


Image19.jpg

Image20.jpg

Image21.jpg

Les oiseaux engourdis patinent doucement et se rapprochent pour tenter de se réchauffer.

 


Image22.jpg

Image23.jpg

Image24.jpg

A défaut de marcher sur la glace, j'ai photographié ma fontaine préférée, à mi parcours de l'avenue de l'Observatoire.


Image25.jpg

L'hiver a saisi dans sa gangue la fontaine des Quatre Parties du Monde et tissé une peau de glace autour des statues et des ornements.


Image26.jpg

Je consacrerai bientôt un article à ce monument conçu par l'architecte Gabriel Davioud (1823-1881), inspecteur général des travaux d'architecture de la ville de Paris sous le règne de Napoléon III.


Des chevaux marins, des dauphins et des tortues, sculptés par Emmanuel Fremiet (1824-1910), dominent un majestueux bassin.



Image27.jpg

 

Image28.jpg

Les cristaux de glace dévoilent leur miroitante poésie.



Image29.jpg

 

Image30.jpg

Image31.jpg

Image32.jpg

Au sommet de l'édifice, quatre figures féminines réalisées par Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) soutiennent un globe terrestre entouré par les signes du Zodiaque.


Image33.jpg

L'Europe, l'Asie, l'Afrique et l'Amérique subissent l'étreinte du froid.


Image34.jpg

Image35.jpg

Les chevaux qui se dressent dans la lumière hivernale sont des merveilles néo-baroques.


Image36.jpg

Magnifiques chevaux dont le corps se termine par une queue de serpent. Anguipèdes médiateurs entre le monde humain et celui des divinités, ces puissants hybrides personnifient les courants telluriques et aquatiques.


Image37.jpg

Brisant leur armure de glace, ils jaillissent en direction des points cardinaux.

 


Image38.jpg

L'axe de l'Observatoire de Paris est une promenade historique et architecturale d'une immense richesse, un domaine de connaissance tourné vers les mystères du ciel étoilé.


Image39.jpg

Les crinières diamantées de ces fiers chevaux ruissellent dans la clarté évanescente.

 


Image40.jpg

Seconde peau sur âme de bronze...


Merci à Christophe qui est entré dans le bassin pour les photographier.


Image41.jpg

Ses photos et les miennes alternent tout au long de cet article.

 


Image42.jpg

Nous commencions à geler sur place alors nous avons pris congé de ces destriers fantastiques.


Image43.jpg

Nous sommes rentrés chez nous avant que la neige recouvre le paysage.


Image44.jpg

Le collège Évariste Galois, vu depuis la fenêtre de notre cuisine, tout de blanc vêtu...


Dans les vapeurs exquises de vanille et de chocolat chaud, je vous souhaite de savourer pleinement les fantasmagories hivernales et les joies de votre foyer!


Image45.jpg

Plume4

Voir les commentaires

Publié le par maplumefee
Publié dans : #carte, #collection, #hallow, #illustration, #magie, #publications, #sorcellerie

 

J'ai toujours aimé la nuit, territoire des peurs et des merveilles...

 

Image1

 

Petite, je me lovais dans le noir. J'espérais, le cœur battant, surprendre mes jouets animés ou débusquer de mystérieuses créatures. Désormais, je célèbre Halloween, avatar moderne de la sombre et flamboyante Samain.

 

Du fond des âges, les terreurs « anciennes » jaillissent dès que la nuit s'approfondit. On redoute ce qui est sauvage. Dans ce contexte, Halloween est comme un miroir où se reflètent les cauchemars qui nous hantent.

 

Image2

 

Les coutumes fantasques, les charmes de sorcières, le fameux « trick or treat » (« tu payes ou tu as un sort! » ou « un bonbon ou un sort! ») sont un hymne à notre ambivalence, à cette frontière entre lumière et obscurité que nous transgressons périodiquement.

 

« Carnaval de l'Enfer » que certains voudraient proscrire, Halloween a dévoré les spectres de Samain. Par le biais du déguisement, ceux qui la fêtent se heurtent à leurs frayeurs intimes et à celles de la collectivité.

 

Image3

 

La Samain des Celtes marquait le début de l'année nouvelle autour d'un roi désigné pour régénérer les forces de son clan. Ses sujets, masqués, rendaient un culte aux ancêtres et allumaient de grands feux pour repousser les puissances de l'obscurité.

 

Image4

(Illustration ancienne, collection de Gabriella Oldham. Carte éditée en 1988 par Dover Publications.)

 

La croyance dans les esprits a résisté au rationalisme et aux dogmes des religions. Gorgée de sève païenne, Halloween est une nuit « hors du temps » où le voile qui sépare les mondes s'affine et tombe, révélant son cortège de hantises et de fascinations.

 

En habits de feu dans les ténèbres, elle ravive ce qu'on appelait autrefois les récits de veillée. La magie des contes s'incarne alors dans les travestissements et les émotions débridées.

 

Image5

(Illustration de Frances Brundage, collection de Gabriella Oldham. Carte éditée en 1988 par Dover Publications.)

 

Le soir du 31 octobre, cette fête baroque et populaire est célébrée dans le monde anglo-saxon mais en dépit de certaines réticences, elle séduit dans de nombreux pays. Le folklore d'Halloween émigra aux Etats-Unis avec les Irlandais, chassés par la grande famine des années 1846/1848, les Ecossais et les Gallois. Quelques décennies plus tard, Halloween fut proclamée fête nationale.

 

Notre Toussaint est un univers étrange où se mêlent de très lointaines traditions. L'hommage aux défunts rencontre le culte des esprits qui a survécu à travers les métamorphoses, les histoires d'horreur et les chandelles frissonnantes.

 

Image6

(Carte de la Mort extraite du Tarot d'Aleister Crowley (1875-1947) ou Livre de Thot. Les illustrations furent réalisées, dans un style surréaliste, par Lady Frieda Harris (1877-1962), adepte de la Confrérie de l'Astre d'Argent.)

 

Image7

(Illustratrice Ellen H. Clapsaddle, collection de Gabriella Oldham. Carte éditée en 1988 par Dover Publications.)

 

Avec leurs chapeaux pointus et leurs balais, les sorcières sont les principales figures de cette période fascinante. Honni ou galvaudé, leur savoir a traversé les époques et continue de susciter des « vocations ».

 

Image8

(A Jolly Hallowe'en, illustration venant de la collection de Gabriella Oldham. Carte éditée en 1988 par Dover Publications.)

 

 

Image9 Sorcière d'encre (par Antoinette Dao, artiste plasticienne).

 

Transformées en lanternes fantastiques, les citrouilles et les courges évoquent le passage entre ténèbres et clarté. Jadis offertes aux divinités, elles sont creusées, ciselées, dégustées, transfigurées par des bougies que l'on place à l'intérieur. Jack O'Lantern est un personnage emblématique de ce folklore ambivalent.

 

Image10

(Ho! For a Merry Hallowe'en, illustration venant de la collection de Gabriella Oldham. Carte éditée en 1988 par Dover Publications.)

 

 

Les pommes et les noix sont considérées comme sacrées. On les place sur les tombes en guise d'offrandes, aux points cardinaux, au pied des arbres, à la croisée de plusieurs chemins.

 

Les fantômes glissent le long des rues, attirés par les lumières des maisons et la chaleur des vivants. A l'orée du sommeil, on peut apercevoir leurs formes évanescentes.

 

Image11

(A Thrilling Hallowe'en, illustration venant de la collection de Gabriella Oldham. Carte éditée en 1988 par Dover Publications.)

 

 

Emportés par le flot de « All Hallow's Eve ou Even », la « veille de tous les saints », levons nos verres à ces « amis invisibles » qui voyagent près de nous. Allumons des bougies devant les fenêtres pour marquer la route des vieilles âmes puis revêtons l'apparence de ce qui nous terrorise et chevauchons, à bride abattue, vers des contrées de sombre féerie...

 

Joyeux Halloween!

 

 

Image12 (A Merry Hallowe'en, illustration venant de la collection de Gabriella Oldham. Carte éditée en 1988 par Dover Publications.)

Plume4

Voir les commentaires

Publié le par maplumefee
Publié dans : #anciens, #halloween, #monde, #racines, #sorciers

Image1

 

Peuplée de sorcières, de vampires, de fantômes et de créatures issues du folklore anglo-saxon, la fête d'Halloween jaillit dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Importée aux Etats-Unis par les Irlandais, les Gallois et les Ecossais vers le milieu du XIXe siècle, Halloween plonge ses racines complexes dans le terreau des siècles celtiques. Dans ces périodes lointaines, on célébrait Samain ou Samhain, Samon ou Samonios en Gaule et Soween, en Irlande, qui signifie « fête de l'entrée dans l'hiver ».

 

Sacrée pour les Celtes et les Gaulois, cette nuit mystérieuse ouvrait les portes de « l'année sombre », du 31 octobre au 31 avril.

Image2 (Illustration ancienne venant de la collection de Gabriella Oldham. Carte éditée en 1988 par Dover Publications.)

 

 

Une fête aux multiples visages

 

A cette date fatidique, les tribus se réunissaient autour de grands brasiers pour affronter l'obscurité, peuplée d'êtres maléfiques. Des festins se succédaient, marquant la fin des activités guerrières au début de l'hiver. Agapes initiatiques au cours desquelles on « dévorait » rituellement le roi de l'ancienne année avant d'introniser le nouveau.

 

Des porcs, animaux chthoniens, conducteurs des âmes et messagers entre le monde humain et celui des dieux, étaient sacrifiés.

 

Des repas étaient dédiés aux ancêtres. Des chants, accompagnés de danses à caractère prophylactique, éclataient dans la nuit. Les outils agricoles étaient mis au repos.

 

Présente sous de nombreuses formes, la mort est initiatique et nourricière. Dans les légendes celtiques, elle attend le roi et ses guerriers dans le ventre d'un chaudron magique, sorte de puits ouvert sur le monde d'en-bas, espace temps d'épreuves et de dangers qui régénèrent l'impétrant, renouvellent ses forces en même temps que celles de la communauté.

 

Image3

(La Déesse à la Pomme, illustration venant du Tarot de Merlin, créé par R.J. Stewart et illustré par Miranda Gray).

 

 

Dans la terre profonde, entremêlée de racines que les sorcières utilisent pour concocter leurs différentes mixtures, vivent des esprits qui s'incarnent sous la forme de lutins maraudeurs et d'animaux noirs. Ces « entités » sont particulièrement voraces à la période d'Halloween.

 

Image4

 

 

Héritière de superstitions et de rituels très anciens, ancrés dans le folklore anglo-saxon, Halloween se présente comme la résurgence de nos propres traditions, réveillant un code symbolique commun à plusieurs régions de France.

 

Parés de costumes et de masques, les enfants et les adultes défilent dans les rues en tenant des lampions, des lanternes, des balais de sorcières et différents accessoires magiques.

 

Dans le monde anglo-saxon, les enfants frappent aux portes des maisons et prononcent une phrase consacrée: « trick or treat » qui signifie « un bonbon ou un sort » ou « tu payes ou tu as un sort »! Ils reçoivent des sucreries, des babioles ou des pièces de monnaie dans un sac ou un petit chaudron.

 

Un peu partout, se dressent des citrouilles évidées et sculptées dans lesquelles sont placées des bougies, de manière à créer des visages de feu qui défient l'obscurité de la nuit.

 

 

Image5

(Illustratrice Ellen H. Clapsaddle (1865-1934), collection de Gabriella Oldham. Carte éditée en 1988 par Dover Publications.)

 

 

« Fruits-visages » et lampes d'Halloween

 

Originellement, ces lampes fantastiques étaient creusées dans de gros légumes et dans des fruits. A partir de l'équinoxe d'automne, les racines, les rhizomes et les tubercules se « chargent » de pouvoir. Transformés en lanternes flamboyantes, ils sont réputés éloigner les démons tapis dans les ténèbres et le froid.

 

Image6

 

 

Ces « têtes lumineuses » étaient placées autrefois à la croisée de plusieurs chemins (lieu associé aux apparitions du Diable, aux sabbats des sorcières, aux rencontres avec l'au-delà), à l'entrée des cimetières et devant les bâtiments en ruines, repaires de rôdeurs maléfiques...

 

Image7

 

La tradition des Rommelbootzen ou « têtes de mort de la Toussaint » existe toujours en Lorraine et en Moselle. De grosses betteraves sont creusées en formes de masques grotesques et illuminées par de petites bougies. Elles sont ensuite placées aux croisées de chemins, au pied des calvaires et sur le rebord des fenêtres. La coutume veut que les sculpteurs de betteraves y « transfèrent » un peu de leur âme.

 

Image8

(Affiche du festival des « Betteraves Grimaçantes »
qui se déroule au château Saint Sixte de Freistroff,
près de Bouzonville en Moselle, du 26 au 31 octobre 2011.)

 

Les racines relient le monde des profondeurs au monde de la surface où évoluent les vivants. Dans le folklore du nord de l'Europe, certaines racines sont « habitées » par des esprits dont il faut se concilier les faveurs. Les légendes allemandes font référence à Rübezahl, le « compteur de navets », un démon de la terre que l'on appelle aussi « Maître Jean », « Seigneur Jean » ou « Sire Jean ».

 

Originaires d'Amérique, les grosses citrouilles oranges (pumpkin), se développent sur des lianes luxuriantes. Leur peau épaisse se partage en quartiers. Leurs grandes feuilles vert vif forment des vrilles décoratives. Leurs fleurs jaune d'or en forme d'entonnoirs se forment à la fin du printemps. Gorgées de graines à la période d'Halloween, elles évoquent la fécondité et la mort. Elles symbolisent la connaissance et tissent des liens subtils entre les mondes. Leurs graines rissolées sont des trésors d'énergie et de vitamines à déguster.

 

Le potiron vient aussi des Amériques. Ce beau fruit se distingue par ses couleurs variées, du rouge vif au vert foncé en passant par l'orange lumineux. Sa chair appétissante excite les papilles et stimule l'imagination des gourmands. Sa chair est moins filandreuse et plus sucrée que celle de la citrouille.

 

Image9

 

Courges musquées, butternut ou spaghetti, giraumons, potimarrons, pâtissons... le monde des cucurbitacées nous régale de bienfaits. Avec leurs couleurs solaires et leurs silhouettes bizarres, ces « merveilles végétales » sont les emblèmes d'Halloween.

 

Le lendemain d'Halloween, on aborde la « sobre » Toussaint, suivie, le 2 novembre, du « Jour des Morts ».

 

Contrariée par la survivance des rituels de Samain, l'Eglise voulut substituer le culte des saints à celui des esprits et des âmes. Au IXe siècle, sous l'égide du pape Grégoire IV et de l'empereur Louis le Pieux, la Toussaint telle que nous la connaissons prit davantage d'importance. Mais l'Eglise ne put éradiquer les vieilles croyances qui perdurèrent, sous des formes plus ou moins actives, suivant les régions.

 

Image10   Image11

 

 

A la fin du Xe siècle, l'abbé Odilon de Cluny ordonna qu'une messe soit célébrée pour les morts, le 2 novembre, mais chaque 31 octobre, l'ancienne tradition est perpétuée par les chandelles brillantes, les citrouilles grimaçantes, les incantations ludiques et les déguisements facétieux.

 

Image12

 

Halloween Greetings!

 

Image13

(Illustration ancienne venant de la collection de Gabriella Oldham. Carte éditée en 1988 par Dover Publications.)

 

 

Bibliographie

 

MARKALE, Jean: Halloween: histoire et traditions. Imago Editions, 2000.

 

PREAUD, Maxime: Les Sorcières Catalogue d'exposition. Paris, 16 Janvier-20 Avril 1973, B.N. Paris: Bibliothèque Nationale, 1973.

 

RONECKER, Jean-Paul: Halloween.Puiseaux: Pardès, 2000.

 

VALENCE, Marie de: S comme sorcière.Vallon-en-Sully: Cercle Beltane, 2000.

 

WARGNY, Guy de: La France des sorciers.Saint-Pierre-lès-Nemours: EUREDIF, 1980.

 

Image14

 

Image15

 

Plume4

Voir les commentaires

Publié le par maplumefee
Publié dans : #annee, #dragon, #eau, #jour, #rouge

Image1
Le 23 Janvier 2012, le Lapin de Métal s'en est allé, cédant la place à une figure majeure de la mythologie chinoise, le Dragon d'Eau, seigneur du Zodiaque et des éléments. Avec fantaisie et majesté, il règne, dans ses rutilants atours, sur l'Ancien Monde et rayonne sur le Nouveau.

Image2
La Fête du Printemps est célébrée le premier jour du premier mois lunaire. Ses origines remontent à la dynastie Shang (1766-1122 avant J.-C.). Renouvelée, sous l'égide du puissant dragon, elle promet, d'après les croyances asiatiques, prospérité, fécondité, succès et renaissance.

Le nouvel an chinois évolue chaque année entre le 21 janvier et le 20 février, en raison du calendrier luni-solaire qui se fonde sur une connaissance aiguë des cycles saisonniers. C'est à Nankin, à l'observatoire de la Montagne Pourpre, que l'apparition de la nouvelle lune est déterminée.

Image3

Un défilé haut en couleurs

Le 28 janvier, sur le parvis de l'Hôtel de Ville, les « enfants du Dragon », les amateurs de folklore et de mythologie et les curieux de tous bords s'étaient donné rendez-vous.

Image4
Image5

Ce rose printanier illumine l'atmosphère orageuse du premier samedi de l'année.


Image6

Le rouge et l'or, couleurs sacrées, protectrices contre les forces malveillantes.


Image7

Les génies de la chance et de la prospérité
accompagnent avec bonhomie ce festival lunaire.


Le vert évoque la poussée de l'énergie vitale et le retour du Printemps. Associé à l'Est, au foie et aux muscles, il stimule la bonté et la santé.

Le jaune est la couleur des vêtements impériaux et de la Terre, l'élément du Centre, symbole de fertilité. Les eaux du fleuve Jaune favorisent le renouveau de la végétation.

Avec quelques touches de rose, le pouvoir de la Nature s'éveille doucement à travers les fleurs de cerisier.

Image8

Une galerie de costumes somptueux
pour stimuler les forces bienfaisantes de l'année
et honorer les dieux de la prospérité.


Image9

Les Traditions du Nouvel An

Le passage d'une année à l'autre s'effectue suivant un ensemble de rites associés à la purification et à la protection du foyer.

Une semaine avant la fête du Printemps, on dit traditionnellement adieu à Zaòwángyé, le dieu du foyer, dont le portrait est affiché dans les cuisines. Ce personnage magique entreprend un long voyage vers l'Empereur de Jade, la divinité suprême du taoïsme, auquel il révèle les bonnes et les mauvaises actions effectuées par chacun. Dans la crainte de son jugement, on lui offre des bonbons et des aliments collants. Pour adoucir ses propos, on applique des gourmandises sur sa bouche et on brûle ses effigies sacrées afin que son énergie s'envole avec la fumée. Quelques jours après, on installe de nouvelles effigies.

Les habitations sont soigneusement nettoyées et purifiées avec de l'encens. Certaines personnes évitent d'utiliser des ciseaux et des couteaux de crainte de « sectionner » le fil de la bonne fortune.

Le dernier jour de l'année, on décore les maisons avec des images traditionnelles. Des caractères de chance (duilian), des voeux et des souhaits, tracés sur du papier rouge, sont collés sur les portes.

Autrefois, on y accrochait les effigies des dieux Shen Tu et Yu Lei, sculptées dans du bois de pêcher.

Les voeux de Printemps sont des formules poétiques, inscrites sur des bandes de papier que l'on suspend dans les maisons, traditionnellement à l'envers. En effet, le mot « renversé » se lit « tao » en mandarin, comme le mot « arrivé » qui signifie le retour du Printemps et de la prospérité; et le mot « bonheur » se retrouve aussi la tête en bas...

Image10
De manière personnelle, il est conseillé de se confronter aux problèmes non résolus de l'année précédente et d'entamer une discussion avec ses ennemis.

 


Le Réveillon ou banquet familial

Il se déroule autour d'une succession de plats raffinés. En règle générale, les membres de la famille qui ne peuvent pas se déplacer ont tout de même une place à table. Les aliments sont investis d'une valeur symbolique et procurent, à ceux qui les consomment, bonheur, chance et prospérité.

On déguste par exemple des raviolis qui ressemblent à des petits lingots dorés, de la carpe qui évoque le « surplus » afin de ne jamais manquer, du canard pour la bonne fortune, des crevettes pour le bonheur, des nouilles pour la longévité, des haricots rouges pour chasser les démons, des sucreries de forme ronde ou ovale pour célébrer l'union de la famille.

Un poisson servi avec la tête et la queue signifie le début et la fin de l'année.

On prépare des fa-kao, une sorte de gâteau de riz dont le dessus forme des craquelures. Plus ces dernières sont larges, plus la joie et la richesse sont censées régner dans le foyer. J'ai déjà pu apprécier leur robe croustillante et leur fondant intérieur...

A la fin du repas, on partage le gâteau du nouvel an (niángāo). Deux couches de pâte de riz gluant enserrent de la pâte de haricot rouge et de sucre de canne complet, parfumée au longane et parfois au thé vert.

Le longane est le fruit du Dimocarpus longan, un petit arbre à feuilles persistantes, originaire du sud-est de la Chine. Ce délice végétal, qui ressemble un peu au litchi, signifie « oeil de dragon ».

On offre des mandarines et des oranges qui représentent la richesse, le bonheur et la bonne fortune.

On honore les ancêtres avec du vin et des gâteaux de farine de riz glutineux, en forme d'animaux, cuits à la vapeur. On échange des souhaits et des cadeaux et on remet aux enfants les fameuses enveloppes rouges (hóng bāo) qui contiennent de l'argent et qui portent bonheur.

Image11
Les personnages symboliques, les couleurs et les danses magiques ont pour fonction de repousser le « monstre de l'année ».

Nian ou Nien était un monstre légendaire qui donna son nom au cercle de l'année. Émanation de l'incréé, du chaos et des abysses nocturnes, il rôdait autour des villages, à l'instar de nos croquemitaines occidentaux. Pendant la « nuit de Nian », les habitants veillaient et allumaient une profusion de flambeaux, lumières vivantes et protectrices.

Image12
Créature hybride, dotée d'une tête de lion et d'un corps de taureau, Nian apparaît dans les danses de lions qui neutralisent son pouvoir maléfique.

Guidé par sa voracité, il surgit de la mer ou de la forêt, il descend des montagnes afin de dévorer les hommes et les animaux mais il ne supporte pas le bruit, la lumière vive et la couleur rouge. Dans les temps anciens, les villageois plaçaient des chiffons écarlates sur les portes pour l'effrayer.

Les pétards qui retentissent sont censés mettre en déroute ce terrible monstre et les créatures malveillantes qui évoluent dans son sillage. D'après les légendes, le vacarme, les danses serpentines et la couleur rouge ont de puissantes vertus.

Les premiers pétards étaient réalisés avec des tiges de bambou. Aujourd'hui, ce sont des chaînes de petits pétards rouges appelés « démons » qui sont utilisées.

Image13
Émanation du yang, la couleur rouge (hung), règne sur l'été et le sud, à l'opposé du yin, associé au noir, au nord et à l'hiver. Elle est apotropaïque, c'est à dire réputée éloigner les forces négatives. (Le mot « apotropaïque » vient du grec apotropein qui signifie « détourner ».)

« Au théâtre chinois, le dieu de la guerre a le visage peint en rouge, couleur du sang et des blessures, mais les cartes du nouvel an sont rouges et les pêches rouges sont un présent de mariage car le rouge est aussi la couleur de la joie et de la chance envoyées par les dieux. »
J. Gernet: Problèmes de la couleur. Bibliothèque générale de l'École Pratique des Hautes Études, VIe Section, Sorbonne, 1957.

Le rouge est la couleur des noces. La jeune mariée, vêtue de rouge et installée dans un palanquin rouge, est conduite au logis de son époux. Les portes de sa nouvelle maison sont couvertes de laque rouge.

Les lanternes rouges et dorées sont des symboles de richesse et de félicité.

Image14

Des couleurs précieuses sous le ciel de tempête...



Image15
Les dragons qui virevoltent apportent la joie, la force et la prospérité. Leurs danses ondoyantes s'enracinent dans le culte des ancêtres, l'hommage aux divinités et la réminiscence du pouvoir impérial. Elles honorent aussi les dieux de la pluie fécondante qui font croître les moissons.

Les acrobaties du dragon symbolisent la bravoure, la force et la noblesse. Tel un long ruban précieux, il se gorge d'air et tourbillonne parmi les passants émerveillés.

 



La danse des Lions

Image16
Au rythme des cymbales, du gong et du tambour, les lions aux couleurs vives s'ébattent dans des positions qui mélangent la danse et les arts martiaux. Chaque lion est incarné par deux danseurs. Le corps et la queue sont animés par des liens souples alors que la tête est contrôlée par des tiges de bambou. Cette activité requiert une grande force, beaucoup de coordination et de vitalité.

Image17
Ces danses soigneusement codifiées sont réputées éloigner les esprits malveillants, attirer la chance et stimuler la fertilité. Elles sont exécutées pendant les mariages, à l'occasion du nouvel an et pour célébrer l'ouverture d'une nouvelle boutique.

Image18
Image19

Au coeur de cette ronde fantastique, un petit garçon accomplit des katas.



Les festivités du nouvel an s'étendent sur une période d'environ trois semaines, rythmée par des cérémonies grandioses et des moments plus intimes. La phase de préparation, que nous avons étudiée précédemment, le Réveillon et les jours qui suivent sont imprégnés de sagesse et de magie.

 


Le Premier Jour
On « salue l'année » en portant des vêtements neufs, de préférence rouges. On ne mange généralement pas de viande afin de purifier son corps et son esprit. On présente ses voeux à la famille et aux amis. On se rend au temple et on honore les tombes des ancêtres. Les effigies des ancêtres et des dieux du foyer sont renouvelées.

Le Troisième Jour: la visite et les noces des Souris
D'après une ancienne croyance, comme les souris n'entrent que dans un foyer prospère, on laisse des provisions à leur intention. Quand elles sont repues, elles peuvent célébrer les noces de leurs enfants. Il est donc conseillé d'aller se coucher tôt, ce soir-là, pour ne pas les déranger.

Le Quatrième Jour: le retour du Dieu du Foyer
Zaòwángyé revient de son périple à travers les mondes célestes. On lui prépare des offrandes et un savoureux repas.

Le Cinquième Jour: le retour au travail
Le cinquième jour marque la reprise du travail et l'échange des voeux entre collègues. Les commerçants commandent des danses de lions. Le dieu de la richesse et ses avatars, les dieux de la fortune, reçoivent des offrandes.

Pendant les premiers jours de l'année, l'utilisation du balai est fortement déconseillée car les bonnes énergies risqueraient d'être chassées avec la poussière.

Le Quinzième Jour: la Fête des Lanternes
Elle vient clore ce festival printanier et célébrer la pleine lune du début de l'année, dotée de grands pouvoirs. Pour les anciens peuples de la Chine, elle dévoilait les esprits qui chevauchent dans les airs. Les lanternes rougeoyantes, ornées de symboles, célèbrent ces entités bienveillantes.

D'après une vieille légende, le dieu du feu voulait incendier la capitale ce jour-là. Les habitants tentèrent de le convaincre que la ville était dévorée par les flammes. Ils allumèrent pour cela une myriade de lanternes et le dieu fut dupé.

Image20
La lumière et les flammes sont reines. Les lanternes de toutes formes (dragon, cheval, phénix, lotus, pivoine, personnages de théâtre, de dessins animés...) et de diverses matières (papier, tissu, plastique...) oscillent dans la nuit. On voit aussi scintiller des lanternes de glace.

Le plat traditionnel de la fête est la soupe de yuanxiao, des boulettes de pâte de riz farcies de pâte de haricots rouges, de cacao, de cannelle, de sésame, etc, dont la rondeur symbolise l'union et l'harmonie.


Les Pouvoirs du Dragon


Image21
Le dragon chinois est doté d'un long corps serpentin ou anguiliforme, de bois ou de cornes et d'une puissante gueule barbue. Il ne possède pas d'ailes mais la crête qui couronne son crâne lui permet de voler. Avant de revêtir sa forme définitive, il se métamorphose pendant des milliers d'années. Il est une sorte de long poisson mythique et, d'après certains archéologues, son effigie dérive de représentations stylisées d'animaux bien réels, comme des poissons, des serpents et des crocodiles.

Image22 Animal sacré, à l'instar du Phénix, de la Licorne et de la Tortue, le Dragon permet aux puissances célestes de se manifester auprès des hommes.

Image23
L'expression « deng longmen » signifie « franchir la passe du dragon », c'est à dire « réussir sa carrière ».

Si une carpe parvient à franchir la « porte du dragon », elle se métamorphosera en dragon. La « porte du dragon » est une porte mythique et allégorique symbolisant les efforts déployés pour atteindre son but.

Image24

Le Seigneur des métamorphoses
Créature gorgée de magie, le dragon peut tisser les nuages, se changer en gouttes d'eau et de feu, scintiller dans les ténèbres, devenir invisible, revêtir l'apparence d'autres animaux, prendre une forme humaine ou hybride (comme un corps d'homme et une tête de dragon).

Le Dragon d'Eau
Émanation de l'élément yang, le dragon est investi du pouvoir de création et de fécondité mais il est aussi en adéquation avec l'élément yin et les puissances aquatiques. Il est le seigneur des eaux en mouvement, fécondes et jaillissantes, dont il contrôle le pouvoir de vie et de mort.

Maître du calendrier et de la météorologie, il se love dans les eaux matricielles (rivières, lacs, océans) et règne sur les eaux célestes. Il serpente à travers les nuages et fait tomber la pluie.

Les cours d'eau, les bras de mer, les étangs, les rivières et les lacs ont leurs dragons-esprits.

Pendant l'hiver, les dragons s'enfoncent dans les entrailles de la Terre. Ils remontent à la surface au début du deuxième mois, pour apporter les pluies fécondantes. Le deuxième jour, ils sont honorés avec des feux d'artifice.

Le rite du Qiu se déroule pendant les périodes de sécheresse. Pour invoquer le pouvoir bienfaisant du dragon d'eau, un dragon de papier est fixé à une armature de bois et placé dans un lit de rivière asséché. Les chamanes lancent des incantations et frappent des tambours pour imiter le grondement du tonnerre, invitant, par ce bruit caractéristique, le roi-dragon à libérer la pluie.

Les combats et les accouplements de dragons font aussi venir la pluie. Ils sont symbolisés par les « joutes des bateaux dragons ».

Les oeufs de dragons, brillants, nacrés, multicolores, iridescents, naissent des souffles mêlés des dragons mâles et femelles, sur les berges des rivières. Ils peuvent contrôler la météorologie.

Le Sculpteur de paysages
Le dragon représente les forces changeantes de la Nature, la mutation des espaces au rythme des saisons, les ondulations étranges des roches et de la terre.

Les montagnes et les collines ont été façonnées par le passage ou le souffle incandescent des dragons. Les très vieilles pierres sont associées à leurs dents et à leurs os.

Le Seigneur de la végétation
Les dragons verts incarnent la force contenue dans les graines et les bourgeons, l'énergie sinueuse des feuilles et des branches. Ils crachent des bouquets verdoyants.

A la période du solstice d'hiver, ils combattent, de manière rituelle, et leur sang noir et jaune se répand sur la terre pour que renaisse le printemps.

D'après la légende, le jade est né de l'union de la semence du dragon avec la terre, au moment où pulsent les énergies printanières.

Le magicien des éléments
De nombreux dragons vivent dans les nuages dont ils tissent les contours avec leurs griffes ou qu'ils engendrent avec leur haleine. Liés au vent, aux orages fécondants et au tonnerre, ils peuvent provoquer des cyclones et des tsunamis.

Ils ont aussi une incidence sur les heures du jour et de la nuit. Un dragon crée le jour en ouvrant les paupières et ferme les yeux pour appeler l'obscurité.

Certains dragons suscitent des éclipses en poursuivant la lune et le soleil.

Le médiateur entre les mondes
A certaines périodes, les dragons sont chevauchés par les âmes qu'ils emportent dans l'au-delà.

Dans les régions montagneuses, des bannières représentant des dragons claquent au vent pour attirer les bons esprits.

Image25 Quand il ne conduit pas les âmes vers les mondes célestes, le dragon poursuit une grosse boule brillante, jaune et dorée, qui symbolise le renouveau, la graine de lotus, émanation des nourritures terrestres et spirituelles.

Le Dragon et la Perle

Image26
Au creux de sa gorge ou de sa bouche, entre ses griffes ou dans un luxuriant palais situé au fond des mers, le dragon protège la perle sacrée, emblème de la « parole précieuse ». Des intrépides tentent parfois de la dérober car elle a la réputation d'exaucer les voeux.

Quand deux dragons jouent avec une perle, celle-ci incarne « la balle du tonnerre ». En montant très haut dans les airs et en roulant brusquement sur le sol, elle attire les pluies fertilisantes et stimule le réveil de la Nature.

D'après la croyance populaire, en Chine, le tonnerre féconde les coquillages et les perles s'y développent, gorgées de clarté lunaire.

Symbole de sagesse et de connaissance, de chance et d'immortalité, la perle est bénéfique pour le sang et les yeux. La tradition voulait qu'une perle soit placée dans la bouche des défunts fortunés.

L'Empereur Dragon
Le dragon apparaît comme l'emblème du pouvoir harmonieux, celui de l'Empereur, fils du Ciel et de la Terre et médiateur entre les « différents plans de réalité ».

Image27

L'empereur T'ai Tsung de la dynastie des Tang (626-649).



Le dragon à cinq griffes était représenté sur les vêtements impériaux, les murs des palais et les objets à caractère rituel ou décoratif.

Pour l'anecdote, le dragon à quatre griffes est un des symboles de la Corée et le dragon à trois griffes, d'inspiration Japonaise.

Le Gardien de l'Ordre cosmique
Image28
Un gu ou tambourin, orné d'un dragon. Reflet de l'harmonie du cosmos, la musique tisse un lien subtil entre le Ciel et la Terre.

Les cloches possèdent un anneau de suspension en forme de dragon.

 



Image29 Ces dragons représentent les cinq éléments de la cosmogonie chinoise: le bois (vert), le feu (rouge), la terre (jaune), le métal (blanc) et l'eau (noir), reliés par des cycles complexes. (L'illustration est issue du livre intitulé Voies et vertus de la médecine chinoise de Jean-François Cludy et Régine Tiburce-Cludy, P.21).

Le chiffre du Dragon

Il s'agit du chiffre neuf, quintessence de sagesse et de chance.

Image30

Un des dragons du Mur des Neuf Dragons de la Cité Interdite.



Sur ce magnifique mur, construit en 1774, sous le règne de l'empereur Qian-Long et composé de 270 carreaux de céramique vernissés, ondulent neuf dragons sacrés, protecteurs du sanctuaire impérial contre les esprits maléfiques. Sur un fond tourbillonnant de vagues et de nuages, les dragons cherchent à attraper une perle.

Une immense variété de Dragons
Les dragons chinois sont de puissantes divinités, des rois des mers, des gardiens de trésors et de lieux sacrés, des médiateurs entre les mondes, des fondateurs de temples et de cités. Ils insufflent l'étincelle de vie, règnent sur les eaux célestes et matricielles, propagent la sagesse des dieux et des ancêtres. Le plus souvent bienveillants, ils possèdent un tempérament ombrageux, versatile et capricieux et transforment parfois les ondes telluriques en fluides mortifères mais cette part sauvage et chaotique de leur caractère n'affaiblit pas la vénération qu'ils suscitent.

Tian-lung est le dragon céleste, le protecteur des palais divins qu'il soutient avec sa colonne vertébrale.

Shen-lung est un magnifique dragon, doté d'écailles azurées. A partir de la dynastie des Han (206 avant J.-C. -220), ce dragon bleu-vert se présente comme le symbole de l'empereur et de l'Orient, de la pluie printanière et du soleil levant. Il règne sur le cinquième signe du Zodiaque et préside au renouvellement de la végétation. Il danse sur les nuages et fait tomber la pluie sur les cultures. On invoque son énergie fécondante mais il peut lever des tempêtes et des vents destructeurs.

Di-lung règne sur les sources et les cours d'eau.

Fu-zang-lung est le gardien des trésors et des objets magiques. Il connaît l'emplacement des veines précieuses de la terre et des filons métallifères.

Huang-lung est le cheval dragon ou le dragon jaune. Il a jailli du fleuve Jaune mythique et s'est incliné devant l'empereur légendaire Fu Hsi avant de lui transmettre les secrets de l'écriture et du Yi King.

Le dragon blanc représente l'Occident et la mort. Le souverain des eaux de l'est, du nord, du sud et de l'ouest est un majestueux dragon rouge-sang. Les dragons dorés concentrent une infinité de pouvoirs.

Image31
Omniprésent dans les croyances chinoises, le dragon ouvre les portes d'une année considérée comme propice pour la réalisation des projets et les naissances car les « enfants du dragon » sont réputés éloigner le malheur et les coups du sort.

Image32
Image33
Pour célébrer l'année du Dragon, la Maison de Thé Mariage Frères a élaboré un thé vert, fruité et acidulé, aux baies de goji du Tibet.

Image34

On peut contempler cette belle vitrine dans le Carrousel du Louvre.



Image35

Un dragon de cristal signé Lalique.



Jusqu'au 10 février 2013, où son règne sera remplacé par celui du Serpent, le Dragon nous insufflera son charisme et sa vigueur flamboyante. On l'invoquera secrètement pour attirer la chance, le bonheur et la prospérité même s'il faudra sûrement composer avec les turbulences de son caractère...

Dans les contes et les légendes d'Occident, les récits religieux et l'imaginaire collectif, les dragons sont malheureusement perçus comme des tueurs impitoyables. Souvent dotés, comme les démons, de grandes ailes membraneuses, il font preuve d'une voracité sans limites et tombent sous les coups de lance ou d'épée des saints guerriers. Mais ils apparaissent aussi comme des initiateurs, liés aux anciens cultes agraires. Je leur consacrerai un article dans quelques temps.

Je vous souhaite à présent une excellente année sous le signe du Dragon Chinois et vous invite à explorer avec passion les mondes fabuleux et les traditions millénaires qu'il gouverne!

Image36

Un « papertoy » dragon signé Tina Kraus, illustratrice allemande.




Image37

Bonne année: Xῑnnián hăo!



Bibliographie

Marcel GRANET: La civilisation chinoise. Albin Michel, 1930. La pensée chinoise. Albin Michel, 1994.

Martine LEYRIS: La Chine du dragon impérial, collection »Les grands Empires » chez Robert Laffont, 1982.


Image38

Plume4

Voir les commentaires

Publié le par maplumefee
Publié dans : #amou, #coeur, #jeune, #saint, #valentin

Image1

La guirlande des amours


Chaque année, à la mi-février, des rites d'amour et de très anciennes croyances fleurissent pour annoncer le réveil de la Nature, après les sombres nuits d'hiver. Dans ce contexte, le 14 février est célébré sous le patronage de Valentin, le saint des « fiancés, des jeunes filles et des garçons à marier » mais, malgré son importante popularité, le personnage se pare d'une aura de mystère.

La légende de Saint-Valentin
Plusieurs « Valentin » sont fêtés le 14 février, en France et dans d'autres pays, ce qui n'a pas manqué d'attirer l'attention des mythologues et des historiens. Une telle mise en lumière ayant généralement pour effet de « camoufler » un substrat de divinités pré-chrétiennes.

Image2

La brouette d'amour


La légende de Saint-Valentin naquit sous le règne de l'empereur Claude II, dit le Gothique (214-270). En proie à certaines difficultés pour constituer ses légions, Claude fit interdire, en l'an 268, les fiançailles et les mariages sur l'ensemble du territoire qu'il dominait mais un prêtre nommé Valentin choisit de braver ses ordres et d'unir secrètement les jeunes couples. L'empereur le fit arrêter et condamner à mort par décapitation.

Dans sa prison, Valentin rencontra Augustine, la fille de son geôlier, une jeune aveugle à qui il rendit la vue, grâce à des prières. Elle prit soin de lui et il lui adressa, avant son exécution, une lettre qu'il aurait signée « Ton Valentin ».

Dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine, Valentin fut emprisonné pour avoir refusé de se prosterner devant les divinités de Rome. Il s'éprit de la fille de l'empereur Claude, une jeune aveugle qu'il s'efforça de guérir. L'empereur promit de se convertir si l'issue était heureuse mais Valentin subit tout de même le martyre. Il laissa à la demoiselle de son coeur un billet doux qui devint une « valentine ».


Les Lupercales romaines

Cette belle et tragique histoire a été façonnée dans un but politique et religieux, celui de « gommer » le souvenir érotique des Lupercales, fêtes de la fertilité célébrées jadis à Rome, le 15 février.

Les prêtres de Lupercus, le dieu loup de la fécondité, couraient dans la ville, vêtus de peaux de chèvre. Ils fouettaient, avec des lanières en cuir de chèvre, les femmes qui croisaient leur chemin, afin de stimuler leur pouvoir de fertilité. La course sauvage des Luperques avait pour but de purifier la cité, d'éloigner les démons et les épidémies et de repousser les êtres atteints de lycanthropie.

Lupercus était le protecteur des animaux à cornes, des troupeaux et des futures récoltes. On organisait en son nom une « loterie d'amour ». Les jeunes hommes tiraient au sort le nom de la jeune fille qui deviendrait leur « compagne des festivités » et sur laquelle ils veilleraient, l'espace d'une année.

En l'an 496, le pape Gélase Ier décida de contrer les survivances des Lupercales en instituant la Saint-Valentin. La fête romaine, tissée de coutumes païennes, disparut au profit de célébrations plus « convenables » mais il fallut attendre la fin du XVe siècle pour que, sur l'initiative du pape Alexandre VI, Valentin devienne le patron officiel des amoureux.


Les amours des oiseaux

Image3
La Saint-Valentin est associée aux parades nuptiales des oiseaux qui commencent à s'accoupler et sont considérés comme les messagers du printemps. Au cours de leurs voltes amoureuses, ils se livrent à des jeux mêlés de chants qui stimulent l'éveil des puissances naturelles.

Ils accompagnaient dans l'Antiquité les Gamélies athéniennes, célébrations rituelles des noces de Zeus et d'Héra qui se déroulaient de la mi-janvier à la mi-février. On offrait à la déesse des oiseaux sacrés, d'un blanc immaculé, tandis que les fiancés échangeaient des voeux d'amour en buvant du vin dans des coupes en forme d'oiseaux.

L'image des oiseaux a souvent été utilisée de manière symbolique pour représenter les élans de l'amour. Le verbe « oiseler », très employé au XVIIIe siècle, signifie d'ailleurs « faire l'amour ».


Charles d'Orléans, le chantre de l'amour

La tradition d'écrire des cartes de Saint-Valentin est étroitement liée à ce prince de France, neveu du roi Charles VI, qui naquit en 1394 et mourut en 1465. Charles Ier d'Orléans était le fils de Louis Ier, duc d'Orléans et de Valentine Visconti, fille du puissant duc de Milan, Jean Galéas Visconti.

Image4

Fait prisonnier à la bataille d'Azincourt, le 25 octobre 1415, il fut emmené en Angleterre et retenu captif à la Tour de Londres pendant 25 années. Il sublima sa souffrance grâce à l'écriture de chansons, de ballades, de complaintes et de rondeaux. Il composa aussi des poésies en langue anglaise.

Le thème de l'absence, la cruelle solitude alors que les oiseaux « apportent » le printemps, l'espoir qui veut survivre et l'amour ardent nous offrent un chant sublime, mêlé de fièvre et de noirceur. Le coeur à vif, le poète nous entraîne, avec les rougeoiements de sa plume, dans le cycle implacable et grandiose des saisons.

Le beau soleil, le jour Saint-Valentin

Le beau soleil, le jour Saint-Valentin,
Qui apportait sa chandelle allumée,
N'a pas longtemps entra un bien matin
Privéement en ma chambre fermée.
Cette clarté qu'il avait apportée,
Si m'éveilla du somme de Souci
Ou j'avais toute la nuit dormi
Sur le dur lit d'ennuyeuse pensée.

Ce jour aussi, pour partir leur butin
Les biens d'Amours, faisaient assemblée
Tous les oiseaux qui, parlant leur latin,
Criaient fort, demandant la livrée
Que Nature leur avait ordonnée
C'était d'un pair (1) comme chacun choisi
Si ne me peux rendormir, pour leur cri,
Sur le dur lit d'ennuyeuse pensée.

Lors en mouillant de larmes mon coussin
Je regrettai ma dure destinée,
Disant: « Oiseaux, je vous vois en chemin
De tout plaisir et joie désirée.
Chacun de vous a pair qui lui agrée,
Et point n'en ai, car Mort, qui m'a trahi,
A pris mon pair dont en deuil je languis
Sur le dur lit d'ennuyeuse pensée. »

Envoi:

Saint-Valentin choisissent cette année
Ceux et celles de l'amoureux parti
Seul me tiendrai de confort dégarni
Sur le dur lit d'ennuyeuse pensée

(1): « Pair » signifie compagne ou compagnon en français médiéval. Formé sur la même racine que le mot anglais « partner », il s'écrit aussi « per ».

Charles d'Orléans écrivit le rondel suivant pour sa jeune belle-soeur, Marguerite de Rohan.

« A ce jour de Saint-Valentin
Puis qu'êtes mon pair cette année,
De bien heureuse destinée,
Puissions-nous partir le butin!

Menez à beau frère hutin
Tant qu'ayez la pense levée
A ce jour de Saint-Valentin. »

Il rapporta la coutume de la Saint-Valentin en Touraine après sa libération d'Angleterre, en 1441, et la tradition des messages d'amour se répandit ensuite dans le reste du royaume et dans les cours européennes.


La vogue des « Valentines »

Image5

La courte échelle


Au XVe siècle, il était d'usage de faire parvenir à sa bien aimée des messages d'amour afin de célébrer le retour du printemps mais il fallut attendre le XVIe siècle pour que les lettres d'amour soient joliment qualifiées de « valentines ».

Au XVIIIe siècle, on trouvait, dans toute l'Europe, de superbes valentines, décorées de coeurs, de roses et de Cupidons.

A l'époque victorienne (1840-1860), en Angleterre, elles se parèrent d'un décor très subtil et gracieux. Délicatement parfumées, elles furent agrémentées de petits ornements de soie, de dentelle, de plumes, de rubans, de fleurs fraîches ou séchées. Image6

Esther Allen Howland (1828-1904), la fille d'un célèbre papetier américain, lança, vers 1850, la production en série des cartes de Saint-Valentin. Image7

L'échelle d'amour


La chromolithographie, procédé d'impression en couleurs mis au point par le lithographe Godefroy Engelmann (1788-1839) en 1837, contribua également, tout au long du XIXe siècle, à la diffusion des images de la Saint-Valentin.

 

Supertistions et coutumes de la Saint-Valentin
 

Dans la France et l'Angleterre des XIVe et des XVe siècles, les jeunes filles choisissaient leur « Valentin », un cavalier courtois qui leur offrait des cadeaux et leur dispensait de galantes attentions.

Le « Valentin » accompagnait sa « Valentine » à la fête des Brandons, le premier dimanche de Carême. Les futurs couples échangeaient des présents et des baisers autour d'un grand feu puis le « Valentin » allait « brandonner » à travers les champs et les vignes. Par ce geste à caractère magique, (il brandissait un bâton autour duquel crépitait un brin de paille enflammé), il voulait stimuler la croissance des futures récoltes et attirer la prospérité sur les champs et les familles.

Afin de voir en rêve leur futur amoureux, les jeunes filles cueillaient, après les douze coups de Minuit, le 14 février, cinq feuilles de laurier. Elles en épinglaient une à chaque extrémité de leur oreiller et plaçaient la cinquième au milieu. Puis elles récitaient sept fois la prière suivante avant de s'endormir: « Ô grand Saint-Valentin, protecteur de ceux qui s' aiment, fais que je puisse voir en mon dormant celui qui sera un ami fidèle et un merveilleux amant ».

Une vieille coutume préconise de porter des crocus jaunes dans les cheveux au lever du soleil pour attirer l'époux de ses rêves.

Un autre rituel d'amour consistait à frotter doucement la surface d'un miroir avec un tissu rouge avant d'ouvrir la fenêtre et d'allumer deux chandelles rouges. On étudiait ensuite les formes qui se dessinaient à la surface du miroir, les taches de lumière, les cristallisations et les effets de givre, afin de connaître les secrets d'un futur époux.

Pendant des siècles, dans le Kent, en Angleterre, les jeunes filles fabriquaient un « homme de houx » et les jeunes hommes une « demoiselle de lierre ». Ce couple végétal était promené dans les rues et symboliquement marié avant d'être brûlé, avec les cadeaux de sa dot. Les cendres recueillies étaient répandues dans les champs pour stimuler la croissance des jeunes pousses.

A Anvers, en Belgique, les jeunes filles recevaient de la part de leurs admirateurs des effigies du Greef, un personnage en speculoos ou en massepain. Le nombre de figurines à croquer qu'elles obtenaient était proportionnel à l'affection qu'on leur portait.

  Image8

1905


La divination par les oiseaux

Oracles de l'amour et du printemps, médiateurs entre les hommes et les esprits de la Nature, les oiseaux sont dotés de capacités surnaturelles, au moment de la Saint-Valentin. Ils dévoilent dans les rêves des renseignements précieux sur la future épouse ou le futur mari. Ils font croître les bourgeons en battant des ailes. La tradition préconise de faire un voeu, en tenant une plume ramassée quelques instants après le lever du soleil.

Le rouge-gorge qui sautille dans la rosée ou qui agite un brin d'herbe évoque un mariage avec un voyageur ou un marin.

La présence d'un moineau au petit jour près de la chambre augure d'un mariage d'amour.

Le chardonneret signale à la jeune fille qui l'aperçoit qu'elle fera la connaissance d'un riche parti.

Un vol de cygnes présage d'un mariage heureux mais un merle posé sur l'appui de la fenêtre annonce la venue d'un beau parleur.

Deux colombes qui s'embrassent sous le gage d'une union prospère et sans nuages.

La vue d'une mésange signifie que les époux auront de nombreux enfants.


Les symboles de la Saint-Valentin
  Image9

(Carte de 1910)


Le coeur, siège de l'amour, de la vie et de l'âme, organe des fluides et de la circulation sanguine, est le motif magique par excellence...

Le coeur percé d'une flèche évoque l'amour et la passion mais se présente aussi comme un symbole protecteur contre les dangers et les maléfices.

  Image10

Chromolithographie ancienne de roses, 1894, par Francis Dubreuil et Madame Laurent Simons,
trouvée sur le très joli site " roses anciennes en France.org "



La rose rouge est un emblème de désir et de passion mais aussi un gage d'amour et de fidélité. La rose rose évoque la délicatesse des sentiments.   Image11

Cupidon

Image12

(Fresque d'Annibal Carrache, au Palais Farnèse, 1595-1597).



Incarnation antique de l'amour et du désir, Amour ou Cupidon, Eros en grec, est le fils d'Aphrodite, la déesse de l'amour et d'Arès, le dieu de la guerre. Cabotin, joueur, imprévisible et capricieux, il transperce les coeurs avec des flèches d'or ou d'argent. Son pouvoir est incommensurable. Il peut susciter l'amour aussi bien chez les hommes que chez les dieux.

De son union avec la belle Psyché, est née une fille qui  se nomme Volupté.
  Image13

Amour et Psyché, par Antonio Canova, 1793.

 


Les pouvoirs de Valentin

Saint patron des amoureux, Valentin est aussi très intéressant par les pouvoirs qui lui sont attribués dans le folklore de France et d'Europe.

Tel un Cupidon, il s'efforce d'unir les amants mais il veille ensuite à la bonne santé du couple. On l'invoque pour fortifier le coeur, apaiser les tourments physiques et moraux, les rhumatismes, les douleurs récurrentes, faire tomber la fièvre, purifier le sang. En Belgique, il est considéré comme un protecteur contre les blessures et les hernies.

Dans la région d'Hurtigheim, en Alsace, on trouve dans certaines chapelles des statuettes de Saint-Valentin, réputées apaiser les rhumatismes. Les personnes souffrantes offrent au saint une poule noire.

Depuis fort longtemps, Valentin est le protecteur des nourrissons contre la mort subite. Il repousse les maladies qui touchent les animaux, détruit la vermine et garde les cultures contre les caprices de la météorologie.

Il repousse la sècheresse et règne sur le vent comme en témoigne un vieux dicton du Centre de la France:

« Jour de Saint-Valentin
Vent au moulin ».

Dans le vieux Nice, on avait coutume de dire:

« Danse à la Saint-Valentin
Soleil sur le chemin ».

Comme le fait remarquer Philippe Walter dans son passionnant ouvrage intitulé Mythologie chrétienne, Fêtes, rites et mythes du Moyen Âge, Valentin est un saint très mystérieux, fêté à la période du Carnaval et entretenant avec celle-ci des rapports très étroits. Il se présente comme la forme christianisée d'une vieille divinité pré-chrétienne « possédant la syllabe val dans son nom ou son surnom ». P.88. Sa décapitation s'inscrit, à l'instar de celle des géants de Carnaval, dans un cycle solaire et cosmique de mort et de renaissance.


Un village nommé Saint-Valentin

Au coeur du Berry, les « traditions valentines » ont fait renaître de ses cendres un charmant village, considéré, depuis plusieurs décennies, comme le fief des amoureux. La fête de la Saint-Valentin étant très appréciées au Japon, un jumelage a eu lieu entre le village français et le temple bouddhiste de Sakuto-Cho, en octobre 1997.

De nombreux couples viennent s'y marier et poser devant « le kiosque des amoureux » , érigé, par les Compagnons du Tour de France, en hommage à l'illustrateur Raymond Peynet.

Près de l'arbre-à-voeux, les visiteurs suspendent des feuilles en forme de coeur gravées de leurs noms, dans de grandes structures arborescentes de métal.

L'emblème de la commune est le « coeur saignant », de ravissantes fleurs bicolores qui dessinent des coeurs roses ornés d'une sorte de plumet blanc.
  Image14

Les « Amoureux » de Peynet

  Image15

Raymond Peynet (1908-1999) apprit les techniques du dessin publicitaire à l'École des Arts Appliqués à l'Industrie. Son diplôme lui fut remis par un des frères Lumière.

Avec humour et sensibilité, il réalisa des étiquettes de parfums, des affiches, des encarts publicitaires, des dessins de presse et des décors de théâtre (notamment ceux du théâtre de la Huchette, dans le quartier Saint-Michel) mais il connut une célébrité mondiale avec ses « Amoureux », dédiés à son épouse et muse au nom prédestiné, Denise Damour.

  Image16

Ces personnages délicats, nés sous le kiosque à musique de Valence, dans la Drôme, ont séduit un public considérable, à travers une profusion de livres et d'objets (écharpes, porcelaines fines, médailles, poupées, statues...). En 1942, Raymond Peynet écrivit à leur sujet: « Assis sur un banc, j'ai dessiné le kiosque qui se trouvait devant moi, avec un petit violoniste qui jouait tout seul sous l'estrade et une petite femme qui l'écoutait et l'attendait. On voyait aussi les musiciens qui, ayant rangé leurs instruments dans leurs étuis, s'en allaient dans le parc de Valence ».

  Image17
Image18

Les Amoureux aux colombes



Les Amoureux ont traversé le temps sans prendre une ride. Depuis l'époque de leur publication par Max Favalelli, dans le périodique Ric et Rac, leurs vêtements se sont adaptés aux évolutions de la mode et à la ronde des saisons. Ils sont accompagnés de symboles d'amour incontournables: le coeur, les roses, les angelots et les oiseaux.

Ils ont inspiré des chansons comme « Les bancs publics », créée par Georges Brassens et « Les amoureux de papier », composée par Charles Aznavour et chantée par Marcel Amont.

Une de leurs statues se dresse à Hiroshima, au Japon, face au Mémorial de la Bombe Atomique.

  Image19

Peynet peignit aussi des tissus et décora des ouvrages de Jean Anouilh, d'Alfred de Musset et d'Eugène Labiche, comme Le voyage de Monsieur Perrichon en 1939.

Une longue tradition de cadeaux

Dans l'ancienne Europe, à la mi-février, les rituels d'amour étaient accompagnés par des cadeaux: petites sculptures réalisées dans du bois d'arbres fruitiers, couronnes et bracelets de fleurs, coeurs et figurines de cire, moules à gâteaux, chansons, poèmes... A partir de la Renaissance et surtout au XVIIIe siècle, les gants, les bas, les éventails et les rubans décorés de perles, de plumes et de petits bijoux firent fureur. Les bouquets de fleurs, les cartes et le chocolat furent très appréciés à partir du XIXe siècle.

Chacun est libre de croire que la Saint-Valentin n'est qu'une fête commerciale, peuplée d'ornements kitsch et de babioles sucrées or cette fête s'enracine profondément dans notre folklore et les plus jolies attentions n'ont pas besoin d'être assorties d'une valeur marchande.

Aux États-Unis, au Canada et au Japon, la Saint-Valentin est l'occasion d'exprimer son amour mais aussi de présenter ses voeux d'amitié. Les écoliers américains fabriquent des cartes qu'ils distribuent à leurs camarades, à leur institutrice, aux membres de leur famille et aux personnes qu'ils apprécient. Ils s'offrent aussi des petits sachets de graines qu'ils sèmeront pour célébrer le retour du printemps.

Bien loin des lieux communs et du dédain que certains manifestent à son égard, la Saint-Valentin est une broderie de traditions passionnantes et complexes qui ne demandent qu'à être explorées. Aussi je vous souhaite d'agréables moments de partage et de découverte ainsi que les opportunités d'exprimer votre amour, votre fantaisie et votre créativité, pas seulement ce jour mais tout au long de l'année! Joyeuse Saint-Valentin!

Bibliographie

Constant BEAUFILS: Étude sur la vie et les poésies de Charles d'Orléans. Paris: A. Durand, 1861.

Henri DONTENVILLE: Mythologie française. Paris: Payot, 1973.

Claude GAIGNEBET: Le Carnaval. Paris: Payot, 1974.

Arnold VAN GENNEP: Manuel de folklore français contemporain. Paris: Picard, 1947.

Philippe WALTER: Mythologie chrétienne. Paris: Imago, 2003.

Image20
« C'est le coeur qui donne naissance à toute connaissance ». (Proverbe de l'Égypte ancienne.)

 

 

Essai21

Plume4

Voir les commentaires

Publié le par maplumefee
Publié dans : #amour, #deesse, #fleurs, #flore, #printemps

Image1

 

Le Printemps ouvre les yeux. Les bourgeons brillent dans l'air sucré. Dans sa robe immaculée, la fée Flore d'Alphonse Mucha, artiste emblématique de l'Art Nouveau, nous promet bien des délices...

 

Image2

Une rencontre précieuse et aromatique sur une petite place de Paris.

 

 

Image3

Dans la pureté de ses atours...

 

Flore est la déesse de tout ce qui fleurit. Quand revient l'équinoxe de Printemps, elle préside aux noces du jour et de la nuit. Dans la Rome antique, elle était « reine d'avril » et célébrée jusqu'à la fin du mois de mai. Les Floralia débutaient le 28 avril. Une statue de la déesse, couronnée de fleurs et tenant une corne d'abondance était promenée triomphalement dans les rues. Les auteurs anciens rapportent la grande licence et les excès qui se déroulaient pendant ces fêtes.

 

Image4

 

D'après certaines légendes, Flore offrit, à la fin de l'hiver, un lys enchanté à la déesse Junon. Cette fleur magique permit à la « mère des dieux »de concevoir, par simple contact, le dieu Mars, seigneur de la guerre et des festivités de Printemps.

 

Image5

 

A bien des égards, les pouvoirs de Flore se rapprochent de ceux de Vénus/Aphrodite, la déesse de l'amour.

 

Image6

 

L'allégorie du Printemps de Sandro Botticelli, peinte en 1482, met en scène un monde sylvestre et merveilleux, un âge d'or peuplé de déesses et de dieux.

 

Sous l'égide de Vénus, placée, comme une madone en majesté, devant un buisson de myrte, la Nature renouvelle ses charmes. Les regards convergent, au centre de la composition, vers son ventre arrondi.

 

Cupidon se tient au-dessus d'elle, prêt à décocher une flèche enflammée en direction des trois Grâces.

 

Image7

Ces beautés, qui symbolisent la féminité sublimée, forment une ronde délicate à côté du dieu Mercure.

 

Image8

 

Le messager divin brandit son caducée vers la voûte végétale, en direction des nuages qui pourraient troubler la quiétude du jardin.

 

Gardien des connaissances hermétiques et du « bosquet sacré » associé aux pouvoirs de Vénus et de Flore, Mercure protège ce lieu intemporel que l'on peut identifier au Jardin des Hespérides. Les arbres y sont couverts de fruits d'or, pommes et agrumes placés sous la garde des filles du géant Atlas et de Ladon, un dragon à cent têtes.

 

Image9

 

L'oranger dévoile son feuillage vert, ses fleurs parfumées et ses fruits délicieux qui symbolisent le Paradis. A l'instar de Jupiter qui offrit à Junon des fleurs d'oranger le jour de leurs noces, les dieux en mêlaient aux parures des déesses et les matrones aux couronnes des mariées. L'orange est un fruit d'or, précieux et aromatique, qui évoque parfois la rédemption.

 

Le tableau nous révèle surtout deux visions conjointes de Flore qui se complètent remarquablement: une jeune fille au corps fertile et une femme affirmée, de toute beauté.

 

Image10

 

Le Printemps renaît, dans cette prairie magique, où foisonnent les fleurs, gouttes colorées, comme en suspension sur l'herbe sombre. Un poème enivrant mêlé de petites jacinthes, de pâquerettes, d'iris, d'oeillets, de bleuets, de myosotis, de tussilage...

 

Image11

 

A l'extrémité de l'image, la ravissante Flore plonge son regard dans celui de Zéphyr, le dieu du vent de l'ouest, humide et chaud, qui lui insuffle son désir. Dans sa robe blanche translucide, elle est encore la nymphe Chloris, célébrée depuis la Grèce ancienne. Une guirlande de fleurs, emblème de renouveau et de félicité, jaillit de sa bouche.

 

Image12

De leurs amours naîtra Carpos, le fruit...

 

Image13

 

Sur ce portrait, la Flore virginale est devenue la déesse des fleurs sauvages et cultivées. Elle arbore avec majesté une robe somptueuse, parsemée de pâquerettes, de roses et de violettes, qui révèle sa superbe maturité. A la période de Pâques, la pâquerette illumine l'herbe des prés et symbolise la reverdie.

 

Image14

 

Son étymologie dérive des mots « pasquis, pasquier » qui signifient « pâturage » en ancien français. Son nom latin, « bellis perennis », évoque la beauté éternelle mais aussi la douceur des sentiments, les liens d'amour et la protection de l'innocence.

 

Ses jolis boutons, ses feuilles et sa racine sont comestibles. Elle possède aussi des vertus médicinales. Elle est réputée soigner les inflammations de la bouche, de la gorge et des voies respiratoires, résorber les oedèmes et les entorses, nettoyer le sang, raffermir la peau, réduire l'hypertension, apaiser les maux de tête et cicatriser les plaies. Elle est souvent représentée dans la peinture médiévale et Renaissance.

 

Image15

 

Sous le pinceau de l'artiste, Flore se présente comme une personnification de la ville de Florence, la ville des fleurs et des plaisirs raffinés. Les aristocrates florentines raffolaient des motifs floraux qui décoraient les riches tissus de leurs robes.

 

Image16

 

Image17

Dans la naissance de Vénus, Botticelli met en scène une Grâce vêtue d'une magnifique robe brodée de bleuets. Le manteau qu'elle s'apprête à offrir à la déesse nue est orné de fleurs qui dessinent un herbier précieux.

 

La pâquerette est l'emblème d'une Flore hybride et recomposée qui règne sur l'hortus conclusus ou jardin clos des manuscrits médiévaux. Elle éclot dans le Jardin de Paradis où les fleurs sont chatoyantes et parfumées et devient la récompense des élus.

 

Image18

Tous droits réservés

 

Image19

 

A l'instar de Marie, Flore est accompagnée du lys blanc, de l'ancolie, de l'oeillet carminé, du narcisse, de la jacinthe et de la violette mais, sous son apparence de madone, elle demeure la déesse des plaisirs charnels qui ressuscitent au Printemps. Les rencontres sexuelles étaient nombreuses pendant les jeux qui lui étaient consacrés et les fleurs les plus capiteuses étaient mêlées au vin en son honneur...

 

Image20

 

En 1630, sous le pinceau de Nicolas Poussin, la Flore licencieuse des jeux de Printemps se pare des attributs du triomphe antique. Promenée sur un char tiré par des amours, elle est entourée de nymphes, d'éphèbes et d'angelots facétieux, dans un paysage harmonieux et champêtre.

 

Image21

 

Cette allégorie du Printemps, intitulée le Triomphe de Zéphyr et de Flore, est l'un des chefs-d'oeuvre du peintre vénitien Giovanni Baptista Tiepolo. L'oeuvre, peinte entre 1734 et 1735, décrit les amours du dieu du vent et de la déesse des fleurs.

 

Le couple est appuyé sur une formation nuageuse qui jaillit au milieu d'un subtil jeu de clair-obscur. Ces nuages, qui ressemblent à de gros rochers, témoignent du caractère ambivalent des puissances célestes. Les draperies tourbillonnantes sont gorgées de vent mais l'amour triomphe, comme en témoigne la présence des génies du bonheur et de la fécondité.

 

J'aime particulièrement les ailes de Zéphyr dont le scintillement coloré est sublimé par la merveilleuse palette de Tiepolo.

 

Image22

L'Empire de Flore, par Tiepolo, vers 1743.

 

Dans l'alchimie précieuse des couleurs, Flore évoque avec grâce et sensualité la résurgence des forces de vie.

 

Image23

Lumière suave, charmes veloutés...

 

Image24

La déesse Ostara, illustrée en 1884 par Johannes Gehrts.

 

Dans le monde anglo-saxon, Flore est Eostre ou Eastre, dont le nom dérive de « Easter » qui signifie Pâques. Son équivalent germanique est Ostara, déesse de l'aurore, qui a donné son nom à la fête païenne de l'équinoxe de Printemps et à sa résurgence néo-païenne.

 

Image25

 

Son animal sacré est le lièvre, un avatar païen qui a survécu à travers les légendes du lièvre de Pâques ou Osterhase. (L' illustration vient des Publications Clare Madicott).

 

Image26

(Collection personnelle)

 

Symbole printanier par excellence, le lièvre est réputé pondre les oeufs de lune de la déesse. Quelques jours avant l'équinoxe et pendant la Semaine Sainte, les enfants lui confectionnent un nid douillet, tapissé d'herbes et de fleurs.

 

Une légende prétend que la déesse Ostara envoya un coq aux trousses du lièvre de Pâques afin qu'il ponde des oeufs rouges incandescents, gorgés de puissance solaire.

 

Image27

 

 

« Ostara » était aussi le nom donné à une revue germanophile, parue entre 1905 et 1913, et très appréciée par Adolf Hitler qui y puisa un certain nombre de ses thèses aryennes mais il serait dommage de diaboliser ceux qui s'intéressent aux anciennes coutumes. Les croyances relatives au retour du Printemps et le vieux fonds culturel européen qui leur sont associés existaient bien avant les Nazis qui n'ont cessé de dévoyer les symboles pour leur infâme propagande...

 

Guidée par le souffle des fleurs, c'est dans le murmure parfumé d'Ostara, la jeune fille féconde et la mère protectrice, que je veux me lover.

 

Image285

La jacinthe rose, au parfum capiteux, désigne le bonheur d'aimer, le renouveau, l'insouciance...

 

D'après la mythologie grecque, elle naquit du sang de Hyacinthe, superbe jeune homme, amant du dieu Apollon mais aussi de Zéphyr. Hyacinthe mourut lors d'une joute sportive et Apollon lui rendit hommage en faisant naître une fleur à la troublante fragrance.

 

Image29

Dans les squares de Paris, le Printemps revêt ses plus beaux atours...

 

Image30

Un talisman d'amour, de chance, de force, de longévité... Tendons l'oreille, les dieux ou les génies de l'arbre à voeux chuchotent dans ses branches.

 

Image31

 

Les arbres à loques (dans lesquels on suspend des morceaux d'étoffe, des papiers votifs, des sachets talismans, des figurines, etc) existent dans toutes les civilisations. Les voeux montent avec la sève et l'éclosion des fleurs stimule les croyances d'espoir.

 

Image32

De minuscules soleils odorants qui forment un tapis de lumière... la jonquille est sans conteste la fleur fétiche du mois de Mars. Dans le langage floral, elle signifie « je vous désire » et symbolise l'affection partagée.

 

Image33

Des pompons sucrés qui dessinent un ciel onirique.

 

Image34

Dans sa beauté éphémère et sacrée...

 

Image35

Mystique des couleurs...

 

Image36

A la tombée du soir, les elfes se cachent dans les fleurs papillons...

 

Image37

 

Ces grappes de glycine symbolisent la tendresse et l'amitié. Leur envoûtant parfum célèbre les amours de Zéphyr, le souffle primordial, le maître débridé de la fécondité et de Flore, l'âme-fleur, mère de la vie...

 

Image38

 

En Chine, la glycine est orientée vers la lumière de la lune dont le rayonnement mystérieux est réputé nourrir et soigner les fleurs. En Occident, le folklore prétend qu'elle abrite des lutins et des fées qui tissent les rayons lunaires et voyagent à travers l'esprit des dormeurs.


Image39

Le réveil de Flore

Les magiciennes l'ont bercée
dans les racines du vieux hêtre
son âme fauve entrelacée
aux âmes qui l'ont vue renaître...

Soyeuse aurore qui fusionne
avec ses prunelles dorées
le ciel de glace tourbillonne
son parfum hante la forêt

Les loups et les spectres du froid
fondent sous sa peau de rosée
les sorcières des nuits d'effroi
se figent dans l'air embrasé

Entrons dans la ronde immortelle
le souffle mêlé de désir
Flore sous la lune nouvelle
épouse le sang de Zéphyr...

(Cendrine)

 

Image40

Plume4

Voir les commentaires

Publié le par maplumefee
Publié dans : #ancienne, #avril, #cartes, #poisson, #premier

 

Image1

(Collection personnelle)

 

Plaisanteries, boutades et rencontres espiègles refleurissent, en ce jour qui lâche la bride aux esprits facétieux. Les poissons d'avril et leur délicieuse iconographie sont à l'honneur!

 

Des poissons chargés d'histoire...

 

Émanation de rites printaniers et de traditions anciennes, la symbolique des poissons est associée au cycle des saisons et aux festivités qui marquaient le renouvellement de l'année.

 

Image2

 

Jusqu'au XVIe siècle, le début de l'année variait suivant les diocèses. A Lyon, elle commençait le jour de Noël; à Vienne, c'était le 25 mars. Dans certaines régions, le jour de Pâques ouvrait les portes du calendrier et dans d'autres provinces, c'était le premier avril.

 

Le roi Charles IX (1550-1574) décida de résoudre cette « complication » en fixant au premier janvier, dans l'ensemble de la France, le début de l'année civile. Le 9 août 1564, il signa l'édit de Roussillon qui n'entra en vigueur qu'en 1567.

 

Image3

(Portrait de Charles IX (1550-1574), par François Clouet. Cet être complexe, halluciné, en proie à des pulsions morbides et responsable du massacre de la Saint-Barthélémy, était le fils d'Henri II et de Catherine de Médicis. )

 

En 1622, la mesure fut étendue à l'ensemble du monde catholique grâce à l'adoption du calendrier grégorien.

 

La tradition du poisson d'avril semble tirer ses origines de ce fameux édit, car en souvenir des anciennes célébrations, les gens continuèrent d'échanger des cadeaux, de préférence teintés de burlesque.

 

De nos jours, les enfants et les plaisantins accrochent un poisson de papier dans le dos des personnes dont ils veulent se « moquer ». Et lorsque la plaisanterie est découverte, ils s'écrient « Poisson d'avril »!

 

Entre amis, entre collègues ou dans le cadre familial, les esprits taquins aiment s'illustrer et certains canulars, de plus ou moins grande ampleur, se déroulent dans les médias.

 

Les poissons d'avril dans le monde

 

Le premier avril est la Journée Internationale des Livres Comestibles. Depuis l'an 2000, cette célébration, conçue par Judith Hoffberg et Béatrice Coron, invite les gourmands à réaliser des créations culinaires en forme de livre ou ayant un rapport avec l'écriture. Les amateurs photographient leurs créations et les publient sur le site du Edible Book Day.

 

Image4

 

 

Au Brésil, le premier avril est appelé « Jour du Mensonge ». Les enfants créent des poissons colorés avec du tissu et du papier et les adultes rivalisent d'ingéniosité pour élaborer le plus « gros » mensonge.

 

Au Mexique, la coutume consiste à dérober provisoirement un objet appartenant à un ami. La « victime » recevra des friandises et un message lui révélant qu'il s'est fait piéger.

 

Aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni, le jour des fous d'avril, April Fool's Day, ou All Fool's Day (Jour de tous les fous) apparaît comme une sorte de réminiscence de la fête des fous médiévale mais dans une version plus édulcorée.

 

Image5

En Écosse, les farceurs oeuvrent aussi le 2 avril!

 

En Espagne, c'est le 28 décembre, jour des Saints-Innocents, que les enfants accrochent un petit bonhomme de papier dans le dos de personnes choisies.

 

Image6

 

Dans de nombreux pays, le premier avril est l'occasion de se gausser, de manière plutôt débonnaire, des personnes que l'on apprécie.

 

Les beautés d'avril

 

Image7

Enluminure du mois d'avril issue des Très Riches Heures du duc de Berry, XVe siècle.

 

Le mois d'avril est une passerelle enchantée. L'hiver s'est éloigné. L'équinoxe de printemps a réveillé le pouvoir des fleurs. Les bourgeons, gorgés de force, cèdent la place aux couleurs les plus vives. La sève pulse sous l'écorce des arbres fruitiers et les animaux se départissent de leur pelage hivernal.

 

Image8

La Nature est en liesse même si avril est aussi un mois capricieux, rythmé par de redoutables giboulées. Cette inconstance météorologique a donné lieu à plusieurs dictons et proverbes:

 

« Fleurs d'Avril

Ne tiennent qu'à un fil ».

 

« Quand Avril en fureur se met

Pas de pire mois dans l'année! »

 

« Il n'est si gentil mois d'avril

Qui n'ait son chapeau de grésil. »

 

Heureusement, rien n'arrête la reverdie... Les délicates beautés en robes de lumière affrontent, depuis la nuit des temps, les tempêtes et les fantômes de l'hiver qui viennent parfois les caresser, avec leurs doigts de givre.

 

Image9

 

 

Sur la roue zodiacale, dansent, à cette période transitoire, des êtres magiques: le poisson, emblème lunaire et le bélier, animal solaire.

 

Image10

 

 

Le poisson d'avril, messager de l'amour et du Printemps

 

Si les canulars associés au premier avril sont toujours bien vivants, l'image du poisson était autrefois utilisée pour exprimer son amour. Aux alentours de 1900, les cartes illustrées de poissons étaient très répandues. Le messager des forces printanières était accompagné d'angelots, d'enfants, de belles jeunes femmes ou de couples amoureux. Des vers romantiques complétaient l'ensemble.

 

Image11

Ces cartes s'inscrivent dans la lignée de celles de la Saint-Valentin et du premier Mai. Les amoureux déclaraient leur flamme avec espièglerie et sensibilité.

 

Image12

La vogue des cartes illustrées était l'occasion de célébrer, de manière poétique, le cycle des saisons et le renouveau printanier.

 

Image13

 

Cette iconographie au charme suranné, est truffée de symboles d'amour et de chance. Le fer à cheval est considéré depuis fort longtemps comme un porte-bonheur et utilisé pendant les rituels amoureux. Des rubans roses ou rouges étaient glissés dans les petits trous de l'objet avant d'être offerts à la personne désirée. Si le contexte était favorable, ils pouvaient être dissimulés sous son matelas ou son oreiller.

Les jeunes hommes frottaient parfois des petits fers à cheval sur la lettre qu'ils destinaient à l'élue de leur coeur.

 

Protecteur du foyer contre les tempêtes et les forces malveillantes, le fer à cheval était placé, à cet effet, les pointes vers le haut, au-dessus des portes ou des cheminées. Réputé attirer l'amour et la prospérité, il était posé, les nuits de pleine lune, sur le rebord des fenêtres. Il accompagnait aussi les pêcheurs dans leurs activités.

 

Depuis la plus lointaine antiquité, les roses symbolisent l'amour. Leur douce couleur rose-thé s'harmonise délicatement avec les nageoires de ces poissons Cupidons.

 

Image14

(Plusieurs cartes sont issues de ma collection personnelle. J'ai trouvé les autres sur le net et plus particulièrement sur le très beau site de Colombes Philatélie).

 

Image15

Incarnation des forces printanières, le poisson d'avril met à l'honneur une magie populaire qui offre au monde de l'enfance une place privilégiée.

 

Image16

Sur certaines cartes, le poisson est assimilé à la légendaire cigogne qui apporte les nourrissons dans les foyers.

 

Les cartes du premier avril étaient aussi agrémentées de messages d'amitié.

 

Image17

 

Image18

On vendait, dans les boutiques de la Belle-Époque, des poissons en sucre, en chocolat et de jolies boîtes colorées, en forme de poisson, remplies de gourmandises. Cette tradition a survécu à travers la « friture » de Pâques, de succulents chocolats en forme de créatures aquatiques.

 

Image19

Je vais avoir bien du mal à résister...

 

Au cours des repas, on plaçait à table des petits objets imitant la nourriture afin d'amuser les convives et des boîtes miniatures en forme de poisson pour y loger quelque chose de précieux.

 

Image20

Une belle enseigne pisciforme dans le quartier du Gros-Caillou. (7e arrondissement de Paris).

 

La symbolique du poisson

 

Le poisson se love dans les eaux matricielles qui symbolisent aussi les profondeurs de l'inconscient. Il est intimement lié aux forces vitales et à la notion de fécondité. Pour les anciennes religions, le poisson était associé aux déesses mères qui règnent sur l'amour et la fertilité. Dans les temples, des poissons aux couleurs chatoyantes peuplaient les étangs, les fontaines et les bassins sacrés.

 

Des déesses à queue de poisson étaient célébrées au Proche-Orient. La déesse assyrienne Atargatis était représentée avec une queue de sirène.

 

Image21

Image22

The Mermaid, par le peintre préraphaélite John William Waterhouse (1849-1917).

 

Les premières sirènes ressemblaient à des Harpies. Leurs ailes d'oiseaux claquaient dans le vent comme les voiles des bateaux. D'après la légende, battues par les Muses dans un concours de chant, elles perdirent leurs plumes, utilisées pour tresser des couronnes.

 

Image23

Ulysse et les Sirènes, 1891, par J.W. Waterhouse.

 

Image24

Ulysse et les sirènes, par le peintre victorien Herbert James Draper(1863-1920).

 

Les Sirènes

Leurs chants étranges, ravissants
écorchent la lune et le vent
aimantent sur la mer épaisse
les marins vers le sombre Hadès

****

Fileuses d'or et d'ossements
l'écume a des lèvres de sang
dans les prairies d'ondes nacrées
entre leurs doigts entrelacés

****

Reines dans la nasse des eaux
leurs chevelures de coraux
tissent les songes matriciels
et les anémones de ciel

****

Ourlés de feu les élixirs
perlant de leurs yeux de vampires
enivrent les âmes de moire
qui s'embrasent dans leurs miroirs...

(Cendrine)

 

Image25

The Land Baby, par le peintre préraphaélite John Collier(1850-1934).

 

Image26

Poisson volant, par H J Draper.

 

Dans la Grèce ancienne, le poisson était associé à Aphrodite, née de l'écume de la mer...

 

Image27

La naissance de Vénus, vers 1485, par Sandro Botticelli.

 

Dans la Rome antique, le premier avril, les femmes vénéraient la déesse Vénus Verticordia et la Fortune virile. Le poète latin Ovide relate que la statue de la déesse, dépouillée de ses bijoux et de ses diverses parures, était baignée et parfumée. Les prêtresses l'ornaient ensuite de colliers d'or et de roses fraîches.

 

Les femmes se lavaient dans de l'eau vive, énonçaient des voeux de fécondité, et portaient des couronnes de myrte vert, arbuste sacré de la déesse. Elles offraient de l'encens à la Fortune Virile, qui devait les aider à dissimuler aux hommes les petits défauts de leur anatomie. Dans les temples, elles savouraient un breuvage mystique, mélange de lait, de miel et de suc de pavot. D'après les anciennes croyances, Vénus avait absorbé cet élixir lors de ses noces avec Vulcain, le dieu du feu et de la forge.

 

Image28

 

A l'époque chrétienne, le poisson devint un symbole du Christ. Son nom en grec, ichtus/ichtys, correspondait à l'acrostiche formé à partir des premières lettres de la locution: Iesos Khristos Theou Uios Soter soit « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur ». Cet acrostiche servit de signe de ralliement secret aux chrétiens.

 

Dans les traditions d'avril et de Pâques, il est question de résurrection des forces naturelles et de pêche miraculeuse.

 

Image29

Les pêcheurs, décor du pavement de la basilique d'Aquilée, en Italie.

 

Sur les murs des Catacombes et les sarcophages paléochrétiens, le poisson représente le sacrement de l'Eucharistie, communion suprême du Christ avec ses disciples. Il évoque le passage et le cheminement des âmes vers l'au-delà.

 

Image30

Le calice au poisson, dans la Maison aux Poissons, à Ostie (le port de Rome).

 

Le bassin qui contient l'eau du baptême est appelé piscina, « l'étang aux poissons ».

 

Image31

Au numéro un de la rue Montmartre, dans le premier arrondissement de Paris, on aperçoit ce poisson sculpté dans le mur de l'église Saint-Eustache (1532-1640). Il domine une porte basse qui conduit à une petite crypte, l'actuelle sacristie.

 

Il provient d'une ancienne chapelle, construite en 1213 grâce à Jean Alais, le chef des joueurs de mystères. Il prêta au roi Philippe Auguste une somme d'argent conséquente et reçut l'autorisation de prélever un denier sur chaque panier de poisson vendu aux Halles. Il se remboursa si bien qu'il put faire édifier une chapelle à Sainte-Agnès, là où se dresse aujourd'hui le choeur de l'édifice.

 

Image32

 

Les poissons d'avril sont les messagers du Printemps et les gardiens des anciennes croyances. Enracinés dans l'imaginaire collectif, ils confrontent ceux qui en sont les « victimes » à une sorte de rite de passage. Ils frayent dans les eaux magiques, à la croisée des fluides de mort et de vie et nous invitent à laisser caracoler notre imagination...

 

Plume4

Voir les commentaires

Publié le par maplumefee
Publié dans : #deesse, #dieu, #oeuf, #paque, #rouge
Image01a.jpg
C'est un dimanche spécial... Les fleurs sont reines en leurs parures sucrées. Entre soleil et giboulées, l'air vibre de parfums. Dans les jardins, règne une joyeuse effervescence. Les gourmands fouillent les buissons, retournent les arrosoirs, aventurent leurs doigts malicieux au fond des vasques et des pots. La chasse aux oeufs a commencé!

Image02.jpg
C'est une armée en marche à laquelle rien ne résiste. Elle est trop pressée d'en découdre avec des bataillons d'oeufs parés de couleurs vives, des légions de lapins jardiniers, des hordes de cocottes au ventre garni de friandises. La fête de Pâques est revenue et avec elle l'abondance et la magie.

Image03.jpg
Dans le calendrier chrétien, Pâques est une fête maîtresse dont la date, une fois fixée, détermine celles d'autres fêtes religieuses comme la Pentecôte, l'Ascension et l'Assomption. En l'an 325 après J.-C, le Concile de Nicée décida que Pâques serait célébrée le premier dimanche qui suivrait la pleine lune de l'équinoxe de printemps, se démarquant ainsi de la Pâque juive. Selon les règles du calendrier lunaire, Pâques varie alors, chaque année, du 22 mars au 25 avril.

Image04.jpg
Mais sous sa forme chrétienne, la fête de Pâques demeure l'héritière des cérémonies de l'Europe païenne au sein desquelles  l'oeuf tenait une place de première importance.

Image05.jpg

Aux origines de Pâques, les fêtes antiques du Printemps.

L'avènement des forces printanières signifiait, pour les anciennes civilisations, une période de purification et de communication avec les forces de la Nature et les divinités qui président au renouveau de la végétation.

Les populations espéraient un équilibre harmonieux entre la pluie et le soleil, pour obtenir d'abondantes récoltes. Le souvenir de certaines fêtes est parvenu jusqu'à nous, perpétué oralement ou préservé de l'oubli grâce à des auteurs anciens comme Pline le Jeune, Hérodote, Plutarque ou Juvénal.

Les fêtes en l'honneur de Perséphone, la déesse grecque du Printemps.

Dans la Grèce ancienne, le renouveau de la Nature était lié au retour sur la terre de Perséphone, la fille de Déméter, déesse des moissons.

Image06.jpg

Le rapt de Perséphone, plâtre peint, réalisé par Augustin Pajou, 1761-1770.


Perséphone se promenait parmi les fleurs, en compagnie de ses nymphes, quand elle aperçut un narcisse, dans un vallon ombragé. Quand elle le cueillit, un terrible fracas ébranla la terre. Hadès, le dieu des Enfers, jaillit des abysses sur un char ténébreux. Séduit par la beauté de Perséphone, il l'enleva pour la conduire vers le royaume des Ombres. Au début de sa captivité, Perséphone ne voulut absorber aucune nourriture mais la faim eut raison de sa volonté. Elle mangea quelques pépins de grenade et dut résider dans le monde des morts.

Image07.jpg

Perséphone par Dante Gabriel Rossetti, en 1874.


Pendant neuf jours et neuf nuits, Déméter chercha sa fille partout. Quand elle la retrouva dans le palais d'Hadès, ce dernier refusa de la laisser partir. La déesse, en proie au chagrin, se désintéressa de la Nature qui perdit sa vigueur. Les feuilles des arbres se racornirent et un brusque hiver supplanta l'été. Zeus, le roi des dieux, décida alors que Perséphone passerait six mois de l'année en compagnie de sa mère, à la surface de la terre, et les six autres mois dans le royaume de son époux.

La fête de Pomone, la déesse des fruits.

Les habitants de la Rome antique vénéraient Pomone, la protectrice des fruits, auprès des premiers arbres en fleurs. Ils plantaient dans la terre des rameaux d'olivier ornés de petites tresses de laine colorées. Ils y accrochaient des fruits et des friandises au miel, en offrande aux esprits de la Nature.

Image08.jpg

Vertumne et Pomone, par Jean-Baptiste Lemoyne, 1760.


Pomone était courtisée par plusieurs dieux champêtres mais elle ne leur accordait aucune attention. Vertumne, le dieu des saisons et des vergers, qui en était éperdument amoureux, se déguisa en vieille femme pour l'approcher. Sous les frondaisons parfumées, il lui présenta un orme enlacé par un cep de vigne et lui révéla sa véritable nature. Pomone fut aussitôt séduite.

Image09.jpg

La belle Pomone veille sur les rameaux
chargés de fruits abondants et sur le jardin des Tuileries...


Image10.jpg

Vertumne est un maître des métamorphoses. D'après le poète Ovide,
il aurait « romanisé » Pomone, déesse étrusque et ombrienne, en l'épousant.



Satios, la fête celte des semailles.

Image11.jpg

Le bonheur, par le peintre écossais symboliste John Duncan Fergusson (1874-1961)


Aux alentours du 21 mars, les tribus celtes célébraient l'arrivée du Printemps en allumant des feux rituels dans les champs, les clairières et au bord des cours d'eau. La nuit précédant l'équinoxe, les hommes et les femmes promenaient des torches flamboyantes sur les crêtes des collines pour disperser les fantômes de l'hiver. Ils priaient la Déesse et le Dieu Soleil qui chassent les tempêtes et réchauffent les jeunes pousses.

Certains instruments de musique étaient utilisés à cette occasion. Les grappes de clochettes réveillaient par la magie du son les forces de la Nature. Un aspect de ce rituel a survécu dans la tradition chrétienne consistant à sonner les cloches à toute volée, après leur retour de Rome.

Ostara, la fête germanique du Printemps.

Image12.jpg

Ostara, the sabbat with the rabbit,  oeuvre de Mickie Mueller,
une remarquable illustratrice dont vous pouvez retrouver l'univers par ce lien


La déesse Ostara a donné son nom à la fête de l'équinoxe de printemps. Pour honorer la mère et la fiancée du printemps, des combats symboliques étaient organisés, simulant la lutte de l'hiver finissant et des forces de reverdie. Les prêtresses plaçaient des oeufs dans des barques miniatures glissant au fil de l'eau, enfouissaient des oeufs et des figurines d'écorce dans la terre et jetaient des oeufs décorés dans les brasiers rituels.

Le Lièvre d'Ostara

Image13.jpg
Le lièvre est l'animal fétiche d'Ostara et de son équivalent anglo-saxon, la déesse Eostre. À la période de Pâques, il est honoré en Alsace, dans les Vosges, en Allemagne et en Angleterre sous le nom d'Osterhase. Gardien des oeufs de la lune prêts à éclore ou géniteur de ces précieux talismans de fécondité, il est représenté, depuis l'Antiquité, sur une profusion de stèles, de statues, de moules à pâtisserie, etc...

Animal ambivalent, le lièvre suscitait la méfiance dans la Grèce antique et symbolisait la fécondité dans la Rome ancienne où sa viande était réputée aphrodisiaque. Il incarnait paradoxalement la luxure et la vertu, sa morphologie lui permettant de détaler face aux tentations.

Le lièvre de Pâques est le messager du printemps. Pendant la semaine sainte, les enfants lui préparent un nid douillet, tapissé d'herbes et de fleurs, dans un endroit gardé secret. D'après la légende, la déesse Ostara envoya un coq à ses trousses pour qu'il ponde des oeufs incandescents.

C'est à cette période que le Christ crucifié revient à la vie, émergeant de son tombeau comme un dieu de la végétation.

Une semaine avant Pâques, le dimanche des Rameaux ou Pâques Fleuries.

Les festivités des Rameaux sont un mélange complexe de liturgie chrétienne et de coutumes populaires. Avant d'être consacrés au Christ, les rameaux verts étaient dédiés à Apollon, le dieu grec de la lumière et des arts, à la déesse Ostara et aux esprits des fleurs et des fruits.

L'eirésioné était une branche d'olivier, plus rarement de laurier, ornée de rubans de laine blancs et rouges, de fruits secs et de pain trempé dans le vin, le miel et l'huile. Cette branche, consacrée au dieu Apollon, était suspendue pendant un an aux portes des maisons pour que les habitants ne manquent pas de nourriture.

Image15.jpg
Les premières bénédictions des palmes et des rameaux se déroulèrent en Orient au Ve siècle et en Occident, deux siècles plus tard. Ces bénédictions s'accompagnaient de processions solennelles destinées à rappeler la marche du Christ vers Jérusalem.

Jésus approchait de la Ville Sainte quand une foule joyeuse se pressa au devant de lui en agitant des branches de palmier. Traditionnellement, on apportait des palmes au Temple à l'occasion de la Fête des Tabernacles. On les déposait sur les autels avec des citrons et des cédrats. Quand Jésus pénétra dans Jérusalem, il se rendit au Temple, suivi par une forêt de palmes et il chassa les marchands qui s'y trouvaient en prononçant ces paroles : « De la maison de mon Père, vous avez fait une caverne de voleurs ».

La distribution de rameaux bénits pendant les offices, les processions, la fermeture et la réouverture des portes des églises sont autant de rituels attachés au jour de Pâques Fleuries ou Dimanche Hosannier, du nom de « l'Hosanna in excelsis » : chant qui rappelle celui des disciples du Christ et des habitants de Jérusalem venus à sa rencontre.

Les rameaux décorés symbolisent la reverdie. Ils étaient autrefois prélevés sur des haies de buis sacré. Dans le Berry, on associait au buis des branches de laurier, d'aubépine et de noisetier puis des fleurs roses pour honorer les déesses et les fées. En Alsace, on préférait le houx, le coudrier, le sapin et le sureau.

Image16.jpg
Dans la plupart des régions de France, on accrochait aux rameaux fleuris des grappes de bonbons, des fruits confits, des oranges et des petites croix de paille tressées. Ces décorations rappelaient celles qui accompagnaient les disciples du Christ : des agrumes dont la couleur dorée éclatait comme le soleil à travers la végétation.

On réalisait aussi en pâte à gâteau, en pain d'épices ou en cire de petits hommes debout ou chevauchant des chevaux ou des coqs. Ces marmousets pouvaient être cavaliers ou piétons, brandir des cruches en sucre d'orge, des paniers d'osier, des gâteaux en forme de couronnes. En Savoie, ils étaient accrochés à des chapelets de châtaignes. En Provence, on les attachait à des roseaux.

Les utilisations magiques des rameaux

Dans la pensée populaire, les rameaux bénits détruisent le mal. Cloués aux portes des maisons, ils repoussent les fantômes et la foudre, empêchent les sorcières de nuire et attirent la prospérité.

Ils décoraient autrefois les bornes des chemins, les croix de cimetières et les carrefours. Les Croix Hosannières ou porte-buis bénit protégeaient les pèlerins et les voyageurs contre les loups-garous et les fées maléfiques.

Image17.jpg

La Croix Hosannière de Veules-les-Roses en Seine-Maritime.
L'hosanne est le nom donné au buis sacré qui orne ces croix-ossuaires
où convergent de nombreuses lignes telluriques.


Les traditions de la Semaine Sainte.

Les jours précédant Pâques s'inscrivent dans un cycle complexe où se rencontrent liturgie chrétienne et rituels païens.

Le Jeudi Saint

Dans les églises, c'est le jour du grand nettoyage. Les bénitiers sont lavés et parfumés d'herbes aromatiques.

Institué par le pape Léon II en 682, il était appelé « Jeudi Vert » ou « Jour des neuf légumes qui purgent le corps ». Ces neuf légumes (épinards, persil, ciboulette, cerfeuil, oseille, achillée millefeuille, orties, choux, poireaux) purifiaient l'organisme avant le repas dominical.

Image18.jpg

 

D'après la légende, les cloches entament ce jour-là leur voyage vers Rome. Elles sonnent à toute volée au début de la messe et s'envolent jusqu'au Vatican. Elles déjeunent avec le Pape et les cardinaux, reçoivent la bénédiction papale et collectent des oeufs dans les jardins.

 

Les cloches devaient rester muettes, du Jeudi-Saint au dimanche de Pâques, pour respecter le temps écoulé entre la mort du Christ et sa résurrection. Si l'interdit était bravé, des catastrophes surviendraient (tempêtes de grêle sur les futures récoltes, eau des puits empoisonnée, invasion d'insectes maléfiques...).

 

Image19.jpg

Dionysos assis sur une panthère, mosaïque du IVe siècle.

 

Dans l'Antiquité, le dieu égyptien Osiris, les dieux phrygiens Attis et Adonis et le dieu grec Dionysos étaient honorés en fonction d'un cycle de vie, de mort et de résurrection. Ensevelis dans le sommeil glacé de l'hiver, ces dieux ressuscitaient pour faire croître la végétation. Au cours des rituels qui leur étaient consacrés, des phases de silence marquaient l'instant de leur mort/sommeil avant que des chants de joie et une musique vigoureuse saluent leur retour à la vie.

 

Image20.jpg

Le réveil d'Adonis, par John William Waterhouse, 1899.

 

Le Vendredi Saint

 

Il est traditionnellement consacré à la décoration des oeufs. Autrefois, les jeunes filles confectionnaient des « oeufs d'amour ».

 

Elles récoltaient les oeufs, pieds nus dans la rosée du matin, les teignaient de rose marbré de rouge et les couvraient de voeux et d'inscriptions « Par amour et par fidélité. », « Que la force de mon amour te lie à moi. » « Deviens, de mon vivant, celui dont j'ai rêvé en mon dormant. » Puis elles les cachaient dans des coffrets jusqu'au lundi de Pâques et les offraient à leurs amoureux.

 

Image21.jpg

Les oeufs blancs et décorés de fleurs sauvages évoquent les cycles de la lune.

 

Les oeufs du Vendredi-Saint étaient réputés imputrescibles. Conservés sur les manteaux de cheminée, ils offraient une protection contre la foudre, les morsures de serpents, les accidents, les chutes et diverses maladies.

 

Si on leur chuchotait certaines paroles avant la messe de Pâques et si on les faisait tourner sur eux-mêmes durant l'office, ils pouvaient détecter les sorcières.

 

Leur pouvoir magique et protecteur était amplifié par les couleurs et les motifs qu'ils arboraient. Teints en rouge, en violet ou en bleu, ornés d'arabesques, de triskèles, d'arbres stylisés, de soleils, de petits hommes dansants ou de fleurs printanières, ils éloignaient les maléfices, les fantômes et les tempêtes; ils attiraient la chance et la prospérité.

 

Image22.jpg

 

A Luzy, dans la Nièvre, la coutume prétendait que si on conservait pendant cent ans un oeuf pondu le Vendredi-Saint, son jaune deviendrait un fabuleux diamant.

 

Le Samedi Saint

 

On bénissait autrefois les maisons en posant sur les tables des assiettes et des plats remplis de sel. Les femmes dessinaient dans le sel des symboles solaires et lunaires et des petites croix à l'aide d'un bâton couvert de cire. Elles disposaient, autour des récipients, des crucifix, des images saintes, des chandeliers et des bouquets de fleurs.

 

Le prêtre se déplaçait de maison en maison, accompagné par deux enfants de choeur. Il bénissait le seuil des portes en les aspergeant d'eau et de sel et recevait des oeufs en remerciement. (Certaines sorcières « marquaient » à cette occasion le seuil des portes avec du sang de coq noir.).

 

Au Moyen-âge, en Angleterre, la veille de Pâques, les hommes et les jeunes garçons érigeaient de grands bûchers dans les champs. Ils y brûlaient Judas sous la forme d'un mannequin en paille. Les cendres restantes étaient jetées à l'eau.

 

L'eau des bénitiers était investie de grands pouvoirs. Répandue sur le toit des maisons, elle éloignait les tempêtes et dissipait les sortilèges. Versée dans les champs, elle favorisait l'essor des cultures. Elle était réputée soigner les morsures de serpent, les problèmes oculaires et favoriser le bonheur conjugal.

 

Le Dimanche de Pâques

 

Image232.jpg

 

Les Oeufs du Printemps

 

Au commencement était l'oeuf, promesse de résurrection, que l'on plaçait dans les tombes pour accompagner l'âme des défunts vers un nouveau séjour.

 

Image24.jpg

De l'oeuf naît et renaît la vie, quête incessante... Pondu par le lièvre d'Ostara ou matrice de son pouvoir, il signifie que des êtres nouveaux vont briser leur coquille.

 

L'oeuf cosmos

 

Image25.jpg

 

D'après un mythe égyptien, au commencement de toutes choses n'étaient que les ténèbres et les eaux stagnantes. Alors Thot, le dieu à tête d'ibis ou de babouin, maître de la lune et de l'écriture, façonna un oeuf immense, couleur d'opale. Il le déposa sur un tertre magique où il fut couvé par l'ogdoade, un groupe de huit divinités représentant les forces primordiales.

 

Thot souffla sur l'oeuf pour briser sa coquille et naquit , le dieu du soleil, qui dissipa les ténèbres et les eaux, faisant jaillir la vie.

 

Image26.jpg

Ilmatar, par Robert Wilhelm Ekman, illustrateur de poèmes populaires, 1860.

 

Il était une fois, dans le Kalevala (le livre sacré des Finlandais), une déesse nommée Ilmatar qui sommeillait au fond de la mer. Brusquement, sous l'effet d'un rêve, la déesse bougea. Un de ses genoux émergea de l'eau. Intrigué et séduit par ce rocher nouveau, le seigneur de l'air, un canard, y déposa un oeuf d'or. La déesse frissonna et la coquille se brisa.

 

« Tous les morceaux se transformèrent

en choses bonnes et utiles:

le bas de la coque de l'oeuf forma le firmament sublime,

le dessus de la partie jaune

devint le soleil rayonnant

le dessus de la partie blanche

fut au ciel la lune luisante,

tout débris taché de la coque

fut une étoile au firmament,

tout morceau foncé de la coque

devint un nuage de l'air.

Le temps avança désormais... »

 

Les oeufs rouges de Pâques

 

Dans de nombreux pays, la coutume veut que l'on teigne les oeufs en rouge pour célébrer Pâques. Rouge de la vie, couleur du sang, de la passion amoureuse, de la purification des maléfices et de la rédemption des pêchés.

 

Image27.jpg

 

Dans la Perse antique, il existait une fête du printemps, appelée « fête des oeufs rouges ».

 

Dans le folklore celtique, le serpent de mer, à la fois géniteur de vie et destructeur de mondes, pondait, la nuit de l'équinoxe, un oeuf rouge au creux d'un rocher. L'oeuf magique rayonnait comme un soleil incandescent.

 

Dans la symbolique chrétienne, les oeufs du Jeudi-Saint, décorés en rouge et « chassés » le dimanche après la messe pascale, évoquent le sang du Christ versé pour la rémission des pêchés.

 

L'oeuf rouge de Marie-Madeleine

 

Dans une église orthodoxe, située sur le Mont des Oliviers à Jérusalem, un tableau relate l'offrande d'un oeuf rouge à l'empereur Tibère, par Marie-Madeleine.

 

Image28.jpg

 

Marie-Madeleine demanda à Tibère de réhabiliter la mémoire du Christ. En signe de déférence, elle lui donna le seul oeuf qu'elle possédait. L'empereur la mit alors au défi. Il ne trancherait en sa faveur que si l'oeuf se teintait de rouge. Elle pria et le miracle se produisit!

 

Image29.jpg

 

La matrice de l'oeuf est le réceptacle du mystère de la vie. Autrefois, le jour de Pâques, les parrains et les marraines offraient à leurs filleuls des oeufs, symboles de joie, de richesse et de sécurité familiale, sur un lit de paille tressé.

 

Après le repas dominical, les facétieux de tous âges se livraient à des jeux folkloriques comme la toquette et les roulées.

 

Les roulées étaient une sorte de jeu de boules, consistant à lancer, sur un plan incliné, des oeufs durs, colorés en rouge ou en bleu. Le possesseur du coquart, (l'oeuf resté intact), dégustait les oeufs cassés.

 

Pour jouer à la toquette, on fermait le poing sur un oeuf dur, ne laissant dépasser qu'une petite partie de la coquille, le but étant de faire « toquer » son oeuf contre un autre. Le perdant payait sa tournée de boissons!

 

Les couleurs des oeufs de Pâques

 

La couleur la plus répandue est le rouge, couleur du sang et de la vie, qui appelle la protection magique et repousse les démons. On obtient un magnifique rouge cardinal en faisant cuire à feu doux des oeufs dans du vinaigre avec des rouelles d'oignon.

 

Pour la petite histoire, en Vendée on disait aux enfants que les oeufs étaient rouges parce qu'ils avaient « vu » à Rome les cardinaux dans leurs grandes robes rouges.

 

Avec le marc de café ou l'écorce de chêne, on obtiendra des oeufs bruns que l'on pourra glacer avec un peu de sucre. Les épluchures de radis donneront de jolis oeufs rose pâle et le suc de betterave rouge des oeufs d'un rose soutenu presque violacé. Les anémones pulsatilles, le jus de myrtilles et les baies de sureau teinteront les oeufs en mauve, la racine d'ortie en vert jaunâtre, les feuilles d'artichaut, de lierre ou d'épinard seront à l'origine d'un vert franc.

 

Les oeufs magiques d'Ukraine

 

Image30.jpg

 

Un rituel très ancien appelé Pyssanki ou Pyssanka, était effectué, en Ukraine, vers l'équinoxe de printemps, par une femme âgée. Avec une pointe fine, elle dessinait sur un oeuf des formes dentelées à la cire d'abeille puis elle trempait l'oeuf dans un récipient rempli de colorant dilué. La cire fondait et la femme reprenait l'oeuf pour en redessiner les motifs avant de le plonger dans un bain plus foncé. Pendant qu'elle accomplissait le rituel, des femmes plus jeunes récitaient des prières mêlées d'incantations. Les oeufs étaient conservés jusqu'à l'année suivante.

 

Image31.jpg

Le musée des oeufs de Pâques à Kolomiya en Transcarpatie.

 

Des oeufs chargés d'histoire...

 

Autrefois, quand l'année commençait, aux alentours de Pâques, les oeufs « pâquerets » symbolisaient « officiellement » le réveil des forces calendaires. Avec l'édit de Roussillon promulgué, le 9 août 1564, sous le règne de Charles IX, l'année débuta le premier janvier mais l'oeuf, aussi gourmand que mystique, continua d'être échangé comme cadeau majeur.

 

Associé aux différentes théogonies, l'oeuf connut, dans toutes les couches sociales, une importance historique.

 

Au Moyen-âge, à Paris, les clercs et les étudiants chantaient l'office des Laudes sur le parvis de Notre-Dame. Ils formaient ensuite un joyeux cortège et parcouraient les rues afin de quêter les oeufs pour le festin pascal.

 

Dans les campagnes de France, les enfants et les jeunes gens quêtaient les oeufs, de maison en maison, en égrenant des comptines à caractère magique ou des chants licencieux.

 

Jusqu'à la Révolution Française, pendant la semaine de Pâques, les officiers de bouche parcouraient l'Ile de France pour y collecter les plus gros oeufs. Une fois dorés et bénis, le roi les offrait, en personne, aux gens de sa maison.

 

Les oeufs précieux

 

Les oeufs-bijoux naquirent en Russie à la fin du XVIIIe siècle mais traditionnellement, le roi de France faisait distribuer des oeufs d'apparat à la Cour, entre le XVIe et le XVIIIe siècle.

 

En Angleterre, on trouvait des oeufs couverts d'or et incrustés de pierres précieuses dès le XIIIe siècle.

 

Image32.jpg

Une des superbes créations du joaillier Pierre-Karl Fabergé (1846-1920).

 

Les oeufs gourmands

 

Vers les années 1890, apparurent les oeufs en sucre coloré et vers 1900, les oeufs en chocolat, en porcelaine et en carton doré, parfois garnis d'une surprise en pâte d'amandes ou en sucre candi.

 

Image33.jpg

De nos jours, les douceurs pascales continuent d'enchanter les gourmands de tous âges...

 

Image34.jpg

 

Cloches et Carillons

 

Image35.jpg

 

Médiatrices entre le monde humain et les contrées divines, les cloches rythmaient jadis, de leur timbre mélodieux, la vie des villes et des villages. Le vocable latin « campana » dérivait du nom « Campanie », une région opulente d'Italie méridionale célèbre par sa production d'ustensiles en bronze. On y réalisait des vases d'airain de forme retournée qui semblent être à l'origine des cloches.

 

Les Gaulois faisaient usage de la simandre, un instrument constitué d'une planche de bois munie de percussions. Des siècles plus tard, les monastères et les églises paroissiales usèrent du terme « signum » pour désigner la cloche ou la clochette cérémoniales, créant le « signal » nécessaire à la convocation des fidèles.

 

En Grèce et en Roumanie, la simandre est investie, à la période de Pâques, de pouvoirs protecteurs contre les forces démoniaques.

 

La fonction purificatrice du son

 

Depuis toujours, les hommes ont opposé aux êtres maléfiques une résistance par le son. Dans les monastères, des clochettes en or, en argent, en cuivre ou en fer, répondant au joli nom de « tintinnabula », étaient suspendues à des montants de bois. On les frappait avec des marteaux miniatures nommés clipotiaux et leur sonorité cristalline dissipait les énergies malfaisantes.

 

Image36.jpg

 

Les cloches rythmaient l'existence humaine, prévenaient le peuple en cas d'invasion ou d'épidémie, annonçaient les fêtes, les évènements graves (bourdon) et les incendies (tocsin).

 

Image37.jpg

 

La croyance populaire prétendait qu'elles chassaient les tempêtes, les esprits infernaux et les sorcières.

 

Les voyageurs égarés dans la baie du Mont Saint-Michel percevaient avec soulagement la voix grave de la « cloche des brouillards ». Depuis le Moyen-âge, l'imposante dame de bronze rassure et protège les randonneurs et les pèlerins, les pêcheurs surpris par les brumes et les vagues montantes.

 

En sonnant l'Angélus, les cloches éloignaient les démons de l'air, les fées maléfiques et les esprits tourmenteurs.

 

Bien que le langage mystérieux des « semeuses de prodiges » soit souvent voilé par le bruit quotidien, le temps des légendes n'est pas encore révolu...

 

Les animaux magiques

 

En Alsace, dans les Vosges et les régions du Rhin, c'est le lièvre de Pâques ou Osterhase qui apporte les oeufs dans les jardins. Le jour de Pâques, ce lièvre réputé sorcier est souvent doué de parole.

 

Image38.jpg

 

Les immigrants allemands ont introduit en Pennsylvanie au XVIIIe siècle la vogue de ce lièvre magique. Au XVIe siècle, dans la littérature germanique, le lièvre de Pâquesétait un pourvoyeur en cadeaux. Il récompensait les enfants sages en leur offrant des oeufs peints et des friandises.

 

Image39.jpg

 

Dans la mythologie chinoise, le lièvre herboriste se love au creux de l'astre lunaire. Dans les pays anglo-saxons, il cueille les fleurs sauvages et prépare des élixirs guérisseurs. Cet animal qui naît les yeux ouverts est considéré comme un initiateur. Avatar et familier d'Ostara, il est également associé au dieu égyptien Osiris, seigneur de la résurrection des morts.

 

 

Image40.jpg

Le Coq de Pâques pond des oeufs couleur de ciel et de soleil, les cocognes.

 

Cet oiseau totem trône à la pointe des clochers, dominant les paysages comme une vigie céleste. Girouette scintillante de rosée que le souffle du vent fait danser ou oiseau dardant son cri vers l'aube, il est celui qui préside à la résurrection du jour.

 

Image41.jpg

 

Dans la Gaule celtique, le coq était consacré à Lug/Mercure, le dieu des routes et des chemins, créateur des arts. La racine du nom Lug signifie « lumière ».

 

Image42.jpg

Sur des plats d'argent ou des stèles de pierre, il accompagne le Mercure gaulois et sa parèdre Rosmerta, déesse de la fécondité.

 

Dans la Grèce ancienne, des troupeaux de coqs sacrés vivaient dans les sanctuaires du dieu de la médecine. Asclépios associait les pouvoirs de la lumière, de l'hypnose et les vertus des plantes pour guérir les maladies et, d'après la croyance, le coq décelait l'emplacement des meilleures plantes médicinales. Son regard hypnotisait les malades et guérissait les problèmes oculaires.

 

Il apaisait aussi les douleurs dentaires, calmait la fièvre et faisait cicatriser les blessures avec son sang.

 

Autrefois, le jour de Pâques, les mères priaient le dieu coq pour qu'il accorde une santé de fer à leurs enfants.

 

Image43.jpg

 

 

Oracle des dieux, il ressuscite l'aurore après la nuit. Le matin de Pâques, on observait les couleurs de son plumage et on écoutait son chant avec une attention toute particulière.

 

D'après la croyance populaire, il repousse les attaques du démon mais il possède aussi un double monstrueux: le basilic.

 

Image44.jpg

 

Né, selon les bestiaires du Moyen Age, d'un oeuf de coq couvé par un crapaud, cet être maléfique, dont le nom signifie « petit roi », est doté d'une tête et d'ergots de coq, d'une queue de serpent formant une sorte de dard et d'une paire d'ailes de dragon ou de chauve-souris. De nombreux basilics figurent sur les chapiteaux des églises et des abbayes romanes.

 

Il darde sur ses proies un regard meurtrier et, pour le détruire, il faut lui renvoyer son image à l'aide d'un miroir.

 

Mais la magie de Pâques éloigne les êtres monstrueux et réveille des figures protectrices, gorgées de sève païenne. Le lièvre et le coq, ainsi que nous l'avons vu, et bien d'autres animaux constituent un savoureux bestiaire, lié à la distribution des oeufs.

 

Dans le Tyrol, une poule fée pond les oeufs colorés au pied de l'arc-en-ciel et les dissimule autour des maisons. En Westphalie, un renard découvre des oeufs dans la forêt. Il les roule dans la rosée et les amène dans les jardins. En Suisse, les nids des coucous recèlent des oeufs colorés qui portent bonheur. En Thuringe, le matin de Pâques, une cigogne perchée sur le clocher de l'église distribue des oeufs couleur de soleil. Pendant ce temps, une autre cigogne cache des oeufs en chocolat dans les jardins avec la complicité des...papillons.

 

Image45.jpg

L'agneau de Pâques, symbole de douceur et d'innocence.

 

Image46.jpg

L'osterlammele ou agneau pascal immaculé est une pâtisserie traditionnelle alsacienne qui se lovait jadis dans un nid de paille. Ces agneaux couverts de sucre glace et agrémentés d'un petit étendard multicolore, font les délices des gourmands depuis le Moyen-âge.

 

Image47.jpg

Les chats de Pâques symbolisent l'esprit des futures moissons.

 

Image48.jpg

Mais après ce voyage dans la symbolique et les traditions de Pâques, il est bien temps de se régaler, non?!

 

Image49.jpg

 

Sous leurs décorations chatoyantes, les oeufs sont les symboles du mystère de la vie, ce mystère dont l'enfant est l'emblème. Le folklore de Pâques est peuplé de récits initiatiques où les messagers d'une époque païenne viennent, sous la forme d'animaux fées, offrir des cadeaux et des connaissances aux humains.

 

Image50.jpg

 

L'oeuf se pare de vertus miraculeuses liées à la résurrection du Christ dont un des symboles animaliers n'est autre que le phénix, oiseau fabuleux qui renaît de ses cendres en prenant la forme d'un oeuf pour s'élever vers le soleil.

 

Post Scriptum

 

L'article que vous venez de lire est une petite partie d'un livre que j'ai écrit il y a quelques années. Passionnée par le folklore et les traditions populaires, j'ai pu, grâce aux accréditations dont je disposais pendant ma thèse d'Histoire de l'Art, explorer les arcanes de la Bibliothèque Nationale de France. J'y ai exhumé des trésors: cahiers d'ethnologie du XIXe siècle, grimoires de la fin du Moyen-âge, dessins d'animaux et d'arbres de Pâques datant du XVIIe siècle...

Je ne peux exposer ici l'intégralité de ces recherches car mon ouvrage fait environ trois cents pages...

Il a sommeillé dans un tiroir pendant plusieurs années, en raison de problèmes de santé mais en ce printemps 2012, je l'ai redécouvert avec émotion et j'espère le mener à son terme, pour l'année prochaine, qui sait!

Je voulais partager avec vous certaines de ces traditions et j'ai donc sélectionné celles qui me semblaient être les plus représentatives de « l'esprit de Pâques ».

 

Image51.jpg

 

Je vous souhaite de Joyeuses et Gourmandes Pâques!

 

Image52b.jpg Cette note colorée est l'oeuvre de Christophe, mon mari, passionné de bougies. Il m'a offert ces oeufs et ces fleurs de cire, façonnés avec amour. Il utilise de la cire purement végétale et des colorants naturels...


Plume4

Voir les commentaires

Publié le par maplumefee
Publié dans : #fees, #fleur, #mai, #muguet, #premier

Image01

 

Scintillements d'ailes, tourbillons d'air et de lumière, ombres facétieuses... d'après de très anciennes croyances, les êtres magiques traversent, dans la nuit du 30 avril au premier mai, le voile de la réalité.

 

Image2a

 

Cette nuit spéciale, appelée nuit de Beltane, célèbre, depuis l'époque celtique, le « feu brillant » et symbolise l'affrontement des puissances hivernales et des énergies du printemps.

 

Les forces de vie, d'amour, de croissance et de fécondité s'expriment, autour de brasiers allumés dans les champs, les clairières et au sommet des collines, avec une intensité sensuelle et poétique.

 

Image03

 

La racine « Bel » désigne Belenos, l'ancien dieu Soleil, seigneur du « souffle vital » et « Tan » signifie « feu ».

 

Image04

 

Beltane était célébrée lors de la première floraison de l'aubépine, sous l'obédience de Cernunnos, le dieu aux ramures de cerf, maître des animaux et de la connaissance cachée.

 

Image05

Le chaudron de Gundestrup

 

(Ce chaudron celtique, datant du premier siècle avant J.-C., fut retrouvé, dans une tourbière, au Danemark. Le dieu Cernunnos porte les bois de cerf, emblèmes du pouvoir chamanique. Il tient un serpent dans la main gauche et un torque, insigne solaire, dans la main droite. Autour de lui s'assemblent les animaux de la forêt.)

 

A la période de Beltane, les amours de Belenos, l'Apollon gaulois et de Belisama, la déesse du foyer, rayonnaient sur la Nature.

 

Belisama, « la très brillante », était associée à l'artisanat, au tissage, au filage et à la métallurgie. Dotée de pouvoirs guérisseurs, elle était honorée près des fontaines et des sources.

 

On suspendait à son intention, dans les branches des aubépines, des rubans et des sachets remplis d'herbes sacrées.

 

Image06

 

Beltane est une fête de lumière. Autrefois, les animaux qui avaient passé l'hiver à l'abri étaient conduits au sommet des collines afin d'y paître et de s'y accoupler. On faisait rituellement passer les troupeaux entre deux piliers de pierre ou deux brasiers ardents, pour les purifier et les protéger contre les maladies.

 

Les jeunes gens simulaient, dans les villages, des combats entre les puissances de l'hiver et les forces du printemps, afin de stimuler la fécondité et la fertilité. Ils formaient des rondes frénétiques autour des arbres et des pierres sacrées et déposaient des offrandes près des puits et des sources.

 

Les sorcières de Beltane

 

Image07

 

La nuit de Beltane, traditionnellement associée à la magie et à la sorcellerie, était considérée comme le Grand Sabbat des sorcières de Germanie, d'Écosse, d'Irlande, de Bretagne et d'Angleterre... D'après le folklore européen, les sorcières tissaient des liens intimes et mystérieux avec les « mondes invisibles » et déferlaient en horde dans le ciel ténébreux pour festoyer avec les elfes, les lutins et les fées, au sommet des montagnes.

 

Image08

Magic circle, par John William Waterhouse (1849-1917).

 

Christianisée en Walpurgis, Beltane était considérée comme le « carnaval des sorcières ». Mais l'Église chrétienne eut beau multiplier les interdits à son égard et tenter de dévoyer son essence en l'assimilant à un sabbat diabolique, elle survécut dans les traditions associées à l'arbre de Mai.

 

La Beltane païenne imprégna de sa magie les célébrations en vigueur dans l'Europe médiévale.

 

Le nom Walpurgis vient de Sainte-Walpurge ou Walburga (710-779), une religieuse anglaise qui devint abbesse de Heidenheim, en Allemagne, dans un lieu appelé le Cloître de la Maison des Païens (Heidenheimer Closter). Le premier Mai, sa tombe exsudait une huile miraculeuse à laquelle la croyance populaire attribuait des vertus guérisseuses et le pouvoir d'effacer le voile séparant le monde des morts et celui des vivants.

 

En Bavière, Walpurge était honorée dans une petite chapelle, dressée au sommet d'une colline, entre des tilleuls sacrés. Les tilleuls étaient associés à la déesse Holda, puissante déesse mère de l'Europe païenne.

 

Image09

 

Walpurge est « celle qui conduit les dieux au sommet de la montagne sacrée ». Héritière des déesses mères et des prophétesses des religions anciennes, elle charmait les bêtes sauvages et brandissait un balai de sorcière et un miroir à trois faces évoquant le passé, le présent et le futur.

 

Elle était accompagnée par un petit chien, gardien des mondes mystérieux et portait une couronne étoilée. Protectrice des graines et des fleurs, elle veillait aussi sur les bois sacrés.

 

L'Arbre de Mai

 

L'arbre ou Mât de Mai est l'arbre de Maïa, la déesse de la fécondité, émanation de la Terre-Mère. Son érection, dans la nuit de Beltane ou le matin du premier mai, marque le retour du Printemps.

 

Image10

 

Associé au culte des fleurs, de la végétation et des sources, il unit le monde humain à celui des ancêtres et des esprits protecteurs. Les danses et les circumambulations effectuées autour de son tronc étaient réputées attirer la chance, la santé et la prospérité. Mais l'Inquisition condamnait fermement les danses de Mai, accusées de provoquer des pratiques sexuelles débridées, des avortements spontanés et de favoriser la stérilité. En prohibant le langage du corps, elle espérait annihiler les cultes païens.

 

Il n'en fut pourtant rien et, en dépit des persécutions menées, les rondes sylvestres continuèrent de plus belle. L'arbre de Mai devint l'emblème protecteur de nombreux villages de France et d'Europe qui possèdent, depuis plusieurs siècles, leurs Mais corporatifs et collectifs.

 

Les jeunes gens plaçaient des Mais d'amour devant les portes des jeunes filles en âge de se marier. En fonction des essences choisies, les jeunes « élues » découvraient, avec plus ou moins de joie, les sentiments qu'on leur portait...

 

Les Amours de l'Homme Vert et de la Reine de Mai

 

Image11

Guenièvre, reine de Mai, par le peintre John Collier (1850-1934).

 

Dans les comtés d'Angleterre, l'érection du Mai symbolisait l'union de Jack in the Green, l'esprit de la végétation et de Maïa, la déesse des fleurs.

 

Jack in the Green menait des cortèges carnavalesques afin d'expulser les forces déclinantes de l'hiver. A l'instar du Père Noël et de son étrange alter ego: le Père Fouettard, il était accompagné par une figure ambivalente: le Ramoneur ou l'Homme au visage de suie. Après le défilé, Jack le Vert épousait Maïa, appelant, par ce mariage symbolique, les couples à s'unir charnellement, en fonction de leurs attirances sexuelles. Une fois encore, au grand dam de l'Église, la liberté des sens était favorisée!

 

Dans les légendes anglo-saxonnes, c'est à cette période de l'année que se forment des « couples sacrés » comme Guenièvre et Arthur, Guenièvre et Lancelot, Lady Marianne et Robin des Bois...

 

Le Handfasting est un rite très ancien consistant à lier les mains de deux personnes pour signifier des fiançailles ou un mariage d'amour. De nos jours, de plus en plus de couples choisissent, après un mariage civil, cette coutume païenne à la place d'une cérémonie religieuse.

 

Image12

(Photo prise sur le site Daily Wicca)

 

Dans l'île de Man, la croyance prétendait que deux reines s'affrontaient, le matin du Mai, avec des bâtons d'ajonc. La reine de l'Hiver capturait la reine de l'É mais cette dernière se libérait en faisant fondre sa rivale dans un brasier magique. Jack le Vert venait alors quérir sa belle pour faire l'amour dans les champs...

 

Pendant ce temps, les fées venaient boire la rosée matinale, gorgée de merveilleux pouvoirs, dans les corolles d'églantines.

 

Les Êtres Féeriques

 

Image13

 

En Angleterre, la vogue des fées coïncida avec la révolution industrielle, dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Cette révolution s'opéra avec une rapidité telle que les esprits de l'époque redécouvrirent, en réaction au « règne des machines », les univers de féerie.

 

Image14

Cat and fairies, par John Anster Fitzgerald.

 

Cette redécouverte, dans les arts et la littérature, s'associa à un engouement profond pour les oeuvres de William Shakespeare (1564-1616).

 

En 1600, lors de la publication du premier in-quarto duSonge d'une nuit d'été, (A Midsummer Night's Dream), Shakespeare apparut comme le fondateur de la mythologie féerique britannique. Il miniaturisa les fées, modifia leur aspect physique et gomma le caractère démoniaque que l'Église leur avait attribué. Elles ressuscitèrent, sous sa plume, en créatures espiègles et fascinantes, associées au rythme des saisons.

 

Image15

La Tempête

 

Il établit un lien étroit entre la botanique et la féerie. Les fées devinrent des créatures hybrides, mi-femmes, mi-fleurs.

 

Mais il ne recréa pas seulement le corps de la fée, il lui attribua de nouvelles couleurs, rompant ainsi avec la croyance populaire qui associait le noir aux êtres féeriques.

 

Image16

 

John Anster Christian Fitzgerald (1819-1906) était surnommé Fairy Fitzgerald(Fitzgerald le féerique). Ses peintures ouvrent les portes d'univers étranges, surréalistes où le regard est cristallisé par des couleurs somptueuses et les fantaisies du monde végétal (feuilles, fruits, branchages...).

 

Image17

The captive Robin, 1864.

 

Image18

La tonnelle de fées

 

Image19

Les bûcherons

 

La vogue des êtres magiques connut un regain d'intensité avec l'affaire des Fées de Cottingley.

 

En 1917, deux cousines, Elsie Wright, âgée de 16 ans et Frances Griffith, âgée de 10 ans, présentèrent une série de cinq photographies les montrant en compagnie de créatures du Petit Peuple.

 

Image20

Elsie et le gnome, photographie prise à Cottingley dans le Yorkshire, en Angleterre.

 

Les avis divergèrent sur l'authenticité de ces photos qui suscitèrent, pendant longtemps, la curiosité du public.

 

Le célèbre écrivain Sir Arthur Conan Doyle, « père » de Sherlock Holmes, écrivit, en 1922, à leur sujet un ouvrage intitulé The Coming of the Fairies. Chargé par un journal, le Strand Magazine, de rédiger un article sur les fées, deux ans plus tôt, il s'enthousiasma pour cette affaire. Il se lança dans un travail d'investigation à travers le Yorkshire et échangea une correspondance amicale avec les jeunes filles.

 

Image21

Frances et la ronde des fées...

 

Prétendant jouer avec des fées, des gnomes et des lutins, près de la rivière Beck qui coulait derrière chez elles, elles prirent des photos pour en apporter la preuve.

 

Image22

 

D'après la croyance populaire, depuis des temps très anciens, il existait, non loin de Cottingley, à Gilstead Crags, une roche qui possédait une ouverture magique: le « Fairies Hole ». Les fées en jaillissaient, au moment des changements de saisons et lors de certaines phases lunaires, pour jouer et danser dans les bois alentour.

 

Arthur Conan Doyle était très lié avec son oncle, Richard Doyle (1824-1883), un illustrateur de l'époque victorienne, spécialisé dans les représentations féeriques. Il se souvenait de leurs escapades dans la Nature.

 

Image23

 

Charles Doyle, le père d'Arthur Conan Doyle, dessinait des fées et affirma, à la fin de sa vie tourmentée, que les fées le visitaient régulièrement.

 

Les expériences paranormales et théosophiques étaient nombreuses à l'époque et la photographie « spirite » connut ses heures de gloire dans ce contexte particulier. Ainsi, malgré les détracteurs, les photographies d'Elsie et de Frances enthousiasmèrent les foules.

 

Image24

 

Au début des années 1980, devenues de vieilles dames, Elsie et Frances déclarèrent que les photos n'étaient que des trucages élaborés à partir de découpages de fées en carton trouvés dans des livres d'illustrations. Pourtant, certaines questions demeurent, à propos de la vivacité des créatures magiques et du fait qu'elles ne possèdent pas d'ombre sur les clichés. En outre, Frances défendra l'authenticité de la cinquième photo.

 

Image25

 

Les deux appareils appartenant aux jeunes filles et les cinq photographies sont exposées au National Media Museum de Bradford dans le Yorkshire.

 

Les « Flower Fairies » de Cicely Mary Barker (1895-1973)

 

Image26

 

Cicely Mary Barker était une illustratrice britannique connue pour ses ravissantes images de fées. Elle naquit à Croydon dans le Surrey, un territoire propice aux légendes.

 

Image27

 

Dès l'enfance, elle s'inspira des paysages qui entouraient la maison familiale où elle demeura, la plupart du temps, car elle souffrait d'épilepsie. Quand elle eut treize ans, son père lui fit donner des cours de peinture et de dessin. Douée pour les arts et l'écriture, elle réalisa des cartes de voeux et des illustrations pour des magazines destinés aux enfants.

 

Image28

 

Son premier recueil, intitulé Flower Fairies of the Spring fut publié en 1923. On y découvre 24 illustrations mettant en scène, dans un cadre champêtre, les esprits des fleurs et du Printemps.

 

Image29

 

Après la mort de son père, Cicely put compter sur sa soeur Dorothy, institutrice de maternelle, qui ouvrit une classe dans la maison familiale. Cicely prit les écoliers pour modèles et les transposa parmi les herbes en fleurs qui poussaient dans la campagne environnante.

 

Image30

 

Sensitive et instinctive, elle puisa son inspiration dans l'art des préraphaélites et les oeuvres de Kate Greenaway et de Randolph Caldecott.

 

Kate Greenaway (1846-1901) écrivit et illustra de nombreux livres pour enfants. Les costumes délicats de ses personnages influencèrent considérablement la mode enfantine de l'époque.

 

Image31

Le joueur de flûte de Hamelin, illustration du poème de Robert Browning(1812-1889), célébrissime poète et dramaturge de l'Angleterre victorienne.

 

Randolph Caldecott (1846-1886) illustra des livres de contes.

 

Image32

 

Cicely Mary Barker explora tout au long de sa vie le monde subtil et gracieux des fées, des elfes et des lutins, compagnons protecteurs des arbres et des fleurs.

 

Image33

 

Bien que diminuée par sa maladie, elle fit naître un monde de fées-fleurs aux couleurs exquises. Les traditions anciennes n'ont-elles pas toujours considéré l'épilepsie comme un don des dieux, favorisant l'expression des dons et des qualités?

 

Image34

 

Les « Flower Fairies »forment une ronde délicieuse autour du cercle de l'année et Beltane célèbre le renouveau des dieux de la végétation. 

 

Image35

 

Les clochettes de Mai

 

S'il est bien une fleur délicate, gracieuse et parfumée qui représente la magie de Mai, c'est le muguet, que l'on s'offre avec bonheur pour attirer la chance, l'amour et la prospérité.

 

Image36

 

L'histoire de cette petite fleur lactescente, aimée des fées et destinée à « chasser l'hiver », est des plus passionnantes...

 

La tradition qui consiste à offrir du muguet, le premier mai, semble remonter à l'époque du roi Charles IX (1550-1574). En 1560, alors qu'il visitait la Drôme, il reçut en cadeau un brin de muguet. Cela lui plut tellement qu'il décida d'en faire présent, l'année d'après, aux dames de la Cour. Et les seigneurs renchérirent auprès des belles qui l'entouraient. N'oublions pas qu'en vieux français le mot « mugueter » signifie « faire le galant »...

 

Image37

 

Quelques siècles plus tard, le muguet réapparut dans le cadre d'une romance. Le premier mai 1895, le chansonnier Félix Mayol (1872-1941), auteur de la chanson « Viens poupoule », offrit, sur le quai de la gare Saint-Lazare, un bouquet de muguet à sa « douce amie » Jenny Cook.

 

Image38

 

Quand il monta sur les planches du « Concert Parisien », quelques brins immaculés décoraient sa jaquette. Le succès qu'il connut alors lui fit dire que le muguet était un vrai porte-bonheur.

 

Image39

 

Le premier mai 1900, les grands couturiers de Paris organisèrent une fête au cours de laquelle les femmes présentes reçurent un brin de muguet. Et les années suivantes, les couturières prirent l'habitude d'offrir du muguet à leurs clientes, chaque premier mai.

 

Une anecdote parfumée: le muguet est, depuis 1921, l'emblème du Rugby Club de Toulon.

 

Image40

 

Le 24 avril 1941, le Maréchal Pétain instaura, de manière officielle, le premier mai comme « la Fête du Travail et de la Concorde Sociale ». Il choisit le muguet pour emblème afin de remplacer l'églantine rouge, fleur traditionnellement associée à la gauche.

 

La «  Fête du Travail et des Travailleurs » existait depuis 1889, en mémoire des morts de la manifestation du premier mai 1886 à Chicago. Les manifestants américains demandaient une journée de huit heures et leurs revendications furent écrasées dans le sang.

 

En 1936, la vente du muguet se répandit dans les rues. Cette tradition venait de Nantes où « la Fête du Lait de Mai » fut organisée par monsieur Aimé Delrue (1902-1961), droguiste et président du comité des fêtes de la ville.

 

Symbole de renouveau et de fécondité, le lait fraîchement tiré était associé à la blancheur immaculée des clochettes de muguet.

 

Image41

 

Comme toutes les fleurs à clochettes, le muguet est associé au Petit Peuple, aux dieux et aux déesses de la fécondité. D'après la légende, Apollon Belenos, le dieu des arts et du soleil, couvrit, en l'honneur des Muses, le Mont Parnasse de muguet. Et le muguet fut appelé « Gazon de Parnasse ».

 

Image42

 

En ce premier jour de Mai, je viens vous offrir ces délicieuses clochettes parfumées, en souhaitant qu'elles vous portent chance et réalisent vos voeux les plus secrets...

 

Image43

Le ravissant « lily of the valley », par l'illustratrice Rachel Anderson, 2007.

 

Bibliographie

 

DUBOIS, Pierre: La Grande Encyclopédie des Fées.Hoebeke, 2008.

 

DUBOIS-AUBIN, Hélène: L'esprit des fleurs: mythes, légendes et croyances.Le Coudray-Macouard: Cheminements, 2002.

 

MAURY, Alfred: Les Fées du Moyen-âge: Recherches sur leur origine, leur histoire et leurs attributs pour servir à la connaissance de la mythologie gauloise. Paris:Librairie philosophique de Ladrange, 1843.

 

Les photographies des fées de Cottingley viennent du livre de Sir Arthur Conan Doyle.

Plume4

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Eklablog